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[Interview manga] Kurokawa : un éditeur populaire

⊆ janvier 16th, 2016 | ≡ Topic: Interview, Interview éditeur, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Interview Kurokawa

Cela faisait quelques mois que j’avais mis l’exercice en pause mais avec les bilans de fin d’année il est grand temps : l’interview éditeur est de retour ! Pour commencer cette nouvelle série de 4 voir 5 entrevues ce semestre, c’est Grégoire Hellot, directeur de collection chez Kurokawa qui va ouvrir le bal. Pour la sortie, cette semaine, de One-Punch Man, ça tombe à pic. Pour cette 3e entrevue nous avons évoqué un premier bilan 2015, mais c’était également l’année des 10 ans donc, à travers différentes œuvres, quelques constats et des initiatives éditoriales, cette interview a été l’occasion de redéfinir ou ré-affirmer les priorités et l’identité de l’éditeur manga d’Univers Poche : pertinence, excellence et accessibilité en sont quelques unes, comme vous allez le voir dès maintenant… Bonne lecture !

2015, année du renouveau ?

Bonjour Grégoire Hellot,

Commençons par l’actualité… On entend parler depuis fin 2014 d’amélioration pour le marché du manga donc question : 2015, année du rebond ?

Oui, complètement. Quand on regarde le marché on voit qu’il était à la baisse depuis quatre ans puis en 2014, il a fait une légère remontée : après des baisses entre -5 et -9 % l’année s’achevait sur un -2 %, c’est-à-dire une stabilisation.

wolf-girl-and-black-prince,-tome-9-724333-250-400Il y avait en effet un début de remontée au second semestre et on se demandait si cette progression serait confirmée en 2015… C’est quelque chose de timide ou de vraiment marqué ?

Non c’est assez significatif puisque l’on fait +10% pour l’instant (interview réalisée à la mi novembre, NDLR). Il faudra voir ce que donne novembre et la fin d’année mais il y a déjà eu plein de bonnes choses : entre Arslan, Pokemon, Red Eyes Sword chez nous, puis les très bons scores de l’Attaque des Titans et ses dérivés, les survivals chez Ki-oon

On constate aussi que le shôjo reprend des couleurs avec plusieurs titres assez forts : chez Kurokawa il y a Wolf Girl & Black Prince qui a été le meilleur lancement shôjo en 2014 et qui continue à être très fort cette année. Toujours chez nous on note aussi le retour de séries très puissantes à la publication assez lente comme Vinland Saga, on n’avait pas eu deux tomes la même année depuis un moment déjà, le démarrage de Saint Seiya Saintia Shô qui est bon et Ultraman s’accroche bien aussi…

Comment expliques-tu cette tendance à la hausse ?

Les tendances que je vois c’est que nous étions en baisse car les séries qui trustaient les premières places étaient des titres comme Naruto qui ont dix ans ou plus aujourd’hui. Alors que là depuis deux ou trois ans, nous avons des séries très fortes : je pense à Arslan, L’attaque des titans et Pokémon.

La cause première du rebond serait donc l’arrivée de nouvelles séries ?

Exactement. Les gens qui avaient commencé à lire Naruto à 15 ans en ont 25 aujourd’hui, donc forcément leur consommation de manga baisse. Le public a changé aussi : avant nous étions peu à lire du manga mais on achetait tout ce qui sortait. Maintenant nous sommes plus nombreux mais ils lisent tous la même chose. Il y a une convergence des goûts, mais ils n’avaient pas d’autres choses à découvrir. Or là nous avons eu deux années exceptionnelles où il y a énormément de nouvelles licences qui ont réussi à susciter l’intérêt des gens.

JUMPLe renouveau des blockbusters en France s’est plutôt fait, pour le moment, sur des titres de la Kodansha comme L’attaque des Titans et Seven Deadly Sins que sur Kuroko no Basket ou Assassination Classroom de Shueisha. Comment tu expliques ça ?

Tout est question de période éditoriale. Quand tu as un magazine, que ce soit le JUMP ou un magazine de Kodansha, il faut un équilibre : tu ne peux pas avoir dix séries de bagarres. Tu vas donc prendre trois séries de bagarre, trois séries de sport, trois comédies romantiques, etc.

Le truc c’est que, dans le JUMP, les trois séries de bagarre c’est One Piece, Naruto et Bleach… donc il n’y a pas de place pour une nouvelle série de ce genre. Donc tu fais un nouveau manga de sport, comme Haikyu ou Kuroko no Basket, qui cartonnent au Japon mais marchent moins bien chez nous car le sport ça ne fonctionne pas en France, tu fais des séries comiques comme Assassination Classroom qui a plus de mal qu’au Japon parce que le manga humour ne réussit pas en France… Et pendant ce temps là Kodansha, qui est déjà servi en séries de sport ou en comédies romantiques, avait besoin de se renouveler leur manga de bagarre… Finalement il s’agit juste d’un hasard de calendrier.

Après le marché français est microscopique face au marché japonais, donc Shueisha n’a pas fait une mauvaise affaire en sortant un Kuroko no Basket plutôt qu’un énième manga de bagarre.

Ce retour de séries fortes est donc une bonne chose pour le marché, mais il aura fallu beaucoup de temps pour qu’une génération de Naruto, Bleach ou d’autres cèdent la place. Bleach n’est pas tout à fait fini en plus, et One Piece est parti pour durer. Est-ce que tu penses que les nouveaux leaders qui s’installent sont partis pour suivre le même schéma ?

Pas forcément, on voit déjà que l’Attaque des Titans n’est pas conçu comme un manga qui pourrait dépasser les 50 tomes de par le choix de son récit par exemple. Et puis pour les récits longs qui occupent le haut des ventes, il y a déjà Fairy Tail qui continue depuis un long moment déjà.

Licences et stratégies : les choix de Kurokawa

One-Punch ManJe fais la transition avec votre catalogue : dans cette vague de nouvelles séries il en restait une encore inédite chez nous, c’était One-Punch Man, depuis peu annoncé chez Kurokawa. Elle était très convoitée, comment vous avez fait pour l’avoir ?

Parce qu’on était les meilleurs.

Quels étaient vos arguments et qu’est-ce qui a fait la différence selon toi ?

Je ne peux parler à la place de l’éditeur mais je suppose qu’ils ont été déçus par ce que proposaient les autres éditeurs alors que nous avons présenté un lancement très original, nous nous sommes aussi engagés sur une qualité éditoriale. One-Punch Man est une œuvre qui est très… écrite, même si on parle souvent de ses qualités graphiques : le scénario, les jeux de mots constituent tout un univers qu’il faut réussir à retranscrire en français et je pense que là-dessus nous avons une expertise éditoriale.

Si One-Punch Man a aussi bien des qualités graphiques que scénaristiques et une réelle identité, c’est donc un potentiel carton : on peut supposer que vous allez « mettre le paquet » mais concrètement quelle est votre stratégie sur ce titre, est-ce que l’on peut aller au-delà d’un public manga avec et comment ?

Notre stratégie sera simple : faire ce que l’on sait faire le mieux, à savoir toucher un public qui n’est pas forcément le cœur de cible du manga. Grâce à son propos universel sur le héros et son rapport à l’univers qui l’entoure, One-Punch Man possède une universalité dans sa narration que nous allons mettre en avant du coté de la communication afin que les médias puissent transmettre cette universalité à leurs lecteurs/spectateurs.

Arslan tome 1
One-Punch Man
c’est pour 2016, revenons sur 2015… Tu cites l’Attaque des titans et Pokémon dans les nouvelles séries à succès, c’est quelque chose que l’on savait déjà. Mais si je t’écoute bien, Arslan ferait lui aussi un très bon démarrage cette année ?

Sur les dix-sept premières semaines de vente, le tome 1 s’est écoulé à plus de 30 000 exemplaires… Ce ne sont plus des chiffres que l’on voit si souvent.

Effectivement. Si on fait la comparaison avec Hero Tales le succès n’avait pas été de la même envergure…

Il faut faire attention en comparant ces deux séries car c’est très différent. Hero Tales est un fanzine qu’elle a fait avec ses amis au lycée et qui a été adapté en dessin animé… puis elle l’a refait en manga quand elle est devenue professionnelle pour accompagner le dessin animé. Arslan est l’adaptation d’un roman, ce n’est pas pareil.

De plus Arslan est un livre important au Japon, un classique de l’heroic fantasy. Peut-être pas au point des Seigneur des Anneaux car le propos est assez différent mais c’est un livre très populaire, une saga qui compte quinze tomes et qui va continuer… Il possède des qualités narratives indéniables, le matériau de base est très bon, donc comme Hiromu Arakawa a un vrai talent pour raconter les histoires, le manga est d’une très grande qualité.

Tiens d’ailleurs ce roman a-t-il été publié chez nous ?

Oui, le premier tome a été publié chez Calman Levy, à l’époque où l’éditeur faisait une double collection avec Kazé.

Ça a l’air d’être quelque chose d’assez ancien, est-ce tombé dans les limbes avec peu d’espoir de voir la suite ?

Je n’ai pas l’impression que l’expérience fut concluante et qu’ils sortiront la suite…

Ça me permet de rebondir sur un autre sujet : certains éditeurs publient désormais les light novels qui ont inspiré des mangas, est-ce que c’est quelque chose que vous pourriez envisager de faire ?

Je pense que le light novel ne marche pas en France. Point. Toutes les expériences qui ont été menées par les gros ou les petits éditeurs en France ou aux Etats-Unis montrent que ça ne fonctionne pas. Simplement parce que si le gens veulent lire des romans en France, ils veulent lire des vrais romans : quand tu vois le succès de Hunger Games ou d’Harry Potter ça montre qu’ils veulent des vrais livres de 500 pages, des pavés et non pas des choses de 150 pages écrit… « facilement ». C’est ça le principe de la light novel, c’est fait pour les gens qui ont la flemme de lire. Mais chez nous les gens qui ont la flemme de lire ne lisent pas, tout simplement, il n’y a pas d’entre deux.

Autre nouveauté de l’année chez vous, des classiques français en manga. Même si c’est encore mineur on peut voir des français émerger timidement au Japon avec La République du catch de Nicolas de Crécy dans l’Ultra Jump, ou Radiant de Tony Valente. De votre côté vous sortez Les Misérables ou Arsène Lupin chez Kurokawa où ce sont des récits français qui sont réadaptés et mis en avant. Quels sont les intérêts de ces influences croisées pour nous ?

Les misérables tome 3Si j’ai choisi Les Misérables ou Arsène Lupin en manga c’est parce que j’ai été inspiré en discutant avec des bibliothécaires et des documentalistes qui m’ont dit : « les jeunes gens d’aujourd’hui ne lisent plus, à part le manga ils refusent de lire des bouquins. » ou « les élèves de collège et de lycée sont en échec scolaire car ils ne veulent plus lire de livre mais on arrive à les intéresser car il y a des adaptations en BD de grands classiques français. »

Je me suis dit que c’était la voie à suivre : j’ai fait Les Misérables et Arsène Lupin et je compte bien en proposer d’autres pour justement faire en sorte que le manga puisse avoir un rôle de vecteur de culture car les bibliothécaires, les documentalistes et les professeurs sont en demande de ce genre d’ouvrage. Il y a beaucoup de jeunes gens aujourd’hui qui disent que « la culture française c’est ringard », que « les histoires françaises c’est bidon, moi j’aime que les supers héros », etc. alors que, parmi ceux qui lisent le manga des Misérables et qui ne connaissent pas l’œuvre originale, certains vont dire que « c’est mortel », que «  Javer c’est un enculé ! »… ils rentrent dans l’histoire !

Quand tu lis Arsène Lupin tu te dis « merde il a inspiré Batman, il a inspiré tous les supers héros mais en fait c’est un Français de 1910 »… C’est un bagage culturel que l’on transmet de manière modernisée.

Peut-être qu’un jour des artistes français publieront régulièrement des mangas au Japon mais le but recherché avec ces deux titres n’est pas l’échange franco-japonais. C’est avant tout d’intéresser des gens au manga – car il y a des gens qui connaissent Les Misérables et qui seront curieux de voir ce qu’en font des auteurs japonais –  et d’attirer les gens qui ne lisent que des mangas mais qui se disent que « ah Les Misérables j’ai toujours eu la flemme de lire, donc en manga c’est peut-être l’occasion de jeter un coup d’œil. » Idem pour Arsène Lupin c’est l’occasion d’en apprendre plus sur cette figure du patrimoine culturel français.

On parle donc d’utiliser des classiques de notre culture adaptés en manga pour attirer un public mais il y a aussi une autre possibilité : faire de certains mangas des classiques de lectures, en leur donnant des « lettres de noblesse » si on peut le dire ainsi. Cela se fait souvent à travers des collections particulières : Ecritures chez Casterman, Latitudes chez Ki-oon, Made in chez Kana,… Est-ce quelque chose que vous pourriez envisager chez Kurokawa ?

Pas pour l’instant non. Nous sommes un éditeur poche, on vise plutôt le grand public avec des petits formats, des choses pratiques à lire… Nous voulons plus aller vers 512 pages pour 10 euros que le contraire (Pokemon – La Grande Aventure, NDLR), nous cherchons à être un éditeur populaire.

Le prix reste donc l’un des éléments clés chez vous…

Oui, et je suis fier d’être l’éditeur le moins cher du marché.

Comment faire pour le devenir et/ou le rester, quels sont les choix que ça impose ?

C’est mathématique : il suffit de baisser sa marge, et de faire en sorte de réduire les coûts de production sans sacrifier la qualité. C’est un choix à faire, et que nous avons fait car nous estimons que le manga est un produit grand public et populaire.

nozokiana-manga-volume-13Après l’accessibilité, l’attractivité : les couvertures (on salue Fabien Vautrin votre directeur artistique au passage). C’est une problématique assez particulière dans le monde du manga, et Kurokawa semble tirer son épingle du jeu, à l’image de Nozokiana. Pourtant la validation des visuels avec les Japonais ce n’est pas quelque chose de réputé pour être simple, comment gérez-vous ça ?

Tout simplement, on leur explique. On leur dit « voilà visuellement votre livre n’est pas adapté donc soit vous nous faites confiance et vous nous suivez sur ce design et on en vend plein, soit vous nous imposez un visuel que les gens ne vont pas comprendre et vous n’en vendrez pas. » Et neuf fois sur dix ça marche.

Est-ce que c’est quelque chose qui s’est simplifié au fur et à mesure des années avec leur compréhension du marché français ?

Non en fait ça a toujours été comme ça, il n’y a jamais eu de soucis. Sur les licences c’est plus compliqué car il y a des logos imposés et des chartes graphiques mais nous avons toujours fait au plus libre possible. Nous n’avons jamais eu de couverture où nous nous sommes dit : « c’est vraiment pénible qu’ils nous imposent ça, on ne va pas en vendre. »

Nous avons toujours réussi à plaider notre cause. La preuve c’est que nos couvertures de Nozokiana, qui ne ressemblaient absolument pas à ce qui se faisait au Japon, ont été imposées par les Japonais à l’éditeur allemand. Pareil, le logo de Magi que nous avons créé a été imposé pour tout le reste de l’Europe.

Dans la lignée de la couverture le graphisme d’un manga a lui aussi une importance primordiale. Là-dessus tu dis en interview que le problème n’est pas tellement que le manga soit moche ou non c’est surtout qu’il rentre ou pas dans l’idée que les gens se font d’un graphisme manga… C’est quoi cette « image » et est-ce que ça t’oblige à refuser beaucoup de titres ?

Difficile de décrire un style de dessin par les mots ; il s’agit d’un graphisme « dans l’air du temps », et oui malheureusement, même si je ne les ai jamais comptés, il m’arrive régulièrement de devoir faire l’impasse sur des titres intéressants car graphiquement « ça ne passerai pas » auprès du public. Et sortir un excellent manga qui ne se vend pas reste une expérience frustrante et aucunement épanouissante, donc…

Silver Spoon 12Après la couverture ne fait pas tout, il faut savoir « positionner un manga », quelque chose sur lequel tu travailles beaucoup (je me souviens du travail sur Silver Spoon par exemple). C’est quoi ta recette pour ça : tu y réfléchis seul, en équipe ?

Nous y réfléchissons avec Adeline qui est l’éditrice de Kurokawa et Fabien. Mais, à vrai dire, je ne sais pas vraiment quoi te répondre puisque pour nous c’est l’évidence même : quand tu sors un bouquin tu sais ce qu’il y a dedans.

Ensuite c’est une question de pertinence : faut-il sortir Silver Spoon comme une énième comédie romantique ou est-ce qu’il est plus pertinent de jouer sur le coté du lycée agricole et de tenter un partenariat avec le ministère de l’agriculture ? La réponse nous a semblé assez évidente, encore faut-il s’intéresser au produit culturel que les éditeurs japonais t’ont confié.

Ce qui va de pair avec prendre du temps pour chaque titre et en sortir moins, votre politique depuis le début…

C’est un choix. Le marché étant inondé ça ne sert à rien d’en faire plus. Ça ne se vendra pas d’une part et d’autre part les libraires vont te détester. Moi je sais que la plupart des libraires que l’on connait directement ou indirectement apprécient Kurokawa parce qu’il y a peu de titres donc ils peuvent tous les travailler. Quand un distributeur vient dans une librairie présenter les titres Kurokawa il y en a peu donc le libraire s’en souvient et c’est aussi plus facile à conseiller aux lecteurs.

C’est une question de respect du libraire et de l’éditeur que de ne pas inonder le marché.

C’est une stratégie que tu défends et que tu expliques depuis toujours, et on pouvait imaginer qu’avec les difficultés du marché du manga ces dernières années, une majorité aurait opté pour cette solution. Mais le nombre de publication continue d’augmenter chaque année : certains restent de très gros pourvoyeurs de manga et même si le nombre de publication baisse chez d’autres de nouveaux entrants arrivent dès qu’il y a une brèche… C’est sans fin ?

C’est un problème de réflexion… et d’ambition. Nous on ambitionne de vendre beaucoup d’exemplaires de chacune de nos œuvres. La plupart des autres éditeurs réfléchissent en termes de part de marché. Parfois ils ont un manga qui se vend à trente mille exemplaires qui s’arrête, et plutôt que de sortir un autre nouveau manga qui risque de faire vingt ou vingt-cinq milles ventes ils vont publier dix mangas qui font trois milles ventes pour garder le même niveau et donc ne pas perdre de part de marché.

Une logique comptable ?

Les deux logiques sont comptables au final mais je dirais qu’il y a une logique de maths d’un coté avec les parts de marché, et une logique d’excellence de l’autre avec un travail sur chaque titre. Nous avons choisi l’excellence. Après je ne peux pas répondre à la place d’un tel ou d’un autre, certains ont choisi d’être numéro un en terme de part de marché et les patrons disent aux responsables mangas : « tu te débrouilles, tu charges la mule s’il le faut mais vous devez être numéro 1 ». On leur met la pression et ils sortent deux fois plus de livre que nous.

 

La décennie écoulée… et celle à venir

Kurokawa-10-Ans (1)Finissons l’interview en prenant un peu de recul. Qu’est-ce que ces 10 ans de tentatives, réussites ou échecs, et ce travail en tant que directeur de collection t’ont appris sur ton métier et sur le marché du manga ?

Ce que j’ai appris…

Que le marché des enfants c’est dur et qu’il faut être bien préparé.

Que les Japonais, contrairement à ce qu’on veut te faire croire dans les films ce ne sont pas des gens mystérieux et ce n’est pas super difficile de travailler avec eux, il faut juste connaître les règles. Je trouve ça même beaucoup plus difficile de travailler avec les Américains qu’avec les Japonais pour être tout à fait franc avec toi.

Que les imprévus c’est comme tout, ça se gère. Que les communautés aussi ça se gère. Les fans de manga ont la réputation d’être des ayatollahs, des mecs super violents, super véhéments sur internet. Ben non, il suffit de leur expliquer intelligemment pourquoi tel manga sera en retard, pourquoi on a fait tel choix de traduction. Ce sont des gens intelligents qui peuvent entendre ce que tu as à leur dire. Le tout c’est de prendre la peine de leur parler et de communiquer avec eux.

Quels sont tes moteurs et les ambitions pour les années à venir ?

Tout simplement continuer à faire ce que l’on fait, c’est-à-dire élargir le manga, trouver des solutions pour proposer à des gens qui ne lisent pas ou ne lisent plus des mangas de venir ou d’y revenir en publiant des choses à la fois originales et pertinentes. On dit qu’au Japon il y a des mangas pour tous les âges : oui effectivement il y a des mangas sur les hôtesses, des mangas sur le golf, etc mais ce n’est pas parce que des hommes de 50 ans au Japon vont lire des mangas sur le golf que des hommes de 50 ans en France vont vouloir lire la même chose. Il faut aussi créer des surprises éditoriales auquel le public français n’aurait pas pensé et éveiller sa curiosité.

C’est notre but. Tout en continuant à créer un nouveau public sur la collection enfant pour s’assurer d’une nouvelle génération.

Dernière question : en 2013, en pleine baisse du marché je t’avais demandé comment faire face aux difficultés du manga. Si j’adapte la question à la reprise du marché en 2015, qu’est-ce qu’il faut faire pour poursuivre ce rebond et éviter que ce ne soit qu’un feu de paille, qu’il finisse par repartir à la baisse ?

De toute façon tu auras toujours ce problème de l’alimentation : les blockbusters suivent un phénomène cyclique et le problème se posera tous les cinq ans. Il ne se résoudra jamais. Ce n’est pas comme les supers héros où pendant 50 ans tout un tas d’auteurs différents vont dessiner le même personnage. Quand une série s’arrête il faut qu’une autre prenne la suite. C’est sans fin de toute façon.

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Mais en dix ans les éditeurs de manga ne font plus leur travail de la même façon : en termes de qualité, en termes de communication et de marketing… pas mal de choses ont évolué. Est-ce qu’il reste encore selon toi des choses où l’on peut et où l’on doit encore mieux faire ?

Ça peut être des choses techniques que les Japonais savent faire et nous non, c’est imprimer les pages couleurs en milieu de bouquin. Ce n’est pas possible car les mangas sont imprimés en cahier de 16 pages, donc si ta page couleur ne tombe pas sur un multiple de 16 tu ne peux pas la mettre. C’est purement technique mais là-dessus on va s’améliorer.

Il y a d’autres améliorations que l’on peut envisager comme sur le numérique : cela fait cinq ans que les éditeurs japonais sont frileux sur le numérique mais maintenant que ça se développe on se rend compte que ça a du mal à décoller en France et qu’au final ce ne sera peut-être pas l’Eldorado que laissait entrevoir les Etats-Unis. Là bas le marché s’était très bien développé, ça représentait 40% du secteur, mais on se rend compte que les gens reviennent au livre papier et que le numérique se casse la figure.

C’est donc très difficile de savoir de quoi sera fait l’avenir dans ce domaine, notamment sur les mangas car nous arrivons à une double génération avec des jeunes et des adultes : est-ce que les jeunes vont préférer une consommation sur tablette et quelle genre de consommation, est-ce que les adultes reviendront eux vers le format papier ? Ce sont des questions à se poser sur les années à venir. Donc voilà pour l’instant je pense que les points sur lequel on peut améliorer le manga en France concernent les modes de diffusion numérique, essentiellement.

C’est noté, merci Grégoire Hellot et encore joyeux anniversaire à Kurokawa !

kurokawa-logo

Pour en savoir plus sur Kurokawa et son actualité, vous pouvez vous rendre sur leur site internet, leur blog où les suivre sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Enfin, en complément, je vous conseille l’interview fleuve de Kurokawa chez les amis de Manganime !


janvier 16th, 2016
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I am a Hero : toujours le meilleur manga de zombie ?

⊆ janvier 8th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

I am a hero 15

De la fin des années 2000 au début des années 2010 naissait, ou plutôt REnaissait, une tendance, une thématique : celle des zombies, portée aussi bien par les films de morts-vivants de George A. Romero que par le succès du comics The Walking Dead et de sa série télé qui débuta en 2010 aux Etat-Unis. Au Japon c’est à cette époque que naissait I am a Hero, le seinen de Kengo HANAZAWA (Ressentiment, Boys on the run), dans les pages du Big Comic Spirits (20th Century Boys, Bonne nuit Punpun, Ushijima, etc.) de la Shôgakukan.

Comme toute mode, chaque précurseur est toujours suivi d’une lame de fond. Avec l’arrivée en 2012 de I am a Hero aux éditions Kana, c’est toute une déferlante de mangas de zombies qui a suivi, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à une certaine accalmie l’an dernier, excepté le sympathique Crueler than Dead. Le manga de zombie n’est donc pas encore mort (ah ah) mais on peut plus facilement faire le tri. Ainsi, la semaine dernière, lorsque j’ai croisé le 15e volume de I am a Hero, c’était l’occasion d’une séance de rattrapage. J’avais plus ou moins oublié la série depuis le tome 11, en août 2014, et en avalant ces 4 tomes ce fut autant une bonne surprise qu’une confirmation : I am a Hero n’est pas que l’un des précurseurs des nouveaux mangas de zombie en France, il reste aussi l’un des meilleurs de sa catégorie au vu de tout ce que l’on nous a proposé.

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Néanmoins, avant de vous dire pourquoi, je vous propose un petit résumé pour les néophytes où ceux qui ont précocement lâché la série… Je ne sais pas où vous en êtes restés donc je fais simple et sans trop de spoil, mais vous pouvez passer au prochain intertitre si vous êtes à jour.

I’m a sur-vi-vor, i’m gonna make it !

Hideo Suzuki est un assistant mangaka trentenaire qui n’a jamais vraiment percé. Un beau jour, sa vie bascule dans l’horreur : le Japon est infesté par une épidémie qui transforme les gens en zombie et il doit lutter à mort avec sa petite amie pour ne pas se faire dévorer. Finalement, après avoir perdu tous ses proches, Hideo s’enfuit et quitte la ville pour tenter de survivre, fusil à pompe sur l’épaule.

I am a Hero

© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

Son chemin croise celui d’autres survivants mais de nombreux meurent, encore et encore : la menace réveille les bas instincts de certains, les zombies se révèlent plus rapides et plus forts que les humains (plus nombreux aussi), et une morsure suffit pour être condamné. Mais Hideo a beau ressembler à un loser et à un couard, ses rencontres – parfois heureuses, souvent malheureuses – vont petit à petit le changer… Avec un peu de chance, il parvient à continuer sa route. Le voilà désormais aux côtés de la jeune Hiromi, contaminée mais qui reste entre les deux mondes, et de mademoiselle Oda, jeune femme au caractère bien trempé mais au passé peu enviable, fait d’échecs et de déceptions.

Cela dit Hideo, Hiromi et Oda ne sont pas les seuls à survivre dans ce cauchemar éveillé. D’autres gens se sont regroupés, se sont armés et  organisés pour affronter la menace et ce nouveau quotidien : aller chercher à manger, tuer des zombies, trouver des médicaments, tuer des zombies, trouver un endroit plus sûr… tuer  fuir les zombies, décidément trop nombreux. Qu’ils s’enterrent dans une forteresse ou qu’ils optent pour une fuite perpétuelle, ils évoluent tous dans un monde qui semble condamné, où les humains meurent ou mutent les uns après les autres.

Mais plus on en apprend sur cette malédiction, plus elle prend les traits d’une mutation, d’une évolution même… Certains, de rares élus, conservent une part de leur humanité et leur intelligence, tout en gagnant des capacités physiques décuplées dans la transformation. Et tous, des zombies lambdas aux créatures hybrides, sont reliés par une connexion psychique. Un réseau aussi vaste qu’étrange, quasi onirique, où ils ne sont jamais seuls, mais où certains semblent capables de prendre le pouvoir. Pour en faire quoi ? C’est toute la question !

I am a hero 14

© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

NO FUTURE

Si la thématique zombie a resurgi des tréfonds du cinéma d’horreur où elle n’était qu’un sous genre pour film de série Z, c’est parce qu’une génération d’auteurs a su en décortiquer les codes, la philosophie et la rythmique pour la régénérer et la réintroduire dans son époque. Dans I am a Hero, la pandémie zombie est autant une fin de l’humanité et un retour à une bestialité animale pour la grande majorité, qu’un reset de notre civilisation pour les survivants. Les immeubles, les supermarchés, la nourriture, TOUS les biens matériels sont alors à portée de main pour quelques êtres humains. Les maisons sont vides, la survie a fait sauter tous les codes moraux, il peut s’écouler des semaines sans que vous croisiez un seul de vos congénères : une liberté totale, une richesse infinie…en apparence. Même si le manga de HANAZAWA ne pousse pas l’isolement au point d’un I am a Legend, il dévoile cette île sauvage et violente mais aussi déserte qu’est devenu le Japon. On entame ce voyage étrange vers l’inconnu, une nouvelle vie où toutes les cartes ont été redistribuées. Je survis donc je suis, ok, mais ensuite je fais ce que je veux… et tout ce qui reste est à moi !

Kurusu - © Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero ProjectMais cet idéal est une chimère et HANAZAWA ne veut pas laisser planer le fantasme trop longtemps, quitte à prendre du recul par rapport à son personnage principal, pour que le lecteur comprenne. Dans le 10e tome, le mangaka se lance dans un second récit, en parallèle. On découvre Takashi, un hikikomori  qui sort de sa prison et fait la connaissance d’une troupe de survivants, comme il en existe plusieurs. Néanmoins, leur leader Kurusu (ci-contre) est des plus singuliers : ce jeune homme facétieux et lunatique – toujours en slip, parce que c’est la classe – est d’une puissance et d’une vivacité peu commune. Intrigué puis séduit, notre cher Takashi intègre ce groupe hétéroclite composé d’une petite dizaine de personnes. De toute façon, il n’a pas le choix. La vérité est que survivre seul est une mission impossible, en tout cas sur le long terme. Les losers de l’ancien monde se retrouvent contraint de retourner à la vie en groupe, peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier car ils sont désormais poussés par le danger, la peur ou la faim.

Ce récit, inattendu, va se poursuivre sur quasiment quatre tomes, montrant les ravages du chacun pour soi, l’ironie du sort, la personnalité qui émerge de chacun de nous face au danger, du courage à la couardise en passant par le pragmatisme et la capacité d’analyse. Chaque membre du groupe a une personnalité assez distincte, bien travaillée, et on se dit que c’est un second récit qui démarre, un nouveau chemin pour une nouvelle bande, qui va venir fusionner avec celle d’Hideo. Mais, même si cette aventure finit par s’imbriquer dans la trame de fond, c’est surtout le récit d’une impasse, qui rappelle l’horreur et la réalité d’un monde de zombies : pour 99.9% des gens cela n’aura rien d’un renouveau du genre humain. Que vous soyez beau et jeune ou moche et vieux, sympathique ou antipathique, armé, attentif et entraîné… Ça finira tôt ou tard par partir en sucette et au moindre faux pas, c’est le bain de sang assuré.

Même si HANAZAWA aime jouer avec l’ironie d’un loser qui devient un héros, thématique déjà abordée auparavant dans Ressentiment, I am a Hero n’est donc pas une revanche idéalisée des mal-aimés. Etant au départ isolés de la société contaminée, les exclus mourront sans doute plus tard, certes, à coté des malins et des guerriers bien armés, mais ils mourront comme les autres…

Comme aime le rappeler ce seinen : mourir, il n’y a rien de plus facile.

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© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

La clôture de cette parenthèse se fait avec la découverte de cette nouvelle race, entre humain et zombie, et la genèse d’un nemesis pour Hideo. C’est aussi la fin de l’errance léthargique de la population zombie, qui semble se regrouper en divers endroits pour s’entre-absorber et devenir d’étranges créatures. Difficile de dire vers quelle dynamique va partir l’auteur après toutes ses révélations, mais quelle que soit l’ampleur du scénario, le désir de poser des ambiances hyper immersives et angoissantes reste constant. Les décors sont toujours aussi nombreux et hyper détaillés, avec une excellente gestion des tons de noirs et blancs employés, on s’y croirait :on respire la froideur d’une nuit, on entend le chuchotement des survivants. Je me dis donc que rien ne sera précipité, que le voyage va perdurer en gardant tout son sel, que les phases d’action pour la survie alterneront brillamment avec un étrange quotidien fait de peurs et d’accalmies.

Le manga de zombie est une aventure et, en plus du travail graphique et de la modernité apportés par un auteur foutrement doué, I am a Hero continuer de créer une dystopie immersive qui gère avec brio la composante humaine, sans jamais perdre l’équilibre entre crédibilité de la catastrophe et folie du chaos, se hissant à la hauteur des icônes américaines du genre. Aussi fou que soit le postulat zombie de départ, s’il devait en un jour funeste se réaliser, on se dit que c’est à ça qu’il pourrait ressembler. 

I am a Hero c’est un peu comme Le Guide de Survie en territoire Zombie de Max Brooks : on l’emporterait quand même, juste au cas où. Mais nous serions sans doute morts ou zombifiés avant de comprendre ce qui nous arrive. Damned !

I am a Hero

i-am-a-hero-tome-15Fiche descriptive

Titre : I am a Hero
Auteur : Kengo Hanazawa
Date de parution du dernier tome : 11 décembre 2015
Éditeurs fr/jp : Kana / Shôgakukan
Nombre de pages : 208 n&b
Prix de vente : 7.45 €
Nombre de volumes : 15/18 (en cours)

Visuels : © Hanazawa Kengo/Shogakukan/I Am a Hero Project

Pour en savoir plus vous pouvez suivre l’auteur sur son compte Twitter. Sachez également qu’un film sort au Japon cette année, le 23 avril prochain. Il sera réalisé par Shinsuke Sato (Gantz, Library Wars, Princess Blade), tandis que Akiko Nogi (Library War, Sayonara, Robinson Crusoe) se chargera du scénario et Makoto Kamiya(Gantz, Cutie Honey, Resident Evil: Degeneration, Resident Evil: Damnation) s’occupera du maquillage et des effets spéciaux. Le personnage principal, Hideo Suzuki, sera interprété par Yo Oizumi, et voici la bande annonce qui est plutôt alléchante :

 


janvier 8th, 2016
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Paoru.fr, la 600e : Chronique de manga, mon amour !!!

⊆ décembre 20th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Interview, Manga, Manga / Japanimation, Plumes | | ˜ 2 Commentaires »

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Pour cette nouvelle centaine je suis revenu à cet exercice qui m’éclate toujours autant : faire parler les autres ! Depuis la 500e du blog il y a 2 ans, j’ai pu croiser pas mal de nouvelles têtes sur Twitter qui appartiennent au monde du manga : je les ai donc invitées, eux et des plus anciennes connaissances, pour un échange sur un sujet universel… la chronique de manga !

Comment chroniquer, quoi chroniquer, à quel rythme chroniquer, que mettre ou ne pas mettre dans une chronique (that is the question), chroniquer d’amour et d’eau fraîche ou de rage et de désespoir mais aussi observer, décortiquer, goûter, savourer ou vomir avec les cinq sens du lecteur, de l’éditeur, du traducteur ou de l’attaché de presse en mi majeur !

