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[300ème] La J-music, partie 2/3 : majors, label et tourneurs, que fait la France et qu’espérer du Japon ?

  • Sumo

Seconde partie du dossier spécial J-music pour la 300e du blog. Après le public et le potentiel de la J-music, intéressons-nous aux acteurs du système : les labels et les tourneurs, en France puis au Japon.

Lorsque l’on demande à Tanja, Chtite_asu, Shito, Matthieu et Nunya de nous citer les labels et tourneurs officiant dans l’hexagone, les premiers noms sortent aisément : Soundlicious et Bishi Bishi.

C’est après que ça se gâte, comme le dit Shito : « Je réfléchis, je réfléchis… Et en fait, je me rends compte qu’il n’y a vraiment plus grand monde. »

D’autres noms finissent par arriver, avec parfois des points d’interrogation sur leur existence actuelle, symbolique il faut l’avouer de vrais soucis de communication : Gan-Shin, Gekido, Nous Prod, Torpedo ou Rage Tour. D’autres enfin font débat quand à leurs choix artistiques et la crédibilité qui en découle : Ramen Events et Wasabi.

On peut toujours accuser nos intervenants de mal connaître la cartographie nationale de leur profession mais, comme le dit Chtite_asu: « c’est un grand bordel en fait »… Manque de moyen ou de compétence ? Un peu des deux mon capitaine, l’occasion donc d’aborder les sujets qui fâchent : Quels sont leurs principales qualités et leurs principaux défauts ?

Pour les qualités, une revient dans toutes les bouches : tous, ou quasiment tous, sont des passionnés. Une qualité qui peut aussi être un lourd défaut, comme l’explique Nunya : « Leur défaut principal c’est une incroyable incapacité à trouver des gens compétents et faire du travail autre que bâclé. Et ce n’est pas qu’une question de moyen, même en terme de marketing viral il y a un vrai, vrai gap de connaissances.

Il y a des erreurs tellement hallucinantes en terme de concrétisation d’une date qu’ils ont le défaut de leur qualité, ce (ne) sont (que) des passionnés. Être passionné c’est génial, si tu as le professionnalisme et la compétence qui va avec. Là après, t’es imbaisable. En attendant, empiriquement ce n’est pas le cas…»

Soundlicious

Bien entendu, tout le monde n’est pas mis dans le même panier, et certains sortent du lot. Shito détaille : « Soundlicious est dirigé par une personne indubitablement passionnée, engagée, et compétente. L’association avec la SEFA lui impose sans doute des entraves mais lui donne aussi des moyens qu’elle n’aurait jamais eus sinon. Il y a un savoir-faire réel dans cette boîte, qui devient une grosse machine.

Mais c’est encore un peu tôt pour juger de la pérennité de la chose, car l’ambition rend Soundlicious très dépendante de la volonté des japonais de s’investir sur  notre marché, et de leurs caprices qui sont nombreux. Bishi Bishi, ma foi, j’avoue que l’initiative est super louable : découverte à moindre frais, c’est vraiment bien. Mais le modèle économique, je n’y crois pas. Le jour où les japonais comprendront qu’ils peuvent être présents par eux-mêmes sur iTunes dans le monde entier, Bishi Bishi n’aura plus de source de revenus. Et faire tourner des petits artistes, on le sait, ça ne rapporte pas non plus. »

Bishi Bishi sème en effet le doute chez nos journalistes, qui aiment globalement l’initiative mais attendent du concret. Nous prod est également cité à deux reprises comme label / tourneur à potentiel. Enfin les autres sociétés ne semblent pas ou plus à même d’être porteur d’espoir.

Néanmoins, il est bon de le préciser, le but de cette entrevue est d’établir un constat plutôt que de se tourner vers la polémique avec ouverture officielle du club des langues de putes. Je cite même Matthieu : « après je pense qu’il ne faut pas trop casser du sucre sur eux car, oui, il y a des erreurs mais ils prennent ce qu’ils ont sous la main et ceux qui veulent bien venir. Je crois que dans le développement de la j-music en France les principales erreurs ont été faites pas les japonais. »

Car nous sommes unanimes : une fois filtrés les quelques opportunistes du marchés – pas si nombreux finalement – il s’agit de gens passionnés et courageux au vu de l’état actuel du marché du disque et de la passivité japonaise.

