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Akiba Manga : la prépublication joue son va-tout

  • Sumo

Couverture Akiba numéro 3Parmi les polémiques récurrentes du marché du manga (scantrad, saturation des publications, implication des éditeurs japonais, succession de Naruto, etc), une d’entre elles ne s’était plus fait entendre depuis quelques temps déjà : la prépublication made in France. C’était sans compter sur Ankama Édition qui a décidé d’y mettre son grain de sel, en proposant un nouveau projet : Akiba Manga. Un magazine, sept œuvres soumises aux votes des lecteurs et un mix entre dessinateurs japonais et scénaristes français.

Pour savoir si l’éditeur Roubaisien a des chances de réussir là où tant d’autres ont échoué, votre serviteur est allé voir ce petit nouveau de plus près…

Akiba Manga : comment ça marche ?

Le concept de ce nouveau magazine repose sur 2 principes :

  • La prépublication de 7 créations originales nées de la collaboration entre un dessinateur japonais et un scénariste français.
  • Un vote des lecteurs qui entraîne la publication reliée ou la disparition des œuvres selon leur popularité.

Vous l’avez compris, il s’agit-là de reprendre le système des mangashis, les magazines de prépublication japonais. Chaque mois, le lecteur peut donc découvrir 7 nouveaux chapitres d’une vingtaine de pages chacun, puis voter en ligne ou par courrier pour son ou ses œuvres favorites.

akiba manga1Si une série se retrouve dernière 4 fois de suite, elle est éliminée. À l’inverse, les plus populaires ont l’opportunité de paraître en volume relié au bout de 6 chapitres.

Abordant aussi bien le shōnen (le genre majoritaire du magazine) que le shōjo ou le seinen, ces mangas sont issus d’une collaboration entre scénaristes français et dessinateurs japonais, comme dit précédemment. Ces artistes nippons, pour l’instant méconnus, sont généralement des assistants mangaka ou encore des designers de jeux vidéo qui n’ont pas encore eu l’occasion de tenter l’aventure.

À ces nouveaux talents vient s’ajouter une guest star, illustrateur ou mangaka. Pour les premiers numéros, la place revient à Shingo Araki, le célèbre chara-designer de Goldorak et Saint Seiya entre autres. Il retourne à son premier amour, le manga, et nous livre le premier chapitre de Sourire, publié intégralement en couleur.

Mais Akiba Manga est aussi un magazine qui contient de nombreuses chroniques sur l’ensemble des loisirs japonais : mangas, animes et même jeux vidéo. En fin de magazine on retrouve également quelques articles thématiques sur le monde du manga ou encore sur la culture japonaise.

Voici donc une nouvelle tentative de prépublication, totalisant 224 pages pour 4,95 euros (prix de lancement), qui reprend le système japonais et qui se veut, si on reprend les mots de David Gelou (l’instigateur du projet), comme « le Shōnen Jump français ». Un beau challenge.

Akiba Manga : un tournant décisif pour la prépublication en France ?

Akiba 2Pour parler d’Akiba Manga, il convient de rappeler que ce format d’édition n’essuie pas des plâtres depuis 2 décennies par hasard et que ce projet n’arrive pas vraiment en terrain conquis… c’est même plutôt le contraire.

Dans un magazine de prépublication, l’avis du lecteur se fait sur un unique chapitre mensuel. Si ce dernier permet de se faire une idée sur l’aspect graphique du titre, il est nettement plus difficile de jauger la qualité du scénario ou des personnages. Il serait tout aussi hasardeux de juger une série télé en se cantonnant aux cinq premières minutes du premier épisode.

Il faut donc se montrer patient, ce qui n’est pas forcément dans la nature du lectorat de mangas. En découle donc, parfois, des avis aussi faussés que péremptoires.

De nombreux projets sont ainsi morts avant même d’avoir pu montrer ce qu’ils avaient à dire. Les différents échecs en la matière, depuis la parution du magazine Kaméha en 1994, ont également alimenté le scepticisme d’une partie du marché et de son public…

Un cercle vicieux dont les effets se résument à « Combien de temps Akiba Manga va-t-il tenir ? » ; question sur de nombreuses lèvres depuis début janvier et qui sous-entendant que, quel que soit le concept, le succès d’une telle entreprise relève globalement du fantasme.