J’ai donc frappé à de multiples portes et ils ont tous ou presque répondus présents et je les en remer … Ah NON les gars on avait dit pas de tomates pourries sur Rémi, il a dit qu’il avait piscine, faut le comprendre ! Et en plus vous allez me saloper le parkweeeeeeh !

Je disais quoi moi… Je ne sais plus là… Bon on s’en moque finalement : allez hop en route pour cette 600e !

Préambule : qui est-ce qui vient dîner ce soir chéri ?

Et oui, les présentations s’imposent. Je vous livre donc les invités de cette aventure, par ordre d’apparition à l’écran :

600e Paoru Guest list

Gérome aka l’Otaku Poitevin : J’ouvre le bal ! : Salut, moi c’est Gérome (L’Otaku Poitevin) 35 ans, je vis en couple avec deux enfants au foyer (ma belle-fille 16 ans et demi et Charlie 5 ans). De retour aux études pour devenir infirmier je me remets la tête dans les bouquins, j’ai donc un peu moins de temps en ce moment pour les animes du coup je me concentre plus sur le format papier. Mon lien avec le manga est simple, je suis un consommateur infecté par une collectionnite aiguë. Je ne suis pas un gros lecteur de chronique, j’en lis peut être 3 ou 4 par semaine et encore ça m’arrive de ne pas en lire pendant plusieurs semaines. Est-ce utile de préciser que je suis un passionné de l’univers manga depuis les années 90 ?


Fabien :
Je m’appelle Fabien Vautrin, je travaille pour les éditions Kurokawa depuis bientôt onze ans. J’y porte la double casquette de directeur artistique et conseil en stratégie, j’ai aussi la chance de m’occuper avec ma femme de l’adaptation française de certains titres (actuellement les œuvres de Hiromu Arakawa, Ultraman et Pokémon). Avant de bosser pour Kurokawa, j’ai tenu pendant quelques années un site nommé Sugoi! consacré aux jeux vidéo japonais et j’ai collaboré au magazine GameFan.


Meloku
: Joan (alias Meloku), 24 ans. Mon lien avec le manga a débuté très tôt, vers 5-6 ans, avec l’inévitable Dragon Ball. J’ai quasiment appris à lire avec, du coup je suis naturellement resté attaché au média. Aujourd’hui je lis une dizaine (voire une quinzaine) (bon ok, souvent beaucoup plus) de mangas par semaine. J’ai la chance d’à peu près comprendre plusieurs langues, ainsi je ne me contente pas que du marché français. Je donne mon avis sur Nostroblog (que j’ai créé avec des copains) et dans Animeland (que je n’ai pas eu la chance de fonder mais qui a débuté quelques mois après ma naissance. Coïncidence ?).


Guillaume :
Je m’appelle Guillaume Kapp, je travaille pour les éditions Ototo / Taifu Comics et Ofelbe depuis un peu plus de 3 ans maintenant. Je m’occupe de toute la partie communication et relations presse pour ces éditeurs. Il s’agit de mon premier poste dans le secteur de l’édition. Avant ça, j’étais étudiant et je travaillais parfois pour la librairie Manga Café à Paris. Outre les mangas et séries animées, je suis également passionné par la musique japonaise, notamment le JRock.


Ours256 :
Yo. Je m’appelle Salomon IFRAH. Prof de français et d’espagnol le jour, chroniqueur la nuit, j’ai fait mes armes il y a plus de 4 ans sur Krinein (j’ai commencé en tant que rédacteur avant de devenir Rédacteur en Chef). J’écris depuis quelques années pour Nostroblog et depuis septembre, je travaille, avec Kubo (Mangacast) sur mon nouveau bébé qu’on a nommé Manga Mag. Je passe tellement de temps aux toilettes que forcément, j’ai le temps de lire pas mal de trucs. Depuis le début de l’année, je me suis auto-proclamé gourou de la Secte des Adorateurs de Masato Hisa.


Wladimir Labaere
: Moi, à la base, j’adore les dim-sum (les bouchées à la vapeur, quoi). Et longtemps, j’ai cru que les mangas, c’était chinois. Alors je peux dire que je suis venu aux mangas sur un malentendu géographico-culinaire.


Victoire
:
Moi j’aime beaucoup les Kinder ou encore la Marmite (et aujourd’hui c’est le jour du Panettone que j’aime très fort aussi) mais ça n’a rien à voir avec le manga. Sinon je suis tombée dedans à cause de mon mémoire de fin d’étude. Je trouvais que c’était une manière “intelligente” de rentrer dans cet univers que je zieutais depuis longtemps, tout en ayant peur de tomber dedans… Je ne voulais pas devenir une vieille nana coincée chez elle avec ses chats et ses mangas.

 

A ces joyeux drilles est venue s’ajouter une attachée de presse mystère qui a glissé quelques réponses directement par téléphone à l’oreille du chocobo. Sauras-tu retrouver de quelle maison d’édition elle s’occupe jeune lecteur ? Ludique et mystérieux ce papier, quelle chance pour toi petit scarabée !

Il était une fois… la première fois !

Et donc la question se pose : comment tout ça a commencé et quels souvenirs gardent-on de nos mains, autrefois fébriles et excitées, qui ont caressé les touches du clavier for the very first time, qui se sont laissées à l’extase de l’expression passionnée et des langues déliées ?

Pfiouuuu… Il fait chaud d’un coup, vous ne trouvez pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Je fais des chroniques manga depuis moins de deux ans, je suis donc un jeune chroniqueur comparé à certains. La chose qui m’a donné envie d’en faire c’était un concours sur Otaku Attitude, du coup je me suis pris au jeu et ai continué en faisant une page Facebook puis sur Mangalerie . J’aime bien donner mon avis c’est peut-être ça qui m’a aidé à commencer aussi. J’ai relu mes premières chroniques récemment, j’ai trouvé que mon écriture était bancale, tordue plutôt, elle l’est encore régulièrement, c’est que je dois l’être un peu aussi !

Mangalerie

Fabien : J’ai déménagé l’été dernier et je suis retombé sur de vieux magazines du début des années 2000 dans lesquels j’écrivais quelques pages (principalement des titres du groupe FJM sous la direction d’Iker Bilbao). C’est une expérience assez étrange de se relire 10-15 ans plus tard, le plus perturbant étant que je ne me souvenais absolument pas avoir écrit la plupart de ces articles. Il s’est passé tellement de choses depuis, aucun regret, il faut aller de l’avant.

SolaninMeloku : Je suis longtemps resté muet sur Internet, me contenant de lire les avis des autres (sur Mangaverse puis Manga-News principalement). Un jour, un manga m’a mis une claque monumentale, un peu comme s’il avait été écrit pour me parler. C’était Solanin d’Inio Asano. C’est ainsi que je me suis dit que s’il m’a touché à ce point, il a le potentiel de faire le même effet sur d’autres. Je suis donc devenu actif sur quelques forums de mangas. De fil en aiguille j’ai créé un premier blog, puis j’ai été recruté par Manga-News. Après quelques années sympas j’ai quitté le site pour parler plus librement de ce que j’aime, le tout entouré de copains du net qui partagent la même passion, mais pas forcément de la même manière.

A part ça oui, je relis parfois de vieilles chroniques. Et non seulement j’apprends des infos que j’avais zappé mais je suis également surpris par le vocabulaire que j’employais : j’écrivais bien mieux avant ! Du coup je ne sais pas ce qui me déprime le plus : être conscient que mon écriture se détériore ou réaliser que je perds la mémoire. Merci pour ta question Paoru, vraiment ! (note du chocobo : oh tu sais, moi, si je peux aider !)

Ours256 : Pour ma part, je suis l’exemple type du mec arrivé totalement totalement par hasard. Un jour, Plax (un ex-membre de Krinein qui a, depuis, fondé une chaîne appelée Memory Card) a débarqué sur Manga Sanctuary et mis une annonce de recrutement. J’étais étudiant à l’époque, ce qui me donnait pas mal de temps libre. J’ai tenté et j’ai été pris. Après tout, j’avais déjà lu pas mal de trucs et j’avais l’impression de savoir de quoi je parlais donc… Avec le temps, l’équipe s’est réduite et le responsable est parti. J’ai repris les rennes et il faut avouer que j’ai beaucoup fait évoluer la ligne éditoriale du site (je suis super indécis :D).

Lorsqu’on a décidé de lancer Manga Mag avec Kubo, il fallait du contenu de base. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas une mauvaise idée de reprendre de vieilles chroniques. En me relisant, je me suis dit que c’était quand même pas top. Que ce soit au niveau de la structure de mes chroniques trop variable ou même du rythme, il y avait encore pas mal de boulot. Par contre, je n’irais pas jusqu’à dire que je ne les aime pas. J’ai pris un petit plaisir à les relire mais surtout à les éditer, à essayer de les moderniser, preuve que tout n’était pas à jeter.

Wladimir Labaere : Après des études, entre autres, de japonais (le malentendu cité plus haut était alors dissipé), et une année passée au Japon, j’ai décidé de travailler « dans le manga » (C’était quand même une passion depuis une vingtaine d’années !). J’ai tapé à pas mal de portes. On était en 2006, il était sans doute moins compliqué de trouver du boulot dans ce secteur à l’époque qu’aujourd’hui. J’ai alors mené une carrière très brève dans la presse manga. Animeland et dBD ont été les deux principaux magazines pour lesquels j’ai écrit pendant quelques mois. En parallèle de mes études de japonais aux Langues’O, j’avais suivi à l’Institut d’Études Politiques de Paris un cursus de sociologie politique appliquée à l’Asie. Mon mémoire de Master 2 portait sur les représentations de la fin du monde dans les mangas.

Les chroniques et articles de fond que j’ai rédigés ont ainsi été guidés, en plus d’une analyse littéraire, par la volonté de chercher ce que disaient les mangas et anime sur la société japonaise contemporaine. Très vite, j’ai commencé à traduire des mangas et anime, activité qui a rapidement pris le pas sur mes activités de chroniqueur. J’ai donc arrêté d’écrire au bout de quelques mois, faute de temps. (Pour l’anecdote, l’un de mes premiers boulots de traduction, je le dois à Animeland : je devais en être à mon troisième ou quatrième article, principalement pour la rubrique « transversale », quand la rédaction a reçu un coup de fil un peu paniqué de Kana Home Vidéo, qui s’était fait planter par un traducteur sur la série animée Sergent Keroro et cherchait donc quelqu’un pour reprendre la trad en toute urgence.) Aujourd’hui, mon rapport à la presse manga, papier et web, est celui d’un éditeur. J’aime beaucoup discuter avec les gens qui écrivent. Pour leur « vendre » mes mangas, bien sûr, en expliquant ce qui fait les qualités des titres, les raisons pour lesquelles je les publie, de quelle manière ils peuvent enrichir l’offre présente sur le marché francophone… Mais je prise tout autant ces échanges pour le regard différent qu’ils m’apportent sur mes titres.

3rue_mysteresJ’ai exhumé très récemment une chronique écrite en 2006, pour @ours256 qui a concocté un dossier hommage à Shigeru Mizuki pour @MangaMag. C’était une courte chronique sur 3, Rue des mystères. J’angoissais pas mal, et je m’étais promis d’enterrer ce texte si, presque dix ans après, je le trouvais honteux, mais à ma grande surprise, je ne l’ai pas trouvé si nul. J’ai également pu me rendre compte que je n’aurais pas du tout écrit ce texte de la même manière aujourd’hui. En troquant ma casquette de chroniqueur pour celle de traducteur et d’éditeur, j’ai vraiment adopté une autre manière d’appréhender et d’apprécier le manga.

Victoire : De mon côté, je ne chronique pas trop de mangas en fait… j’ai bien fait un ou deux articles (plus sur les anime que sur les mangas d’ailleurs) sur mon blog à l’époque mais sinon pas trop… Enfin si, je chronique MES mangas ! 😀

C’est tout un art de présenter ses mangas aux journalistes, pour sûr ! Et oui, j’ai relu mes chroniques, et je les trouve carrément top : elles sont écrites comme je parle, avec des citations des films Disney un peu partout, c’est un bonheur à lire… En tout cas pour moi, je m’y fais rire moi-même… ahahah !! Par contre, si on ne me connaît pas je pense qu’on doit me prendre pour une folle ! ( Note du chocobo : parce que lorsqu’on la connait c’est différent ? 😉 )

L’instant TOP CHEF : les ingrédients de la chronique !

Les personnages, le scénario, la narration, le graphisme ou le thème c’est comme le sucré, le salé, l’acide, l’amer et le mystérieux umami en cuisine : il y a une infinité de recettes possibles dans une chronique de manga. Même si l’on aime souvent aborder tous ces sujets, il y a toujours des saveurs qui sont plus appréciées par le palais et des aliments que l’on préfère cuisiner à d’autres. On a donc refilé des toques à nos invités et on a causé d’ingrédients et d’amour du bon pavé… Sans oublier d’évoquer des petites sauces plus spécifiques au format manga : la traduction et l’impression !

Noirs et mangaGérome/l’Otaku Poitevin : J’aime bien parler de l’impression générale que me laisse un manga, j’évoque ces notions de narration, des scénarios etc mais n’étant pas un spécialiste je ne m’attarde pas trop la dessus. Quand je lis des chroniques j’aime bien avoir une sensation de maîtrise de la part de l’auteur, que je n’ai pas l’impression qu’il dise des conneries quoi ! Quand je lis quelqu’un qui s’y connaît dans un domaine, on a des précisions qu’on n’a nulle part ailleurs. De même les chroniques pleines de références sont super intéressantes car derrière tu découvres plein de titres cools ! C’est là que Meloku est fort, en une page tu te trouves avec 4 nouveaux titres dans ta wichlist !

Pareil quand les thématiques abordées sont pertinentes et originales, j’ai en exemple cet article que je viens de lire sur la place des noirs dans les manga, c’est simple, l’auteur ne met pas les blacks en victime mais rationalise sur les stéréotypes fréquemment utilisés par les mangaka, bref je l’ai trouvé cool.

Meloku : Au départ j’aime bien analyser la structure narrative et la mise en scène graphique (mais moins le dessin, car je ne m’y connais pas suffisamment). Mais j’ai évolué. Aujourd’hui j’aime mettre en exergue l’impact social que peut avoir un manga, ce qu’il peut représenter pour celui qui le lit. Je me plais également à chercher ce qu’un auteur a voulu transmettre à travers son œuvre. Mais c’est dur et ça demande des efforts importants pour quelqu’un d’aussi peu futé que moi. Bon je vais essayer de pas trop me rabaisser quand même, mais je galère très souvent à écrire, alors quand je reçois les encouragements de quelqu’un comme Ours256, que j’ai des retours positifs sur un billet ou même que je reçois des prix, bah je suis soulagé, je me dis qu’en fin de compte je ne suis pas si nul que ça. C’était quoi la question déjà ?

Ours256 : Pour ma part, j’adore parler narration, encrage, imagerie. Mon amour pour la littérature est en cause pour le dernier bien évidemment et il y a de nombreux auteurs qui savent exprimer les émotions avec un talent certain. Pour utiliser un exemple récent, je vais prendre ARAI dans Les Misérables qui représente les états d’âme de Jean Valjean avec un lion d’une férocité folle. Pour l’encrage, impossible de ne pas citer FUJITA et Moonlight Act qui me donnent des frissons à chaque fois que j’en lis un tome. Le trait de cet auteur est tellement explosif qu’il ne peut laisser de marbre aucun lecteur. Qu’on aime ou qu’on aime pas, on aura un avis sur la chose. J’ai gardé le meilleur pour la fin mais niveau narration, c’est bien évidemment à Masato HISA que je tire mon chapeau. Il me fait rêver avec Area 51 mais aussi avec Jabberwocky. Avec lui, un seul mot d’ordre : le dynamisme. Si je commence à en parler, je vais plus m’arrêter donc je dirais juste qu’il fait partie de ceux qui parvient le mieux à allier le fond et la forme.

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Wladimir Labaere : Au risque de me répéter, j’aime qu’une chronique prenne un peu de hauteur et/ou des chemins de traverse. Je me rends compte que j’apprécie aussi de pouvoir trouver, à un moment ou un autre d’un papier, une contextualisation de l’œuvre chroniquée : qui est l’auteur, qu’a-t-il fait d’autre ou que fait-il d’autre que le manga en question, que ce soit en manga ou dans d’autres domaines. J’aime aussi lire en quoi, selon le chroniqueur, le titre en question s’inscrit dans son temps (fait-il écho à quelque chose de réel ?). J’apprécie aussi pas mal le jeu des références, c’est-à-dire quand le chroniqueur replace une œuvre dans une famille (fût-elle graphique, scénaristique ou thématique). Le mieux étant que le chroniqueur trouve des résonances avec des romans, des films, des tableaux, telle ou telle musique (et surtout, pas uniquement en provenance du Japon)…

En fait, je me fous pas mal qu’on me raconte l’histoire en plus de deux lignes. Ça me donne généralement l’impression de perdre mon temps. Ce que j’attends d’une chronique, c’est une vision construite, argumentée, et surtout personnelle, d’un titre. Tout ça pour dire que les titres Sakka, on l’aura compris, c’est du pain bénit pour les chroniqueurs qui veulent s’amuser.

Victoire : J’aime bien qu’une chronique se déroule sans accroc ! Sinon, j’aime bien qu’elle évoque un peu de tout ça, et comme dit Wladimir d’une très belle manière, qu’il y ait une certaine réflexion (perso forcement) sur l’histoire, l’auteur, le message de l’œuvre, etc.

Les vacances de Jésus & Bouddha 10Comme je le disais plus haut :  la traduction c’est très rare qu’on en parle dans les chroniques ou articles, excepté pour des débats sur les adaptations au contexte, comme l’humour dans Jésus et Bouddha par exemple qui est parfois écrit avec des références françaises… Donc si un chroniqueur non bilingue veut savoir s’il a un bon travail de traduction entre les mains pour l’évoquer dans sa chronique… il fait comment ? Réponses des concernés :

 

Fabien : Si la traduction n’est pas mentionnée, c’est qu’elle a rempli son rôle à la perfection. Le but ultime d’une traduction est d’être totalement transparente aux yeux du lecteur. Pour le sujet qui nous intéresse, elle doit aussi s’intégrer avec fluidité dans le découpage imaginé par l’auteur, retranscrire de manière cohérente les caractères des personnages ou même attraper le lecteur par la main dans les passages un peu compliqués afin qu’il puisse souffler et prendre du recul sur l’action. De mon point de vue, si tout ceci s’effectue sans même que le lecteur ne s’en rende compte, le pari est gagné.

Ours256 : Je ne suis pas éditeur mais je suis traducteur à mes heures perdues, d’anglais et d’espagnol soit, mais les problématiques sont les mêmes que pour le japonais. Ce que @Fab a dit est complètement vrai même si j’aimerais y ajouter une petite nuance. Une bonne traduction peut être considéré comme telle si le lecteur lambda ne se rend pas compte qu’il y a eu un petit remaniement (les structures des langues ne sont jamais les mêmes). Un lecteur spécialisé aura probablement déjà découvert sa série préférée dans une autre langue ou même dans la langue originale du titre. A partir du moment où il s’est fait sa propre idée, impossible (ou très difficile) de lui faire changer d’avis ou d’essayer de négocier sur un nom ou une transcription. Autre point : il faut que ça reste fluide et cohérent. Voir un jeune garçon parler comme un livre du XVIIe siècle ou des morceaux de phrases qui ne s’emboîtent pas vraiment… bof bof… Un dialogue reste un dialogue.

Wladimir Labaere : je suis très partagé sur la question du traitement de la traduction dans les critiques de manga. Je me dis que pour avoir la légitimité de parler de la traduction d’un titre qu’il chronique, un chroniqueur doit avoir lu le titre dans sa version originale. Il n’y a qu’ainsi qu’il pourra produire un discours pertinent sur ce point. Mais est-ce que ça intéresse les lecteurs ? Et est-ce que ça doit les intéresser ?

Je suis tout à fait d’accord avec Fabien sur la « transparence » d’une traduction. Si le lecteur ne se dit pas qu’il a affaire à une traduction, c’est souvent gage de qualité (sauf dans le cas où un traducteur réécrit talentueusement toute l’histoire, mais ça, j’ose espérer que ça n’existe pas). Mais une traduction ne doit pas être « neutre » pour autant. Par sa qualité, elle doit immerger le lecteur dans l’univers d’un auteur. Et je ne connais peu d’auteurs de manga qui se disent : « tiens, j’ai une idée : tous mes dialogues vont avoir un électro-encéphalogramme complètement plat. »

En tant que traducteur et éditeur, je sais qu’une mauvaise trad peut massacrer une œuvre, quand une bonne peut la sublimer (pour prendre les deux extrêmes du spectre des traductions). Et quand je dis « mauvaise trad », je ne parle pas uniquement du sens (là, c’est la responsabilité des éditeurs de trouver des traducteurs compétents), mais plutôt de l’adaptation. Je lis encore pas mal de mangas en français sans les avoir lus en japonais, et il m’arrive souvent de « voir » le texte japonais derrière le texte français. Je reconnais des structures grammaticales, des tournures calquées sur le japonais, ce qui est tout sauf naturel et me fait donc « sortir » de l’œuvre. Et pas seulement parce que je parle japonais, loin de là. C’est surtout que je considère la situation et que je me rends compte (à tort ou à raison), que là, en français, personne ne dirait ça comme ça. Le français et le japonais sont des langues d’une richesse immense, mais pas de la même manière.

Quand on considère que le manga, c’est avant tout des dialogues, il y a un « truc » très simple : je conseille fortement à tous les traducteurs auxquels je confie des titres de mettre leur travail à l’épreuve de l’oral. « Lis ta trad à voix haute, tu verras tout de suite si, en français, dans la vraie vie, dans cette situation donnée, on dit ça comme ça. » Il faut que ça coule ! Qu’on entende une musique ! (Je ne demande pas le gueuloir de Flaubert, mais presque.) Le tout en respectant l’alliance image/texte, le découpage des planches, la taille des bulles. C’est là que je me dis que parfois, une excellente maîtrise du français est sans doute plus importante qu’un niveau de brute en japonais. La pratique du sous-titrage de films ou d’anime oblige, du fait de la contrainte du nombre de signes, à une gymnastique intellectuelle permanente qui peut s’avérer très utile quand on traduit un manga. (Digression : désolé les fansubbbers qui balancent des sous-titres de 8 lignes et des « notes » sur l’écran, mais en sous-titrage, il y a des règles, la première étant qu’un sous-titre doit être lisible par l’œil humain dans le temps où il apparaît à l’écran, tout en laissant le possibilité de suivre l’action.)

Même question sur la fabrication : qu’est-ce qui nous dit que l’éditeur a mis les moyens sur la qualité de son bouquin ou au contraire qu’on a du caca d’éditeur entre les mains ?

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A cette question Gérome rajoute d’ailleurs la sienne : “Je me demandais si le “fabrication française” pouvait être un argument de vente, je parle du choix d’une imprimerie française ou italienne par exemple, vu que c’est un peu tendance en ce moment. Ou peut-être que la différence de prix/savoir faire est vraiment significative ?”

 

Fabien : Pour ce qui est de la qualité de fabrication du livre, il y a des critères objectifs et subjectifs. La souplesse et la blancheur du papier par exemple sont des éléments où chacun a sa préférence personnelle. Pour avoir eu des mangas venant de nombreux pays entre les mains, je peux affirmer sans trop de risque que le niveau moyen français est parmi les plus élevés et fait presque jeu égal avec le Japon. Il y a aussi l’aspect culturel qui entre en compte car en France, on aime les beaux livres. Les jaquettes, la création graphique, les pages couleur, les effets de couverture, toutes ces petites attentions qualitatives sont rares dans les autres pays. Je pense que les lecteurs de mangas en version française ne se rendent pas compte à quel point ils sont gâtés.

>> @ Gêrome : Ça tombe bien, en ce qui concerne Kurokawa, tous nos mangas sont imprimés dans la banlieue de Poitiers ! Je doute que l’argument « fabriqué en France » fasse autant d’effet sur les mangas que sur les produits frais mais il a le mérite d’exister. On parle des avantages financiers à délocaliser mais on oublie souvent les deux très gros avantages à imprimer en France : la confiance et les délais. La confiance car nous travaillons depuis des années avec le même imprimeur et il possède une expertise suffisamment grande pour nous alerter en cas de problème. Il est au moins aussi exigeant que nous car il a la fierté du travail bien fait. On peut même s’y rendre en cas de besoin, c’est à moins de deux heures en TGV. Les délais ensuite car imprimer à l’étranger rend dépendant de la logistique et des aléas des transports. Imprimer en France nous autorise aussi à être plus réactif et à peaufiner nos titres jusqu’au dernier moment.

Manga - Photo ©Paoru.frGuillaume : Je ne m’occupe pas vraiment de la partie Fabrication, mais j’ai la chance de pouvoir donner mon avis et je suis aussi consommateur !

Tout d’abord, pour le grand public, je ne pense pas (malheureusement) que l’argument “Fabrication Française” soit très important, mais pour nous, éditeurs, cela représente plusieurs avantages comme les délais, la flexibilité et la confiance. Ces critères sont très importants, car s’il y a un problème, c’est tout notre planning de publications qui peut être bouleversé. L’impact sur la partie communication est donc direct… et devoir décaler une campagne de communication prévue depuis longtemps est très compliqué…

Après, il y a des critères plus personnels comme la blancheur du papier, son épaisseur qui sont importants pour les lecteurs, car ils rendent leur lecture plus agréable.

Comme a pu le dire Victoire, le choix du papier également très important pour les éditeurs car il jouera sur la qualité d’impression. Le choix de l’imprimeur se fera donc également en fonction des différents papiers qu’il propose. Dans la partie Fabrication, il faut aussi parler de la partie création graphique avec les jaquettes, les couvertures, et la présence de pages couleur. Ces points sont très importants car ils participent à la mise en avant du livre. Comme dirait Fabien, il s’agit “d’attentions qualitatives” qui valorise le livre, l’édition.

Ours256 : Je rejoins Guillaume sur la partie fabrication. Je suis tout de suite plus attiré par un bel habillage graphique et par un vernis qui “en jette”. Les gros livres ne me font pas non plus trop envie, quand c’est trop lourd, ce n’est pas agréable. Je pense surtout aux intégrales de plus de 500 pages, c’est pas le top niveau plaisir de lecture.

Gérome/l’Otaku poitevin : >> @Ours256 les gros volumes ne me dérangent pas, au contraire même, j’aime bien le côté “bel objet” (quand l’édition fait bien son boulot). Mais j’admets que les belles couvertures sont un plus.

Wladimir Labaere : Du point de vue de l’éditeur, un « bon » imprimeur, c’est celui qui concrétise la volonté d’un éditeur pour ce qui concerne l’objet, volonté traduite par son service production en un cahier des charges. Peu importe la « nationalité » de l’imprimeur.

Cela dit, il est vrai qu’il y a des avantages pratiques (évoqués par Guillaume) à travailler avec un imprimeur français. Mais pour ma part, je pense d’abord à l’objet que les lecteurs prendront en main, à leur première impression, qui va conditionner leur expérience de lecture. De ce point de vue-là, ça ne me dérange absolument pas que, lorsque des lecteurs parlent d’Area 51, ils évoquent d’abord le « toucher » si particulier de la jaquette, ses couleurs ultra-pétantes… Parce que c’est complètement raccord avec l’intérieur, que ça forme un tout.

Victoire : Je rejoins Wladimir, un bon imprimeur va être celui qui suit l’idée de l’éditeur, l’écoute et travaille avec lui à la bonne réalisation d’un ouvrage, et ce, quelque soit sa “nationalité”. Pour être allée poser la question à notre chef de fabrication, elle dit qu’elle n’a pas forcement plus confiance en un imprimeur français qu’en un autre. Elle a, par exemple, une relation de confiance bien plus forte avec notre imprimeur italien… (NDLR : L.E.G.O., cf visuel ci-dessous). C’est une question humaine et pas forcement une question de “nationalité”. En ce qui concerne les questions de délais, effectivement elle a 3 jours de moins si elle prend un imprimeur français, ce n’est pas non plus énorme selon ses dires. 🙂

Cependant, question prix, les français ont plus de mal à s’aligner avec les autres, notamment à cause du coût d’un employé en France… Enfin, la qualité d’un ouvrage ne dépendra pas seulement de l’imprimeur lui-même, mais aussi des choix de l’éditeur au niveau du matériel (papier, vernis, etc.)

LEGO

 

Pour finir, impossible de ne pas parler du 6e ingrédient essentiel, ce 7e sens qui fait brûler le cosmos du rédacteur et transforme sa plume en aile-dorée-façon-saiyajin-god : l’inspiration… et son fidèle nemesis : le manque d’inspiration !

La question est donc : Y a-t-il des auteurs ou un style/genre ou thématique de manga que vous aimez chroniquer plus particulièrement ou d’autres que vous aimez bien mais avec qui vous rencontrez un mal fou dès qu’il faut écrire dessus ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Il y a quelques sujets qui me font dépenser pas mal d’encre, c’est tout ce qui est impact psychologique sur les personnages lors d’événements ou selon leurs interactions, ou j’aime bien faire un rapprochement avec une discipline que j’étudie c’est la santé mentale. Les personnages ont souvent, comme dans la vraie vie, des personnalités diverses et sont souvent troublés par différentes choses. J’ai pris le parti d’en faire un article une fois. Je ne sais pas si les ça intéresse les gens mais moi si. L’aspect social est aussi très présent dans mes chroniques. Du coup j’adore des auteurs comme Usamaru Furuya ou Takehiko Inoue, ce dernier rajoute le côté sportif (basket) que j’adore.

Meloku : Kazuo Kamimura et Suehiro Maruo sont sans doute mes chouchous pour l’écriture, je ne me lasserai jamais d’écrire sur eux. En revanche, j’ai un mal fou à écrire sur Inio Asano, et principalement sur Solanin. Sans doute parce que je suis trop perfectionniste tellement cet auteur m’a marqué. Mais j’ai trouvé la solution avec cet article , j’ai comparé Inio Asano à Kazuo Kamimura et ça m’a permis non seulement de prendre du plaisir à l’écriture mais aussi d’être fier du résultat. Malin non ?

Ours256 : Pour les auteurs, c’est pas très dur quand on me connaît : Hirohiko ARAKI parce que Jojo, Masato HISA parce qu’il est tout simplement génial et Naoki URASAWA parce qu’il y a toujours un truc à dire ce qu’il fait ou ce qu’il décrit. Niveau thématiques, j’aime beaucoup parler d’adaptations d’œuvres littéraires, pas parce j’ai lu l’oeuvre de base mais parce qu’on sent que l’auteur doit faire un effort très particulier au niveau du rythme. En temps que lecteur vorace de roman, on le sent très bien. Que ce soit dans un titre comme Ascension ou même Battle Royale tiens ! Difficile de ne pas citer non plus les manga où les références foisonnent comme Genshiken, Bobobo-Bobobo ou plus récemment Bimbogami Ga qui est un petit bijou que tout le monde snobe.

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La question du bon et du mauvais chasseur… mais sans la galinette cendrée.

Vous l’aurez compris, la suite nous permet d’aborder cette épineuse question : c’est quoi une bonne chronique… ou une mauvaise ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Pour moi une bonne chronique, c’est quelque chose d’assez simple, il faut que le lecteur ait compris ce que tu voulais dire dans ton article (des fois je m’emballe ça doit pas être simple de piger le sens ^^). Pas besoin d’argumenter sur 50 pages pour convaincre le lecteur de lire tel ou tel manga. Mais le message doit passer, que ce soit une analyse de la narration, de la situation sociale, du dessin, ou autre. Pour la chronique « news » je pense que c’est différent, elle est là pour faire une courte présentation d’un titre. La mauvaise chronique serait un écrit sans véritable fond, qui serait écrit pour être écrit. Si on y ajoute des fautes à tous les mots (je suis assez tolérant car pas infaillible sur le sujet mais des fois c’est trop). En gros il faut aussi que l’on ait envie de continuer la lecture, si on trouve ça mauvais dès le début on s’arrête directement faut pas être maso .

Fabien : Une bonne chronique, c’est une chronique qui dit du bien de nos titres ou du mal de ceux des autres ! Plus sérieusement, j’élude en général toute la partie scénaristique pour m’attarder aux critiques générales émises sur le livre ou sur le travail de l’éditeur. On a la chance en France d’avoir une émulation positive entre éditeurs pour proposer de belles éditions de nos mangas. Du coup, c’est toujours appréciable quand ce travail est reconnu ou mentionné. Mais il faut aussi savoir appuyer là où ça fait mal. Contrairement aux simples commentaires, les points négatifs abordés dans une chronique sont souvent argumentés et constituent un retour précieux pour les éditeurs.

Mangas

Meloku : Pour moi une bonne chronique, c’est une chronique accessible. Ne pas perdre le lecteur avec des noms d’auteurs ou de personnages qui sortent de nulle part quand bien même c’est évident pour toi. Accentuer les points que tu veux mettre en avant par une tournure de phrase forte, qui rentrera dans la tête de celui qui lit. Structurer la critique de manière à ce qu’elle suive un plan limpide. En tout cas c’est ce que je me fixe, c’est sans doute pour ça que je passe des dizaines et des dizaines d’heures sur un seul texte (d’accord je suis lent aussi, et je n’arrive pas à me concentrer). Après il s’agit d’un but personnel auquel j’aspire mais que j’ai beaucoup de mal à atteindre. Les articles dont je suis satisfait se comptent sur les doigts des mains, et quand on sait que je gravite aux alentours de 500 textes…

Sinon une mauvaise chronique, c’est un texte qui reprend point par point un dossier de presse (d’autant plus quand celui-ci est erroné) (Oups).

Guillaume : Une bonne chronique est une chronique construite et argumentée, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas “5 lignes” (Ah ah) ! C’est aussi une chronique qui s’attarde, bien évidemment, sur le fond, mais aussi sur le forme ! Parler de “l’objet livre” est aussi très important car notre travail est d’offrir un livre agréable à lire, qu’on a envie de garder, d’exposer. Bien évidemment, en tant qu’éditeur, on a envie de voir nos titres recevoir les éloges de tous les chroniqueurs, mais ce n’est pas toujours le cas, et il faut aussi se dire que même une chronique négative a ses points positifs (si elle est argumentée).

Les chroniques négatives nous permettent de cerner les attentes des lecteurs, de comprendre ce qui ne va pas dans notre politique éditoriale et de l’affiner. Si les critiques concerne le livre en lui-même, cela nous permet de réfléchir sur les améliorations à apporter (l’impression, le papier, etc.). Il en est de même pour la correction, la traduction, l’adaptation.

Ours256 : Je dois avouer que je suis assez d’accord avec @Gêrome dans l’idée. Pour qu’une critique me plaise, il faut qu’elle me motive à la lire. En temps que prof, je dois dire que ce n’est pas évident. Quand je vois des phrases commencer par des conjonctions de coordination ou même certaines utilisations du subjonctif qui n’ont pas lieu d’être, ça me donne des envies de suicide. Attention, je ne dis pas que l’erreur n’est pas humaine et qu’une ou deux fautes d’orthographe, c’est la mort… Cependant, si l’accroc est grammatical, la structure de la phrase est brisée et ça… ça ne pardonne pas !

