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Manga : Retrouvailles avec Akira, 25 ans après…

La semaine dernière j’ai fait un petit bond en ouvrant un colis. Ça m’arrive de temps en temps, les petits bonds de surprise et de joie, lorsque le carton d’emballage dévoile quelque chose que j’attendais avec impatience. Au sein de ce paquet des éditions Glénat a jailli un alléchant pavé qui m’a fait repartir plus de 20 ans en arrière : le premier volume de l’édition originale d’Akira, de Katsuhiro OTOMO, qui sort dans les librairies en ce début juin…

Akira édition originale

Je vous parle d’un temps que les mangaphiles de 20 ans…

Comme beaucoup de trentenaires mangaphiles, Akira a été mon tout premier manga… tout simplement car il a été LE premier manga publié en France aux yeux de notre génération (au delà de quelques tentatives précédentes s’entend). Nous étions alors en 1991 : je suis un adolescent lambda et je prends le titre de plein fouet… Un électrochoc. C’est trop bon, jouissif même, ça me parle comme rien en bande dessinée ne m’avait parlé  auparavant, ça contient des rêves et fantasmes qui étaient miens sans que je le sache. Je dévore donc les aventures de Tetsuo et Kaneda en même temps que je découvre le film d’animation qui arrivera la même année dans notre hexagone.

C’est une révélation et le début d’une relation forte qui va durer pendant les 5 années de publication de l’ouvrage en France. J’ai lu et relu Akira une bonne vingtaine de fois pendant cette époque – nous n’étions pas surchargés par les sorties à l’époque cela dit – puis j’ai laissé la collection prendre progressivement la poussière, sans rebondir sur la nouvelle édition publiée de 1999 à 2000 car j’étais encore trop attaché à la version couleur et surtout à ces livres que j’avais eu entre les mains si souvent. Hors de question les remplacer par quoi que ce soit dans mes étagères.

Akira - Edition Couleur - Tome 1

Akira – Edition couleur – Tome 1

Aujourd’hui, en 2016, je ne suis toujours pas enclin à m’en séparer mais j’avais envie de la faire cohabiter avec une nouvelle, et de profiter de l’occasion pour (re)découvrir Akira en noir et blanc, via cette version retravaillée et pilotée par OTOMO himself. Il se trouve que le voyage est allé au-delà de mes attentes, il s’est révélé d’une richesse inattendue… Laissez-moi donc vous parler de ces retrouvailles !

Quand OTOMO écrit Akira, il a 30 ans… et moi 13

Donc forcément, à l’époque, je vois surtout l’histoire de Tetsuo et Kaneda, deux adolescents voyous, déjà bien en marge de la société : membres d’un gang de motards, ils passent leur temps à défier l’autorité et cultivent avec humour leur insolence, reniant un système qui les rejette ou tente, dès qu’il le peut, de les soumettre. Ayant autant soif d’adrénaline que de s’échapper de cette société où ils n’ont pas de place, ils roulent à toute allure, se défient les uns les autres, se battent… Et veulent, au passage, mettre le plus gros bordel possible pour prouver au monde qu’ils existent et qu’il faudra bien compter avec eux. Une révolte évidemment adolescente qui fait bien plus que me concerner : à l’époque je suis des leurs, où du moins j’en rêve !

Akira - Kaneda - Moto

Akira – Kaneda et sa moto © 1984 Katsuhiro Otomo

Lors de ces premiers rendez-vous avec l’oeuvre je ne m’expliquais pas cette immersion, je n’avais ni l’expérience des mangas ni le recul… et de toute façon je me moquais de savoir le pourquoi du comment de mon engouement. Je kiffais et surkiffais en boucle, point. Mais en savourant cette édition la semaine dernière, une lecture entre les lignes s’est naturellement mise en place et j’ai pu toucher du doigt l’extraordinaire travail d’OTOMO, ainsi qu’une partie de ses influences ou inspirations. Akira c’est d’abord un univers extrêmement travaillé qui est posé sur des bases assez simples, en apparence : nous sommes en 2019, trente-huit ans après la Troisième Guerre Mondiale et un an avant les Jeux Olympiques de 2020 qui se dérouleront à Néo-Tokyo, la ville qui a été reconstruite sur les cendres de l’ancienne capitale nippone.

