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In These Words : l’excellent thriller psychologique avec des hommes tout nus dedans

⊆ septembre 25th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

In these Words

Avec la vague de nouvelles séries la semaine dernière, en voilà encore une sur laquelle je braque les projecteurs. Qui l’eut cru, c’est un yaoi (OH MON DIEU !) mais ne partez pas tout de suite, car c’est avant tout un thriller avec serial killer, quelque part entre Esprit Criminel, un film de David Fincher et New York Police Judiciaire : voici In These Words,de Jun TOGAI et Narcissus. Comme pour Adekan il y a deux ans, de bonnes raisons, graphiques et scénaristiques m’ont poussé à vous parler de cette histoire complexe et sombre, celle d’un docteur en psychologie à la poursuite d’un tueur en série dont il a été autrefois la victime… La seule victime encore en vie d’ailleurs.

C’est parti pour la critique !

Crimes et attachements…

In These WordsKatsuya Asano, alias Docteur Asano diplômé en psychologie, est amené à devenir profiler pour la police de Tokyo. On veut exploiter ses talents de psychologue criminel pour tenter de percer à jour un tueur en série qui sévit depuis plusieurs années. Après 12 victimes en 3 ans, la frénésie meurtrière est mise à mal : la collaboration entre la police et Asano semble fructueuse et un certain Shinohara Keiji est enfin arrêté. En attendant son jugement cet homme égocentrique veut en savoir plus sur celui qui a permis son arrestation et la police y voit une occasion inespérée d’obtenir des aveux et de monter un dossier en béton contre cet homme d’une redoutable intelligence.

Asano se retrouve donc confronté au meurtrier, lors de séances sous surveillance. Mais à peine notre jeune profiler accepte-t-il le poste que d’affreuses migraines le prennent en même temps qu’il se retrouve tourmenté, nuit après nuit, par d’étranges cauchemars. Dans ces songes, un homme dont il ne voit pas le visage le retient prisonnier et lui fait subir de nombreuses tortures et sévices : coups de poings, coups de couteaux et viols systématiques… Pourtant, ce geôlier lui murmure toujours qu’il l’aime et que, lui aussi un jour, l’aimera.

Au fur et à mesure des séances les échanges avec le meurtrier deviennent de plus en plus compliqués et Asano paraît incapable d’obtenir les informations qu’il désire ou de percer la carapace du tueur, alors que ce dernier l’entraîne dans un jeu étrange du chat et de la souris… Les mystères se font, dés lors, de plus en plus nombreux : est-ce qu’un plan des plus tordus ne se cacherait pas derrière ces interrogatoires ? Pourquoi ne sait-on pas comment le meurtrier a-t-il été déjoué et est-ce que ce coupable est vraiment celui qu’il prétend ? Qu’est-ce que ces rêves viennent faire là dedans et quel est le vrai visage qui se cache derrière ce tortionnaire amoureux ?

Le réveil risque d’être surprenant… et brutal.

Pour le plaisir… des yeux !

Tout comme son récit, l’histoire de ce titre est assez singulière puisqu’il est né au sein d’un cercle de Boy’s Love, Guilt Pleasure, qui officie quelque part sur les côtes américaines mais dont les deux auteurs, la dessinatrice Jun TOGAI aka Jo Chen de son nom d’illustratrice et la scénariste Narcissus aka Kichiku Neko, sont taiwanais à l’origine. D’abord distribué sur internet, le titre a rencontré le succès sur la toile et a fini par être publié en 2012 par une maison spécialiste du yaoi, Libre Shuppan (les amateurs peuvent voir l’impressionnante liste de publication ici) sous son nom d’origine Gen no Tsumi. Depuis il a fait le tour de l’Asie (Corée, Chine) et il est présent dans plusieurs pays d’Europe : en Allemagne chez Tokyopop et en France via l’éditeur Taïfu : le second tome est paru cette semaine justement, le 24 septembre.

Pour la petite histoire les deux auteurs sont également venus lors de la Japan Expo 2015, l’occasion pour le public de les rencontrer et pour Journal du Japon de les interviewer et le duo s’est avéré assez bavard d’ailleurs. Mais aussi ce fut aussi l’opportunité de découvrir la superbe édition collector du premier tome : un grand format (15 x 21 cm), des pages couleur qui deviennent des doubles posters recto verso, une maquette revisitée avec une reliure en tissu et un signet en tissu également, une nouveau visuel en couverture et enfin un papier de meilleure qualité (quoique celui de l’édition simple n’a pas à rougir). C’est le double du prix mais ceux qui l’ont eu entre les mains semblent vraiment apprécier.

In these words collector

Comme vous pouvez le voir avec ces couvertures, le dessin de Jun TOGAI témoigne d’un talent graphique indéniable, qu’il s’agisse du coup de crayon ou de la colorisation, que l’on s’intéresse à la plastique des personnages où à leur expressivité tout en subtilité. Bonne nouvelle, l’intérieur de ces deux premiers tomes est du même acabit : on profite d’une première page couleur très réussie et le reste de l’ouvrage n’est pas en reste. L’influence des comics évidente ressort par des traits épais mais fluides, une gestion des ombres très poussées avec une multitude de niveaux de gris : on sent la parfaite maîtrisé du dessin sur tablette graphique et surtout de la finition très léchée par ordinateur sur Photoshop. Même si l’on s’éloigne un peu du noir et blanc à la japonaise et que la mise en page emprunte ponctuellement une dynamique US, on reste sur un hybride à dominante japonaise, de par le chara-design, le découpage ou les angles choisis…

in-these-words-1-kenji  In These Words

Un visuel sans faute donc mais le reste n’est pas mal non plus…

Tel est pris qui croyait prendre…

Après le plaisir des yeux, c’est rapidement le scénario qui prend le pas dans l’intérêt du lecteur. Tout d’abord parce que le premier tome ne commence pas par des planches mais par du texte : dix pages racontent ainsi la première rencontre présumée entre le docteur Asano et son futur bourreau autour d’un café, puis nous plonge dans le début de son calvaire. Vous l’aurez bien compris, les fameux rêves d’Asano ressemblent plutôt à des souvenirs, refoulés à priori puisque l’intéressé n’en a pas conscience. Usant d’une chronologie volontairement floue et parsemée de trous, Narcissus joue donc avec son lecteur sur l’ambiguïté des situations, sur la part de fictif et de réel dans ces rêves et sur leurs liens avec le meurtrier : ces songes sont-ils des fantasmes, des souvenirs, un mélange des deux ? Et pourquoi ces cachets et ces migraines ressemblent-ils à des indices à l’intention du lecteur ?

In This WordRapidement, à la fin du premier volume, tout bascule. Sans vous révéler ce premier rebondissement, disons qu’Asano perd le contrôle et ne semble plus du tout en sécurité. Inquiet, on commence aussi à se poser des questions concernant cette fameuse enquête, et c’est là que le second volume nous en révèle la véritable teneur. Pour cela, nous voilà projeté vingt mois en arrière pour découvrir les véritables origines de l’affaire, ainsi que la première rencontre entre Asano et… un personnage clé dirons-nous. Ces vingt mois sont bien partis pour devenir la nouvelle “histoire dans l’histoire”, le cœur du récit de ce seinen avant que l’on revienne, un jour, finir cet arc entamé dans le tome 1 pour une course poursuite finale.

Au delà de ce labyrinthe scénaristique et narratif assez cohérent que le lecteur prend plaisir à suivre, c’est aussi toute une psychologie très complexe que l’on prend plaisir à appréhender, morceau par morceau : celle du docteur Asano. Ce professeur à la plastique irréprochable et à l’intellect sans faille est pourtant quelqu’un de froid – et à la beauté glaciale, d’ailleurs – toujours distant et avant tout maître de soi. D’où sa volonté de ne pas se briser face aux assauts et tortures répétés de son ravisseur dans le premier opus. Mais lors des entretiens avec le prévenu, le psychologue ne parvient plus à analyser froidement la situation et se prend à jouer un jeu dangereux qui l’amène au bord du gouffre. Néanmoins, dans ce premier temps, il est la pauvre victime aux yeux du lecteur. Pourtant, c’est une personnalité beaucoup plus sulfureuse et dominatrice qui nous est offerte dans le second volume, où l’on voit le docteur façonner son monde et les gens qu’il rencontre selon ses propres règles.

Après avoir vu comment le chaos l’a envahi et les tentatives pour le briser on revient donc sur l’homme tel qu’il était au départ… Une déconstruction / reconstruction très intéressante sur le plan psychologique, qui apporte pas mal de moments inattendus pour le lecteur. A la fin du second tome on commence enfin à comprendre Asano (en tout cas le croit-on) : c’est un homme qui refuse la domination psychologique car il aime en jouer lui-même, avec brio, mais il accepte au contraire la domination physique… Voici un vrai challenge pour un serial killer et psychopathe d’envergure !

In-these-words-T.I-2Enfin je ne pouvais pas conclure sans évoquer les scènes de sexe, qui occupent un quart de l’ouvrage. Si, de par la plastique parfaite et l’esthétisme réussi elles plairont logiquement aux amateurs/trices du genre, il faut bien avouer qu’elles sont sans concession : très peu de place est laissée à l’imagination et on nous montre tout (l’image ci-contre est plutôt soft, ne vous y fiez pas), ce qui paraît assez inhabituel quand on connait les représentations de l’acte dans la bd nippone. C’est cru, certes, voir presque trash, mais pas vulgaire pour autant, car la dessinatrice ne semble pas viser la surenchère et veut plutôt donner un certain glamour à l’acte, tout en gardant une certaine crédibilité. Quelques extraits ici pour vous faire une idée.

La violence, car qui dit viol dit forcément violence, vient plutôt de l’affrontement des esprits que des corps, entre Asano et ses partenaires. Avec son ravisseur, il refuse la soumission et l’exprime à chaque rapport, quitte à dire ses quatre vérités à son ennemi et à se prendre des coups de couteau ET une franche sodomie en retour. La fréquence et la longueur des rapports attaquent d’ailleurs sérieusement la volonté de notre médecin et on ressent page après page son épuisement dans cette guerre psychologique.

Dans le second tome, autre décor puisqu’on a le droit a des relations consenties et un embryon de romance. Mais là encore le comportement demeure prépondérant avec des rôles dominants /dominé au cœur du débat. En résumé, l’esthétisme et les enjeux intellectuels de ces moments feront que, même s’ils vous laissent de marbre physiquement, ils ne sont pas dénués d’intérêt. Et pour ceux que ça intéressent, alors là, ce sera double jackpot.

Le succès ou au moins l’engouement autour de In These Words n’est donc pas sans raison et il mérite d’aller au delà d’une simple classification sulfureuse: en deux volumes, ce seinen a déjà mis en place un scénario bien élaboré et intriguant, à l’image de son personnage phare, complexe, dont la sexualité est l’une des composantes révélatrices et donc utile au titre. Le yaoi est un peu la cerise sur le gâteau pour les amateurs et amatrices mais il serait dommage que cette caractéristique soit pour vous rédhibitoire et vous fasse rater un titre visuellement superbe et scénaristiquement prenant. Laissez vous tenter par la couverture, et ouvrez-le !

In these Words

ITW-2-taifuFiche descriptive

Titre : In These Words
Auteur : Jun Togai / Narcissus
Date de parution du dernier tome : 24 septembre 2015
Éditeurs fr/jp : Taifu/ Libre Shuppan
Nombre de pages : 240 n&b et couleur
Prix de vente : 9.99 €
Nombre de volumes : 2/2 (en cours)

Visuels : In These Words ©  Guilt|Pleasure 2012 / Libre Publishing Co., Ltd..

Pour en savoir plus sur le titre et ses deux auteurs je vous conseille leur site internet, leur tumblr, leurs comptes Twitter :  Jun TOGAI, NarcissusVous pouvez aussi vous tenir informé sur le groupe Facebook (privé) de Guilt Pleasure, tenue par la traductrice française de l’oeuvre !


septembre 25th, 2015
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Ventes manga Japon – 1er semestre 2015 : le turn over continue ?

⊆ juin 25th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation, Top Ventes Japon | | ˜ 4 Commentaires »

2015 manga Japon S1

Après quelques semaines très occupées – entre lectures, préparation de Japan Expo et de multiples projets pour Journal du Japon – je ré-ouvre enfin l’admin de Paoru.fr pour vous parler de chiffres, et pas n’importe lesquels. Pour la 3e année consécutive (cf S1 2013, puis S1 2014) je vous propose de découvrir mais surtout de décortiquer les chiffres de ventes de manga au Japon, pour le premier semestre 2015, selon les chiffres de l’institut Oricon. Comme chaque année, il s’agit de chiffres avec un léger décalage puisqu’ils couvrent la période du 17 novembre 2014 au 17 mai 2015.

Même si on a pu constater qu’un semestre ne fait pas l’autre – le nombre de tomes sorti ou les adaptations animes brouillent facilement les cartes – voici une bonne occasion de faire le point à mi-parcours après une année 2014 qui a été marquée, comme évoqué ici, par le retour des shônens sportifs (Haikyû en tête), un duel au sommet entre L’attaque des Titans et One Piece, le tout sur fond d’un renouvellement de génération qui s’accélère (Tokyo Ghoul, Seven Deadly Sins, etc.).

Allez hop, on regarde ça de plus près !

Top ten : Luffy, même pas mort ?

Pour répondre à cette question aussi simpliste que limpide, regardons d’abord le top 10 de ce premier semestre 2015 :

Top 10 manga-series S1 2015 Japon

Top 10 des ventes mangas au Japon au S1 2015, par série

Premièrement, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ces chiffres de ventes pour un seul semestre sont équivalents, hors One Piece, aux ventes de TOUTE l’année 2009, 2010 ou 2011, une époque où les chiffres du Top 5 annuel se baladaient en majorité entre 5 et 7 millions eux aussi. Le renouveau du manga au Japon n’est donc pas seulement un transfert de lecteur d’une série vers une autre, c’est aussi un retour des lecteurs, une nouvelle génération sans doute.

Avant les premières observations, pour une comparaison à époque identique, voici le premier semestre 2014 :

Top 10 manga-series S1 2014 Japon

Top 10 des ventes mangas au Japon au S1 2014, par série

nanatsu-no-taizai-jp-14Et donc, qu’est-ce qui a changé ? La première réponse évidente, c’est la pôle position de Seven Deadly Sins. Fin 2014, on en parlait déjà : l’adaptation animée de la série avait de bonnes chances de faire bondir la série dans le classement. L’an dernier il s’en est vendu 4.6 millions d’exemplaires contre 7.1 ce seul semestre. Même sans saison 2 animée immédiate pour le manga de Nakaba Suzuki, on peut extrapoler sur des ventes annuelles aux alentours de 11-12 millions à la fin de l’année, ce qui correspondrait à une multiplication des ventes par 3 quasiment, par rapport à 2014. De quoi rester sur le podium mais pas forcément en première place car c’est justement aux alentours des 11-12 millions que se jouait la pole position l’an dernier, entre One Piece et Shingeki no Kyojin / L’attaque des Titans. Passons à ces deux derniers justement.

One Piece parait en bonne forme si l’on compare les chiffres au semestre, mais il faut aussi vérifier combien de tomes sont sortis sur ces semestres : seulement deux au S1 2014, puis 3 le semestre suivant ce qui lui avait permis de conserver sa première place au classement annuel. Au premier semestre 2015… 2 volumes aussi ! Et oui, surprise du chef, One Piece qui voyait ses ventes globales diminuer depuis le pic de 2011 signe une progression de 43% par rapport au premier semestre 2014. A nombre de sorties comparables, Luffy pourrait presque atteindre les 17 millions d’exemplaires en fin d’année. Dix-sept ça me parait beaucoup mais quinze lui suffirait logiquement pour garder la première place.

L’autre challenger, jusqu’ici de poids, semble presque faire grise mine en ce premier semestre 2015 : L’attaque des titans voit ses ventes du semestre diminuer de 40% à durée et nombre de tomes similaires, deux pour être exact. Mais pas d’alarmisme, ceci n’est que la pause annoncée depuis la fin de la première saison animée, fin 2013. Ce qui va être intéressant, par contre, c’est de voir si le film d’animation prévu en juin et surtout le film live prévu en deux parties en août et septembre va relancer ou non la machine. Les films live sont connus pour séduire un public plus large que celui de la simple animation, donc pourquoi pas un rebond marqué des ventes. One Piece semble difficile à accrocher au classement annuel, surtout que les titans ont déjà deux millions d’exemplaires de retard, mais le combat pour la seconde place entre Seven Deadly Sins et le manga Hajime Isayama s’annonce intéressant. Un duel Kodansha – Kodansha pour la seconde place, c’est la première fois que je vois ça en 5 ans, ça nous changera de Shueisha !

shingeki-no-kyojin-jp-16  One Piece 77 jp

Encore que, j’ai failli oublier nos deux – allez on va dire “nos trois” – outsiders de 2015 : Assassination Clasroom, Tokyo Ghoul et Haikyû !

Quels espoirs pour les challengers ?

Pour bien comprendre le potentiel de ces titres et des suivants, il nous manque encore une donnée : le nombre d’exemplaires vendus pour chaque nouveau tome, qui nous donne une idée du nombre de lecteurs qui suivent chaque série. Le voici d’abord sous forme brute (cliquez pour agrandir), classée tome par tome avec la date de sortie (ventes comptabilisées de mi-11/2014 à mi-05/2015 pour rappel) :

Top 50 manga-tomes S1 2015 Japon

Top 50 des ventes mangas au Japon au S1 2015, par tomes

Ensuite, vu que 90 à 95% des ventes ont lieu dans les 6 semaines qui suivent la sortie, on peut estimer que le nombre de lecteurs correspond aux ventes semestrielle de ces nouveaux tomes et établir un classement du lectorat à la louche. Avec quelques exceptions comme les éditions collectors d’ailleurs, mais on en reparlera avec l’exemple Evangelion. On obtient ainsi un Top 25 des séries les plus lues, qui dépassent toutes les 500 000 lecteurs :

Top 25 manga-tomes S1 2015 Japon

Top 25 des ventes mangas au Japon au S1 2015, en “lecteurs par série”

Tiens puisque je l’ai sous la main ce top, j’étaye un peu ce que l’on disait plus haut, sur SDS, One Piece et L’attaque des titans : One Piece repart à la hausse avec 3.08 millions d’exemplaires contre 2.83 au premier semestre l’an dernier (+9 %), L’attaque des titans se stabilise à 1.83 millions de lecteurs contre 1.77 (+3%), et Seven Deadly Sins, premier du top 10 montre qu’il a encore du chemin à faire en étant 9e de ce classement avec 850 000 exemplaires écoulés. La série était en dehors des classements du S1 2014, c’est à dire inférieur à 380 000 exemplaires donc il est difficile de quantifier la progression et seule les ventes du tome 6 sur l’année entière, à 534 473 exemplaires écoulés, indique que tout s’est emballé au second semestre. Un emballement qui ne s’est pas démenti début 2015 puisque le tome 1 s’est vendu à 402 000 exemplaires ce qui fait un beau paquet de nouveaux lecteurs. Et si on fait un peu de maths, on voit aussi que le lectorat a encore un peu de marge de progression…

Assassination Classroom 14Mais revenons-en maintenant à nos fameux challengers. Assassination Classroom, numéro 3 du top 10 par séries. Avec ses 5.2 millions d’exemplaires l’oeuvre fait presque deux fois mieux que le S1 2014 mais aussi légèrement mieux que l’année complète où 4.62 millions d’exemplaires avaient trouvé preneur. C’est donc prometteur pour 2015. Le nombre de lecteur progresse lui aussi, mais plus doucement : il se vendait 773 000 exemplaires du tome 7 en 2014, il s’en est vendu 895 000 unités du 12 ce semestre. Là aussi c’est un film live en mars et l’adaptation en anime qui ont permis le décollage des ventes. Avec 3 volumes probables pour le second semestre mais pas de film ou de série, on peut tabler sur 8-9 millions d’exemplaires écoulés ce qui permettrait à la série de conserver sa place dans le top 5, à défaut du podium.

