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Manga & Japanimation

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Itw E. Bochew : rencontre avec un traducteur-interprète du j-monde

Emmanuel BochewÀ la Japan Expo 2009, alors que j’assistais a une conférence d’Akemi Takada, je me disais qu’il serait intéressant d’interviewer l’interprète à ses côtés, pour connaître un peu l’envers du décor. J’ai gardé l’idée dans un coin de ma tête et j’ai fini par croiser et re-croiser ce fameux interprète sur des salons : il s’appelle Emmanuel Bochew et il apporte depuis de nombreuses années (2003 pour être précis) sa contribution au monde du manga et de l’animation.

Traducteur de mangas (Soleil, Taifu ou Sakka) et de sous-titre d’animation (Dybex ou la Black Box), il est également interprète et agent d’artistes japonais pour la France, sur les salons de SEFA Events ou de Paris Manga. C’est d’ailleurs lui qui s’est occupé de Yokota Mamoru et de Yuji Shiozaki, deux invités d’honneur de Paris Manga 12. Emmanuel est l’un de ces artisans de l’ombre que tous les j-journalistes finissent par connaître, alors qu’il appartient à cette branche du métier totalement méconnue du grand public.

Aussi l’été dernier, lorsque j’ai réalisé une enquête sur les métiers du manga en allant promener mes plumes dans les bureaux de Ki-oon, je me suis dit qu’il était grand temps de prolonger l’enquête et de discuter avec Emmanuel pour en savoir plus les métiers de traducteur et d’interprète, qui vont souvent bien au delà du simple travail de copier-coller franco-japonais. La preuve ci-dessous, dans une interview qui vous apprendra certainement plein de choses… Bonne lecture !

1ère partie – Traduction Manga-Japanimation

SFTBonjour Emmanuel. Comme tes activités ne se résumant pas à la seule traduction, pourrais tu nous citer tes différents métiers ?

Bonjour, je suis aussi interprète sur des salons comme Japan-expo, mais aussi sur des évènements plus axés sur le business propre. Je sers aussi d’intermédiaire entre les salons et des partenaires japonais pour la venue d’intervenants. Je suis donc consultant aussi sur différentes branches concernant le Japon. Et suis membre de la SFT, la Société Française des Traducteurs, premier syndicat de traducteurs français.

 Sur le métier de traducteur tout d’abord… Quel est le parcours qui t’a amené jusqu’à la traduction de manga ?

Comme beaucoup de mon âge, je suis de ce qu’on appelle la génération Albator qui a succédé à celle de Goldorak (l’année de ma naissance). J’ai continué à en regarder et faisait parti d’une minorité qui achetait aussi en japonais. J’ai eu ma première expérience professionnelle avec Soleil pour la traduction d’un livre bilingue.

Comment se déroule une traduction ?

Baccano!, un anime surlequel Emmanuel a travailléSi on se limite au manga, je n’ai pas une expérience des plus énormes. J’en aurai plus sur la vidéo.

En ce qui concerne le papier, nous recevons les documents (manga en japonais ou copie de ce dernier, etc…) puis nous numérotons les bulles, les pages, tout ce qui peut être hors-bulles. Nous répertorions ensuite sur un .doc qui après relecture sera envoyé à l’éditeur qui effectuera aussi sa vérification avant de faire l’édition propre.

Pour la vidéo, je vais me limiter au sous-titrage. Nous recevons en général des pdf avec les scripts japonais, les vidéos… Certaines fois pour aider à la romanisation des noms, la version anglo-américaine du script nous est fournie, ça évite d’avoir une validation de nouveau au près des ayants droits japonais. De la vidéo, nous tirons ce que nous appelons une synchronisation (ou timing) qui permet  à ce moment de délimiter en temps le sous-titre. Il ne reste plus qu’à faire la traduction à l’aide de programmes spécialisés.

