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Itw Soul Eater : retour sur le Salon du Livre 2009 avec Atsushi Ohkubo

Atsushi OhkuboAujourd’hui petit retour dans le passé, de deux ans. Si le Salon du Livre de Paris 2011 invite ce weekend Motorō Mase pour son titre Ikigami, un autre mangaka a profité de la Mecque annuelle du livre pour faire ses débuts en France en 2009 : Atsushi Ohkubo, l’auteur de Soul Eater.

Plusieurs journalistes spécialisés, dont votre serviteur pour le compte de Webotaku, ont eu l’occasion de rencontrer Ohkubo-sensei, pour une conférence privée riche en informations, que ce soit sur l’auteur ou ses séries.

Pour ceux qui lisent la série depuis ses débuts et qui ont pu se procurer le tome 14 le 10 mars dernier, c’est l’occasion de découvrir ou re-découvrir son auteur. Une coïncidence veut d’ailleurs que lors de cette interview ce tome 14 venait tout juste de sortir au Japon, ce qui vous permet de mieux comprendre ses réponses aujourd’hui, sans doute. Bonne lecture !

Bonjour monsieur Ohkubo, est ce que vous pouvez vous présenter et nous décrire votre parcours professionnel ?

Atsushi Ohkubo : Lorsque j’étais étudiant dans une école de Manga, on m’a présenté à l’auteur du manga Getbackers, qui m’a embauché comme assistant. Je suis resté assistant 2 ans sur cette série, 2 années durant lesquelles j’ai écrit ma propre histoire, B-Ichi, que j’ai soumis au magazine Gangan, publié par Square Enix. J’ai alors gagné le premier prix du concours des jeunes talents et mon histoire a été publiée dans ce magazine.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir mangaka ?

Getbackers, le premier travail d'assistant pour Atsushi OhkuboQuand j’étais petit j’aimais beaucoup Docteur Slump, donc je me suis mis à dessiner. Quand on est enfant et qu’on dessine, la première chose que l’on se dit c’est « quand je serais grand je serais dessinateur de mangas ». Entre temps je me suis dit que ce n’était pas un projet très réaliste donc je j’ai envisagé un travail de designer ou de graphiste, mais finalement j’ai réussi à conserver cette voie que je voulais, et je suis devenu dessinateur de manga.

Comment votre entourage et votre famille ont pris votre décision de devenir mangaka ?

En fait depuis tout petit ma mère m’a toujours dit que je dessinais bien, même quand j’étais nul ! (rires) Donc elle m’a toujours encouragé dans cette voie. Mon père lui, lorsqu’il voyait mon bulletin de note, il me disait « de toute façon t’es trop nul, tu n’arriveras jamais à rien donc autant que tu sois dessinateur de manga, sinon tu ne trouveras jamais de boulot ». Donc finalement je pense qu’ils ont eu des bonnes réactions. (rires)

Vous avez été assistant de Rando Ayamine… est ce que le passage par ce poste d’assistant est toujours une étape obligatoire et que retirez-vous aujourd’hui de cette expérience ?

Je pense qu’effectivement, pour devenir mangaka, c’est très important de commencer comme assistant. Tout simplement parce que ça permet d’apprendre tous les mécanismes, tous les processus par lesquels on passe pour fabriquer un manga, comment se déroule les différentes étapes de la réalisation. Aujourd’hui encore ce que j’ai appris lors de cette expérience me sert notamment pour gérer mon équipe de manière efficace.

Après avoir été assistant vous avez réalisé votre première série B-ichi. Quelles ont été vos principales difficultés sur cette première œuvre ?

B-ichi, son premier mangaLe plus dur est de respecter les délais.

Qu’est ce qui vous a amené à travailler sur le projet de Soul Eater et comment cette histoire est elle née ?