D’autres ont toujours défendu l’idée d’un magazine de prépublication calqué sur le modèle japonais et ont accueilli avec un réel enthousiasme l’arrivée de cette prépublication d’œuvres nippones inédites et soumises aux votes des lecteurs.

Ankama LogoLa présence d’Ankama, maison d’édition installée aussi bien en France qu’au Japon, a également convaincu tout un public qui voit dans cet éditeur le partenaire idéal de ce genre d’entreprise.

Si Akiba Manga a donc ses détracteurs, il a aussi plusieurs supporters tant dans le public que dans le monde de l’édition. Mais pourra-t-il faire aussi bien que les éditeurs japonais en la matière en convainquant les futurs talents nippons de travailler avec eux plutôt qu’avec les mastodontes Shueisha, Kodansha ou Square Enix ? Difficile pour l’instant de l’imaginer.

Cela dit Akiba Manga est une excellente occasion, pour les maisons d’édition du pays de Tezuka, de tester leur formule sur le marché tricolore. Si l’expérience réussit qui sait s’ils ne se lanceront pas, à leur tour, dans l’aventure de la prépublication hexagonale. Un échec risquerait par contre d’endiguer pour un moment toute initiative, de quelque éditeur que ce soit.

En résumé, qu’on soit optimiste ou sceptique, Akiba Manga est une initiative qui fait parler d’elle et qui suscite de nombreuses attentes. Et dans un marché du manga plutôt morose et inquiet, cela faisait longtemps que ça n’était pas arrivé !

Premières impressions…

Les 10 de SanadaMême si, comme expliqué précédemment, il est encore trop tôt pour dresser une critique complète d’Akiba Manga, la lecture des deux premiers volumes nous permet d’émettre un premier avis sur les différentes parties du magazine.

Partie prépublication :

Les 7 titres proposés sont très différents, à tout point de vue.

Si les lecteurs de shōnen assouviront leur appétit, ce n’est pas pour autant que le magazine ferme la porte aux autres genres : la diversité est de mise et les œuvres proposées pourront satisfaire un large public. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est le titre Terminus, seul shōjo du magazine, qui a pris la pole position dans le cœur des lectorat lors des premiers votes.

Les 7 histoires se démarquent également dans leur approche graphique. Si les traits ou la mise en page de Kosato (Les 10 de Sanada) et de Shino (Agents suicides) devraient facilement plaire, le style de Midori Harada (La mort en Grève) se montre plus inhabituel.
Difficile enfin de ne pas citer La Valse des Corps, un titre à l’esthétisme pour l’instant très discutable et bien parti pour être le premier recalé du magazine.

Globalement, à l’image des votes du public, 3 séries semblent au-dessus du lot : Terminus, Les 10 de Sanada et Agents suicides. Mais là encore, ce n’est qu’un début et tout peut arriver.

Enfin Akiba Manga est aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir Shingo Araki à travers son parcours, une interview et surtout les premières pages de son manga Sourire.

Cette œuvre semi-autobiographique, certainement surprenante pour ses fans, possède une narration parfois erratique qui peut gêner, mais le talent et l’émotion n’en sont pas moins présents… C’est en tout cas l’occasion d’entrevoir une autre facette de ce monstre sacré de l’animation japonaise.

Partie magazine :

Partie MagazineComposée d’un peu plus de 40 pages, cette section débute avec plusieurs critiques, parlant bien évidemment de mangas, mais aussi d’animes et de jeux vidéo. Un éclectisme appréciable.

Petit détail : bien qu’Ankama n’ait pour l’instant édité que 3 mangas, tous ont dors et déjà trouvé leur place dans les colonnes d’Akiba Manga. Même s’il n’est pas question de mettre en doute l’intégrité des journalistes concernés qui ont aimé ces titres, on se montre plutôt cool avec les “mangas maison”, comme c’est bien souvent le cas avec les magazines d’éditeurs.

La partie magazine mérite surtout d’être lue pour ses articles thématiques bien documentés sur l’histoire du manga, le Comicket, Akihabara ou encore les fanzines. Une occasion d’en apprendre davantage sur un grand panel de sujets, via une plume assez agréable.
Cette partie est donc une assez bonne surprise et ne se contente heureusement pas de faire du remplissage.