Trente-huit ans après… Wait a minute ! Akira a débuté sa publication fin 1982, début 1983 au Japon… soit trente-huit ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale ! Bon avec la coup de l’explosion nucléaire et son lien évident avec Hiroshima et Nagasaki, ceci n’a rien d’un scoop. Néanmoins, ce que je ne réalise pas dans les années 80, c’est qu’OTOMO est né en 54 et qu’il a donc vécu une bonne partie de cet après-guerre : le caractère si réaliste d’Akira vient que son auteur n’a pas eu à chercher bien loin pour trouver des éléments à même de composer son univers, vivant lui même trente-huit ans après un conflit majeur.

akira-explosion

Akira : la fameuse explosion qui initie l’histoire © 1984 Katsuhiro Otomo

Dans Akira, on suit les traces d’une génération d’adolescents et de jeunes adultes qui n’ont pas connu la fameuse guerre mais ils en subissent tout de même les conséquences, comme ce fut le cas pour la génération née entre 1945 et les années 60 dans la réalité, avant le miracle économique japonais : pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise, les militaires possèdent une place prépondérante dans les hautes instances du pays et ont tous les droits dès qu’il s’agit de sécurité nationale (oui oui, moi aussi ça me rappelle l’actualité, mais passons). On notera tout de même qu’OTOMO ne fait pas du corps militaire un ennemi totalement noir et manichéen. Leur commandant, l’énigmatique et implacable Colonel, doit affronter une autre armée, celle des bureaucrates, qui n’ont guère envie de croire au mystérieux danger que les militaires prophétisent et qu’ils gardent jalousement “sous leur contrôle”, ni de leur fournir les budgets astronomiques nécessaires pour protéger les générations actuelles d’un nouvel Armageddon.

De l’autre coté, face au pouvoir semi-martial en place, on peut retrouver deux inspirations historiques qui viennent étoffer l’univers de la série, et qui constituent deux formes d’opposition : les motards et les gangs de voyous tout d’abord, qui sont une référence évidente aux  bōsōzoku, ces clans de motards et d’automobilistes jugés bruyants et dangereux dans les années 70-80 au Japon. Du coté moins visible de l’iceberg il y a également l’héroïne Kei, et son “frère” Ryusaku, membres d’une organisation qui cherche à faire la lumière sur les manœuvres secrètes des militaires au sein du soi-disant chantier de construction du nouveau stade olympique (pour les JO à venir, je vous le rappelle). Ils se posent aussi pas mal de questions sur les milliards qui disparaissent autour d’un étrange projet, le projet AKIRA. Cette faction révolutionnaire et armée n’est pas sans me rappeler les mouvements de protestation et d’opposition qui sont allés jusqu’au terrorisme dans le Japon de la fin des années 60 – début des années 70, et que nous avons déjà évoqués à travers Unlucky Young Men.

Akira tome 1

La sous-couverture du tome 1 dépeint une société peu enviable… © 1984 Katsuhiro Otomo

Tout ça est mis bout à bout dans une ambiance de société décadente et donne vie à un univers d’une grande richesse. Ces bases solides et passionnantes permettent à OTOMO d’entamer une vraie révolution, qui est l’une des grandes forces du titre : les mystères accumulés par la génération précédente finiront par la détruire avant qu’une nouvelle, trop ivre de pouvoir, ne mette en place un système né dans la violence et dans la loi du plus fort, recréant à foison les erreurs du passé.

Mais le talent du mangaka ne s’arrête pas là car si ces éléments s’accordent si bien ensemble et forment un tout cohérent c’est parce que le graphisme de l’oeuvre agit comme un véritable ciment pour lier et consolider le tout, en nous présentant une néo-Tokyo plus vraie que nature, gigantesque et inquiétante. Néanmoins, de cette ville moderne très verticale et sans doute assez variée socialement parlant, on nous présentera davantage les bas-fonds que les gratte-ciels. Les bâtiments méritent tout de même le coup d’œil : des immenses buildings modernes à l’école délabrée et taguée de partout, en passant par des sous-sols biscornus et des hangars pleins de bric et de broc, tous possèdent leurs petits suppléments d’âme qui suggèrent une certaine histoire….