Tout a commencé quand je me suis dit qu’il serait sympathique de raconter une histoire avec une jeune fille comme héroïne. Je désirais également que cette fille manipule une très grande faux, c’était intéressant d’un point de vue graphique. Autour de ce principe de base j’ai commencé à construire un univers et une histoire.

Au départ Soul Eater se composait de trois one-shots…

J’ai commencé par faire une histoire courte qui portait le nom de Soul Eater, le premier chapitre du manga. Lorsqu’elle a été publiée, elle a tellement plu aux lecteurs qu’il a été décidé que Soul Eater deviendrait une série régulière. Et pour étoffer mon histoire et ce chapitre un peu isolé, j’ai créé deux autres chapitres avec d’autres personnages, dont Black Star et Death The Kid pour étoffer l’univers du manga.

Vos personnages sont assez originaux, de quelle façon les créez-vous ?

Je n’ai pas vraiment de recette ou de secret à vous donner. Tous les personnages sortent de mon imaginaire de manière naturelle. Je ne fais pas beaucoup d’efforts pour les travailler, ils sont déjà quasiment prêts lorsqu’ils sortent de mon esprit. Que vous les trouviez originaux me flatte beaucoup, je vous en remercie.

Bien que ce soit un shōnen, il y a un nombre élevés de personnages féminins dans Soul Eater, est-ce pour toucher un public plus large ?

Soul Eater Tome 1Comme vous le savez déjà, il y a très peu de filles dans les shōnen de combat. Mais pourtant au Japon il y a de plus en plus de femmes qui lisent les shônen. C’est pour cela que je voulais qu’il y ait plus de filles, et c’est aussi pour cela que j’ai choisi Maka pour être l’héroïne, pour que les lectrices puissent s’identifier aux personnages de mon manga.

En parlant de Maka, on connait assez bien son père. D’habitude dans les shōnen les pères sont généralement les grands absents, mais c’est la mère de Maka qui est la grande absente dans cette série… pourquoi ce choix ?

Je ne sais si cela se passe comme ça en France, mais au Japon les liens père-fille sont assez tendus en général. Par exemple les jeunes files ne veulent pas laver leur linge sale en même temps que les affaires de leur père et il faut faire deux lessives séparées. Du coup j’ai pensé qu’il serait beaucoup plus facile de faire des gags sur la relation père-fille que sur une relation mère-fille. C’est pour cela que j’ai décidé de mettre le père de Maka en avant.

Les rapports de Maka et de son père sont effectivement assez conflictuels, est-ce une façon pour vous de parler de l’adolescence ?

Effectivement, en ce qui me concerne, sans être comme Maka, j’ai eu adolescence rebelle, durant le collège et le lycée, où je ne communiquais pas très bien avec mes parents… Un peu comme tout le monde. Je trouvais ça amusant et original de le dépeindre car effectivement ça peut touche le public qui est en majorité dans cette période…

Dans Soul Eater, plusieurs de vos personnages sont un peu mentalement dérangés, comme The Kid et son obsession pour la symétrie, ou Stein. Est-ce que la folie est un domaine qui vous attire ?

Je ne suis pas particulièrement « attiré » par la folie en tant que tel mais lorsque je commence à dessiner des personnages un peu originaux, ça part souvent dans cette direction là.

Soul eater 18 Soul Eater 19

Concernant le personnage de The Kid justement, comment vous ai venu cette idée de psychose par la symétrie ?

Après avoir créé Maka et Black Star, j’ai voulu créé un personnage qui serait parfait mais The Kid était tellement parfait que ça en devenait gênant. Mais quand on est trop parfait, on est tellement exigeant que tout devient pénible, car on passe son temps à tout rectifier. Pour que ce soit facile à comprendre dans l’histoire j’ai fait en sorte qu’il ait un toc sur la symétrie.

En préface du tome 2, vous indiquez que vous avez eu des difficultés scolaires, même si vous faisiez de votre mieux. On retrouve un peu ce genre de détail dans le personnage de Black Star, est ce donc votre personnage favori et vous retrouvez-vous un peu dans Black Star ?

