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Scantrad : une page se tourne…

Dossier ScantradJe vous propose aujourd’hui un dossier sur un monde et un marché en pleine évolution : le scantrad. J’ai écrit cet article il y a quelques semaines, pour Total Manga, mais comme la blogosphère lit en premier lieu son propre contenu et qu’elle a de multiples avis sur ce sujet, j’ai décidé de vous le proposer sur Paoru. L’outil blog n’est pas le plus simple pour cet article conséquent, mais j’espère néanmoins qu’il vous plaira… bonne lecture !

Depuis de nombreuses années, les éditeurs de mangas du monde entier s’inquiètent de l’expansion du scantrad et des scanlations, autrement dit de la copie et de la distribution illégales de leurs œuvres via internet. Mais, jusqu’ici, les ayants-droit japonais s’étaient contentés d’une indignation sans suite. Cependant, la donne a changé : le marché US du manga flanche et les éditeurs nippons sont bien décidés à étendre leur activité à l’international. Ils sont donc sortis de leur immobilisme… et contre-attaquent.

Scantrad : les éditeurs contre-attaquent

Le scantrad est une pratique qui consiste à scanner les bandes dessinées étrangères (en l’occurrence les mangas) et à en proposer une version traduite sur internet, sans autorisation de l’auteur ou de l’éditeur concerné. Ces scans ou scanlation connaissent un franc succès en Europe et aux États-Unis, où les fans de mangas apprécient de pouvoir lire la suite de leurs séries préférées ou encore de découvrir les nouveautés en avant-première.

Ce procédé, évidemment illégal, semblait toutefois être plus ou moins toléré par les éditeurs. Mais la complaisance des maisons mère a pris fin en septembre de l’année dernière.

Kodansha et Shueisha partent en croisade

À l’époque, la Kodansha (Fairy Tail, Gintama, Tsubasa Reservoir Chronicle) décide de publier elle-même ses séries aux USA. Laissant jusqu’ici les sociétés américaines gérer le problème du scantrad, l’éditeur nippon change de politique lors de son implantation aux États-Unis. Il demande pour la première fois à un site anglophone de scantrad, Manga Helpers, de retirer l’ensemble de ses scans (raws et traductions) qui concernent ses titres.

Malgré son acceptation, le fondateur pense que la fin du scantrad est encore bien loin. Il fait notamment référence à la lutte tout aussi complexe des maisons de disques contre le piratage.

Scan_shueishaL’évènement fait le tour de tous les sites concernés : il est alors vu comme une tentative timide qui a seulement fait tomber l’une des très nombreuses têtes du scantrad. Cependant, un deuxième coup de semonce est donné en avril dernier. La Shueisha (Naruto, One Piece, Bleach), le mastodonte de l’édition manga, décide de publier une lettre à destination de ces lecteurs mais aussi des scantradeurs dans son magazine de prépublication phare, le Weekly Shonen Jump :

« À nos lecteurs :

De nombreuses personnes publient injustement des copies de nos mangas sur Internet. Ces copies illégales heurtent les sentiments des mangakas. Elles constituent également un détournement de leurs intentions de publication. Le fait de publier illégalement ces œuvres sur le net, dans lesquelles les auteurs mettent leur cœur, ne blesse pas seulement les mangakas dans leur vie réelle, mais est aussi contre la loi, même si le geste partait d’une bonne intention. À chaque fois que nous découvrons ces “copies injustes”, nous en parlons aux mangakas et examinons toutes les contre-mesures possibles. Mais le nombre de personnes qui ne nous prennent pas en considération est énorme et, à l’heure actuelle, nous ne pouvons toutes les gérer. Nous avons une requête envers tous nos lecteurs. Ces copies illégales sur Internet blessent profondément la culture manga, les droits des mangakas et même l’âme des mangakas. S’il vous plaît, comprenez une fois encore que tout ceci est contre la loi. Ainsi, les mangakas et Shueisha s’occuperont sévèrement de toute copie illégale trouvée sur Internet. Nous demandons à nos lecteurs de bien vouloir continuer à nous soutenir.