On citera, pour finir, la présence d’un site internet qui va au-delà de la simple page de votes en proposant de nombreuses interviews et croquis, pour en savoir plus sur les auteurs des œuvres publiées. Un concours de fanart vient même tout juste d’être lancé !

Maintenant, comme le dit le magazine lui-même en couverture : À vous de choisir !

Interview de Bounthavy Suvilay, rédactrice en chef d’Akiba Manga

Notre dossier n’aurait pas été complet sans l’interview de la rédactrice en chef d’Akiba Manga, Bounthavy Sulivay, la créatrice des différents titres d’Ankama Presse. Pour mieux appréhender l’envers du décor et toute la difficulté du lancement d’un magazine de prépublication, voici la rencontre avec une rédac-chef éreintée par le défi … mais qui tient le cap !

Comment est né le projet ?

Bounthavy SulivayL’idée initiale était de faire des mangas avec de véritables dessinateurs japonais. Le scénariste français a recruté des artistes japonais, fait des essais et à montrer les différents dossiers aux éditeurs français. Ankama Presse est le seul éditeur à avoir proposé de faire de la prépublication avec une interaction forte entre les lecteurs et les auteurs. C’est pour cela que le projet s’est lancé chez nous et pas ailleurs.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile sur ce projet ?

Tout. J’ai lancé pas mal de projets dans des conditions plus ou moins folkloriques. J’ai été à l’initiative du hors série 5 d’Animeland et d’autres hors série de ce genre. J’ai monté des expositions à Angoulême. J’ai créé les différents titres d’Ankama Presse : Dofus Mag, IG Magazine, Mini Wakfu Mag.

Akiba Manga est un cauchemar à tous les niveaux. Laissez-moi le temps d’exorciser le projet et je pourrai en parler sereinement.

Mais globalement, on a eu tous les problèmes possibles et imaginables en condensé : problèmes de traduction, problèmes de créneaux horaires pour travailler, problèmes liés aux méthodes de travail très différentes, problèmes techniques avec pannes ou crash informatiques impromptus… Actuellement, nous sommes en contact régulier avec les dessinateurs pour connaître leur situation par rapport aux différents séismes et problèmes nucléaires.

Globalement justement, depuis le lancement du magazine en janvier quelles ont été les bonnes ET les mauvaises surprises ?

SavanBonnes : la réception du public. Nous avons une petite communauté de lecteurs qui nous suit sur le blog et la page Facebook. Nous essayons de leur donner au maximum la parole pour que les dessinateurs et scénaristes s’améliorent. Nous leur sommes vraiment très redevables.

Mauvaises : tout le reste. Problèmes techniques, problèmes logistiques, etc. Travailler avec le Japon et lancer un tel projet est un gros casse-tête. Ajoutez à cela le fait qu’il faut expliquer le concept, expliquer en quoi nous sommes différents des autres tentatives de prépublication, rassurer les différents interlocuteurs…

Et là, évidemment, le principal problème vient des conséquences du tremblement de terre. Certains dessinateurs ont été légèrement blessés. Il y a des coupures de courant régulières, les transports en commun sont perturbés et comme beaucoup ont un autre travail à côté, il devient difficile d’assurer les délais.

Pourquoi avoir choisi le format papier plutôt qu’une version numérique ?

Chez Ankama Presse, on aime le papier. Nos autres titres témoignent de notre volonté de faire de beaux magazines qui se gardent et qui se collectionnent au lieu d’avoir le traditionnel « torche cul » qui se jette après lecture. On est sans doute de vieux cons. Mais on aime définitivement le papier.

Pourquoi des duos et non pas un auteur par œuvre ?

Écrire est un exercice difficile. Écrire pour des dessinateurs d’une autre culture l’est encore plus. Les duos se sont formés pour que les scénaristes se motivent et se soutiennent dans ce travail.

Quitte à faire du manga, pourquoi avec des scénaristes français ?

Pourquoi pas ? Nous avons fait l’effort de proposer des créations au lieu de se contenter de racheter des licences que l’on sait d’avance rentable. Nous sommes déjà très contents d’avoir réussi à convaincre des artistes japonais de travailler avec des gaijins.

Faire des titres avec des scénaristes français était une façon de nous distinguer de la production de mangas au Japon et de proposer quelque chose qui ne rentre pas dans les critères de sélection d’éditeurs japonais.