Les décors en diront finalement beaucoup plus que la population elle-même sur la société que nous présente OTOMO, à l’exception faite de nos héros bien sûr… Mention spéciale également aux moyens de locomotion qui soulignent une passion d’OTOMO sur ce sujet et qui participent indéniablement au plaisir des yeux et à l’admiration qu’a toujours suscité Akira. En effet, même si je mets de coté les légendaires poursuites en moto qui doivent une part importante de leur popularité au film, on peut quand même évoquer la flopée de véhicules qui bénéficient tous du même soin et du même soucis du détail : du camion de livraison de poissons jusqu’aux sublimes hélicoptères de l’armée en passant par les petits véhicules volants que l’on suit dans la poursuite à vive allure au sein des égouts… tout est traité avec soin et il est bien difficile de dire ce qui est copié sur des véhicules réels de ce qui est pure invention.

Akira © 1984 Katsuhiro Otomo

Akira © 1984 Katsuhiro Otomo

Quand OTOMO écrit Akira il a donc 30 ans et plein de choses à dire, mais aussi un graphisme qui exprime à merveille sa vision. J’ai insisté sur les éléments de décors mais on pourrait aussi parler de la narration, de la mise en page, de son utilisation des lignes de forces ou de sa représentation des impacts pendant des heures. On le fera peut-être plus tard cela dit, un seul volume est paru sur les six prévus pour le moment, on a le temps de revenir là dessus. Pour terminer j’en finirai plutôt par les personnages, et par un tout particulièrement…

Tetsuo SHIMA

En relisant les 360 premières pages de cette nouvelle édition je me suis revu à l’époque : des images, des ambiances et des sensations de ma vie adolescente sont remontées. On dit souvent que le cerveau imprime tout ce qui vous arrive quand vous vivez des moments marquants, et c’est en voyant tous ces détails refaire surface dès la lecture des premiers chapitres que je comprends aujourd’hui à quel point ce manga a forgé des pans entiers de mon imaginaire. Si la vague de mangas qui va arriver quelques années après en France, de Dragon Ball à Slam Dunk, va me donner envie d’écrire dessus et de devenir journaliste en la matière, Akira a été la clé sur un nouveau monde beaucoup plus personnel, un modèle de rébellion qui me faisait rêver, une fureur de vire digne d’un James Dean.

Tetsuo SHIMA © 1984 Katsuhiro Otomo

Tetsuo SHIMA © 1984 Katsuhiro Otomo

Comme je le décrivais tout à l’heure la série possède une galerie de personnages clés qui incarnent chacun un symbole : il y a Kaneda, le héros rebelle, plutôt beau gosse, très effronté, grande gueule et casse-coup mais qui ne manque pas d’humour, d’ingéniosité et qui croit dur comme fer en l’amitié et la loyauté de ses camarades. Avec son tempérament de chef et sa tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas, il est l’anti-héros parfait, celui qui met tout le monde face à ses contradictions, ses erreurs et ses mensonges, celui qui vient foutre un énorme bazar pour crever tous les abcès. Kaneda c’était l’ami rêvé, celui à qui tout semble réussir, qu’on finit toujours par écouter et qui brave tous les interdits le sourire aux lèvres.

Moi, j’étais Tetsuo.

Tetsuo, c’est l’un des amis fidèles qui, un jour où il décide de devenir le premier dans une course sur l’asphalte, fait une rencontre brutale qui va le transformer… Dans tous les sens du terme. Suite à son accident avec le numéro 26, un être étrange doté de pouvoirs para-psychiques, Tetsuo va s’éveiller à ses propres pouvoirs, devenant l’un des “enfants-numéros” de l’armée, ces êtres cachés dans le plus grand secret depuis plusieurs décennies. Mais les pouvoirs de Tetsuo grandissent vite, trop vite pour lui comme pour l’armée, et ses difficultés à les gérer font ressortir les pensées les plus sombres de l’adolescent, jusqu’ici un peu timide et renfermé. Sa toute puissance le grise, l’emmène très rapidement vers le meurtre – d’abord par accident puis sciemment – et semble lui interdire le retour en arrière. Encore faudrait-il qu’il le veuille et, de toute façon, bientôt plus personne ne pourra l’arrêter. Cette façon de tout envoyer balader, de tout faire exploser y compris sa propre frustration me séduisait totalement : qu’est-ce que je ferais si j’étais Tetsuo ? Une interrogation récurrente dans mon esprit d’adolescent.