– Département éditorial du Weekly Shōnen Jump »

weekly shonen site webL’éditeur le plus touché par ce piratage prend donc clairement et logiquement position contre le scantrad. Depuis plusieurs mois, le site Weekly Shōnen Jump international (image ci-contre) propose déjà son propre module de mangas en ligne et une lecture gratuite des chapitres de certaines œuvres. Ce premier pas est jugé léger par beaucoup de lecteurs internationaux, qui réclament le privilège de suivre les publications au même rythme que leurs homologues japonais.

Bien que cette lettre n’évoque pas encore la répression, certains webmasters de site de scantrad décident de fermer leur porte, comme Raw Paradise, un des poids lourds de la distribution des raws, les scans d’origine. L’objectif des éditeurs japonais semble donc d’obtenir la fermeture de ces sites qui fournissent la matière première aux équipes de traduction du monde entier. Mais pourquoi ont-ils réagi après tant d’années de silence ? Les facteurs sont en fait multiples…

La fin du statu quo

Si on se réfère aux textes sur les droits internationaux d’auteur de la Convention de Berne, une œuvre ne peut être traduite, adaptée ou arrangée sans l’accord de son auteur ou de ses ayants-droit. Cependant, jusqu’ici, les teams de scantrad se savaient relativement à l’abri de sanction, à la condition d’arrêter de distribuer une série si elle était licenciée dans leur pays.

Relativement bien suivi sur les petites et moyennes séries, cet accord était cependant mis à mal dès qu’il s’agissait de blockbusters tels que Naruto, One Piece ou Bleach qui continuent d’être publiés illégalement, au mépris de cet arrangement. Il faut dire que ces séries amènent un flux conséquent de visiteurs, au point que certains sites de scantrad drainent des centaines de milliers de visiteurs par mois… voire davantage.

Top 1000 googleGoogle pointe notamment du doigt le site One Manga, qui propose des versions anglaises de certains mangas, sans autorisation. Selon le célèbre moteur de recherche, ce distributeur de scanlation se place début juillet comme étant le 935e site le plus fréquenté au monde, soit entre 4,2 et 6,7 millions de visiteurs uniques selon le mode d’estimation, et 1,1 milliards de pages vues chaque mois. Des audiences qui peuvent faire rêver… mais aussi générer des profits, via l’e-pub. Si on effectue un rapide calcul pour ce type de revenus, ce nombre conséquent de pages pourrait générer de 22 000 à quelques centaines de milliers d’euros mensuellement, pour ce seul site. Un manque à gagner qui n’est pas du tout du goût des maisons mères.

Cette concurrence intervient en effet à une très mauvaise période. En 2009, une étude de l’Institut de Recherche des Publications, une entreprise basée à Tokyo, révèle que le marché japonais a enregistré sa plus forte baisse, de 6,6 %, pour arriver à 419 milliards de yens, soit 3,7 milliards d’euros contre près de 550 milliards de yens dix ans plus tôt. Selon les experts de l’institut, les conditions économiques difficiles engendrées par la crise financière ont poussé les lecteurs vers les manga kissa, ces cafés où l’on peut accéder à une large bibliothèque pour un tarif horaire dérisoire. On peut supposer que les scanlations, gratuits, ont également profité de cette vague.

Mais le marché du manga est en baisse depuis de très nombreuses années au Pays du Soleil Levant et les ventes de mangashi -les magazines de prépublications nippons- sont en chute constante depuis maintenant 15 ans. Les éditeurs japonais se sont donc orientés depuis quelques temps vers le marché international, et plus récemment vers la diffusion numérique. Mais fournir un travail au-delà des frontières, rapidement et à bas prix, est un exercice que le scantrad pratique depuis longtemps, avec de plus en plus d’efficacité.

Craignant que la situation ne leur échappe, les éditeurs sont donc sortis de leur immobilisme. Mais le coup d’éclat de la Kodansha et la lettre ouverte de la Shueisha n’étaient qu’un premier pas…

Les États-Unis montrent l’exemple

Le cas du marché américain

icv2En avril, alors que la Shueisha lance son premier avertissement, le magazine américain ICV2 publie un bilan plus qu’inquiétant sur l’état du marché des  bandes dessinés aux États-Unis et au Canada. Pour l’année 2009, les ventes de mangas ont subi une baisse de 20 %, passant de 175 millions à 140 millions de dollars. Après une année 2007 record avec 210 millions de dollars de chiffre de ventes, c’est donc la seconde année de fluctuation pour le marché US, qui a perdu 1/3 de sa valeur.