En ce qui concerne l’argumentation, je ne la considère valide que que quand elle n’est pas de mauvaise foi et se base sur autre chose que du pinaillage d’otaku élitiste. Comme l’a dit @Meloku, une critique se doit d’être accessible, surtout si elle est publiée sur un site qui se veut grand public. Le lecteur lambda ne cherche pas à ce qu’on compare un manga avec un film muet de Kraczinoswki datant du 13e siècle… Il y a des sites spécialisés sur Sword Art Online, les séries d’URASAWA ou même Gantz qui font des critiques bien plus détaillées (et souvent plus pertinentes) que celles des sites généralistes et leur travail ne doit pas être délaissé.

SAO

Wladimir Labaere : À mon humble avis, une bonne chronique est signée par quelqu’un qui a su extraire ce qui fait à son sens le sel (bon ou mauvais) d’un titre et a su l’exprimer. J’aime les chroniques dont l’auteur adopte un angle qui lui est propre. Pour le dire autrement, j’aime bien quand un auteur vient avec sa sensibilité et met en lumière des choses que d’autres ressentiront autrement, n’estimeront pas essentielles ou ne verront même pas.

La mauvaise chronique, logiquement, c’est celle qu’on va lire dix fois sous dix plumes différentes. Je dirais que c’est celle du paresseux qui n’a pas donné sa chance à un titre, qui ne fait que survoler un manga et, pour une raison qui m’échappe, décide d’écrire quelque chose dessus (en mal ou en bien). Il faut gratter la surface !

Victoire : Une bonne chronique est écrite par quelqu’un qui va poser un regard intelligent sur l’histoire qu’il lit, le livre qu’il ouvre et qui prendra le recul nécessaire s’il n’est pas la cible (par exemple). Il fera son travail d’investigation si besoin et parlera du fond comme de la forme. Car, comme il est dit plus haut, l’ouvrage en lui-même compte aussi pour un éditeur mais comme pour tout vrai amateur de BD en fait ! Il n’est pas nécessaire qu’elle soit trop longue mais claire, simple à lire, intéressante et intelligente.

Notre invité mystère se souvient d’une anecdote à ce sujet qui illustre bien le papier inutile et le temps perdu : une bloggeuse avec qui elle travaillait lui demandait avec insistance de recevoir l’un de ses ouvrages, un comics relativement onéreux qui devait avoisiner la vingtaine d’euros et que nombre de chroniqueurs eurent aimé avoir entre les mains. La bloggeuse prétextant un papier important et continuant d’insister, elle le reçoit donc et l’article tombe : un copier coller de résumé éditeur, deux lignes d’analyse à tout casser et fin de l’histoire. Le genre de chose qui donne envide de décrocher son téléphone pour expliquer ce qu’est un travail honnête d’écriture…

 

Chronique manga : utile ou futile, c’est selon !

Quelque soit le contenu, chroniques et critiques manga ont aussi une spécificité : celle de pouvoir revenir plusieurs fois l’année sur le même titre… Mais qu’est-ce qui est mieux pour une série de plusieurs tomes ? Plusieurs chroniques ou un seul et long article ? Nan parce que chroniquer systématiquement des shônens qui ont dépassé les 30 tomes ça devient un peu compliqué… n’est-il pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : C’est une question compliquée, personnellement j’ai du mal à m’attaquer à des œuvres dépassant les trente tomes trop de choses à dire et je ne m’en sens pas le courage car j’aime bien relire le manga en entier avant de faire une chronique dessus et ça prend du temps, des fois beaucoup de temps de tout relire.


Meloku :
Le tome par tome c’est marrant 5 minutes, mais franchement ça m’a fait chier. Lire pour chroniquer et non pour le plaisir est devenu un véritable enfer, à tel point que j’ai abandonné durant quelques mois les mangas (je ne lisais que Bonne nuit Punpun). Bon, j’y suis vite revenu et en créant Nostroblog je suis retourné à ce que j’aimais : une longue critique sur un titre. J’évite les shonen fleuves et ce genre de trucs, non pas par snobisme mais parce que je n’ai rien à dire dessus de plus que ce que tout le monde dit. Des milliers de personnes en parlent mieux que moi, alors qu’écrire ? “ C’est cool, lisez-le “ ? Bah oui, mais tout le monde le lit déjà. Bref, du coup je me concentre sur ce que je préfère, ce que je trouve intéressant et cetera. Soit je fais une critique complète banale, soit je tente de trouver des angles un peu différents (avec plus ou moins de succès hein).

One Piece 77Ours256 : Le tome par tome… Qu’on aime ou pas, il faut en faire, ça fait vivre un site en termes de visites et de pages vues, ça aide à créer une base de lecteurs mais c’est quand même super chiant, même si on adore la série. Même si arriver au tome 77 de One Piece, j’ai toujours des trucs à dire sur la série, je ne suis pas sûr que ça soit vraiment pertinent.  Même si d’autres en ont parlé, je ne vois pas pourquoi je me priverais de le faire. Après tout, si j’ai envie…

Quand j’ai démarré sur Krinein, on tournait quand même à 3 ou 4 critiques de tomes par mois. Ensuite, on s’est tourné vers “les sorties du mois de chaque éditeur” et là, depuis quelques temps, c’est freestyle, je vais plutôt rester sur des critiques de séries complètes ou des avant-premières.

Faire un seul long article, c’est sympa mais ça peut vite s’avérer casse gueule. Il y a tellement de choses à dire, tellement de thématiques à aborder que ça devient très vite consumant. Après, j’aime bien faire comme @Meloku et aborder des angles un peu différent mais pour ça… il faut avoir le temps.

Wladimir Labaere : Les deux mon capitaine. En tant qu’éditeur, oui, je pense que des chroniques à chaque tome permettent à un titre de se rappeler au bon souvenir des lecteurs, et que c’est donc une bonne chose. Encore une fois, charge au chroniqueur de déterminer s’il a quelque chose à apporter au débat.

Victoire : Wladimir, mon maître à penser apparemment, a raison, les deux mon ami ! Après ça peut être aussi, un point tous les X tomes si le chroniqueur estime qu’il n’y a pas assez à dire tome par tome à chaque fois. Mais les journalistes qui me disent qu’après le tome 1 ils s’arrêtent… C’est aberrant. C’est comme ceux qui refusent de me chroniquer un titre parce qu’il est sorti y’a trois mois et que c’est plus d’actu… Sérieusement, depuis quand une BD devient obsolète, encore plus au bout de trois mois ?

Puisque l’on parle de quantité, voici l’occasion de poser une question à nos spécialistes de l’édition :  lisent-ils beaucoup de chroniques ? Car si ce sont les chroniqueurs qui en parlent le plus ce sont les éditeurs qui en mangent encore bien davantage, forcément. Notre invité cachée nous explique qu’il y a deux types de « lectures » : d’un côté le contenu à proprement parler, les chroniques qu’on lit donc, parfois en entier ou parfois la seule conclusion faute de temps, et il y a la recherche de la visibilité d’une œuvre de l’autre côté, selon le nombre de chroniques publiées sur la toile et qui les a publiées. Nos autres invités nous dévoilent ensuite les détails sur leur façon de procéder et les multiples utilités des chroniques…

KurokawaFabien : A minima, je survole tout ce qui est porté à ma connaissance et qui concerne Kurokawa. Je lis plus en détail les titres dont j’ai la charge pour comparer mon avis avec ceux d’autres lecteurs ou découvrir d’autres points de vue sur ces œuvres. Quand on parle du travail d’adaptation sur un livre, il s’agit de le rendre accessible à son public cible. Du coup, c’est toujours bon d’en savoir un maximum sur les gens qui vous lisent. Je lis aussi les critiques des premiers tomes qui sortent chez les autres éditeurs, surtout les titres dont on avait discuté en interne qui nous ont échappé ou sur lesquels nous n’avions pas donné suite.

Guillaume : J’essaye d’avoir un œil sur tout ce qui peut être publié sur nos titres. J’apporte forcément plus d’importance aux tomes 1, mais il est important de faire un suivi des titres pour continuer à communiquer dessus et lire ce que pensent les lecteurs. Encore une fois, lire les chroniques est importants pour moi, car cela me permet de mieux comprendre nos lecteurs, de savoir ce qu’ils recherchent.

Je prends souvent des notes, car ça me permet aussi de mettre en avant nos titres lors d’argumentaires de vente. Ces notes me permettent également de faire des retours aux infographistes, correcteurs / adaptateurs, traducteurs et à mon directeur.

SakkaWladimir Labaere : Tout pareil que Fabien (mais vraiment) ! Avec, également, un accent mis sur les titres que j’aurais peut-être voulu publier chez Sakka. Tout comme je regarde de près le travail réalisé sur ce titre par l’éditeur qui le publie en français, je suis aussi attentif à ce que les chroniqueurs et le public en disent. Et comme le souligne Guillaume (c’est cool de passer en dernier ou presque !), j’aime bien moi aussi informer les éditeurs japonais, les auteurs et l’équipe Casterman du contenu des chroniques des titres Sakka. D’un point de vue pragmatique, on peut trouver au détour de certaines chroniques des arguments ou des points de vue qui vont nous servir en interne, lorsqu’on présente les tomes suivants à nos équipes commerciales.

Victoire : Tout comme Fabien et Wladimir mon maître à penser. Pour le retour de chroniques aux japonais c’est mon éditeur qui fait remonter l’info ou Mai, son assistante donc je vais juste mettre en avant dans mes dossiers les chroniques les plus “belles” (= intéressantes, bien présentées, originales, celles des grands média notamment en presse – aaaaah les japonais et le papier…)

Sur ce sujet je pose une dernière question, à l’ensemble des intervenants cette fois-ci : quand j’ai débuté dans la chronique (en 2001-2002 de souvenir) tous les sites ou presque disaient “nous, on chronique tout”. Avec 1600 tomes à l’année vous trouvez que ça a encore du sens ?

ChiisakobeMeloku : Je trouve que ça n’a aucun intérêt. Déjà car ceux qui prétendent tout chroniquer aujourd’hui, le font via des sp et du coup ne s’intéressent pas à de très bons mangas d’éditeurs comme Cornélius ou Lézard noir qui n’en envoient pas (ou peu). Alors au final, je vois beaucoup de ce genre de blogs parler encore et toujours de ces mêmes éditeurs, je trouve ça lassant à force. Les italiens de Hollow press sortent un bouquin de Shintaro Kago muet et donc accessible à tout le monde mais personne n’en parle, aussi génial soit-il. Les éditions Ki-oon lancent leur nouveau titre, tout le monde en parle (même si c’est un énième survival game qu’on en a marre bon sang de bois). Alors moi, au lieu de parler de tout, je préfère mettre en avant ce que je découvre et qui m’interpelle, car je trouve que la découverte est un plaisir au moins aussi important que la lecture. Si ce n’était pas clair, je suis pour moins de chroniques et plus de qualité dans la sélection.

Ours256 : En fait, je crois qu’aujourd’hui, dire on chronique tout n’est qu’une ellipse pour dire “on chronique tout… ce qui nous intéresse, qu’on donne ou qui a piqué notre curiosité en bien ou en mal”.

Chroniquer absolument “tout” ? Après tout, pourquoi pas ? S’il y a une structure qui possède les ressources pour, en quoi ça serait un mal ? Que l’objet culturel soit obtenu de la poche du rédacteur ou d’un SP, quelle différence si celui qui écrit sait faire la part des choses et rester objectif ? Que les éditeurs envoient leurs produits pour qu’un certains nombres de médias les teste relève de leur choix marketing (qu’ils envoient en physique ou en digital). En 2015, c’est un aspect non négligeable du commerce international et même si c’est une méthode qui vient cristalliser certains abus, elle n’en reste pas moins efficace.

Pour ma part, j’essaye vraiment de parler de tout ce que je veux. Comme j’aime pas mal de trucs, ce n’est pas si facile mais bon j’estime offrir un panorama assez vaste de ce qui sort, que ce soit au niveau des gros hits mais aussi des titres plus confidentiels.

En ce qui concerne la visibilité, c’est aux sites spécialisés et aux médias généralistes grand public de faire leur travail et de parler de ce qui en a besoin. Chaque site à sa façon de mettre en valeur une œuvre (un concours, un bandeau sur la page, un harcèlement via Twitter…). A mon avis, c’est plutôt sur cet aspect qu’il faudrait travailler, pas seulement sur l’idée de quantité.

Wladimir Labaere : Tant que le discours produit apporte quelque chose au débat… Il revient à chaque lecteur qui souhaite se tenir au courant d’identifier les supports qui correspondent à ce qu’il attend ! Entre la simple info pure sur une date de sortie, l’article de fond sur une série, et le papier transversal sur un thème, il est vrai qu’il y a un gros tri à réaliser pour se constituer son faisceau de sources.

Victoire : En fait, ça va dépendre de ce qu’ils en font. Si les chroniques / papiers sont bien, qu’ils prennent le temps, que le tout est fait de manière intelligente et que les gars n’y perdent pas la santé ou leur intérêt pour le manga pourquoi pas ! Oui, ça ne court pas forcement les rues… mais ceci est une autre histoire. Après, à part pour de vrais coups de gueule construits qui aident généralement au débat, je vois pas vraiment l’intérêt d’aller chroniquer un titre qu’on n’a pas aimé par exemple… Déjà parce que les journalistes confondent trop souvent un mauvais titre avec un titre dont ils ne sont pas le cœur de cible.

La chronique et le web 2.0 : amis ou ennemis ?

Au sein de ces questions sur la construction d’une chronique, quid du média employé, de la forme après le fond ? J’ai donc profité de ce papier pour aborder les nouveaux médias d’expression : les réseaux sociaux. Est-ce que les chroniqueurs ou les types de media qui font de la chronique manga ont évolué ces dernières années ?

Fabien : Pour avoir tenu un site web pendant près de cinq ans, j’ai bien conscience de la charge que cela représente. Les réseaux sociaux permettent à tout le monde de donner son avis mais rarement de le développer. On perd l’aspect analytique et argumenté d’un article au profit de phrases à l’emporte-pièce. C’est d’autant plus dommageable que les chroniques sont un marqueur pérenne du travail d’un éditeur mais aussi un garde-fou le forçant à un certain degré de qualité. Même si l’écrit reste prépondérant, des chroniques vidéo ou des podcasts intéressants commencent à faire leur apparition. Je regrette juste qu’il n’y ait pas plus de débat, par exemple une émission où plusieurs personnes auraient lu un même titre et discuteraient de ses forces et de ses faiblesses (en se mettant dessus au passage). On garderait l’aspect critique tout en renouvelant un peu la formule.

Guillaume : Les réseaux sociaux permettent à plus de lecteurs de s’exprimer, mais cela reste très léger. On trouve peu de chroniques développés sur ces réseaux. Ceux-ci viennent surtout apporter plus de visibilité aux médias qui publient sa chronique.

Un réseau qui est de plus en plus utilisé pour partager son avis sur ses lectures est Youtube. C’est une bonne chose, car si ce format est bien utilisé, on peut tomber sur de très belle mises en avant ! Jusqu’à maintenant, Youtube était surtout utilisé par les lecteurs de romans et c’est un réseau très puissant. Il est plus interactif et “attractif” pour les nouvelles générations.

Je n’oublie pas les Podcasts qui permettent également d’avoir des chroniques développées tout en gardant ce côté plus “attractif” en captant plus facilement l’attention des lecteurs. Tout comme Fabien, je pense que ça serait bien d’avoir un peu plus de débats dans ces vidéos Youtube et Podcasts, car c’est l’un des avantages de ces nouveaux formats !

Ours256 : Je n’utilise que Twitter qui, je trouve, est un formidable vecteur d’information. Bien utilisé, il permet de booster énormément la fréquentation d’un site assez rapidement et avec très peu de moyens, juste du contenu. L’idée de partage renvoie à celle du bouche à oreille, celle-là même qui a fait le succès de la petite boutique de mon père et qui m’est donc très chère. Dans le même temps, j’ai du mal à comprendre pourquoi les lecteurs considèrent Twitter comme un “cahier de doléances “live” qui ne leur permet que de se plaindre aux éditeurs. Là… Je passe…

Les podcasts intéressants, pour moi, il n’y en a qu’un niveau manga et c’est Mangacast (non je vous jure, Kubo ne m’a pas payé :x). Il est structuré, bien documenté, souvent drôle et pertinent. J’ai essayé d’en écouter pas mal d’autres et force est de constater que c’est de l’amateurisme pur et simple.

Mangacast

Youtube pourrait devenir un très bon outil et un excellent moyen de diffuser la culture manga mais il est (malheureusement) surtout utilisé comme une plateforme de “vlogging” ou “video blogging”, à savoir un guignol qui montre un objet, donne son avis sans trop élaborer (et généralement en disant que c’est trop bien) et voilà… C’est mou, “sensass”, “dans la culture buzz”… Bref, c’est sans intérêt. En fait, c’est… tellement XXIe siècle dans l’attitude que ça m’énerve.

Gérome/l’Otaku poitevin : @Ours256, dans l’ensemble tu as raison, mais on arrive quand même à trouver des choses sympa sur youtube, les “lives” de certains tels que Jefferinne sont vraiment bien, le concept est simple , c’est du question/réponse basic mais quand la personne a une maturité dans ses propos et ses points de vue ça élève le niveau. De plus ça permet quelques échanges alors que les vidéos classiques ne le peuvent pas.

Wladimir Labaere : Pour le meilleur et pour le pire, le web 2.0 permet à tout le monde d’exprimer un avis. Un de mes chantiers chez Sakka (quand j’ai le temps), en marge de mes relations avec les chroniqueurs plus « installés », est de repérer des « électrons libres », parfois débutants en matière de manga, dont la démarche est sincère (ça va du youtubeur au journaliste « culture » qui se met à la bande dessinée japonaise). C’est-à-dire des personnes mues par l’envie de produire un discours construit sur les mangas qu’ils lisent, avec lesquels j’aime développer des échanges que je considère « profitables » aux deux parties. « Tu me dis que tu as aimé tel ou tel titre pour telle raison, ben tiens, lis ce titre Sakka, ça devrait peut-être te parler. » Au-delà de voir mes titres chroniqués, je me dis que plus il y aura de gens qui parlent *intelligemment* de mangas (et pas seulement les miens) que j’estime bons, mieux le marché se portera en termes de richesse de l’offre. (Peut-être que je pisse dans un violon, mais je n’en ai pas l’impression à ce stade.)

Victoire : Pour avoir des retours de fans oui, mais pour ce qui est des chroniques, comme dans tout, il y a du bon et du moins bon sur le web ! On y trouve donc des chroniques très intéressantes comme des articles qui le sont un peu moins… Cependant, toute publication web donne un peu plus d’existence à un ouvrage sur Internet, et aujourd’hui, il est dur de mettre un titre en avant et de vouloir toucher le plus grand nombre de lecteurs, sans une présence sur le net !

 

Clin d’œil final…

On finit sur une note positive : la plus belle chronique que vous ayez jamais lue ou celle qui vous a paru le plus convaincante et pourquoi ?

Meloku : Bon, on va se contenter de cette année, parce que sinon c’est trop compliqué. C’est donc la critique d’Ashita no Joe de Madame Fujoshi. Elle a saisi la force du manga et l’exprime à la perfection. Ses mots ont un poids et impossible de ne pas avoir le cœur serré à la lecture. On connaissait les mangas qui prennent aux tripes, et bien voilà une critique capable d’avoir le même effet. Et forcément, ça m’a donné envie de relire Ashita no Joe.

lifeOurs256 : Pour moi, c’est pas vraiment un truc que j’ai lu puisque, comme je l’ai dit, je n’en lis que très peu mais celle qui m’a paru le plus convaincante et qui m’a fait faire un instant buy, c’est la chronique de Life, un titre paru chez Kurokawa il y a plusieurs années déjà, par Marcy dans un Mangacast (Omake Hors Série 2 de mémoire). Depuis, je l’ai lu et c’est un titre poignant que je recommande chaudement à tout le monde. Pourtant, je n’ai jamais osé en faire une critique, ne sachant pas comment je pourrais dire les choses mieux que Marcy, l’exercice serait sûrement casse gueule.

Et ce cher Wladimir de nous faire un coup de teasing dont il a le secret pour la fin de cet article :

Wladimir Labaere : Ce qui me vient à l’esprit là tout de suite, je ne peux pas en parler : c’est une présentation super chouette d’un titre que Sakka va publier dans quelque temps. Je suis tombé dessus alors que je planchais sur les « éléments de langage » dont j’aurai bientôt besoin pour prêcher la bonne parole, en interne d’abord (prod, presse, marketing, diffusion), puis, plus proche de la sortie, auprès de certains chroniqueurs et des lecteurs (pour le coup, merci le web 2.0).

C’est aussi pour ça que j’aime bien avoir du temps entre le moment où j’acquiers les droits français d’un titre et le moment où il sort en librairie : ça me laisse le loisir de développer un argumentaire construit, fouillé, et assortis de références. Je le « teste » en interne chez Casterman et je le travaille jusqu’à ce que toute la maison soit surmotivée pour donner à ce titre le succès qu’il mérite.

Pour revenir à ce long article, il est rédigé en français sur un blog par une personne qui a lu le titre en japonais, l’a aimé pour tout un tas de raison (dont la plupart sont les mêmes que les miennes) et propose un discours super intéressant. D’une, ça m’a rassuré : quelqu’un a trouvé à ce titre les qualités que j’avais décelées de mon côté. De deux, l’auteur du papier mis le doigt sur des choses que je formulais différemment, ce qui m’a permis d’affiner mon discours !

C’est sur cette mystérieuse chronique que nous avons achevé nos échanges et aussi cette 600e qui a pu démontrer que nous avons vraiment tous une façon de faire assez subjective à l’écriture ou d’apprécier les chroniques à la lecture, mais que l’on rejette finalement les avis en post-it où qu’ils soient, qu’on est loin d’avoir tous le même avis sur la quantité ou le rythme de publication, qu’il existe des médias qui favorisent l’opinion et ceux qui veulent aussi ou avant tout informer, qu’il y a plus qu’une simple utilité financière ou publicitaire à faire une chronique, qu’on n’est surtout pas obligé d’être exhaustif et que les qualités d’une œuvre peuvent aussi se lire en creux et « entre les lignes » d’un bon article… On se révèle, en partie ou totalement, dans nos choix d’œuvres, nos angles et nos écrits et c’est cette touche unique qui intéresse tout un chacun, des lecteurs aux éditeurs en passant même par les autres chroniqueurs.

En définitive, alors que ce blog entame son voyage vers les 700 articles je terminerai ainsi : écrivez jeunes gens, écrivez assidûment et passionnément, objectivement et subjectivement, en analysant ou en vous enflammant, avec un angle précis ou au gré du vent… Le manga c’est bien meilleur en le partageant !

Remerciements à tous les intervenants d’avoir pris le temps de répondre et d’échanger, et d’avoir fait tout ça dans une bonne humeur collective ! Pour en savoir plus sur eux, cliquez sur leur nom lors de leur présentation en début d’article !


décembre 20th, 2015
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Ventes de manga au Japon 2015 : vers la stabilisation ?

⊆ décembre 8th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga / Japanimation, Top Ventes Japon | | ˜ 9 Commentaires »

Ventes Manga Oricon 2015

Comme chaque année depuis 2011, je vous propose les chiffres de ventes de manga au Japon issus de l’Oricon et surtout leur analyse dans le détail. Grâce à des chiffres collectés du 17 novembre 2014 au 22 novembre 2015, l’institut de sondage nippon a établi ses classements de ventes par série et celui de ventes par tome, et nos confrères d’Animeland ont eu la bonne idée de les étoffer pour nous délivrer le top 30 par série et le top 100 par tome.

Cela fait maintenant 4 ans que le top 10 se renouvelle, depuis l’ascension de Kuroko no Basket devant Naruto en 2012. La fin de ce shônen sportif va de paire avec une année de pause dans tout ce remue-ménage. C’est l’occasion de faire le point : où en est le phénomène One Piece ? Son règne peut-il être remis en question et par qui ? Qui s’est installé de manière durable dans le top 10 et quels sont les challengers qui attendent en embuscade ? Qui a bénéficié de son adaptation en anime ou en film et qui, sans cette cartouche, s’enfonce dans les classements ?

Comme chaque année les questions sont nombreuses alors, hop, en voiture m’ssieurs dames : passons à ce bilan nippon 2015 !

Who rule the world ?

Pirates, chevaliers, titans, assassins, goules,  volleyeurs… Une multitude de créatures, de personnages et d’univers différents occupent cette année le classement des ventes par série. Pour comprendre qui danse avec qui dans cette valse, commençons par jeter un œil aux résultats 2015 compilés par série :

Ventes manga au Japon : Top par séries 2015

Ventes manga au Japon : Top par série 2015

Et donc, même question comme chaque année : One Piece est-il toujours numéro un des ventes ? Oui, pour la septième année consécutive avec 14.1 millions de mangas vendus. Pourtant l’abordage a été évité de peu l’an dernier, à 1% près, face à L’attaque des titans. Cette année les ventes progressent de quasiment 20% mais il faut ajouter un tome de plus au compteur par rapport à 2014. Comme expliqué l’an dernier, One Piece a fini son cycle de recrutement et ses ventes sont désormais stables entre 10 et 15 millions d’exemplaires vendus chaque année, après avoir explosé tous les records depuis 2010 :

Graphique One Piece copie

Ce graphique montre bien l’ampleur des différents phénomènes mangas de ces dernières années : One Piece devance L’attaque des Titans qui domine Haikyu et Tokyo Ghoul.

one-piece-jp-79Néanmoins, quelque soit l’ampleur des courbes, elles ont toutes la même allure, un pic est atteint suite à une adaptation animée en série ou en film puis le tout s’érode doucement mais surement avant de trouver un rythme plus ou moins stable, selon la qualité de la série, la présence de seconde saison ou de film, etc. Là où le phénomène One Piece est unique est qu’il parvient à tenir la dragée haute aux titres en pleine explosion alors que son propre boom est derrière lui. En effet sur les 14.1 millions d’exemplaires vendus, Luffy et ses compagnons vendent surtout leurs nouveaux tomes… et ils se vendent bien : environ 12 millions; soit 85%, sont dus aux sorties des nouveaux opus 76 à 79 et les 2 millions restants sont partagés sur les 75 tomes précédents. One Piece a donc su engranger un nombre colossal de lecteurs et tant que le nombre de nouveaux tomes reste stable, ce shônen ne sera inquiété que temporairement si une autre sortie connait un essor record grâce à un anime.

La preuve avec  Seven Deadly Sins qui tente de défier le leader du marché cette année : même en vendant 10.3 millions d’exemplaires, il échoue. Ce n’est pas tellement l’écart qui compte, même si 3.8 millions les séparent, mais surtout l’évolution des ventes du manga de Nakaba Suzuki sur l’année : cette préquelle arthurienne était passée devant One Piece au premier semestre d’un minuscule cheveu, mais c’est uniquement par le recrutement de nouveaux lecteurs et la vente de tous ses anciens tomes. L’effet s’estompant, notre cher Meliodas n’a vendu “que” 3 millions d’exemplaires au second semestre là où le manga de Eiichiro Oda doublait le nombre de livres écoulés, de 7 à 14 millions. Cette année Seven Deadly Sins a vendu environ autant de nouveaux tomes que d’ancien, et le premier tome se paie même le luxe d’être dans le top 100 des ventes par tome avec environ 450 000 exemplaires écoulés.

Pour vraiment saisir la différence et les possibilités des challengers, il faut donc dépasser ce classement par série et regarder les ventes par tome. Voici les 100 mangas les plus vendus de l’année au Japon selon l’Oricon :

Top 100 tomes 2015 copie

Comme vous le voyez le classement n’est plus du tout le même : 3 millions d’exemplaires vendus pour chaque One Piece contre 900 000 pour Seven Deadly Sins. Avec 3.2 millions d’exemplaires le tome 76 fait même 5% de mieux que le tome 73 en 2014 et se rapproche de son niveau record de 2012 à 3.3 millions. Tout ça pour dire que la série réussit à se maintenir sur la vente des nouveautés même si le recrutement de nouveaux lecteurs diminuent. En même temps après avoir lu plus de 70 tomes on n’a pas envie de s’arrêter en si bon chemin, donc la lassitude n’est pas encore un problème pour One Piece cette année.

Au classement par série la médaille de bronze 2015 est pour L’attaque des Titans, avec 8.8 millions d’exemplaires vendus. Le recrutement du à la saison 1 de l’anime est fini même si Shingeki No Kyojin a grappillé encore quelques nouveaux lecteurs et dépasse le cap des 2 millions d’exemplaires avec le tome 15. Les 3 films (un live en 2 parties et un d’animation) n’ont finalement eu que de faibles retombées sur le manga et c’est sur une seconde saison animée qu’il faudra compter en 2016 pour voir si un rebond est possible.

Autant il est probable que Seven Deadly Sins perde quelques places pour arriver autour de la 5e place ou pire, autant L’attaque des Titans semble bien vissé sur le podium. A moins que la seconde saison soit un raté mais on voit mal comment la Kodansha pourrait ne pas mettre les moyens pour en faire une réussite.

 seven-deadly-sins,-tome-15   L'attaque des Titans 17

Toujours est-il qu’il existe bien deux gaps énormes dans le nombre de lecteurs en haut des classements :  3 millions pour One Piece, 2 millions pour L’attaque des Titans et avec la fin de Naruto on descend maintenant à 1 million d’exemplaires pour Tokyo Ghoul et Assassination Clasroom. Les deux séries sont au coude à coude au nombre de lecteurs mais l’adaptation animée du second lui permet de dépasser plus nettement le premier au classement général : 8.6 millions pour AC et 7.3 millions pour TG.

Précision technique : j’ai cumulé les ventes de TG et TG : re alors que l’Oricon les compte séparément, ce qui n’a pas vraiment de sens… La même “erreur” est faite dans le compte des ventes des éditions normales et des éditions limitées d’un même tome mais nous n’avons pas là les chiffres pour corriger ça, donc gardez en tête qu’à 50 – 100 000 exemplaires près, ce n’est pas un compte rigoureusement exact, c’est plus une tendance. Fin de l’aparté.

Assassination Clasroom a quasiment doublé son nombre d’exemplaires écoulés de 2014 à 2015 et ses 5 tomes sortis dans l’année représentent près de 5 millions d’exemplaires sur les 8.6 : une majorité des ventes s’est donc fait à la nouveauté et l’effet de l’adaptation animée est donc en train de s’essouffler. Cependant AC et Seven Deadly Sins auront le droit à des nouvelles saisons en 2016 donc la  bataille pour la 3e place s’annonce acharnée, surtout si de nouveaux challengers actuellement planqués hors du top 10 font leur sortie du bois !

assassination-classroom-manga-volume-16  Tokyo Ghoul re 4

Au sein de cette bataille on notera Kingdom, qui se fait remarquer pour plusieurs raisons. Il se positionne en 5e place dans le top par série avec 8.57 millions d’exemplaires vendus juste derrière AC, soit 4 fois plus que l’an dernier et sans adaptation anime. Comment alors ? Grâce à sa mise en avant dans une émission télé très suivie (selon un rédacteur d’Animeland dans les commentaires de cet article). Pour autant les nouveaux tomes se vendent à un peu plus de 600 000 exemplaires cette année et c’est surtout un recrutement sur 40 tomes qui lui a permis de se hisser si haut dans le classement (40 tomes à chaque nouveau lecteur, forcément, ça aide). Enfin on remarque son absence des catalogues français mais une histoire de la Chine et de ses guerres Moyen Âgeuses en 40 tomes refroidit plus d’un éditeur français, évidemment.

La dernière série au-dessus des 5 millions est Haikyuu !! dont la saison 2 a débuté en octobre dernier, mais c’est pour le moment insuffisant pour la maintenir à flot : la série recule de 8.3 à 6.5 millions d’exemplaires vendus. On compte presque autant de mangas vendus sur les 2 semestres 2015, donc le recrutement sur la saison 2 n’est pas encore flagrant, mais les ventes au tome sont quand même en hausse : avec  991 094 exemplaires écoulés du tome 14 la série fait un joli +19% par rapport au tome 10 en 2014, et nos volleyeurs devraient rentrer dans le club fermé des millionnaires en 2016. Enfin, petit clin d’œil à Silver Spoon qui a ralenti la cadence, mais le seul tome paru cette année montre que la série se porte bien quand même : 952 338 exemplaires écoulés pour le volume 13.

 Haikyu 18  Kingdom 40

Si on conclut sur ces duels au sommet… Face à One Piece, les scores des challengers comme L’attaque des titans, Seven Deadly Sins, Assassination Classroom, Tokyo Ghoul, Haikyuu !! posent une question de taille : dureront-ils assez longtemps pour arriver premier et marquer l’histoire du classement Oricon ? Kuroko no Basket a été la première série à emprunter le chemin du renouveau en dépassant les 8 millions d’exemplaires écoulés deux années de suite et en poussant Naruto à la 3e place, mais le 30e volume de la série a marqué sa conclusion en décembre dernier.

Afin de confirmer ce renouveau des ventes, est-ce que ces nouveaux blockbusters reprendront le modèle de leurs prédécesseurs comme Naruto, Bleach ou même Fairy Tail qui ont dépassé les 50 tomes ? One Piece semble bien parti pour avoisiner les 100 volumes et fait office d’exception comme Ippo, Jojo et quelques rares autres mais est-ce qu’auteurs et éditeurs ont l’intention de nous refaire de séries à plus de 50 tomes avec cette nouvelle génération aussi ? L’attaque des titans fera office de test en la matière puisque Hajime Isayama avait initialement envisagé une série en 25 tomes avant de changer d’avis face au succès, mais sans préciser jusqu’où il irait. Autant pousser jusqu’à la trentaine d’itérations ne ferait pas crier à l’hérésie, autant dépasser les 40 pousserait au moins à la réflexion…

En attendant, il n’est pas dit que de nouveaux venus ne viennent sur les hauteurs du classement pour les chasser du top 10… Enfin ça c’est s’il reste encore des nouveaux d’envergure, et c’est toute la question… En route pour la seconde partie !

Des discrets, des fatigués… et quelques ambitieux !

Sous la barre des 5 millions d’exemplaires on retrouve plus que jamais des amateurs de yo-yo dans le classement. Parmi ces éphémères il y a Food Wars et Prison School en 8e et 10 position. Le premier ne figurait même pas au top 10 du premier semestre mais après une adaptation animée d’avril à septembre, le voilà qui gagne 11 place au classement et augmente ses ventes de 63% par rapport à 2014. Néanmoins il reste hors du top 50 des ventes par tome et atterrit en 64e position avec son volume 13, le mieux placé, à 575 877 exemplaires vendus. Une adaptation animée permettant souvent de multiplier les ventes par 2 ou 3, il faut croire que celle-ci n’a pas fait de miracles. Pour Prison School l’anime lui a permis de faire un bond nettement plus conséquent puisque la série passe directement de “hors des radars” à cette 10e position avec 4.06 millions d’exemplaires vendus mais aucun des 18 tomes sortis ne se hisse dans le top 100. Rechute en perspective pour 2016, donc.

