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Éditeurs et journalistes Web Manga : la question des Services de Presse

Dans le monde des loisirs japonais, le service de presse, aussi appelé service presse ou SP concerne un produit destiné au commerce : livre, manga, DVD ou encore CD. Plusieurs exemplaires du dit produit sont envoyés par l’éditeur à la presse.

La définition est assez simple. Néanmoins ces petits exemplaires « gratuits » suscitent des interrogations, sur des blogs notamment, et provoquent souvent des débats à rallonge à chaque fois qu’un blogueur s’essaye à ce sujet, avec une question plus ou moins formulée qui pourrait se résumer ainsi : « Les Services Presses sont-ils une forme de corruption de la presse et des blogs par les éditeurs ?»

Jusqu’ici le débat a apporté plus de questions ou d’avis que de réponses, oscillant entre une peur irraisonnée du grand méchant éditeur et des soupçons d’allégeance de certains médias de grande audience. Mais les relations éditeurs-presse n’ont jamais été un modèle de clarté non plus, comme tous les schémas relationnels entre professionnels où la bonne entente est nécessaire de toute façon. Donc chacun a bien le droit d’émettre des hypothèses après tout…

Cependant, parce que l’ignorance n’apporte jamais rien de bon et afin d’éviter qu’un jour la presse web manga et les éditeurs soient rangées conjointement aux assureurs, banquiers et autres professions dans le catalogue des « tous pourris qui pensent qu’aux sous », il ne me semblait pas inopportun d’expliquer comment fonctionne la première base de communication entre un éditeur et la presse : le service de presse.

Comme je ne suis pas omniscient et que je voulais éviter un papier univoque, j’ai recueilli les témoignages de deux acteurs du système : Victoire de Montalivet, attachée de presse des Editions Ki-oon et Jean-Marc Boyer, directeur du site internet Total Manga. Je les remercie au passage pour le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder.

Un Service Presse…pour qui ?

Si vous entendez parler du service presse pour la première fois, rien de plus normal, et ce même si vous avez un blog ou un petit site internet. Parmi les nombreuses demandes que reçoivent les éditeurs, il est difficile de dire oui à tout le monde… « Le premier critère reste le nombre de visiteurs » explique Victoire. « Il y a des milliards de blog et de sites amateurs. Je ne peux pas dispatcher à l’infini les volumes à ma disposition, surtout que nous sommes une petite structure, on ne peut pas inonder les blogs comme d’autres maisons plus importantes.

Après, ce n’est pas parce qu’un site arrive à un chiffre d’audience important qu’il aura forcément des SP. J’enquête moi-même sur le site et je regarde si sa demande est justifiée. Je ne vais pas fournir des livres à un site qui vend des voitures par exemple, je cible : je n’envoie pas à des sites dont la tranche d’âge est 8/15 ans, des livres destinés à un public adulte. De la même manière, il est évident que je n’enverrai pas les volumes d’une série en cours, à un site avec qui je débute les services de presse.

Enfin si le site en a déjà reçu je jette un œil pour voir comment ses responsables gèrent ça, comment ils organisent et mettent en avant leurs critiques… La visibilité tout simplement. Des gens très sérieux avec une bonne présentation peuvent parfois bénéficier de SP même si leur fréquentation est un peu basse. »

Pour un site rédigeant déjà de nombreuses critiques cela facilite le travail, sans pour autant signifier une quelconque allégeance, comme l’explique Jean-Marc… « Techniquement, ça n’implique pas spécialement de contraintes. La ligne éditoriale d’un site n’est pas dictée par les éditeurs, mais par l’actualité et par les possibilités rédactionnelles internes. De plus, pas mal de SP reçus sont souvent des tomes isolés (tome 35 d’une série dont on n’a pas le début), ne permettant de toute façon pas d’en faire un traitement de qualité.

Aucune obligation n’en découle, tout comme rien n’oblige un éditeur à envoyer ses SP. Cependant, comme dit tout à l’heure, recevoir un SP incite beaucoup plus facilement à parler d’une œuvre que lorsque l’on n’en reçoit aucun.

