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Itw éditeur : à la découverte d’Isan Manga !

Isan Manga

Retour des interviews éditeurs cette semaine, avec un nouvel éditeur qui publie ses titres depuis peu : Isan Manga. Dirigée par Karim Talbi et Etienne Barral cette nouvelle maison se lance dans les titres vintages en proposant une nouvelle approche, qualitative, via des ouvrages vintages à forte valeur ajoutée.

Alors que l’éditeur annonce cette semaine leur troisième licence, Kamen Rider, et sort son second ouvrage Madame Bovary, nous vous proposons notre entretien avec Karim Talbi pour présenter Isan Manga et son co-fondateur, qui exercent dans le milieu des loisirs japonais depuis quelques années. Au programme : la genèse d’Isan bien sur mais aussi son modèle économique, son fonctionnement, sa communication, ses objectifs, les erreurs à éviter dans le domaine du vintage manga, le descriptif des premières œuvres, la justification du prix…Et bien plus !

En route donc pour cette interview-portrait. Bonne lecture !

De Karim Talbi à Isan Manga…

Karim TalbiMême si le nom de Karim Talbi est encore inconnu pour nombre d’entrevous sachez pour autant qu’il n’est pas un débutant fraichement arrivé dans le monde du manga. Il y fait ses armes depuis 2005, où il a commencé comme maquettiste free lance en 2005. Rapidement il est embauché par la société pour laquelle il fait ses premiers travaux.

Après deux ans  en tant que graphiste / maquettiste puis éditeur junior, Karim décide, lors de la restructuration de la boite en 2007, de la quitter pour se remettre en free lance. Il est prestataire depuis pour différentes sociétés comme Japan Expo, mais aussi pour différents éditeurs en tant que maquettiste. Il a ainsi participé à l’édition française de plus de 200 mangas, celle d’une cinquantaine de comics et BD dans des entreprises comme La boite à bulles, par exemple.

C’est en tant que co-fondateur d’Isan Manga qu’il se présente désormais, aux cotés de son collaborateur, Etienne Barral, qui travaille au Japon en tant que correspondant presse mais aussi en tant qu’agent et consultant. Tout deux se sont rencontrés en 2010 et ont donc décidé, après discussion, de travailler pour leur propre compte… Isan Manga était né ! « Etienne gère tout ce qu’il se passe au Japon, comme la relation avec les auteurs et éditeurs japonais, tandis que je m’occupe de la partie française, de la traduction à la communication en passant par la maquette et l’impression» nous précise Karim.

Même si ce projet est encore tout neuf, il a mûri durant de nombreuses années. Lorsque je demande à Karim à quand remonte son désir de monter une maison d’édition il me répond, après réflexion, que « c’est quelque chose qui me trotte dans la tête depuis toujours en fait, c’est un peu un rêve de gosse. »

Néanmoins entre rêve et réalité il y a parfois un gouffre. C’est donc avec prudence que les deux collaborateurs ont avancé dans ce projet, en conservant leur travail en free lance à coté. Ils avaient ainsi tout à gagner à tenter cette aventure d’autant que, comme le dit Karim ; « si on ne le fait pas, rien n’avancera et personne ne viendra le faire pour nous ! »

La genèse du projet : ligne éditoriale et définition du public

La prudence s’est également accompagnée d’une réflexion sur le marché. Le constat de la saturation ? Notre interlocuteur le fait, et pour lui elle est surtout concentrée sur les blockbusters : « aujourd’hui le manga de grande consommation est saturé. Avec 150 à 200 titres qui sortent chaque mois la publication de titres mainstream était un chemin qu’on a tout de suite voulu éviter… Et de toute façon nous n’avions pas les épaules pour.

On a donc voulu arriver avec quelque chose d’original. Or nous apprécions tous les mangas dit vintages, des années 70, 80 voire 90 et on a trouvé dommage qu’en France on n’en trouve trop peu, en dehors de quelques titres chez Glénat.»