 Food Wars 15  Prison School 18

A l’inverse on retrouve d’autres séries qui tiennent bien la barre et conservent leur nombre de lecteurs sans support marketing notable, comme Terra Formars et Blue Spring Ride. Le premier, ce seinen de SF que l’on connait bien, gravite autour de la 10e position du classement par série depuis 3 ans et a réussi à maintenir ses 4.2 millions d’exemplaires vendus en 2015 sans adaptation animée. Or l’an prochain c’est une nouvelle adaptation en anime et un film de Takashi Miike qui sont attendus, donc il y a de bonnes raisons pour que la série soit toujours dans les 10 premiers du classement… Peut-être plus, qui sait ? Quand à Blue Spring Ride il s’est achevé cette année au bout de 13 tomes et le dernier a frôlé le million d’exemplaire vendu, ce qui est rarissime pour un shôjo : il n’y avait que Sawako qui avait réussi à le faire depuis que je compile ces chiffres, en 2011. L’occasion de noter que Sawako a perdu un peu de terrain, se classant entre la 30e et la 40e place du top par séries et se vend désormais à 850 000 exemplaires environ pour chaque nouveau tome.

 blue-spring-ride,-tome-13  Terra-Formars-15

Contrairement aux années précédentes, la suite du classement ne réserve que très peu de surprises car nombre de séries aspirant aux premières places y sont désormais, et on retrouve plutôt des anciens leaders. Premier exemple : Naruto quitte ce classement Oricon 13e après l’avoir mené pendant plusieurs années au début des années 2 000 puis avoir cédé sa place à One Piece. Plus de 10 ans dans le top ten reste un exploit que très peu ont déjà réussi. Pour faire aussi bien L’attaque des Titans doit tenir jusqu’en 2023 par exemple… Oui, quand même !

D’autres anciennes têtes de listes suivent : Fairy Tail est 14e avec 3.47 millions d’exemplaires vendus (+6 %) et 500 000 lecteurs sur les nouveaux tomes comme l’année dernière. Yowamushi Pedal, le seul titre de l’éditeur Akita Shoten dans le top 30 par série, n’arrive pas à confirmer sa bonne performance de 2014 : il passe de 4.1 à 3.4 millions d’exemplaires vendus, se classe 15e, et aucun volume ne se glisse dans le top 100 par tome. Puisqu’on parle de vélo : coté shônen sportif, en plus de la fin de Kuroko no Basket, c’est aussi celle de Ace of Diamond / Daiya no Ace qui s’achève avec son 47e tome.

 Fairy Tail 51  Naruto 72

Pour finir sur les titres qui ont leur gloire à priori derrière eux… Nisekoi conserve sa 16e place grâce à une seconde saison animée mais ses ventes globales reculent de 16% à 3.2 millions d’exemplaires et 450 000 exemplaires vendus sur le tome 13. Chute nettement plus sévère pour Magi, qui passe de la 8e à la 19e place au classement général, avec 2.8 millions d’exemplaires vendus soit une baisse de 39% ! Sans saison 3 cette année la série perd environ 100 000 lecteurs et le tome 25 se place 55e du top 100 (601 190 ex. vendus).

C’est à la 20e place que l’on croise ce bon vieux Bleach, qui s’accroche avec 2.8 millions d’exemplaires vendus contre 3 l’an passé, mais la série continue de perdre des lecteurs : 624 403 pour le tome 61 en 2014, 565 451 pour le 66 en 2015. En parlant de série qui s’accroche : Gintama gagne 10 % en ventes globales cette année et se retrouve 22e avec 2.64 millions d’exemplaires écoulés, mais toujours pas de tome dans le top 100. Detective Conan aussi continue d’avoir ses 2.3 millions de lecteurs et de se balader dans ce top depuis de nombreuses années. C’est même la série la plus vieille du top 30 vu qu’elle date de 1994 et qu’elle compte désormais 87 tomes et pas loin de 600 000 lecteurs réguliers cette année.

 Detective conan Volume_87  Magi 27

Bon c’est bien beau tout ça mais les nouveaux challengers, ils sont où ? 

One Punch Man 9 JpJe les gardais de côté pour la fin de cet article, justement. Le challenger tant attendu c’est évidemment One-Punch Man publié en janvier chez Kurokawa. La série passe de 2 tomes en 2014 à 3 cette année et l’anime a débuté en octobre donc le résultat est encore léger mais il déjà là : la série de ONE et Yusuke MURATA se classe 11e et s’écoule à 3.7 millions d’exemplaires soit 70% de plus que l’an dernier. Les ventes au volume ont montré un accroissement du nombre de lecteurs à 771 009 acheteurs du tome 7, ce qui le place 36e du Top par tome alors qu’aucun volume n’avait réussi à atteindre au moins la 50e place ou à dépasser les 600 000 exemplaires l’an dernier. Néanmoins il n’y a pas encore de tome 1 de la série dans le top 100, ce qui indique que le recrutement de masse n’a pas encore commencé. On en saura plus à la fin du premier semestre 2016 : habituellement il s’écoule 500 000 exemplaires du tome sorti au mois de décembre précédent, il suffira de comparer.

C’est plus difficile en revanche pour Seraph of the End et World Trigger. Le premier n’a pas connu une mais deux saisons anime cette année, la seconde ayant commencé en octobre. Mais l’effet reste faible : 2.85 millions d’exemplaires vendus globalement et le tome 8 finit 91e du top 100 (460 659 ex.). Pour le second il s’en est écoulé 2.73 millions d’exemplaires et l’anime a duré d’octobre 2014 à septembre 2015 et aucun tome n’est dans le tome 100, donc cela tout aussi problématique.

Du côté des romances Mon Histoire et Orange se distinguent en troisième partie de tableau avec 2.3 millions d’exemplaires écoulés chacun mais Orange vient de s’achever et Mon Histoire n’a que peu profité de son adaptation anime et en se classant 90e en vente au tome (465 897 ex.) donc ils vont probablement disparaître des classements l’an prochain. La relève se fait attendre mais une auteure de shôjos pourrait bien tirer son épingle du jeu… Avec un seinen qui date de 2007. C’est en effet Sangatsu no Lion, par l’auteure de Honey and Clover, qui creuse son chemin et qui se hisse maintenant dans les tops : 51e avec son tome 11 (618 350 ex.) et la 28e place au classement par série avec 2 millions d’exemplaires vendus. Un anime et un film live ont été annoncés même si la date reste inconnue : sans doute en reparlera-t-on au second semestre l’an prochain… Avec une sortie française aussi, ce serait logique.

On finit avec un autre challenger des plus sérieux : My Hero Academia. A prendre au sérieux parce qu’il est annoncé comme le remplaçant de Naruto, parce qu’il est situé 26e du classement par série avec 2.2 millions d’exemplaires vendus, et parce qu’une adaptation animée par le studio Bones est actuellement en production. Il y a donc de bonnes chances que ça envoie du pâté en 2016 et un petit *2 ou *3 suffirait pour propulser la série dans le top 10 voir dans le top 5 de 2016. A surveiller de très près, donc !

 My Hero Academia  san-gatsu-no-lion-11-hakusensha

Voilà qui clôt donc cette partie challenger et cet article, pour des classements relativement calme si on les compare aux années précédentes. One Piece semble indéboulonnable pour encore quelques temps mais en dehors de ce phénomène le renouveau a bien eu lieu. Beaucoup d’anciennes stars squattent désormais la seconde moitié de tableau et ne sont pas encore prête à tirer pour de bond leur révérence…

Y a-t-il pour le moment de nouvelles séries inconnues pour les pousser définitivement à la retraite ? Certes je n’ai pas cité Arslan dont le tome 3 fait un bon score (675 838 ex.) ou encore de l’intriguant Dungeon Meshi du magazine Harta chez Enterbrain, dont le tome 1 se vend plus de 400 000 exemplaires… Mais il semble que l’heure est pour l’instant à l’installation des nouveaux blockbusters et la longévité de leur prédécesseurs fait qu’une seconde lame de fond ne semble pas encore à l’ordre du jour.

Encore quelques adaptations animés en 2016 et le premier turn over de ces séries des années 2010 touchera donc à sa fin, avec une grosse dizaine de prétendant pour la saint graal, et évidemment quelques pépites inattendues qui trouveront toujours le moyen de venir jouer les troubles-fêtes.

La grande différence avec la génération précédente est que, finalement on pourra suivre ces duels en quasi-instantané en France vu que 80 % de ces séries sont où vont être publiées chez nous dans les mois à venir. De quoi avoir des débats encore plus enflammés dans les années qui suivent… Chouette !

Retrouvez les autres bilans des ventes de manga au Japon :

2015 : vers la stabilisation ?

2015 (1er semestre) : le turn over continue ?

2014 : il va y avoir du sport !

2014 (1er semestre) : Le pirate et le ninja sont-ils morts ?

2013 : confirmation du renouveau ?

2013 (premier semestre) : une nouvelle génération en marche ?

2012 : Il y a One Piece… Et les autres ?

2011 : Shueishaaaa, ton univers impitoyaaableu !

Sources : Oricon, Animeland, Wikipedia et Manga-news

Edit, le 8/12 : erreurs corrigées concernant les animes présent ou à venir de TG et World Trigger.


décembre 8th, 2015
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Devils Line : les mangas de vampires ont encore de l’avenir !

⊆ novembre 21st, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Bannière Devils Line

L’amour et les vampires : c’est le genre de combo qui, a force d’être lu à toutes les sauces, bonnes et moins bonnes, aurait plus tendance à me faire déguerpir qu’à capter mon attention. Ainsi, quand fin septembre j’ouvre l’épreuve du premier tome de Devils Line, je finis le premier chapitre avec un a priori plutôt négatif : en plus de quelques écueils graphiques se profile un amour impossible entre un vampire et une jeune femme fragile, un topo mille fois rencontré. Néanmoins… l’héroïne pas trop cruche, l’humour, les personnages secondaires, l’ambiance assez sombre et la relation amoureuse franche et directe fait que je finis le tome 1 avec un point d’interrogation, avec le bénéfice du doute. Or Kana a eu l’excellente idée de sortir les deux premiers tomes pour lancer sa série. C’est ainsi que, le 16 octobre dernier, le second tome finissait sur le bureau du chocobo. Et là… On en vient à cette chronique parce qu’il y a beaucoup plus à dire !

Avant de vous plonger dans le cœur du sujet, finissons les présentations  : Devils Line est un seinen signé par Ryo HANADA, un inconnu au bataillon. Au dessin et scénario, le mangaka publie ce qui ressemble assez à une première oeuvre dans un magazine qui a toujours toute mon attention : le Gekkan Morning 2 de Kodansha (image ci-dessous), qui contient Kokkoku, Les vacances de Jésus & Bouddha et Moyasimon. De quoi y jeter un œil, rien que pour ça. A ce jour cinq tomes sont parus et la série est toujours en cours.

Devils Line Morning

Mais quelque soit sa jeunesse Devils Line, avec sa phrase d’accroche ambiguë et mystérieuse, “Le démon est humain, L’homme est démon“, serait-il plus complexe et mature que ce à quoi il ressemble, au premier feuilletage ? Le manga de vampire a encore des choses à dire ? Mais tant mieux mon bon monsieur, regardons ça de plus près !!!

L’amour ne connait pas le sang froid…

Tsukasa, jeune femme sans soucis à la vie banale découvre du jour au lendemain que les pages à sensation de certains magazines ne racontent pas que des âneries : les vampires existent bel et bien, se cachant parmi nous et vivant une double-vie, mais ne pouvant pas réprimer leur envie de sang. Pour Tsukasa c’est une découverte qui aurait pu lui coûter cher, car l’un de ses amis de fac s’apprêtait à faire d’elle son prochain repas. Heureusement un jeune homme en charge de surveiller les vampires, Anzai, intervient in extremis pour neutraliser son camarade… en réalité un tueur en série qui se défoulait sur autrui pour pouvoir se contenir face à Tsukasa.

Devils-Line-sang

Le soucis est que Anzai, lui aussi, n’est pas vraiment un adulte ordinaire : mi-humain, mi-vampire, il fait partie d’une unité spéciale de la police, l’unité 5, chargée de veiller sur les vampires et leurs… “débordements”. Ces créatures ont beau s’être intégrées dans notre société, allant jusqu’à épouser des humains, elles restent malheureusement incapables de se contenir à la vue de la moindre goutte de sang : leurs yeux changent alors de couleur et elles dévorent tout ce qui bouge. Seul l’injection d’un tranquillisant semble capable de les refréner pendant un petit moment. Et Anzai a beau être semi-humain, la blessure de Tsukasa à la commissure des lèvres lui fait perdre à lui aussi la raison, un court instant : le temps d’embrasser passionnément la jeune fille… puis de la quitter précipitamment, totalement embarrassé.

Mais Tsukasa ne semble pas le moins du monde embêtée par l’animal qu’elle a entraperçu et elle est davantage touchée et préoccupée par la solitude d’Anzai que par les risques qu’elle prend en fréquentant ce semi-vampire. Leur histoire compliquée semble donc sur le point de commencer, mais les vampires, tout comme l’unité spéciale, vont avoir d’autres chats à fouetter. Une organisation secrète, au courant pour les vampires et pleine de haine à leur égard, prépare depuis longtemps un coup d’éclat… qui pourrait bien tout changer.

Love at first bite…

devils-line-2-kanaTout commence donc avec une romance, jeune femme d’un coté, homme vampire ou presque de l’autre. Je vous avais prévenu, sur le papier rien ne semble bien nouveau ni forcément attractif. Heureusement l’approche seinen sauve rapidement le tout, même la love story. Comme je l’évoquais en intro, l’ambiance est davantage sombre que glamour, donc pas de beau vampire semi-nu et aguicheur qui se joue de l’innocence d’une jeune lycéenne “en quête d’un amour extraordinaire et de nouvelles sensations – oh mais non, il ne faut pas, voyons ! – dans son corps qui change“. On prend un postulat fantastico-romantique assez différent ici. Les vampires sont des gens assez lambda, tant qu’on ne discute pas hémoglobine comparée bien sûr, et leur allure est assez commune. Ils ont même une durée de vie plutôt courte, aux alentours de 39 ans, et sont voués à des histoires d’amour qui se finissent mal, revenant à eux après avoir vidé leur bien-aimé(e) de leur sang. Pas vraiment de super-pouvoirs – ils plus costauds et agiles que la moyenne mais c’est tout – donc pas de fantasme twilightien : la vie de vampire tient vraiment plus du cauchemar.

Seinen toujours, la folie sanguine a tendance à éveiller la libido en même temps que la soif, donc dans Devils Line le sexe est très rapidement mis sur le tapis (sans regorger de scènes X pour autant). Même si ce n’est qu’en rêve pour le moment, Tsukasa et Anzai ont bien envie de s’adonner à la passion des corps, comme dans toutes relations adultes normales vous me direz. Pas besoin de 10 tomes avant de se rouler une pelle, problème réglé dès le premier chapitre, et on peut penser que le reste suivra. La relation entre nos deux personnages principaux est intense dès le départ, grâce à une certaine honnêteté dans les sentiments, loin de la dramaturgie collégienne du “je-t’aime-moi-non-plus” ou des quiproquos improbables. Si tout ça avance donc à une vitesse des plus sympathique c’est aussi parce que le récit a d’autres choses sur le feu, et la romance peut aisément passer au second plan.

Who’s bad ?

devils-line-3-kanaC’est sur ces premières rencontres qu’arrive le second volume. Le premier tome s’achève en plein combat entre une tueuse de vampire et Anzai, mal en point, qui est sauvé in extremis par un dénommé Hans Ri (qui fait la couverture du tome 3, ci-contre). Aussi désinvolte que puissant et très bien informé sur la condition vampire ce dernier est, comme Anzai, un autre hybride humain-vampire. Le combat avec la tueuse de vampire dégénère et Tsukasa passe à un cheveu de se faire découper par un Anzai possédé et fou, mais le fameux Hans Ri parvient à calmer le jeu. Néanmoins la relation entre nos deux amoureux est clairement mise sur pause car Anzai refuse de mettre son étudiante bien aimée en péril une fois de plus. Une occasion en or pour découvrir le fameux Hans Ri puis de savoir ce qui se trame derrière l’humaine qui a voulu les tuer tous les deux. Car elle n’est qu’un pion au service de gens bien plus dangereux.

On apprend d’abord pas mal de choses sur la morphologie des vampires et leur lien si particulier avec le sang humain, puis sur les protagonistes de la section 5 que nous avions découvert en surface dans le premier volume. D’une redoutable intelligence qui va de pair avec une moralité pragmatique, Hans Ri nous explique tout ceci – à Tsukasa en réalité, mais à nous aussi, donc – tout en s’amusant et en nous amusant de la relation amoureuse entre elle et notre gardien de la paix vampirique. Pendant ce temps ce dernier est mis de côté, en congé en quelque sorte. On passe, en fait, d’un protagoniste à l’autre dans ces deux premiers volumes, en changeant régulièrement de point de vue et d’ambiance : la romance, les enquêtes autour des meurtres, les affrontements entre les vampires ou avec leurs ennemis humains… Une histoire riche mais qui s’équilibre à merveille et garde très bien sa cohérence.

Après cette pause qui étoffe donc l’univers de Devils Line, la phase suivante est encore plus passionnante car elle dévoile les vrais salauds de l’histoire, du côté des humains, ainsi que leur plan fort bien ficelé pour partir en guerre contre les buveurs de sang. Ils font preuve d’une cruauté digne des plus beaux psychopathes et mettent en exergue la problématique posée par Hans Ri au début du tome 2 : qu’est-ce qui nous dit que quelqu’un est un monstre à cause de sa condition de vampire… il y a des malades partout donc pourquoi cette nature en serait de facto la cause ?

Devils-Line-boire-555x899   Devils Line 5

Entre des vampires qui tentent de vivre avec leur instinct et de se surveiller les uns les autres et des humains qui veulent les éradiquer quelques soient les moyens employés, qui est vraiment le démon au final ?

Voilà donc comment se pose l’intrigue assez riche de The Devils Line, qui pose pas mal de bonnes choses dans ses deux premiers volumes. L’écueil, car il y en a bien un, reste le graphisme : du chara-design balbutiant aux décors presque absents, on sent que Ryo HANADA débute, clairement, et c’est une des raisons qui m’avait fait faire la moue sur le premier chapitre : “c’est pas très original ni très joli dis donc !

Heureusement, l’auteur y travaille et progresse – les doubles pages du tome 2 sont assez chouettes d’ailleurs – et il montre quelques aptitudes intéressantes dans toutes les phases d’actions : bonne chorégraphie, ampleurs et puissance des mouvements ou des impacts sont bien suggérés. Les regards et les expressions passent également bien les messages et les émotions, quitte à forcer le trait parfois mais on s’y habitue, et les moments complices et humoristiques sont très bien rendus avec quelques bonnes bouilles et des têtes en SD qui font sourire.

Devils Line 3  Devils Line 1

C’est donc loin d’être parfait, mais on a l’impression de voir un jeune mangaka éclore grâce à une chouette histoire, riche et bien narrée. On a finalement envie de le suivre, de voir où il nous emmène. Un coup de cœur en somme !

Devils line tome 1Fiche descriptive

Titre : Devils Line
Auteur : Ryo HANADA
Date de parution du dernier tome : 16 octobre 2015
Éditeurs fr/jp : Kana / Kodansha
Nombre de pages : 224 n&b
Prix de vente : 7.45 €
Nombre de volumes : 2/5 (en cours)

Visuels : DEVILSLINE © Ryo Hanada / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus vous pouvez suivre l’auteur sur son compte Twitter ou vous rendre sur son site internet ou vous trouverez notamment un diagramme des relations entre personnage, qui montre bien la toile complexe que HANADA est en train de tisser :

Relations Devils Line


novembre 21st, 2015
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Chroniques of the week : magie magiiiiie, et vos mangas ont du génie !

⊆ novembre 7th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-003

Cette semaine, mes lectures mangas se sont faites dans une ambiance assez amusante : alors que les feuilles des arbres tombent c’est la magie qui sort de terre pour cette période d’Halloween et les mangas suivent le mouvement, surtout chez Komikku, ou d’une manière beaucoup plus singulière chez Akata. Résultat : des chroniques pleines de sorcières, de forces telluriques, de fées et d’animaux qui parlent… avec Sorcières et ténèbres, aka un ancien manga de Hiroko Nagakura (Rudolf Turkey), avec le 3e tome de The Ancient Magus Bride (un de mes coups de cœur 2015) et celui de Minuscule (as choupinou et beau as ever) en terminant avec l’inattendu et acide tome 2 de Magical Girl Site, de l’auteur de Magical Girl of the End.

En route pour les chroniques, donc, et bonnes lectures !

Sorciere-et-Tenebres-1-komikkuSorcières et ténèbres #1 de Hiroko NAGAKURA : je ne suis pas un grand de Rudolf Turkey (encore que, ça décolle pas mal dans le tome 4) mais j’avais complètement oublié qu’il s’agissait du même auteur et j’ai donc ouvert ce petit pavé de 270 pages sans aucun a priori. Pour 8.95 euros, c’est plutôt un bel objet : on a une couv’ plutôt sympathique et deux posters en fin d’ouvrage dont les couleurs nous plongent assez bien dans l’ambiance halloweenesque du moment : un manga d’saison ma bonne dame ! En plus ce shônen est en deux tomes donc on ne va pas se ruiner.

Si on regarde de plus près le récit maintenant… On découvre Hitsuji, une demoiselle assez originale et on tombe rapidement sous son charme : énergique, optimiste, complètement anti-conformiste avec son amour des choses bizarres et un peu rebutantes, comme les asticots ou les poupées artisanales un brin morbides. C’est sans doute parce qu’Hitsuji est une sorcière blanche qu’elle est un peu à part, élevée par ses trois tantes sorcières elles aussi, mais elle n’en n’est pas moins adorable et rafraîchissante. Elle a d’ailleurs un fan club d’hurluberlus au sein de l’école qui n’est pas mal non plus, dans son genre.

La vie de la demoiselle va changer radicalement le jour où Kokuyô intègre sa classe, et qu’elle tombe amoureuse du garçon au premier regard. Il faut dire que, lui aussi, il dénote : bandé de la tête au pied ce jeune homme au look de momie est en fait un chasseur de sorcières. Il voue une haine farouche à cette caste depuis que l’une d’entre elles a ruiné sa vie et l’a maudit pour en faire un être des ténèbres. Amour impossible ? Non réciproque en tout cas, pour le moment, mais Hitsuji a de l’énergie à revendre et, après tout, c’est une sorcière blanche et non pas une noire maléfique, comme les cibles de Kokuyô. Elle va donc redoubler d’efforts pour le séduire et essayer de calmer la haine de ce dernier, puis peut-être le sortir des ténèbres…

Le topo est assez classique mais le scénario ne fait pas dans la fioriture et l’on démarre très vite sur la love story, ce qui assez inédit pour un shônen, d’ailleurs. La chasse aux sorcières, elle, est là pour apporter des affrontements qui ne sont pas mémorables mais qui confèrent une part d’action et un peu de rythme au titre. La romance, pour revenir sur ce point, s’annonce donc compliquée mais la persévérance, la maladresse, la gentillesse et surtout l’humour insufflés par Nagakura à son héroïne fait qu’on l’encourage rapidement dans sa quête. De son côté Kokuyô tient très bien son rôle d’entité sombre de l’histoire et les sorcières qu’il affronte sont toutes aussi inquiétantes et meurtrières. Certes l’univers n’est pas aussi novateur et détaillé que dans un Soul Eater, mais on retrouve avec plaisir l’univers de la sorcellerie avec ses pentacles, ses poupées maudites et ses monstres magiques protéiformes. La trame de fond est assez développée elle aussi et évoque une grande réunion des sorcières qui implique une catastrophe à venir, sans oublier quelques drames du passé qu’il reste encore à déchiffrer.

Ça tient bien la route donc, des personnages au scénario. Le seul écueil reste un graphisme assez inégal, qui n’est heureusement pas un frein à la transmission des émotions des personnages. On sent juste que c’est une oeuvre de jeunesse, qui date de 2006-2007 pour être exact. Bref, si vous aimez les histoires de sorcières et les jeunes filles maladroites mais souriantes, drôles et pleines d’énergie, c’est pour vous !


The ancient Magus BrideThe Ancient Magus Bride #3 de Koré YAMAZAKI : quand une mangaka grande fan de littérature fantasy, de CLAMP et d’Harry Potter (c’est elle-même qui le dit, ici) nous sort un récit à la fois tendre et intense, comment lui résister ? Nous sommes nombreux, je pense, a avoir craqué dès le premier tome sur ce couple hors norme : le puissant mage gentlemanissime du nom d’Elias, a acheté puis épousé Chisé, une jeune fille souffrant profondément de sa solitude (d’une touchante tristesse, on a envie de lui faire des câlins à cette jolie rousse)… et ce couple improbable fonctionne à merveille. On constate qu’ils sont tous deux gorgés de faiblesses et qu’ils dissimulent de nombreuses cicatrices mais on réalise dans ce 3e opus l’étendue de leur puissance, si effrayante qu’elle peut les ronger, les transformer et, qui sait, les détruire…

Koré YAMAZAKI manie avec beaucoup de talent cet équilibre entre force et fragilité et tisse un fil de plus en plus épais entre nos deux amoureux, qui ont cette lutte interne en commun. En piochant dans des personnages classiques de la littérature fantasy, elle multiplie également les rencontres, chacune allant étoffer par ricochet ses deux personnages principaux : le chien qui garde l’âme d’une maîtresse défunte devient le familier de Chisé, lui conférant aussi bien un nouveau protecteur que quelqu’un dont elle est responsable, à l’opposé de son lien avec Elias. Une façon en tout cas astucieuse de pouvoir s’éloigner de son mage de mari, qui était jusqu’ici son unique protecteur, pour aller découvrir sous un autre regard le monde magique, avec des découvertes qui n’appartiennent qu’à elle, dans une ambiance plus détendue.

C’est aussi une bonne occasion pour en savoir plus sur Elias, sur son passé par exemple, en écoutant les autres parler de lui… Bref, après un premier round qui a vu se succéder la rencontre de la Slay Véga et du Pilum Murialis, la découverte de la magie, le début de la romance mais aussi un Némésis des plus dangereux, on commence à profiter des premières révélations et on continue d’étoffer les relations. Une histoire vraiment très bien menée et qui suscite une bien agréable empathie… Nous voilà enchantés.


Minuscule 3Minuscule #3 de Takuto KASHIKI chez Komikku: L’instant trognon (de pomme, ah ah) des chroniques de la semaine. Si The Ancient Magus Bride est une très belle découverte pour son univers et son scénario, minuscule n’est pas en reste et possède même une longueur d’avance du coté des graphismes et des personnages : quel niveau de détail dans ces planches et quelle réussite dans le chara-design de ces êtres minuscules ! Les petites bouilles de Hakumei et Mikochi, nos héroïnes minipousses et de leur amis “humains” nous avaient déjà charmés lors des volumes précédents, mais il faut avouer que le look d’Higaki, le vieux propriétaire d’une résidence qui connait quelques affrontements dans ce volume, est vraiment excellent, avec un entremêlement de sa barbe touffue avec sa chevelure des plus denses qui est du bel effet.

La réussite graphique des personnages se vérifie aussi chez les animaux humanisés de l’univers de minuscule. Dans les volumes précédents nous avions découvert Sardine, l’ouvrier de rénovation de bâtiment qui travaille avec Hakumei – le revoilà dans ce tome le temps d’une journée épicurienne en ville qui met franchement l’eau à la bouche – mais on découvre aussi Spirale, un lézard chef de bande pas commode, qui n’est pas une créature à sang-froid pour rien, avec une stature et un regard qui savent se faire impressionnants.

Mais, rassurez-vous, même ce reptile pas facile ne va pas transformer notre récit en conte dramatique car, dans minuscule, il semble que tout se finisse toujours bien, autour d’une bonne table et de quelques bonnes bouteilles. Ce manga ne nous donne qu’une envie d’ailleurs : aller faire le marché à la recherche de bons produits pour faire ensuite ripaille entre amis. Pour finir, comme The Ancient Magus Bride encore une fois, on savoure une nature omniprésente, chaleureuse et accueillante de surcroît, propice à de petits bonheurs simples qui font la joie de l’existence. Le manga de Takuto KASHIKI (traduit par l’excellente Fédoua Lamodière, pour ne rien gâcher) a vraiment un charme fou, courez l’essayer !

magical-girl-site-2Magical Girl Site #2 de Kentarô SATÔ chez Akata : On termine par quelque chose de radicalement différent. De la magie il est question mais de manière beaucoup plus trash et sanglante par l’auteur du débridé Magical Girl of the End. Moins grandiose que le manga d’origine, le tome 1 de la série avait laissé quelques lecteurs sur leur faim, mais la critique très acide de la société et l’irrévérence morale que semble affectionner le mangaka franchit un cran intéressant dans ce second opus, avec un traitement fou mais pourtant pertinent des idols.

Pour rappel, dans ce récit, plusieurs filles se sont retrouvées en possession d’un baguette magique avec un super pouvoir… et certaines d’entre elles sont alors devenues de flippantes meurtrières. Deux d’entre-elles, Aya et Tsuyuno, se sont alliées pour essayer de démêler le mystère qui se cache derrière les créateurs des baguettes et du site internet qui les fournit, lequel annonçant d’ailleurs une apocalypse à venir.

On retrouve une fois de plus, grâce à Kentarô SATÔ, avec des asociaux au pouvoir avec les mains rapidement couvertes de sang, par manque de chance ou simple esprit de vengeance, celle des faibles et des persécutés, mais pas que… En effet, comme je le disais, c’est aussi au tour des idols de briller et de jouer avec leur pouvoir. Quoi de mieux qu’une jeune fille considérée comme une déesse par des cohortes de mâles en rût pour devenir une Magical Girl toute puissante ? Son don, donné par une petite culotte magique (oui oui), lui permet d’ensorceler qui elle veut pour en faire son esclave… c’est tellement évident quand on y pense qu’on ne peut s’empêcher de rire, puisque la petite culotte des idols est, dans la vraie vie des fans Japonais, toute une histoire fantasmatique en elle-même.

Dans le manga, cette nouvelle magical girl est donc une idol hyper populaire, ce qui nous est démontré à travers la vie de l’un de ses fans, endetté jusqu’au coup et obnubilé à l’extrême par la jeune star. L’auteur pousse l’aliénation de ce looser à son maximum et l’on comprend que cette obsession n’est pas naturelle mais, en même temps, nous ne sommes pas si éloignés de la réalité… Enrobée dans un marketing et une communication basés sur des allusions sexuelles permanentes – du type « louez moi une heure pour me passer la laisse au cou jeune maître » – l’industrie décrite dans ce tome ne fait que pousser un peu plus loin un modèle déjà en place, lui empruntant par exemple les séances de serrages de main entre fans et idols, l’utilisation pernicieuse des sites et réseaux sociaux, la vente de produits dérivés, etc.

Même si l’on continue de mettre en place la trame de fond et d’ajouter quelques flashbacks pour étoffer le profil des protagonistes, c’est donc dans sa critique sociale, réaliste et finalement édifiante, qu’on savoure ce second tome. Du Akata comme j’aime !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Après 3 semaines de chroniques on va changer un peu pour la prochaine fois, pour un papier inédit et collaboratif sur le blog… Car voilà qu’arrive la 600e du blog mes amis, oui oui oui !

En attendant de célébrer ça avec plusieurs invité(e)s, on se laisse sur quelques photos du Japon, dont certaines de saison justement, histoire de changer des mangas !

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novembre 7th, 2015
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Chroniques of the week : oh la vache… Mais ce ne serait pas ARAKAWA ?

⊆ novembre 1st, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001

Après quelques semaines focalisées sur la déferlante de la rentrée, j’ai enfin eu l’occasion de rattraper mon retard sur les sorties de l’éditeur Kurokawa, qui fête ses 10 ans avec de bien belles choses au catalogue présent et à venir (ONE PUNCH MAAAAAAAN !). De mi-août à mi-octobre c’est plus d’une vingtaine de mangas qui nous ont été proposés et on y retrouve une bonne partie des auteurs ou titres  phares de la maison d’édition : du Arakawa sous toutes ses formes (humour, aventure, tranches de vie agricoles, deeeeemandez l’programme !) du Kodama, du Nozokiana, du Jésus et Boudhaaaaaa (ouai les rimes en a c’est claaaaasse) et le troisième tome des Miséraaaa…bles (damnit, j’y étais presque !). Bon le soucis c’est qu’il y a teeeeellement de chose à dire que si je met tout ici, vous en avez pour votre semaine à tout lire. L’occasion est donc parfaite (again…) pour un spécial Hiromu ARAKAWA, histoire de rendre hommage à la Holstein du manga !

En route pour les chroniques donc, et bonnes lectures !


Nobles Paysans 3Nobles Paysans
 #3 de Hiromu ARAKAWA :
 On commence par une bonne tranche de rigolade et de la vie de campagne. Troisième volume de cette autobiographie de la mangaka à succès (Fullmetal Alchemist pour les béotiens) qui continue de narrer ses septs années de vie dans la province très agricole d’Hokkaïdo.

Déjà, c’est un chouette bouquin : nombreuses pages couleurs, grand format et des bonus de partout (j’adore la mini-bd en bas de page qui s’anime quand on feuillette l’ouvrage), une traduction et une édition nickel : même avec “seulement” 120 pages on ne rechigne pas à débourser les 9.1 euros nécessaires, surtout une seule fois par an.

Pour cet opus 2015 on continue d’apprendre plein de choses sur la famille Arakawa, notamment sur la mère et feu la grand-mère, des personnages hauts en couleurs, jamais dénués de ressources et qui prennent la vie avec un entrain inoxydable. Ils sont assez touchants en plus, il faut bien avouer. Le livre est aussi un défilé d’anecdotes, issues des discussions entre l’auteur et son éditeur, laquelle faisant partie intégrante du récit et jouant le rôle du spectateur lambda, tout aussi surpris que nous par la vie rocambolesque des agriculteurs… Une façon d’apprécier à quel point ils sont tous bien barrés… Néanmoins nous sommes les seuls surpris car, du coté des fameux paysans, tout ça est pris avec naturel et désinvolture ce qui participe énormément au comique des différentes situations.

Dans ce volume Arakawa évoque pas mal d’histoires entourant les animaux, indissociables de la vie de campagne : la capacité des chiens à se pointer – à la seconde près – à l’heure du repas, les chats qui dorment vraiment n’importe où, les grues, les poissons et bien évidemment les vaches… les fameuses Holstein n’auront plus aucun secret pour nous !

