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[Interview] Retour sur les 20 ans de Glénat… et du manga

  • Sumo

GlénatAprès une seiyū et une mangaka, nous continuons notre série d’interview avec un saut dans le passé, d’une bonne année. En 2009, le manga fêtait ses 20 ans et j’avais entrepris une série d’interview d’éditeurs pour l’occasion. Vous avez déjà pu en avoir un aperçu à travers l’interview des fondateurs de Ki-oon, Ahmed Agne et Cécile Pournin, que j’ai publié il y a quelques mois.

Cette fois-ci voici l’interview de Stéphane Ferrand que j’ai eu l’occasion d’interviewer au salon du livre en mars 2009, pour Webotaku. L’interview n’est plus toute jeune mais reste intéressante pour son retour sur les débuts de Glénat dans les années 90, et pour la vision de directeur éditorial sur les futurs enjeux du manga, qui ont depuis pas mal évolués, et pas forcément dans le sens prévu. Bonne lecture !

Stéphane FerrandA l’occasion du salon du livre, les éditions Glénat fêtent un triple anniversaire : les 40 ans de la maison Glénat, les 20 ans d’édition de leurs mangas… et les 20 ans du manga en France tout simplement. Voici donc l’occasion rêvée pour faire un petit tour dans le passé en rencontrant Stéphane Ferrand, directeur éditorial de Glénat Manga depuis septembre 2007.

En effet, après le départ de Laurent Muller en 2007, Jacques Glénat a nommé à la direction du secteur manga Stéphane Ferrand, 36 printemps à l’époque, présent dans le domaine du manga depuis 10 ans en tant que journaliste (Animeland, Le Virus Manga, Bachibouzouk, France Culture). Il fut également éditeur chez Milan, où il avait réussi en quelques mois à imposer un catalogue crédible, dont certains titres ont été immédiatement nominés aux Essentiels d’Angoulême. Malheureusement, se sentant peu soutenu par cet éditeur, ce spécialiste passionné, auteur notamment d’un opuscule sur les mangas chez cet éditeur (Le manga, avec Sébastien Langevin) et d’un dictionnaire encyclopédique sur le sujet chez Fleurus, a fini par jeter l’éponge. Il fut donc nommé à la direction éditoriale de Glénat Manga à partir du 3 septembre 2007 pour développer de nouveaux projets, sous la responsabilité du directeur général de la maison Jean Piaciulli.

C’est donc armé d’un microphone et d’une Delorean Hotwheels que nous avons pu évoquer cette histoire riche de deux décennies et s’interroger sur ce que nous réservent les deux prochaines…

Webotaku : Bonjour Monsieur Ferrand… cette année marque donc un double anniversaire : les 40 ans de Glénat et les 20 ans de Glénat Manga, ce qui situe le début de cette histoire en 1989… comment cela a-t-il commencé ?

Akira, le début de l'aventureC’est une histoire connue donc on va essayer de la faire courte. Jacques Glénat, éditeur de BD depuis déjà 20 ans à cette époque, se dit qu’il vendrait bien vendre de la BD franco-belge au Japon. Il possédait un catalogue diversifié, pour tous les âges et il a donc tenté le coup. Pour des raisons diverses et variées, il n’a pas réussi à vendre les droits de ses œuvres.

En fait on a compris plus tard qu’il y avait des problématiques de narration, de rythme qui rendent difficilement adaptable la BD Franco-belge au public japonais. Par contre, il en profité pour découvrir le manga, et il a fini par découvrir quelques titres qui l’on vraiment séduit, d’un point de vue graphique mais aussi narratif, et il a ramené en France Akira et quelques autres. Akira fut donc signé en 1989 pour un début d’édition française en 1990 et ça a démarré de cette manière.

Quelques essais pour introduire le manga en France ont été tentés durant les années 80, comme Gen d’Hiroshima en 1983, mais ces œuvres n’ont jamais réussi à trouver leur public. Qu’est-ce qui a permis au manga, au début de ces années 90, de s’implanter réellement cette fois-ci ?