Le projet étant né en 2010, les deux fondateurs ont pu observer l’apparition puis la destinée compliquée de la collection vintage, chez Glénat : « quand on a vu naître cette collection on s’est dit qu’on allait dans la bonne direction. Ils ont essayé de travailler avec des classiques comme Ashita no Joe dans une édition assez simple sans rencontrer un vrai succès. On a donc décidé de se différencier en faisant un beau produit pour toucher un public différent du simple lectorat manga.»

Cette notion de beau produit si cher à Isan Manga vient également de l’expérience de ses fondateurs. À son arrivée en 2005 dans le monde du manga, Karim a pu observer de nombreux éditeurs sortir tout et parfois n’importe quoi, à une époque où le manga était encore plein boom, « sur le haut de la vague ». À travers ses 8 ans d’expériences, il conçoit désormais l’édition manga « comme un marché où il faut arriver humble, en ayant pris son temps pour choisir et préparer de beaux produits »

Les expériences passées ont aussi permis d’affiner la proposition éditoriale, autour de « mangas ayant marqué l’histoire japonaise et ceux s’inspirant du patrimoine mondiale de la lecture comme on le voit sur nos premier titres : Roméo & Juliette et Madame Bovary. En plus d’une couverture cartonnée d’un papier de qualité et d’un soin apporté à la finition on a aussi décidé d’inclure le roman original, en plus du manga. »

Nous creusons ensuite la définition du public cible. Karim me précise qu’il s’agit d’une cible « âgée de plus de 25 ans, qui travaillent, qui recherche des ouvrages haut de gamme, dans un esprit de collection. On peut comparer ça à une version BD de la pléiade pour te donner une idée.»

Néanmoins, les deux éditeurs ont l’intention de communiquer le plus largement possible, au moins dans un premier temps : « On va essayer de toucher tout le monde. On aura deux communications séparées, en commençant sur la presse spécialisée manga, dont tu fais partie, le temps de la mise en place.» On retrouve par exemple Yumiko Igarashi et Romeo & Juliette dans Zoom Japon :

Isan manga dans Zoom

Karim Talbi veut aller chercher un public plus large dans un second temps : «Derrière nous essaierons de toucher le grand public, avec les lecteurs de Télérama, du Nouvel Observateur et d’autres médias du genre, qui lit habituellement assez peu de manga, voir qui en a une image négative. Grâce à des titres populaires comme Roméo & Juliette ou Madame Bovary et leur forme hybride nous allons essayer de leur montrer cette culture sous un autre aspect.

Nous commençons à toucher la presse généraliste, notamment grâce au formidable travail de notre attachée de presse, Sarah Marcadé. Nous devrions avoir un papier très bientôt dans le Figaro Littéraire et dans Grazia. J’espère que cela n’est qu’un début ! Nous verrons à la parution des articles quel accueil sera réservé à nos titres, et surtout au concept qui se trouve derrière.»

La question du prix

Le public manga n’est donc pas le cœur de cible et cela s’est senti dans ses réactions, dès les premières annonces d’Isan Manga. La première et principale critique de ce lectorat a été le prix de ces ouvrages, de 27 euros. À cette remarque, l’éditeur oppose trois arguments : « le produit représente deux ouvrages compilés en un seul, donc il faut déjà diviser le prix par deux et ensuite tenir compte qu’on présente un produit haut de gamme, ce qui implique des couts de fabrication. Enfin il ne faut pas oublier que nous sommes un éditeur indépendant qui choisit en plus de ne pas publier d’ouvrage en masse, ce qui se ressent sur nos couts.

Mais forcément cette question du prix nous l’avons beaucoup évoqué avec Etienne et nous avons convenu que, pour le public visé, il ne serait pas forcément une barrière. Moi qui suis collectionneur j’ai déjà déboursé bien plus de 27 euros pour certains ouvrages, même si je peux comprendre que cela représente une somme pour certains, bien entendu. »

Avec coût unitaire étant plus élevé, il était évident que le modèle économique des titres d’Isan Manga est différent d’un blockbuster, comme le confirme Karim : « là où un Naruto est imprimé à 150-200 000 exemplaires, nous en tirerons 1 500 pour les nôtres, ce qui est logique pour un produit plus collector. » Avec ce tirage et ce prix, quand ces œuvres seront-elles rentables ? Même si Karim explique qu’il ne peut pas rentrer dans les comptes de la société il précise « qu’autour de 1 000 exemplaires vendus, nous commencerons à gagner un peu notre vie ».