Quels ont été les critères de sélection des dessinateurs ?

Midori HaradaLes dessinateurs ont été recrutés pour la qualité de leur dessin, leur motivation et leur style graphique différent. Mme Harada et SAVAN n’ont absolument pas le même trait et c’est aussi pour cela qu’ils sont tous les deux dans le mensuel. Ensuite, il est clair que notre choix a été limité par la méfiance des dessinateurs japonais envers les éditeurs étrangers. Mme Harada a notamment été victime d’une arnaque par un éditeur français.

Les œuvres qui ne plaisent pas seront éliminées, mais les auteurs/dessinateurs eux-mêmes le seront-ils également ?

Cela dépend du temps qu’il nous reste, des circonstances extérieures. Actuellement, nous travaillons sur une série de remplacement. Mais il est très difficile de recruter des dessinateurs japonais acceptant de travailler pour des éditeurs étrangers et il est également ardu de trouver des scénaristes français acceptant de travailler à la japonaise.

À part les dessinateurs qui travaillent actuellement sur le magazine,  en avez-vous « en réserve » ?

Nous sommes toujours à la recherche d’artistes japonais. Pas de réserve magique où aller piocher !

Dans la partie magazine d’Akiba Manga, vous avez publié plusieurs chroniques positives de titres Ankama, au milieu de titres d’autres éditeurs… Vos rédacteurs ne risquent-ils pas d’être discrédités à la longue en soutenant des titres du même éditeur que le magazine ?

SoilAnkama Editions ne produit pas tant de mangas que cela et la date de sortie de Soil et Hitman correspondait à celle d’Akiba Manga 1. Accessoirement, le rédacteur a vraiment bien aimé les titres. En outre, dans les parties « magazine » du Lanfeust Mag on parle aussi de productions Soleil. Dans le Journal de Mickey, on trouve des chroniques sur des films faits ou distribués par Disney.

Quand est-ce que sortiront les premiers volumes reliés ?

Dès que possible et dès que l’on atteint le nombre de pages requis pour sortir un beau volume relié (environ 220 pages). Ensuite, il y a d’autres problèmes et circonstances extérieures qui peuvent retarder la parution. Et vous n’imaginez même pas les problèmes liés à une chute de neige en région parisienne…

Quelles ont été les réactions des éditeurs japonais ?

C’est assez difficile de le savoir. Nous avons rencontré des personnes travaillant chez différents éditeurs qui semblaient intéressées par notre approche et cette méthode de travail hybride entre ce qui se fait au Japon et ce qui se fait en France.

Les systèmes éditoriaux sont vraiment très différents. Au Japon, les dessinateurs sont en quelque sort coachés par les éditeurs. En France, la liberté d’expression du dessinateur est plus grande. D’autre part, les magazines de prépublication sont vraiment fait en papier torchon au Japon, tandis qu’Akiba propose un objet de bonne facture. Les Japonais étaient assez surpris par ce parti pris.

sourire-shingo-araki-akiba-mangaEn ce qui concerne Shingo Araki, il a été satisfait de voir son manga prépublié en France alors qu’il ne l’est même pas au Japon ! Nous espérons que cette publication française lui permettra de trouver un éditeur japonais ou français pour la suite des planches qu’il est en train de réaliser.

Avez-vous un mot pour les lecteurs ?

Merci. C’est le terme qui résume vraiment tout ce que l’équipe éprouve envers les lecteurs qui ont lu Akiba Manga, qu’ils l’aient apprécié ou pas. Merci d’avoir lu et donné un avis sur ce travail inédit.

Merci et bon courage pour la suite !

Remerciement à Bounthavy Sulivay pour sa spontanéité et son temps. Remerciement également à Marie Fabbri chez Ankama.

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2 Commentaires pour “Akiba Manga : la prépublication joue son va-tout”

  1. Komino a dit :

    Trop Cher.
    C’est aussi çà le secret de la réussi japonnaise, on capitalise sur la réussi de certains, permettant d’avoir une prépublication au prix dérisoire.

  2. ramza a dit :

    La effectivement sur ce point je ne peux que plussoyer, et j’irai même plus loin, même si ça n’engage que moi : de la prépublication sur le web me semble être la meilleure solution… Beaucoup moins cher !

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