Tokyo Ghoul suit un peu le même chemin : sa première adaptation animée remonte au second semestre 2014, ce qui lui a valu la 4e place du top par série l’an dernier, en multipliant ses ventes par 4 (6.9 millions d’ex. sur l’année). La seconde adaptation animée, Tokyo Ghoul √A, a permis de poursuivre le recrutement ce semestre, même s’il est plus modéré : la série totalise 4.4 millions d’exemplaires au premier semestre et devrait donc battre son score de l’an dernier, sachant que l’on passe de 645 000 lecteurs à 884 000 environ, soit une progression de 37%. Mais TG et AC sont désormais au coude à coude avec 3 tomes à paraître et il est difficile de dire qui l’emportera : Assassination a une avance d’un petit million d’ex. ce semestre mais la courbe de progression de Tokyo Ghoul lui est davantage favorable… Je passe à la suite mais j’attends vos paris !

Le 3e challenger, Haikyû s’était hissé à la 3e place l’an dernier avec 8.3 millions d’exemplaires vendus, grâce à une excellente adaptation animée. Mais, ce semestre, il peine à n’en faire ne serait-ce que la moitié. Un recrutement fini ? Pour le moment en tout cas, car le nombre de lecteur se stabilise, en passant de 833 000 l’an dernier à 905 000 cette année. Ce qui est, en soi, un excellent score quand même : le titre de Haruichi Furudate est le 5e plus lu à la nouveauté au Japon, devant TG et AC par exemple, et il pourrait bien devenir numéro 3 en 2016 avec les fins d’Evangelion, qui s’offre un dernier tome vendu à plus d’un million d’exemplaire (si compte les deux éditions simple et collector) et celle de Naruto.

Haikyuu 16 jp  tokyo-ghoul-re-jp-1

Tiens et puisque j’évoque le ninja orange, on peut saluer un finish honorable avec 1.2 millions de lecteurs sur le dernier volume, 10% au-dessus du premier semestre 2014. Le titre de Kishimoto apparaîtra-t-il une dernière fois dans le top 10 annuel de 2015 ? Avec 2.5 millions d’exemplaires vendus, c’est encore 2 millions d’exemplaires de moins que le 10e de l’an dernier. Sans nouveau tome, c’est mission quasi-impossible donc on peut d’ores et déjà annoncer la fin d’une longévité record dans ce top 10 de l’Oricon pour notre hokage, d’une décennie si je ne dis pas d’âneries. La performance parait pâle vis à vis de One Piece, mais quand même !

En seconde ligne : rien de bien nouveau…

Dernier tableau de cet article : allongeons le classement par série avec les 30 les plus vendus, histoire de regarder un peu plus loin que les blockbusters. Ceci correspond en fait aux séries qui se vendent à plus d’un million d’exemplaires. Le classement annuel 2014 est ajouté à titre d’indication mais attention, le nombre de tomes variant d’un semestre à l’autre c’est à prendre avec des pincettes.

Top 30 des ventes mangas au Japon au S1 2015, par série

Top 30 des ventes mangas au Japon au S1 2015, par série

Si on finit notre top 10, il reste notamment un shôjo avec Blue Spring Ride ou Ao Haru ride à la 8e place. Publié chez nous par Kana ce titre vient de s’achever au Japon le mois dernier. Il aura fait un beau chemin au Japon : 2.11 millions sur l’année 2013 (21e classement série) puis le double ou presque l’an dernier avec l’adaptation animée, soit 4.17 millions (13e place) et il est entré dans le top 10 pour ce premier semestre 2015 avec 2.33 millions d’exemplaires. A noter : il finit avec autant de lecteurs qu’Haikyû !

Après un shôjo, voici un seinen, qui s’accroche depuis un certain temps dans le top : Terra Formars. 3.6 millions en 2013, 4.3 l’année dernière  grâce à un adaptation animée et 2.3 au premier semestre 2015. Une stabilisation donc : 453 milliers de lecteurs en 2013, 624 en 2014 et un atterrissage en douceur à 648 000 au premier semestre, au même niveau qu’un Blue Exorcist (qui est parti pour perdre 10% de lecteur cette année encore, d’ailleurs). Mais Terra Formars pourra essayer de franchir un nouveau palier en 2016, avec un film signé Takashi Miike, le réalisateur hyper-prolifique du cinéma nippon, habitué des adaptations live : Dead Or Alice, Ichi The Killer, MPD Psycho, etc. Terra Formars avait donc échoué de peu à atteindre le top 10 en 2014, le ratera sans doute de peu en 2015, mais peut espérer pour 2016 !

Ao Haru ride 13 jp  Terra formars 13 jp

Ensuite, de la 10e à la 30e place, peu de choses sortent du lot ce semestre.

On pourrait résumer ça en 3 catégories : les anciens leaders dont les ventes s’effritent à des rythmes variables, les séries qui font un aller retour vers le haut du top avec une adaptation animée et enfin ceux qui sont bien placés “au talent”, et qui dépasse le million sans recourir à une adaptation. Ils ont donc de quoi exploser en popularité d’ici peu.

Dans la première catégorie – les anciens blockbusters – on pouvait nourrir quelques espoirs sur Fairy Tail : classé 17e au classement annuel 2014, la série se hisse à la 12e place ce semestre ! Est-ce que la série de Mashima aurait réussi à se stabiliser voir à remonter ? Fausse joie, car les dés sont un peu pipés : on comptabilise 4 tomes ce semestre contre 3 l’an dernier, ce qui explique la bonne place dans le classement et les 1.8 millions d’exemplaires vendus. Les ventes aux tomes confirment avec une léger recul de 538 à 482 milliers de lecteurs, soit une baisse de 10 %. Le destin est un peu le même pour Nisekoi : lancée en 2011, la série rentre tout juste dans le top 30 par séries en 2013 (1.5 million d’ex.), fait un bond avec une première saison animé en 2014 (16e avec 3.8 millions). Pour ce semestre, la 13e place est plutôt une bonne nouvelle (1.8 millions d’ex.) et le tome 15 arrivent enfin à sortir des fonds de classement : 45e avec 431 452 exemplaires. La seconde saison a débutée en avril permettra à Nisekoi de dépasser les 3 millions, peut être d’atteindre les 4 ? Pas impossible que Fairy Tail se fasse dépasser en tout cas !

Fairy Tail 49 jp Nisekoi 18 jp

Chez les “anciens” toujours on a 3 titres qui se baladent entre la 15e et la 20e place : notre cher Détective Conan qui, avec ses tomes 85 et 86 continue de recruter des lecteurs et dépasse la barre des 500 000 (contre 490 000 au S1 2014). Et le tout sans nouvelle saison animée, c’est toujours aussi fou cette histoire. Beaucoup moins impressionnant : Magi. Sans adaptation animée pour l’hiver comme ce fut le cas en 2013 et 2014, les ventes ont fondu : 7.2 millions d’ex. en 2013, 4.7 en 2014 et 1.5 pour le S1 2015 c’est à dire 3 millions au mieux en fin d’année. Au mieux car le nombre de lecteurs ne tient pas non plus : on passe de 678 milliers au S1 2014 contre 513 cette année. Enfin, on saluera la fin de Kuroko avec son 30e volume en décembre dernier. C’était LE carton surprise de 2012, qui avait détrôné Naruto à l’époque, avant l’arrivée des Titans, avec 8 millions d’exemplaires vendus. En 2013 les ventes se stabilisait à 8.7 millions puis ont amorcé leur descente l’an dernier, à 6.7 millions et la fin du recrutement autour de 750 000 lecteurs.

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Pour en finir avec les anciennes stars, il y a toujours l’arlésienne Bleach, qui n’en finit plus de perdre des places au ralenti : 1.2 millions d’exemplaires seulement ce semestre et 545 000 lecteurs sur le tome 66. Malgré un petit boost des ventes l’an dernier, la série repart doucement à la baisse pour ces 14 ans d’existence. Il devrait s’en vendre 2.5 millions sur l’année donc on reverra probablement Ichigo dans le bilan annuel 2015 et 2016, mais sans grand enthousiasme. Idem pour Gintama, à 1.15 millions d’exemplaire, qui se maintient dans le top semestriel mais dont on sent la fin venir aussi.

Au chapitre des aller-retour dans le top et des animes sous perfusions, je ne garderais que deux exemples pour ce semestre, les deux plus vendus. En 10e et le 11e nous avons deux séries avec plusieurs points communs : Yowamushi Pedal aka En selle, Sakamichi (diffusé sur ADN cet hiver) et Ace of Diamond. Ces shônens sportifs comptent déjà 40 tomes pour le premier, 46 pour le second – on ne les verra jamais en France, donc – et ils ont recruté des lecteurs depuis 2014 via leur adaptation animée, mais ils sont sous les 350 000 lecteurs et on tourne autour de 1.9-2 millions d’exemplaires vendus en 1 trimestre, ce qui devrait mener ces deux séries autour de la 15e place au mieux, avec un léger bonus pour Ace of Diamond dont l’anime continue (depuis 2013 d’ailleurs)  alors que la saison 1 de  Yowamushi Pedal est achevée. Tiens d’ailleurs Ace on le trouve dans le top 100 par ventes au tome, en 81e position à 328 000 lecteurs, mais pas de trace de Yowamushi.

Ace of Diamond 46 jp  Yowamushi Pedal 40 jp

Mais où sont les outsiders ?

C’est la question que l’on se pose lorsqu’on aborde la 3e catégorie citée plus haut, celle des séries qui ont encore la carte de l’anime à jouer. Seven Deadly Sins a tiré la sienne donc il faut aller chercher dans les différents classements et émettre quelques hypothèses d’après les ventes aux tomes, que je vous remets là pour que vous suiviez plus facilement :

Top 50 manga-tomes S1 2015 Japon

Top 50 des ventes mangas au Japon au S1 2015, par tomes

Sakamoto desu ga ? : Bon avec un tome par an, l’adaptation anime n’est pas prévue pour tout de suite je pense. Mais avec des ventes au tomes aux alentours de 750 – 800, ça laisse rêveur sur le potentiel.

One punch man 08One Punch-man : l’adaptation animée arrive en octobre et la série se vend déjà à 600 000 exemplaires, quasiment +20% par rapport à l’an dernier. C’est pour moi ZE challenger pour 2016 : si l’anime double le nombre de lecteur (ce qui est, somme toute, fréquent) il pourrait se vendre 1.2 millions d’exemplaires de chaque tome de la série, et la série deviendrait la 3e la plus lue de l’archipel. D’autant qu’avec la fin de Naruto et la concurrence très bien organisée de Kodansha, la Shueisha ne devrait pas laisser passer une occasion pareille. Ce n’est pas certain que l’effet anime soit visible dès le bilan annuel 2015 mais je vois bien la série entre la 10e et la 15e place quand même. Ah et puis, avec cet anime qui arrive, j’espère que l’éditeur français qui a acquis la licence sortira du bois, qu’il s’agisse de Kazé ou de Kana.

Ajin : série très discrète de chez Kodansha, qui arrive chez nous chez Glénat Manga d’ici peu (il parait que ça leur a coûté une blinde d’ailleurs, c’est pour ça que je ne vois pas One Punch-man chez eux). Avec un tome par an, 6 tomes au total et pas de présence dans aucun classement, on attend de voir.

Arslân : le nouveau Hiromu Arakawa se débrouille bien ! Avec son anime qui a débuté en avril la série a conquis 534 000 lecteurs via seulement 3 tomes. Deux tomes par an c’est peu léger pour grimper très haut des les top mais le bond est quand même à noter !

Kyō wa Kaisha Yasumimasu : on finit avec un josei mesdemoiselles et mesdames, un peu inconnu au bataillon mais il a quelques caractéristiques intéressantes : 517 000 exemplaires du 8e et dernier volume à ce jour, il est publié par Shueisha et ça doit être le 25e manga de son auteur  Mari Fujimura, (oui oui, le 25e) si on en croit Baka Updates. Ce n’est donc pas impossible qu’on en reparle.

Voilà qui finit ce bilan, qui permet de clarifier un peu les forces en présence dans cette nouvelle génération de blockbuster, et de montrer que sans anime – ou avec trop d’anime au bout d’un moment – il est souvent difficile de rester durablement dans le haut des classements. Beaucoup de séries ce semestre, et d’autres commencent à sérieusement tomber dans les abîmes des classements, ce qui fait encore quelques places à prendre. Mais avec des podiums annuels autour des 10 millions d’exemplaires, qui aura les épaules pour défier ces nouveaux rois ? Rendez-vous en décembre pour en savoir plus… Et à la semaine prochaine pour un nouvel article !

Retrouvez les autres bilans des ventes de manga au Japon :

2015 : vers la stabilisation ?

2015 (1er semestre) : le turn over continue ?

2014 : il va y avoir du sport !

2014 (1er semestre) : Le pirate et le ninja sont-ils morts ?

2013 : confirmation du renouveau ?

2013 (premier semestre) : une nouvelle génération en marche ?

2012 : Il y a One Piece… Et les autres ?

2011 : Shueishaaaa, ton univers impitoyaaableu !

Sources : Oricon, Wikipedia et bleach-mx.fr


juin 25th, 2015
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Your lie in april : la musique donne des couleurs à la vie !

⊆ mai 13th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Your Lie in April 4

J’étais parti pour vous faire une sélection de tomes 1. Cinq avait déjà été choisis et 2 restaient à lire, dont Your Lie in April, le manga de Naoshi ARAKAWA aux éditions Ki-oon. Au bout des 2 tomes de ce dernier, sortis ensemble le 09 avril, le verdict tombe : la sélection attendra encore un peu, car cette série – et cette expérience de lecture en musique – méritent toute mon attention le temps d’un article complet. So here we are, young ones, parlons un peu de ce shônen d’une grande douceur, qui mêle combat contre soi-même et duo de musique classique, dans une remarquable mise en scène.

Certains ont, peut-être, déjà entendu parler de titre via son adaptation en anime, diffusée chez Wakanim sous son nom original nippon Shigatsu wa kimi no uso, à moins que vous ne l’ayez repéré encore plus tôt grâce à sa sélection aux fameux Taisho Awards en 2012, même si c’est Silver Spoon qui l’a emporté cette année là. Your Lie in April a débuté en 2011 dans le Gekkan Shônen de la Kodansha, un mensuel qui, en plus de Beck, compte quelques nouveautés phares de 2015 en France : Noragami (publié chez Pika) ou Rin, le prochain Harold Sakuichi qui arrive ce mois-ci chez Delcourt. De quoi attirer l’attention donc, car cette série achevée en 11 tomes a beau être la première oeuvre de Naoshi ARAKAWA, la maîtrise et le talent de ce jeune mangaka a vraiment de quoi séduire. Explications…

Your Lie in April 2   Your Lie in April 1

Tout commence par une vie en noir et blanc…

Kôsei Arima, collégien de 14 ans, a été formé depuis sa plus tendre enfance au piano par une mère des plus exigeante et sévère… mais qui a fait de lui un jeune virtuose. Jusqu’au jour où elle meurt : Kôsei a alors 11 ans et il est se retrouve seul. Le drame ne tarde pas à arriver : il s’effondre en plein récital et devient, dès lors, incapable de s’entendre jouer. Sa prometteuse carrière est tuée dans l’œuf… Pour toujours ?

Trois années se sont écoulées depuis et notre jeune adolescent fait un jour une rencontre inattendue qui va accélérer son quotidien, qui s’est teinté en noir et blanc depuis son blocage… Lors d’une rendez-vous forcé avec ses amis – l’impétueuse Tsubaki qui veille sur lui depuis toujours et son camarade de classe Ryota, sportif et grand séducteur – il fait la connaissance de Kao, jeune fille éblouissante et pleine de vie. Mignonne à croquer aussi. C’est Ryota qui attire les yeux de la belle et Kôsei ne cherche donc pas plus loin, d’autant que le fameux rendez-vous à quatre est une combine de Tsubaki : Kao est une jeune violoniste et elle passe aujourd’hui la première audition d’un concours public de musique classique. Récalcitrant, Kôsei finit par accepter et il découvre alors une interprète éblouissante… La 9 sonate de Beethoven emplit la salle et subjugue l’auditoire.

Même si le jeu de la demoiselle n’est pas du tout académique, elle passe tout de même le premier tour. Tout pourrait s’arrêter là, mais les chemins des deux musiciens se croisent à nouveau. Et Kao ne s’y est pas trompé, elle a bien reconnu l’ancien jeune phénomène. Elle prend alors une décision : avec l’aide enthousiaste de Tsubaki elle va faire de Kosei son accompagnateur au piano pour le second tour de la compétition !

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Une vie qui changea un beau jour d’avril…

Your Lie in April a le charme de ses manga hybrides, le charme d’un shônen qui sait se montrer subtil et qui donne la part belle aux émotions. Les premiers chapitres nous présentent les 4 protagonistes avec beaucoup de douceur et d’humour, dans un quotidien assez léger qui cache cependant quelques fêlures et quelques doutes. Tout ceci se découvre dans une excellente mise en scène qui s’appuie sur les liens qui unissent les différents protagonistes : Kosei et Tsubaki, par exemple, sont amis d’enfance mais on comprend rapidement que l’adolescence vient chambouler cette relation et que l’amour n’ai jamais très loin.

Your Lie in April 5Ryota est l’ami à qui tout réussi, le pote sympa qui à une côte d’enfer mais qui n’est pas si superficiel que l’on imaginer. Et il y a le chien dans le jeu de quille, l’ébouriffante Kao qui emporte tout et tout le monde sur son passage avec sa passion, son caractère décidé et intrépide…Elle rebat les cartes des relations au sein de notre trio qui devient rapidement un quator, tant et si bien qu’on ne sait pas pour l’instant où tout ceci va nous emmener. D’autant que d’autres personnages secondaires viennent pimenter l’intrigue, afin de corser le tout et d’éviter les romances trop téléphonées. Un vrai plaisir à la lecture.

Graphiquement, le mangaka joue beaucoup sur les regards et les échanges de regards, il utilise aussi bien les discussions que les introspections, le tout dans un parfait équilibre et toujours avec une légèreté. Autre arme : un humour avec quelques caricatures et SD qui font mouche tout en restant en surface, afin de laisser deviner au lecteur, en creux, la réelle profondeur des protagonistes.

Jusqu’ici, comme vous pouvez le constater et même avec un héros masculin, on semble bien naviguer sur le long fleuve de la romance. En fait, un peu comme dans un shônen de Mitsuru Adachi, on place les histoires d’amours en plein cœur d’un récit, on confère aux sentiments et aux émotions une prépondérance sur l’action. Cependant, si Adachi choisit souvent d’osciller entre sport et love story, Your Lie in April appuie encore plus sur la corde sensible, puisqu’il ne s’agit pas ici de baseball, de natation ou de boxe mais de musique classique avec un violon et un piano !

Corde sensible. Violon & piano. Humour. Bref… Poursuivons.

Bien que cela puisse paraître surprenant, de part l’image raffinée et subtile que possède la musique classique, c’est aussi dans les phases mélodiques que le coté shônen ressort, car nos deux virtuoses envoient balader les conventions, jouent avec leurs tripes et donnent tout au public, se répondant parfois l’un – l’autre comme dans un véritable duel sportif. Pour autant, grâce à sa mise en scène et un excellent découpage des planches, Naoshi ARAKAWA parvient à laisser à la musique toute sa subtilité : le temps suspend parfois régulièrement son vol sur une note et une double page,aérienne et magique, avant de replonger dans une bataille intense et un vrai challenge physique et émotionnel.

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Au sein d’un récit qui suit le schéma des tranches de vie, mais aussi une histoire plus profonde et tragique qui reste à découvrir, on a donc le droit à ses véritables montagnes russes, totalement trépidantes… Plus d’un mangaka s’est déjà cassé les dents sur ce genre de mélange, mais il faut bien avouer que l’équilibre est ici remarquable lors des deux premiers volumes.

… une vie qui se remplit de notes, éclatantes et colorées !

Néanmoins, pour être parfaitement honnête, cet enthousiasme que je témoigne ici n’est pas le seul fait du manga lui-même, et doit en partie à une excellente idée qui l’accompagne : celui d’insérer, à plusieurs fins de chapitre, un QR Code permettant avec votre téléphone de tomber directement sur la mélodie jouée le chapitre précédent, ainsi qu’un petit complément d’information sur le morceau lui même et sa jouabilité. Lire un manga sur le thème de la musique classique tout en l’écoutant : cela parait tellement évident quand on y repense, qu’on se demande comment personne n’y a pensé avant.