Des titres qu’ils auront le temps de défendre comme il l’explique : « Nous nous focalisons sur un petit nombre d’œuvres que nous aimons, afin de mieux les défendre. Nous n’avons pas l’intention de développer un planning de grand éditeur et si nous arrivons à publier 4 ou 5 titres en 2013 nous serons contents, cela nous suffira amplement. »

Roméo & Juliette – Madame Bovary

Romeo & Juliette et Madame BovaryLe choix de ces deux premiers titres ne s’est pas fait par hasard. Si on commence par leur auteure, Yumiko Igarashi, il est important de noter « qu’Etienne Barral travaille avec elle. Les échanges ont donc été plus simples, sans oublier sa venue à Japan Expo en 2011. Comme on aimait ses titres, on a pu facilement travailler ensemble. »

Ensuite ces deux classiques de la littérature adaptés par madame Igarashi sont lus et étudiés par un très large public et sont présents sous de multiples horizons, bien au-delà des simples libraires : « Lorsqu’on s’est entretenu avec notre distributeur, nous en avons parlé avec un commercial qui est spécialisé pour les bibliothèques, les CDI, etc. Il sautait au plafond parce que ça représentait un produit de rêve qui permet à la fois de placer une BD et plus particulièrement un manga en même temps qu’un roman !

On a toujours souhaité diffuser les mangas de la manière la plus large possible donc notre produit a aussi été pensé pour séduire un public généraliste, que ce soit les parents ou encore ceux qui lisent des romans, ceux qui vont dans les bibliothèques, etc. C’est l’idée depuis le départ. On parlait du public tout à l’heure et bien là c’est aussi une piste pour l’élargir à des lecteurs plus jeunes car des classiques comme Roméo & Juliette ou Madame Bovary ont déjà leur place en collège et lycée.»

Ce produit est donc un mix entre manga et roman et il en a aussi bien les avantages qu’un inconvénient : être difficilement classable. Je demande donc à Karim comment les libraires, habitués à des catégories bien définis, vont appréhender ce problème et il me répond avec malice : « notre réponse c’est de le ranger à la fois en roman et en manga ! (Rires) »

Plus sérieusement l’interviewé explique qu’il y a effectivement un vrai travail pédagogique, où l’éditeur doit « expliquer quel est le lectorat ciblé et les raisons de ce format hybride, qui n’a jamais été fait dans le monde du manga. Pour le moment, Roméo et Juliette est sorti il y a un mois, et nous trouvons essentiellement le livre en rayon BD / Manga.»

Le futur du catalogue

Après ce lancement placé sous le signe de classique littéraire, d’autres titres plus classiques, sont à venir : « nous proposerons aussi des shônen, shôjo ou seinen mais nous ne voulons pas tout faire en même temps, et ce serait en plus ridicule de débuter une collection sans avoir de quoi la remplir. On prend le temps de cibler nos titres pour les choisir mais aussi pour en appréhender l’aspect commercial. Même si on aime certains titres, on ne va pas aller là où certains se sont déjà cassés les dents.»

Sur ces futurs titres issus du patrimoine manga nippon, Isan Manga cherche à rester plutôt sur des auteurs connus, comme Igarashi bien sûr, mais aussi Ishinomori et d’autres, sans pour autant, comme le dit Karim, « sortir un titre pour sortir un titre. Tezuka par exemple a déjà été beaucoup exploité donc on y réfléchira sans doute à deux fois. De plus certains de nos interlocuteurs nippons attendent de voir nos premiers produits avant d’aller plus loin.»

Cette semaine c’est justement un de ces titres qui vient d’être annoncé : Kamen Rider de Shotaro Ishinomori, qui vient d’être annoncé pour le 27 juin prochain. Il sera édité dans un format double (deux mangas en un soit 464 pages), au format 250 *120, le tout au prix de 29.90 euros. Ce monument du manga raconte, pour rappel, l’histoire de Takeshi Hongo, brillant étudiant en biochimie, qui subit un accident de moto et se réveille transformé en cyborg par une organisation terroriste, qu’il va combattre sans relâche. L’histoire comptera au total deux tomes doubles.