Après, c’est un choix de politique. Certains sites ou blogs feront systématiquement des critiques de tome, pour pouvoir être sûr de recevoir d’autres SP. Je préfère privilégier un travail plus cohérent en demandant directement le matériel dont nous avons besoin, plutôt que produire en masse de l’information de mauvaise qualité qui n’apporte rien au lecteur, pour satisfaire une envie de recevoir des titres… »

Un Service Presse…pourquoi faire ?

La réception du premier service presse est gratifiant. Il constitue une preuve de reconnaissance du travail accompli, que ce soit pour la qualité de vos écrits ou encore la popularité du site où vous travaillez. On s’applique donc à rendre le papier dans les temps… et c’est tout. Le SP est un outil, pas un cadeau, et encore moins une rémunération.

« Tu manges des livres toi ? », ironise Jean-Marc en parlant de ce cliché. « Plus sérieusement, les SP sont “un investissement” en communication pour les éditeurs. Et pas le plus élevé. Pour un blogueur éventuellement, ça peut faire son effet. Lorsqu’on a la volonté de développer un média, il serait ridicule de penser que récupérer un manga ou un jeu vidéo va nous rendre heureux. J’ai souvent eu cette discussion au début avec les éditeurs, pour insister sur le fait que nous noyer sous les SP ne représente pas le salut. Je n’estime même pas qu’offrir l’œuvre envoyée en SP au rédacteur qui en tirera un article soit une rémunération, alors qu’elle le soit pour un site, c’est impensable. »

A titre d’information je précise également que les éditeurs de japanimation n’envoient plus de box DVD depuis plusieurs mois voire plusieurs années, et que certains articles sur des mangas ont été fait à partir d’épreuves numériques, même si ce système reste peu répandu par mesure de sécurité.

Alors à quoi sert un SP ?

« Le but d’un SP est de faire circuler l’information, tout simplement. Les journalistes sont nos principaux médiateurs auprès du public. Ils reçoivent donc notre newsletter mais aussi nos différents ouvrages pour pouvoir remplir leur rôle, et relayer l’information auprès de leurs lecteurs » explique Victoire.

« Le service de presse est avant tout un échange, c’est du donnant-donnant : je cherche de la visibilité, il cherche de quoi satisfaire la curiosité de ses lecteurs et comment accroître sa fréquentation. Envoyer des SP reste un coût pour l’éditeur, avec les nombreux sites et blogs qui existent sur la toile, il nous est impossible de contenter tout le monde. »

Jean-Marc confirme de son côté que les SP facilitent la tâche du rédacteur et du rédacteur en chef : « Recevoir les SP nous permet de faciliter la démarche de création d’articles pour nos rédacteurs. C’est aussi un moyen d’être tenu au courant de l’actualité des sorties d’un point de vue qualitatif, au-delà de connaître simplement le listing des sorties du mois. Il est plus facile de se décider à rédiger un article sur quelque chose si on l’a entre les mains. Après, on ne peut pas traiter de tout, et l’envoi d’un service de presse ne garantit pas que l’on en parle. Mais évidemment, on a plus de facilité à parler de ce qu’on possède. »

La liberté de la presse… et ses devoirs

Logo Ki-oonIl revient donc à chaque rédacteur de ne pas tomber dès le départ dans la chronique que l’on pourrait appeler de « remerciement ». A l’inverse, vouloir tirer à boulets rouges sur un titre pour prouver à votre lectorat « qu’on ne vous la fait pas à vous » n’est guère plus intelligent. Enfin, refuser des SP par peur de se voir corrompre est un aveu de faiblesse et non pas un signe de probité.

Cependant certains pensent que des critiques négatives de titres font perdre le bénéfice des SP, une rumeur qui étonne d’ailleurs Victoire… « Ce n’est pas vrai du tout, les papiers négatifs n’entrainent pas de rupture comme ça. On finirait par ne plus travailler avec personne si c’était le cas ! Les papiers négatifs n’entrainent pas de rupture avec les journalistes. Nous leur demandons juste d’être professionnels et d’argumenter leurs critiques que celles-ci soient négatives ou positives.