Primo, je pense que les échecs des tentatives précédentes sont pour beaucoup des erreurs de casting. On a voulu aborder le manga à cette époque de la même manière qu’on abordait la bande dessinée franco-belge, ce qui n’a rien à voir… les exemples sont nombreux avec les échecs que l’on sait. On cherchait une bande dessinée plutôt adulte, plutôt mature, et le public français n’était pas prêt à découvrir cette bande dessinée, un public qui était en train de se vautrer dans la couleur, et à qui le manga proposait du noir et blanc. Donc double erreur de casting.

Mais il était également difficile d’aller chercher le public adolescent alors que la BD franco-belge n’envisageait même pas elle-même ce type de public. On a voulu faire « à la franco-belge », dans de grands formats, avec des planches énormément agrandies et de grands blanc tournant qui noient le dessin, etc… (nd webotaku : le blanc tournant est la zone blanche qui entoure un bloc de texte, ou ici, une planche).

La particularité d’Akira est que cette œuvre se situait bien entre les deux. De plus on a travaillé à partir de la version américaine, ce qui nous a permis de récupérer la mise en couleur. Donc là on avait un peu l’ambassadeur parfait. De plus Akira s’adressait plus aux jeunes adultes qu’aux adolescents. Ensuite Dragon Ball a su se proposer immédiatement sur une gamme totalement différente : primo sur le poche, secundo sur du volume à 192 pages, tertio en noir et blanc et, plus tard, avec une jaquette propre à lui. C’est donc une chose fondamentale qu’a su apporter Glénat à l’époque sur Dragon Ball : la conception du poche… réinventer le poche.

Durant ses premières années il y a eu le succès d’Akira, l’arrivée des animes à la télévision, mais vous êtes pourtant resté seul pendant plusieurs années…

Dragon BallJusqu’à l’arrivée de Video Girl Ai en 1993. Il est d’ailleurs intéressant de mettre Glénat et Tonkam en parallèle. Il s’agit de deux maisons très différentes, qui vont avoir deux chemins différents mais qui, grosso modo, vont trouver les mêmes pépites d’or, vont trouver les mêmes schémas, pas forcément à la même époque mais le début de l’histoire du manga en France, se situe entre Glénat et Tonkam.

Après, pourquoi nous n’étions que deux ? Je pense qu’il y a encore une erreur de « scannage » dans la façon de concevoir les choses. Très très rapidement, le manga a été perçu comme un effet de mode, donc nous ne sommes pas restés longtemps tout seul. Mais lorsque tout le monde s’y est mis, on a aussi publié tout et n’importe quoi, et cela n’a pas donné un panel très qualitatif dans ce qu’on avait à représenter en librairie. Et finalement on a lassé le lecteur, amenant un premier effondrement de ce marché. Il a donc fallu un certain temps aux éditeurs pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un « coup » , mais que c’était plus un effet de génération et non pas de mode, même si maintenant on s’aperçoit que c’est également trans-générationnel.

Justement pendant ses années 90, le manga a eu du mal à se placer par rapport à la BD Franco-belge. Par exemple, le festival d’Angoulême a mis un certain temps dans sa sélection officielle à reconnaître et accepter le manga. Pour Glénat, qui publie ces deux univers, BD franco-belge et Manga, y-a-t-il eu quelques problèmes entre les auteurs de ces deux genres ?

Vis-à-vis des auteurs, non. Je pense que s’il y a vraiment quelque chose qu’on peut dire, c’est que les auteurs ont très bien accepté le manga car ils sont à la base de supers lecteurs, car ils savent très bien apprécier le travail de l’artiste et sa qualité. Il la lise de la même manière que le lecteur, d’une manière jouissive, mais aussi d’une manière technique et ils ont sans doute fait partie des gens qui ont eu le plus tôt conscience des qualités du manga.

On pourrait d’ailleurs faire une liste de nombreux artistes franco-belges ayant glissé des clins d’œil au manga dans leur bande dessiné en référence à Evangelion, Totoro ou Dragon Ball… et on arrive par exemple à un personnage comme Boulet, l’auteur de Raghnarok ou des Notes, qui n’arrête pas de témoigner qu’il est totalement inter-fusionnel dans les cultures. Il passe son temps à se caricaturer en Arale où à faire intervenir des méchas de Robotech, etc… c’est donc quelque chose qui a rapidement été accepté par ces auteurs.