Nos journalistes sont d’ailleurs divisés sur leur choix face à l’opportunité fictive de création d’un label ou un tourneur.

« On nous propose de créer / diriger un label ? Je dis non. » Tranche Shito, avant de développer : « L’activité d’un label, c’est d’éditer des CDs. A l’heure de la mondialisation et sans tomber dans la grande hypocrisie du web qui s’arrêterait aux frontières, je ne vois pas ou peu l’intérêt de sortir 6 mois, 1 ans, 2 ans après la sortie japonaise un CD en France. Surtout quand les ventes de CD chutent. Et éditer du numérique, useless aussi : si ça marche les japonais vont s’empresser de le faire par eux-mêmes et nous couper l’herbe sous le pied : le modèle économique n’a aucune chance d’être viable. Organiser des concerts, ça, pourquoi pas. Mais là encore, ça resterait très compliqué, parce que les rapports avec les Japonais sont compliqués… »

Bishi-bishi

Nos petits jeunes, aka Chtite_Asu, Matthieu ou Nunya ont avec eu la fougue de la jeunesse et sont prêt à tenter ce genre d’aventure mais chacun parle de la même condition sine qua non : s’entourer de gens compétents !

Cependant, comme dit plus haut, un problème de taille demeure : travailler avec les japonais. Et d’ailleurs comment peut-on décrire les labels japonais, à l’autre bout de la chaine ?

« Japonais » résume parfaitement Nunya. Matthieu nous délivre également une jolie métaphore : « moi je prendrais l’image d’un Koala ou d’un paresseux : il se contente de ce qu’il y a autour de lui, il ne va surtout pas se risquer à aller sur une autre branche sauf si c’est calculé et bien réfléchi. »

C’est encore Shito qui développe le mieux… « Les labels japonais sont le reflet de ce que sont les japonais d’une manière plus globale : ils ont une culture d’auto-suffisance; une manière de travailler très particulière et très différente de la nôtre et les attentes qui vont avec ; une vision du marché occidental pas du tout réaliste auquel on ne peut pas appliquer les mêmes méthodes que sur le marché japonais; des relations avec les media là aussi impossibles à reproduire ici.

Leur obsession de la propriété intellectuelle, leur obsession du contrôle, leur tendance au clonage de toutes les formules qui marchent, leur peur de ce qu’ils ne connaissent pas / ne maîtrisent pas, tout ça colle avec ce qu’est la société japonaise de longue date. Et cela n’a jamais posé de problème à personne car les labels japonais travaillaient à la japonaise pour le public japonais et en collaboration avec des entreprises japonaises.

Aujourd’hui s’ouvrir au monde est pour eux une nécessité, mais ils ont beau s’en rendre compte, c’est très difficile pour eux parce que ça ne leur est vraiment, vraiment pas naturel. Ils sont le 2ème marché mondial, ils n’ont jamais eu besoin de personne et pensent savoir mieux que tout le monde, et pendant longtemps ils ont effectivement mieux su que tout le monde. On est aujourd’hui dans une période transitoire où les japonais se testent et nous testent timidement. »

Avex Group

Ces tests et ces venues parcellaires d’artistes japonais sur la France, Nunya les décline, avec humour, en 4 points :

« Dans l’état actuel, ça les attire pour ce que j’appelle le quatuor O.S.E.F :

– L’Orgueuil (L’Arc~en~ciel, aussitôt revenu au Japon monte un musée l’Arc à Paris, sexe en main, pour se la toucher d’avoir quasi « sold outé » un Zénith en France).

