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J-Music

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[300ème] La J-music, partie 3/3 : des médias j-music à ré-inventer ?

 chocoboson4

Troisième et dernière partie du dossier spécial J-music pour la 300e du blog. Après le public et le potentiel de la J-music suivi de la questions des labels européens et Japonais, terminons ce dossier-débat avec un domaine d’activité actuellement entre deux époques et deux générations : les médias J-music.

Les médias j-music sont à l’image du public niche correspondant : peu nombreux, forcément. Mais que dire des présents ? Lorsqu’on demande à nos interlocuteurs ce qu’ils lisent pour se tenir au courant de l’actualité, la réponse n’est pas engageante : « rien de français ».

En dehors des dates de concerts et des sorties hexagonales d’albums qui ne se bousculent pas les unes les autres, l’actualité nippone des groupes est donc ailleurs : ce sont les sites japonais et anglophones qui reviennent dans les bouches de nos interlocuteurs… Natalie, Barks, Oricon news et Skream pour Chtite_asu,  auquel Tanja ajoute Yahoo et d’autres.

Oricon

Néanmoins le web francophone n’est pas sans intérêt, heureusement. Shito et Tanja citent par exemple l’agrégateur jpopDB, pour se tenir au courant de l’avis de leurs compatriotes sur l’actualité ou les sorties. Nunya complète avec les Street Teams fr pour ces possibilités francophones.

Mais quid des gros sites internet, des institutions dans le domaine ? Dans une époque pas si lointaine je me souviens du site JaME qui dominait le marché et d’autres Orient Extrème et Asia-Tik. Pour être honnête je n’entends plus parler de ces derniers que par des problèmes au sein de rédaction ou par des rumeurs de fermeture et en terme éditorial la scène web a pris des allures de désert parsemé de rares blog-oasis. Cependant je suis relativement étranger à ses sphères et j’ai donc posé la question suivante à nos intervenants : les leaders d’hier semblent en perte de vitesse, en termes d’audience, de crédibilité et/ou d’impact…Qué pasa ?

Shito, observateur de tout cette époque – pendant et après Mimu – liste les raisons possibles de ce ralentissement : « Rédacteurs de la “grande époque” blasés par la perte de vitesse des artistes qui ont motivé leur engagement initial, difficulté à recruter des rédacteurs compétents et disponibles à l’heure où les réseaux sociaux occupent l’essentiel du temps consacré par les jeunes à leur vie virtuelle, manque de relief actuel du marché musical japonais : un trio explosif qui, à mon sens, a tout fait s’effondrer. »

Mais si Shito relie ces difficultés à celles du marché concerné et au virage des réseaux sociaux, d’autres vont plus loin et soulignent les erreurs des sites eux-mêmes. Pour Matthieu ces derniers n’ont tous simplement pas su évoluer : « JaME ne parle pas de la bonne chose et ils sont à côté de la plaque. C’est devenu un site de trad, une (belle) vitrine et une grosse régie de pub. Ils n’ont aucune politique claire et ils ont été incapables de prendre du recul sur ce qu’ils font. »

JaME

Nunya donne ensuite son point de vue et la corrélation entre perte de succès des uns et montée en puissance des autres… « Il y a une incompréhension totale du marché, du public, d’une part, et du médium d’autre part. […] La vraie source de la perte d’audience, et qui explique aujourd’hui à contrario je pense le succès de Japan FM, c’est la capacité à fédérer la jeune génération en utilisant ses codes et ses outils, comme l’a bien souligné Shito, d’ailleurs. »

Si JaME, ancien leader, est celui qui est ici pointé du doigt, les mêmes problèmes sont constatés pour de nombreux sites autrefois significatifs mais qui sont de plus en plus méconnus (inconnus ?) par les nouveaux fans.

Et comme une simple critique est un exercice stérile, je propose ensuite à mes interlocuteurs leurs propres solutions : Le site web j-music idéal, il ressemblerait à quoi ?

Depuis la fermeture de Mimu, Shito a bien sur réfléchi à la question et pourrait en parler pendant des heures mais on peut résumer son propos ainsi :

« Le site idéal ce serait un site conçu et réalisé par des passionnés, pas par opportunisme […] qui s’adresse à tout le monde, […] qui soit un site de J-music, et qui parle de J-music de façon représentative de ce qu’est le marché japonais et pas de ce qu’est le marché français.

Mimu, le feu-site de Shito

Côté contenu : une exhaustivité sur les news/l’actu, […] une véritable mission de partage de découvertes, avec l’aide bien sur des sites d’hébergement vidéo aujourd’hui incontournables, […] une vraie ligne éditoriale… Ce qui n’implique pas d’imposer un avis/une ligne de conduite aux rédacteurs, mais d’imposer aux rédacteurs d’avoir un avis/une ligne de conduite. La critique est une composante saine et essentielle du paysage médiatique français, et le site J-music idéal doit pour moi proposer des textes engagés et engageants, qu’ils soient positifs ou négatifs, écrits par des personnalités identifiables. La mise en valeur du rédacteur, c’est aussi lui assurer un maximum de retours et de visibilité, ce qui est au final sa seule rémunération, et donc sa principale source de motivation. Or la motivation, c’est capital pour qu’un site soit pérenne !