Kaneda - Tetsuo

Kaneda – Tetsuo, frères ennemis © 1984 Katsuhiro Otomo

Et donc arrive ce qui doit arriver, Kaneda se retrouve face à Tetsuo et les deux deviennent des frères ennemis quand le jeune monstre-junkie fait exploser la tête de leur ami commun, Yamagata, dans une scène d’anthologie d’une rare violence. C’est le point de non-retour, franchit à cause de la soif de pouvoir et de reconnaissance d’un adolescent dont on a artificiellement supprimé les limites, au nom de la science et en se moquant bien de ce qu’il allait advenir de son humanité. Mais Tetsuo rendra l’affront à ses manipulateurs, au centuple, en s’intéressant tout d’abord à l’origine de ces dons, sur un chemin qui le mènera rapidement à Akira…

Mais ça et la suite c’est pour le prochain volume, qui sort normalement le 29 juin prochain. On en reparlera sûrement car il y a encore plein de choses à dire sur cette série. En attendant, je compte sur vous pour partager vos souvenirs à la lecture ou à la relecture du titre, en commentaire de l’article !

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6 Commentaires pour “Manga : Retrouvailles avec Akira, 25 ans après…”

  1. a dit :

    Ce qui m’avait le plus marqué à l’époque, c’était le film. Je l’ai vu quand il est passé sur canal+, on se faisait tourner la cassette et on kiffait comme des dingues :
    – “t’as vu la course avec les clowns ?”
    -“Ouais ! Mortel ! et le flingue lazer !?”
    -“Je veux le même !”
    -“Kenedaaaaaaaaaaaa!”
    -“Tetsuuuuoooooo!”
    Bref on se refaisait le film des centaines de fois. La lecture du manga a été vraiment plus tardive pour moi, 1997 je crois. et puis récemment avec l’acquisition (je les avais pas ^^) une relecture toujours aussi mortelle !
    Merci pour avoir brassé ces souvenirs !

  2. Thôt a dit :

    Moi j’ai le son du film qui tourne dans la tête (les choeurs de la musique surtout)…

    La galère pour trouver l’argent pour acheter les tomes (choisir entre Akira et Dragon Ball, avec un budget de 25frs partagé en deux à l’époque, échec total !), que j’ai fini par monopoliser à la bibliothèque…

    Très bon article coup de coeur, on sent la passion !
    [par contre ça a peut-être été écrit trop rapidement, y’a pas mal de fautes… Un p’tit coup de correcteur (je veux bien le faire, au besoin) ?]

    Et au final, quels changements dans l’édition nouvelle, du coup ?

  3. ramza a dit :

    Hello GEROME,

    Ah oui ce film et ce Keneda / Tetsuo, cette amitié terrible (à la vie à la mort c’est le cas de le dire). C’était quelque chose !

  4. ramza a dit :

    Thôt > Ah oui la musique c’est quelque chose, il m’arrive de la siffloter ou d’en chanter en boucle aussi (un jour quelqu’un l’a reconnu et m’a fait la remarque, moment épique !!)
    [effectivement écrit en un après midi, ça manquait d’une relecture que je viens de refaire, et j’ai pu enlever le paquet de coquilles restantes, j’espère !]

    Alors les changements de cette édition difficile à dire vu que je n’ai pas touché à l’autre version noir et blanc. Tout change pour moi finalement par rapport à l’édition couleur. Je trouve l’édition de bonne facture en tout cas, la traduction passe sans soucis, la qualité du papier idem. Le seul truc gênant c’est un collage de pages couleurs, page 2 et avant dernière page, contre la couv, qui est mal fichu et qui se plie mal à la lecture. Par contre la tranche dans les étagère rend hyper bien !

  5. Thôt a dit :

    Moi non plus je n’avais pas vu la version N&B, donc retour positif pour cette version nouvelle, ça me va tout à fait !

    Merci !

  6. cooki a dit :

    Perso c’est le film d’animation qui m’a mit une claque ou plutôt un choc,je lirais le manga que bien plus tard et je compte bien acheter cette version définitive:)

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