– La Survivance (Tous ces groupes qui périclitent au Japon et qui viennent s’offrir une deuxième jeunesse chez nous, c’est à dire la grande majorité du visu depuis 10 ans)

– L’Existence (Ces artistes dont tout le monde s’en fout sur place mais pas ou peu chez nous, Jelly Beans, HITT…)

– Le Fantasme (Des gens comme VAMPS, qui rêvent de faire le tour du monde sur la pointe de leur kiki pour s’éclater comme leurs idols Motley Crue et autres le faisaient, avec toujours une petite pointe d’orgueil à la japonaise) »

 Cela dit, pour rebondir pour la première partie du débat : que faire de public de niches quand on est le second marché mondial ? C’est flatteur certes, mais après ?

Shito : « Avec les difficultés que rencontre le marché nippon depuis quelques temps, les labels japonais ont commencé à s’intéresser à l’exportation. Mais certainement pas par considération pour le marché occidental, non, et pour cause : là encore un concert en Europe, c’est un investissement qui se fait de façon quasi-certaine à perte. […]

Twitter AyuLa plupart des managers nippons que j’ai pu interroger disent clairement qu’ils préfèrent se concentrer sur la promotion de leurs artistes au Japon, même s’ils se disent touchés de l’intérêt des européens. Exemple simple : Ayu. La chanteuse soigne sa fanbase internationale depuis pas loin de 2 ans via twitter. Mais ça s’arrête là : l’opportunité d’un concert européen a bien été étudiée, mais rien de réalistement concret n’a émergé. […] Du coup, à part nous envoyer des produits de seconde main (groupes qui ne marchent pas/plus au Japon, produits créés spécialement pour nous à bas coût), je ne vois pas à court terme quel intérêt les labels (je ne parle pas des artistes mais bien de leurs labels) japonais pourraient avoir à s’intéresser à nous. »

Ce qui m’a amené la question fatidique, qui a récolté autant de oui que de non parmi nos intervenants : à part attendre le changement de mentalité des majors nippones on reste impuissant ?

Nunya pense que tout n’est pas forcément dans les mains des boites japonaises, et s’en explique : « On a pas attendu 20 ans la Shueisha pour ramener la bande dessinée en France. Il faut de vrais mass médias, des gens compétents, un peu plus de cojones, moins d’ego, une pointe d’inhibition, et encore un peu de cojones. »

Au débat qui se lance alors où Tanja pose la primordiale question des moyens financiers, Chtite_asu se tourne vers la seule piste qui semble possible : « les gros labels internationaux. Universal sont aussi présents en France, qu’aux states ou au japon ». Nunya, complètement d’accord, renchérit : « Pourquoi un artiste sud américain lambda arriverait à rentabiliser des dates parisiennes alors qu’un gros artiste japonais paye une fortune pour vendre à perte avec des sumimasen partout ? »

Mais il faudra, entre autre, du temps et beaucoup d’essais comme Mucc ou Miyavi avant que quelque chose de plus conséquent se développe et pour passer outre la frilosité de ces investisseurs.

Le phénomène Kpop tend à prouver que les fans peuvent avoir un impact mais entre marketing malin et fans suiveurs, difficile de discerner qui, entre la poule et l’œuf, a commencé cette histoire.

En tout cas une chose semble acquise : ce sont ces gens des labels internationaux qu’il faut convaincre… si c’est faisable. Et pour les convaincre les médias auront évidemment un rôle prépondérant.

Tiens les médias, ça tombe bien, c’est notre troisième et dernière partie !

Si vous avez raté les autres épisodes, c’est par ici :

Débat J-music 2

Partie 1 : Quels invités pour l’hexagone ?

Partie 2 : Les concerts, de A à Z…

Partie 3 : Motivations et rayonnement

Débat J-music 1

Partie 1 : Public J-music où es-tu, qui es-tu ?

Partie 2 : Majors, label et tourneurs, que fait la France et qu’espérer du Japon ?

Partie 3 : Des médias J-music à ré-inventer ?

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6 Commentaires pour “[300ème] La J-music, partie 2/3 : majors, label et tourneurs, que fait la France et qu’espérer du Japon ?”