C’est en tout cas possible dorénavant, donc on peut saluer l’idée de la Kodansha qui a été reprise par Ki-oon, car le résultat transcende vraiment le matériau d’origine. Un conseil et une remarque tout de même : ces QR code et les liens se situent après l’interprétation de nos héros, à titre de complément d’information comme je le disais. Mais il s’avère bien plus efficace de laisser la musique se diffuser en même temps qu’elle s’écoule dans les planches du manga. Lorsque qu’une interprétation s’apprête à démarrer, filez en fin de chapitre et lancez la vidéo pour profiter à plein de ce mélange, et vous vous verrez totalement transporté, car le mangaka a réellement adapté sa mise en scène aux particularités du morceau joué, et on repère par exemple une intro ou un solo aussi bien sur les pages du manga que dans la mélodie. La symbiose n’en est que plus magique.

Your Lie in April 3

Voilà l’essentiel à retenir de ces deux premiers volumes, en plus du fait qu’il n’y rien à jeter graphiquement. Jetez-vous dessus, donc, pour le bonheur des yeux… Et des oreilles !

Your Lie in April 1Fiche descriptive

Titre : Your Lie in April
Auteur : Naoshi ARAKAWA
Date de parution du dernier tome : 09 avril 2015
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Kodansha
Nombre de pages : 192 n&b et couleur
Prix de vente : 6,60 €
Nombre de volumes : 2/11 (terminé)

Visuels : SHIGATSU WA KIMI NO USO © Naoshi Arakawa / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus sur le titre vous pouvez vous rendre sur le site des éditions Ki-oon. En bonus, voici également la preview du premier tome pour en découvrir les premières pages :


mai 13th, 2015
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About : le chocobo et ses plumes

⊆ mai 3rd, 2015 | ≡ Topic: Articles, Plumes | | ˜ 10 Commentaires »

PaoruLa page About / A propos de, celle qui vous dit tout – ou presque – sur le fonctionnement du blog et son but mais aussi sur son auteur. Alors que le blog avance doucement sur les 6 années, voici tout ce que vous devez savoir sur Paoru.fr et son chocobo d’auteur.

En résumé

Ce blog traite des œuvres et des artistes regroupés sous la bannière des loisirs asiatiques, japonais en majorité : manga, japanimation, j-music… Le tout accompagné d’écrits sur le Japon lui-même, un pays qui me tient à cœur depuis plus de 20 ans ans et sur lequel j’écris depuis une petite quinzaine d’années, sous le pseudonyme de Ramza ou sous mon propre nom, selon les médias.

Les médias justement il y en a eu un petit paquet… Pour ce qui est du web : après avoir travaillé pour Animes Lounge (aujourd’hui disparu), écris pour et co-dirigé Webotaku, j’ai participé de 2010 à 2012 à l’aventure  webzine Total Manga. 2010, date depuis laquelle ce blog est en route d’ailleurs ! Depuis fin 2012 j’ai bifurqué pour reprendre la direction de Journal du Japon, pour mon plus grand plaisir. Voilà pour la version courte… Pour connaître le pourquoi du comment, lisez la suite.

Paoru.fr… pour quelles raisons ?

Après plusieurs années à manier la plume numérique, dans plusieurs maisons et sous différentes formes, j’ai choisi de répondre à un désir impérieux : avoir un chez moi, un espace me correspondant et dont je suis le seul propriétaire. Le blog était donc la plate-forme parfaite pour venir y déposer mes plumes et s’avère, depuis, un excellent complément aux projets de premier plan auxquels j’ai participé, je participe ou je participerai.

Le journalisme web des loisirs asiatiques est un milieu dramatiquement bancal, dont il est quasiment impossible de vivre… Ceux qui ont réussi à le faire en France sont à peine plus nombreux qu’une une équipe de foot. Donc autant en profiter et se faire plaisir ! Au fil des mois le format blog a confirmé son excellent potentiel de laboratoire, que ce soit dans le domaine des écrits ou dans celui des nouvelles technologies et de leur application dans la promotion des loisirs asiatiques : Web 2.0, webradios, réseaux sociaux, etc… C’est donc un terrain de jeu qui nourrit régulièrement l’imagination du touche-à-tout que je suis. En 5 ans et des poussières, le petit blog a grandi et comptabilise actuellement (en mai 2015) plus de 10 000 visiteurs uniques mensuels et bientôt 600 papiers, ainsi qu’une communauté grandissante sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Google +. Une communauté que je salue au passage, y a des gens très chouettes ^^

Et puisque que je parle de gens chouettes : ce blog a alterné différents cas de figure au niveau de son équipe, en passant de ma plume à plusieurs rédacteurs de 2010 à 2012 avant de revenir progressivement à un espace plus personnel. L’arrivée à la direction de Journal du Japon m’a poussé à délimiter le travail de blogueur et le travail d’équipe, chacun dans son espace, plutôt que de finir schizophrène. Même si le noyau dur de Journal du Japon – Paoru.fr tient beaucoup plus de la grande famille que d’équipes séparées ou concurrentielles, c’est important de conserver un havre de paix, loin des responsabilités de travail d’équipe et de chiffres d’audience. Paoru.fr est donc redevenu ce qu’il est à la base : un blog pour le plaisir d’écrire et de partager. Ma cour de récré.

Et avec ça, je vous écris quoi ma bonne dame ?

S’il a évolué sur le plan humain, le blog évolue aussi sans cesse sur le plan du contenu. Ses débuts ont été l’occasion de nombreuses expérimentations dans les domaines de la musique : analyse de l’Oricon (j’y passais 4h chaque semaine, j’étais jeune, j’étais fou !), mais aussi la découverte d’artiste, d’albums, de la biographie en pagaille… Tout ça en oublier la japanime (des heures à parler de Durarara et du studio Bones), de 2010 à 2012 là aussi. Je suis même allé jusqu’à évoquer des sujets d’actualités, de l’histoire et de la politique façon Dallaaaaas au pays du Soleil Levant. Même s’il n’est pas à jour (c’est prévu chef, c’est prévu), l’index du blog vous donnera une bonne idée de ce qu’est le contenu de Paoru.fr, de manière globale.

Toutes ces thématiques sont désormais sur un tempo plus réduit et erratique, et le blog se concentre sur le cœur de la passion qui m’anime : le manga. J’en lis depuis 22 ans donc il ne s’agit pas seulement que de parler d’œuvres, mon attachement à ce secteur que j’ai vu naître va plus loin que ça : je consacre une bonne partie de mes écrits au marché français ou japonais de ce secteur, via les interviews éditeurs – LE truc récurent de ce blog depuis 5 ans – et des analyses. J’adore les chiffres, c’est un peu de mon coté scientifique je suppose (je suis prof de physique chimie en lycée, pour info). Plusieurs dizaines de rencontres plus tard, il y a toujours à découvrir sur les succès et les bides des titres dans l’hexagone ou au Japon et sur la façon de travailler les titres. En plus, le métier d’éditeur, intrinsèquement, me passionne. On dit souvent que les journalistes sont des artistes ratés qui compensent comme ils peuvent : être artiste ne m’a jamais tenté – même si je ne dis pas non à l’écriture d’un roman, un jour -mais dans une autre vie j’aurais sans doute choisi d’être un éditeur.

Concernant les mangas et ce blog : je mélange les critiques, les chroniques, les marathons de lectures ou les papiers thématiques, avec des réactions à chaud sur Twitter et Instagram depuis quelques mois, pour le fun et l’échange. Pour en revenir au blog : j’y parle de ce qui me plait, presque exclusivement, car je n’ai déjà pas le temps de vous parler de tous les bons titres donc si je dois EN PLUS perdre du temps sur ce qui ne me plait pas, ce serai un vrai cauchemar. De toute façon, j’ai toujours voulu savoir ce qu’il y avait de meilleur sur les menus au restaurant plutôt que les plats a priori pas faits pour moi. Donc je fais pareil ici.

Pour faire une sélection du meilleur dans un choix le plus large possible je travaille avec les professionnels du secteur depuis 7-8 ans, qui m’envoient une partie de ce que je ne peux pas acheter, les services presse comme on les appelle. En effet je lis entre 300 et 400 mangas par an et j’en fournis une autre centaine à l’équipe de Journal du Japon, cela reste donc la meilleure façon de travailler en sortant des sentiers battus et lire ce que le porte monnaie ne pourrait offrir… Tout en obligeant derrière à être encore plus sélectif vu le ratio entre le nombre de lectures et les places disponibles pour les articles dans les plannings. In fine, 80% des œuvres évoquées ici se font comme ça et pour le reste, je fais comme tout le monde : j’achète !

Enfin Paoru.fr est aussi jalonné de rencontres et / ou des coups de cœur pour des gens, comme Satoe Tone récemment ou Dai Sato, Shingo Araki, Aleksi Briclot, Ahmed Agne, Urasawa ou Hojo… L’exercice de l’interview me passionne lui aussi, pour le dialogue bien sûr mais aussi de la création des questions jusqu’au travail des réponses,un artisanat sur un matériau brut que j’adore affiner et mettre en valeur. J’ai perdu le compte du nombre de rencontres (quelque part autour de 250 à vue de nez), mais vous en trouverez une bonne centaine dans les colonnes de ce blog.

Les travailleurs de l’ombre…

Même si, désormais et pour les raisons évoquées précédemment, ce blog est celui d’un seul auteur, ce dernier n’est pas arrivé ici tout seul. Je ne compte plus les coups de mains pour la correction et les règles de français rappelées (les Japonais avec une maj, bien sûr avec le circonflexe, ces putains d’accords et ces vicieux verbes du troisième groupe). Il y a aussi eu les papiers réalisés avec d’autres ou par d’autres parfois, les contacts pour les infos et visuels, etc. Je pense à  Ryo ou Faye sur Webotaku puis  Synopsya et/ou de l’équipe de Total Manga puis la team de Journal du Japon, et enfin ma Gally, ma patiente chère et tendre qui doit me partager avec tout ça… Bref, le français correct parfois atteint ici est aussi leur œuvre ! A ceci j’ajouterai le travail de mise en page des articles du magazine TM : merci donc à Céline et toute la bande du mag. J’ai beaucoup appris à leur contact, donc je tenais à les citer 🙂

Apprendre d’ailleurs, je continue toujours, à rencontrer aussi, et c’est sans doute pour ça que ça dure. Il y a les collègues qui sont devenus des amis (ceux de la vraie vie comme on dit souvent ^^), les collaborateurs que j’admire pour leur plume et leur humilité, les confrères et concurrents avec qui l’émulation et les débats sont toujours utiles, et tous les contacts pros réglos, souriants, réactifs, efficaces, qui vous donnent envie de bosser avec. Inutile de dresser une liste – qui finit toujours dans le politiquement correct en plus – je leur envoie déjà des bonnes ondes à longueur d’année !

Voilà ce qu’il y avait à savoir sur Paoru.fr et son chocobo d’auteur… Ah oui d’ailleurs le nom Ramza, la mascotte chocobo, avez-vous deviné le point commun de tout ça je suppose ? Je vous laisse chercher. Sinon pour toutes questions, demandes ou remarques, l’espace commentaire est présent sur chaque billet. S’il ne suffit pas, pas de problème, vous pouvez m’envoyer un mail à ramza AT paoru POINT fr. A bientôt dans les prochains articles 🙂


mai 3rd, 2015
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Poison City : une passionnante mise en garde, par Tetsuya Tsutsui

⊆ mars 11th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Poison City

Avec A Silent Voice, Snow Illusion, Darker Than Black et une multitudes de très bons tomes, le premier trimestre 2015 est plutôt appréciable pour le lecteur de manga. D’autant que le mois de mars achève cet hiver de lecture en beauté :  nouveau tome de Vinland Saga, publication de Innocent (le nouveau Shinichi Sakamoto) et, cette semaine, sortie de Poison City, le nouveau Tetsuya Tsutsui aux éditions Ki-oon.

J’aime bien ce que fait Tsutsui, par la modernité de ses thématiques et les débats épineux qu’il soulève, donc un nouveau titre de l’auteur de Prophecy, Manhole, Dud’s Hunt ou Reset m’intéresse forcément. Avec une histoire de mangaka confronté à la censure dans une société puritaine et très similaire à la notre, il semble logique que ce titre cartonne, surtout avec sa mise en avant au Salon du Livre de Paris et la venue de son auteur. Mais en dehors de cette convergence de bonne augure, il est important de vous prévenir : Poison City est avant tout un très bon manga. Tout comme Erased est le dernier en date ET le meilleur manga de Kei Sanbe, ce nouveau seinen Tsutsui pourrait bien être le plus brillant du mangaka. Néanmoins, allons y doucement sur les conclusions hâtives, et regardons d’abord ce que l’on peut dire de ce premier tome.

Poison City, l’héritier de Manhole…

Manhole_01Pour ceux qui découvrirait l’auteur ou qui n’aurait suivi son parcours que de très loin, rappelons que Poison City arrive après 13 ans de carrière de Tetsuya Tsutsui et qu’il constitue son cinquième manga publié. Habitué des one-shots et des séries courtes, le mangaka n’a jamais dépassé les 3 volumes (son maximum dans Manhole puis Prophecy) et Poison City ne va pas déroger à la règle puisqu’il est prévu en 2 opus, de 242 pages. Ce titre est le second publié dans le Jump Kai, un magazine de prépublication de la Shueisha pour jeunes adultes – on y a croisé HE The Hunt for Energy de Boichi également – mais ce mensuel a fermé boutique en octobre dernier et le titre a été transféré dans le Young Jump, magazine beaucoup plus connu : Gantz, Zetman, Liar Game, Real, Tokyo Ghoul et Terra Formars, sont quelques uns des seinens qui y ont élu domicile ces dernières années.

Ensuite, il est bon de (re)préciser d’où vient Poison City, car censure et liberté d’expression ne sont pas arrivées par hasard ou par effet de mode dans l’esprit du mangaka. Dans un communiqué datant de 2009, l’agence pour l’enfance et l’avenir du département de Nagasaki a classé le manga Manhole comme «oeuvre nocive pour les mineurs » pour le motif «d’incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes». Conséquence : perte de visibilité dans les boutiques, mauvaise réputation pour l’auteur, etc. C’est la seule instance au Japon a avoir statué dans ce sens et le pire est que jamais Tsutsui n’ a été mis au courant de la procédure, ni n’a pu s’expliquer sur les pages incriminées. Il en a pris connaissance 4 ans plus tard. Dans les bonus du premier tome de Poison City les origines de cette décision sont dûment expliquées mais disons, pour faire court, que la dite commission censure à la pelle, sur les simples images et sans tenir compte du contexte, en se basant sur un ratio entre les pages considérées nocives et le nombre de pages total de l’ouvrage. Un jugement souverain, à l’emporte pièce, et visiblement indiscutable.

Il ne restait donc qu’une voie possible pour notre mangaka : prendre la plume et mettre en garde – ou du moins de pousser à la réflexion – face à cet abus d’un système bien pensant. Voilà comment est né Poison City. Regardons maintenant ce qu’il vaut.

« Le temps que je prenne conscience de la situation… il était trop tard »

Nul besoin d’aller très loin pour trouver un futur propice à la censure : Tokyo, 2019, moins d’un an avant l’ouverture des Jeux Olympiques : voici l’époque de notre récit. Plus que jamais le Japon y est soucieux de son image, plus que jamais l’archipel veut se montrer propre, net et sans bavure. Un terreau où pousse des idées puritaines au nom de la bonne réputation du pays et du bon développement de sa jeunesse. Sans faire de bruit, la ville de Tokyo décide de faire place nette avant le début des jeux, et les bien-pensants s’infiltre dans cette brèche : toutes les formes d’expression artistique sont victimes de comités de censure.

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Dans ce titre à peine romancé, l’alter-égo de Tsutsui se nomme Mikio Hibino. Il est bien entendu mangaka, avec un talent prononcé pour les œuvres réalistes et sanglantes. A 32 ans, Mikio semble sur le point de convaincre son directeur éditorial avec une nouvelle série : Dark Walker, histoire d’un mal inconnu qui rend fous, violents et cannibales ceux qui en sont victimes, un scandale que tentent d’étouffer les autorités. Dark Walker fait donc un énorme clin d’œil à Manhole, même si le récit semble s’en éloigner par la suite. Le directeur éditorial de Mikio, prudent, lui conseille quelques petites retouches pour éviter la censure et ce dernier, surpris, accepte sans y voir trop de contraintes. Mais ce n’est que le début des ennuis.

Mikio saute de joie lorsqu’il apprend que son titre sera prochainement publié dans le Young Junk de la maison Shôeisha (à la place de Young Jump et Shueisha, autre clin d’œil évident). Seulement voilà, pour cela il va falloir revoir quelques scènes, éviter que des bouts de cadavres ne dépassent. D’autant qu’à la rédaction de Shôeisha, un ouvrage vient de revenir avec un avis défavorable et s’est vu déconseillé au moins de 15 ans. Quelques mois après l’établissement de La loi pour la littérature saine, une commission d’experts composée entre autres d’un ex-ministre, d’un psychiatre ou d’un romancier a été mise en place pour statuer sur la nature des ouvrages à problèmes et les classer dans deux catégories : les ouvrages déconseillés, interdits au moins de 15 ans, et les nocifs, proscrits pour les moins de 18. Une prescription qui, contrairement à la France, est suivi sérieusement dans les librairies et coupe les œuvres d’une bonne partie du lectorat. Malheureusement, au sein de cette commission, le contexte de l’histoire est toujours survolé et le moindre doute profite toujours à la censure, pour “protéger la jeunesse” et répondre à l’obsession politique de proposer un culture cool, mainstream et sans trop d’aspérités au monde entier lorsque les projecteurs des Jeux Olympiques seront braqués sur  eux. Plus que jamais, le clou qui dépasse appelle le marteau.

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Ce système de contrôle déséquilibré pousse donc Mikio et son responsable à rester prudent et à trouver des alternatives pour conserver l’intérêt du récit sans être sanctionné. Mais tout dérape le jour où l’ex-ministre de la commission tombe sur Dark Walker et décide, sans en aviser ses confrères, d’envoyer un courrier réprobateur à la maison d’édition. Sous le couvert d’un témoignage d’honnête citoyen l’homme fait ostensiblement pression. Dans un pays comme le Japon où le scandale est un peu la fin du monde, le résultat ne se fait pas attendre : Dark Walker est suspendu de publication, et le magazine retiré des ventes…  C’est ainsi que débute pour Mikio un véritable chemin de croix pour son titre et son avenir de mangaka : quelles concessions accepter, qu’est-il prêt à changer pour vivre de son métier, comment réagissent ses confrères et, de toute façon, comment lutter face à cette bien séance étouffante qui gangrène la société nippone ?

Aussi surprenant que brillant…

Tetsuya TsutsuiPoison City traite donc d’un sujet passionnant, la liberté d’expression, sans cesser de nous rappeler qu’il est inspiré d’une histoire vraie, avec de multiples références à ce qu’a pu vivre l’auteur. L’histoire prend rapidement au tripes avec des censeurs détestables, hautains et méprisants à souhait. Ils ont déjà une idée toute faite de leur jeunesse idéale, élevée dans un cocon loin de toute réalité ou de toute créativité. Mais le plus étonnant ne vient pas forcément d’eux, car on connait bien ces personnages souhaitant préserver leur intérêt personnel, se faisant mousser facilement face à des moyens d’expression sans poids politique, ou encore réglant des comptes personnels. Ce sont des habitués du panthéon de Tsutsui et il les dépeint, comme d’habitude, avec beaucoup de talent.