Un fichier dans le format voulu par l’éditeur lui et alors envoyé après une relecture. Tout comme pour le manga, l’éditeur va faire une relecture et ou demander des éclaircissements.

Bien sûr chaque éditeur et chaque traducteur à sa propre façon de faire.

Justement, est-ce les éditeurs français donnent des consignes ? Si oui lesquelles ?

Bien sûr ! Cela dépend aussi du style de diffusion : net, télé, DVD ou Blu-ray.

Chaque éditeur à sa propre typologie, ses limites de caractères par ligne, sa propre gestion de panneau, la cible visée etc…

Pour le manga, la gestion de la numérotation varie selon les éditeurs, il en va de même pour celle des onomatopées et des panneaux. Ça met un peu de peps !

Si on le compare au monde de la BD ou même de la littérature au sens large, le métier de traducteur de manga a-t-il des spécificités ?

Je dirai l’application des onomatopées. En France, nous en avons beaucoup moins et certains deviennent désuets…

La femme insecte de Tezuka, traduit par Emmanuel pour CastermanEst-ce qu’un traducteur de manga peut aborder n’importe quelle œuvre ou existe-t-il des spécificités ou spécialités propres à chacun ?

C’est assez un cliché mais il est en général vrai : les filles traduisent mieux pour les filles et les garçons pour les garçons. Certaines exceptions justifient même la règle.

Il est possible d’aborder n’importe quel thème (j’ai bien traduit du yaoi…), mais on a toujours certains qui nous sont plus appréciables.

Qu’est-ce qu’il y a de plus difficile dans le métier de traducteur et, à contrario ou pas, qu’est-ce qui te plait le plus dans cette activité ?

Ce que je trouve compliqué : d’arriver à satisfaire l’éditeur et le public sans s’éloigner de trop du japonais.

Ce que j’apprécie : le défi que ça représente, essayer d’avoir la traduction la plus fidèle sans pour autant tomber dans le copier-coller du japonais.

Quel est le rythme de production d’un traducteur ?

Alors là, ça varie vraiment selon les gens et des œuvres, donc je suis bien incapable de répondre clairement, mais moins d’une semaine pour un tome.

Comment fonctionne la rémunération d’un traducteur ? A la page, au nombre de mots ?

Là aussi ça dépend des éditeurs. Certains font à la page, d’autres des forfaits etc…

Et quelle est la rémunération moyenne ?

C’est un sujet tendu que celui là, mais un tarif respectable est aux alentours de 800 à 1000 euros pour un tome avec les royalties.

En tant que traducteur, quel est ton point de vue sur le scantrad ?

Je pense qu’il n’a plus son utilité à proprement parlé. Il y a 10 à 15 ans de cela alors que les sociétés d’édition étaient balbutiantes, le but comme pour le fansub était de faire découvrir des séries que l’on apprécie.

Maintenant, c’est la course à la diffusion pour un « e-penis ». Les éditeurs commencent à en pâtir car les ayant-droits ne baissent pas obligatoirement le prix, mais les bénéfices baissent car une partie des lecteurs n’achèteront pas.

N’oublions pas que le manga ou le dvd ne sont pas un droit mais un luxe.

Certains éditeurs ont déjà fait travailler des teams de scantrad… Est-ce que c’est quelque chose qui te semble plutôt anecdotique ou inquiétant ?

Si ces équipes travaillent du japonais et dans un esprit de qualité, pourquoi pas ? Le soucis que ça me pose sera plutôt sur leur rémunération.

Des génies de la traduction peuvent émerger, mais il est important qu’ils soient encadrés par des personnes expérimentées et exigeantes sur la qualité.

2ème partie : Interprétariat et métiers d’agents pour artistes japonais

Emmanuel Bochew interprète de Bow Ditama (Mahoromatic) pour Actua BDTu es également interprète et/ou agent de mangaka ou d’artistes japonais lors de leur venue en France. De cette activité le public connait surtout l’aspect traduction des propos en conférence ou en interview… Mais ce n’est qu’une partie du travail, est-ce que tu pourrais nous parler du reste ?