Après, il peut arriver que certains fassent des critiques gratuites et mal fondées sur un titre, allant parfois très loin. Je me souviens qu’une personne avait par exemple descendu violemment Baptist dès le départ, un peu arbitrairement. Le souci c’est que certains titres mettent du temps pour se développer et que même si la critique est plus positive sur les tomes suivants c’est trop tard, l’image très négative du titre lui colle à la peau et cela nuit à la série, il n’y a pas de marche arrière possible. Nous demandons juste aux journalistes d’argumenter et de faire attention à la manière dont ils s’expriment. Inutile d’être violent avec un titre…

Enfin, je me permets d’intervenir, quand un rédacteur dit des choses erronées. Par exemple, un rédacteur avait reproché à Ki-oon d’avoir fait le choix de ne pas mettre des pages couleurs dans l’édition française d’un tome… Seulement, il s’est trompé : l’édition originale n’en possédait pas ! Néanmoins, ça, personne ne le sait, cela véhicule donc une fausse image de nous. En effet, certains y verront un manque de travail, d’investissement de notre part ou encore un manque de respect quant à la version originale et aux fans français de la série… Idem quand on nous prête des propos qu’on n’a jamais tenus, là aussi je contacte le journaliste et je lui demande juste de faire plus attention et de ne pas hésiter à m’appeler pour confirmer ses informations. »

Pour travailler avec de nombreux éditeurs depuis plusieurs années, et ayant été parfois responsable des SP, le mode de fonctionnement décrit par Victoire est celui de plusieurs éditeurs, mais pas de tout le monde. En effet, d’autres voient parfois les rédacteurs web comme une main d’œuvre bon marché, mais c’est au web justement de faire preuve de son intégrité.

Logo Total Manga« Je ne parlerais pas des autres, parce que je ne suis pas chez eux. En tout cas, nous ne sommes pas l’organisme de communication des éditeurs. Tout est question d’équilibre » argue Jean-Marc. « Lorsque tu es éditeur, tu es conscient que certaines séries seront bien accueillies d’autres non. Donc la critique négative n’est pas interdite. Après il y a une différence entre une critique négative, et écrire un torchon. Le torchon, c’est l’article sur lequel un rédacteur s’est contenté de vomir un ramassis d’aberration et de frustration sans appuyer ses propos.

C’est ce qu’on appelle aussi la “critique facile”, ça donne quelque chose du type “c’est pourri, parce que franchement, j’ai pas aimé”. Là, moi si je suis éditeur, je n’envoie plus rien, non pas parce que c’est négatif, mais parce qu’un média qui publie des torchons, il n’y a pas de raison que j’y sois présent.

Après, chacun sa politique. De notre côté, nous entretenons de bonnes relations avec tous les éditeurs en contact avec nous, non pas par articles de compassion, mais par ce qui devrait régir un peu plus ce secteur: du professionnalisme. Et pourtant, on n’est même pas parfait ! » conclue-t-il en plaisantant.

Et effectivement du coté des rédacteurs comme de celui des éditeurs, personne n’est parfait, et les débats éditeur-journaliste arrivent, comme l’explique Jean-Marc. « C’est déjà arrivé, deux fois, pour l’une des deux ce n’était pas un éditeur. Pour l’éditeur c’était d’ailleurs justifié, c’était pour un article publié mais que je n’avais pas validé, qui était plus proche d’un article de fan que d’un article de journaliste. Après avoir lu et constaté qu’en effet, l’article était de la merde, j’ai pu remonter les bretelles du rédacteur qui l’avait réalisé et confié le travail à quelqu’un qui avait une vision avec plus de recul.