Les premières victimes ? Les petits titres. Le nombre de publication est passé de 1 513 en 2007 à 1 115 en 2009 et une projection prévoit environ 968 tomes pour l’année 2010, ce qui confirmerait la chute. Du côté des éditeurs, Viz Media a annoncé en juin un renvoi de 40% de ses employés. Plus grave encore : la branche manga de DC Comics, CMX, et d’autres éditeurs indépendants comme Go! Comi, Dr.Master et Aurora ont tout bonnement fermé leurs portes.

Les explications de cette dégringolade sont multiples. Le public féminin, à l’origine du boom des mangas dans les boutiques spécialisées, a maintenant grandi et s’est détourné des shōjo. Les tentatives de séduction de ces jeunes femmes avec le josei a malheureusement échoué. L’autre difficulté réside dans l’absence d’une nouvelle locomotive pour le marché du shōnen, autrefois dopé par des titres comme Naruto, Bleach ou Death Note.

De nombreux revendeurs américains mettent en cause le scantrad, relayant plusieurs confessions de leurs clients, qui avouent lire un grand nombre de titres via ce réseau, pour n’acheter que leur grand favori. Mais si la reproduction illégale est un facteur parmi d’autres, la difficulté du marché étrangle les éditeurs et les nouvelles technologies ne vont rien arranger…

Le mobile, prochain champ de bataille ?

NTT SolmareDepuis que le marché nippon donne des signes de faiblesse, certains professionnels ont largement investi dans l’édition numérique, y voyant autant un support d’avenir qu’un excellent vecteur de diffusion à l’international. La société NTT Solmare, un diffuseur de mangas sur mobile, évalue le marché du e-manga à 45,4 milliards de yens, soit 4 milliards d’euros, dont 80 % rien que pour le mobile. Même si certains directeurs de maisons d’édition, très conservateurs, ont longtemps freiné cette évolution digitale, ils misent aujourd’hui beaucoup sur ce secteur. Mais les pirates, qui sont nés de ces nouvelles technologies, sont sur la brèche…

Le 21 avril, à peine quelques jours après la publication d’ICV2, le groupe d’étudiants Not A Basement Studio annonce haut et fort l’arrivée de leur logiciel Manga Rock, dans l’App Store d’iTunes. Cette application sur iPhone propose une lecture de manga en ligne ou un téléchargement pour une lecture ultérieure. Une vidéo promotionnelle est diffusée pour l’occasion :

Comme vous pouvez le voir, cette application propose un très large choix de mangas ; on en annonce plus de 1 000. Malheureusement, ces titres ne proviennent pas du catalogue d’éditeurs consentants mais de la banque de données de One Manga, dont nous parlions en première partie de cette article. En plus de générer un trafic impressionnant, l’agrégateur a donc rapidement profité de la vague iPhone. Manga Rock n’est d’ailleurs pas la première application à utiliser ce catalogue, et cela fait déjà plus d’un an que l’on peut lire des mangas sans autorisation légale sur le mobile d’Apple.

Viz MediaMais les éditeurs ne l’entendent pas de cette oreille et ce sont les États-Unis qui vont faire le premier pas. En novembre de l’année dernière, Viz Media, la plus grosse maison d’édition américaine, demande à Apple de retirer ses titres de l’application Manga Stream, qui propose des scantrads lisibles sur iPhone. Possédant 9 titres de Viz Media sur 12 disponibles, les fondateurs décident d’arrêter les frais et Manga Stream disparaît.