La vraie surprise vient d’abord de Shingo Matsumoto, un autre mangaka de cette histoire dont un manga a été frappé du fameux sigle NOCIF deux ans auparavant. Je ne vous dévoile pas son caractère ou sa façon de poursuivre son métier mais sa rencontre entre lui et Mikio puis entre Mikio et la femme de ce mangaka sont renversantes et constitue un choc pour notre héros comme pour le lecteur. De la même façon, on déplore le peu de soutient de l’éditeur nippon face au scandale qui se profile. Même si son tantô est révolté par cette censure incessante et que le directeur du magazine tente de défendre la liberté de son auteur, la peur du scandale et de l’opprobre paralyse le bon sens de l’éditeur qui baisse l’échine. Mikio est donc bien seul. Heureusement, face à toutes ces difficultés, il trouve un allié de poids en fin de volume : un éditeur étranger qui désire le publier… un rapport quelconque avec la collaboration entre Tsutsui et Ki-oon ? Bonne question. En tout cas le combat ne fait donc que commencer et on attend avec impatience la riposte dans le tome 2.

Scénario, mise en scène et narration s’avèrent donc de haute tenue, et Tsutsui souhaite expliquer son combat en intégrant dans son manga plusieurs passages des mangas de Mikio “en taille réelle” : une bonne vingtaine de pages des mangas réalisés par Mikio sont présentes dans ce premier tome, nous mettant dans la peau du lecteur fictif du récit, afin de nous laisser seul juge des scènes incriminées tout en les replaçant dans leur contexte. On retrouve d’ailleurs certaines scènes dans plusieurs versions, ce qui permet de constater tous les trésors d’ingéniosité dont est capable un mangaka pour revisiter une scène pour l’inscrire dans les clous.

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Dark Walker, le manga dans le manga

Enfin, sur le plan visuel, il est amusant  de ressortir un tome de Manhole des étagères pour comparer les progrès qu’a pu faire Tsutsui avec sa plume en l’espace de 10 ans. Le trait est désormais d’une finesse remarquable : le chara-design a muri à travers les années avec une palette de personnage beaucoup plus variée, à la morphologie croquée de manière plus complexe et plus subtile qui donne une identité plus singulière aux personnages. Ces derniers se suivent mais se ressemble de moins en moins. Les décors gagnent eux aussi détails et on pourrait observer certains plans larges pendant de longues minutes : les locaux de l’éditeur Shôeisha, les héros de Dark Walker dans une ville déserte… Le travail effectué est impressionnant – admirez les jeux de lumières dans les pages couleurs – et on comprend pourquoi il peut s’écouler de nombreux mois entre deux volumes d’un Tetsuya Tsutsui. Ça vaut le coup d’attendre.

Poison City présente donc un premier tome qui souhaite marquer les esprits : la fiction n’a jamais été aussi proche de la réalité et n’a jamais si bien incarnée les inquiétudes de son auteur. Dans une spirale infernale pleine de rebondissements et de personnages marquants, Tetsuya Tsutsui donne le meilleur de lui-même pour mettre en garde le Japon et ses confrères mangakas, pour les pousser aussi bien à la vigilance qu’à la révolte. Un petit bijou.

poison-city-tome-1Fiche descriptive

Titre : Poison City
Auteur : Tetsuya Tsutsui
Date de parution du dernier tome : 12 mars 2015
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Shueisha
Nombre de pages : 242 n&b et couleur
Prix de vente : 7,90 € en édition simple – 15 € en édition latitudes
Nombre de volumes : 1/2 (terminé)

Visuels : © Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

Pour en savoir plus sur la collaboration entre les éditions Ki-oon et Tetsuya Tsutsui, je vous conseille de lire l’interview de l’éditeur Ahmed Agne, publié sur le blog il y a quelques jours. En bonus, voici la preview du premier tome pour en découvrir les premières pages :


mars 11th, 2015
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Snow Illusion : à la découverte d’un excellent josei, caché dans la neige

⊆ février 10th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

Snow IllusionAlors celui-là, honnêtement, si ce n’était Komikku qui me l’avait envoyé, je ne l’aurais jamais ouvert. Son nom, Snow Illusion, d’une relative banalité et sa couverture qui m’évoquait un manga français bateau m’avait vraiment convaincu de le fuir. Mais voilà, la promotion d’un titre ça a du bon et il est arrivé dans ma boite aux lettres.

Je l’ouvre donc, la semaine dernière, pour le feuilleter rapidement, m’attendant à voir mes doutes confirmés dans un dessin amateur et une mise en scène barbante. Que nenni ! Le trait est fin, le chara-design a quelque chose d’hypnotique et les émotions sont retranscrites avec une certaine intensité. Et la femme, l’héroïne du nom de Yuki, m’intrigue…

Tiens, c’est p’tet pas mal en fait ?!

Direction la pile de mangas à lire.

Deux jours passent, durant lesquelles je recroise le bouquin à 2 ou 3 reprises, et à chaque fois j’ai ce réflexe de feuilleter le livre, pour ne pas oublier que derrière cette couverture digne d’un roman de Marc Levy, il pourrait bien y avoir du talent chez Icori Ando. D’autant que la dame a déjà publié une demi-douzaine d’œuvres entre josei et seinen et entre fantasy et slice of life, dans des magazines de prépublication assez sympas comme le Feel Young de chez Shodensha (Complément affectif, Les Fleurs du passé). Snow Illusion, de son nom d’origine Yukionna Gensou – Michiyuki Hen,  y a d’ailleurs été publié en 2013.

Et donc, finalement, un soir, j’embarque ce one-shot pour un moment de lecture sous la couette.

Je vais l’avaler d’une traite.

It’s just an illusion…

L’histoire débute avec un couple tout ce qu’il y a de plus commun, vieille école même : Susumi a épousé Yuki – la belle, travailleuse et toujours souriante Yuki – qu’il a croisé un beau jour enneigé, alors qu’elle était de passage dans son village. Le temps passe et leur vie ressemble au bonheur… mais le passé resurgit toujours, tout comme les parts d’ombre enfouies en chacun de nous. Pourquoi Susumu éprouve-t-il une telle colère lorsque Yuki lui parle d’Aika, sa collègue de travail et amie d’enfance de Susumu ? Et pourquoi Yuki semble surtout se préoccuper de l’amour de Susumu, quoi qu’il en coûte ?

Snow Ilusion  Snow Ilusion

A peine comprend-on cette fragilité que, en un instant, tout bascule et s’effondre… La neige se remet alors à fondre et le temps s’écoule, les douleurs s’effacent.

Mais il neige toujours quelque part et Yuki retrouve un autre amour, dans une autre ville, à une autre époque : un jeune ébéniste passionné par son métier et désireux de faire ses preuves auprès de son père et de la Terre entière. Mais l’ébéniste remarque une chose étrange : un homme rode autour de leur boutique, un homme sans âge, que Yuki semble ne pas remarquer (délibérement ?). Le père du jeune artiste est lui aussi intrigué, par un souvenir d’enfance où son voisin avait épousé une femme venue de nulle part. Une femme aimante, souriante et attentionnée qui a un beau jour disparu, sans prévenir. Un souvenir vieux de plusieurs décennies, où la fameuse femme ressemble étrangement à Yuki…

Qui est Yuki ? Pourquoi son corps est-il toujours aussi froid ? Quelle est son histoire et son secret ? Et qui diable est donc cet homme qui semble la poursuivre, de ville en ville, depuis toujours ?

Snow Ilusion  Snow Ilusion

La Femme des neiges à la recherche de chaleur humaine…

Snow Illusion revisite donc le mythe de la Femme des neiges, aka Yuki-Onna, personnage du folklore japonais à la personnalité  très controversée. Autrefois décrite comme cruelle, tuant les gens par le froid ou aspirant leur énergie vitale, elle est désormais vue comme plus humaine, comme un fantôme bienveillant. Comme elle l’explique en post-face, Icori Ando est une grande amatrice de ce personnage aux multiples facettes et elle tente ici d’en faire sa propre synthèse, dans un josei fantastique et romantique. Chaque histoire nous dévoile un peu plus la malédiction fabriquée par la mangaka, qui plane sur Yuki et qui la lie à cet homme à casquette, qui la recherche.

Impossible de vous en dire plus sans vous spoiler les événements majeurs de l’histoire mais disons que ce titre est mis en scène avec brio et véhicule tout un panel de sensations pour le lecteur, de la chaleur du foyer à la tempête glaciale, presque mortelle, qui sonne le glas du couple. Comme dans les légendes la femme des neiges fait peur mais fascine, et nous présente des apparences très trompeuses : lisse en surface et en public, toujours charmante et aimable, yuki est en réalité d’une bouillonnante sensibilité. Dès qu’elle est seule, on peut lire dans son regard mille émotions : du désespoir, de l’incompréhension, de l’inquiétude et de la tristesse.

Snow Ilusion  Snow Ilusion

Elle fait tout son possible pour trouver sa place, ce qui se fait en général assez facilement, et met encore plus d’énergie pour la conserver, ce qui s’avère beaucoup plus difficile… En effet, le mystère sème de nombreuses et dangereuses graines dans le cœur des hommes. Snow Illusion c’est, aussi, une belle allégorie entre deux personnages irréels : la femme des neiges et l’épouse modèle japonaise, prête à se sacrifier pour recevoir l’amour de son époux, la seule chose capable de donner un sens à sa vie. Un mythe et un fantasme qui se superposent d’une manière troublante et il est difficile de savoir lequel des deux est le plus destructeur ou le plus improbable…

Snow Illusion c’est, finalement, une histoire aussi cruelle que belle, aussi touchante qu’intelligemment construite, qui doit autant au coup de crayon subtil de sa mangaka, à son cadrage serré, centré sur les émotions des personnages, qu’à sa narration abrupte, qui aime balayer le bonheur d’un revers de main pour laisser la place à un abîme de tristesse… Et à la mélancolie.

Même le meilleur manga du monde passera inaperçu si personne ne l’ouvre, alors peu importe sa couverture – que ma femme aime bien d’ailleurs, allez comprendre – ouvrez Snow Illusion et partez à la découverte de cet excellent josei, caché sous la neige !

Snow IllusionFiche descriptive

Titre : Snow Illusion
Auteur : Icori Ando
Date de parution du dernier tome : 29 janvier 2015
Éditeurs fr/jp : Komikku / Shodensha
Nombre de pages : 224 n&b
Prix de vente : 8.50 €
Nombre de volumes : 1/1 (terminé)

Visuels : © 2014 Icori Ando

Vous pouvez retrouver Icori Ando sur son site web ou la suivre sur Twitter !


février 10th, 2015
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Vagabond : l’escrimeur, la rizière et la mort…

⊆ janvier 24th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Vagabond 37

Après Slam Dunk qui était une histoire fun et joyeuse, j’ai voulu faire quelque chose de plus dur, avec le thème de la mort. Je l’ai choisi par hasard, parce que quelqu’un m’en avait parlé.

Takehiko Inoue, Salon du Livre de Paris, mars 2013.

Je ne sais pas qui est ce “quelqu’un” dont nous parle l’auteur de Vagabond mais force est de constater, au bout de 37 volumes, qu’on ne peut que le remercier. Sorti le 3 décembre 2014 chez Tonkam, ce dernier tome en date marque la fin d’un arc dans la vie de Miyamoto Musashi, le maître escrimeur le plus célèbre du Japon. Avec son adaptation du roman Musashi de Eiji Yoshikawa, ce monstre de talent qu’est Inoue nous emmène depuis plus de 10 ans  à travers un voyage fait de combats et de morts, mais aussi de questions, de peurs et de solitudes…

La vie de Miyamoto s’est construite dans une succession d’affrontements qui ont fait de lui une légende vivante, mais ce destin prend une nouvelle tournure. Après avoir combattu et vaincu les Yoshioka, il en ressort blessé dans sa chair autant qu’ébranlé dans ses certitudes. Qu’a-t-il gagné à vouloir être “sans rival” et, avec sa jambe profondément entaillée, l’est-il encore ? Plus que jamais notre héros est devenu un vagabond qui ne sait plus ce qui l’attend au bout de son chemin, au bout du cycle sans fin des duels : est-ce son combat avec Kojiro, cet escrimeur insaisissable qui l’intrigue et qui le surpasse, est-ce les bras et la chaleur d’Otsu, son amie d’enfance qui le connait comme personne ? Ou est-ce la mort, une conclusion qu’il mérite peut-être, après avoir pris tant de vie ? Pendant que tout le Japon le cherche, que les récits de ses exploits suscitent l’intérêt de nombreux daimyos ou la convoitise de nombreux escrimeurs, l’homme panse ses plaies et commence à comprendre la part de vacuité dans ce qu’il a accompli. En s’ouvrant à lui même, celui qui s’appelait autrefois Takezo commence à regarder ce monde qui l’entoure, après avoir cherché à le dominer depuis aussi loin que ses souvenirs le portent.

Une réflexion s’entame. Un nouveau chemin s’ouvre.

Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC

Au fin fond de la campagne japonaise, dans un hameau perdu, Musashi rencontre un enfant, Iori, et le stoppe alors qu’il allait découper le cadavre de son père. Intrigué l’un par l’autre les deux hommes passent un jour, puis deux, puis trois ensemble et, sans comprendre vraiment pourquoi, Musashi se lance un challenge bien étrange : celui de dompter la nature. En fait, avant de laisser Iori vivre sa vie, notre samurai s’improvise agriculteur et compte bien transformer la parcelle du garçon en rizière.

« Je dompterai l’eau. Oui. Je la vaincrai. »

Alors qu’une immense majorité des hommes du village a baissé les bras face au labeur de la terre, notre homme entreprend de construire une rizière à partir de rien. Le défi physique ne l’effraie pas, on s’en doute, mais la manière et les résultats sont source d’un enrichissement personnel, pour Musashi aussi bien que pour le lecteur. Des problématiques et des défis inattendus émergent : comment canaliser l’eau jusqu’au terrain, comment battre et préparer la terre, comment faire pour que la parcelle reste immergée… Dans un Japon qui ne jure que par ses combattants, dont l’éclat n’est fait que de quelques noms et de quelques sabres, on découvre une vie d’anonyme, faite de considérations technique et matérielle toutes aussi complexes que l’art du sabre. Plus compliqué même car, face à la nature, taper plus fort ne sert à rien.

Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC  Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC

Seul, notre sabreur ne peut que contempler ses échecs successifs. Si comprendre et vaincre un adversaire peut prendre un certain temps, une vie ne suffit pas ne serait-ce que pour comprendre la terre sous nos pieds… la dompter pour en exiger du riz ? N’en parlons même pas. Mais, comme avec le sabre, l’enjeu est la vie, car l’hiver s’approche doucement mais sûrement. Passé cette date limite plus de plantation possible et, en cas d’échec, c’est une année complète de disette qui s’annonce. Entêté et empli de frustration, notre homme sans rival persiste à voir cette nature comme un adversaire – il compare l’eau au style fluide de Kojiro par exemple – mais il va devoir apprendre la patience, l’observation, l’écoute… L’humilité.

«Tu ne pourras jamais y arriver tout seul, idiot de samurai ! »

Tels sont les mots de Shusaku, fermier solitaire du hameau… Le seul qui possède encore une rizière en état. Un homme loin des autres, intriguant, un vieux bourru qui se consacre depuis toujours – et totalement – à sa terre, à sa culture, qui connait toutes les pratiques sur le bout des doigts… Un maître riziculteur qui n’a rien à envier aux maîtres du sabres. et qui, comme Miyamoto, vit loin des autres. Néanmoins, ces paroles, notre samurai ne les comprend pas. Il les refuse. Il a toujours été seul et ses uniques compagnons sont les fantômes des plus puissants samurais qu’il a pourfendu. Sans compter qu’il y a aussi ce démon intérieur, qui se languit d’adversaires et de fers qui s’entrechoquent, cet égo enflammé qui emprisonne depuis toujours Takezo dans sa soif de puissance et de reconnaissance.

Pourtant, dans ce coin de Japon qui dépérit doucement mais sûrement, il y a des gens autour du samurai. Des gens qui l’épient, et l’obstination de notre agriculteur novice a un effet étrange sur le voisinage. Qu’est-ce que ce samurai venu de nulle part peut bien faire avec cette terre qui ne donne rien, qui ne lui appartient pas, qu’il ne sait pas entretenir ? Alors, tandis que l’hiver se rapproche et que la famine s’annonce, le village réagit, homme par homme, et vient prendre la houe pour défricher, creuser, battre, désherber à coté de Miyamoto.

Après avoir subi échéc sur échec, le village connait enfin une première réussite.

Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC

L’espoir devient tangible. Mais l’hiver tout autant…

Décembre, la nature s’endort et les ressources se font rares…

Janvier, le froid et l’inquiétude devant cette rizière qui doit attendre le printemps pour donner du riz.

Février, les gens meurent, le village se désespère. L’espoir semble illusion.

Est-ce ici que tu vas mourir, Musashi ?

«Vous êtes gentil vous savez.»

De ces épreuves, de cette quête improbable, Miyamoto Musashi va apprendre. Tellement apprendre, des autres et surtout de lui-même. Ce qu’il est, derrière le sabre, ce qu’il voit, ou ne voit pas encore, ce qu’il peut devenir et ce qu’il veut comprendre…

Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC

Sorte d’épilogue de cette aventure, le tome 37 pose aussi les jalons d’un nouvel homme et de nouveaux défis, d’un monde à redécouvrir. Notre vagabond a enfin terminé son errance, même si son voyage continue. Après nous avoir raconté la voie du sabre et la quête de la force ultime, Takehiko Inoue a fait des merveilles avec ce personnage de Miyamoto Musasahi, en lui insufflant une sagesse à la hauteur de sa légende…

Et il lui a redonné le sourire.

Musashi et Takezo semblent enfin réunis et reprennent leur route vers Kokura pour une nouvelle (et dernière ?) aventure que l’on ne manquera pour rien au monde !

Vagabond tome 37 TonkamFiche descriptive

Titre : Vagabond
Auteur : Takehiko Inoue
Date de parution du dernier tome : 03 décembre 2014
Éditeurs fr/jp : Tonkam / I.T. Planning, Inc / Kodansha
Nombre de pages : 224 n&b & couleur
Prix de vente : 9.35 €
Nombre de volumes : 37/37 (en cours)

Visuels : Vagabond © 1998-2014 I.T. PLANNING, INC


janvier 24th, 2015
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Prisonnier Riku : un shônen plus que bienvenu !

⊆ janvier 10th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Prisonier Riku © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Un an après le début de leur aventure solo, il est désormais évident que les éditions Akata font des excellents choix de licence : Orange, Daisy ou Magical Girl of the End ont marqué l’année 2014 de leur empreinte et il ne manquait qu’un shônen au catalogue de l’éditeur limousin pour compléter le tableau. C’est chose faite depuis novembre dernier, avec Prisonnier Riku.

Clin d’œil du destin, en cette semaine noire d’une tristesse et d’une absurdité infinie, c’est mercredi, justement, que sortait le 4e tome de cette série dont le héros cherche à survivre, à refuser les injustices et, sans forcément le chercher, à apporter de l’espoir dans un monde pourri. Il m’a donc semblé évident de mettre en avant ce manga de Shinobu Seguchi qui présente l’aventure d’un jeune garçon accusé à tort du meurtre de l’adulte qui viellait sur lui, puis envoyé en prison pour 30 ans ferme.

Au Japon, ce titre est publié sous le nom de Shûjin Riku depuis 2011 dans les pages du Weekly Shônen Champion de l’éditeur japonais Akita Shoten. Il compte actuellement 20 volumes, est toujours en cours, et sort à un rythme de un volume par mois en France. Inconnu en France, Shinobu Seguchi, né le 27 décembre 1970, grand lecteur de BD franco-belge, a déjà signé une série en 6 volumes, Tatami no Hanamachi qui a d’ailleurs eu le droit à une réédition récente au Japon suite au succès de Riku. Le mangaka a aussi été assistant de King Gonta et a même travaillé, sous un autre pseudo, sur Ninja Busuke pour la Kodansha.

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© 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Voilà pour les présentations… En route pour la critique, bonne lecture !

 « Je survivrai ! »

prisonnier_riku © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Prisonnier Riku © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Dans un futur proche, la chute d’une météorite sur Tokyo coupe la ville en deux : les riches sont désormais en périphérie et c’est le bidonville, sous une cloche de verre, qui occupe le centre de la mégalopole. C’est dans ces quartiers pauvres que vit, au jour le jour, le jeune Riku. Casse-cou et buté comme un âne, ce jeune orphelin doit subsister au milieu des crimes, des trafics et de la corruption omniprésente. Malgré cet environnement, le modèle de Riku est un policier, son papy comme il l’appelle, qui veille sur lui et avec qui il partage des valeurs de justice et d’entre-aide, avec toujours une main tendue vers les plus fragiles.