Le problème s’est peut être plus situé au niveau des éditeurs, de la presse et des médias, ou encore du marché qui se demandaient si ça allait durer, si c’était bien sérieux d’y croire. Finalement le manga a hérité de toutes les différentes critiques que l’on faisaient à la bande dessinée par rapport à la littérature, et on pourrait sans doute calquer cela sur l’histoire du comic-book en France, sur les thèmes du sexe et de la violence. Y a rien de nouveau, c’est une histoire d’une grande banalité… on retrouve souvent les mêmes reflexes dans notre façon d’aborder la culture. Ce sont donc davantage les auteurs qui ont ouvert la porte.

Durant ces années où l’on parlait de déferlante manga, une tentative a pourtant échoué : il s’agit du premier magazine de prépublication d’œuvres japonaises, du nom de Kameha, qui a débuté en 1994 mais qui s’est éteint trois ans plus tard. De nombreux autres éditeurs ont depuis tenté cette expérience, avec les mêmes problèmes… la prépublication serait-elle irréalisable en France ?

KaméhaEn fait aujourd’hui la question se pose différemment, donc c’est assez compliqué. Jusqu’à il y a peu, je pouvais être relativement catégorique sur un non. Mais aujourd’hui l’apparition des nouvelles technologies remet la question au devant de la scène. Internet et la téléphonie mobile modifient complètement l’accès à la culture et sont en passe de modifier la consommation. Du coup la question se repose, d’une manière beaucoup plus complexe.

Donc pour ce qui est de la prépublication sur papier tel qu’on l’a initié sur Kameha, une belle aventure tout de même, il était assez logique que ça s’effondre. Primo parce que le public français n’est pas le public japonais et deuxio que le public français n’achète pas deux fois la même chose. L’idée du manga c’est de comprendre que les jeunes n’ont pas beaucoup d’argent et donc on fait 200 pages pour 6.5 euros au lieu de 54 pages pour 12 euros, ce qui est une proposition adaptée à un faible revenu. Donc proposer d’acheter deux fois la même chose…c’est incohérent.

L’idée était bonne et je pense qu’il fallait bien essuyer ce plâtre. Mais on était à une période où la crise de la presse se profilait à l’horizon. Il faut bien reconnaître que les magazines de prépublication en France c’est quand même quelque chose que l’on sait faire : Vaillant, Tintin, Pif Gadget, Spirou, Métal Hurlant, Fluide Glacial, Pilote, j’en passe et des meilleurs… et ils n’ont de cessé ces cinquante dernières années que de se casser la gueule…jusqu’à aujourd’hui, avoir combien de magazine de prépub ? On va dire un ou deux comme Fluide ou le Journal de Spirou mais beaucoup sont morts. Donc il y a là quelque chose que l’on doit apprendre du public et qu’il fallait tenter sur le manga. Mais cette génération du manga s’est tout de suite identifié à leur type de média, à savoir Internet en majorité, et la version papier ne peut pas exister sinon qu’une proposition de « grand papa ».

La montée vertigineuse du manga a pourtant pris fin durant l’année 2006. Après être passé de 1142 volumes publiés en 2005 à 1418 en 2006, l’année 2007 affiche une progression presque ridicule avec 1428 nouveaux volumes. Un ralentissement confirmé en 2008 avec 1453 nouveaux tomes en vente. Beaucoup prévoyaient et prévoient encore une chute à la hauteur de l’ascension, d’autres parlent d’un marché saturé, mais un grand nombre parle plus simplement d’une arrivée à maturité… mais chez Glénat , on en pense quoi ?

On en pense qu’il faut être juste pragmatique et regarder la réalité, elle n’est pas compliquée… il y a des choses plus compliquées à analyser dans l’édition que ça. A partir du moment où vous avez un domaine qui publie 156 mangas en 2000 et 1400 en 2008, vous avez un potentiel de multiplication de la proposition de l’offre par rapport à la demande qui présuppose quand même que, à un moment ou à un autre, on essaye de recaler un peu les choses.