Quant à Manga Rock et son nombre conséquent de scans, l’application s’attire rapidement les foudres d’un autre éditeur américain: Yen Press (Soul Eater, Kurokami, Black Butler), une filiale US du groupe Hachette, qui contacte Apple et demande le retrait de ses titres dès la sortie de l’application. Kurt Hassler, le directeur éditorial, se confie à l’époque au célèbre site américain Anime News Network : « Étant donné que du contenu licencié par Yen Press est disponible sur cette application sans notre autorisation, nous sommes en contact avec Apple pour obtenir le retrait du logiciel jusqu’à ce que nos titres licenciés en soient supprimés. »

Apple transmet le message au groupe Not A Basement Studio, qui retire rapidement de son application les 22 titres licenciés par Yen Press. Cependant, fort du catalogue de One Manga qui reste conséquent même sans ces séries, Manga Rock continue d’exister, d’autant que les titres concernés n’ont été supprimés que sur l’App Store américain.

On attend alors une réaction de Viz Media, déjà rôdé à l’exercice, mais elle se fait attendre… Et pour cause : ce dernier, tout comme les autres éditeurs américains, ont compris qu’ils ne sortiront pas vainqueurs d’une bataille au coup par coup contre l’hydre du scantrad. Lorsque les éditeurs japonais décident de se regrouper pour agir, les États-Unis leur emboîtent le pas pour passer, ensemble, à la vitesse supérieure…

Tous unis contre le scantrad

Le début d’un front commun

Yen PressAux 36 éditeurs membres de la Japan’s Digital Comic Association (voir liste en fin de dossier), il faut ajouter Square Enix et the Tuttle-Mori Agency, bientôt rejoints par les éditeurs américains Viz Media, Yen Press, Vertical Inc et Tokyopop pour former une coalition destinée à combattre le problème « croissant et florissant » du scantrad. Cette fratrie accuse les agrégateurs de scanlation de « distribuer des centaines de titres pirates et d’en générer des revenus tout en sapant les opportunités de vente de licence à l’étranger en cannibalisant des sources de revenus de manière illégitime. »

Cette décision est donc le symbole d’un changement radical de cap de la part des maisons d’édition. Elles sont bien décidées à empêcher la prolifération de ce marché parallèle qui s’éloigne de plus en plus de la simple initiative de passionnés. De nombreux éditeurs américains admettent que les premiers scanlations, publiés à une époque où le marché US était embryonnaire voire inexistant, ont favorisé son implantation. Mais ils se montrent beaucoup plus critiques vis-à-vis de la dérive que représente depuis quelques années les agrégateurs de scanlation.

C’est pourquoi la coalition menace d’entreprendre des actions en justice contre 30 sites de scanlation. À l’heure actuelle, les futurs concernés ne semblent pas encore au courant de leur appartenance à cette liste. En laissant ainsi planer le doute, les éditeurs espèrent entraîner la fermeture d’un plus grand nombre de sites, par peur de possibles représailles.

Cette annonce est également une reconnaissance de la fameuse “révolution digitale” par les éditeurs nippons, tant dans le changement des modes de consommation que dans la politique de diffusion de ces derniers pour les années à venir, à l’image des investissements dans la téléphonie mobile.

Une association qui fait débat ?

Mais si cette coalition est signée par la grande majorité des éditeurs américains, certains émettent quelques réserves. Selon eux, les Japonais n’ont pas investi dans le numérique de gaîté de cœur et sont loin d’avoir facilité l’émergence de ce marché…

Il y a deux ans, un éditeur indépendant de Los Angeles, Digital Manga Publishing, lance un site d’e-mangas, avec les autorisations appropriées. Les visiteurs peuvent y louer ou y acheter plusieurs titres en version numérique. Le président de cette société, Hikaru Sasahara, explique que ses revenus sont encore faibles, mais qu’ils augmentent, progressivement. Cependant, il déplore la lenteur et la méfiance de certaines maisons d’éditions : « Les grosses compagnies japonaises sont très conservatrices vis-à-vis des nouveaux médias. Elles veulent toujours faire tout elles-mêmes, ou à leur façon, et elles sont très, très lentes. »

Hikaru Sasahara ne fait pas parti des signataires de la coalition, et pense que le piratage n’est pas le vrai problème. Il juge les contrats de licence trop onéreux et restrictifs et pense que le scantrad apporte de nouveaux lecteurs au « petit » marché américain (en comparaison au marché japonais). Il précise aussitôt qu’il n’est pas en faveur du scantrad mais que « l’énorme trafic véhiculé par ces sites mériterait d’être exploité, plutôt que supprimé. »