Enfin un retour “pédagogique” qui me semble indispensable à l’attention du jeune public sur ce qui, à mon sens, a été l’âge d’or de la Jpop, la période 1995-2005 en somme. »

Matthieu insiste ensuite sur la nécessité d’indépendance éditoriale : « ce n’est pas évident parce que un site n’est jamais idéal, surtout quand il s’agit d’un site avec un lien avec le commerce : on doit trouver le juste milieu entre brosser ses partenaires dans le sens du poil et avoir une politique éditoriale objective. »

Nunya complète le tableau : « Un site qui serait un gigantesque mass média capable de fédérer autant que d’entretenir, de ne pas insulter le nouveau public mais au contraire de le prendre véritablement au sérieux.

Ça passe par une véritable utilisation des codes d’aujourd’hui, ça passe par une équipe soudée de gens compétents, ça passe par l’exploration, le tâtonnement. Ça passe par une webradio, par du newsing, par du cumul de reportage vidéo, tenus par des gens qui savent y faire, et auquel l’égo est une chose secondaire.

Ah et un truc con, ça passe aussi par des gens qui parlent un peu japonais. C’est bien aussi, ça peut aider… Plutôt que de retraduire ses propres news anglophones. »

Ce côté bilingue est également plébiscité par Chtite_asu : “Je pense qu’il faut tout d’abord que le site soit multilingue afin qu’il soit viable sur long-terme. Les labels japonais sont très prudents lorsqu’ils ne comprennent pas les textes écrits par les rédacteurs. Si l’on souhaite avoir une crédibilité et montrer aux japonais quels projets seraient viables, alors c’est un élément indispensable.

D’un autre côté, une version anglophone permettrait tout simplement d’attirer un public plus large. Il est vrai que Tokyohive est un géant difficilement dépassable, mais ce site se contente quasi-exclusivement de faire des news. Les lecteurs d’aujourd’hui souhaitent avoir des opinions afin d’être confortés dans leurs choix et vice-versa. Les news attirent les gens, mais les articles permettent de les fidéliser et il est donc important d’y accorder une attention particulière. Bien sûr, les rédacteurs doivent avant tout avoir du temps à revendre, se lancer dans l’aventure avec passion et ne pas avoir peur d’exprimer leur point de vue, pour le meilleur ou pour le pire. Tout en étant à l’écoute des deux sons de cloche, le site ne doit devenir ni la marionnette des médias et labels, ni celle de ses lecteurs.

Tokyohive

La plus grande difficulté dans tout ceci ? Matthieu mets sans doute le doigt dessus : « le souci aujourd’hui c’est de trouver les personnes capables et ayant l’envie de s’impliquer. » Tout le monde plussoie, Tanja en tête.

En attendant que ce rêve devienne réalité, je laisse à mes intervenants le micro, ou plutôt la plume, pour finir cette conversation.

Ils peuvent maintenant délivrer le message de leur choix, vers le public français, les labels franco-euro-japonais, les radios, la presse… Comme ils le sentent !

Tanja lance le premier message, à qui veut bien l’entendre : « paix et amours entre les différents sites web français. Ça fait 11 ans que je suis sur le net et ça fait 11 ans que je vois les gens s’étriper :/ »

Un message résolument positif approuvé par tous les présents et complété par Nunya : « Mon message, c’est simplement une espérance candide, celle qui croise les doigts, met son chapeau et serre les fesses pour que la guerre des égos se tassent et que les acteurs de la J-Music en France viennent à se poser, réfléchir et se solidifier, ensemble, pour proposer un média francophone crédible et actuel, tout en comprenant, pour la première fois, que le succès de la J-Music viendra aussi et avant tout de la fédération et du renouvellement de son public, trop souvent pris – très injustement – pour une succession de profanes demeurés venant gratter le saint graal de vieux hipsters que nous sommes depuis plus de dix ans.

C’est peut-être un mélange d’incurable optimisme et d’une volonté inébranlable, mais je pense qu’il y a encore tout à (re)construire du côté de la musique japonaise. 

UN MESSAGE D’ESPOIR ET D’AMOUR MERDE ! »

L’autre message, c’est celui de Shito, à destinations des labels japonais, sans prétention d’être entendu : « Messieurs-dames, les choses changent, le monde change. Vous avez la chance d’avoir aujourd’hui un rayonnement culturel sur lequel vous pourriez capitaliser. Vous avez une porte d’entrée bien établie auprès de toute la jeune génération occidentale, pour qui aujourd’hui la culture pop nippone est une composante parfaitement intégrée des habitudes de consommation globales.

 Mais vous avez aussi compris que ce n’était pas si facile, le marché occidental n’a rien d’un eldorado. Il vous faut une politique d’engagement sur le long terme, ça vous l’avez compris. Mais après bien des déceptions, il vous faut clairement marquer le coup, faire savoir au public occidental que vous lui donnez réellement sa chance, lui montrer que s’il s’investit il aura quelque chose en retour.