Blagues mises à part la mangaka est aussi là pour partager et faire réfléchir : elle ancre toutes ses histoires dans une réalité sociale ET économique tout en dévoilant quelques aspects de son existence, comme l’époque charnière où elle a lancé sa carrière tout en continuant à travailler à la ferme. Le résultat est dense, drôle et passionnant. Nobles paysans devient un cadeau qu’on se fait chaque année avec plaisir !

silver-spoon-11-kurokawaSilver Spoon #11 de Hiromu ARAKAWA : d’humour aussi il est question dans cette autre série d’ARAKAWA, tout comme d’agriculture, mais pas seulement. Avec la fin de sa première année de lycée agricole qui approche, Yugo doit commencer à se confronter à son avenir. Ce jeune homme qui allie une profonde gentillesse, de l’intelligence et un attachement toujours cornélien à ses idéaux est décidément très charismatique, même s’il reste assez empoté dans sa relation amoureuse… Mais Aki n’est guère mieux et la communication entre ces deux là vaut vraiment le détour dès qu’il s’agit de parler de sentiment : “oh Yugo des chocolats, merci ! Hum oui le 14 février et alors ?

Si on creuse un peu le récit depuis ses débuts, on voit que tout le parcours de Yugo est jalonné d’antagonisme entre rêves, souvent ceux des autres d’ailleurs, et réalité : on a eu l’élevage du petit cochon, le camarade qui rêvait de baseball et Aki qui rêve d’équitation… Des batailles où Yugo refuse toujours de s’avouer vaincu. Mais cette fois-ci il va falloir qu’il commence à s’occuper de lui et une mission des plus périlleuses s’annonce : convaincre son père, cet iceberg intransigeant. On a appris à détester l’homme lors des volumes précédents, mais ce 11e opus vaut de l’or car, après échecs et humiliations, il semble que tout n’est pas perdu entre ces deux-là. En tout cas la visite du père au lycée agricole, au delà de cette confrontation père-fils, est aussi un moment hilarant… Avec une baston de regard épique !

Bref, depuis le temps que je vous le dit, Silver Spoon est vraiment un manga pas comme les autres, dont les personnages nous touchent de manière surprenante. L’un des rares titres que je pourrais me mettre à relire, d’autant plus avec le ralentissement sec que connait la publication au Japon, puisqu’un seul tome (le 13e) est paru en 2015.

the-heroic-legend-of-arslan-manga-volume-3The Heroic Legend of Arslân #3 de Hiromu ARAKAWA & Yoshiki TANAKA : C’est amusant de voir que, pour ces récits épiques autres que FMA, ARAKAWA choisit pour la seconde fois une adaptation. Je suppose que ça lui simplifie la vie niveau écriture mais pas seulement, on sent qu’elle aime ces grandes fresques inspirées de légendes qui font l’histoire des peuples. Si je n’ai pas été totalement emballé par Héro Tales, Arslân se montre beaucoup plus finement élaboré, et de plus en plus prenant. C’est en tout cas une nouvelle occasion pour l’auteur de se laisser aller à de grands combats héroïques et une soif de justice qu’elle sait faire germer chez ses héros comme dans le cœur du lecteur, en faisant défiler les pires crimes qui soient : trahisons funestes, massacres au nom de la religion, esclavage, vengeances assoiffées. On dispose donc de tous les ingrédients pour se faire emporter par cette aventure aux parfums d’Orient. Religion – Orient – Massacre : voilà d’ailleurs qui fait un sinistre écho contemporain aux dérives religieuses de cette région, même si ça n’a rien de nouveau. Mais bref…

Au centre de ce récit on retrouve le fameux Arslân, Prince dont le Roi de père a été vaincu et déchu. Le jeune homme est encore naïf mais on a envie de lui laisser le bénéfice du doute, d’autant que son enfance dorée ne l’a pas vraiment bien préparé à la barbarie humaine. En plus, il est accompagné par une garde rapprochée de haute tenue, qui vient s’étoffer dans ce volume. Il y avait déjà ce symbole de force et de justice, le ténébreux Daryûn – qui a conquis toutes mes connaissances féminines en deux planches, il est fort – puis Narsus, cet artiste lamentable et pourtant convaincu de sa vocation, qui s’avère heureusement un stratège de génie et qui prend la pose pour la couverture du tome. Bon ok, il est pas moche non plus mais, ô joie, il y a désormais une magnifique inconnue, la redoutable prêtresse Faranghîs qui vient rejoindre la troupe de rebelles amenant avec elle le rusé, flatteur et redoutable combattant du nom de Ghîb.

Après le chara-design parfois très carré et anguleux d’un Silver Spoon, les protagonistes d’Arslân montre qu’ARAKAWA sait aussi faire dans une grande finesse et qu’elle ne se contente pas de savoir dessiner des gueules austères et massives débordantes de virilité et de rigueur. La féminité, tout en battement de cil, en regards pénétrants et en petites pointes de sensualité, elle sait aussi le faire. Arslân mélange en tout cas les deux styles à la perfection et, en bonus, nous apporte une bonne dose d’action sous la forme de duels intenses et vifs ou d’affrontements militaires de plus grande ampleur. Un manga des plus complets donc et j’avoue que le jeu vidéo prévu en 2016 façon Dynasty Warriors, me fait un peu de l’œil, mais j’attends d’en savoir plus.

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. La semaine prochaine on continuera avec du Kurokawa et peut-être aussi un peu de Kana, Ki-oon et/ou de Glénat et Komikku, car j’ai des choses très alléchantes qui m’attendent, la preuve avec la pile à lire :

Chroniques Manga Paoru.fr-002


novembre 1st, 2015
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Chroniques of ze week : 3 mangas et mangakas qui se démarquent

⊆ octobre 25th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001

Après quelques jours de vacances, le chocobo est revenu chez lui pour constater qu’une MONTAGNE de mangas avait pris possession de sa boite aux lettres. Pour faire fondre la pile, on commence par des choses assez originales, dont vous avez sans doute entendu parler et qui se démarquent assez nettement du lot, par des choix graphiques et/ou scénaristiques : le fameux Levius qui divise pas mal le web, une mise à mort d’une rare intensité dans le tome 4 d’Innocent et le trop discret Drifters qui est toujours aussi délicieusement immoral. En route pour ces chroniques… Et bonnes lectures !

levius1Levius de Haruhisa NAKATA chez Kana : Celui là ne laisse pas indifférent. Je dirais même que vous saurez très rapidement s’il est fait pour vous ou non dès les 62 premières pages du chapitre 1. Nous voilà dans un certain XIXe siècle. Mais pas le notre, non, celui d’une nouvelle ère qui fait suite à une guerre dévastatrice. A cette époque la boxe mécanique fait fureur :  on y voit des lutteurs munis de membres artificiels qui s’affrontent dans de gigantesques arènes. Le jeune Levius, dont le père a été tué à la guerre et dont la mère est plongée dans le coma depuis le conflit, se découvre un talent tout particulier pour ce nouvel art martial et monte un à un les échelons, aidé par son oncle et entraîneur Zack. Cependant, alors qu’il s’approche des sommets, le destin de Levius semble se rapprocher de cette ancienne guerre dévastatrice… et être lié à l’avenir de cette nouvelle civilisation.

Ce n’est pas tellement le scénario qui pose question : ambiance steampunk dans la ville de Steamland, née d’une sorte de “révolution de la vapeur” et distillant des références évidentes à la seconde guerre mondiale, même si le style vestimentaire est plus du début du XXe. Ajoutez à ça l’ambiance des arènes et leurs gladiateurs plus ou moins mécanisés pour en faire de combattants surpuissants. Ces derniers, perdu dans ce nouveau monde, on choisit ce mode de vie pour y faire leur place et ils espèrent continuer jusqu’à mourir un jour face au public, pour graver leur nom dans les mémoires et dans le panthéon des guerriers. Dans ce monde de l’ère industrielle, devenu petit à petit mécanique et sans âme, familles et rêves ont tous été brisés, et chacun se complet dans ces plaisirs barbares. C’est de là, de ces ténèbres que va rejaillir une lumière… et l’espoir.

Vous l’aurez compris, on peut facilement se laisser entraîner par Levius et son héros sombre, qui traîne une histoire dramatique et sans lendemain, et qui tente une quête de sens et d’identité à travers la transcendance des combats. Mais voilà, cher lecteur, pour vivre ce voyage qui s’annonce palpitant il va falloir vous faire au graphisme de l’oeuvre. Levius n’est pas tout à fait, sur ce plan visuel, un manga comme on le définit habituellement, et tient plus office d’hybride. Comme tente de la définir l’éditeur japonais, il s’agit d’une nouvelle norme, un renouvellement du manga que nous évoquions il y a peu avec le directeur éditorial des éditions Sakka, rapport à la publication de Nicolas de Crécy chez Shueisha. Dans cette nouvelle norme, donc, on découvre des personnages et des décors hyper détaillés avec un trait et un crayon très présent mais très peu de jeux d’ombres, bien loin du style plus net et épuré japonais. Mais le plus marquant est l’innovation technologique avec la construction d’arrière plan / premier plan par un jeu de focus sur certaines parties du dessin, qui apparaissent nettes là où le reste est flouté pour donner une impression de profondeur ou de dynamisme.

Le tout donne à Levius une réelle singularité et, comme toute oeuvre innovante à forte personnalité, les gens sont partagés par cette bande dessinée qui part chasser sur des terrains inhabituels. Mais la démarche reste à saluer car la plupart de ses expérimentations produisent leur petit effet sur le lecteur, que ce dernier l’apprécie ou pas, et l’expérience ne demande qu’à mûrir, et peut être se retrouver dans quelques années par petites touches plus discrètes dans de futurs mangas. Ainsi, que vous lisiez de ce titre qu’il est moche ou qu’il constitue une véritable claque graphique (big up respectivement à Ours et à Remi), je ne saurais que vous conseiller de l’essayer par vous-même, pour explorer cette nouvelle piste !


INNOCENT_tome_4Innocent #4
de Shin’ichi SAKAMOTO chez Delcourt
: j’avais évoqué rapidement le premier tome de cette nouvelle série du mangaka d’Ascension. C’était magnifique dès le départ et ça l’est toujours, même si l’omniprésente poésie artistique de cet ouvrage, dans les corps comme dans les esprits, prend une tournure de plus en plus inattendue, oscillant entre violence et sensualité depuis quelques chapitres. Pour rappel Innocent c’est la vie de Charles-Henri Sanson, le célèbre bourreau de la Révolution française… La Révolution est encore loin mais il est temps pour notre homme de procéder à son premier écartèlement dans ce 4e opus.

Encore jeune et inexpérimenté, Charles-Henri est épaulé dans cette tache par son oncle Gabriel, exécuteur de Versailles, qui espère bien profiter de l’occasion pour briller tout en couvrant de honte Charles-Henri, afin de lui piquer la place de bourreau de Paris. Jusqu’ici notre héros refusait son statut d’exécuteur des Hautes Œuvres de sa majesté, n’y voyant que de la barbarie, et notre apollon préférait rêver de romance et de danses endiablées avec d’autres hommes beaux et immaculés, à la longue chevelure, tout en passant sa vie à aider la veuve, le pauvre et l’orphelin…

Le chara-design débordant de blancheur et de pureté de Shin’Ichi SAKAMOTO, aux accents yaoi pourrait-on dire, se pose violemment en opposition avec le destin qui attend notre bourreau, fait d’hémoglobine et de chair éparpillé. Le résultat est unique et il faut un peu de temps pour s’y faire, là aussi, mais il finit par prendre tout son sens dans cette époque de gloire et de décadence.

Charles-Henri, contraint par la déchéance de son père, s’est donc mis au travail, mais en s’y reprenant à plusieurs fois pour décapiter son premier condamné, le malheureux. Néanmoins, petit à petit, il a changé de regard sur sa tache : puisqu’exécution il doit y a voir, autant offrir aux malheureux une mort rapide et digne. Rapide il y a peu de chance cela dit, car lorsqu’on agresse sa majesté le Roi, on ne peut espérer mourir promptement et sans souffrir. Après des journées de torture l’exécution a donc débuté et les supplices s’enchaînent avec atrocité : avec des tenailles chauffés à rouge on arrache des lambeaux de peau puis on fait couler de l’huile bouillante dans les plaies béantes avant de carboniser avec du souffre fondu la main par laquelle le coupable a agressé le Roi. Le mangaka ne nous fait pas de cadeaux : même s’il magnifie ce spectacle morbide en le comparant à une danse survoltée qui se déroule sur une musique douce et élégante, la souffrance du supplicié et ses cris sont bien présents et durs à supporter.

Dès ce préambule à l’écartèlement l’ambitieux Gabriel vacille, à l’inverse de Charles-Henri qui endosse enfin son costume de grand bourreau. Malheureusement le calvaire n’arrive à son apothéose que lorsque le coupable est attaché à quatre chevaux pour voir ses membres arrachés. On en avait presque oublié que Gabriel, dans sa quête de renommée, a fait mettre en place quatre canassons vieux et faibles à la place des destriers vigoureux prévus, pour faire durer l’écartèlement. C’est uniquement grâce au sang-froid et aux connaissances pointues en anatomie que, après 1h30 d’agonie, Charles-Henri mènera à terme cette mise à mort, commençant ainsi à tracer sa propre voie. Un spectacle et une souffrance physique comme on en a rarement connu. En plus d’être un titre prenant de par son contenu historique,  largement détaillé en bonus d’ailleurs, voici un seinen des plus intenses… et des plus marquants.

Innocent © 2013 by Shin-Ichi Sakamoto

Innocent © 2013 by Shin-Ichi Sakamoto


drifters-04Drifters #4 
de Kohta Hirano chez Tonkam : J’en finit cette semaine avec ce manga complètement barré qui m’avait séduit dès le départ : l’idée est de réunir les plus grandes figures héroïques, militaires et politiques de l’Histoire, de Raspoutine à Nobunaga en passant Billy The Kid ou Jeanne d’Arc, et de les mettre dans deux camps opposés, les Drifters et les Parias… Le but avoué : qu’il se fasse la guerre pardi, pour se régaler d’affrontements dantesques faits d’armes blanches mais aussi d’explosifs, de fusils, d’elfes, de nains et de grands noms qui n’ont qu’une seule hâte, celle exploser le plus d’adversaires possibles et de lutter contre des ennemis enfin à leur hauteur !

Si je vous reparle de ce titre c’est pour son absence de moralité qui est des plus rafraîchissante. Tout amateur de célèbres guerriers ou stratèges s’est toujours demandé qui était le plus fort. Donc quitte à faire le pari fou de les mettre sur un même champ de bataille, autant y aller à 100% et sans aucune retenue, pour se faire plaisir. Pas de débats éthiques sur les conséquences d’une guerre ou sur les populations qui souffrent, pas de retour de bâtons moralistes dès qu’un plan tordu a fait mouche : tous les coups sont permis dans un univers de Dark Fantasy très bien choisi car il peut cumuler sans incohérences majeures les peuplades ou civilisations les plus diverses, tous comme les armes ou les magies les plus évoluées.

Enfin n’allez pas croire que les deux camps de ce récit viennent poser des frontières manichéennes puisque les héros de l’histoire, les Drifters, n’ont franchement rien de preux chevaliers : leur chef est un samurai totalement bourrin qui ne vit que pour et par son sabre et la tête pensante du groupe, notre cher Nobunaga, est un manipulateur né, avide de conquête et de pouvoir… De l’autre coté, les bad guys semblent frustrés par l’injustice de leur ancienne existence ou en quête d’une vengeance pour rétablir une pseudo moralité.

On est des guerriers, on compte parmi les meilleurs de l’Histoire, on aime ça et on assume… et de toute façon on ne sait faire que ça, alors laissez-nous aller leur mettre une bonne grosse pâtée bordel de merde ! ” : voilà comment on pourrait résumer ce seinen totalement jouissif !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout : je pense attendre la fin de Sangsues pour en faire un bilan, Yamada-kun and the 7 Witches tout comme Bestarius attendront une spéciale shônen qui arrive le mois prochain et il faut que je lise les seconds tomes de The Devil’s Line et Kamen Teacher Black pour voir si la bonne surprise se confirme ou non. De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une spéciale Kurokawa pour rattraper deux mois qui sont des plus alléchants, comme vous pouvez le voir :

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octobre 25th, 2015
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Unlucky young men : une virée désabusée à travers le “mai 68” japonais

⊆ octobre 10th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga / Japanimation | | ˜ 4 Commentaires »

UnluckyYoungMen titre

Mai 68, une date chargée de symboles pour plusieurs générations d’entre-nous, qui s’est drapée d’un voile romantico-idéaliste à travers les années. Synonyme de rébellion cool, d’espoir et manifestation d’une volonté de faire voler en éclat un pouvoir dépassé, sclérosé et un brin oligarchique. Plusieurs générations d’adolescents et de jeunes adultes en rêvent encore…

Parmi ces derniers plusieurs lisent des mangas, bien sûr, mais combien en France savent que le Japon, ce pays bien sous tous rapports et à la société uniforme, a connu de telles révoltes lui aussi, la même année qui plus est ? Toute la génération nippone paumée des années 2 000 que l’on voit dans les mangas d’Inio Asano (Solanin, La fille de la plage) n’a pas été la première à la recherche de repères.

Ainsi, avec le premier tome de Unlucky Young Men qui sort cette semaine dans la collection Latitudes des éditions Ki-oon (Emma, Goggles, Coffee Time) je vous propose de plonger un demi-siècle en arrière, grâce aux talents combinés de Eiji OTSUKA au scénario et Kamui FUJIWARA au dessin. Ce premier tome sur les deux à venir est l’occasion d’une captivante découverte, dans une virée mouvementée qui mélange polar et chronique sociale, en allant du célèbre vol des 300 millions de yen au baroud d’honneur d’une génération désabusée qui formera pourtant des cohortes de salarymen dociles dans les décennies qui vont suivre. Un Japon à la croisée des chemins qui, comme les héros de cette fable remuante, ne sera plus jamais le même…

Une génération profondément malheureuse…

Avant d’en venir à l’ouvrage lui-même, plantons le décor de cette année et de cette époque méconnue qu’Unlucky Youn Men sort totalement de l’oubli.

Parce que vois-tu, cher lecteur, dans les années 60 les jeunes Japonais, en tout cas la jeunesse Tokyoïte, elle est rebelle et révolté à 100% contre ses aînés. En même temps, on le serait à moins : elle a grandi dans le Japon vaincu d’après guerre, sous juridiction américaine, et son enfance des années 50 a été synonyme de grande pauvreté (lisez Rainbow de KAKIZAKI et ABE pour vous faire une idée). Quantité d’orphelins et d’enfants abandonnés ont erré dans les rues, leur quotidien se résumant à la survie. Ils étaient seuls car leurs parents étaient partis ou morts à cause de cette guerre, ils étaient pauvres et sans honneur car leurs prédécesseurs l’avaient perdue. Et pour tout ça, un ressentiment et un grande désaffection était née envers la génération qui les a précédés. Ils ne validaient pas cet affrontement jusqu’au-boutiste et sentaient monter en eux un sentiment d’injustice, contraints de vivre dans le bourbier de ses conséquences, malgré leur innocence.

Yoko, 17 ans, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

Yoko, 17 ans, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

C’est sur ce terreau de tristesse, de désamour et de colère latente que grandit le Japon de cette époque. Avec l’embellie économique des années 60, le Japon a fini par sortir la tête de l’eau. Mais l’image que l’on veut donner de cette renaissance passe par une propagande lisse et brillante à souhait pour le reste du monde. En 1964, un correspondant du magazine Life dépêché sur place pour faire un portrait de cette génération décrit avec humour cette jeunesse de façade : « aussi saine et heureuse qu’une coupe glacée au caramel » mais fait un bilan beaucoup, beaucoup plus sombre : « Un large segment des jeunes Japonais est, en profondeur, désespérément malheureux et perdu. Et ils parlent librement de leurs frustrations. Beaucoup ont perdu le respect pour leurs aînés, ces clefs de voûte de la vie japonaise, et dans certains cas dénoncent les personnes plus âgées pour  les “avoir plongé dans une guerre insensée”».

Ayant tranché les liens qui les unissaient avec le cocon familial, ils ont reformé, dans la désespérance, leur propre mini société, régie par leurs propres règles. Les jeunes gens de ces groupes sont reliés les uns aux autres non pas par de l’affection mutuelle – dans de nombreux cas, ces êtres “perdus” sont incapables de toute affection – mais plutôt par ce besoin d’appartenir, de faire partie de quelque chose. »

La jeunesse japonaise, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

La jeunesse japonaise, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

C’est ainsi que naisse les héros d’Unlucky Young Men et tout particulièrement Yoko. Yoko incarne un personnage réel du nom de Hiroko NAGATA (photo ci-dessous), jeune fille de bonne famille venant d’une école tout ce qu’il y a de plus huppée mais qui va devenir la présidente de l’Armée rouge unie, groupe d’extrême gauche et l’une des entités terroristes les plus craintes dans le monde à l’époque… Dans ce premier volume on y découvre une jeune femme froide, instable et qui recherche ni plus ni moins que la destruction du Japon actuel, où de tout ceux qui pourraient y trouver le bonheur. Tel un miroir, une autre jeune femme porte aussi le nom de Yoko dans cette histoire, une anonyme fictive pour le coup, qui va toucher du bout des doigts l’amour et le bonheur avant de subir les foudres de son homonyme, qui lui refuse une vie heureuse et la plénitude de sentiments qu’elle semble incapable, elle, d’éprouver.

hiroko-nagata

Moins extrême mais lui aussi malheureux, on retrouve un autre rebelle du nom Kaoru, fils d’un policier haut placé qui voue une certaine haine au système et à son père, car tous les deux le méprisent, lui, ce jeune homosexuel qui se cherche. Kaoru est le symbole de cette absence de barrière de la jeunesse japonaise et d’une certaine escalade : quelles que soient les exactions, elles semblent sans conséquences car elles sont toutes dissimulées, par peur du scandale et de l’opprobre. Mais tout est fait sans explications, sans véritable notion du bien ou du mal, dans une voie du silence totalement étouffante, dans le rejet de l’autre sans comprendre que derrière les erreurs de jeunesse il y a une souffrance, une recherche d’identité et de reconnaissance… Mais le dialogue est impossible entre ces deux générations et chaque discussion n’a pour conséquence que de pousser à davantage de transgression.

Beaucoup vont aller loin, très loin dans cette recherche de limites mais quelques-uns vont tenter, ensuite, d’en revenir. C’est ainsi que l’on peut dépeindre N, héros de l’histoire inspiré d’un autre personnage réel : Norio NAGAYAMA, un meurtrier en série mais aussi écrivain durant ses années d’emprisonnement. Il va contre toute attente trouver l’amour et aspirer alors à une vie plus sereine, après ses 4 meurtres. Il posera son pistolet et tentera de reprendre des études pour se dessiner un avenir simple mais radieux, aux bras de sa chère et tendre. Mais voilà, repasser de meurtrier à gentil mari bien comme il faut est, là encore, vécu comme une trahison par ceux qui veulent faire tomber ce modèle de la famille heureuse japonaise. Sous le couvert de la rébellion, les futurs terroristes refusent le droit au bonheur et forcent ceux qui les croisent à les suivre dans les chemins de l’anarchie et du désespoir…

Unlucky Young Men-PLANCHE_3

N le meurtrier, dans Unlucky Young Men

Tous ces portraits et d’autres, très réussis, sont réunis dans Unlucky Young Men pour montrer de manière troublante cette génération tiraillée entre des revendications – du besoin viscéral de justice ou d’équité à de la vengeance pure et simple – et le désir de goûter à un bonheur banal,  d’accomplir ses rêves, de laisser le passé derrière soi. Malheureusement ces deux souhaits semblent incompatibles, et vont mener le Japon dans l’une année des plus contestataires de son histoire contemporaine.

Soixante-huit, année chaotique

En 1968, le Japon est en pleine croissance : il a quadruplé son PIB en huit ans (on est content avec notre + 1.5% cette année, ça laisse rêveur) et il est à l’aube d’une croissance encore plus grande qui va durer jusqu’au milieu des années 90. Cet essor, comme toujours, ne peut se faire sans la jeunesse, et celle-ci, autonome et sans barrière, est bien décidée à se faire entendre…

Tout commence en janvier. Pour mener à bien la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont installés à Okinawa, une vraie base arrière d’où partent leurs bombardiers pour aller raser les ennemis vietnamiens. Les Zengaruken vont s’y opposer. Ce sont des associations d’étudiants auto-gérées qui défendent la démocratie et l’université pour tous, dirigées en coulisse par le partie communiste, et qui luttent donc pour empêcher l’arrivée de nombreux navires de guerre en janvier et février. Un combat qui exprime le refus et le raz-le-bol global du colonialisme américain : les Etats-Unis ont eu la mainmise sur de nombreuses sphères politiques et économiques au Japon, pendant plus d’une décennie. Même si le Traité de coopération mutuelle, dans sa nouvelle mouture signé en 1960, a “officiellement” équilibré le rapport de force, les Etats-Unis continuent de faire un peu ce qu’ils veulent sur le sol nippon pour ce qui est du domaine militaire. Ce manque cruel de souveraineté est une frustration de plus, de trop, pour la jeunesse nippone et elle entame ainsi son combat.

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En avril, les choses s’accélèrent :  au Japon comme en France et partout dans le monde, le baby-boom a amené de plus en plus d’étudiants sur les bancs de l’Université qui se voulait encore une décennie auparavant un pré carré pour l’élite de la population. En France, par exemple, on passait de 250 000 universitaires en 1963 à 500 000 en 1968. Inutile de dire que cette nouvelle population lettrée a elle aussi des choses à dire au Japon : refus de l’augmentation des taxes scolaires, de la sélection à l’entrée de l’université, d’une pédagogie vieillissante et symbole de “la génération d’avant”. 200 universités sont occupées à partir du mois d’avril, l’étincelle venant d’une réforme qui voulait obliger les étudiants en médecine à travailler gratuitement pendant deux ans à l’hôpital.

Cette bataille pour la démocratisation de l’enseignement supérieur affole évidemment le gouvernement mais il n’est pas le seul à réagir. Dans Unlucky Young Men, on croise par exemple Yukio MISHIMA, écrivain et prix Nobel mais également nationaliste et à l’origine de la milice privée Tatenokai (Société du bouclier), destinée à assurer la protection de l’Empereur.

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Plusieurs de ses mouvements d’extrême droite iront lutter aux côtés des forces de l’ordre contre l’extrême gauche et les cohortes d’étudiants. C’est sans doute là que les choses commencent à s’envenimer sérieusement : on peut prêter plein de bonnes intentions à cette révolution japonaise, comme leur combat écologique contre le progrès industriel aveugle que je n’ai pas encore cité (pollution au métaux lourds, expropriations expéditives d’agriculteurs), mais il ne faut aussi pas oublier comment ce combat a fini, de manière beaucoup moins romantique et glorieuse…

La manipulation de cette génération par des mouvances extrémistes, gauche comme droite a entraîné une escalade qui s’est finie dans un bain de sang où nombre de jeunes japonais se sont entre-déchirés et sont morts ou ont été salement blessés. Ce mai 68 nippon a été le plus long et le plus violent mouvement de contestation étudiante qu’a connu le monde à cette époque. Sur la fin, en janvier 1969, les forces d’autodéfense ont affronté pendant de longues journées des étudiants retranchés dans les facultés et la violence était des deux cotés, puisque les étudiants utilisaient aussi cocktails molotov, bombes d’acides, etc.  Pendant que les Etats-Unis poussaient le gouvernement à une véritable purge rouge, le mouvement s’est divisé en factions qui ont commencé à se quereller voir s’affronter, chacun voulant imposer son idéologie et sa mouvance. Une énorme confusion naîtra de la fin de ce mouvement et le soutien de la population s’effritera pour se transformer en méfiance vis à vis de l’appareil politique, accouchant d’un total désintérêt de la population japonaise pour la politique, d’ailleurs.

A tout ceci s’ajoute, dans Unlucky Young Men, l’affaire des 300 millions de yen, déjà sujet de plusieurs mangas comme Montage ou Inspecteur Kurokochi, car les deux mangakas décident d’incorporer cette affaire irrésolue en suivant une piste inédite, triste et injuste mais réaliste, et des plus intéressantes.

Unlucky Young Men-PLANCHE_1

Il y a aurait encore pas mal de choses à dire d’ailleurs, sur ce premier tome, comme l’hommage rendu au cinéma des années 60-70 à travers la construction narrative et graphique de l’oeuvre mais je laisse les plus curieux faire comme moi, et fouiller un peu, ou en apprendre plus à la lecture de ce premier tome que, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement.

En fait, ce manga a d’abord piqué ma curiosité mais il a ensuite entraîné, par sa lecture puis via la genèse de cet article, tout un flot de questions qui restent encore sans réponse, sur la capacité du Japon à se révolter et à prendre à bras le corps des sujets de premier ordre sans en arriver à de tels extrêmes…  Lorsque l’on voit l’inquiétante actualité du Japon des années 2010, on se demande forcément ce que veulent faire les générations qui arrivent du cas TEPCO-FUKUSHIMA, comment appréhendent-elles les restrictions dans la liberté d’expression qu’évoquent sombrement Tetsuya TSUTSUI dans Poison City, et que feront-elles de la remilitarisation en marche de leur pays, 70 ans après Hiroshima ?

Unlucky Young Men coverFiche descriptive

Titre : Unlucky Young Men
Auteur : Kamui Fujiwara / Eiji Otsuka
Date de parution du dernier tome : 08 octobre 2015
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Kadokawa
Nombre de pages : 360 n&b
Prix de vente : 19.90 €
Nombre de volumes : 1/2 (terminé)

Visuels : © Kamui FUJIWARA 2007 © OTSUKA Eiji Jimusyo 2007 / KADOKAWA CORPORATION, Tokyo.

Pour vous faire un avis plus personnels sur le titre, je vous mets une preview ci-dessous. Pour vous faire un avis sur cette époque il y a assez peu d’information non orientée sur internet, donc il faut faire le tri mais je peux vous conseiller ce site d’un prof d’histoire-géographie ici comme bon point de départ et je vous partage le très bon dossier de presse des éditions Ki-oon.


octobre 10th, 2015
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Chroniques of ze week : autour du tome 7, quatre mangas qui en ont dans la tête

⊆ octobre 4th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001-2

J’aime bien les tomes 7. Enfin… pas uniquement les tomes 7, plutôt cette période entre les tomes 5 et 10 où une série dévoile son potentiel, puis confirme volume après volume que vous avez un bon manga entre les mains. Finies les présentations et les hésitations, on passe la seconde en terme de narration, on assiste aux premiers plotwists d’ampleur… et on reste pour un temps épargné par la dilution ou l’étirement du récit, cette habitude irritante pour faire durer un succès tout juste acquis. Qui plus est c’est aussi une fierté pour le lecteur qui a su se montrer patient, et que le jeu en valait la chandelle.

Ces dernières semaines j’en ai lu quatre comme ça, trois tomes 7 justement et un tome 9, qui ont comme point commun de dérouler un excellent scénario et, hasard le plus total, basés sur quatre conflits armés historiques, fictifs ou carrément surnaturels. Certains font parler d’eux et sont déjà connus et reconnus – et maintiennent leur niveau avec brio tome après tome – mais d’autres sont plus proches de la déception commerciale, à tort. Mais nous allons tenter d’y remédier…

Bonne lecture et, comme d’habitude, plus d’infos en cliquant sur le lien en en-tête de chaque chronique !

Il était une fois… LA GUERRE !

Ad Astra 7Ad Astra VII de Mihachi KAGANO chez Ki-oon : On démarre par le titre le plus “réel” des quatre, un récit historique qui traite des Guerres Puniques, la seconde plus précisément. Tout se déroule donc au IIIe siècle avant JC entre une civilisation romaine en plein essor et les civilisations carthaginoises (aka civilisations puniques, d’où le nom) qui refusent de se voir dépossédées de leurs terres méditerranéennes après avoir perdu la première guerre. Sous l’égide du général de génie Hannibal Barca, ils sont bien décidés à prendre leur revanche. J’avais évoqué la série au second tome à la rentrée 2014, car ce manga historique mettait en lumière une période méconnue et passionnante de l’histoire romaine.

En France, avec Astérix et la capitulation de Vercingétorix à Alésia, on connait plutôt L’Empire Romain, la superpuissance établie qui a accolé son fameux tampon Senatus Populus Que Romanus du Portugal à la Turquie. Dans Ad Astra, aux alentours de -220 avant JC donc,  les Romains sont déjà bouffis d’orgueil mais ils ne règnent “que” sur la moitié de la Méditerranée, des côtes espagnoles aux côtes grecques. C’est de cet orgueil que Barca va tirer toutes ses ruses, en plus de manier à la perfection les particularités des champs de batailles. Durant les six premiers tomes, on assiste donc à toute la bêtise d’une armée trop sûre d’elle-même : elle traite l’ennemi avec arrogance, chaque général romain se précipite sans réfléchir, persuadé de vaincre l’ennemi rapidement, que le surnombre et la grandeur de Rome suffisent. Au contraire, Hannibal monte des plans minutieux et de plus en plus échafaudés au fil des batailles, ne laissant aucun détail au hasard. De la présence d’une rivière à la météo du jour, le carthaginois mise toujours sur l’effet de surprise et l’avantage psychologique qu’il procure, en laissant croire à son adversaire qu’il a été mis à jour ou qu’il attaque de manière insensée, tel le barbare bourrin qu’on attend qu’il soit dans le camp romain. Cette humilité est sa meilleure arme, tout comme son image de libérateur qui lui vaut le renfort des peuples, jusqu’ici opprimés par nos hommes en jupettes.

Cependant, comme le dit l’adage, Rome ne s’est pas faite en un jour et il a fallu des hommes de talents pour la mener sur la voie de l’Empire. Hannibal a donc des ennemis d’envergure, depuis le tome 3. Mais faces aux certitudes des dirigeants brisées, les plus grands noms de Rome se rejettent la faute les uns sur les autres et pendant ce temps Hannibal progresse jusque dans l’Italie elle-même, pour la légendaire bataille de Cannes : l’un des plus grand massacres de l’Antiquité avec environ 50 000 romains tués contre 10 fois moins dans les rangs carthaginois, un chef d’oeuvre de tactique que je ne vous spoile pas mais qui, sachez-le, est encore étudiée de nos jours dans les écoles militaires. Bref, vous l’aurez compris, tout ceci est passionnant mais la bataille à sens unique pourrait finir par lasser. C’est donc avec joie que ce tome 7 propulse en avant, et au commandement, un duo romain du tonnerre : le monstre de guerre Marcellus et le jeune prodige Scipion, admirateur d’Hannibal mais qui en connait désormais les failles. Les forces s’équilibrent et la terrible tornade de défaite prend fin. C’est au tour des Carthaginois de douter… et de remettre en question leur chef. Voilà qui est prometteur !