En fait je pense que les deux personnages qui me ressemblent le plus sont Black Star et Paty.

Tous vos personnages ont leurs qualités mais aussi beaucoup de défauts…

Dédicace Soul EaterVous savez, je voulais que mes personnages soient très humains donc il ne fallait pas qu’ils soient parfaits. On rigole souvent du défaut des autres, donc ce type de personnages me semblait beaucoup plus intéressants, d’une part pour le ressort comique et d’autre part pour l’intérêt de l’histoire, car on s’accroche toujours plus facilement à des personnages qui ont des défauts.

Pourquoi avoir choisi de faire un grand nombre de protagonistes plutôt que de vous concentrer sur un ou deux héros ?

En fait à la base, Soul Eater devait être un manga avec peu de personnages, juste deux personnes. Mais sans que je sache pourquoi, la machine s’est emballée et on se retrouve avec tout ces personnages, je ne peux rien y faire, je ne les contrôle plus ! (rires)

Si pouviez être un de vos personnages, lequel aimeriez vous être ?

Shinigami-sama, parce que c’est lui le plus balèze ! (rires)

Les noms de vos personnages font références au cinéma moderne…

C’est vrai que j’aime beaucoup le cinéma, mais c’est aussi parce que le choix des noms est quelque chose d’assez contraignant. Ainsi j’évite de trop me prendre la tête.

On retrouve souvent dans les mangas le rapport maître-esclave et maître objet, dans Pokémon par exemple. Comment avez-vous choisi de traiter ce sujet ?

J’ai pris une voie assez différente de Pokémon. Dans cette série on retrouve un rapport utilisateur / utilisé alors que dans Soul Eater les armes elles mêmes sont des êtres humains. Donc, pour moi, ils sont à un niveau équivalent, aucun ne commande l’autre, l’équilibre est nécessaire pour que cela fonctionne.

Le procédé de synchronisation des âmes de Soul Eater rappelle un peu celui de Shaman King…

Shaman_kingJe m’excuse à l’avance si c’est impoli mais je n’ai jamais lu Shaman King. En fait au Japon, le principe d’avoir des petites âmes qui flottent autour de nous est très répandu, c’est assez commun dans notre quotidien.

Dans Soul Eater, pourquoi donnez-vous souvent vie aux objets inanimés ?

Quand j’étais petit j’adorais Docteur Slump et on y retrouvait souvent des soleils et des lunes animés. Ça m’est donc venu automatiquement.

Soul Eater possède un rythme de prépublication mensuelle. N’avez-vous pas peur que vos lecteurs perdent le fil de votre histoire ?

J’ai effectivement conscience de ce genre de problème… un mois c’est assez long pour un lecteur. Lorsque l’on travaille sur des séries hebdomadaires, le rythme est tellement rapide que l’on coupe un peu n’importe quand. Alors que dans une série mensuelle, on essaye de réaliser des mini-histoires, beaucoup mieux rythmées, afin que les gens soient moins perdus lorsqu’ils reprennent la série le mois suivant.

Comment se déroule la réalisation du manga au jour le jour ?

En fait je ne suis pas très concentré sur mon manga. La plupart du temps, quand j’ai fini mon chapitre, je prends du temps pour moi, je laisse vagabonder mon imagination. Et lorsque la date de rendu approche, je commence à m’affoler un peu, je dessine sur ma feuille le nemu (les croquis donnant le découpage général de l’histoire). Ensuite je réalise les dessins au crayonné et après je les encre. Tout ce processus me prend environ une semaine et demi… pour une quarantaine de page.

Soul Eater débute en France mais au Japon, il compte déjà 14 volumes. Aviez-vous prévu de faire autant de volumes ?

soul eater 14frEffectivement au début je ne pensais pas aller aussi loin mais je suis toujours resté sur mon projet et sur mes dessins… et un beau jour je me suis rendu compte qu’il y avait déjà quatorze volumes de parus.