Il y a en France des interlocuteurs capables de vous aider à mieux connaître le public français, sa façon de fonctionner, de consommer, ses goûts, et il vous est nécessaire de faire appel à eux car, vous devez l’accepter, vous ne connaissez pas bien ce public qui est radicalement différent du public nippon, n’a pas les mêmes attentes, les mêmes références culturelles, les mêmes priorités de dépense de son argent. La balle est dans votre camp, mais dans tous les cas, un changement de mentalité est indispensable : pour ne pas rater le train de la mondialisation, il faut commencer par arrêter de se replier sur soi, aussi structurel que soit ce comportement dans votre héritage culturel… »

Espérons que ces deux messages seront entendus, compris et qu’il en ressortira surtout du positif…

À l’image de ce qu’a fait Tanja ou Shito ici, il est nécessaire que la première génération de fans et journalistes fassent profiter de leur indéniable expérience à ceux qui arrivent, sur un pied d’égalité et en étant prêt à leur laisser le champ libre. Personne n’est devenu plus con en une décennie, et ça vaut autant pour les anciens que les nouveaux fans, journalistes ou acteurs de cet univers que nous chérissons. Il va falloir « éduquer » ces nouvelles générations, leur faire découvrir une J-music derrière les têtes de gondoles imposées par les majors… Ou leur expliquer les arcanes de la communication franco-japonaise (tout un programme !).

Si un jour les japonais se décident à passer la seconde, il faudra des gens en face… Mais mon petit doigt me dit que de nombreuses personnes lèvent déjà la main !

Merci en tout cas à Tanja, Chtite asu, Shito, Matthieu et Nunya pour leur participation à cette discussion autour de la J-music. Ce fut aussi instructif que sympathique 🙂

Bon c’est bien beau tout ça mais pour la 400e… On fait quoi ?

 

PS : Ce dossier-débat n’a jamais eu pour but d’être exhaustif, donc pardon aux labels, sites web ou autres sociétés qui n’ont pas été cités… De la même façon, si ceux qui ont été mis en avant veulent participer intelligemment au schmilblick, ce sera avec joie que j’organiserai d’autres tables rondes pour ne léser personne et donner aux lecteurs une vue de plus en plus complète de ce marché, progressivement… Parce que le sujet est vaste, public de niche ou pas. La porte est ouverte,  le mail c’est ramza AT paoru.fr 😉

Si vous avez raté les autres épisodes, c’est par ici :

Débat J-music 2

Partie 1 : Quels invités pour l’hexagone ?

Partie 2 : Les concerts, de A à Z…

Partie 3 : Motivations et rayonnement

Débat J-music 1

Partie 1 : Public J-music où es-tu, qui es-tu ?

Partie 2 : Majors, label et tourneurs, que fait la France et qu’espérer du Japon ?

Partie 3 : Des médias J-music à ré-inventer ?

anime manga aggregator sama Sama It!


2 Commentaires pour “[300ème] La J-music, partie 3/3 : des médias j-music à ré-inventer ?”

  1. Thomas a dit :

    Bravo pour ces 3 parties sur la j-music ! Ce n’est pas courant comme initiative.
    Pour ma part, j’écoute de la musique japonaise depuis plus de 10 ans et je trouve toujours autant de choses intéressantes (peut-être même plus).
    Mais avec tout ça, vous n’avez pas parlé du site français qui, je trouve, est le plus intéressant concernant la j-music (et musique asiatique en général), c’est Kochipan ! C’est dommage, il mérite d’être plus connu, on y trouve notamment beaucoup d’interviews (réalisées par mail) et la personne qui s’en occupe (Dimitri Desmé) aurait dû/pu être invitée : http://www.kochipan.org.
    Sinon, il ne faut pas oublier que globalement le public français n’a que faire de la musique japonaise (ou coréenne), ça ne l’intéresse pas, et, en réalité, c’est tout à fait normal. Il ne faut pas se faire d’illusion. 10 ou 15000 personnes c’est ridiculement petit malheureusement !
    Les choses pourront réellement progresser (un peu) quand les journalistes musicaux français et autres “professionnels de la profession” (je ne parle donc pas de ces passionnés du Japon) s’intéresseront un tout petit peu plus à ce qui se passe de ce côté-là du globe et quand l’offre de téléchargement légale sera la même en France qu’au Japon (et partout ailleurs mais c’est un autre sujet).
    À part ça, en réalité, les premiers sites sur la j-music, c’est tout simplement YouTube et Nautiljon. Les gens n’ont que faire des critiques d’albums, ils voient ce qui pourrait les intéresser, ils écoutent et se font leur avis, et éventuellement ils achètent, quand ils peuvent, mais on ne leur facilite pas toujours la tâche à ce niveau-là.

  2. ramza a dit :

    Thomas > ravi que ça t’ai plu.

    Un second débat a été réalisé, faut que je trouve le temps d’en écrire la synthèse. Si jamais j’en fais un troisième je pense que j’essaierai d’inclure Nautiljon et/ou kochipan dans la discu !

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