Malheureusement la droiture de ce policier lui a attiré des ennuis et Riku va assister, impuissant, au meurtre tragique de cet homme par un fonctionnaire aussi véreux et cruel que haut placé. Du haut de ses 13 ans Riku parvient tout de même à blesser le meurtrier, mais c’est un sort pire que la mort qui l’attend en représailles : 30 ans de prison ferme dans le pénitencier de haute sécurité de l’île du paradis.

Clamant haut et fort son innocence, Riku s’est juré de s’évader et de se venger de l’homme qui l’a fait enfermer ! Mais avant ça il va falloir survivre, et cela s’annonce difficile dans ce lieu où la seule règle est la loi du plus fort : les matons maltraitent, briment et brisent tout ceux qui leur résistent et, au sein des prisonniers, des gangs sont dirigés par des chefs terrifiants et impitoyables. Comment Riku, avec ses petits poings de gamin de 13 ans, parviendra-t-il à tenir le coup ? Un moral d’acier et des convictions inébranlables peuvent-ils suffire dans cet enfer… L’espoir est-il permis ?

Furyô-sement shônen ?

Riku tome 20 Prisonnier Riku © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Riku tome 20 Japon

Comme le laisse présager la prépublication dans le Weekly Shônen Champion, qui édite Saint Seiya Lost Canvas, Baki et d’autres, Prisonnier Riku appartient bien à la catégorie phare du manga : on suit la vie de Riku Kurita, adolescent et orphelin vivant dans un bidonville. Livré à lui-même, il a survécu tout en étant attaché à la justice et au partage, quelques soient les difficultés qu’il rencontre. Malheureusement, son destin est de perdre l’homme qui l’a encouragé et éduqué dans cette voie, tué devant ses yeux par une incarnation du mal. Si ça ce n’est pas un héros et un destin de shônen !

Seulement voilà, de nombreux ingrédients de nature sociale et ancrée dans la réalité entourent et transforment cette histoire, poussant à la réflexion et attisant l’intérêt des regards plus matures. Si le meurtre cité plus haut est bien l’injustice et le drame classique de ce type de sagas, notre héros ne va pas chercher un ami elfe et une compagne magicienne pour aller remettre le démon Zorg dans les geôles de l’enfer. Non, notre héros va en prison, pour longtemps, et c’est le milieu carcéral qui sera le terrain de son « aventure ».

Même la loi du plus fort, autre élément clé du shônen, est amenée vers d’autres horizons : ceux de l’injustice sociale avec un Némésis qui n’est autre que le garant de l’autorité policière : Monsieur le Préfet. Les matons de la prison sont eux aussi des tortionnaires, sadiques et arrivistes. Des éléments qui rappellent le seinen de Masasumi Kakizaki et  George Abe, Rainbow. Le système de bloc de cette prison et la forte notion de territoire qui accouche des clans – et donc des chefs de clan- nous emmènent eux vers le genre furyô, plutôt enclin à délivrer des mangas entre shônen et seinen (Racailles Blues, Rookies, Bakuon Retto,…). On pourrait aussi citer des contre exemples shônen – je pense notamment à la volonté inébranlable d’un Ippo face à la douleur physique – mais c’est bien dans un contexte métissé et novateur, en tout cas pour le lectorat français, que l’on découvre ce nouveau manga.

La violence des combats, enfin, termine d’achever le tableau plutôt adulte de la situation : dans une prison on brise les os et les mâchoires, on marche sur la tête des hommes à terre, on crève les yeux, on torture psychologiquement les fortes têtes. Prisonnier Riku mérite donc bien son étiquette de shônen réaliste et social, avec un parcours initiatique bourré d’action et de bastons de rues, ensanglantés et défigurantes mais aussi pleines à craquer de valeurs… Et d’idéaux.

Prisonnier Riku © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

La force des convictions

Comme dans tout bon shônen, les premiers antagonistes et premiers ennemis de notre jeune héros sont violents et sans pitié, mais possèdent une histoire qui les a poussés vers le coté obscur malgré eux. Face à la conviction inébranlable de Riku, qui n’a aucun super pouvoir, aucune arme et s’en prend plein la tête parce qu’il ne sait pas se taire (ça vous rappellera forcément quelqu’un ça), on constate que les compagnons de cellule puis les chefs de gang sont perturbés et transformés. Ils passent par la colère, par le doute, par le souvenir de leurs anciennes convictions et de leur ancienne vie, puis enfin par le respect… teinté d’un peu d’admiration.

Prisonnier Riku

Aussi différents les uns des autres, par leur background et dans leur caractère, c’est toute une panoplie de destins, de sentiments et de valeurs conflictuels que l’on observe : confiance et méfiance, vengeance et pardon, honneur et lâcheté, courage et peur, trahison et loyauté… Dans sa mise en scène Shinobu Seguchi utilise ses protagonistes pour personnifier ces facettes de l’âme humaine puis les confronter dans la violence, en utilisant les poings et la douleur comme langage, pour les pousser à bout, les mettre à genoux, leur purger le cerveau de toute leur noirceur et laisser de la place pour un peu de lumière.

Prisonnier Riku reste un shônen et donc une fable et une fiction exaltée, bien entendu, mais il s’avère aussi original dans son univers qu’enthousiasmant dans son propos… et fait de son personnage principal, Riku, un héros plus que bienvenu.

Fiche descriptive


Prisonnier-Riku-1-akataTitre :
Prisonnier Riku / Shûjin Riku
Auteur : Shinobu Seguchi
Date de parution du dernier tome : 27 novembre 2014
Éditeurs fr/jp : Akata / Akita Shoten
Nombre de pages : 192 n&b
Prix de vente : 6.95 €
Nombre de volumes : 4/20 (en cours)

Visuels : © 2011 by Shinobu Seguchi (AKITASHOTEN, Japan)

Preview disponible sur le site de l’éditeur. Vous avez aussi à votre disposition des fonds d’écran.


janvier 10th, 2015
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Moyasimon et Coffee Time : deux façons inatendues de voir la vie…

⊆ décembre 12th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Moyasimon T1 CoffeeTime

Cette semaine, je vous propose une association improbable de deux nouveautés qui m’ont marqué il y a peu, deux titres pas forcément grand public et qui n’ont pas grand chose en commun à part d’être des seinens de l’éditeur Kodansha et des ovnis dessinés par deux mangakas talentueux et plein d’humour : il s’agit de Moyasimon, la comédie microbienne de Masayuki Ishikawa, publié par Glénat, et de Coffee Time, le nouveau recueil de Tetsuya Toyoda (Goggles), édité chez Ki-oon. Les deux postulats de départ sont assez originaux : un jeune homme capable de voir les microbes à l’œil nu d’un coté et un recueil de mini-histoires qui tournent autour du café de l’autre. On y savoure des personnages très attachants, soit parce qu’ils sont typés et haut en couleur ou, au contraire, plein de subtilités et de failles. Deux mangas que j’ai relu une deuxième et une troisième fois avec plaisir pour préparer cet article, et c’est pas tous les jours que je fais ça !

Bref, il est temps de vous en dire plus, donc en route pour la chronique… Les infos et détails vous attendent en fin de papier, comme d’habitude. Bonne lecture 🙂

Moyasimon : les microbes c’est la vie !

Moyasimon ce sont les aventures – et surtout les mésaventures – de Tadayasu Soemon Sawaki. Le jeune homme a le don étrange de voir les microbes à l’œil nu et ne passe donc pas inaperçu depuis son arrivée dans une université agricole. Avec son ami d’enfance, Kei, ils font la connaissance du professeur Itsuki, spécialiste des micro-organismes mais aussi fin gourmet d’un genre particulier, qui affectionne les oiseaux de mers décomposés, les raies fermentées,  et toutes les choses faisandées très riches en goût… Cet homme un brin farfelu voit tout le potentiel du jeune Sawaki dans le domaine de la micro-biologie et le prédestine à mener de grandes découvertes. Il prend notre héros sous son aile et ce dernier va faire connaissance avec tout l’équipe du département scientifique : la redoutable et intransigeante Hasegawa, le duo d’étudiants-truands Misato et Kawahama, la belle et puante Muto ou encore la curieuse et obsédée de la propreté du nom d’Hazuki… Dès sa première journée, Sawaki va cumuler la découverte d’un corps en putréfaction, celle d’une fabrication illégale de saké, celle d’un microbe mortel dans une sauce salade ou, enfin, des traditions et fêtes pour le moins étranges de son université. Sa nouvelle vie promet d’être mouvementée !

Moyasimon

J’attendais avec impatience de découvrir Moyasimon. Le manga a vu le jour en 2004 dans le magazine Evening de la Kodansha et a accouché d’un premier anime en 2007, d’un drama en 2010 et d’une nouvelle saison animée en 2012. Et je dois avouer que je ne suis pas du tout déçu. Après avoir rit aux éclats en 2013 avec l’agriculture façon Hiromu Arakawa (dans Nobles Paysans), la micro-biologie façon Moyasimon m’a valu parmi les plus belles tranches de rigolade de 2014. Le pragmatisme du professeur Itsuki et son dévouement pour la recherche microbienne l’a envoyé, lui et ses étudiantes, sur une autre planète, où les niveaux de puanteur, de moisissure et de macération n’ont plus rien de supportable pour nous, pauvres mortels.

En découle donc quelques scènes épiques et bidonnantes où le jeune Sawaki découvre avec son ami Kei l’art étrange de son nouveau professeur. Je rigole encore de la double – double page où Itsuki fait goûter à toute l’équipe du sashimi de raie fermentée, ce qui déclenche un festival de têtes dégoutées et la description qu’en fait Sawaki : “vous voyez le coin pissotière des vieilles toilettes pour hommes toutes crades, qu’on trouve dans le camping par exemple ? J’ai l’impression d’avoir mis dans ma bouche un bout de papier toilette imbibé de pisse tombée par terre là-dedans, un jour d’été.

Moyasimon

Le pauvre Sawaki va donc traverser moult péripéties, tout comme les microbes eux-mêmes dont on suit parfois les aventures. Leur bonne bouille et leur façon de s’exprimer très personnalisé en fait et des petits êtres simplistes, parfois malins – parfois débiles, et attachants. Le chapitre consacré à l’établissement de l’une de leur colonie derrière un meuble et leur lutte contre le balai espagnol est un moment très fun. Fun mais aussi instructif, comme tout le reste de l’histoire d’ailleurs, et on apprend beaucoup sur les micro-organismes au département de micro-biologie. On découvre les différents types de bactéries, où elles vivent au quotidien, leur rôle dans notre écosystème, etc. Des bonus en fin d’ouvrage font un focus sur certaines catégories de microbes ou bactéries, comme la flore intestinale ou la flore commensale de la peau, et la production de saké, qui utilise des champignons dans son processus de fabrication, sera souvent mise à l’honneur avec le jeune Kei, dont les parents tiennent une brasserie. Pour peu que vous ayez la fibre scientifique, Moyasimon est donc un excellent ouvrage pour découvrir et apprendre à travers une histoire amusante, des personnages cocasses et une bonne pointe d’auto-dérision de son auteur. Et, qui sait, cette série en 13 tomes peut faire office de cadeau empoisonné pour une connaissance mysophobe, voir de véritable film d’horreur !

Coffee Time : Tetsuya Toyoda… what else ?

Avec un coup de cœur l’an dernier pour le recueil Goggles, j’étais impatient de lire les 17 nouvelles histoires du mangaka, avec le café – ce don du ciel – comme point d’encrage. Après avoir développé 6 histoires dans la dernière compilation, Toyoda raccourcit nettement ses récits et condense sa narration, se calant à chaque fois sur les quelques minutes qu’il faut pour boire le fameux breuvage. Ces histoires ne renferment donc qu’un infime bout de vie : une violoncelliste se fait arnaquer par un réalisateur mythomane, un détective privé se fait embaucher par un collégien à la recherche de sa vendeuse préféré, un inspecteur collecte un témoignage en compagnie d’un collègue cybernétique, un retraité des affaires explique à son fils qu’il va adopter une jeune enfant un brin sauvageonne, deux amis mafieux discutent du bon vieux temps tout en se menaçant d’un pistolet, un homme trop désinvolte se fait plaquer ou une journaliste se fait mener en bateau lors de son reportage… Et un homme en voiture fait d’étranges rencontres :

CoffeeTime-PLANCHE_7

A travers une douzaine de pages seulement, Toyoda enchaîne des histoires aux allures de courts-métrages qui mettent en scène un duo ou un trio, le temps d’une tasse. Durant cette pause qui éclot dans un quotidien qui nous est inconnu, la dégustation d’un bon café délie la langue de ceux qui le savourent et les pousse à discuter, à se confier, à s’enflammer parfois. Les protagonistes révèlent alors une part de leur personnalité, inattendue. L’ancien businessman qu’on imagine terrible et sans pitié dégage alors douceur, affection et zénitude, tandis que la jeune fille intelligente mais intransigeante se fait gentiment mener en bateau… On peut aussi citer une femme séduisante et ronronnante qui finalement pète un câble lorsque sa voisine lui fait la morale, et enfin un vieil homme à l’allure bourrue qui témoigne d’un rêve, dont il ressort souvent les larmes aux yeux. Comme à son habitude, Toyoda présente des personnages extrêmement bien travaillés sur le plan visuel comme sur le plan psychologique, que l’on identifie au premier coup d’œil sans pour autant tout savoir d’eux, qui sont criants de vérité et plein de défauts, même si leur créateur semble leur témoigner beaucoup de sympathie. L’empathie est alors communicative et le thème qui se veut associé à chaque histoire fait toujours écho à un sentiment ou une émotion chez le lecteur : l’entourloupe nous fait rire, le pardon laisse un petit gout amer, l’adoption est lié à l’affection, le regret nous incite au pardon et les souvenirs font germer la graine de la mélancolie…

CoffeeTime-PLANCHE 8

Dans Coffee Time, Toyoda nous parle avec désinvolture et pourtant avec justesse des hasards de la vie, des rencontres improbables qu’elle nous offre et des liens qui en découlent, du caractère parfois incongru et farceur de notre destin, et de la vacuité à vouloir lutter contre. Parce qu’après tout, on s’est tous un jour dit, en prenant le temps d’une petite boisson chaude, que c’est assez fou ce que la vie nous réserve comme surprises, parfois…

Non ?

FRISE Coffee time

Fiches descriptives

Moyasimon T1Titre : Moyasimon
Auteur : Masayuki Ishikawa
Date de parution du dernier tome : 01 octobre 2014
Éditeurs fr/jp : Glénat / Kodansha (prépublié dans le Morning)
Nombre de pages : 224 n&b
Prix de vente : 9.15 €
Nombre de volumes : 2/13 (terminé)

Visuels : MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Preview disponible sur le site de l’éditeur.


CoffeeTimeTitre :
Coffee Time
Auteur : Tetsuya Toyoda
Date de parution du dernier tome : 09 octobre 2014
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Kodansha (prépublié dans l’evening)
Nombre de pages : 208 n&b
Prix de vente : 14 €
Nombre de volumes : 1/1 (one-shot)

Visuels : COFFEE TIME © Tetsuya Toyoda / Kodansha Ltd.

On termine avec la bande annonce de Coffee Time :


décembre 12th, 2014
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[Les sagas shônen] : 64 tomes de Naruto et des ninjas qui ont bien grandi

⊆ novembre 2nd, 2014 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Naruto

Après avoir débuté avec Bleach, je poursuis cette série d’article “Le shônen, plus c’est long moins c’est bon ?” dans sa version 2014 avec Naruto. Le titre de Masashi Kishimoto est évidemment de la partie après l’annonce de sa fin imminente au Japon, dans moins d’un mois maintenant. Une fin qui va en marquer plus d’un mais il nous reste encore, en France, quelques tomes sur le feu et le dernier opus ne paraîtra sans doute pas chez Kana avant 2016. Avec le tome 64 sorti à la rentrée, on fait le point sur la dernière guerre en date et le tout début de ce feu d’artifice final…

Guerres et shinobis…

C’est une chose qui ne date pas d’hier et c’est observable depuis une bonne quinzaine de tomes mais ça mérite d’être redit : Naruto a bien grandi. Ce gamin impulsif qui parlait sans réfléchir, qui était vantard, maladroit et un peu stupide… une vraie tête à claque à ses débuts. Sur ces derniers tomes on voit s’étoffer un vrai leader, et une complicité avec Kyûbi que peu d’entre nous auraient pu prévoir lors de la première décennie de la saga. Mais Naruto n’est pas le seul a avoir évolué, et la réunion de famille qui se déroule sous nos yeux permet à la saga de prendre plus d’ampleur. Après des dizaines de tomes qui alignaient bien trop sagement combat – entrainement – combat – entrainement, ce dernier arc se débarrasse des ficelles dont la série a usé et abusé pour faire converger les personnages que l’on a croisé à différentes phases de l’histoire. Tout le monde se jette dans la bataille, et chacun occupe désormais un poste clé dans son village. Le lecteur assiste, à cette occasion, à de nombreux passages de témoins générationnels qui sont assez réussis. Après le saut en avant de Naruto à Naruto Shippuden, les protagonistes passent un nouveau cap, non plus par le temps qui passe ou par la puissance de leur entrainement… mais par les liens de confiance et de respect qui les unissent entre eux.

La grande guerre qui débute contre Madara et Obito est LA guerre de leur génération, celle qui les met à l’épreuve mais les renforce, celle qui en fait des héros même si c’est à titre posthume. Depuis le départ ou presque, la guerre est le thème majeur de cette saga, celui qui est le mieux traité. Dans Naruto, elle perpétue sa logique implacable de morts, de drames, de haine, d’orphelins enragés et de vaincus maltraités… Un cycle de violence et de conflits qui semble sans fin. Face à ça, les “méchants” ont apporté des solutions et des polémiques intéressantes : certains prêchent la dictature pour préserver la paix et la stabilité, d’autres décident de cristalliser la haine du monde entier sur leur personne pour permettre l’unité des peuples contre eux, et les derniers ennemis en date tentent carrément le monde alternatif, un Matrix version shinobi, où l’on reprendrait tout à zéro pour stopper ce cycle de vengeances sans fin. La réponse de Naruto et de ses amis est alors le même poncif depuis que le shônen existe : “le monde est pourri, ok. Mais mes amis sont chouettes et se battront quand même pour lui, donc fait gaffe à tes fesses !”

Planche double Naruto tome 64

La mort ou la vie ?

Un message manichéen de ce genre peut aisément paraître risible et tout dépend donc de celui qui l’utilise. Heureusement, comme je le disais en introduction, Naruto a bien grandi, et ses amis aussi. Si, sur ce point, on oppose Naruto et Bleach, que j’évoquais la semaine dernière, on observe une évolution beaucoup plus importante chez le ninja que chez le shinigami. Kurosaki a perdu un peu de sa superbe là où Uzumaki est devenu beaucoup plus sympathique. Je serais bien incapable de vous dire qui je préfère des deux mais il semble bien que leur charisme est évolué en sens inverse avec le temps.

Il faut dire qu’Ichigo, depuis le décès de sa mère, n’a finalement pas eu à déplorer beaucoup de pertes et que les morts chez les personnages de premiers plans de Bleach se comptent sur les doigts d’une main. Chez les gens de Konoha et dans les villages voisins, le résultat est plus mitigé. Ok, je vous l’accorde, le coup du cycle des réincarnations où l’on peut ressusciter tout le monde à tout va a été utilisé jusqu’à l’écœurement. Mais cela n’empêche que la série a aussi laissé beaucoup de monde sur le bord du chemin, y compris du côté des good guys : les parents de Naruto certes, mais aussi plusieurs Hokage, plusieurs maîtres, plusieurs amis… Les survivants en ont bavé et ont perdu des proches – il semble que ce ne soit pas fini – mais ils ont ainsi pu prendre de l’envergure, de la maturité et donc de la profondeur. Ce qu’un Chad ou une Orihime n’a jamais réussi à faire dans Bleach par exemple, en raison aussi d’un temps de présence sans cesse grignoté par des ennemis qui apparaissent et disparaissent sans arrêt.