Comment expliquez-vous le succès récent de Soul Eater ?

Je pense que c’est grâce à l’éditeur Square Enix qui a tout mis en œuvre pour que le manga perdure et qu’il connaisse un succès graduel. Tout ça a mené à l’adaptation du manga en anime l’année dernière…

Comment a commencé pour vous le projet de l’anime, et quel rôle y avez-vous joué ?

En fait je n’ai pas fait grand-chose… j’ai rencontré deux ou trois fois l’équipe lors de la pré-production du dessin animé et après je les ai laissé faire librement.

Êtes-vous satisfait de cette adaptation et pensez vous qu’il y aura une seconde saison ?

Je suis complètement satisfait et je serais ravi de voir une seconde saison mais ce n’est pas moi qui décide. C’est entre la société Bones et mon éditeur que ça se joue…

Dans l’anime des scènes ont été rajoutées…est-ce que ça dénature votre œuvre ou lui apporte un plus ?

Non au contraire, j’aime beaucoup découvrir en même temps que tout le monde des passages inédits de mon œuvre, cela représente une nouvelle facette de mon univers, ce qui me fait énormément plaisir.

Puisque l’on parle des différentes facettes de votre œuvre, il y a aussi celle du jeu vidéo… avez-vous déjà essayé les adaptations en jeux vidéo de Soul Eater, et qu’en pensez vous ?

Soul Eater PSPJe joue effectivement aux jeux de Soul Eater, tout particulièrement à celui sur PSP. Je pense que je maîtrise assez bien le personnage de Blair ! (rires)

Quels sont les mangas que vous lisez et avez-vous un auteur préféré ?

En ce moment je lis Yotsuba… que Yotsuba d’ailleurs (rires)

Quelle influence à votre éditeur sur votre travail ?

Alors je ne parle que pour moi et pour les autres mangakas du magazine Gan-Gan, mais on a la chance que Square Enix soit un éditeur pour lequel la priorité est que nous puissions réaliser ce que nous voulons et il nous aide à fabriquer l’histoire qu’on a envie de raconter. Je ne dirai pas qu’il m’influence mais plutôt qu’il me pousse à réaliser les choses que je veux.

Mis à part Tim Burton et David Linch que vous citez souvent comme référence, pourriez vous nous citer vos autres influences, comme des mangakas par exemple ?

Atsushi OhkuboIl ne s’agit pas vraiment UN artiste et il est difficile de dire que je m’en inspire mais il y a deux films qui comptent beaucoup pour moi : Mystery Men et Wallace et Gromit, et les métrages d’animation en pate à modeler.

Outre le cinéma, le manga et les jeux vidéo, avez-vous d’autres passe-temps, comme la J-music par exemple ?

Durant mes passe-temps je joue beaucoup aux jeux vidéo. Je n’écoute pas de trop de J-music en plutôt de la musique étrangère, du monde entier. J’écoute de tous les genres et de toutes les époques. Les groupes qui ont plus d’importance pour moi sont ceux que j’écoutais quand j’étais jeune, à savoir Nirvana, Radiohead et Björk.

Comment appréhendez-vous le retour du public français ?

Je suis plutôt détendu. J’espère bien sur que les gens trouveront ça amusant mais si plein de personnes viennent me faire des reproches peu importe, c’est la vie…

Avez-vous un message à transmettre à vos fans français ?

Je sais bien que le manga n’est sorti qu’avant-hier mais si je suis devenu mangaka c’est pour amuser un maximum de gens possible. Donc si j’ai réussi à amuser, à faire ou faire rêver un seul français je serais déjà content et j’espère que tout ceux qui achèteront le manga auront autant de plaisir à le lire que j’ai eu à le dessiner.

Merci beaucoup monsieur Ohkubo.

Remerciements à Estelle Relevant et Gregoire Hellot des éditions Kurokawa.

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