On arrive peut être pas à un plafond parce que les possibilités du public peuvent être encore vaste… mais je pense qu’on ne peut pas et développer la proposition et attendre que le public développe son envie et son besoin à la même vitesse. Donc tout ça se recale paisiblement, et l’arrivée de la crise économique globale va sans doute tasser un peu tout ça. C’est un peu comme dans une voiture : tu prends deux ou trois virages et tout de suite les paquets à l’arrière trouvent leur place, ils se calent et après tu peux rentrer sur l’autoroute.

Nouveautés manga

Donc fie de tout catastrophisme facile, et après on verra comment les éditeurs vont gérer ça. Si on continue de maintenir un niveau de qualité assez supérieur sur le choix de nos titres et dans la façon où on les propose au public, ça se passera bien. Il faut pas oublier qu’on a déjà subi une gamelle sur le marché, dans la deuxième moitié des années 90, qui a été juste terrifiante, on est passé de douze éditeurs à cinq… donc on n’a pas envie de revivre ça, et d’arroser le marché avec n’importe quoi.

On a également une histoire maintenant, 20 ans ! Donc ca veut dire qu’on doit gérer une actualité, une nouveauté mais aussi un fond. Donc on commence à avoir un schéma de travail éditorial qui se rapproche de plus en plus de n’importe quel éditeur avec un fond historique, à valoriser auprès d’une nouvelle génération, et une nouveauté où il faut être réactif sur les données du moment. Tout ça a aussi une maturité de fait, 20 ans ce n’est pas rien, ce qui fait qu’aujourd’hui l’équaliseur est beaucoup plus vaste qu’avant : fond, nouveautés, shônen, shôjo, seinen, patrimoine, public franco-belge, bibliothécaires… il y a différentes portes d’accès et c’est à nous de savoir jongler avec le plus de balles possibles pour passer la période un peu difficile qui s’annonce devant nous, on va pas se le cacher. On va peut être subir un ou deux ans un peu difficiles mais la production délirante, on ne peut pas non plus l’assumer ad vitam eternam et c’est idem pour la BD.

Vous parlez de crise financière… est-ce que au Japon ça change quelque chose dans vos rapports aux éditeurs ou dans le prix des licences ?

2009_06_19_shonen_jump (mangashi)Ce n’est pas la crise financière pour l’instant qui change quelque chose. Ce qui change quelque chose par contre, et c’est peut-être beaucoup plus angoissant, c’est que eux n’arrivent plus à maintenir leur marché. Aujourd’hui leur marché s’effondre pour diverses raisons, et en plus ils ont une crise de forme, une crise de support. C’est-à-dire que les mangashis (nd webotaku : les magazines de prépublication au Japon) se vendent de moins en moins et tout passe sur la téléphonie mobile ou internet. Moi, il y a dix ans, quand j’allais au Japon, des mangashis il y en avait partout.

Dans le métro il n’y avait qu’à se servir, mais aujourd’hui il y en a très peu qui lisent des mangas ou des mangashis, ils sont tous sur leurs téléphones mobiles, équipés sports 3G+ and co, qui leur permet de regarder des films, des dessins animes, d’écouter de la musique, de lire des BD numérisées…

Je pense donc que c’est un pays en train de subir une mutation assez profonde à un moment où, en plus, il n’arrive pas à mobiliser leur force vive créatrice. Donc ils sont dans une période, je pense, super délicate et ça les rend effectivement plus exigeants dans leurs demandes, mais d’une manière générale. Je vois que j’ai déjà des concurrents qui commencent à augmenter leur prix, que ce soit Asuka, Tonkam ou d’autres et en pure solidarité je trouverais un peu cavalier qu’on leur jette la pierre. Le prix du papier s’est surmultiplié et tous les papetiers ont fait le tour des éditeurs début 2009 avec des prix tous à la hausse, l’impression en elle-même coute plus cher, le transport de l’imprimerie au diffuseur coûte elle aussi, à cause du prix du pétrole, plus cher, la diffusion coûte plus cher.