Planche Naruto tome 64 Planche 2 Naruto tome 64

Masashi Kishimoto a donc effectué une meilleure gestion de ses protagonistes, tout en en proposant de nombreux ennemis.

Une fin attendue…

Après, tout comme dans le cas de Bleach, la trame de fond de la saga s’est étirée jusqu’à ne plus tenir qu’à un fil, que Kishimoto a violemment secoué à coup de rebondissements. Mais trop de rebondissement peut tuer le rebondissement. A force de chercher la stratégie cachée dans le vrai-faux leurre du guet-apens planifié pendant le coup d’état du renversement du simulacre d’entourloupe… Bah on s’y perd un peu. Ce n’est pas complexe en soi, mais côté narration on aurait pu faire plus court et plus simple, moins alambiqué. Si on peut reprocher l’excès de forme vis à vis du fond pour Bleach – c’est beau et bien narré mais dans le fond c’est par moment un peu creux – Naruto propose une histoire de fond assez riche mais pas toujours très bien déroulée, avec des bâtons dans ses propres roues. Cela dit, cela donne à certains chapitres plus de dynamisme lorsqu’il joue la carte de la simplicité… Mais c’est dommage de devoir utiliser ce subterfuge pour y arriver.

Grâce à un univers riche et prenant et avec des personnages attachants, Naruto compense donc plutôt bien sa narration et ses revirements scénaristiques destinés à rallonger la saga, tout comme le dynamisme et la bonne chorégraphie de ses scènes d’actions compensent une évolution graphique assez maigre et des couvertures guère marquantes. Mais comme en témoigne les mots d’auteurs d’un Bleach#58 ou de Naruto#63, ces auteurs sont morts de fatigue et je leur tire mon chapeau pour les débuts encourageants de leur dernier arc. On est content que ça se termine – on lit même un soulagement du lectorat sur le net à l’annonce de cette conclusion – et on pourrait aussi être satisfait de COMMENT tout ça va se terminer, même si  le challenge est des plus relevé. Dans cette dernière ligne droite où un mangaka entame le bilan du chemin parcouru, Naruto s’en tire relativement bien pour le moment et on lit les tomes avec le sourire, la lassitude laissant progressivement la place à de la nostalgie… Espérons que rien ne viendra gâcher ces derniers moments !

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Naruto-Manga-Volume-68Naruto-Manga-Volume-69 naruto,-tome-70

Avec un peu de retard en raison de vacances et de la mise en place du nouveau Journal du Japon, la partie sur One Piece et remise au prochain tome. En attendant, la semaine prochaine, résultats du concours Rudolf Turkey !

Visuels NARUTO © 1999 by Masashi Kishimoto / SHUEISHA Inc.

novembre 2nd, 2014
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[Les sagas shônen] 60 tomes de Bleach et des milliers de shinigamis

⊆ octobre 17th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Shonen 2014 : Bleach

Retour d’un vieux sujet du blog (aka Shônen : plus c’est long moins c’est bon ?) consacré aux quelques blockbusters à rallonge publiés chez nous. Depuis la fin de Soul Eater et l’annonce de la fin de Naruto dans quelques semaines au Japon, je voulais faire un point sur trois séries phares du marché français : Naruto, Bleach et One Piece. Ces 3 sagas se composent d’un nombre de volumes assez proche (64, 60 et 72 respectivement) mais connaissent des succès et une reconnaissance critique assez différentes… Bleach est enterré depuis longtemps par pas mal de monde, Naruto suscite presque autant de fans que de détracteurs et One Piece a plutôt le vent en poupe. Quatre ans après mon dernier papier comparatif qu’en est-il de la qualité des derniers volumes sortis en France pour ces trois séries ?

Cette semaine, je commence avec Bleach où le dernier arc vient de poser ses bases, avec quelques révélations au passage… Regardons ça de plus près !

Fullbringers, das geschichte bank

Bleach tome 54En septembre 2012, pour la sortie du tome 49, j’étais ravi de la tournure que prenait les aventures d’Ichigo et je vous en parlais d’ailleurs ici. On avait enfin dit “au revoir” à Aizen et ses sbires, l’arc des arrancars s’étant avéré assez désastreux sur la durée, en terme de popularité notamment. L’arc qui s’amorce alors a un plaisant goût de renouveau. C’est l’occasion pour Ichigo, qui a perdu ses pouvoirs, de redescendre sur terre. Même chose pour le scénario et la narration de Tite Kubo. S’en suit donc l’arc des Fullbringers, une transition en 5-6 volumes qui reprend le rythme et la philosophie des débuts de Bleach, cette partie qui nous a tous beaucoup séduit : des idées originales quand aux pouvoirs exprimés, un humour retrouvé, des relations entre personnages plus poussés et une psychologie plus fine, le tout qui conduit à des rebondissements beaucoup plus intéressants.

Dans cet arc de transition Ichigo va donc croiser des gens intéressants et touchants plutôt que des ennemis à la durée de vie microscopique qui se contentent d’une pose ou d’une punchline plutôt que d’une réelle personnalité. Ce passage reste une assez belle expérimentation même si avec le recul, on se questionne forcément sur sa place dans la trame centrale. Aucune pour le moment à vrai dire, ce qui peut énerver ceux qui attendent qu’elle avance plus vite, mais c’est une jolie side story, où les ennemis sont tout sauf manichéens. Après le super vilain super égocentrique Aizen et son armée de nazis, ça aussi ça fait du bien. Et donc, au passage, c’est l’occasion pour Ichigo de retrouver ses pouvoirs.

Para el última historia

Ainsi le volume 54 finit là dessus, dans cette ambiance mélancolique qu’aime bien distiller  Kubo. On nous annonce aussi, en preview, “le retour de la bataille de mille ans“… Ta ta ta tataaaaaa ! A ce moment là, rien que le nom m’inquiète : qu’est-ce qu’on va nous ressortir comme scénario à la noix sur un truc qui dure et qui dure depuis une éternité. S’il a démarré il y a mille ans, on ne va pas clore le sujet en 10 tomes. On apprenait à l’époque que cet arc est le dernier de la saga, tout en s’empressant d’ajouter “mais on ne sait pas encore combien de temps et de tome il va durer“. La crainte m’assaille donc, à cette époque. Après un petit arc réussit mais décrié par certains lecteurs qui veulent toujours plus de combats, est-ce que Bleach va retourner à ses errements pour une fin qui le condamnera au bûcher des sagas interminables ? Il est encore difficile de le dire mais 6 volumes plus tard, je me dis qu’on peut espérer une fin honnête.

Bleach-Tome-60 Bleach-Tome-60

En fait, dernier arc oblige, Tite Kubo commence à ouvrir tous les tiroirs secrets de son scénario : la vérité sur la mère d’Ichigo et la nature profonde de notre héros nous est dévoilé dans un volume 60 extrêmement instructif, et des protagonistes sur la réserve jusqu’ici, comme le général en chef aka Papy Yama, ou les hautes sphères du pouvoir au-dessus des shinigamis vont se mêler à la partie, tout comme les Quincy qui font leur grand retour. Le mangaka mêle donc d’anciennes choses que l’on ne connaissait qu’en surface, les enrichit en piochant ça et là dans l’histoire du Seireitei – l’occasion de recroiser Aizen et ses décennies de manigances. Le tout s’imbrique plutôt bien et nous fait espérer un scénario plus direct, moins dilué.

Bleach is still Bleach, but who is Tite Kibo ?

Après, Bleach reste un shônen et même s’il utilise bien tout son background historique, il ne s’aventure pas pour autant sur des terres inconnues et novatrices. La chute du Seireitei s’avère assez intéressante, dans l’affrontement comme dans ce qui en découle par la suite, mais s’inscrit dans un schéma de “combat-défaite-constat de faiblesse et introspection-nouvel entrainement“, avant probablement de passer par l’étape où l’on comprend qu’ils sont devenus super forts et ne se frottent au gratin ennemi. Tout ceci reste donc assez prévisible mais se fait de manière étoffée et on ne boude pas le plaisir des yeux, puisque le mangaka sait aussi bien donner dans la finesse du trait, des yeux à la chevelure en passant par les volutes d’énergie ou de feu que dans le cadrage d’envergure, pour des attaques surpuissantes ou tout simplement pour introduire un nouveau personnage.

Avec ce niveau là, d’ailleurs, on a hâte de voir Tite Kubo s’essayer un jour au seinen pour affirmer son style, car l’homme maîtrise parfaitement les arcanes standard du manga. A 37 ans, il a encore tout le temps devant lui… En attendant, de nombreux tomes restent encore à parcourir, la preuve en image ci-dessous avec le dernier en date et les prochains, pour 2015 et 2016 !

Bleach tome 60Bleach tome 61Bleach tome 62

Bleach tome 63 Bleach tome 64 Bleach tome 65

Suite de ce focus la semaine prochaine pour évoquer Naruto avant de conclure sur One Piece !

Visuels : BLEACH © 2001 by Tite Kubo / SHUEISHA Inc.

octobre 17th, 2014
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Chroniques manga : 4 lectures de l’été qu’il ne fallait pas rater !

⊆ août 29th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques manga aout

Pendant que les votes pour le concours photo de l’été battent leur plein (résultats vers le 10 septembre), le chocobo revient de vacances après une multitude de bonnes lectures.  Depuis là sélection de 5 tomes 1 en juillet, j’ai eu l’embarras du choix parmi les bons mangas en cet été 2014. Un article n’y suffira pas et les mois de septembre et octobre s’annoncent des plus riches en chroniques et critiques dans ces colonnes, surtout avec ce qui arrive à la rentrée. Pour commencer, j’avais envie de mettre en avant 4 séries qui m’ont vraiment plu ces dernières semaines, sans thématique précise. Qu’elles prennent leur envol ou s’approchent de leur conclusion, ces séries brillent par leur très bon niveau global et un intérêt tout particulier pour leur scénario ou leur narration / mise en scène. Il s’agit de Ad Astra, Bakuman, Jeux d’enfants et Fate / Zero… Voici donc un mix d’Histoire (on se refait pas, hein !), de shônen qui parle de shônen, d’horror – survival game et enfin de dark-fantasy bien glauque.

C’est donc parti pour ces chroniques, bonne lecture 😉

Ad Astra #2 : veni, vidi mais pas du tout vici

Ad Astra tome 2J’ai déjà évoqué le premier volume plus tôt dans l’année et je disais, en résumé, que le sujet des guerres puniques au IV & III siècle avant JC était potentiellement passionnant. Depuis, chose amusante, je n’ai pas cessé de croiser des articles et des références à l’Empire romain, de sa genèse à sa chute. Donc pouvoir lire un manga sur la confrontation entre le mythique Hannibal, le barbare de Carthage, et Scipion, le génie militaire romain, avait tout pour plaire. Néanmoins, le premier tome de Ad Astra avait laissé quelques points d’interrogations dans mon avis de lecteur… En effet, l’auteur avouait qu’il s’agissait d’une inspiration plutôt libre, et on sait que les mangakas sont tout aussi capables de respecter l’Histoire que de la détourner totalement. Finalement, c’est dans le camp des fidèles que se situe Mihachi Kagano.

Même si nous ne sommes pas dans le soucis du détail bibliographique d’un Cesare, le mangaka vieille à reprendre et respecter les moments clés de ces batailles aux abords de la Méditerranée, puis il essaye de combler les blancs en sublimant les duels entre les deux armées et leurs chefs respectifs. Si Hannibal est déjà à la tête de plusieurs dizaines milliers d’hommes, Scipion doit se contenter d’observer la déroute des soldats romains, menés par des élites vaniteuses qui prennent de haut les barbares. Une constante dans l’histoire de Rome qui la conduira à sa perte six siècles plus tard, d’ailleurs.

Ce second tome décrit à merveille les batailles clés et balaie donc les doutes sur la crédibilité de l’ouvrage. En bonus pour tous les amoureux des tactiques militaires vous aurez le droit a des explications enrichissantes sur les différents contingents présents et sur les phases de la bataille, qu’il s’agisse du bluff psychologique d’Hannibal avec ses éléphants ou de sa façon de profiter des spécificités géographiques ou météorologiques. C’est passionnant sur le fond et de mieux en mieux sur la forme, et j’ai maintenant hâte de voir comment l’armée romaine va contre-attaquer dans le 3e volume, qui sort le 11 septembre !

Bakuman #19 : une série marquante, mine de rien !

Couverture Bakuman 19Alors que cette série se rapproche de la fin, je me rends bien compte que les péripéties de Mashiro, Takagi, Niizuma et les autres vont me manquer. Cela fait plus de six ans que Takeshi Obata et Tsugumi Ohba ont revisité à la sauce shônen le quotidien d’une génération d’auteurs du mythique Weekly Shônen Jump. Je ne vais pas vous refaire l’histoire de la série, tout le monde la connait bien, mais plutôt constater que dans ce tome 19 l’empathie avec nos deux héros, qui commencent à toucher leur rêve du bout des doigts, est réelle. Même si Mashiro et Takagi ne sont peut-être pas les meilleurs personnages de la décennie, on ne peut que saluer le talent des deux auteurs pour avoir transmis au lecteur la passion et la hargne de ces derniers dans la poursuite de leur rêve.

Après nous avoir emmené dans les coulisses du magazines de la Shueisha et nous avoir appris pas mal de choses, on lit avec autant de plaisir la conclusion des différentes destinées dans ces derniers volumes qu’il s’agisse des carrières des uns, des histoires d’amours des autres ou de l’amitié qui les lie tous ensemble. Ces histoires, souvent exaltées, sont emplies de pureté et de foi en des idéaux – ce qui peut sans doute déplaire – et ces ingrédients toujours sincères font honneur au genre shônen. Enfin, après autant d’efforts de leur part et autant de temps à lire chaque tome pour nous (1h pour chaque volume, c’est quelque chose !), une alchimie qu’on ne soupçonnait peut-être pas s’est développée et apparaît au grand jour pour le début de cette fin. Beaucoup a déjà été écris sur la série donc je ne m’étends pas plus, et je remercie chaleureusement les deux mangakas pour cette histoire inédite, enrichissante et pleine d’entrain. Et comme je suis resté scotché une bonne minute et avec un large sourire devant cette double page symbolique, je vous la remets pour le plaisir et sans le texte pour ne pas vous spoiler :

© Tsugumi Ohba·Takeshi Obata / SHUEISHA Inc. All rights reserved.
© Tsugumi Ohba·Takeshi Obata / SHUEISHA Inc. All rights reserved.

Jeux d’enfants #4 : les délires ludiques de dieu

jeux-d-enfants,-tome-4Un autre avant-dernier volume mais pour une histoire beaucoup plus courte et radicalement différente. Ici, je vous le rappelle, il s’agit d’un jeu pour la survie qui a débuté dans tous les lycées du Japon et qui décapite, explose, découpe ou écrase tous les perdants ou absents aux différentes épreuves de la mort proposées par des mystérieux robots / extraterrestres / trucs bizarres et un brin flippant. Le carnage continue dans ce tome 4, qui voit les survivants de chaque lycée du Japon s’affronter pour une ultime série de duel. Avec la fin de l’histoire qui approche, quelques révélations se profilent sur l’identité du soi-disant Dieu qui régente cette valse macabre, ainsi que sur son passé. Un être mystérieux et mystique, lunatique et complètement dans son trip… Ce qui nous vaut d’ailleurs une double-page d’anthologie où l’on peut lire dans une seule et même bulle le nom des 311 “enfants de dieu” qui ont réussit à survivre aux différentes boucheries lycéennes. Idée anecdotique au final, mais qui renforce le coté barré de la série.

Mais c’est surtout pour ses rebondissements et son excellente narration, très dynamique, qu’on prend du plaisir à lire ce titre. Le scénariste, Muneyuki Kaneshiro, continue de mettre en place des jeux inédits toujours loufoques et inspirés de très grand classiques, qu’il revisite dans des versions des plus meurtrières. Dans ce volume, il s’agit d’une Qourse à pied, mélange de course à pied et d’un QCM : le dernier meurt, celui qui répond mal meurt, et si vous vous faites ratraper par la poupée qui vous colle aux basques, vous êtes avalés tout cru. Il faudra quelques cadavres à nos protagonistes afin de comprendre toutes les subtilités du jeux, l’occasion pour l’auteur de s’amuser avec les codes du genre et de découper en morceaux toutes les figures un tant soit peu héroïques.

Car, dans ce manga un peu vicelard qu’est Jeux d’enfants, ce ne sont pas vraiment les gentils propres sur eux qui gagnent : ceux qui ont survécu depuis le premier tome ont tous un coté dérangé et prennent plus ou moins leur pied dans cette compétition des plus risquées. Ces protagonistes sont parfaitement croqués par Akeji Fujimura, dont le dessin d’une apparente banalité dévoile tout son talent dans les scènes d’action trépidantes, avec des jeunes gens qui se transcendent quand ils font face à la mort, le visage parfois déformé par la panique ou l’adrénaline. Sadique et dynamique, Jeux d’enfants reste donc une lecture récréative et fort sympathique !

Fate / Zero : la vraiment très très DARK fantasy

fate-zero-manga-volume-4Comme je le disais pour Ad Astra, les Japonais sont tout aussi forts pour être fidèle à l’Histoire que pour la détourner, mais encore faut-il que ce soit bien fait et qu’on ne parte pas totalement en sucette. Après Drifters de Kohta Hirano qui reste une référence en la matière, j’évoquais en janvier ma première bonne impression sur Fate / Zero, nouvelle licence Ototo signé par Shinjirô (dessin) et le scénariste bien connu Gen Urobuchi, qui relèvent le gant du melting pot historique à la sauce WTF. Je dis “bonne première impression” car ce seinen qui réinvente la bataille pour le Saint Graal est une adaptation très réussie d’un light novel nippon, qui a gardé toute la profondeur de la version littéraire avec des affrontements prenants, qu’ils se déroulent sur le terrain ou dans les manigances et les manipulations. Avec un excellent chara-design, une transcription réussie des émotions ou des sentiments et une chorégraphie des affrontements facile à suivre et toute en puissance, on prenait donc beaucoup de plaisir à suivre ce titre très bien équilibré entre action, stratégie et psychologie.

Si je vous en RE-parle aujourd’hui c’est parce que, depuis le tome 3, Fate / Zero a pris le parti de s’enfoncer dans le sombre et le glauque avec l’arrivée de nouveaux personnages des plus inquiétants. Le premier est Barbe Bleu, alias Gilles de Rais, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc et héros de la Guerre de Cent Ans, mais surtout l’un des premiers serial killer connus de l’histoire, puisqu’il fut condamné simultanément à la pendaison et au bucher pour la sodomie, le meurtre et autres joyeusetés perpétrées sur au moins 140 enfants. Le mec que l’on inviterait bien à diner quoi, surtout qu’il est doté de pouvoir de mage et capable d’invoquer des esprits démoniaques, afin si besoin de vous découper tout en vous gardant en vie par la magie. Juste pour le fun. Et voilà que le Graal décide de réincarner et confier ce monstre à, je vous le donne en mille, un serial killer. Un duo qui commet donc les pires atrocités dans le tome 3 et qui se retrouve à combattre, dans le 4e, l’héroïne de la saga notre chère Arthur (oui Arthur est une femme ici, mais on s’y fait).

Et comme si cela ne suffisait pas, l’histoire d’un second duo en remet une couche : un mage quasiment immortel mais sur le déclin adopte une jeune fille afin de faire d’elle la future génitrice d’un mage surpuissant qui pourra remporter le Graal. Pour se faire, l’enfant qui à peine 10 ans se retrouve violée de toutes les façons possibles et en continu par des vers magiques, phalliques et immondes, qui ont pour but d’ouvrir les circuits magiques dormant en elle puis de la féconder après des semaines voir des mois entiers de souffrance. L’héritier prévu de cette sinistre famille qui avait pris le large – on le comprend ! – est pris de remords et décide d’arrêter la torture de cette innocente en reprenant sa place d’héritier. Un an plus tard on le retrouve donc en invocateur du fameux Berseker, tentant de remporter le Graal avant que son corps ne lâche. Après tout ce que les vers lui ont fait subir pour en faire un mage, il n’en a plus pour longtemps. Fate / Zero plonge donc dans un univers des plus noirs avec une belle cohorte de sadiques, de fous et de vaniteux, mais également quelques héros dans le sens noble du terme qui apportent une part de lumière bienvenue au récit. Un titre inédit de Dark Fantasy, à ne pas mettre entres toute les mains, mais qui excelle dans tous ses choix et dans leur mise en scène.