Kurt HusslerLe débat se situe également autour de l’impact du scantrad sur les ventes, difficilement quantifiable. Dark Horse Comics, un éditeur publiant à la fois comics et mangas, ne pense pas que l’on puisse reprocher au scantrad la lourde baisse des ventes. À l’inverse, Vertical Inc., un petit éditeur a qui l’on doit l’arrivée d’Osamu Tezuka sur le sol américain, est plus catégorique. « Cela nous parait évident », clame Ed Chavez, directeur marketing de Vertical Inc.. « Nous avons pu remarquer que les ventes de Black Jack ont fortement diminué lorsque le titre est arrivé sur les agrégateurs. À l’inverse, quand ces derniers l’ont retiré après de nombreuses demandes, le nombre de vente est reparti à la hausse ». Kurt Hussler, le directeur de Yen Press, confirme : « Les titres, une fois retirés des agrégateurs, se vendent mieux… c’est tout de même une drôle de coïncidence. » Il ajoute enfin que, « si l’on revient deux ans en arrière et qu’on observe l’évolution de ces sites, on remarque une corrélation entre l’augmentation de leurs audiences et la baisse des ventes. »

La balle est dans les deux camps

Même si quelques doutes sont émis sur le marché américain, cette coalition peut se prévaloir d’une quasi-unanimité, au vu des nombreux et influents signataires. Mais si certains attendent de voir l’ampleur et la dureté de la répression pour se faire une opinion, d’autres encore espèrent que les firmes japonaises sauront construire une alternative numérique variée, mobile, abordable et dynamique… et le plus tôt sera le mieux, car il sera difficile de séduire le public.

Quant aux agrégateurs, ils ne disposent dorénavant que d’une marge de manœuvre très réduite : continuer leur activité et attendre au risque de subir les foudres de la loi, abdiquer et retirer leurs billes, ou enfin s’appuyer sur leur formidable audience pour transformer leur plateforme pirate en un nouveau modèle légal, mais sans doute payant. L’actualité de ces derniers jours semble montrer que ces trois hypothèses se vérifient déjà…

Et maintenant ?

Depuis la mise en place de cette coalition, le 8 juin dernier, beaucoup ont attendu de voir un premier geste concret, que ce soit du côté des éditeurs pour une première sanction ou de la part des agrégateurs, mis au pied du mur. Il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour constater que les paroles ont été suivies par des actes, des deux cotés qui plus est…

Première sanction

One PieceLe 14 juin, six jours après l’ultime avertissement, un étudiant japonais de 14 ans a été arrêté par la police pour avoir diffusé les mangas One Piece, Naruto, Major et Gintama sur You Tube, avant leur sortie officielle. Selon l’unité High-Tech de la police de Kyoto, à l’origine de l’arrestation, il s’agit de la première inculpation japonaise due à un problème de copyright sur You Tube.

En mai 2007, trois hommes avaient déjà été arrêtés pour la diffusion non autorisée de mangas via le réseau peer-to-peer Winny. À l’époque, la loi japonaise condamnait l’upload et donc la diffusion illégale d’œuvres mais autorisait expressément un téléchargement pour utilisation personnelle. Cependant, en juin dernier, un amendement a été déposé par le parlement pour modifier cette loi. En conséquence, depuis le premier janvier 2010, le téléchargement est devenu à son tour illégal et punissable.

L’adolescent incriminé, originaire de Nagoya, est suspecté d’avoir publié des scans de 118 mangas, sous forme de compilation vidéo, entre le 22 décembre 2009 et le 9 février 2010. Ces titres, issus des magazines Weekly Shonen Jump et Weekly Shonen Sunday, ont été regardé environ 8 millions de fois sur le site numéro un de partage de vidéos. Si le jeune homme a rapidement avoué être l’auteur de ces vidéos, la police continue son investigation, afin de découvrir comment ce jeune homme a pu obtenir les mangas avant leur sortie sur le marché.