La prise en librairie nous coûte également plus cher, car les libraires ont désormais trop de productions : avant un bouquin vivait quinze jours en librairie, là il vit trois jours… et qu’est-ce qui se passe au bout de 3 jours ? Il est envoyé en retour et le retour c’est nous qui en faisons les frais.

Tout est très complexe mais ça ne vient pas encore de la crise économique, ça vient d’un schéma général qui se recale car on est pas non plus dans un domaine où les prix ont évolué de manière tonitruante ces dix dernières années. Glénat n’a pas fait évoluer ses prix depuis des années, sur une base de 6.5 euros, mais par contre la marge on l’a vu fondre… pour de vrai, c’est pas un mythe.

Et donc, si le marché évolue dans ce sens, on sent que vous allez arriver à une limite…

De toute façon, cite-moi un domaine de l’économie où les prix n’augmentent pas… TOUT les prix montent parce que c’est la logique économique qui fait que, plus un domaine ou un produit fonctionne, plus les matières sont rares et plus elles sont rares, plus elles sont chères. Le tout est de maintenir tout ça… on a vu ce qu’ils font avec la nourriture, c’est juste révoltant, parce qu’ils ont laissé leur système filer et ils se sont dit qu’ils feraient un max de profit.

Bref, nous on maîtrise notre domaine assez bien et lorsqu’il y a des augmentations de prix, elles ne sont pas énormes et très honnêtement, elles ne sont pas volées. Je sais que ca va certainement faire hurler pas mal de monde quand cette interview sera en ligne mais il faut bien comprendre que ce n’est pas du mythe. Il y a des gens à faire vivre, des équipes et des auteurs à rémunérer, des éditeurs japonais à rémunérer etc…

Après des années 90 très shônen, on a pu voir apparaître un public féminin grandissant durant cette dernière décennie, et depuis quelques années c’est le seinen qui vient également au devant de la scène. Le catalogue Glénat compte aujourd’hui 50 % de shônen, 25 de shôjo et 25 de seinen. Comptez-vous faire évoluer cette répartition des genres ?

Cyborg 009Alors je reprends un point d’histoire… ce qui est intéressant c’est que dès le début en fait Glénat, sans le savoir, avait proposé du seinen avec Akira, du shônen avec Dragon Ball et du shôjo avec Sailor Moon. Donc on avait déjà les 3 piliers, même si on était totalement incapables de les identifier. Aujourd’hui, je pense que le shônen reste la colonne vertébrale de notre activité, et celle du marché d’ailleurs. Moi je crois énormément dans le seinen car l’ado qui regardait Dragon Ball c’est toi ou moi, et aujourd’hui j’ai 38 ans, je lis toujours du manga et je lis les seinen de mes concurrents avec autant de plaisir que je lis du shônen, ou du shôjo. Donc le seinen va se sur-développer et le shôjo va lui se maintenir et se développer. Chez nous ce qu’on lance c’est des éléments périphériques, une autre façon de répondre aux problématiques que l’on a.

La première périphérie que j’ai créé c’est Vintage, dont on fait le lancement au salon du livre, avec Cyborg 009 de Shôtaro ISHINOMORI, où là je veux essayer de parler un peu au public franco-belge, en lui amenant un peu les grands anciens. Les Hergé, les Jijé (le formateur de Franquin, Morris, Peyo et d’autres …) de toute une époque existent également au Japon. On connait très bien Osamu Tezuka, on connait aussi Shigeru Mizuki maintenant qu’il a eu deux prix à Angoulême, mais combien y en a-t-il d’autres des classiques extraordinaires ?

Nous on a eu la chance d’avoir UMEZU Kazuo (Hyouryu Kyoushitsu) et SAITO Takao (Golgo 13) au catalogue. J’y ai adjoint ISHINOMORI Shôtaro et j’en ai encore dans mes bagages que j’ajouterai petit à petit. Et j’espère comme ça de développer une activité de fond et d’amener de plus en plus de gens, esthètes venant de domaine culturel ou franco-belge qui ne sont pas forcément dans le manga, à venir découvrir ces auteurs là, et avoir cette porte d’entrée.