Comparé à un interprète classique, je suis aussi accompagnateur. Cela signifie que je dois être capable de lire les intentions de la personne que j’accompagne pour être aux petits soins. Les horaires du début sont connus, on ne sait jamais quand on rentre vraiment. Il faut néanmoins ne pas oublier que cette personne à un planning qui est certaines fois fait par nous-même. Dans le cas d’un agent il faut tout gérer, même l’hôtel ou l’avion, conjointement avec les organisateurs.

Est-ce que tu as une anecdote à nous raconter là-dessus ?

J’en ai bien trop. Mais lors d’un shooting photo avec die !! die !! color !!! Je les ai amenés à faire un concours de grimace, on a bien rigolé et ça a permis de donner des photos splendides pour Coyote.

Comment s’organise la venue d’un artiste japonais sur un salon : qui demande quoi, qui paye qui ou quoi ?

C’est un peu les agents qui proposent et les salons qui demandent… Un peu des deux. Pour le paiement, ça peut-être la société du salon ou encore des entreprises partenaires ou l’auteur lui-même !

Les auteurs sont parfois accompagnés de leur éditeur ou leur tanto… Quel(s) rôle(s) jouent ces derniers ?

Ce sont avant tout les personnes qui les connaissent le mieux. Ils servent de pare-feu, de nounou, de conseiller. Ce sont des personnes importantes.

Puisque l’on parle interview et conférences, y-a-t-il des questions à éviter ?

En général, le rôle de l’accompagnateur et de s’en informer pour le signaler au début de l’interview ou de la conférence.

Pour finir quels conseils donnerais-tu pour a quelqu’un qui veut devenir traducteur ou interprète ?

Être honnête avec soi-même, ne pas se surestimer, et surtout ne pas faire de coup-bas. Tout le monde se connait et les retours de bâtons ne manqueraient pas.

Merci Emmanuel !

Un grand merci à Emmanuel Bochew pour son temps et ses réponses riches en informations !

anime manga aggregator sama Sama It!


5 Commentaires pour “Itw E. Bochew : rencontre avec un traducteur-interprète du j-monde”

  1. Rukawa a dit :

    wha carremment un tag de lui, tu vas être premier sous google si on googlise son nom !

    c’est dommage de pas avoir fait de photo de lui au lieu de reprendre des trucs d’ailleurs.

    je peux t’en vendre une où il sort de la douche.

    @mescaline : je sais que tu me stalkes, j’ai aussi une photo de toi en peignoir rouge !

  2. ramza a dit :

    Muarf, sous la douche, je comprends mieux le “ecchi” dans ton adresse mail !

    En fait quand je croise Emmanuel sur les salons il court, il court… Donc l’interview n’a pu se faire qu’à distance. Et donc photo standard fournie par le sieur himself pour la première et glanée on line pour la seconde !

    Et depuis le temps qu’il est “dans le milieu”, il a le droit à son tag qd même, this is ze rançon de la célébrité !

  3. Maritan a dit :

    Haha oui c’est clair que le sieur est pressé, mais il a toujours le temps de vous adresser un mot gentil même après s’être perdu de vu pendant quelques années. Je lui tire mon chapeau 🙂

    ps:photos sous la douche? Ça se monnaie ça…hahaha

  4. Yomigues a dit :

    T’as fait de lui consacrer un tag, je suis tombé direct sur ton article 🙂 J’étais curieux d’en apprendre plus sur lui, il m’a épaté lors de l’interview de Kataoka et Kondo. Je l’avais aussi déjà vu à la JE sud 2ème vague. Sympa comme interview en tout cas !

  5. ramza a dit :

    Manu c’est l’taulier de l’interprétariat en convention d’abord ! ^^

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