Premiers drapeaux blancs

Sans que l’on sache si cette arrestation fut ou non un élément clé dans leur décision, l’un des leaders du scantrad, MangaFox, vient d’annoncer fin juin le retrait de 350 titres de son catalogue.

noezL’agrégateur a annoncé, par le biais de l’un de ses administrateurs, qu’il rencontrait des « problèmes de copyright » sans en préciser la teneur, et que leur directeur était « en négociation ». Car derrière ce site internet, c’est toute une entreprise qui est née. En effet, MangaFox appartient à la société Hangzhou NOEZ Technology Co. Ltd., créée à New York mais située à l’heure actuelle à Hangzhou, en Chine. La société présente sur son site internet, tout ce qu’il y a de plus sérieux, l’ensemble de ses activités autour du monde du manga et de la japanimation, même si MangaFox reste à ce jour leur principal actif.

Derrière le terme négocier peut se cacher bien des choses, mais on voit mal les éditeurs japonais, réputés pour leur désir de maîtrise complète de leur contenu, accorder la moindre largesse à de véritables professionnels du piratage.

One mangaDeuxième coup de tonnerre, le 22 juillet dernier :  tout le monde guettait la réaction du chef de file des agrégateurs de scanlation , One Manga, le site le plus visité au monde de la catégorie. La réponse de l’intéressé est finalement. La voici, traduite en français :

“Même les bonnes choses ont une fin…

C’est avec de la peine que je vois vous annoncer qu’il s’agit de la dernière semaine pour lire des mangas sur One Manga (!!). Les éditeurs ont récemment changé de politique en ce qui concerne les scanlations et ils ont clairement expliqué qu’ils ne les approuvaient plus. nous avons donc décidé de respecter leur demande, en supprimant l’ensemble du contenu manga du site (indépendamment du statut de licence). Ce retrait se fera progressivement (pour que vous puissiez terminer quelques unes de vos excellentes lectures ), mais nous envisageons un retrait complet du contenu d’ici au début de la semaine prochaine (RIP OM, Juillet 2010).

Et maintenant que faire ? Nous ne sommes pas vraiment sûr à ce stade, mais nous avons quelques idées que nous aimerions essayer. Jusque-là, les forums de One Manga resteront actif et nous vous encourageons tous à continuer de les utiliser. OMF a développé une grande communauté et ce serait un grand gâchis de la voir disparaitre.

Vous pouvez également nous montrer un peu d’amour dans ce moment de tristesse en devenant fan de notre nouvelle page Facebook. Il serait agréable de voir à quel point beaucoup d’entre vous sont venu de profiter de notre nouvelle invention “mieux que le beurre d’arachide et la gelée “.

Peu importe si vous restez avec nous ou non, au nom de l’équipe de One Manga, je tiens à vous remercier tous pour votre soutien indéfectible au fil des ans. En vivant les hauts et les bas avec nous, vous nous avez permis de continuer.

Comme un certain Porky aimait à dire … That’s all folks!

Le temps pour moi d’aller me reposer et de laisser tout ceci sombrer.

– Zabi”

Ainsi se termine donc l’histoire pour One Manga. La question demeure cependant sur la pérennité de leur base de donnée sur mobile, utilisée à plusieurs reprises pour la fabrication d’applications IPhone. De même, le site 1000manga, site directement lié à One Manga n’annonce rien de similaire, et on se demande si il suivra les traces de son grand frère, ou si il subsistera encore, de par sa relative discrétion, afin d’alimenter encore quelques semaines de plus les fans de scantrad…

Après le premier drapeau blanc du numéro 2 Manga Fox, il semble en tout cas que les leaders de ce marché jettent l’éponge.

…Et premières reconversions

Car d’autres avant MangaFox ont déjà essayé de négocier, sans succès. Lorsqu’au début de cette affaire Manga Helpers est attaqué par la Kodansha, le directeur du site précise qu’il espère trouver un arrangement avec la maison d’édition.