Altair 7Altaïr 7 
de Kotono KATO chez Glénat : Enfin je vous parle d’Altaïr sur ce blog ! Je l’ai déjà évoqué sur les réseaux sociaux ou dans les colonnes de Journal du Japon, mais la série passait toujours à un cheveu des sélections précédentes. D’ailleurs, ici comme ailleurs, elle a beaucoup souffert de son graphisme initial perfectible, de ses couvertures assez classiques sur les premiers volumes, de son démarrage en douceur. Pourtant ce récit nous présente une région et une période inhabituelle dans les mangas, celle de l’Empire Ottoman du XIV – XVe siècle. Inspirée par des personnages historiques réels et quelques noms de pays bien connus, la diplômée d’Histoire sur ce sujet, Kotono KATO, nous raconte la vie passionnée de Tugrul Mahmud qui va tenter de défendre la Türkiye et son peuple face aux complots, aux trahisons, aux folies et aux luttes de pouvoir des dirigeants de toute la région.

Talentueux et premier de la classe, notre jeune homme va connaître l’échec face aux félonies politiciennes. Ce jeune général inexpérimenté et idéaliste va devoir renaître en tant qu’espion et émissaire, et observer impuissant la défaite des justes face aux corrompus… mais il va apprendre, petit à petit, à déjouer et à vaincre ses adversaires, tout en essayant de respecter ses principes et quelques uns de ses idéaux. Voilà donc une belle histoire, toujours très romancée, telle une fable sanglante avec des ennemis cruels à souhait. La passion pour l’orient de la mangaka transpire dans chaque page à travers des dessins de plus en plus réussis, pleins de détails dans les costumes, les villes ou les places fortes. Depuis le tome 4 le manichéisme s’amenuise, les personnages conservent leurs idéaux mais deviennent aussi plus malins et plus réalistes. On reste en présence d’un shônen avec un héroïsme marqué mais les protagonistes deviennent attachants et leur quête entraînante car, en plus des intrigues politiques, on découvre l’art de la guerre en terrain ottoman : terres arides et montagnes escarpées, premiers fusils et batailles à cheval… Un goût d’Orient inédit dans le palais du lecteur.

Altaïr est finalement une alternative shônen intéressante à des seinens très travaillés comme Cesare ou Ad Astra avec des couvertures de plus en plus belles dont le travail sur les dorures par les éditions Glénat est du plus bel effet. Une chouette aventure à essayer !

Des batailles épiques et qui piquent

magical-girl-end-07Magical Girl of the End #7 de Kentarô SATÔ chez Akata : lorsqu’on commence fort, ce n’est pas toujours facile de durer et un article enthousiaste basée sur les premiers volumes est tout sauf parole d’évangile pour un manga qui dure. Heureusement, Magical Girl of the End n’est pas de ceux là, et fait honneur à l’enthousiasme qu’il avait suscité dès son premier opus. Pour ceux qui ne connaissent pas ce premier titre de la collection WTF d’Akata, je vous encourage à lire l’article de votre serviteur à la sortie de la série. Pour vous faire la version courte, disons qu’il s’agit du jour où des magical girls débarquent dans notre monde pour nous réduire en charpie sanguinolente de toutes les façons qui soient. S’en suit une course effrénée de quelques personnes pour leur survie, face à ces poupées aux pouvoirs démentiels, dans une course poursuite 100% adrénaline.

Après un rush horrifique et totalement déjanté pendant 2-3 tomes, la série a su dévoiler un vrai scénario à base de bonds dans le temps, de sorcellerie, de drames personnels et de sauvetage de l’humanité. Si beaucoup de protagonistes ont été découpés / troués / éparpillés / vaporisés voir zombifiés durant les premières heures du récit, c’est désormais une véritable bande que l’on suit de près, des gens qui ont survécu à l’horreur et qui sont prêt à en découdre. D’autant que les derniers tomes, dont ce septième, révèlent toute la mécanique de cette lutte pour la domination du monde. Mais, sitôt les premiers mystères levés, l’action reprend de plus belle : un nouveau round qui est des plus prometteurs car les magical girls qui ont décimé tant d’humains sont passés du cotés des good guys, dans une nouvelle version qui devrait broyer du tibia et découper de la cervelle. Kentarô SATÔ continue donc de tenir ses promesses, excelle à renouveler son intrigue et à maintenir le charisme des ses personnages, tous plus fous et séduisants les uns que les autres. Un titre toujours aussi jouissif !


FateZero-9-JaqFate/Zero #9 de SHINJIRÔ & Gen UROBUCHI / Type-Moon chez Ototo : Décidément tous les tomes de Fate Zero sont des petits caviars depuis quelques temps. Après un volume 8 focalisé sur l’action retour aux coups bas, aux trahisons et aux alliances dans cette nouvelle itération. Il faut dire que l’étau se resserre autour du Saint Graal puisque l’on va passer de 5 à 4 prétendants cette fois-ci, et pas de la plus belle des manières qui soit. Comme le dit le 4e de couverture : “Neuvième volume de la saga Fate/Zero, entaché de hurlements maudits“…

La mort dans le déshonneur est le lot de tous ceux qui échouent dans la quête de la coupe sacrée mais certains n’attendent pas leur défaite pour jeter leur propre nom dans la boue, si cela leur permet de gagner. C’est d’ailleurs de ça que naît le principal et diablement intéressant débat de ce tome : vouloir gagner à tout prix est-il un mal lorsque cela met fin à une guerre le plus rapidement possible ? Et si on pousse ce raisonnement plus loin, pour reprendre les idées de Kiritsugu, « c’est parce que des prétendus héros viennent jeter de la poudre aux yeux avec leurs rêves d’honneur » que l’homme ferme les yeux sur l’enfer vivant qu’est la guerre et que s’ouvrent, encore et encore, les portes de la barbarie, de la terreur et de la souffrance. Voilà donc un tome où les gens se salissent les mains, mettent leur fierté de coté pour monter des alliances, trahissent leurs compagnons, leurs maîtres… Ou gagnent une force nouvelle au prix d’une déchéance physique et psychique difficilement supportable.

Une fois de plus ce seinen replonge dans la noirceur et le fait avec un talent remarquable, apportant une vraie réflexion sur le peu de lumière de notre monde. Cerise sur le charnier, cet opus s’achève bel et bien avec une descente aux enfers au sens propre, un finish des plus mystérieux… Vivement le tome 10 !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout, on dissertera du retour de The Arms Peddler plus tard, par exemple, et on évitera d’aborder Übel Blatt en espérant que ça s’améliore pour le finish… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux titres  !

Chroniques Manga Paoru.fr-003

 


octobre 4th, 2015
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In These Words : l’excellent thriller psychologique avec des hommes tout nus dedans

⊆ septembre 25th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

In these Words

Avec la vague de nouvelles séries la semaine dernière, en voilà encore une sur laquelle je braque les projecteurs. Qui l’eut cru, c’est un yaoi (OH MON DIEU !) mais ne partez pas tout de suite, car c’est avant tout un thriller avec serial killer, quelque part entre Esprit Criminel, un film de David Fincher et New York Police Judiciaire : voici In These Words,de Jun TOGAI et Narcissus. Comme pour Adekan il y a deux ans, de bonnes raisons, graphiques et scénaristiques m’ont poussé à vous parler de cette histoire complexe et sombre, celle d’un docteur en psychologie à la poursuite d’un tueur en série dont il a été autrefois la victime… La seule victime encore en vie d’ailleurs.

C’est parti pour la critique !

Crimes et attachements…

In These WordsKatsuya Asano, alias Docteur Asano diplômé en psychologie, est amené à devenir profiler pour la police de Tokyo. On veut exploiter ses talents de psychologue criminel pour tenter de percer à jour un tueur en série qui sévit depuis plusieurs années. Après 12 victimes en 3 ans, la frénésie meurtrière est mise à mal : la collaboration entre la police et Asano semble fructueuse et un certain Shinohara Keiji est enfin arrêté. En attendant son jugement cet homme égocentrique veut en savoir plus sur celui qui a permis son arrestation et la police y voit une occasion inespérée d’obtenir des aveux et de monter un dossier en béton contre cet homme d’une redoutable intelligence.

Asano se retrouve donc confronté au meurtrier, lors de séances sous surveillance. Mais à peine notre jeune profiler accepte-t-il le poste que d’affreuses migraines le prennent en même temps qu’il se retrouve tourmenté, nuit après nuit, par d’étranges cauchemars. Dans ces songes, un homme dont il ne voit pas le visage le retient prisonnier et lui fait subir de nombreuses tortures et sévices : coups de poings, coups de couteaux et viols systématiques… Pourtant, ce geôlier lui murmure toujours qu’il l’aime et que, lui aussi un jour, l’aimera.

Au fur et à mesure des séances les échanges avec le meurtrier deviennent de plus en plus compliqués et Asano paraît incapable d’obtenir les informations qu’il désire ou de percer la carapace du tueur, alors que ce dernier l’entraîne dans un jeu étrange du chat et de la souris… Les mystères se font, dés lors, de plus en plus nombreux : est-ce qu’un plan des plus tordus ne se cacherait pas derrière ces interrogatoires ? Pourquoi ne sait-on pas comment le meurtrier a-t-il été déjoué et est-ce que ce coupable est vraiment celui qu’il prétend ? Qu’est-ce que ces rêves viennent faire là dedans et quel est le vrai visage qui se cache derrière ce tortionnaire amoureux ?

Le réveil risque d’être surprenant… et brutal.

Pour le plaisir… des yeux !

Tout comme son récit, l’histoire de ce titre est assez singulière puisqu’il est né au sein d’un cercle de Boy’s Love, Guilt Pleasure, qui officie quelque part sur les côtes américaines mais dont les deux auteurs, la dessinatrice Jun TOGAI aka Jo Chen de son nom d’illustratrice et la scénariste Narcissus aka Kichiku Neko, sont taiwanais à l’origine. D’abord distribué sur internet, le titre a rencontré le succès sur la toile et a fini par être publié en 2012 par une maison spécialiste du yaoi, Libre Shuppan (les amateurs peuvent voir l’impressionnante liste de publication ici) sous son nom d’origine Gen no Tsumi. Depuis il a fait le tour de l’Asie (Corée, Chine) et il est présent dans plusieurs pays d’Europe : en Allemagne chez Tokyopop et en France via l’éditeur Taïfu : le second tome est paru cette semaine justement, le 24 septembre.

Pour la petite histoire les deux auteurs sont également venus lors de la Japan Expo 2015, l’occasion pour le public de les rencontrer et pour Journal du Japon de les interviewer et le duo s’est avéré assez bavard d’ailleurs. Mais aussi ce fut aussi l’opportunité de découvrir la superbe édition collector du premier tome : un grand format (15 x 21 cm), des pages couleur qui deviennent des doubles posters recto verso, une maquette revisitée avec une reliure en tissu et un signet en tissu également, une nouveau visuel en couverture et enfin un papier de meilleure qualité (quoique celui de l’édition simple n’a pas à rougir). C’est le double du prix mais ceux qui l’ont eu entre les mains semblent vraiment apprécier.

In these words collector

Comme vous pouvez le voir avec ces couvertures, le dessin de Jun TOGAI témoigne d’un talent graphique indéniable, qu’il s’agisse du coup de crayon ou de la colorisation, que l’on s’intéresse à la plastique des personnages où à leur expressivité tout en subtilité. Bonne nouvelle, l’intérieur de ces deux premiers tomes est du même acabit : on profite d’une première page couleur très réussie et le reste de l’ouvrage n’est pas en reste. L’influence des comics évidente ressort par des traits épais mais fluides, une gestion des ombres très poussées avec une multitude de niveaux de gris : on sent la parfaite maîtrisé du dessin sur tablette graphique et surtout de la finition très léchée par ordinateur sur Photoshop. Même si l’on s’éloigne un peu du noir et blanc à la japonaise et que la mise en page emprunte ponctuellement une dynamique US, on reste sur un hybride à dominante japonaise, de par le chara-design, le découpage ou les angles choisis…

in-these-words-1-kenji  In These Words

Un visuel sans faute donc mais le reste n’est pas mal non plus…

Tel est pris qui croyait prendre…

Après le plaisir des yeux, c’est rapidement le scénario qui prend le pas dans l’intérêt du lecteur. Tout d’abord parce que le premier tome ne commence pas par des planches mais par du texte : dix pages racontent ainsi la première rencontre présumée entre le docteur Asano et son futur bourreau autour d’un café, puis nous plonge dans le début de son calvaire. Vous l’aurez bien compris, les fameux rêves d’Asano ressemblent plutôt à des souvenirs, refoulés à priori puisque l’intéressé n’en a pas conscience. Usant d’une chronologie volontairement floue et parsemée de trous, Narcissus joue donc avec son lecteur sur l’ambiguïté des situations, sur la part de fictif et de réel dans ces rêves et sur leurs liens avec le meurtrier : ces songes sont-ils des fantasmes, des souvenirs, un mélange des deux ? Et pourquoi ces cachets et ces migraines ressemblent-ils à des indices à l’intention du lecteur ?

In This WordRapidement, à la fin du premier volume, tout bascule. Sans vous révéler ce premier rebondissement, disons qu’Asano perd le contrôle et ne semble plus du tout en sécurité. Inquiet, on commence aussi à se poser des questions concernant cette fameuse enquête, et c’est là que le second volume nous en révèle la véritable teneur. Pour cela, nous voilà projeté vingt mois en arrière pour découvrir les véritables origines de l’affaire, ainsi que la première rencontre entre Asano et… un personnage clé dirons-nous. Ces vingt mois sont bien partis pour devenir la nouvelle “histoire dans l’histoire”, le cœur du récit de ce seinen avant que l’on revienne, un jour, finir cet arc entamé dans le tome 1 pour une course poursuite finale.

Au delà de ce labyrinthe scénaristique et narratif assez cohérent que le lecteur prend plaisir à suivre, c’est aussi toute une psychologie très complexe que l’on prend plaisir à appréhender, morceau par morceau : celle du docteur Asano. Ce professeur à la plastique irréprochable et à l’intellect sans faille est pourtant quelqu’un de froid – et à la beauté glaciale, d’ailleurs – toujours distant et avant tout maître de soi. D’où sa volonté de ne pas se briser face aux assauts et tortures répétés de son ravisseur dans le premier opus. Mais lors des entretiens avec le prévenu, le psychologue ne parvient plus à analyser froidement la situation et se prend à jouer un jeu dangereux qui l’amène au bord du gouffre. Néanmoins, dans ce premier temps, il est la pauvre victime aux yeux du lecteur. Pourtant, c’est une personnalité beaucoup plus sulfureuse et dominatrice qui nous est offerte dans le second volume, où l’on voit le docteur façonner son monde et les gens qu’il rencontre selon ses propres règles.

Après avoir vu comment le chaos l’a envahi et les tentatives pour le briser on revient donc sur l’homme tel qu’il était au départ… Une déconstruction / reconstruction très intéressante sur le plan psychologique, qui apporte pas mal de moments inattendus pour le lecteur. A la fin du second tome on commence enfin à comprendre Asano (en tout cas le croit-on) : c’est un homme qui refuse la domination psychologique car il aime en jouer lui-même, avec brio, mais il accepte au contraire la domination physique… Voici un vrai challenge pour un serial killer et psychopathe d’envergure !

In-these-words-T.I-2Enfin je ne pouvais pas conclure sans évoquer les scènes de sexe, qui occupent un quart de l’ouvrage. Si, de par la plastique parfaite et l’esthétisme réussi elles plairont logiquement aux amateurs/trices du genre, il faut bien avouer qu’elles sont sans concession : très peu de place est laissée à l’imagination et on nous montre tout (l’image ci-contre est plutôt soft, ne vous y fiez pas), ce qui paraît assez inhabituel quand on connait les représentations de l’acte dans la bd nippone. C’est cru, certes, voir presque trash, mais pas vulgaire pour autant, car la dessinatrice ne semble pas viser la surenchère et veut plutôt donner un certain glamour à l’acte, tout en gardant une certaine crédibilité. Quelques extraits ici pour vous faire une idée.

La violence, car qui dit viol dit forcément violence, vient plutôt de l’affrontement des esprits que des corps, entre Asano et ses partenaires. Avec son ravisseur, il refuse la soumission et l’exprime à chaque rapport, quitte à dire ses quatre vérités à son ennemi et à se prendre des coups de couteau ET une franche sodomie en retour. La fréquence et la longueur des rapports attaquent d’ailleurs sérieusement la volonté de notre médecin et on ressent page après page son épuisement dans cette guerre psychologique.

Dans le second tome, autre décor puisqu’on a le droit a des relations consenties et un embryon de romance. Mais là encore le comportement demeure prépondérant avec des rôles dominants /dominé au cœur du débat. En résumé, l’esthétisme et les enjeux intellectuels de ces moments feront que, même s’ils vous laissent de marbre physiquement, ils ne sont pas dénués d’intérêt. Et pour ceux que ça intéressent, alors là, ce sera double jackpot.

Le succès ou au moins l’engouement autour de In These Words n’est donc pas sans raison et il mérite d’aller au delà d’une simple classification sulfureuse: en deux volumes, ce seinen a déjà mis en place un scénario bien élaboré et intriguant, à l’image de son personnage phare, complexe, dont la sexualité est l’une des composantes révélatrices et donc utile au titre. Le yaoi est un peu la cerise sur le gâteau pour les amateurs et amatrices mais il serait dommage que cette caractéristique soit pour vous rédhibitoire et vous fasse rater un titre visuellement superbe et scénaristiquement prenant. Laissez vous tenter par la couverture, et ouvrez-le !

In these Words

ITW-2-taifuFiche descriptive

Titre : In These Words
Auteur : Jun Togai / Narcissus
Date de parution du dernier tome : 24 septembre 2015
Éditeurs fr/jp : Taifu/ Libre Shuppan
Nombre de pages : 240 n&b et couleur
Prix de vente : 9.99 €
Nombre de volumes : 2/2 (en cours)

Visuels : In These Words ©  Guilt|Pleasure 2012 / Libre Publishing Co., Ltd..

Pour en savoir plus sur le titre et ses deux auteurs je vous conseille leur site internet, leur tumblr, leurs comptes Twitter :  Jun TOGAI, NarcissusVous pouvez aussi vous tenir informé sur le groupe Facebook (privé) de Guilt Pleasure, tenue par la traductrice française de l’oeuvre !


septembre 25th, 2015
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Chroniques of ze week : du tome 1 à 3, des jeunes mangas très bien pour toi !

⊆ septembre 19th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-002Et oui, vous avez bien lu, c’est marqué Chronique of ze WEEK… Après avoir redéfini au premier semestre 2015 ce que je voulais mettre sur ce blog par rapport à Journal du Japon – à savoir les mangas, leurs auteurs et leurs éditeurs – je cherchais encore un rythme adéquat, et c’est la rentrée scolaire qui me l’apporté. Les précédents pavés de 13 chroniques me prenaient un temps infini à rédiger, devenaient parfois en retard par rapport au sorties, et chacun des 13 titres y perdait un peu en visibilité de part la quantité de titres traités. Sans compter que cela entachait assez nettement la spontanéité de certaines chroniques et le rythme de publication / de vie de ce blog.

Donc voilà, ces chroniques de la semaine seront plus courtes avec cinq – six titres maximum, des avis plus étoffés (la voilà l’excuse, c’est pour parler plus tout ça !) et cette rubrique viendra s’intercaler entre les interviews et les critiques grand format qui peuvent éclore lors de coups de cœur de votre serviteur à plumes. Donc ce ne sera pas toutes les semaines stricto sensus, mais plutôt deux ou trois fois par mois, à la place de tous les six semaines comme avant.

On commence ce numéro 1 par six jeunes mangas, quatre tomes 1 et deux tomes 3 qui m’ont tapé dans l’œil depuis la mi-août et on enchaînera la prochaine fois avec des séries plus avancées, qui ont gagné en maturité… Bonne lecture et comme d’habitude, plus d’infos en cliquant sur le lien en en-tête de chaque chronique !

Petits pimousses au rapport !

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Arte de Kei OHKUBO chez Komikku : La sélection débute par un nouveau manga historique, what a surpriiiise ! Florence, début du 16e siècle : une jeune femme plaque son avenir tout tracé de belle aristocrate pour devenir peintre. Une demoiselle de bonne famille qui veut vivre de son travail, qui plus est dans domaine artistique exclusivement masculin : mais vous divaguez jeune madame, vous n’y pensez pas ! Et bien SI ! Les obstacles que va rencontrer Arte s’annoncent nombreux : misogynie et précarité, pauvreté et solitude, sans oublier tout un art à maîtriser hors de sentiers battus… Mais peu importe, Arte sera peintre !

Bon… commençons par corriger un point : manga, oui, historique, plus ou moins. C’est Florence, c’est bien le 16e siècle et la renaissance mais voilà davantage un manga sur la vie des peintres qu’un défilé d’événements ayant marqué leur époque. Cela viendra peut-être plus tard, mais rien à voir avec Cesare par exemple. A la place ce titre s’appuie, avec succès heureusement, sur les problèmes de la condition féminine et le prix à payer pour l’indépendance, pour le choix de son propre destin. La jeune Arte est assez craquante en jeune tête brûlée, grâce à un bon coup de crayon de OHKUBO tandis que son maître, le jeune mais taciturne Leo, est tout aussi réussi. D’ailleurs, si je m’arrête deux secondes sur le graphisme. Sans être au niveau d’un Bride Stories (le communiqué y allait un peu fort, quand même) on peut saluer de nombreuses bonnes choses :  des regards omniprésents avec un panel intéressant et assez varié d’émotions, un talent certain pour les coupes de cheveux et les tenues pleines de détails puis, enfin, des décors soignés, visiblement bien étudiés pour donner du crédit à cette Florence grouillante de vie. Si on achève la tableau avec quelques pointes d’humour, on obtient donc une première peinture plutôt alléchante. On attend avec impatience la suite pour se faire ensorceler, pour de bon, par la jeune et pétillante Arte !


last-hero-inuyashiki-1-ki-oonLast Hero Inuyashiki
 
de Hiroya OKU chez Ki-oon : En voilà un qui a fait parler de lui en juillet. Pensez donc, c’est le nouveau titre de l’auteur de Gantz. Ce mangaka féru de technologie récidive avec un vieux monsieur au bout du rouleau : Ichiro Inuyashiki, 58 ans mais qui en fait presque 80, employé de bureau minable et méprisé de tous, y compris de sa famille… Seul sa chienne Hanako est avec lui, et il en a bien besoin depuis qu’il se sait atteint d’un cancer en phase terminale. Mais, alors qu’il pleure sur son sort une nuit en plein milieu d’un parc, il est atteint par une lumière aveuglante et se réveille plus tout à fait comme avant…. Le voici devenu un cyborg surpuissant !

Big powers come with big responsabilities ou quelque chose dans le genre, mais toute la question est de savoir comment Inuyashiki va reprendre sa revanche sur la vie, s’il est bien le seul dans son cas et quelle est l’étendue réelle de ses pouvoirs ! Ce premier tome nous dépeint d’abord la lamentable vie de ce senior, critiquant au passage le moule ingrat de la société japonaise qui ne redonne pas grand chose à celui qui s’y conforme, où la fameuse humilité si chère aux Japonais fait aussi de vous un looser aux yeux des autres. Et puis vient la transformation, la nouvelle chance, l’occasion de tout faire voler en éclat. Ces nouveaux pouvoirs vont aussi lui permettre de changer les choses, de sauver des vies et de trouver le bonheur en se démarquant du lot. La fable ne fait que débuter mais elle promet d’être des plus intéressantes. D’autant plus que, même si je ne suis pas friand du graphisme digital que je trouve trop statique, OKU maîtrise tellement son sujet que ce n’est absolument pas un problème. Un seinen à ne pas rater.

asebi-1-dokiAsebi de Taisuke UMEKI chez Doki-Doki : passons à un titre qui n’était pas vraiment attendu… Et du coup c’est plutôt une bonne surprise ! Dans Asebi, nous vivons tous sur des îles qui flottent au milieu des nuages, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, ou comment… En effet, les souvenirs des temps anciens comme ceux de l’énigmatique civilisation de Voldesia se sont transformés en légendes. Ce qui est bien réel, par contre, ce sont les “poissons-dragons”, des monstres qui occupent l’espace aérien et qui ne sont pas prêt à le partager. Dans cette guerre qui oppose ces créatures aux humains et à leurs navires, il existe des gardiens qui tentent de garantir la sécurité de leurs prochains. Yû est l’un d’entre eux et, à ses côtés, la jeune Asebi l’accompagne et le protège, car elle est une androïde aux pouvoirs remarquables… mais aux origines bien mystérieuses.

Voici un titre sympathique comme tout : de l’aventure avec des bateaux et des navires semi-futuristes voguant dans les airs, des protagonistes avec une bonne bouille, grâce à un chara-design enfantin au premier abord mais qui est aussi un mélange intéressant de graphismes nippons et de style franco-belge. On y retrouve des tempéraments de héros et d’héroïnes classiques mais plaisants et à la hauteur de leur héroïsme, justement, ou du moins des valeurs qu’ils défendent. Il y a le jeune homme plutôt doué et déterminé, l’héroïne pleine de secrets avec un cœur assez capricieux, la demoiselle écervelée qui a de l’énergie à revendre, le vieux pirate bourru qui ne vit que pour l’aventure, etc. Des débuts simples et attachants, à essayer en tout cas !

Border-T01Border de Yua KOTEGAWA & Kazuki KANESHIRO chez Komikku : J’ai pas mal hésité sur celui là. Je ne l’avais pas anticipé non plus, mais il faut dire que la multiplication des nouveautés Komikku commence à grignoter leur visibilité. Bref, Border nous parle des investigations d’Ango Ishikawa, inspecteur au sein de la première unité de recherche du Département de la Police Métropolitaine de Tokyo. Dans ce manga policier, Ango a une particularité, celle d’avoir été miraculeusement ramené à la vie après avoir pris une balle dans la tête. Malheureusement l’homme est en sursis car la balle est toujours dans son crane et il risque de mourir à tout instant. Néanmoins, après avoir frôlé la mort et avant de la rejoindre pour de bon, le voilà capable de communiquer avec les morts… et il tente de les écouter pour comprendre leurs histoires et leurs meurtres !

Comme je le disais le titre ne paie pas de mine dans l’absolu mais il révèle pas mal de qualités à la lecture. Le trait de Yua KOTEGAWA, que j’avais apprécié il y a quelques années sur Détenu 42, un manga sur la peine de mort, s’adapte très bien à l’histoire. Pas de surenchère et beaucoup de non-dits dans la mise en scène font de l’inspecteur un homme assez intriguant, qui n’a rien d’un super héros revenu d’entre les morts pour résoudre des enquêtes avec éclat et effets de manche… la couverture est assez éloquente là dessus d’ailleurs, avec une homme effacé mais peu lisible. Vous l’aurez compris ce n’est ni Conan ni un surdoué à la Lie to Me ou The Mentalist, même si ces derniers font parfaitement le job. Ici, les enquêtes sont teintées de tristesse et de mélancolie avec peu de double pages clinquantes… on leur préfère des grandes cases épurées qui incitent le lecteur à l’observation et à la réflexion, alternant avec d’autres pages plus riches en dialogue qui permettent de faire avancer la résolution du meurtre. Pas de frénésie ni de serial killer, même s’il y a bien un ou deux cliffhangers rassurez-vous, mais Border c’est avant tout un homme qui tente de comprendre les volontés des défunts, résolvant en même temps l’affaire même si ce n’est pas forcément le plus important. La série est prévue en quatre tomes et si le manga policier est votre genre, je vous le conseille, ça pourrait bien vous plaire.

Jamais 2 sans 3…

Kokkoku 3Kokkokou de Seita HORIO chez Glénat : ma chère Hana a déjà écrit un article sur les débuts de ce titre un peu étrange, ce qui m’a laissé le temps de m’en faire une meilleure idée, car il est assez difficile à cerner. C’est un seinen “hors du temps” à plus d’un titre, entre polar et fantastique. C’est l’histoire d’une famille japonaise presque comme tout le monde, avec Juri, jeune femme active qui tente de remuer un peu son père et son frère qui ont tendance à se laisser vivre.

Mais voilà, au milieu de tout ça il y a le grand père, détenteur d’un pouvoir qui se transmet depuis plusieurs générations, celui d’arrêter le temps et d’évoluer dans un monde un peu étrange, le monde statique. Malheureusement un tel pouvoir est très convoité, tout comme une étrange pierre qui en serait le catalyseur et qui appartient à la famille de Juri. Lorsque des ravisseurs kidnappent le frère et le neveu puis demandent la pierre en rançon, le grand-père et le reste de la famille viennent à la rescousse mais, surprise, il n’est pas le seul à manipuler le temps !

Pour manipuler le temps mais aussi l’espace, Seita HORIO a mis en place tout un monde avec une ambiance qui lui est propre, très bien rendue, mais qui comporte aussi des règles  : quiconque tentera de tuer un humain figé devra subir le courroux des gardiens, des êtres à l’apparence étrange, entre humain et végétal, et la jeune Juri se découvre la capacité d’exclure qui elle veut du monde statique par simple contact. Contre elle et sa famille, des criminels qui appartiennent à une sorte de secte ne sont pas en reste non plus…

Kokkoku tome 4Tournant autour de quelques personnages clés, l’intrigue bénéficie d’une bonne narration, qui alterne des phases de thriller – qui vont de la course poursuite à l’affrontement contre ces flippants gardiens – et des révélations sur ce monde statique ou sur les motivations de cette fameuse secte. Les couvertures ne paient vraiment pas de mine, je me demande si elles ne conduisent pas le titre dans le mur en termes de vente, mais ce serait dommage de passer à coté de ce seinen car il est vraiment très prenant !

[Breaking news !] Truc de ouf cher lecteur, je viens de recevoir hier le tome 4 de la série, quel rebondissement !!! Ce nouveau tome – à sortir le 23 septembre – possède une couverture much more séduisante même si toujours épurée, et marque une accélération de la série. En plus de quelques rebondissements comme des retournements de veste ou un combat très délicat contre plusieurs gardiens, cet opus nous plonge surtout dans la genèse de la fameuse secte et les ambitions de son leader qui fait justement la Une. Voici un Némésis comme je les aime : un bon grain de folie, une absence d’empathie et un humour glacial, des envies de grandeurs et un plan machiavélique sous le coude pour mener son projet à terme. La fin du tome marque d’ailleurs un premier pas inattendu dans le projet de ce psychopathe, on meurt d’envie de savoir la suite ! La série est arrivée à mi-chemin désormais, et ça s’annonce plus que bien pour les prochains tomes !


Arachnid 3Arachnid
 de Shinya MURATA et Shinsen IFUJI, chez Soleil Manga : après vous avoir parlé de plusieurs titres discrets, je termine avec un qui ne fait pas dans la dentelle en proposant de l’action, de l’action, encoooore de l’action, le tout emballé dans des couvertures soignées et qui attirent l’œil. Je vous avais évoqué la mise en place rapide et efficace de l’histoire dans de précédentes chroniques, donc je la fait courte : Alice, lycéenne victime de brimades a pris l’habitude de s’isoler dans son monde… Jusqu’au jour où son oncle se fait assassiner par un meurtrier du nom de l’araignée. Alice fait alors preuve d’un don de survie incroyable et va devenir à son tour une tueuse redoutable, la nouvelle araignée !

Depuis le tome 1 le lecteur a fait connaissance avec l’organisation qui gère tous les tueurs aux noms et aux spécificités d’insecte : la guêpe, la cafard, la mante, etc. Alice croise, affronte et défait pour le moment tous ses adversaires en se reposant sur les atouts des arachnides. De la même façon, on s’amuse régulièrement de l’adaptation guerrière qui est faite des capacités des différents insectes : le cafard est hyper rapide, capable de sécréter un liquide qui le rend insaisissable, la sauterelle a une force inouïe dans ses jambes, et on multiplie ainsi les astuces quasiment à l’infini. Tout ceci créé une bonne base pour les rebondissements incessants des affrontements, qui occupent le plus clair des chapitres. Résultat : on ne s’ennuie pas une seconde, même si on le doit aussi à la mise en scène et à la chorégraphie très efficaces du dessinateur qui transmet avec talent les effets de vitesse ou la puissance des impacts. Dans le tome 3 il n’hésite pas à enchaîner trois doubles pages pour décomposer un coup et lui donner un effet retentissant à la lecture. Arachnid est donc un titre hyper récréatif et plutôt malin, pas dénué d’humour en plus, idéal pour se changer les idées sans se prendre la tête !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout – 6 tomes ici pour une dizaine mis de coté – donc je vous conseille, pour suivre toutes les lectures du chocobo de vous rendre sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux titres  !

Chroniques Manga Paoru.fr-003

 


septembre 19th, 2015
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Concours photo de l’été 2015 : les résultats !

⊆ septembre 12th, 2015 | ≡ Topic: Concours manga / japanime, Manga, Manga / Japanimation, News | | ˜ Pas de commentaires »

Gagnants concours photo Paoru 2015

Voici enfin les résultats de ce concours 2015, le plus populaire depuis sa mise en place en 2012 et ce malgré la suppression de la catégorie Japan Expo : près de 80 participants et 180 photos, contre 58 photographes et 150 photos l’an dernier… autant vous dire que le choix fut difficile ! Seize jurés issus de Paoru.fr et Journal du Japon on proposé leur top 10 en attribuant ainsi 1 à 10 points à son photographe préféré. Certains ont mis tout le monde d’accord, les 3 premiers se retrouvant dans plus de la moitié des top 10 par exemple. Cette année il fallait en tout cas séduire au moins deux jurés sur les 16 pour espérer se faufiler dans le top 20 car ce sont plus de 40 noms différents qui sont ressortis lors des votes.

Ce qui a plu, avant la qualité de la photo elle-même (composition, gestion de la lumière, etc.), c’est l’originalité mais aussi et surtout l’adéquation entre la mise en scène et le manga concerné. Les photos de collection ont été mises à mal, car même si ces dernières vous tiennent forcément à cœur, ce sont souvent des clichés très personnels qui ne parlent pas forcément à autrui… Le fait de prendre vos photos avec un appareil photo et non un portable a pu jouer par moment, mais assez à la marge finalement, tant que la qualité n’était pas trop basse ou le flou trop prononcé. Le fait de faire plusieurs photos en a avantagé certains, tant qu’ils ne privilégiaient pas la quantité au dépend de la qualité.

Bref, il y aura surement des déçus (des mécontents, peut-être) mais je ne peux que vous encourager à retenter votre chance l’an prochain car, comme vous allez le voir, le classement est loin d’être sclérosé et beaucoup de nouveaux noms ont pris la place des gagnants des éditions précédentes.

Un grand merci en tout cas à toutes et tous pour vos participations souvent très enjouées et vos petits mots et remerciements dans vos mails, ce fut tout à fait touchant ! Allez, arrêtons de vous faire languir, en route pour les résultats de cette édition 2015 !

1ère place : Adam S.