Fate Zero  tome 4

Voilà qui clôture cette petite sélection pour amorcer la rentrée bien chargée. Je vous donne d’ailleurs rendez-vous en début de semaine prochaine pour parler un peu de jeu vidéo et de la saga des Tales Of avec Hideo Baba, l’une des rencontres les plus sympathiques de la dernière Japan Expo, avant d’enchaîner avec les résultats du concours photo et le retour d’un concours manga classique, puis une ou deux critiques et une nouvelle sélection spéciale que je muris depuis quelques semaines. Sans oublier que le chocobo va probablement repartir à la rencontre des éditeurs pour une nouvelle salve d’interviews… On ne va pas chômer cet automne, c’est moi qui vous le dit !


août 29th, 2014
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Japan Expo 15 : compte-rendu d’un chocobo badgé

⊆ juillet 12th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Evènement, Interview, Japan Expo, Japanimation, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

Japan Expo 2014 Paoru

Le voici le voilà, le compte-rendu de cette 15e édition de Japan Expo à Paris Nord Villepinte. Durant ces cinq jours le chocobo, badge pro autour du cou, était bien souvent en salle presse pour des interviews et des rencontres au sens large, que ce soit prévu par le planning ou pas. Heureusement votre serviteur a eu le temps d’explorer le coin culture et d’assister à quelques conférences mais comme l’an dernier c’est plus un compte-rendu de “l’autre coté” de Japan Expo que je vous propose, plus qu’un oeil de visiteur. Voici donc le récit complet de ces aventures !

Bonne lecture 😉

Préambule : jusqu’aux portes de l’expo…

Japan Expo 15 affichePour une fois exempté de correction de bac, me voici dès la première heure sur l’évènement. Il est 13h15 quand je m’approche de l’entrée “presse-vip-exposants-esclaves-sadomasochites-et-forcenés“. Premier pas dans le hall avec des cosplayeurs et des visiteurs lambdas qui se sont égarés par faute de signalisation. Pas mal de gens commencent à s’agglutiner dans cette entrée pro et tout le monde se regarde de travers, se demandant si il ou elle est bien au bon endroit… Résultat chaotique et assez comique. En attendant de faire un premier bain de foule, je me dirige vers la file accrédités web, déserte et qui me tend les bras. Une charmante demoiselle plus tard me voilà badgé et prêt à rentrer dans l’arène : “let’su gooooo !

Cette année nous étions aux alentours de 900 dans ce cas, contre 1200 environ l’an dernier. Pourquoi moins sur cette édition anniversaire ? Pour deux raisons officiellement : l’équipe des RP (responsable presse) est reconduite depuis deux ans ce qui leur permet de profiter d’un peu d’expérience pour faire le tri : moins ou plus du tout d’accréditations pour ceux qui voulait juste un badge pour rentrer gratos sans faire la queue, sans forcément fournir un contenu derrière. Pour des raisons un peu près similaires, moins de personnes étaient accrédités par média par défaut, obligeant les responsables à expliquer leur programme. Ce n’est pas un mal après tout et avec un peu de patience et de bonne humeur, tout finissait par s’arranger de manière constructive. Il y a certainement eu des dégâts collatéraux – on n’est pas non plus chez les bisounours – mais je préfère pointer du doigt un manque de moyen mis en œuvre par la maison mère pour toute cette partie informatique-gestion, le site web en tête, finalisé très en retard. De plus, comme dirait un collègue : le site d’avant était moche mais au moins il était fonctionnel. Idem pour l’application portable, utile pour son plan 3D, mais gadget pour le reste, avec un volet news souvent injoignable. Cela dit, pour rendre à César, il y avait une chose en progression pour cette édition 2014 : le réseau. Cette année sur Japan Expo on captait plutôt bien, avec une vraie valeur ajoutée pour les détenteurs de 4G dont le réseau était peu encombré et donc disponible.

Mercredi : on the road again…

Et donc nous y voilà, et la première journée est plutôt détendue : un mini-concert d’Enka, quelques conférences et une interview en fin de journée pour se mettre dans le bain. Le mini-concert se déroule au nouveau Saiko Stage, une petite plate-forme qui a certainement de bonnes intentions, mais qui a des allures de “scène du pauvre” où les invités de second rang étaient envoyés. Avec son emplacement dans une petite allée, il n’y avait pas vraiment de place ni de passage pour que la foule se masse. Le premier à en faire les frais était donc le chanteur d’Enka Yuki Tokunaga. Pour une première à Japan Expo, on peut dire que l’Enka a plutôt fait un bide. Même si le chanteur a multiplié les représentations souriantes, il y avait plus de journalistes présents que de public. L’homme était un parfait inconnu et il a été, sans doute, plus étiqueté culture que j-music… du mauvais coté de l’exposition médiatique en somme. C’est dommage car, malgré son jeune âge, Yuki Tokunaga a su nous dévoiler une histoire personnelle assez intéressante en interview, quelques jours plus tard… On en reparlera ultérieurement sur Journal du Japon d’ailleurs.

Yuki Tokunaga

Après ce concert un peu en retard, je file sur la scène 15 ans pour deux conférences signées Glénat, et j’arrive dans un endroit un peu désert. La scène 15 ans, nouveauté de l’année, possède une configuration en arène “plate” un peu étrange, où l’invité ne sait pas forcément où regarder et où une faible affluence donne tout de suite une impression de vide qui doit être un poil démotivant pour l’orateur. Mais le directeur éditorial de Glénat, Stéphane Ferrand, fait ce qu’il faut pour intéresser son auditoire en dialoguant avec lui du présent et du futur des éditions Glénat. Arrivé en milieu de course je retiens surtout que l’année 2015 de l’éditeur sera orientée sur deux auteurs phrares : Akira Toriyama (dont une nouvelle œuvre a de bonne chances d’arriver) et Eiichiro Oda. Chaque mois des annonces et des évènements sont prévus pour une année qui s’annonce alléchante, si elle tient ses promesses. Pour le reste il s’agissait d’expliquer / dévoiler l’arrivée de certaines licences ou de la version perfect de certaines séries. Un exercice délicat – on ne pas tout dire mais on ne peut pas non plus rien dire- mais bien mené par le directeur éditorial. Le staff de Glénat enchaîne ensuite avec une seconde conférence, dédiée à son invitée du salon : Kachou Hashimoto, mangaka de Cagaster, un manga de 6 volumes publié en ligne, que Glénat a repéré au Comicket et a pu signer en exclusivité mondiale pour la France. La demoiselle est intéressante, a du répondant et un profil inhabituel, de celui qui fait souvent les bonnes interviews. Je vous conseille de lire son interview dans Zoom Japon d’ailleurs, très intéressante.

Kachou Hashimoto

Malheureusement, au bout de 15-20 minutes de conférence mon téléphone sonne et une collègue de Journal du Japon m’annonce que je suis en retard pour une interview : “ils t’attendent pour Sakaguchi“. Hironobu Sakaguchi, le créateur de Final Fantasy que je rêvais de rencontrer mais dont ma demande d’interview est restée lettre morte. Premier sprint du Hall 6 jusqu’à la salle de presse, à coté du distributeur automatique pour vous donner une idée, tout en réfléchissant aux qMatsuyamauestions que je vais bien pouvoir lui poser. J’arrive sur place trop en retard (et essoufflé) pour mon slot mais je suis accepté dans la table ronde suivante. J’apprendrai plus tard que certains ont été mis au courant le jour même par mail, vers une heure du matin. La gestion en dernière minute de Sakaguchi, un homme pourtant capable de rameuter du monde à Japan Expo, est regrettable mais difficile de savoir qui blâmer, les Japonais étant des spécialistes pour se réveiller en dernière minute. Bref, Sakaguchi a pu nous parler de son dernier né Terra Battle et du jeu sur mobile en général, ce que cela change aussi bien pour le joueur que pour le dévellopeur. La rencontre était très courte mais on espère pouvoir combiner ces informations et celles de la conférence pour vous proposer un papier potable là dessus, en testant Terra Battle tant qu’à faire !

Pour terminer cette première demi-journée, je continue sur du jeu vidéo avec monsieur Matsuyama. Un sacré coco que le fondateur des studios CyberConnect2, un véritable VRP de la licence vidéo-ludique Naruto. L’homme, déguisé comme à son habitude en ninja de Konoha, vient pour vendre le dernier bébé de la saga. Difficile de lui parler d’autre chose d’ailleurs, car les questions qui tentent d’ouvrir un peu le sujet se verront mises de coté par un “je vous encourage à joindre les services de Namco Bandai pour plus d’informations“, dans un rire un peu gêné. En fait, sur cette Japan Expo, j’ai rencontré trois intervenants de Namco Bandai : Matsuyama pour Naruto, Hirano pour Dragon Ball et Baba pour la saga Tales Of. Seul Hideo Baba sortira un peu des sentiers battus, les autres se contentant trop souvent de donner les mêmes informations qu’en conférence… Le fait qu’on ait eu une interview pour Baba plutôt que des tables rondes pour les deux autres joue certainement mais Hideo Baba est de fait un homme à part. J’apprendrais par exemple que, même après 8h à répondre aux journalistes ou à faire des dédicaces avec une bonne humeur communicative, l’homme va de lui-même nettoyer sa salle d’interview avant de partir. Respect.

La journée se termine autour d’un verre et de quelques sushis avec un bon ami au grand sourire : Dimitri, monsieur Kochipan, avec qui on prend le temps d’échanger et de rencontrer les membres très fun de 1000say. Nous sommes entre gens plutôt contents d’être là en somme, c’est une fin de journée bien cool 🙂

Jeudi : des rencontres et de la culture

Alors qu’on a tous l’impression d’être déjà vendredi (l’effet 5 jours), les choses sérieuses ne font que commencer pour cette première journée complète. Avec un périphérique fluide, nous voilà vers 10h30 sur place. Un réveil en douceur (avec du café en salle de presse, c’est la fête !), qui est l’occasion de rencontrer quelques membres de l’équipe et du web en général que je vois IRL pour la première fois. Je ne les ai pas tous croisés jeudi mais big up toute l’équipe de Journal du Japon, ravis de rencontrer pour la première fois Laury, Guillaume-Kubo, Ours Krinein, Meloku, Gael, et content de recroiser Alexandre, Seb K., Johnny et Flavien, Valérie et son homme, Tétho, Matthieu, Angela, Baptiste, Thomas ou l’équipe de Japan FM. C’est un peu ça aussi Japan Expo : revoir certaines têtes et en découvrir de nouvelles !

On parle – on papote même – et rapidement il est l’heure d’assister à la première conférence de la journée : la fabrication d’un manga, par Karim Talbi des éditions Isan Manga, accompagné à l’improviste par un passionnant fabricant de livres. La conférence, dans une salle informatique à l’autre bout de l’expo, s’est avérée riche en informations et c’est avec regret que j’ai du partir avant la fin pour aller au coin culture assister au show de calligraphie de Hiroko Watanabe. Avec l’ami Flavien de Manga.TV nous nous étions mis d’accord pour nous retrouver sur place pour tenter de glaner une interview, impossible à demander en amont puisque, selon Japan Expo, Wabi Sabi a refusé d’en faire en raison d’un trop faible nombre de demandes. J’ai du mal à me faire un avis sur la gestion de la culture par Wabi Sabi mais je dirais qu’elle était, comme l’année dernière, un peu repliée sur soi. En me baladant avant le début du show de calligraphie, finalement en retard, je me rend compte que l’espace Wabi Sabi est un peu à cette image : c’est beau et c’est tout à fait japonais mais c’est assez inaccessible. La plupart des pièces d’artisanat sont hors de prix, nous poussant presque à repartir du coté de la contrefaçon. On avait l’impression d’entrer dans un espace “par les Japonais, pour les Japonais”. Certains artistes réussissent néanmoins à se connecter à la foule qui passe dans les allées : les calligraphes vous proposent d’écrire votre nom en idéogrammes entre deux allers-retour sur la scène culturelle, juste à coté. Les gens repartent ravis et ça ne leur coute presque rien, puisqu’un like sur une page Facebook suffit parfois pour avoir leur exemplaire.

Hiroko Watanabe & Kumonoue

Autour de l’espace Wabi Sabi on retrouve aussi de nombreuses agences de tourisme, qu’il s’agisse de la Japan Air Line ou encore des régions d’Okinawa, de Sapporo, etc. Là aussi c’est beau et ça vend du rêve (je suis resté scotché sur les photos d’Okinawa, bavant un peu devant les paysages), les gens sont souriants (et bilingues pour le coup) et les exposants cherchent surtout à se faire connaître plutôt qu’à vous vendre sur place un billet aller-retour. Idéal quand on va au Japon et que l’on cherche une première fournée d’informations. Je retourne vers la scène culturelle pour le show de calligraphie de madame Watanabe qui s’avère très sympathique : pendant qu’un orchestre mi-traditionnel, mi-rock met l’ambiance, la calligraphe enchaîne les idéogrammes sur des cubes de papier qu’elle empile pour former une structure très originale, pleine de symboles plus ou moins cachés.

A la fin de la représentation nous parvenons à décrocher une interview avec l’artiste, aussi ravie que nous de pouvoir échanger avec un média français. Hiroko Watanabe est souriante, enjouée et en attendant le traducteur nous en profitons pour nouer facilement le contact via la photographe Yukki, mignonne comme tout et un peu anglophone. On sympathise même, et l’interview n’en est que meilleure. Nous sommes mêmes invités, moi et Flavien, sur son stand pour avoir le droit à notre calligraphie. On échangera d’ailleurs une seconde fois sur place, chacun faisant des photos des uns avec les autres pour immortaliser cette rencontre aussi imprévue que chaleureuse. Les rencontres sans le filtre des intermédiaires et des managers, c’est quand même ce qu’il y a de meilleur. Même si ce genre d’improvisation ne marche pas à tous les coups non plus : quelques heures plus tard nous retenteront par exemple une autre interview de calligraphe dans l’espace Wabi Sabi, mais l’absence d’interprète correct en français ou en anglais, une timidité et un beau jet-lag de l’invité et enfi un boucan de tous les diables provenant de la mini-scène coupera court à l’entrevue, bonne pour la poubelle.

La journée s’achève par une démo des Gasharic Spin, groupe de rock féminin aux tenues hyper colorées, connus au Japon pour avoir fait des DVD-tutoriaux à la guitare et à la basse. Les demoiselles nous proposent donc un petit cours devant un public attentif, puis elles enchainent avec un concert en acoustique très réussi malgré la sonorisation assez moyenne de la scène 15 ans. Pour le coup je regrette d’avoir raté leur concert, que ma chère collègue Laure qualifie d’excellente surprise.

Gasharic Spin

Et d’ailleurs j’en profite pour signaler que, si je n’ai pas pu suivre les concerts cette année, j’ai eux d’excellents échos de groupe comme Gasharic Spin, Wagakki Band et Rhytmic Toy World. Je suis en tout cas impatient de rencontrer les Gasharic le lendemain matin en table ronde. Mais, à Japan Expo, rien ne se passe tout à fait comme prévu, et la journée du lendemain va nous le prouver…

Vendredi :  la journée d’la loose…

Jusqu’ici on avait eu quelques petits couacs mais bon, comme on se le dit entre habitués et avec le sourire :  “si tout roulait nickel ce serait pas vraiment Japan Expo“. Cela dit jeudi c’était champomy à tous les étages… A mon arrivée en salle de presse en milieu de matinée, je passe au chekcpoint pour vérifier que les slots n’ont pas bougés avant de partir en interview avec les demoiselles rockeuses de la veille. Sauf que les demoiselles rockeuses ne sont pas là… Et ne reviendront pas puisqu’elles sont carrément à l’aéroport. Après avoir effectué leur showcase et leur démo la veille, les demoiselles étaient censées rester pour la presse (et pour le public je crois) jusqu’au dimanche. Mais non, elles rentrent au Japon apparemment et le staff presse de Japan Expo ne sait pas pourquoi et mardi  le point d’interrogation demeurait, en tout cas officiellement…

Comme si ça ne suffisait pas, un autre invité décide d’annuler ses interviews de l’après-midi, Iwamoto, sans qu’on sache vraiment pourquoi non plus. On a appris qu’il était finalement en rencontre avec Yoshiki :

Yoshiki & Iwamoto

Mais on rattrapera la rencontre le lendemain, heureusement. Néanmoins, en ce vendredi, l’ambiance est lourde de chez lourde en salle de presse, et j’ai entendu des noms d’oiseaux voler, surtout quand Yoshiki s’en ait mêler à son tour, en faisant sa diva en annulant interview et/ou prestation. Le ponpon étant, de souvenir, Yoshiki qui refuse de sortir de sa voiture parce qu’il y a trop de foule qui l’attend devant le stand de No Life (No life ou J-one d’ailleurs, je ne sais plus).

Bref y a des jours comme ça où l’on est très content de ne pas bosser aux relations presses de Japan Expo, elles ont du bien se faire pourrir toute la journée alors que, in fine, c’est plus la gestion des invités japonais qui posent problème. Depuis que Sahé Cibot a quitté ce poste il y a deux ans, le tandem en place éprouverait-il quelques difficultés ? En tout cas, sur place, on décide de le prendre avec philosophie au sein de l’équipe de JDJ, surtout que nous ne sommes pas les plus à plaindre. En fait, le prix 2014 de la loose absolue est finalement attribué auuuuuuuux éditions Glénat ! La vieille, leur mangaka Kachou Hashimoto a fait une mauvaise chute et a tenté de se rattraper avec sa main droite… La main avec laquelle elle dessine. Jeudi après-midi on évoquait une foulure mais les examens ont carrément révélé une fracture du poignet. Résultat : la mangaka est rapatrié directement au Japon et adieu la promotion de Cagaster. Le lendemain on apprendra, cerise sur le gâteau, que ses valises se sont perdues durant le vol. Franchement Fanny et Stéphane, on pense à vous et on croise les doigts pour que Cagaster et Kachou Hashimoto rencontrent tout de même leur public !

De notre coté, c’est avec l’ami Jean-Baptiste que nous avons quitté une salle de presse aux allures de cimetières d’interview ce vendredi, pour retrouver Hirano et Baba-san du coté de chez Namco Bandai. Comme je l’ai évoqué plus haut ce fut difficile d’arracher des informations sur Dragon Ball Xenoverse à Hirano et d’avoir du contenu original… En même temps, lorsqu’une confrère demande si Hirano a lu ou pas Dragon Ball, on ne va pas non plus aller bien loin non plus ^^;

Et pour finir la journée, nous étions bien décidés, avec Flavien, à compléter un futur dossier calligraphie et nous sommes allez voir Kirie, une troupe réunie autour de la calligraphie qui multiplie les mixs et les approches. Ce mélange, constitué d’un homme au beat-box, d’une calligraphe, d’une peintre, d’une danseuse et d’une musicienne a accepté de nous accueillir, à la roots, en backstage. Entretien très riche qui prouve – s’il le fallait encore – que le Japon a vraiment l’amour des mélanges dans le sang, entre artisanat ancestral et culture pop. Là aussi ça s’est bien passé, on a eu le droit a quelques cadeaux et Flavien en a profité pour leur offrir deux tomes de Barakamon de Ki-oon : c’était assez drôle et irréaliste de les voir feuilleter puis de leur raconter l’histoire d’un manga sur la calligraphie que l’on connaissait finalement mieux qu’eux !