Deuxième schéma d’évolution pour une collection qui sera lancée à Montreuil, qui s’appelera KIDS, une collection pour les enfants. Le shônen et le shôjo se destinent à un public de jeunes adolescents certes mais qu’on considérera à partir de 10-11 ans. Mais avant ? Pourtant les plus jeunes adorent et regardent le manga, donc pourquoi ne pas leur proposer une collection pour eux ? L’idée c’est donc aussi de répondre à une attente de la part des parents qui ont un peu de mal à s’y retrouver, on les comprend aisément, dans tous les catalogues…

On les retrouve dans les boutiques spécialisés, avec un regard plus que perdu…

En se demandant ce qu’elles peuvent prendre pour leur petit bout : « ah non ça, ça va être violent, ça va pas être bon, etc… ». Donc de fait, nous on va proposer toute une série de titres en commençant au salon de Montreuil qui est le salon du livre et de la jeunesse. Ces titres reposeront sur le principe du one-shot : un volume, une histoire, pour les enfants de 6 ans à environ 10-11 ans, avec des thèmes comme le merveilleux, la féérie, un peu d’écolo, des choses comme ça. Donc une sélection très « smooth » qui pourra convenir aux parents, et qui pourra convenir aux bibliothécaires qui sont très curieux de la chose. .

Enfin on aura quelques adaptations également d’œuvres connues, quelques petites surprises également pour les trentenaires…

Des titres ?

Ce n’est pas signé donc je ne peux pas le dire… on retrouvera peut-être quelques vieilles personnalités du monde du dessin animes d’antan… et non ce n’est pas Candy (rires). Donc voilà il s’agit encore de portes d’entrées différentes pour faire en sorte que ce soit le public manga qui se démultiplie pour que la demande se démultiplie, plutôt que d’enfoncer le clou de l’offre toujours avec shônen, shôjo et seinen.

Puisque l’on parle d’activités périphériques… quelques éditeurs papiers se lient avec des distributeurs DVD, comme Kaze et Asuka ou Kana qui a lancé en 2008 ses premiers DVD avec Kana Home Video… envisagez-vous un jour de créer un label de japanimation ou de vous rapprocher d’un label déjà existant ?

Europa Glénat, une société créé en 2008 Par Luc Besson et Jacques GlénatOn n’envisage pas de créer un label d’exploitation du DVD à l’heure de la dématérialisation du contenu. Donc chacun voit ses stratégies… nous on a analysé la chose et ce n’est pas un axe qui nous semble pertinent ou cohérent. Par contre on a créé un joint venture (projet commun de plusieurs entreprises) avec Europa Corp, l’année dernière, en septembre-octobre. Europa Corp est la société de production, de diffusion et de réalisation de Luc Besson. Il y a donc une ouverture vers le Broadcast et donc la télé, ouverture et exploitation vers le dvd, sur la VOD, sur la téléphonie mobile, sur le cinéma. Cela nous a donc semblé être le partenaire idéal pour pouvoir faire un travail de qualité. Nous ne sommes pas des pros du DVD ou du dessin anime, donc pourquoi essayer de prendre cinq à dix ans pour faire une expertise alors qu’il nous suffisait de passer un accord avec quelqu’un qui maitrise cette expertise, et depuis bien longtemps.

Europa Glénat, une société créé en 2008 Par Luc Besson et Jacques GlénatDonc on a fait plutôt ce choix, qui nous ouvre des possibilités diverses et variées vers le cinéma, vers des adaptations que ne nous auraient pas offert le fait de monter une boite pour faire du DVD. Donc on a pris du retard par rapport à certains de nos concurrents comme Kana mais notre retard on essaye de le rattraper en prenant, du coup, de l’avance. Cela nous semble adapté à la façon dont le marché et le milieu va évoluer. On essaye de regarder beaucoup les comportements du public et puis de les comprendre. Je pense que le public, lui proposer un coffret à 50 euros à l’heure où il peut tout télécharger gratuitement sur internet… c’est pas adapté. Le manga c’est quand même l’histoire de la capacité d’adapter la forme au fond.