Après 3 éditions consécutives remportées par Vi, le concours photo montre en 2015 que rien n’est immuable :  Adam S. gagne l’édition 2015 avec une seule photo et dès sa première participation… Un superbe travail et le soucis du détail (composition, lumière,…) dans ce cliché autour du manga Orange des éditions Akata. Un grand bravo !

Adam S.

Adam remporte donc : Le coffret Judge (DVD/Manga) OU Le tome 1 du LN de SAO + 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + 1 Casquette Akata au choix + 1 préservatif WTF + 1 Agenda Pika au choix OU le dossier de presse Devil’s Lost Soul + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix. Encore bravo, on compte sur lui l’an prochain pour défendre son titre !

2e place : Emilie P.

Si Adam remporte le trophée assez loin devant ses concurrents, la suite est beaucoup plus serrée : de la 2e à la 5e place les gagnants totalisent de 69 à 63 points et la seconde et troisième place ne se joue qu’à un seul point ! Bravo donc à Emilie P., 7e l’an dernier et médaille d’argent 2015 qui réussit grâce à deux de ses clichés : The Ancient Magus Bride chez Komikku pour une photo très ressemblante aux visuels du titre, où elle est allée jusqu’à fabriquer certains items, puis Chi une vie de chat chez Glénat, qui a amusé plusieurs de nos jurés :

Emilie P Chi Emilie P Magus Bride

Emilie remporte, selon ce qu’aura choisi Adam : Le coffret Judge (DVD/Manga) OU Le tome 1 du LN de SAO + 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + 1 Casquette Akata au choix + + 1 préservatif WTF + 1 Agenda Pika au choix OU le dossier de presse Devil’s Lost Soul + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

3e place : Laura C.

7e et 11e sur les éditions précédentes, Laura a franchi un cap cette année et la voici enfin sur le podium, frôlant la seconde place ! Elle nous a envoyé de nombreux clichés mais c’est sa très bonne idée sur L’attaque des Titans publié chez Pika qui l’a démarquée du lot : en voyant la photo on se demande comment personne n’y avait pensé avant !

Laura C5 Laura C4

Laura C, selon les choix précédents, remporte : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + 1 Casquette Akata au choix + 1 préservatif WTF + 1 Agenda Pika au choix OU le dossier de presse Devil’s Lost Soul + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

4e place : Laura R.

Voici un exemple de persévérance récompensée ! Laura R. avait échoué à la 21e place l’an dernier malgré un bon travail, je suis donc plus que ravi que ses efforts soient récompensés cette année avec une chouette photo dédié à Gangsta des éditions Glénat :

 Laura R

Laura R, selon les choix précédents, remporte: 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + 1 préservatif WTF + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

5e place : Towako-chan

Dix jurés sur seize ont voté pour l’une des 4 ou 5 photos de Towako-chan, la classant souvent en 4e position.  Si aucun de ces clichés n’est la photo du siècle elles sont toutes bien faites et bien pensées par rapport au titre d’origine, qu’il s’agisse de Silver Spoon, Black Butler, Princess Jellyfish ou Arslan (un bon choix de titre d’ailleurs). Voici ses clichés :

 Towako Silver Spoon 2015 Towako Princess Jellyfish 2015

Towako Black Butler Towako Arslan 2015

Towako, selon les choix précédents, remporte: 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + 1 préservatif WTF + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

6e place : Justine M.

Preuve que l’avis du chocobo ne fait pas forcément loi : voici ma photo préférée de cette édition, en 6e position, avec Princess Sakura à l’honneur, alors que je ne connais pas le titre pour autant… mais la poésie du cliché m’a ensorcelé, je dois bien l’avouer. Parmi les autres photos de Justine, celle de Nana a aussi eu des amateurs. Les voici :

Justine M4 Justine M2

Justine M. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

7e place : Céline G.

L’une des photos les plus amusantes de cette édition, dans sa mise en scène : le roman photo de Céline G. (18e en 2013, 10e en 2014) est dédié à Globule des éditions Soleil Manga :

Celine G.2

Céline G. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

8e place : Virginie P.

Une sélection de titre originale à la frontière du cadre du concours : le global manga City Hall et le titre jeunesse Le mot qui arrêta la guerre ont tout de même fait mouche avec de belles photos :

 Virginie P.3 Virginie P.1

Virginie P. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo + 1 Shitajikis ou ex-libris au choix dans la liste + le mouchoir 10 Count ou un magnet Akata au choix.

9e place : Vi Toan

Notre championne est toujours là ! Beaucoup se sont inspirés de ses idées des éditions précédentes donc la concurrence devient rude ! Difficile de se renouveler chaque année mais on applaudit quand même l’effort intact pour cette 4e édition avec plusieurs photos qui restent bien sympathiques… On compte sur toi pour revenir en force l’an prochain Vi !

Vi Bienvenue à la NHK Vi Les vacances de Jesus et Bouddha

Vi remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 T-shirt Kazé Manga ou Glénat Manga + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

10e place : Johanna C.

La 4e de l’édition 2014 doit aussi faire face à la concurrence. Pour l’édition 2015 ambiance résolument gothique pour les deux clichés de Johanna, avec Diabolic Garden et Black Butler :

Johana C  Johana C

 

Johanna C remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 2 sous-boc + 1 masque Soul Eater + 1 pochette recto-verso Kazé Manga + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

11e place : Ly A.

Un coup de cœur de deux de nos jurés qui ont mis cette mise en scène de City Hunter chez Panini dans leur top 3 :

Ly A1

Ly A. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + 1 masque Soul Eater + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

12e place : Camilla J.

Les amoureux des pandas ont su trouver un écho dans cette photo de Pan Pan Panda chez  nobi nobi !

Camilla J.

Camilla J. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + 1 masque Soul Eater + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

13e place : Adélaïde M.

Adélaïde nous a envoyé de nombreuses photos mais ce sont deux d’entre elles qui ont eu la faveur de quelques jurés, avec GTO chez Pika et Nana chez Delcourt :

Adelaïde 5 Adelaïde

Adélaïde M. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + 1 masque Soul Eater + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

14e place :Chloé G.

C’est en 14e position que l’on croise notre ninja orange, grâce à son célèbre bol de ramen ! C’est tout bête mais il fallait y penser, bien joué Chloé !
Chloe G3

Chloé G. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + 1 masque Soul Eater + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

15e place : Olivier B.

Olivier, notre second de l’an dernier, a lui aussi eu du mal à retrouver de nouvelles idées, mais son unique photo reste bien pensée, foi de lézard !

Olivier Concours photo 2015

Olivier remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou la quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + 1 masque Soul Eater + la preview SAO Progressive + les 2 marque-pages Ototo.

16e place : Nathalie

La seule photo de mangas en masse qui a réussi à se hisser dans le classement cette année, mais il faut avouer qu’elle est originale… Voici une amusante façon d’avoir passé l’été !

Nathalie

Nathalie remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou le quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + les 2 marque-pages Ototo.

17e place : Marion M.

Nos jurés ont apprécié les clichés de notre concurrente récurrente de ce concours photo, qui nous propose des clichés dans des styles très différents, j’ai moi-même bien aimé sa photo XXX Holic, assez dans l’esprit du titre :

Marion m3  Marion m10

Marion m7

Marion remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou le quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + les 2 marque-pages Ototo.

18e place : Fanny M.

Un montage assez original avec 3 clichés autour des Enfants Loups, avec un clin d’œil au format cinéma également :

Fanny M

Fanny M. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou le quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + les 2 marque-pages Ototo.

19e place : Amélie M.

Un coup de cœur de l’un de nos jurés et une photo qui a su glaner quelques points chez les autres : voici Amélie de justesse dans notre top 20 !

Korosou 2

Amélie M. remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou le quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + les 2 marque-pages Ototo.

20e place : Perrine A.

Nous finissons ce classement en musique et avec un superbe instrument !

Amaury

Perrine remporte, selon les choix précédents : 1 manga au choix ou le quadruple preview shôjo + 1 sous-boc + les 2 marque-pages Ototo.

Et c’est ainsi que se termine la liste des 20 gagnants de ce concours. Je les contacte la semaine prochaine par mail pour l’organisation de l’expédition des lots.

Je tiens quand même à rajouter quelques félicitations pour certains participants qui ne sont passés vraiment pas loin de ce top 20, à un point près bien souvent : Johan M, Helena L, Thomas D, Miki Daisuki, Damien C, Mélanie R, Gabriel S, Yûya Wong, Nicotaku, Yefan, Flora Kelly, Solène D, Rémy D, Ufuk, Emeline D, Isabelle A, Coren tin,Alexiane et enfin Zazou. J’espère que vous retenterez l’an prochain, vous avez vos chances !

Merci enfin à tous nos participants, malgré les photos floues, mal cadrées ou un peu répétitives, nous en avons eu pour tous les goûts et surtout en quantité ! Je vous conseille d’ailleurs de faire un dernier tour dans l’album photo sur notre page Facebook, et d’y laisser vos commentaires.

Rendez-vous dans quelques jours pour le retour des chroniques manga et l’an prochain pour un autre concours photo, ce sera avec plaisir 🙂


septembre 12th, 2015
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Interview Tony Valente & Radiant : des jours meilleurs pour le manga français ?

⊆ septembre 6th, 2015 | ≡ Topic: Interview, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Interview Tony Valente

Pour cette rentrée, retour sur un manga que nous sommes nombreux à apprécier, Radiant, avec l’interview de son auteur Tony Valente. Radiant, c’est ce shônen plein d’humour publié chez Ankama qui est, comme vous l’avez deviné, signé par un auteur français. Pendant de longues années cette simple caractéristique en aurait fait fuir plus d’un mais, après le succès de City Hall et avec la pérennité de Dreamland, il semblerait que le manga français, le public hexagonal et la presse généraliste ou spécialisée commencent à redevenir de bons amis. Ça se fait des bisous et tout et tout.

Moi-même, n’étant pas spécialement amateur du genre, j’ai apprécié dans Radiant toutes les qualités d’un excellent shônen et même quelques ingrédients en plus, comme je l’expliquais ici. D’ailleurs, avec trois volumes, c’est tout un public qui est devenu fidèle aux aventures de Seth. Le titre, initialement prévu pour 3 tomes, est désormais parti dans une bien plus grande aventure. Et donc, avec le succès qui pointe le bout de son nez et une tendance de fond sur le manga français en pleine évolution, il était temps de retourner voir Tony Valente, toujours à Japan Expo et deux ans après ses débuts…

Les raisons du succès, l’étiquette française et l’avenir de Radiant sont au programme, en route pour cette interview !

Manga français : l’évolution des points de vue

Radiant_tome_3

Radiant couverture T3 – Tony Valente © Ankama Editions

Paoru.fr : Bonjour Tony Valente… Lorsque nous nous sommes vus il y a deux ans à Japan Expo, pour les débuts de Radiant, tu espérais 3 tomes. On les a, c’est un bon début ! (Rires) Et maintenant, te voilà parti pour combien de volumes ?

Tony Valente : Pour l’instant c’est prévu pour 1000 mais j’ai bon espoir qu’on fasse monter un peu  le truc…

1000 ?

Oui oui, 1000 tomes.

Effectivement 1000 tomes ça me semble pas mal, et puis c’est un minimum ! On va sans doute se revoir encore 2-3 fois alors ! (Rires)

Plus sérieusement quand le premier est sorti, il avait bien marché donc on savait que l’on irait jusqu’à trois. Quand le second est sorti les chiffres étaient encore plus encourageants, et le troisième c’était encore « pire » ! (Rires)

On se dit que si ça continue comme ça c’est incroyable. Moi à chaque fois j’ai l’impression que le suivant sera le dernier, que ça va s’écrouler. Mais non,  le troisième c’est encore bien plus vendu que les deux premiers.

J’en ai parlé avec le boss d’Ankama, il m’a demandé « jusqu’où tu voudrais aller ? » et je lui ai dit « dix-quinze volumes ce serait bien, ça me parait un minimum que j’aimerai pouvoir atteindre, on pourrait pousser jusqu’à vingt … » Il m’a répondu « allez, on te suit ! »

Ce n’est qu’un accord oral mais bon…

Oui, il faut que les gens continuent de suivre évidemment.

Voilà.

A quoi tu attribues ce succès sur ces premiers volumes ? Quels retours te permettent de l’expliquer ?

Apparemment j’ai réussi à mettre de mon côté une grosse partie de gens sceptiques qui ne voulaient pas ou plus lire de manga français. Je ne sais pas quelles proportions de mes lecteurs ça représente mais il y a pas mal de gens qui viennent me voir et qui me disent : « j’avoue, je ne voulais pas lire de manga français, j’ai lu un tel et un tel j’ai détesté et je me suis dis encore un manga français qui arrive. J’y suis allé à reculons mais j’ai mis le nez dedans… et aujourd’hui je suis là pour la dédicace. » (Rires)

En fait des personnes qui viennent comme ça s’excuser et dire qu’ils se sont trompés il y en a à longueur de temps pendant les festivals. (Rires)

DreamlandJustement comment évolue le manga français et le regard que les gens portent dessus ces dernières années ?

Le manga français évolue depuis longtemps mais ce n’est pas de notre fait, ça a commencé il y a une décennie maintenant, avec des titres comme Dreamland et Pink Diary, et le genre a évolué petit à petit. En ce moment, comme il y a eu quelques succès de 2-3 dernières années, ça a conforté des éditeurs pour se lancer. Il y en a plein qui voulait sincèrement le faire mais qui n’avait pas trouvé le modèle économique ou le bon projet pour s’y mettre. Beaucoup d’auteurs sont eux aussi restés dans le fanzinat… Mais là il y a eu le tremplin Ki-oon qui a mis en avant des putains d’auteurs (je suis un grand fan des deux premiers du concours, j’avais vraiment envie qu’il l’emporte !) et j’ai vu sur le salon que Glénat sortait le titre d’un nouvel auteur aussi (Vanrah, l’un des finalistes du tremplin Ki-oon, qui a en effet sorti Stray Dog, NDLR).

Beaucoup de talents et de projets émergent mais, après tout, les lecteurs récurrents de manga sont des gros consommateurs et le terrain du manga français est pour le moment très libre ! (Rires)

Oui le terrain de jeu est quasiment vide ! Certes il est plein des mangas qui sont faits au Japon mais nous avons la chance en étant ici de pouvoir défendre les titres comme on le fait ici… Il y a peu de chance que Kishimoto viennent s’installer ici pour faire un Naruto – de toute façon il n’en aurait pas besoin – mais c’est vrai que beaucoup de titres japonais passent inaperçu en France alors que nous avons la chance de pouvoir mieux les défendre en étant sur place.

Après j’ai un crainte sur la presse concernant le manga français. Maintenant que tout le monde a compris que Dreamland est un succès et que c’est du à la qualité de l’œuvre, maintenant qu’ils voient que City Hall est vraiment bien fait et qu’au bout du tome 3 de Radiant ils constatent son succès… J’ai peur qu’ils encensent tous les mangas français qui vont arriver, et c’est déjà un peu le cas avec Radiant.

Tony Valente

Tony Valente – Photo D. Gueugnot © Paoru.fr

Moi je pensais qu’on allait m’attendre au tournant et j’ai envie qu’on m’attende au tournant, qu’on me confronte à mes défauts. Je ne cherche pas la compétition mais si je suis mauvais j’ai envie de le savoir et de m’améliorer pour faire plaisir à mes lecteurs… quitte même à me lancer dans un autre projet si ce que je fais n’est pas bon. J’espère que si le succès de Radiant a lieu c’est pour ses qualités et pas parce que c’est un manga français. Je dis ça parce que je vois des œuvres qui sont vraiment très bien notées alors qu’il aurait peut-être mieux valu qu’elles mûrissent encore un peu. Bon après les notes sont parfois assez risibles car à côté One Piece est mal noté… Je peux comprendre qu’à force de lire beaucoup de mangas les journalistes trouvent le mainstream indigeste et apprécient l’originalité ailleurs… mais c’est quand même bizarre, et même très dommage.

Le fait que ça se transforme en mode peut faire perdre ou altérer l’esprit critique… On juge le titre par l’étiquette manga français plutôt que par ses qualités.

Voilà. Que le manga français soit mis en lumière c’est une très bonne chose, pour beaucoup de bons auteurs qui vont pouvoir éclore. Mais de dire oui à tout, je ne suis pas d’accord.  Quand j’ai lu une critique qui dit « le dessin n’est pas bon mais on voit au moins le potentiel donc on lui met une très bonne note » ça m’a fait bondir de ma chaise. C’est comme si on disait à quelqu’un : « t’es mauvais en maths et tu as tout à apprendre mais, allez, je t’embauche pour être ingénieur. » Ça ne marche pas comme ça.

D’autant que si on colle un nom d’auteur japonais à la place de l’auteur français le même journaliste aurait probablement dis que c’était nul et indigne d’être un manga…

Si le journaliste avait apprécié le dessin, qu’il mette une bonne note parce qu’il pense que l’œuvre le mérite ça ne m’aurait posé aucun problème. Mais dire qu’il n’y a pas ce qu’il faut et lui mettre une bonne note, c’est la fin de tout esprit critique.

C’est comme ceux qui vont mettre tous les auteurs français dans le même sac alors que l’on fait des choses très différentes : « oh j’adooooore le manga français », de la même façon de ceux qui disent « j’adooooooore le Japon et les Japonais »… Mais il y a aussi des connards au Japon ! (Rires)

Mais bon, voilà, ça m’inquiète et on en parle là, mais il y a aussi plein de choses fantastiques quand même, il y en a beaucoup dont je suis complètement fan : de par les dessins, de par les idées ou de par le concept. En plus la plupart du temps on sent vraiment la passion de l’auteur derrière et ça a le mérite d’avoir un berceau culturel différent et de forcément se démarquer de ce qui peut arriver du Japon.

Succès et lectorat : de l’avenir de Radiant…

Il est peut-être un peu tôt avec 3 volumes pour le dire, mais est-ce que c’est plus dur de se lancer ou de rester ?

J’imagine que c’est plus facile de signer en ce moment. Moi par exemple des éditeurs ont refusé à l’époque Radiant en me disant « on ne sait pas, on n’en fait pas souvent, on n’est pas sûr que le modèle économique soit fiable donc il vaut mieux aller chez ceux qui t’offrent cette opportunité » et ce sont des arguments qui m’allaient très bien. Mais je vois que finalement, maintenant, ils se lancent dans le manga français et certains sont même revenus me voir en me disant « bon ton projet Radiant, on est partant pour le faire ! » mais je leur disais « mais, euh, non c’est trop tard là, c’est déjà sorti ! » (Rires)

Radiant

Radiant – Tony Valente © Ankama Editions

En tout cas si Radiant, avec City Hall et d’autres, a pu contribuer ne serait-ce qu’un peu à montrer que c’était viable, je suis très content. Dans le coin des fanzines sur Japan Expo, il y en a vraiment qui tabasse, et j’en mets même certain au dessus de ce qui se fait de mieux en édition aujourd’hui. Des personnes à découvrir il y en a des tonnes.

Le plus difficile reste le rythme de production, trouver l’équilibre entre ce que l’auteur peut produire, son financement par l’éditeur et la dynamique de sa parution. Tu as rencontré ce genre de soucis au niveau des délais je crois…

Oui c’était sur le volume 3. On a du décaler de plusieurs mois. Quand je finis un tome en général il peut sortir pas longtemps après, deux semaines parfois. C’est ce qui s’était passé pour le tome 1 et 2. Là j’étais trop juste avec deux décalages dans le planning on arrivait en fin d’année et tout était bouclé donc impossible de lancer l’impression, et ça a fait qu’il a pris 3-4 mois de retard.

Page couleur en ouverture du tome 3 - Visuels Tony Valente © Ankama Editions

Page couleur en ouverture du tome 3 – Visuels Tony Valente © Ankama Editions

Typiquement avec ce genre d’évènement je me disais : ça y est, on va se viander. Les deux premiers volumes nous ont donné l’impression du succès mais, là, ça ne va pas passer. Mais en fait sur le premier jour on s’est rendus compte que c’était le meilleur démarrage pour un tome de Radiant et que même pour eux chez Ankama, en vérifiant dans les archives, de telles ventes sur un seul jour étaient exceptionnelles…

Ça correspond à combien de tomes écoulés sur ce premier jour ?

Environ 2000 exemplaires… C’est plus que ce que j’ai fait sur une autre de mes séries sur deux ans. Ça nous a montré que les gens l’attendaient et ça malgré le décalage, donc ça c’est super. Bon je l’avais annoncé sur les réseaux sociaux et je pense que ça a bien joué : je n’ai pas forcément évoqué les raisons parce que c’est personnel mais j’ai quand même reçu plein de messages d’encouragement me disant « on est avec toi ! », « prend ton temps, y a pas de soucis. »

Les ventes ont continué de progresser après où le plus gros s’est fait là ?

Je pensais moi aussi que tout le monde l’avait acheté dès le premier jour et qu’après il n’y aurait plus rien, mais non, ça a continué à grimper.

Combien d’exemplaires de la série as-tu vendu d’ailleurs pour l’instant ?

On me parle de 45 000 environ.

On parle de ta communication avec ton lectorat… Est-ce que ça a un impact sur la fabrication de ton manga et de quelle façon ?

Oui, ça joue. Quand j’ai abordé le tome 2 et le sujet du racisme c’était très délicat. C’est la première fois que j’écrivais dessus et je ne savais pas forcément comment le mettre en scène. Ce qui m’a amené à écrire ça c’était ce qui avait pu me choquer dans les infos. Donc je prenais tel quel les phrases qui m’avaient marqué et je mettais ça dans la bouche de certains de mes personnages. C’était une façon de dénoncer ça simplement, je ne me sentais pas d’inventer un discours monté de toute pièce.

Radiant - Konrad de Marbourg

Radiant – Konrad de Marbourg

Donc ces propos deviennent ceux d’un personnage (Konrad de Marbourg ci-contre, Capitaine Inquisiteur et ennemi de Seth, NDLR) qui cristallise ce qui me fait peur et il le dit tout comme une personnalité politique l’a dit, tout comme un journaliste et comme d’autres l’ont dit sans qu’on leur tape sur les doigts. Mais c’est effectivement raciste : il compare les étrangers à des rats, etc.

Et j’ai été confronté à des lecteurs qui étaient trop jeunes pour comprendre la nuance et qui ont cru que j’étais raciste et à la fin du tome 2 j’ai reçu des messages…

Ils ont cru que t’exprimais toi à travers ce personnage ?

Oui voilà… Alors que le héros lui met une patate pourtant. Mais ça ne suffisait pas. En plus ce personnage a aussi des propos homophobes, donc tout ça a été mal compris, je n’ai pas été assez explicite… Ce n’était pas un retour d’une seule personne, plusieurs se sont posées la question. C’était clair pour moi, pour toutes les personnes qui sont dans cette situation – enfants d’immigrés ou immigrés eux-mêmes – ça l’est aussi, aucun problème avec ça. Mais parmi les jeunes qui sont nés en France et qui ont moins cette culture du rejet, il peut donc y en avoir qui se demandent si je ne suis pas raciste. Donc je me suis dit que je devais vraiment être clair là-dessus dans le troisième tome.

Bon après je ne voulais pas non plus tomber en faire des tonnes du genre « ouai la couleur on s’en fiche, on est tous des frèèèères et la guerre c’est maaaaal ! » (Rires) C’est creux et ça ne sert pas à grande chose, je voulais rester en seconde lecture. Donc dans le 3e tome Seth dis à ce raciste que s’il lui démonte la tronche et qu’il ne ressemble plus à rien il arrêtera peut-être de dire qu’il est différent et qu’il vaut mieux que les autres, et c’est ce qu’il le fait. Histoire de clore le débat. (Rires)

FMA 27Maintenant que Radiant est lancé, quel shônen tu voudrais qu’il devienne, quel modèle du genre aurais-tu envie de suivre ?

En fait d’un manga dont je ne parle pas souvent, mais que j’adore et que je trouve fantastique, c’est Fullmetal Alchemist. J’ai l’impression qu’Arakawa ne tourne pas autour du pot en racontant Fullmetal : y a un début et une vraie fin, elle savait où elle allait et elle y allait. Jusqu’à la dernière page j’étais plein de frisson. C’est vraiment quelque chose de complet, on n’a pas l’impression à la fin que l’auteur n’en peut plus et qu’il s’est dit « je suis exténué, il faut que ça se termine », ça ne sent pas la fatigue comme la fin de Dragon Ball, de Naruto ou des titres comme ça.

C’est aussi le fait de se dire qu’on part pour une série de taille raisonnable, qui ne veut pas devenir une série fleuve… de toute façon je ne pourrais pas en tant qu’auteur français et sans assistant, ça m’emmènerait très loin si j’en faisais 80 ! (Rires)

Ce serait à vie quoi, et encore ! (Rires)

En plus dans l’évolution du personnage je pense que Seth est davantage dans le modèle de Fullmetal que dans celui de One Piece où, finalement, Luffy reste toujours le même : il est le catalyseur et il fait changer tous les gens qu’il croise mais, lui, il reste fondamentalement le même. Mais c’est pour ça qu’on l’adore aussi, je suis complètement fan hein… Mais avec ce que je fais, mes persos vont avancer et évoluer et, à un moment donné, je n’aurais plus grand-chose à dire avec eux, on sera arrivé au bout de l’aventure.

Radiant JapPour finir puisque l’on parle de modèle, cet été Radiant sort au Japon et, comme si ça ne suffisait pas, le titre est recommandé sur la couverture par Yusuke Murata. Tu peux nous dire plus sur cette aventure, et sur le clin d’œil de ton mangaka favori ?

La publication au japon c’est un peu la cerise sur le gâteau, mais le gâteau ça reste quand même le public en France. De mon côté il n’y a pas vraiment d’attentes j’avoue… Le marché est hyper encombré au japon, et même pour les titres qui sortent de gros magazines c’est compliqué parfois. Alors avec Radiant, c’est un petit coup d’essai histoire de dire qu’on l’aura fait, et c’est déjà beaucoup ! On verra comment se comportera la série là-bas, mais je peux déjà me réjouir d’avoir eu la chance de recevoir les encouragements de mon dessinateur préféré comme tu l’as remarqué… Ca c’est carrément foufou ouaip !

Merci Tony Valente !

Information de dernière minute cette semaine : rupture de stock et réimpression du tome 1 de Radiant au Japon ! Le 2 sortira en novembre avec présence de l’auteur au Kagai Manga Festa ! Bravo à l’auteur et ses équipes !

Vous pouvez retrouver Radiant sur le site des éditions Ankama mais aussi suivre la page Facebook de l’oeuvre ! Vous pouvez aussi lire la première interview de Tony Valente sur Journal du Japon, qui en dit beaucoup sur la création de la série et les influences de l’auteur, ou lire la critique de Radiant pour la sortie du volume 2 dans les colonnes de Paoru.fr.Quelques extraits du tome 4 issu de la page FB pour finir et attendre la suite :

Tome 4 previewTome 4 preview 

Remerciements à Tony Valente pour son temps et sa bonne humeur. Merci également aux éditions Ankama, Amel et Sarah, pour la mise en place de l’interview. 

Visuels Tony Valente © Ankama Editions et Photos D. Gueugnot ©Paoru.fr – Tous droits réservés


septembre 6th, 2015
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[Interview éditeur] W. Labaere : le nouveau Sakka est en place

⊆ août 8th, 2015 | ≡ Topic: Interview, Interview éditeur, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 12 Commentaires »

Nouvelle interview éditeur sur Paoru.fr, ça commençait à me manquer ! Plus qu’ intéressant et validant à la vitesse de l’éclair, j’ai le plaisir d’accueillir une nouvelle tête dans cette rubrique consacrée aux éditeurs manga : Wladimir Labaere, le directeur éditorial de Sakka, le label manga de Casterman. Irassahaimase !

Wladimir Labaere - Sakka. Photos : P. OZOUF ©Paoru.fr - Tous droits réservés

Wladimir Labaere – Sakka. Photos : P. OZOUF ©Paoru.fr – Tous droits réservés

Si, il y a quelques années, je ne me tournais pas vraiment régulièrement vers cet éditeur, je le regardais avec un œil nouveau depuis Thermae Romae et désormais avec beaucoup d’intérêt depuis les récentes pépites que sont Area 51 ou Sangsues. Même si faire de moi une groupie de Taniguchi reste à ce jour une mission très improbable, les nouveaux choix de l’éditeur m’ont montré qu’il savait faire (et bien faire) autre chose. Il n’en fallait pas plus pour que j’aille visiter les sympathiques locaux de Casterman, la veille de Japan Expo le 01 juillet dernier, et rencontrer Wladimir pour parler de cette nouvelle ligne éditoriale, de son fonctionnement en tant que directeur éditorial, des rencontres passionnantes autour d’œuvres entre France et Japon, des premiers bilans et des défis qui l’attendent… C’est aussi complet que passionnant vous allez voir, avec en bonus le questionnaire manga pour connaître le lecteur derrière l’éditeur…

Bref, à votre tour de découvrir le résultat !

Moderne, romanesque, ambitieux et accessible

Bonjour Wladimir. Commençons par l’actualité et Japan Expo. Je me souviens du stand Casterman aux couleurs de Thermae Romae… Est-ce que vous prévoyez un jour de refaire quelque chose de cette ampleur ?

Avec Japan Expo, nous sommes en pause : Casterman y avait un stand jusqu’en 2013, mais pas en 2014 ni en 2015. Pour 2016, nous n’avons pas encore décidé.

Tout cela procède d’une réflexion amorcée à l’arrivée, en mars 2013, de la nouvelle direction de Casterman (consécutive au rachat de Flammarion par Gallimard), avec Charlotte Gallimard en tant que directrice générale et Benoît Mouchart en tant que directeur éditorial de Casterman BD (après dix ans passés au FIBD d’Angoulême en tant que directeur artistique). Une nouvelle ligne éditoriale a été élaborée, donc, au terme d’une phase de réflexion menée par nous trois.

Astral_Project_tome_1D’ailleurs, pour expliquer un peu à ceux qui ne te connaissent pas, quel est ton parcours chez Casterman à l’époque ?

Au printemps 2013, à l’arrivée de la nouvelle direction, donc, j’étais assistant éditorial pour la partie japonaise du catalogue Casterman, c’est-à-dire les titres de la collection Sakka et les mangas paraissant dans la collection Écritures. J’étais à ce poste depuis fin 2008, alors que j’étais au départ exclusivement traducteur. J’avais commencé, à mon retour du Japon en 2006, à traduire à la fois des anime et des mangas (je garde cette activité aujourd’hui, en parallèle de mes fonctions d’éditeur). Chez Casterman, j’avais ainsi travaillé sur Astral Project (ci-contre, NDLR) puis Skip Beat (toujours en cours de parution, on vient d’envoyer le 36e volume chez l’imprimeur). Un jour, on m’a proposé le poste d’assistant éditorial, que je me suis empressé d’accepter car d’une, j’aimais ce que faisait Casterman en manga, et de deux, j’avais très envie de prendre part à l’ensemble du processus de production d’une maison d’édition.

Et donc retour à mars 2013…

Voilà. Mars 2013, ce qu’on me dit, en substance, c’est : « Désormais, c’est toi l’éditeur manga, qu’est-ce que tu proposes de faire ? »  Et là, je vends du rêve !

Plus sérieusement, j’avais plein d’idées, qui ne s’étaient pas forcément concrétisées à l’époque où j‘étais assistant car les décisions finales n’étaient pas de mon ressort. Donc là, j’expose ma vision du manga, la direction qu’il me semble pertinent de prendre dans le contexte actuel. Ce qui m’intéresse, c’est de ne pas proposer la même chose que les autres. C’est une phrase qu’on entend souvent, car chaque éditeur défend son identité, bien  entendu. Mais en deux ans, je crois que la manière dont j’entends cultiver une originalité, alliée à une exigence de qualité, s’est mise en place et s’est traduite en publications qui parlent d’elles-mêmes : Wet Moon, Area 51, Sangsues

Je vais reprendre les quatre mots que Benoît Mouchart a utilisés pour définir l’ADN de Casterman, aussi bien en bande dessinée occidentale que japonaise : moderne, romanesque, ambitieux et accessible. « Moderne » est à prendre au sens d’actuel, qui fait écho aux préoccupations des lecteurs d’aujourd’hui. « Romanesque », c’est de l’aventure, des histoires avec un souffle, qui commencent quelque part et emmène le lecteur très loin. Être « ambitieux » dans ses choix éditoriaux, c’est tenter de donner à lire des choses nouvelles ou peu lues jusqu’à présent, qui témoignent toutes de grandes qualités scénaristiques et graphiques. Être « accessible », enfin, c’est garder à l’esprit que nous proposons du divertissement aux lecteurs. Quand je vais au Japon, désormais, les éditeurs savent très bien ce que je cherche, mais aussi où je veux emmener Casterman et comment j’entends y parvenir.

Je veux à donner à lire au public français des choses qu’il a peu lues, peu vues, voire pas du tout, et qui sont en même temps du très bon divertissement. Cela peut être des œuvres d’auteurs qui se distinguent par leur patte graphique, par la manière dont leur personnalité et leur vision du monde transparaît dans leur travail, par des thèmes de prédilection qui ont été peu ou pas abordés dans ce qui arrive dans les librairies en France…

Ça, c’est pour les titres récents et à venir. Il ne s’agissait pas, pour autant, de renier les fondamentaux, à commencer par Jirô Taniguchi, que Casterman publie depuis vingt ans. Nous avons évidemment continué à travailler avec lui, nous avons notamment proposé une édition anniversaire pour les vingt ans de la première parution en France de L’homme qui marche, qui est un chef d’œuvre. Cela coïncidait en outre avec sa venue à Angoulême en janvier 2015. Nous avons également publié les Contrées Sauvages : un autre Taniguchi, celui des années 1970, du récit hard-boiled, du Western… Loin de l’auteur qu’il allait devenir avec Quartier Lointain, par exemple, mais tout aussi passionnant. Nous préparons d’autres choses avec lui pour l’année prochaine. De la même manière, Hiroaki Samura, l’auteur de L’Habitant de l’infini, fera son grand retour chez Casterman en 2016.

L'habitant de l'infini  homme-qui-marche-edition-2014-casterman

Premiers choix, premiers virages… et premiers retours

Comment la politique s’est concrétisée depuis ?

Il y a un titre qui est un trait d’union parfait entre nos fondamentaux et cette nouvelle ligne éditoriale : c’est Thermae Romae. Après l’avoir remarqué, lors de la parution des premiers chapitres dans Comic Beam en 2009, je me suis très rapidement dit qu’il fallait le publier. On informe l’éditeur japonais, Enterbrain, qu’on est intéressés, on prend rendez-vous à Japan Expo… On arrive au rendez-vous et là, je vois Christel Hoolans (directrice éditoriale de Kana, NDLR) sortir de leur espace avec un Thermae Romae sous le bras…

Ah, c’est de mauvais augure pour vous !