Les représentants de l’agrégateur réussissent alors à rencontrer les dirigeants de grandes maisons d’édition et défendent « l’idée que les éditeurs, les fans et les artistes pourraient travailler ensemble », selon les termes du dirigeant de Manga Helpers. Comme on pouvait le prévoir, malgré une entrevue qui durera plus de deux heures, les éditeurs refusent le partenariat proposé et explique aux dirigeants du site que s’ils veulent qu’un tel modèle existe, ils devront publier eux-mêmes leur magazine et leurs propres séries. Ce qu’ils n’avaient peut-être pas prévu, c’est que leur conseil soit pris au pied de la lettre…

Open Manga

Et six mois plus tard, en même temps que l’annonce de la fermeture prochaine de leur site, les dirigeants de Manga Helpers lancent une nouvelle plate-forme : Open Manga. Ce nouveau projet, dont une version bêta est toujours en cours de préparation, doit permettre aux mangakas de pouvoir distribuer et diffuser « digitalement » leurs travaux, à travers le monde. Il prévoit également la possibilité pour les artistes de vendre différents produits et/ou d’accepter des donations. Les utilisateurs pourront quant à eux traduire et distribuer les versions étrangères via le logiciel, après accord des artistes cependant.

Si Open Manga est déjà rentré en contact avec plus de 70 d’entre eux, dont un grand nombre semble intéressé par l’utilisation de la plateforme pour distribuer leur travail, beaucoup de questions restent en suspend. Si les œuvres sont consultables gratuitement, les donations et les revenus publicitaires seront-ils suffisants pour garder en leur sein d’éventuels nouveaux talents ? Face aux mastodontes de l’industrie du manga, rompus dans l’art de la séduction de nouveaux artistes, on peut en douter.

Sans rémunération pour ses auteurs ni revenus fixes pour ses œuvres, l’avenir de cet éditeur d’un nouveau genre ne pourra s’envisager sans un ralliement massif des lecteurs de mangas. L’engouement devra également être au rendez-vous, car l’édition digitale et l’utilisation de passionnés comme main d’œuvre bon marché, intéresse déjà les professionnels.

Lors de son analyse du marché US, Hikaru Sasahara a expliqué qu’il n’était pas signataire de la coalition anti-scantrad car il jugeait une coopération plus utile qu’une destruction. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre, courant juin, que sa société, Digital Manga Publishing, est en train de mettre en place un projet qui propose aux scantradeurs et traducteurs du monde entier de travailler pour lui contre rémunération.

Contacté par le site américain The Yaoi Review, Sasahara a expliqué que la trop longue période entre l’achat de la licence et la commercialisation d’un titre retardait dangereusement le retour sur investissement. Pour diminuer ce risque, il propose donc aux lecteurs de participer avec Digital Manga Publishing à l’aventure du manga en ligne, en rémunérant les volontaires lors de la commercialisation et en fonction du succès de l’œuvre. Une proposition qui enflamme déjà amateurs et professionnels et qui pourrait bien causer quelques problèmes à Open Manga.

Si la bataille contre le scantrad vient juste de commencer, celle pour sa succession semble donc engagée…

Annexes et sources :

Membres de la Japan’s Digital Comic Association : Akane Shinsha, Akita Shoten, ASCII Media Works, East Press, Ichijinsha, Enterbrain, Okura Shuppan, Ohzora Shuppan, Gakken, Kadokawa Shoten, Gentosha Comics, Kodansha, Jitsugyo No Nihonsha, Shueisha, Junet, Shogakukan, Shodensha, Shonen Gahosha, Shinshokan, Shinchosha, Take Shobo, Tatsumi Shuppan, Tokuma Shoten, Nihon Bungeisha, Hakusensha, Fujimi Shobo, Fusosha, Futabasha, France Shoin, Bunkasha, Houbunsha, Magazine House, Media Factory, Leed sha, et Libre Shuppan.

Sources : Anime News Network, Adala News, Mata-Web, Manga.about.com, The Yaoi Review.

Merci également aux validateurs de Total Manga pour leurs conseils et corrections.

anime manga aggregator sama Sama It!


2 Commentaires pour “Scantrad : une page se tourne…”

  1. Scantrad : une page se tourne… | Paoru.fr : Manga & Japanime, J-Music & Japon... Bienvenue chez le Chocobo ! | le manga en France | Scoop.it a dit :

    […]   […]

  2. TRoll a dit :

    Il y a 1 auteur (ou quelques uns) par manga et des centaines d’intermédiaires parasites qui profitent du filon pour survivre sur cette planète.

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