L’autre exemple était un dossier qui nous a valu une belle polémique. Après relecture attentive du dossier, et malgré quelques points qui étaient certes virulents, j’ai confirmé au responsable du festival dont il était question, que l’article resterait en ligne : les points critiqués étaient justifiés et argumentés, et même si cet avis n’était pas le même que la majorité, il en restait néanmoins pertinent. Puis nous n’avons aucune obligation d’écrire la même chose que tout le monde ! ^^ Après, j’ai déjà eu des appels moins catastrophés, qui reprochaient certains points de certaines critiques, mais jamais rien d’important nécessitant des mesures spécifiques. »

Et voilà, en espérant avoir éclairci un peu le débat, je laisse chacun libre de penser ce qu’il veut sur le sujet… et de réagir !

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8 Commentaires pour “Éditeurs et journalistes Web Manga : la question des Services de Presse”

  1. Rukawa a dit :

    éclaircir un débat ? ah ? parce yavait débat ?
    là j’y vois plus un “j’essaye de me justifier car j’ai l’air d’un corrompu” parce que j’en reçois.
    alors qu’en fait, non. Tout le monde s’en fout.
    sérieusement.
    enfin non, à part ce type qui a supprimer son billet de son blog.
    http://gemini.neetwork.net/bis/logocitatio.htm

    cependant, j’ai eu mon 1er fou rire de l’année grâce à ton article :
    > Recevoir les SP nous permet de faciliter la démarche de création d’articles pour nos rédacteurs.

  2. Les tweets qui mentionnent Éditeurs et journalistes Web Manga : la question des Services de Presse | Paoru.fr: PLUME, KWEEH & ROCK'N ROLL ! -- Topsy.com a dit :

    […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Jean-Marc Boyer et Paul Ozouf. Paul Ozouf a dit: Entre éditeurs et journalistes, commet ça marche ? http://fb.me/RxDUQSpn […]

  3. ramza a dit :

    Comme j’ai dit chacun en pense ce qu’il veut. Cet article n’est fait que pour ceux que ça intéresse, même si c’est trois pélos je m’en fous, j’écris pas pour ce qui s’en foutent. Et puis j’aime bien ce que tu écris en général sur ton blog mais qd ça me gonfle…. c’est par pour autant que je viens te dire de quoi parler, faut pas pousser non plus.

    J’ai eu l’occasion de lire deux posts sur différents blogs et une liste de plusieurs dizaines de commentaires, avec des débats justement, et certaines personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans cet univers tirent des conclusions nébuleuses, sur du vent qui plus est…. Maintenant si tu crois les gens, enfin moi en tt cas, irrémédiablement coupables c’est clair qu’il n’y pas forcément d’intérêt à débattre. Du coup je ne vois pas trop l’intérêt de poster un commentaire.

    Après pour ton fou rire ben écoute hein c’est offert de bon cœur, pour la nouvelle année. De plus il me montre que tu as lu une bonne partie du papier, donc il n’est pas si inutile ^^

  4. locogitatio a dit :

    Rukawa => J’ai supprimé mon blog pas juste mon article par ce que j’en avais honte ou autre chose

  5. locogitatio a dit :

    Erratum, une fois de plus j’ai posté trop vite ^^

    Rukawa => J’ai supprimé mon blog, pas juste mon article parce que j’en avais honte ou autre chose. Et il est normal de laisser une trace de ce dont on parle puisque l’article de gemini n’a plus de référence ( enfin j’ai bien aimé le procédé et je suis pas dûpe 😉 Mais ça m’amuse en fait).

  6. ramza a dit :

    La discussion a été entamée ici mais là aussi : http://total-manga.tumblr.com/post/2568538849/service-presse#disqus_thread

  7. Guu a dit :

    A pas compris tes comm’… O_o

    Mais a bien aimé l’article.

  8. ramza a dit :

    Mes coms ou ceux de locagitio Guu ? Moi je n’en ai que deux, un en réponse à Rukawa et un autre pour expliquer que le sujet a aussi été posté ailleurs, et qu’il y a là bas aussi des discussions.

    Cela dit ss avoir le début de l’histoire, c’est à dire les échanges blogesques de commentaire sur le sujet je veux bien comprendre qu’il y ait des trucs pas clairs… dis moi donc quoi 😉

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