En même temps, on était persuadés que nous ne serions pas le seul éditeur intéressé, car à cette époque, quand tu lis Comic Beam, tu ne peux pas faire autrement que t’arrêter sur Thermae Romae. Bref, nous faisons une offre à Enterbrain, de chez qui venait déjà, entre autres, L’île panorama, le premier titre de Suehiro Maruo publié par Casterman, et son manga le plus accessible à ce jour. Et la suite, c’est la sortie des deux premiers tomes de Thermae Romae chez Casterman à l’occasion du Salon du Livre 2012, où le Japon est le pays invité, avec une Mari Yamazaki qui fait une très forte impression.

Thermae Romae était donc un signe avant-coureur de la politique éditoriale que j’appelais de mes vœux et qui est mise en place aujourd’hui. Les qualités de Thermae Romae et les ventes étant ce qu’elles sont, un peu plus de 100 000 exemplaires sur les 6 tomes, il est évident qu’en 2013, à leur arrivée, Charlotte Gallimard et Benoît Mouchart sont tombés d’accord aussi bien sur la proposition éditoriale que je leur ai soumise concernant l’avenir du manga chez Casterman, que sur les perspectives commerciales.

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Depuis, il y a eu Wet Moon, puis La Cité des Esclaves, Area 51, et Sangsues qui s’inscrivent dans cette logique, et d’autres sont à venir : 2016 est déjà bouclé et il y aura de nouvelles choses à découvrir, de belles signatures. Mais le tout fondé sur les critères évoqués tout à l’heure : proposer des choses différentes mais accessibles, qualitatives, des récits avec du souffle, une patte graphique et une personnalité.

Ce qui nous ramène donc à aujourd’hui… et à la question de Japan Expo

Voilà, je raccroche donc les wagons : avec cette politique, nous avons estimé que Japan Expo n’était pas LE meilleur endroit où promouvoir ces titres auprès du public. Le salon a tendance à devenir avec les années un événement au cours duquel, en tant qu’éditeur, il est difficile de faire entendre une voix singulière, tant l’exploitation des grosses licences et la foire aux produits dérivés occupent le devant de la scène.

Notre dernière expérience à Villepinte était un stand dérivé de l’espace Casterman du Salon du Livre de Paris et du festival d’Angoulême, le truc super classieux. En fait, on attirait surtout les parents des enfants qui venaient à Japan Expo. Ils voyaient un stand dans l’esprit du Salon du Livre avec de la moquette, des boiseries, des livres de Taniguchi, ça leur parlait parce qu’ils avaient lu un article dans Télérama… Bon, je caricature énormément, mais tu vois l’idée. Entre les parents qui ne venaient sur notre stand que pour Taniguchi, et les gamins qui aillaient ailleurs pour Naruto et One Piece, on s’est dit qu’il fallait revoir notre copie pour ce qui concerne notre participation à cet événement.

Y promouvoir des titres comme Wet Moon en y invitant Atsushi Kaneko, par exemple, n’avait pas de sens. Tout aurait été noyé dans la masse. Nous l’avons donc fait venir à Angoulême, c’était beaucoup plus cohérent. De la même manière, nous avons préféré investir dans des spots de pub sur J-One, Game One et les chaînes du réseau MTV quand Area 51 est sorti. Mais quand la série sera bien installée, là, oui, faire venir Masato Hisa à Japan Expo aura du sens.

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Il n’est donc absolument pas exclu que nous y retournions, mais lorsque nos titres auront acquis la notoriété suffisante pour ne pas se faire éclipser par les blockbusters qui monopolisent l’espace et l’attention à Japan Expo. Ça s’amorce pour Area 51 et Sangsues, deux séries qui bénéficient d’un accueil dithyrambique de la presse. C’est un signal vraiment encourageant : nous sommes dans la bonne direction, notre démarche fait sens. La validation ultime, bien entendu, c’est celle du public, qui va acheter ou non nos séries. C’est parfois frustrant car c’est un métier très long : les fruits de ce que tu fais peuvent mettre deux ou trois ans à arriver, d’autant que le décollage ne se fait pas forcément sur un tome 1. Une série peut s’installer aux tomes 3, 4 ou 5… Mais pour le moment du côté des ventes, ça se passe bien.

C’est-à-dire ?

On vient de dresser un bilan des douze derniers mois, de juin 2014 à juin 2015. Au 21 juin 2015, Casterman est le 10e éditeur de manga en France, avec une progression du chiffre d’affaires de 41 %, là où le marché augmente de 10 %. Nous nous sommes dit que c’était plutôt une très bonne nouvelle ! (Rires)

Du coup, nous avons voulu affiner et nous sommes allés voir les chiffres GfK pour le segment seinen : on sait que ce n’est pas encore le plus porteur mais c’est lui qui connait la plus forte progression. Sur la période juin 2014 – juin 2015, le marché a progressé de 33 % et Casterman, de 60 %. Donc voilà, les résultats sont là aussi. C’est vraiment encourageant, on se dit qu’on est dans la bonne direction.

Wladimir LabaereLe chantier, maintenant, c’est d’asseoir l’image de Casterman dans l’esprit des lecteurs de mangas. C’est quelque chose qui est déjà en place chez les lecteurs mixtes BD-manga. La cause est pratiquement acquise. Mais il y a encore du travail auprès des lecteurs de manga pure players, ceux qui ne lisent que du manga. Il faut qu’on se défasse de cette image… Enfin de cette absence d’image dans le manga, surtout (rires), dont pâtit peut-être encore Casterman chez certains. « Casterman c’est qui, c’est Tintin, non ? » ou « Ah non, Casterman c’est intello, c’est Taniguchi, c’est prise de tête, c’est pas pour moi. »  Ma réponse, dans ce cas-là, c’est : « Eh bien venez, je vais vous montrer Area 51, Sangsues, La Cité des esclaves, vous allez en redemander ! Ce qui tombe bien, puisque j’ai également plein de titres qui arrivent en 2016 et qui vont vous faire très plaisir ! »

On aura donc l’honneur et la joie immense de publier Deathco, le nouvelle série d’Atsushi Kaneko, qui est une vraie bombe super stylée, drôle et ultra-violente… Je suis également tout excité de publier une série d’heroic-fantasy à la fin du premier semestre. Du médiéval-fantastique, donc, avec des grosses bastons, des monstres et tout le tintouin, mais qui éclate aussi joyeusement les frontières canoniques du genre. Il est un peu tôt pour parler de tout, mais 2016 va être un cru génial : riche, varié, très qualitatif. J’ai lu des dizaines et des dizaines de titres avant de trouver ceux qui étaient parfaits à nos yeux, mais là, je suis comme un petit fou. Le tout en gardant un nombre raisonnable de sorties pour nous, soit une trentaine de volumes sur l’année, ce qui nous permet d’accorder le maximum de soin à chaque titre.

Ensuite, comme je le disais, nous avons aussi une riche histoire en matière de mangas, et il n’est pas question de la renier, bien au contraire. Certaines idées de Casterman ont par exemple fait des petits, notamment depuis la création de Sakka en 2004 : Casterman a été le premier en à publier en français des titres de Fumi Yoshinaga (All my darling daughters), de Kazuichi Hanawa (Tensui), de Daisuke Igarashi (Sorcières) ou encore de Satoshi Kon (Le Retour vers la mer)… Autant d’auteurs qui ont ensuite vu d’autres de leurs titres arriver en français chez d’autres éditeurs…  Et c’est une très bonne chose. Selon moi, plus il y a de titres intéressants qui arrivent en France, mieux c’est pour le marché en général.

Ça me fait penser que récemment, j’ai lu quelque part, je cite parce que c’est assez énorme, que Casterman aurait « piqué » Masato Hisa à Glénat parce que nous nous avons publié les deux premiers tomes d’Area 51 deux mois après la sortie du premier volume de Jabberwocky… Ça ne mérite pas vraiment qu’on en parle, mais on pourra simplement rappeler que 1. : les auteurs japonais n’appartiennent pas à un éditeur français, ni même à un éditeur japonais (au Japon, les auteurs sont presque tous publiés par plusieurs éditeurs), et 2. : entre le moment où un éditeur français fait une offre et le moment où le livre sort, il peut se passer entre six mois et deux ans. Il est donc souvent difficile de savoir, dans ce genre de situation, quel éditeur a acquis les droits d’une série d’un auteur avant  un autre… Enfin, on n’est pas là pour faire un concours de celui qui a trouvé l‘auteur de génie avant tous les autres…

De Hisa à Sangsues : la rencontre décisive avec Shinchôsha…

Ce que tu dis c’est plutôt pour montrer que ce n’est pas de l’opportunisme ?

Voilà. Pour la petite histoire, Area 51, nous l’avons découvert, Benoît Mouchart et moi,  à l’automne 2013, à Tokyo (soit 18 mois avant la parution du tome 1 dans la collection Sakka), pendant un rendez-vous avec les éditions Shinchôsha. L’objectif principal de ce premier voyage au Japon après le changement de direction était de présenter le nouveau Casterman aux éditeurs de mangas. Nous faisons donc la tournée des éditeurs.

ShinchoshaPuis, sur le conseil de l’agence Tuttle-Mori, qui est pour résumer un intermédiaire entre éditeurs français et japonais à qui nous avions détaillé notre démarche et nos ambitions, nous allons voir pour la première fois Shinchôsha (à Shinjuku, Tokyo cf photo ci-contre, NDLR) C’est un éditeur dont le catalogue est encore peu publié en France. Peut-être parce que c’est une maison qui ne sort pas du Japon : elle n’est pas présente à Japan Expo ou au Salon du Livre de Paris. Au Japon, c’est un mastodonte de la littérature… C’est un peu le Gallimard japonais. En manga, en revanche, c’est une petite poignée de magazines, ça se compte sur les doigts d’une main. Or, dès la parution en 2011 du premier numéro de son magazine amiral qu’est le Comic@Bunch, Shinchôsha a affiché sa volonté de publier des titres différents tout en restant accessibles. C’est un peu, voire carrément, notre stratégie, donc forcément, nous avons demandé au directeur éditorial de ce magazine, monsieur Iwasaka, ce qu’il avait à nous proposer.

Il nous a d’abord montré ses titres parus en France comme Btooom! (chez Glénat) et Brave Story (chez Kurokawa), avant de passer au reste, et nous nous sommes très vite rendu compte que ce sont leurs titres les plus commerciaux qui sont arrivés en France. Plus tard, il a ajouté : « Avec Thermae Romae, le monde du manga au Japon a compris qu’il y avait des artistes pour proposer des choses différentes et commerciales à la fois, et surtout un public pour les lire et les apprécier ». Il ne savait pas encore que c’était Casterman qui avait publié Thermae Romae en France. Bref, on ne pouvait que devenir copains et travailler ensemble… Il fallait au moins qu’on essaie ! (Rires)

Il nous montre donc plein de séries qui ont l’air de sortir de l’ordinaire, tout en restant du manga avec ses codes, qui méritent donc d’être lues très attentivement. Donc j’embarque, j’embarque, j’embarque… Comme j’ai la chance de parler et de lire le japonais, je sais comment je vais occuper mes soirées à l’hôtel. Et puis arrive la fin du rendez-vous, et il nous lâche un : « Moui… J’ai peut-être encore un truc mais je ne suis pas sûr. Mais bon, quand même, vous avez fait onze mille bornes pour me voir donc je vous le montre… »

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Et il nous sort Area 51. On prend chacun un tome et on est tout de suite soufflés. L’élégance du graphisme, le dynamisme de la narration, la fluidité des planches, l’humour… Tout ça nous explose au visage. On se regarde, impressionnés, et on comprend : « Ah ouais, toi aussi, ça te fait ça ? », « C’est pour nous, cette série. » M. Iwasaka me dit qu’il y a 7 tomes à ce jour, je lui réponds aussitôt : « Tu me les files, je les lis ce soir et je t’en reparle demain matin. »

Je rentre à l’hôtel et je lis les 7 tomes dans la nuit.

Au petit déjeuner, j’achève de convaincre Benoît – ce n’est vraiment pas difficile –, que c’est exactement ce qu’on veut. Puis on revoit l’éditeur et on lui dit qu’on aimerait vraiment publier cette série, que c’est un bijou.

C’est comme ça que nous avons commencé à travailler avec Shinchôsha. Et depuis, il y a eu Sangsues.

Un coup de cœur aussi ?

Sangsues tome 1L’histoire est différente, Sangsues, c’est un processus de plus longue haleine. Il a été porté pour la première fois à ma connaissance alors que j’étais assistant, par Sahé Cibot – qui était apporteuse d’affaires pour Casterman (elle avait également travaillé à l’édito Casterman dès la création de Sakka en 2004, avant de partir s’investir dans d’autres projets). De chacun de ses voyages au Japon, elle nous rapportait des mangas et un jour, dans le lot, il y a donc eu Sangsues. Il m’a immédiatement intrigué. Son sujet, d’abord, est fascinant : des gens qui vivent chez d’autres personnes pendant leur absence, et qui vont d’appartement en appartement, invisibles aux yeux de la société. Le thème des « évaporés », donc. Cette histoire dit beaucoup de choses sur les sociétés industrialisées contemporaines, leur course forcenée à l’individualisation qui, paradoxalement, débouche sur un anonymat violent. Sangsues parle de la perte de repères causée par l’urbanisation tentaculaire, de la cruauté d’un système qui laisse sur le carreau ceux qui ne rentrent pas dans le moule… Ça, c’est le terreau du récit. Ensuite, il y a une héroïne et toute une galerie de personnages vraiment bien campés, une narration haletante en forme de thriller, un graphisme puissant et élégant à la fois, et enfin, une maîtrise du langage de la bande dessinée réellement exceptionnelle chez un auteur aussi jeune.

Par la suite, je me suis procuré chaque tome dès sa sortie, et ma conviction que c’était un excellent titre n’a cessé de grandir. C’est à l’automne 2013, l’année où j’ai pris les commandes du manga chez Casterman, que le cinquième et dernier tome est sorti. La fin a achevé de me convaincre, j’ai donc fait une offre.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Daisuke Imai, l’auteur de Sangsues, est arrivé chez Shinchôsha à la demande du rédacteur en chef de Comic@Bunch, M. Iwasaka, qui lui avait donné comme cahier des charges de faire quelque chose de différent, tout simplement, en accord avec leur manifeste. Il a trouvé son idée en tombant sur un fait divers qui traitait d’un cambriolage où les voleurs avaient pris leur temps dans la maison, s’étaient installés, avaient fumé des clopes, maté la télé, etc.

À travers ces deux découvertes que sont Area 51 et Sangsues, j’ai aujourd’hui de très bonnes relations avec Shinchôsha. Comme avec tous les autres éditeurs auxquels j’ai longuement expliqué notre démarche, en fait. Que ce soit Enterbrain ou Kôdansha, ils sont toujours contents que je leur dise en détail pourquoi j’ai aimé tel ou tel titre chez eux, mais aussi pourquoi je ne vais pas faire d’offre sur tel titre qu’ils m’ont pourtant recommandé. Il y a chez eux un intérêt très vif pour ce qu’on met en place chez Casterman depuis deux ans (les titres qu’on a déjà publiés, bien sûr, mais aussi ceux dont on a acquis les droits et qui sont programmés pour 2016 et 2017), ainsi qu’une curiosité qui s’est progressivement transformée en confiance. Cultiver ces relations de cette façon ne peut donc qu’être payant sur le long terme.

Magazines, auteurs et internet : le travail de W. Labaere

Puisque l’on parle de ça, quels sont tes magazines de prépublication préférés ?

Je suis très content à chaque fois que je reçois Harta de chez Enterbrain : c’est dans son ancienne forme, qui s’appelait Fellows, qu’a été prépublié Bride Stories,  par exemple. C’est un peu un laboratoire, où des talents assez originaux peuvent s’exprimer. J’aime beaucoup Comic Beam, toujours chez Enterbrain. Et bien évidemment, je ne peux pas passer à côté d’Afternoon ou Nemesis chez Kôdansha, du Big Comics Spirits chez Shôgakukan. Il y a aussi des choses qui me plaisent dans l’Ultra Jump de Shûeisha… La liste est longue. J’ai beaucoup trop de magazines à lire, en fait. (Rires)

Comic beam Harta

Ensuite, comment fonctionne ton processus de choix des licences ?

Les livres nous arrivent par de nombreux canaux. Comme je te le disais, nous sommes abonnés à toute une batterie de magazines de Kôdansha, Shôgakukan, Enterbrain, Shinchôsha, etc. Cela représente vraiment beaucoup de titres, tu ne peux pas tout lire à fond, évidemment. Je les épluche beaucoup dans les transports en commun. Tu feuillettes et, quand ton œil voit quelque chose qui sort du lot et qui se distingue d’une façon ou d’une autre, ta main s’arrête et tu reviens au début du chapitre puis tu le lis. Tu mets un post-it, tu cherches les numéros précédents si ce n’est pas le premier chapitre et tu lis les numéros suivants. Tu regardes s’il y a déjà des tomes reliés de la série en question et si oui, tu les fais venir du Japon, soit au format papier, soit en numérique. C’est comme ça que je fonctionne en tout cas.

La lecture des magazines prépublication, ça vient se ranger dans la catégorie « travail de veille » que je mène aussi beaucoup sur internet, via les comptes Twitter des auteurs et des chacun des magazines, par exemple. Le fil Twitter dAfternoon chez Kodansha est super, le fil Twitter de Comic Next de Shôgakukan est chouette aussi pour ça, idem pour Shinchôsha ou Enterbrain, auquel s’ajoute le site Comic Natalie bien évidemment, les blogs des auteurs, etc.

Afternoon Kodansha Afternoon Kodansha Twitter

Ensuite il y a des agents qui nous envoient des informations en continu, tout au long de l’année. Je parlais de Tuttle-Mori, qui est un pivot incontournable pour quasiment tous les éditeurs français, je pense. Mon premier déplacement au Japon après le changement de direction, c’était principalement pour les voir eux et leur expliquer notre nouvelle ligne éditoriale. Ils nous envoient des livres, des magazines, ou simplement nous communiquent des infos sur des auteurs auxquels ils savent que je m’intéresse. Soit spontanément, soit à la demande d’éditeurs japonais qui les mandatent pour promouvoir leur catalogue à l’étranger.

Il y a également quelques rendez-vous qui ponctuent l’année : le Salon du Livre, Japan Expo, la Foire du Livre de Francfort… C’est l’occasion de voir les gens, ce qui change des mails et du téléphone. J’essaie également d’aller deux fois par an au Japon. C’est tout à fait différent de voir les éditeurs « à domicile ». Ne serait-ce que parce qu’ils ont tous leur bouquins sous la main. Quand ils viennent en France, ils n’en apportent qu’une infime sélection. Quand je suis au Japon, je passe également énormément de temps en librairie. Il y a en quelques-unes où j’ai mes habitudes et où je peux donc discuter avec les libraires du rayon manga sur ce qu’ils estiment être les dernières tendances, les faits notables… Bref, ils me mettent à la page pour ce qui concerne leur activité. Pour finir, j’échange aussi beaucoup avec certains traducteurs, notamment ceux qui vivent au Japon, sur nos dernières lectures respectives. Bref, le choix des licences, c’est avant tout des tonnes de lecture et de discussions.

Le fait que les auteurs soient présents et « accessibles » directement sur internet via Twitter par exemple, ça change les choses pour toi ?

Oui, ça peut, pour des projets en direct. En revanche, c’est sûr que si c’est pour une acquisition de droits d’une série déjà publiée au Japon, il faut généralement s’orienter vers l’éditeur.

Area51_T03_éphémérideC’est également très intéressant en tant que traducteur. Sur Area 51, qui est truffé de références (de Lovecraft à l’ensemble de la culture cinéma midnight movies en passant par le folklore de toutes les cultures du monde), à un moment, j’ai buté sur quelque chose. Je savais que ça faisait référence à une autre œuvre, mais impossible de trouver laquelle. J’ai contacté Masato Hisa, sur Twitter et il m’a répondu dans l’heure, tout content de savoir que l’éditeur français d’Area 51 était vraiment pointilleux. Il s’est même presque excusé de disséminer des clins d’œil parfois obscurs dans sa série… Bon, j’essaie de ne pas le saouler non plus : il a trois séries en cours chez trois éditeurs différents, donc c’est en dernier ressort. Mais c’est génial, pour ça.

C’était quoi la fameuse référence dans Area 51 ?

Il s’agissait d’une petite phrase inscrite sur une éphéméride posée sur le bureau de McCoy (planche ci-contre, NDLR), dans son agence. En tout petit, dans le coin d’une case. Un détail, mais si l’auteur l’a mis là, c’est que ça a son importance. Renseignement pris auprès du principal intéressé, il s’est avéré que c’est une incantation que tu entends à un moment dans le film Evil Dead 2 si tu tends bien l’oreille… Voilà pour la partie auteur – traducteur.

La présence des auteurs sur internet permet également les projets en direct. Et là aussi, c’est génial. Je travaille en ce moment directement avec des auteurs, c’est long mais très excitant. Charge à chacun de ne pas se brouiller avec le ou les éditeurs japonais avec lesquels l’auteur en question travaille déjà, mais il y a de la place. Les auteurs japonais sont tout aussi freelance que les auteurs français. Ils travaillent pour plusieurs éditeurs, soit successivement dans leur carrière soit en même temps…

Cycle, inspirations et histoires en devenir…

Le tout est donc de travailler en bonne intelligence…

Voilà. Ces collaborations me font penser à une autre histoire, qui nous a fait très plaisir et qui est révélatrice de ce que l’on cherche à mettre en place… On a publié, chez Casterman, le dernier ouvrage de Nicolas de Crécy, La République du catch, qui a été prépublié au Japon dans l’Ultra Jump de Shûeisha, excusez du peu.

Crecy Ultra jump-june

C’est Shûeisha qui a démarché Nicolas de Crécy et ce dernier a gardé ses droits pour l’édition française. Comme Casterman avait déjà publié plusieurs de ses œuvres et que c’est un auteur incroyablement talentueux, nous nous sommes positionnés pour l’édition française et le tout s’est fait en bonne entente avec la Shûeisha : le livre est sorti au même moment en France et au Japon, nous nous sommes mis d’accord sur les jaquettes…  On a planifié tout ça en automne dernier, quand on est allés voir les gens de l’Ultra Jump à Tokyo. On a pu les rencontrer dans leurs locaux – là où sont nés Dragon Ball et One Piece, c’était assez impressionnant, forcément. Au terme du rendez-vous, le rédacteur en chef nous a dit : « La République du catch, c’est une première expérience, mais j’ai d’ores et déjà envie qu’elle fasse des petits, donc si vous avez d’autres auteurs à me conseiller, n’hésitez pas. Il y a des choses à faire…»

La logique qui a présidé au choix d’un auteur français c’est, de l’aveu de Shûeisha comme de celui d’autres d’éditeurs et acteurs du marché, qu’il y a aujourd’hui une forme d’essoufflement de la créativité au Japon. On manque de sang frais, de sang neuf, et lorsqu’un éditeur japonais fait venir Nicolas de Crécy, c’est autant pour les lecteurs que pour les auteurs.

On pourrait aussi citer l’influence des séries et du cinéma US aussi…

Oui, il y a également une grosse fixation sur Lovecraft depuis deux ou trois ans au Japon. Pour Area 51, on peut dire merci à Frank Miller, aux midnight movies, à Hollywood et à toutes les légendes issues des folklores du monde entier, d’avoir inspiré à Masato Hisa ce phénomène qu’est Area 51. Je ne dis pas que la solution à cette supposée panne de créativité se trouve forcément en occident. Ce serait plutôt dans la multiplication des échanges entre auteurs et éditeurs de tous les horizons. Il y a plein de choses à essayer !

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Ce n’est pas pour rien que, et j’en reviens à Shinchôsha, cet éditeur a asséné comme un manifeste son envie de faire du manga différent : il fallait que le serpent arrête de se mordre la queue, il fallait trouver un moyen de répondre à de nouvelles attentes du public. Toujours sur le chapitre de problème de « consanguinité » dans l’industrie du manga, il y en a un qui n’est pas tendre, c’est Katsuhiro Ôtomo. On l’a rencontré à Tokyo l’automne dernier, et à un moment, il nous a dit : « Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs et d’éditeurs de mangas sont des ânes. Ils ne lisent que des mangas, pas de littérature, ne regardent pas de films, et en plus ils se copient les uns les autres… Comment voulez-vous qu’ils fassent de bonnes choses ? » C’est un peu extrême, comme position, mais ça rejoint l’idée, partagée par pas mal de monde dans la profession, qu’on est dans un « creux de la vague créative ».

Après, le top Oricon du premier semestre 2015 semble marquer l’amorce d’un nouveau cycle ou en tout cas une certaine reprise de dynamique dans les ventes du top 10, qui était un peu moribond à la fin des années 2 000 et début des années 2010…

C’est à souhaiter et c’est aussi ce basculement d’un cycle vers un autre qui pousse à ce genre de nouvelles expérimentations. L’avenir nous dira si on est bel et bien au début d’un renouvellement en profondeur.

Après les ventes satisfaisantes évoquées précédemment, y a-t-il également des déceptions sur la période juin 2014 – juin 2015 ?

(Réfléchit…)

Bon, de toute façon, aucun titre ne se vend jamais assez ! (Rires) Quand tu commences à bosser dessus deux ans avant la sortie, quand la maison porte ce titre à bout de bras, tu veux le meilleur pour lui et plus encore !

De manière plus réaliste, pour Wet Moon, nous sommes très satisfaits d’être, sur les 3 tomes, à 12 000 exemplaires vendus, pour une œuvre aussi complexe et avec un graphisme aussi unique. Même si Kaneko s’est fait une petite niche de lecteurs avec Soil et Bambi ces dernières années, ce n’est pas ça qui fait vivre une série. Là, je crois qu’on a bien accompagné sa progression à lui, car c’est un auteur qui progresse énormément, graphiquement et scénaristiquement, au fil des tomes et des séries… Pour Deathco, je me demandais si ce serait possible, vu le niveau atteint avec Wet Moon, mais c’est frappant : Deathco, c’est encore plus beau que tout ce qu’il a fait jusqu’à aujourd’hui.

Sangsues_OUEST_FRANCESangsues, sorti il y a deux mois, décolle doucement. La mise en place est là, les ventes moins. Nous avons fait le choix, en matière de marketing, de plus investir sur Area 51, donc peut-être que Sangsues en pâtit… Mais on a d’ores et déjà prévu de le remettre en lumière au tome 3, qui sera le milieu de la série. Après, l’accueil de la presse est assez phénoménal, j’en n’attendais d’ailleurs pas autant. Je me doutais que la presse spécialisée manga en parlerait, car avec son sujet et son graphisme, ce titre en passe pas inaperçu. La couverture dans la presse généraliste, en revanche, m’a très positivement étonné. On quadrille le territoire : il y a eu des papiers dans la Voix du Nord, Le Midi Libre, Ouest France

Ouest-France tiens donc, ce n’est pas souvent ça !

Oui, bon… Le tome 1 n’a pas fait la une, hein ! Mais tu as un visuel, un texte qui prend le temps de présenter l’histoire et de rebondir sur le thème…  De manière générale, c’est extrêmement positif que via la presse généraliste, le manga puisse toucher un lectorat très large et susciter sa curiosité. Ce qui est sûr, c’est que j’ai la chance de travailler avec une attachée de presse redoutablement efficace ! Et la presse généraliste est très sensible à ce qu’on publie, car les journalistes voient qu’il y a quelque chose de neuf, de frais. Bref, là, on attend l’article dans L’Est Républicain pour pouvoir dire : « les Sangsues sont partout en France, fermez bien votre porte et vos fenêtres ce soir. ». Pour résumer, je suis un peu frustré, tout en étant confiant.

Et on lui souhaite le décollage notable qu’il mérite !

Merci !

Questionnaire Manga : pour en savoir plus sur Wladimir Labaere…

L_Autoroute_Akira_tome_1Ton premier souvenir de manga ?

Ça c’est facile, c’est le premier tome d’Akira, dans la version colorisée de chez Glénat. Je viens d’une famille où on lit de la BD franco-belge : on lit Tintin, Astérix, Gaston, Alix…  Ayant été gamin dans les années 1980, le Club Dorothée m’a abreuvé d’animation japonaise et m’a préparé au manga, bien sûr. Mais Akira, c’est mon frère aîné qui dit à mes parents : « Offrez-le lui pour son anniversaire, ça va lui plaire. » C’est un cadeau qu’il se faisait indirectement, mais je ne le remercierai jamais assez : j’avais 12 ou 13 ans quand j’ai lu ça et c’est un nouveau monde qui s’est ouvert à moi, une claque dont je ne me suis jamais remis.

La plus grande émotion suscitée par un manga ? Akira aussi ?

Pour Akira, je parlerais plus d’un choc. Non, la plus grande émotion, c’est quelque chose qui remonte plus loin… Quand tu es gamin, de toute façon, les choses prennent vite des proportions énormes, ce qui peut paraître un peu ridicule à posteriori… Bref, comme ça, au débotté, je crois que j’ai été très marqué par un épisode des Chevaliers du Zodiaque (comme on appelait ça à l’époque). C’est l’épisode de l’arc du sanctuaire où le chevalier du cygne meurt, enfin où l’on croit qu’il meurt, vaincu par son ancien maître, et qu’il se retrouve enfermé dans un bloc de glace. C’est les vacances d’été, je suis chez mes grands parents et je vois ça en avalant mes céréales au petit déjeuner : « Putaiiin, les personnages ils peuvent mourir quoi ! »

Bon, en fait, deux épisodes plus tard, c’est bon, il est pas mort (rires) : ses potes le libèrent et y a Shun qui le ramène à la vie mais, sur le coup, quand t’es tout petiot, c’est impressionnant…

Le manga que tu donnerais à lire à ton pire ennemi ?

Je pourrais lui filer une série à rallonge pour qu’il claque une somme monstrueuse… Je pourrais lui filer One Piece, dont je suis un grand fan mais ce n’est pas vraiment assez méchant. Je pourrais lui filer Version de Sakaguchi, chez Glénat, car il n’y a qu’un seul tome de paru et que l’auteur est mort peu après… Ça c’est dégueulasse.

Wladimir LabaereLe manga à lire pour mieux comprendre Wladimir ?

Pas parce que c’est chez Casterman, mais spontanément et parce qu’on est dedans, je t’aurais dit Area 51 pour l’identité unique de l’auteur et pour ce jeu avec les référence issues de toutes les cultures possibles et imaginables, un creuset très jouissif dans lequel je me retrouve complètement.

Le blockbuster sur lequel tu n’as jamais accroché ?

Naruto. J’ai accroché au dessin animé mais pas au manga (Pas taper !). C’est particulier car j’ai traduit quelque chose comme 200 épisodes de la série animée. Et j’ai adoré. Alors ok, j’ai transpiré pendant les tunnels de fillers, mais je tenais le coup parce que je savais qu’après, on allait raccrocher les wagons avec l’histoire principale. J’ai trouvé que Naruto était un Dragon Ball des années 2 000 version +++ : + de personnages, + de background, + de politique, + de questionnements. J’ai arrêté de regarder aux alentours de l’épisode 500 mais je suis resté dessus un certain temps. Et pourtant, je n’ai jamais accroché à la version papier, car je devais être trop accro à la version animée.

Un flop injuste en manga ?

Je te dirais bien Wolfsmund, même si je peux imaginer pourquoi, comme on dit poliment, ce titre « n’a pas trouvé son public ». Il n’empêche que je regrette vraiment que ça n’ait pas mieux marché. Quand Ahmed me l’a appris, j’étais plutôt dégoûté.

Un titre d’un autre éditeur que tu aurais voulu dans ton catalogue…

Il y a peut-être Wolfsmund, mais il était passé sous mon radar, Bride Stories mais je n’étais pas aux commandes à l’époque. Minuscule, peut-être, car c’est super frais, un vrai bon moment de lecture. Mais je le lisais dans le magazine de prépublication, donc au rythme d’un chapitre de temps en temps, et je ne sais pas si la magie opère de la même manière quand tu avales un volume entier.

Non, s’il y en a un que je voulais vraiment publier, c’est Levius. J’avais fait une offre (c’était avant qu’il change de magazine et d’éditeur suite à l’arrête de la publication d’Ikki), il faut croire que je n’ai pas été le plus convaincant. Après, il y en a bien un autre, pour lequel j’ai également fait une offre mais qui m’est passé sous le nez… Mais il n’a pas encore été annoncé, donc je préfère ne pas en parler.

Et, enfin, le prochain manga ou tome que tu attends avec le plus d’impatience, en tant que lecteur ?

Skip Beat 35Dans le lot de ce qui paraît en France, je n’ai toujours pas lu le second tome de La fille de la plage. J’ai vraiment envie de m’y plonger, mais pas totalement non plus car je sais que ça ne fait que deux tomes et qu’après je n’en aurai plus. Je suis également tout content quand sort un nouveau tome de Space Brothers. J’attends beaucoup, aussi, la fin de Skip Beat! A priori, elle n’est pas pour tout de suite et tant mieux pour nous, quelque part, parce que ça marche bien.

Ça continue encore à marcher même après tous ces tomes ?

Il y a une érosion des ventes, classique dans le cas de séries au long cours, mais on réimprime très régulièrement des tomes par-ci par-là, de manière assez mystérieuse dans la liste des tomes concernés : un tome 3, un 17 et un 22 en même temps, par exemple… L’excellente nouvelle, c’est qu’on réimprime également le tome 1 encore assez régulièrement. Donc Skip Beat! continue d’être découvert aujourd’hui.

Chaque nouveau tome figure dans le top GfK manga la semaine de sa sortie. Traduction : nous avons une communauté de fidèles qui se jette dessus dès la parution. Je te parle de 3500 – 4000 personnes le mois de la sortie, et après ça se vend petit à petit. Ça, c’est le schéma depuis qu’on a franchi le cap des 30 volumes.

C’est un shôjo de qualité de toute façon, l’un des plus intelligents que je connaisse dans sa construction, dans son discours sur le métier d’acteur, sur l’identité, sur ce que l’on veut devenir à l’âge adulte. Il a peut-être contre lui son graphisme qui est un peu daté mais ça reste une série d’excellente facture. Je crois qu’on n’est pas loin de dix ans de parution en France. Depuis, la ligne éditoriale de Casterman en matières de mangas a évolué, mais on l’assumera jusqu’au bout, bien sûr, parce que c’est un bon titre, qu’il a son public et que je crois bien que c’est le plus long shôjo jamais paru en France !

On lui souhaite une belle fin alors ! Merci Wladimir !

Merci !

Pour suivre les éditions Sakka, direction le site internet de Casterman BD,  leur page Facebook ou via Twitter, soit sur le compte de Casterman BD ou directement via celui de  Wladimir Labaere, lui aussi sur Twitter. Si vous voulez en savoir plus sur les séries de chez Casterman, voici quelques articles et chroniques, sur Paoru.fr ou Journal du Japon : L’homme qui marcheWet MoonArea 51Sangsues et enfin Thermae Romae avec l’interview de Mari Yamazaki en bonus, ici.

Remerciements à Wladimir Labaere pour son temps et sa disponibilité.


août 8th, 2015
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