  1. Van a dit :

    Bien évidemment un label spécialisé en musique japonaise ne sera jamais rentable. Le marché étant beaucoup trop restreint et pour le moment aucun des artistes édités en France n’a intéressé d’autres personnes que les passionnés de la musique japonaise.
    Il est vrai que Soundlicious est crédible, mais également Wasabi qui de toute façon dépend de Kaze… Ils ont fait un boulot fort correct avec KOKIA ou Arai Akino.

    Le problème est que les majors japonaises n’ont aucun intérêt à se développer via des labels Français.

    Ensuite il reste les nombreux artistes qui s’auto produises. Là, les négociations sont largement plus aisées et au passage je ne compte plus le nombre de petits artistes japonais qui souhaiteraient trouver un label en France pour s’étendre… Rien que la semaine dernière deux artistes m’ont demandé comment trouver un label en France… Que répondre, j’ai cité les labels français et le moyen de les contacter mais je doute qu’il y ai des suites…
    C’est fort dommage car beaucoup d’artistes peuvent être crédible musicalement pour l’Europe, notamment dans l’electronica, la folk rock ou le jazz… La plupart chante en Anglais et ne sont potentiellement pas enfermable dans la jmusic…

    Pour monter un label il faut des pro de la com et du développement, des passionnés, mais aussi des gens avec des contacts… Cependant je pense qu’il n’y ai aucune chance que cela soit rentable donc… C’est frustrant.

  2. Gaki a dit :

    Soundlicious assure vraiment!
    Quand je me suis rendu au concert des Morning Musume, je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde.
    Autant au Japon, les AKB48 (et toutes les autres …48 vendent leurs singles comme des petits pains) autant en France, je crois que c’est le Hello Project qui gagnent les faveurs des fans.
    Up-front Agency s’occupe bien de leurs fans internationaux (principalement Francophones & Anglophones) via les réseaux sociaux & Youtube.

  3. ramza a dit :

    Van > +1 sur les indés. Si jamais je refait un sujet sur ce genre de sujet, ça te tente d’ailleurs ?

  4. Van a dit :

    Avec plaisir ! A vrai dire je n’ai pas trop compris pourquoi je n’avais pas été contacté lol (j’en fais trop là^^). Je pensais que mon blog très alternatif (mais ainsi mes nombreux sites et collaborations dans le secteur), avec les années, m’avais donné une certaine crédibilité dans la catégorie vieille chanteuses ménopausées et artistes indépendants ^^.
    Blague à part… Les majors, si jamais elles désirent exporter leurs artistes, le feront eux même, sans intermédiaire…
    Donc il faut aller sur les artistes indépendants et els petits labels… Le hic c’est que peu d’artistes venant de là sont bankable… Donc il faut du piston et un sens accru de la pub et de la com pour faire connaitre ce genre d’artistes qui peuvent se faire un nom chez les musicos… Qui achètent du Emilie Simon, Alice Lewis, la fille d’octobre, AIR ou Kate Bush…
    L’idée ma traverser la tête vu les contacts que j’ai avec les artistes et leurs demandes régulières d’être éditer en Europe et faire des concerts hors Japon… Mais bon.

  5. ramza a dit :

    Alors rigole mais t’étais sur la liste des gens ! Ouai, même que ! Mais qd j’ai commencé à devoir trouver une date déjà avec les gens que je connais bien ça a vite été complexe, surtout qu’il fallait caler tout ça pour le 300e post, pas évident… Donc j’ai arrêté d’ajouter du monde après Tanja.

    Donc au prochain débat j’avais prévu de te kidnapper, de trouver qqun de chez No Life, et 3 autres intervenants grand max…soit du coté des labels soit du coté des médias dont on causera ds le sujet 3 vendredi, pour leur donner “un droit de réponse”.

  6. 7plumes, le collectif de blog » Blog Archive » [300ème] La J-music, partie 2/3 : majors, label et tourneurs, que fait la France et qu’espérer du Japon ? a dit :

    […] Retrouvez l’article complet sur Paoru.fr […]

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