Justement en ce qui concerne internet, les éditeurs japonais ont emboité le pas. Je pense notamment à la Shueisha et la Shogakugan qui publient des extraits en ligne et en français, en donnant l’impression de lorgner sur la France… est-ce que les voir un jour s’installer en France est de l’ordre du concret selon vous ?

Comment dire ça…c’est pas cohérent. Il ne suffit pas d’éditer une bande dessiné pour faire de la bande dessinée en édition. Donc oui, il y a eu quelques études de marché qui ont été faites, quelques journalistes inconvenants ont couru un peu trop vite, sans avoir pris la peine de croiser leurs informations sur le fait qu’ils allaient s’installer. Alors après tu fais de l’édition c’est bien mais comment faire de la diffusion ?

C’est pour cela qu’on se pose la question…

Le site internet de Shueisha puis sa venue au JE ont fait naître de nombreuses rumeursMais un mec qui vient s’installer en période de crise alors qu’il n’y a aucune bombe au Japon, sans système de diffusion ni d’édition… qu’on vienne me dire qu’il va s’installer, ça me fait doucement marrer, c’est vraiment témoigner d’une méconnaissance absolue de la manière de travailler ! Tout ça, ça impose une machine et cette machine est tellement puissante, tellement monstrueuse avec des investissements certainement colossaux… mais surtout, faut le faire quand tu es sur de gagner quelque chose parce que sinon, tu vas juste mourir quoi.

Quand, en plus, on adjoint à ça le fait que le marché au Japon est en grande difficulté, que les marchés extérieurs ne sont pas choupinets, et qu’il y a pas création d’une bombe type Naruto, Dragon Ball ou One Piece pour faire la locomotive d’une collection, c’est plus du suicide, c’est de l’inconscience ! Il regarde leur façon de s’installer sur le territoire européen mais avec plus de finesse, avec plus d’intelligence.

En fonction de leur expérience…

Soyons plutôt sur d’autres supports. PERSONNE l’a levé, personne l’a vu, personne s’est posé la question, tout le monde était là, comme des moutons de panurges : « ah ouais ils vont faire de l’édition ». Alors que qu’est-ce qui explose en ce moment ? Les nouvelles technologies ! Qu’est-ce qu’ils font au Japon ?! Ils dématérialisent, ils l’ont même montré au dernier Japan Expo, où ils avaient mis ça en avant, mais personne n’a moufté, ils sont tous restés « ah ben ouais ils vont faire du manga hein ». Sérieux, ils l’ont mis sous nos yeux ! Les Dragon Ball, les One Piece en téléphonie mobile ils nous les ont mis sous nos yeux. C’est ça le véritable enjeu. C’est un enjeu qui va bien au-delà de faire de l’édition. L’enjeu est de savoir qui est l’éditeur demain ? Glénat ? Shueisha… ou SFR ?

Qu’est ce qui empêche SFR de créer du contenu, qu’est ce-qui empêche les opérateurs de téléphonie mobile de devenir les pourvoyeurs culturels de demain ? Ils ont l’outil, le plus dur, il n’y a plus qu’à mettre ce qu’ils veulent dedans.

Y a plus qu’à alors ?

L'e-bookSauf qu’il y a le public. Et le public en France n’est pas équipé sport au niveau de la téléphonie mobile, et on ne lui change pas ses habitudes culturelles comme ça. Sinon ce serait fait depuis longtemps. Mais tu vois, il y a une cohérence entre plusieurs éléments et, en même temps, on tourne autour du pot mais on va pas dedans parce qu’on est pas sur que le France ce soit comme le Japon. Aaah la belle réflexion que voilà ! Eh ben non, les marchés sont pas les mêmes. Quand tu poses un manga papier au Japon, tu fais 50 000 exemplaires de vente tu as foiré ton coup. Quand tu fais 50 000 exemplaires en France t’es le roi du pétrole !