Kamen Rider tome 1

Nous terminons notre entretien par une éventuelle anecdote sur ces premiers mois d’Isan Manga. En effet,  les débuts d’une aventure éditoriale est souvent synonyme de galère ou de drôles de surprises… Pourtant, comme le dit Karim :  « notre drôle de surprise, c’est de ne pas en avoir eu justement ! Plus sérieusement, nous avons pris notre temps pour réaliser ce projet, et nous nous sommes servis de nos expériences passés pour éviter de connaitre ces petites galères. Tout n’a pas été rose, c’est sûr… Mais ça n’a pas été plus loin qu’un colis envoyé qui n’est jamais arrivé à destination ! »

C’est le mot de la fin. Souhaitons réussite et longue vie à Isan Manga !

Retrouvez Isan Manga sur leur site internet, sur Facebook ou Twitter !

Remerciements à Karim Talbi, pour sa disponibilité et à Sarah Mercadé pour la mise en place de l’interview.

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IMHO (avril 2012)

Isan Manga (mars 2013)

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Retrouvez également les bilans manga annuel du marché français réalisés par le chocobo : 2010, 2011, 2012 , 20132014,  2015 et 2016 !


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5 Commentaires pour “Itw éditeur : à la découverte d’Isan Manga !”

  1. Gemini a dit :

    Hum… Je suis très partagé quant à cet éditeur. Déjà, parce que je suis un lecteur de manga qui s’intéressent à des titres de toutes les époques. En tant que lecteur de manga, je ne serais donc pas dans leur public cible ; pourtant, j’apprécie le “vintage”, donc c’est paradoxal.

    Surtout, le marché tend de plus en plus vers un état où le manga “vintage” est synonyme de manga haut-de-gamme donc de prix élevé. J’imagine bien les impératifs financiers par derrière, mais dans la mesure où j’achète déjà énormément de manga par mois, je ne peux pas me permettre de prendre un tome à 30 euros ; où alors, il faut vraiment qu’il m’intéresse énormément. J’ai une vision du manga ancien – terme tout relatif si nous commençons à y inclure des séries des années 90 – qui ne doit pas être traité différemment des autres titres ; l’édition Doki Doki de L’Académie des Ninjas, pour ne citer qu’elle, me convient parfaitement.

    Dans le cas des publications de Isan Manga, j’aurais pris les deux titres de Yumiko Igarashi – dont j’adore le trait – s’ils avaient été proposés à un prix que je qualifierai de raisonnable. Clairement, ce n’est pas le cas. Kamen Rider m’intéresse un peu plus, mais je doute de pouvoir sortir une telle somme. J’ai pourtant acheté le 2001 Night Stories de Glénat, mais en partant du principe que c’était exceptionnel ; si cela devient la norme et que je dois choisir entre les vieux manga et mon porte-monnaie, même si je pense que j’aurais les moyens, je choisirais quand même le porte-monnaie.

    Pour finir, je dirais que cette idée selon laquelle le manga ancien est indissociable du haut-de-gamme ne serait valable que pour un nombre limité de titres, ceux qui ont marqué l’histoire de leur média ou ont été signés par des auteurs “classiques”, comme Osamu Tezuka, Yumiko Igarashi, Shotaro Ishinomori, Shigeru Mizuki, ou Leiji Matsumoto. Malheureusement, cela condamne de fait des séries pourtant populaires au Japon comme Mister Ajikko, Gu Gu Ganmo, tout ce que Hideo Azuma a pu écrire en dehors de ses périodes dépressives.

  2. Arnonaud a dit :

    L’édition de Kamen Rider est carrément intéressante, surtout que j’ai bien aimé les Ishinomori que j’ai déjà pu lire, mais c’est vrai que le prix est assez rédhibitoire (surtout quand on achète déjà quelques BD/mangas/comics chaque mois et qu’on aimerait déjà s’en prendre plus)… Je risque certainement de le lire en bibliothèque au final… Mais leur initiative est très intéressante, à suivre de près.

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