Kirie

Samedi : de l’interview avec un grand I

Ce samedi j’arrive dans le dur avec mes plus grosses interviews. La journée commence par un retour au Saiko Stage qui accueille – avec beaucoup de retard – Yoshiaki Manabe, présenté comme le guitariste, puis le bassiste-mais-on-n’est-pas-sûr, puis le-bassiste-c’est-sûr de The Pillows ! Bon, pas de bol, il est le guitariste du groupe, le fait qu’il vienne faire un concert guitare à la main était pourtant un bel indice;) Ok, je me moque mais le concert de 30 minutes était, lui, excellent. Un rock assez mélodique et planant (pour un très grand fan de Bob Marley c’est normal) et qui méritait d’être fait au live house plutôt que sur la petite scène du Saiko. Cela dit, vu que le nom de The Pillows n’évoque rien au staff de Japan Expo à qui on n’en parle, ceci explique sans doute cela. Cependant, de notre coté, pas question de laisser passer l’occasion et, comme quelques confrères, nous sommes rentrés en contact avec Saigo Guitar qui avait invité l’artiste, afin de décrocher une interview sur le stand directement, pas loin du coin culture. Un moment très cool avec un artiste qui a suffisamment de bouteille pour nous faire profiter de son recul sur la musique et la façon d’y faire -ou d’y garder – sa place.

Manabe - The Pillows

Quelques minutes plus tard, le temps de retraverser le salon pour un autre chouette moment : l’interview avec Ryuhei Tamura, l’auteur de Beelzebub. L’occasion de voir que les interprètes embauchés par les éditeurs mangas sont toujours d’une remarquable qualité. Ceux de Japan Expo se sont améliorés par rapport à l’an dernier (on avait du jeter plusieurs interviews en 2013 à cause de ça), mais certains sont encore bien au dessus du lot (Emmanuel Bochew, ceux de Kazé Manga ou de Ki-oon par exemple). Bref Tamura est un jeune mangaka qui n’est pas pour autant timide dans ses réponses, et on a pu profiter en bonus de son tanto du Shônen Jump pour quelques échanges instructifs sur le travail de chacun. Je ne vous en dit pas plus et on va essayer de publier ça rapidement, en combinant avec la sympathique conférence du lendemain matin, car il y a matière à un papier vraiment intéressant. Merci à Kazé Manga pour ça d’ailleurs.

Et comme on dit, jamais 2 sans 3, l’après-midi se poursuit avec une interview de 2 charmantes maiko, qui sont venus pour partager leur expérience loin des clichés qui perdurent, y compris chez elles. Deux demoiselles bien plus modernes et libres de paroles que l’on pourrait croire, avec une interprète investie par le sujet. Samedi fut donc la journée des interviews et moments privilégiées qui montrerons, j’espère, que la qualité d’une interview tiens aussi au crédit qu’on accorde au journaliste qu’on a en face. Des moments agréables aussi pour leurs échanges humains, avec des artistes qui peuvent être encadrés et en même temps libre de parole. Je dis ça car, en total contraste, Japan Expo nous avait proposé de rencontrer les actrices de la comédie musicale Sailor Moon, pour une interview. Une interprète correcte mais plus en difficulté, un manager qui chapeautait l’entretien de manière un peu intrusive, un nombre de comédiens conséquent qui oblige par politesse à prendre beaucoup de temps à chaque réponse… Bref vous l’aurez deviné, le résultat n’était pas vraiment enthousiasmant, trop dans l’image et dans la représentation. C’est aussi pour ça que Journal du Japon s’est passé des rencontres avec les idols cette année et que, plus personnellement, mes secteurs favoris restent le manga et la partie culturelle, peu starifiées, et que rien ne vaut le secteur indépendant et les inconnus en j-music, beaucoup plus libres de leur image et de leur parole. Le lendemain, Wagakki Band me laissera là aussi un peu déçu car trop formaté, alors que leur show était des plus réussis et leurs costumes juste sublimes.

Dimanche : tout est bien qui finit bien !

Yuka & MasakiSachant que c’était la dernière journée, me voilà debout de bonne humeur et (presque) de bonne heure. On commence par la conférence de Tamura vu la veille, qui part sur quelques généralités et s’arrêtent par moment sur des détails plus intéressants : une conférence équilibrée pour tout public en somme. L’occasion de voir aussi que les questions du public sont plus intéressantes que les années passées et même que les questions simples de néophytes donnent parfois des réponses révélatrices. Après un dernier repas du midi sur le salon (avec des prix qui sont toujours plus épicés d’année en année), j’enchaîne deux rencontres au résultat très différent : Moumoon d’abord puis Fujiwara, l’auteur de Dragon Quest. Seul cinq minutes séparaient les deux rencontres et le stress est donc monté d’un cran quand on m’a annoncé qu’un confrère avait pris cinq minutes de retard avec Moummon alors que Fujiwara était plutôt en avance. Tout s’est solutionné grâce à l’excellente gestion de l’attaché de presse de Ki-oon mais j’ai un peu passé ma table ronde Moumoon à manger ma montre du regard.

De plus, j’avais espéré que nous ne serions pas trop nombreux pour cette rencontre mais ce sont 6 médias qui ont du se partager Yuka et Masaki pendant une vingtaine de minutes. Nous étions deux ou trois à avoir déjà rencontré l’artiste alors que c’était pour une première pour d’autres et les questions divergeaient donc pas mal, soit un contenu intéressant par moment mais sans queue ni tête au final. Cela dit ça reste un plaisir de revoir ce duo, et ils sont toujours aussi adorables et touchants.

 Pour Fujiwara par contre, le résultat était passionnant, que ce soit sur son parcours et la place de Dragon Quest, dans les échanges sur les shônens d’aventure en général ou ses héros. Ça complétait assez bien la conférence de la vieille donc on devrait vous proposer un bel entretien avec pas mal d’informations clés en bonus. J’ai déjà évoqué Wagakki Band donc terminons plutôt avec une autre rencontre : Kitaro Kosaka. L’interview prévue s’est transformé en table ronde à 2 mais je tiens à remercier mon collègue de Melty.fr qui a accepté une mise en commun de nos questions juste avant l’entretien pour que nous réalisions un échange fluide et cohérent. C’était cool et on a eu le droit à un regard un peu différent sur le studio Ghibli là où tout le monde parle sans arrêt de Miyasaki et de Takahata (avec tout le respect que l’on doit a ses deux messieurs bien sûr).

Il est donc environ 18h00 en ce dimanche soir et il est temps de quitter Japan Expo. C’est une fois de plus difficile de résumer ces 5 jours si hétéroclites dans le fond et dans la forme. Cette édition n’a pas accouché d’entretiens marquants à titre personnel comme le furent Kawamori, Hojo, CLAMP ou Urasawa les années passées mais ça n’empêche pas que rencontres enrichissantes n’ont pas manqué, sur le plan professionnel ou tout simplement humain avec des artistes toujours aussi content d’être là. C’est aussi un plaisir de profiter des moments libres avec quelques amis (vous je sais pas, mais moi j’ai passé d’excellentes soirées !). A ceci j’ajouterais, pêle-mêle que : la fait que ce soit le 15e anniversaire ne m’a pas donné l’impression d’y changer grand chose, que les cosplays étaient d’un excellent niveau, que les gens sont toujours aussi content de venir et de se retrouver sur JE, que l’absence du Comicket est assez notable, que les jours de bacs et de match de l’équipe de France c’est nettement plus calme, que la prolongation de 5 jours a profité à certains stands et a rien changé pour d’autres, que la douane a enfin fait une descente pour fermer un stand de contre-façon… Et je pourrais continuer comme ça encore longtemps.

Pour vraiment conclure sur ce coté presse de Japan Expo, je dirais simplement que nous sommes très nombreux à faire ça pour le plaisir, car cette quête de rencontres passionnantes, surprenantes ou personnellement enrichissantes atteint toujours son but, et cette année ne fait pas exception. L’édition 2014 ne restera pas dans les annales mais Japan Expo reste Japan Expo : c’est toujours un plaisir de l’avoir fait !

Rendez-vous en 2015 pour les 16 ans et suivez Journal du Japon et Paoru.fr de près cet été pour lire nos plus belles rencontres et voir nos plus belles photos 😉

Remerciements à toute l’équipe de Japan Expo et aux drôles de dames RP de Japan Expo que j’ai plaisir à retrouver d’année en année et à toutes les attaché(e)s de presse que j’ai pu croiser et recroiser : Victoire, Charlotte, Sophie, Laure, Fanny, Emilie et les hommes parmi les femmes, Guillaume et Jérôme !


juillet 12th, 2014
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Magical Girl of the End : les jupettes et les p’tites couettes t’explosent la têêêêête ♫

⊆ juin 25th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

Entre des interviews et des articles thématiques je reprends un peu de temps pour vous parler de quelques derniers coup de cœur. Aujourd’hui, avis aux amateurs de parodies gores et d’hectolitres d’hémoglobine, de survie de l’espèce mal engagée et de zombies qui vous chopent la cheville : voici Magical Girl of the End de Kentarô Sato, chez Akata.

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De son nom original Mahô Shôjo of the End, cette jeune série a débuté fin 2012 dans les pages du Bessatsu Shônen Champion (Akumetsu, Full Ahead Coco, Saint Seiya – The Lost Canvas) de l’éditeur Akita Shoten. L’auteur, natif d’Osaka, a débuté sa carrière en 2008 dans l’Akamaru Jump (si vous lisez Bakuman, vous connaissez bien ce magazine de la Shueisha). Réputé comme assez disponible, sur Twitter  notamment, l’auteur est aussi un habitué du célèbre salon nippon Comicket . Son spin-off de Magical Girl of the End, Magical Girl Site, est disponible sur le magazine web de son éditeur, le Champion Tap .

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La série principale compte pour l’instant 6 tomes et elle est toujours en cours. Avec un tome 1 paru fin mai et un second qui arrive à Japan Expo, il est temps maintenant de vous en dire plus sur la série elle-même. En route pour la critique !

Magical Girl of the End : pam pelilu PAN PAN PAN !

Aaaah, ces jeunes filles souriantes, vêtues de froufrous aux couleurs vives et chatoyantes, tenant à leur main un bâton magique bardé d’étoiles, d’ailes et autres artefacts candidement oniriques, qui exaucent les souhaits des pauvres malheureux et répandent l’amour en chantant, tout autour de la Terre. Mais, attendez une minute… Et si ces contes féériques n’étaient là que pour endormir notre méfiance afin que les vraies Magical Girl puissent, un jour, venir tranquillement nous découper en morceaux, exploser nos têtes, nous transformer en zombie et nous exterminer en masse ?

Comme nous tous, Kii Kogami n’a pas vraiment vu le coup venir. Sa vie de lycéen l’ennuie et il n’a guère d’autre objectif que de séduire la plus jolie fille de sa classe. Mais il va retrouver un goût insoupçonné et inattendu pour la vie quand une jeune demoiselle, sur le perron de son lycée, défonce la tête de l’un de ses professeurs avant de bondir vers sa salle de classe, pour éradiquer ses camarades de classe façon boucherie-charcuterie-traiteur (« et si y a des bouts d’élèves en plus je vous les mets quand même ma bonne dame ? »).

Magical-Girls-of-the-end-manga-extrait-001

Ce qui ressemble à s’y méprendre à une Magical Girl – bâton, jupette, nœud dans les cheveux et toute la panoplie – est en réalité une machine de mort sadique et malheureusement immortelle : vous aurez beau lui exploser la tête, elle sera de nouveau sur pied en un clin d’œil et poussera un lugubre «MAGICAAAAAAL » avant de venir vous étriper… Au sens premier du terme d’ailleurs. Mais ne vous inquiétez pas car, une fois devenu un macchabée vous porterez à votre tour la jupette pour devenir un pantin désarticulé et meurtrier au service de ces jeunes filles d’une autre dimension. La fuite avec les rares survivants du lycée semble donc l’unique solution, mais pour aller où ? Toute la ville – et tout le pays apparemment – a été envahi par ces Magical Girls. C’est donc le début du massacre…

Non mais WTF quoi !

Kentarô Satô , ce mangaka un peu malade sur les bords, a donc choisi de nous emmener dans un Japon qui subit une attaque d’une autre dimension, où les guerrières du camp adverse sont toutes puissantes et bien décidées à traquer les humains. Derrière les jupettes et les couettes il y a donc ces brutes sanguinaires aux pouvoirs multiples : la première est armée d’un fusil dévastateur, la seconde créé un nuage de brume et vous y attend sournoisement, une troisième manipule la gravité pour faire une boule géante de corps humains a qui elle réserve un sort très particulier… Ah j’ai failli oublier celle qui se balade avec le-toutou-à-sa maman qui crache des boules de feu. Et d’autres sont attendues dans les prochains volumes.

magical girl of the End magical girl of the End

Ajoutez à ça des cadavres capables de se relever pour vous pourchasser à leur tour et vous obtenez un mix totalement inédit et assez original de manga survival. Magical Girl of the Dead signe ainsi le début de la collection WTF (le fameux What The Fuck que l’on connait tous maintenant), un nouvel axe éditorial que l’éditeur décrit comme “un véritable laboratoire expérimental et sans prise de tête“. D’autres titres, du gore à l’humoristique en passant par le non-sens, le mauvais goût assumé ou l’avant-garde, sont attendus mais le manga de Satô lance le bal de manière significative. Après avoir proposé de multiples collections que peu d’entre-nous avaient compris à l’époque de Delcourt (Sakura, Johin, Fukei, Obon, etc.), l’éditeur joue toujours sur l’originalité mais a décidé de faire simple et fédérateur. Revenons-en maintenant à nos Magical…

Run for your life !

Magical Girl of the end propose un pitch qui retient l’attention mais ce tome 1 séduit aussi grâce à une narration extrêmement dynamique, qui exploite parfaitement les codes du survival : il faut fuir face à la menace mais cette dernière n’est pas décidée à vous laisser faire des pauses sur le bord du chemin. Les phases de réflexion des personnages, pour essayer de comprendre ce qui leur arrive ou pour établir un plan de sortie, sont donc relativement courtes – 4 ou 5 pages tout au plus – avant qu’une porte ne cède ou qu’une vitre n’explose, laissant déferler sa cohorte de zombies ou l’entrée en lice d’une nouvelle magical girl tout aussi mortelle que la précédente. Dans sa mise en scène, Satô sait aussi ménager le suspens sur le pouvoir de chacune des magical où sur le moment où cette dernière va surgir. Pour augmenter l’adrénaline, leur pouvoir de régénération apporte un dose de tension supplémentaire : lorsque les héros de l’histoire parviennent à exploser l’une d’entre elles, on sait que le répit ne sera que de courte durée et qu’une course contre la montre s’enclenche… Il faut fuir avant qu’elle ne revienne pour se venger !

Magical Girl of the End

L’aspect oppressant est renforcé par des angles de vue bien choisis qui mettent en valeur le nombre, la force et la rapidité des adversaires zombies ou magical girls. Tout va donc très vite et les personnages ne perdurent qu’avec un bon instinct survie, quelques bonnes idées et une certaine dose de chance. Comme dans tout survival la chance n’est pas distribuée de manière équitable et le nombreuses rencontres de rescapés permettent d’en tuer un paquet de manière péremptoire et surprenante. C’est le fameux jeu des films d’horreur : quel est le prochain qui va se faire tuer et comment va-t-il mourir ? Dans cette fuite effrénée et sans répit, le lecteur n’a pas plus le temps de réfléchir à ce qu’il se passera après, étant bien trop occupé à jauger le moment présent. Vous l’aurez compris on obtient donc une lecture haletante, immersive et j’ajouterai même jouissive pour les amateurs de l’horreur et du survival, qui vont retrouver ce qu’ils préfèrent dans ce premier volume.

J’en termine en citant un graphisme qui use et abuse du noir pour renforcer son ambiance glauque, un chara-design très classique et des protagonistes de premier plan qui répondent au stéréotypes du genre : le héros anciennement lâche et anonyme qui se demande dans quel cauchemar il est tombé, son amie d’enfance craintive et prostrée, une demoiselle au caractère de guerrière et à la poitrine hypertrophiée (le seul élément fan service d’ailleurs) et enfin tous les autres cas de figures, du mec sportif et sympa à la pétasse manipulatrice. On à hâte de voir comment ces évènements bouleversants vont les changer et où leur aventure va bien pouvoir les mener. Un plot-twist majeur est d’ailleurs annoncé pour le tome 3 par Akata himself, dans son communiqué de presse.

Magical Girl of the End, premier étendard bien choisi de cette collection WTF, initie une course poursuite aussi loufoque que morbide et surtout sans aucun temps mort. Une lecture aussi trippante que jouissive pour les amateurs du genre et l’un des meilleurs tomes 1 de cette année 2014 pour le moment. On attend la suite avec impatience !

Fiche descriptive

magical-girl-of-the-end-manga-volume-1Titre : Magical Girl of the End
Auteur : Kentarô Satô
Date de parution du dernier tome : 28 mai 2014
Éditeurs fr/jp : Akata / Akita Shoten
Nombre de pages : 208 n&b
Prix de vente : 6.95 €
Nombre de volumes : 1/6 (en cours)

Visuels :  © 2013 by KENTARO SATO (AKITASHOTEN, Japan).

Pour lire un extrait du tome 1, c’est ici. Pour Japan Expo, Akata vous propose de les retrouver sur leur stand pour vous offrir des cartes postales et un poster à l’effigie de cette série. Plus d’infos et d’autres goodies annoncés sur le site de l’éditeur.

carte-postale-1-recto


juin 25th, 2014
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[Concours] Jouez et passez la porte de l’hôtel Williams Child Bird !

⊆ juin 18th, 2014 | ≡ Topic: Articles, Concours manga / japanime, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Voici le concours manga du mois ! Pour ce mois de juin nous revenons à du shôjo, un secteur qui focalise mon attention dernièrement. Le titre à gagner est Welcome to Hôtel Williams Child Bird, de Yukako Kabei et Rihito Takarai, aux éditions Ototo.  Trois exemplaires du tome 1 sont à gagner.

Welcome to Hotel Williams Child Bird

Ce concours est arrivé un peu par hasard, grâce à la venue en France de la mangaka Rihito Takarai sur Japan Expo. A cette occasion, les éditions Ototo ont remis en avant cette série en 3 tomes, inspirée du roman de Yukako Kabei dans une version un peu moins sombre mais tout aussi prenante. A la lecture du premier tome on rencontre un trio attachant fait d’une jeune fille un peu paumée, Kizuna, qui se fait de l’argent en volant et en jouant avec les limites de la prostitution, qui rencontre un peintre tout aussi perdu, Yusei, qui peine à se remettre d’une tragédie personelle. Entre les deux se glisse un personnage mi-garçon pro de la baston et mi-fille fashion victime, qui fait l’entremetteur. La vie aussi improbable qu’inattendue de ces protagonistes est assez séduisante et intriguante, emmenant le lecteur sans vraiment lui dire où va la série, avec un hôtel étrange qui fait office de vase clos qui pourrait bien renfermer quelques mystères. Séduit aussi bien par les personnages, attachants, que par le coup de crayon fin et lumineux de la mangaka, j’avais envie de vous en faire profiter…

Welcome to Hotel Willams Child Bird Welcome to Hotel Willams Child Bird

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la série, les premières pages sont déjà disponibles sur le site des éditions Ototo.

Un petit rappel des règles au passage. Comme d’habitude vous avez donc le choix entre la grille ci-dessous, le puzzle sur Facebook et Google + ou les deux. Le modus opérandi est le suivant :

  • 1. Jouez sur le blog (grille ci-dessous) ou allez faire un tour sur la page Facebook ou Google + de Paoru.fr, devenez fan et rendez-vous dans l’album photos Concours Paoru.fr
  • 2. Sur Facebook : identifiez sur l’image du mois (celle de juin cette fois-ci) les 12 tomes présents, aka mes dernières lectures. Quelques uns ont eu le droit à un article dans ces colonnes ou ont été évoqués sur notre Twitter. Si vous bloquez, n’hésitez pas à fouiller.
  • 3. Sur le blog : trouvez les 12 noms de mangas. Un indice ? Pour ce titre je vous propose un special shôjo / josei.
  • 4. Envoyez les noms des tomes et séries à l’adresse concours@paoru.fr, le tout avant le 1 juillet à minuit !

Trois gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses. Leurs noms seront annoncés vers le 2 juillet en même temps que les réponses du puzzle et du quizz.

Voici la grille de mots croisés du mois.

Quizz

Bonne chance à tous, amusez-vous bien !

Visuels : TORIKAGOSOU NO KYOU MO NEMUTAI JYUUNINTACHI © YUKAKO KABEI / RIHITO TAKARAI 2008-2011


juin 18th, 2014
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