Déjà on ne parle pas du même comportement vis-à-vis de la culture, il y a un amour de l’objet livre en France, on ne fait pas dans le jetable. Alors le schéma marche bien mais ce ne sont pas les mêmes eaux…

Merci pour l’éclaircissement… Internet est bien connu pour être un nid de rumeurs. Et sans réelle information, il est parfois difficile de prendre du recul ou d’analyser ce genre d’enjeux…

Oui mais ça fait juste un an que tout le monde se masturbe avec ça, quoi ! C’est tout juste des trucs de prophètes millénaristes, du Paco Rabanne. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que des dangers il y en a. Faut regarder au bon endroit, et c’est pas pour ça qu’il faut se dire « on est chez les bisounours et tout va bien ». Quand tous les matériaux seront dématérialisés, c’est juste tout le monde de l’édition qui disparait. Et tous les ans ils nous balancent le livre numérique, toujours plus performant, etc. La dessus nous on a encore un joker, mais les éditeurs de roman, qui n’ont pas d’image, là où le texte est beaucoup plus facilement dématérialisable, et du coup plus facile à lire (pas de planches, pas de beauté générale à prendre en compte), EUX ont du souci à se faire ! J’aimerai pas être éditeur de roman, ils doivent les avoir, comme on dit, « petites et bleues ».

Enfin, pouvez-vous nous donner votre coup de cœur manga actuel, en France… mais aussi au Japon ?

D’accord, dans mon catalogue ?

Ou celui des autres, peu importe (rires)

Taito no KenMon coup de cœur, c’est vraiment One Piece car je m’éclate toujours comme une brute… et à venir c’est un seinen que je vais éditer en septembre, qui s’appelle Taitei No Ken qui est juste monstrueux. C’est adapté d’un roman hyper célèbre et le dessin est époustouflant. A chaque fois qu’un volume japonais sort je me jette dessus comme un gamin, comme quand j’ai petit et que j’attendais mon Akira.

Chez les autres je dirai que j’ai un très très fort attrait pour Vinland Saga chez Kurokawa que j’aime beaucoup, sur lequel je trouve qu’il y a un très gros travail à faire en direction du lectorat franco-belge. Tout les amoureux de Thorgal, il faut aujourd’hui leur mettre Vinland Saga entre les mains. En dehors de ça au Japon, les coups de cœur sont désormais un peu tous achetés.

J’aime beaucoup ce que fais en ce moment Mashima Hiro, que ce soit Fairy Tail, que je regrette bien de pas avoir à mon catalogue, mais bon je ne suis là que depuis 2 ans et il était vendu avant que j’arrive, ou que ce soit Monster Hunter Orage, qui est un travail remarquable. C’est un auteur qui a de la bouteille et qui sait où il va, qui sait ce qu’il fait et c’est super excitant quand tu es lecteur.

La petite dernière : qui-est ce que vous nous ramenez à la Japan Expo ?

Eh bien pas Yukito Kishiro, puisqu’il a refusé, et qu’il ne veut plus voyager en fait. Qui je vais vous ramener… en fait je ne le sais pas encore, je saurais ça après le 20 mars, puisque j’ai mes réponses le 20 mars.

Mais il y aura du monde…

En tout cas on a lancé beaucoup d’invitations.

Merci monsieur Ferrand, et joyeux anniversaire Glénat !

Remerciements à Stephane Ferrand et Sophie Caiola chez Glénat.

Interview préparée et réalisée au salon du livre en mars 2009.

Retrouvez toutes nos interviews éditeurs :

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Glénat (mars 2009décembre 2012, janvier 2015, mars 2017)

IMHO (avril 2012)

Isan Manga (mars 2013)

Kana (novembre 2012, janvier 2014, février 2016, décembre 2017)

Kazé Manga (avril 2011janvier 2012décembre 2013)

Ki-oon (2010, 201120122013, 2014, 2015, 2016, 2017)

Komikku (mai 2014)

Kurokawa (juin 2012,  décembre 2013novembre 2015)

nobi nobi ! (septembre 2013)

Ototo – Taifu (octobre 2012, novembre 2014, Mai 2016, Mai 2018)

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