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Manga & Japanimation

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Happy! : quand Urasawa met Princesse Sarah au tennis

⊆ mars 21st, 2012 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

Happy !Alors les papiers sur Billy Bat commencent à fleurir dans la presse, laissons un peu de temps pour en mieux connaître le dernier Urasawa, avant de vous donner un avis. Le mangaka maîtrise toujours ses entrées en matière donc si c’est pour le répéter une fois de plus, je pense qu’on peut encore patienter un ou deux volumes.

Néanmoins, c’est bien de Naoki Urasawa dont je vais vous parler aujourd’hui. Après Pluto il y a quelques mois, c’est au tour de Happy ! de passer à la casserole. Voici un titre très différent et antérieur à Monster et 20th Century Boys, qui ont valu sa célébrité à notre cher maître es-thriller. Ce shōnen sportif mérite néanmoins le détour pour ses personnages hauts en couleurs ou sa mise en scène prenante.

Son éditeur français, Panini Comics, nous a proposé le mois dernier le dixième tome de l’édition Deluxe (qui en comptera 15 au final) et voici plusieurs bonnes raisons de vous les procurer.

Direction maintenant le court central… Bonne lecture ;)

Les malheurs de Miyuki

Umino, l'héroïne de HappyMiyuki Umino n’a pas de chance. Vraiment pas. Dotée d’un grand talent pour le tennis depuis que son entraineur de père lui a mis une raquette entre les mains, Miyuki a malheureusement mis ce sport de côté depuis de la mort tragique de ses parents. L’adolescente élève maintenant ses petits frères et sœurs, jusqu’au jour où deux yakuzas frappent à sa porte… Son grand grand frère leur doit de l’argent, beaucoup d’argent : 250 millions de yens. Et il est bien entendu introuvable.

La jeune Umino semble alors condamnée à se prostituer pour rembourser cette dette. À moins que son talent pour le tennis ne change la donne. En apprenant les revenus de la numéro une mondiale, Miyuki décide de retourner sur le court pour empocher ce pactole. Mais ce n’est pas parce qu’elle retrouve son sport favori que la chance a tourné, car ce retour n’est que le point de départ de son calvaire.

La route de notre tennis-woman va croiser celle de la jeune étoile montante : Choko Ryugasaki, aussi douée et adulée du public que fourbe, manipulatrice et perfide. Pour Choko, Miyuki est un cafard, bien trop résistant à goût, qu’elle a le plus grand mal à écraser malgré ses coups en douce qui font toujours mouche. Seule contre tous, Miyuki ne se doute pas une seconde de la méchanceté de son entourage… Et elle va en faire les frais, encore et encore !

Mais elle n’est pas prête à abandonner et elle gagne le soutient d’amis qui lui sont fidèles. Néanmoins, est-ce que le talent et la détermination de Miyuki Umino seront suffisants pour devenir la number one et venir à bout de ses créanciers ?

Happy ? Plus facile à dire qu’à faire !

Happy! débute le 28 février 1994 au Japon chez l’éditeur la maison Shōgakukan. À l’époque, Naoki Urasawa vient de finir Yawara, un titre sur le judo féminin qui a connu un immense succès : 30 millions d’exemplaires vendus et une recrudescence des inscriptions dans les clubs de judos nippons.

Naoki UrasawaL’auteur aimerait bien passer à un registre différent mais son éditeur ne veut pas que la poule aux œufs d’or prenne de risque : ce sera encore une fois du sport au féminin. Cependant Urasawa ne désire pas se répéter auprès du  jeune public : dès le départ c’est la prostitution qui attend son héroïne si elle échoue. Elle doit s’occuper seule de ses frères et sœurs, subit les dettes de son frère et tout le Japon va rapidement la détester. Les personnages sont des adultes ou des jeunes adultes, avec la sexualité et les réflexions personnelles qui vont avec, bien au-delà de l’innocent et pur désir de se transcender pour la victoire.

Cependant, il faut bien reconnaître que la jeune Umino a tout de l’héroïne sportive qui n’abandonne jamais, qui fait preuve du meilleur d’elle-même lorsqu’elle est acculée et que toute chance s’est évanouie.

Umino est une gentille fille, une gourde a-t-on envie de lui dire parfois, qui veut le bien de ses frères et ses sœurs et s’obstine à voir le bien partout et surtout chez tout le monde. Elle continue de croire en son grand frère, même si celui-ci est indirectement responsable de la mort de ses parents et plus directement de la ruine de toute sa famille. Elle se lie même d’une amitié fidèle avec sa pire ennemie, Choko, qui va lui faire les pires crasses : lui faire perdre des matchs, la faire détester de tout le public, ruiner ses chances en amour, etc, etc.

Injustices et tête à claques…

En caricaturant son héroïne et plusieurs de ses personnages principaux, Urasawa a décidé d’aller au bout de ses protagonistes : Umino est énervante de gentillesse et de naïveté mais ce n’est rien a coté de la perfidie d’une Choko pourrie gâtée, de la froideur de matrone Ohtori ou de la mollesse éminemment patentée de son fils, dont la relation amoureuse avec Umino est littéralement navrante.

Peut-on aimer les personnages principaux de Happy ? Peut-on s’y identifier ?

Globalement… Non. Mais ce n’est pas grave. Ils ne sont pas là pour être aimés. Qui aimait Princesse Sarah ? Tout le monde la plaignait et détestait les personnes qui la malmenaient, chacun était révolté par ces injustices à répétition et espérait qu’enfin un jour la roue tournerait et que les comptes seraient soldés. Et ça Urasawa l’a bien compris et laisse les rôles les plus sympathiques aux personnages secondaires comme Junji, le yakuza au cœur tendre.

Les personnages de Happy !

Avec ses rôles titres tous plus typés les uns que les autres, le mangaka enchaîne les rebondissements et joue aux montagnes russes entre bonnes et mauvaises nouvelles… Umino gagne un huitième de finale difficile ? Elle se perd dans les couloirs avant le début de son quart de finale. Elle gagne son premier gros cachet de joueuse ? Oui mais trop tard, elle est exclue de chez elle et se retrouve à la rue.

Les matches de tennis sont sympathiques et bien rythmés mais ne sont pas l’élément clé du récit, car les victoires et les défaites se jouent aussi souvent sur le court qu’en dehors. On joue donc plus avec nos nerfs plus qu’avec notre amour du sport… Et ça marche : on se prend à ce jeu grâce au chara-design efficace d’Urasawa, qui nous sert quelques visages colériques ou sadiques dont il a le secret. Le format Deluxe et ses 224 pages permet également une meilleure immersion.

Happy ! est donc un moment prenant de lecture, bien ficelé, avec des recettes qui ont déjà fait leurs preuves, remises à la sauce Urasawa. Ceux qui ne jurent que par Monster ou 20th auront tout intérêt à se tourner vers le tout récent Billy Bat qui semble en être plus proche. Mais comme nous l’a montré Pluto, Naoki Urasawa n’est pas un mangaka monolithique et voici une facette des plus amusantes !


Happy tome 10Titre : Happy !
Auteurs : Naoki URASAWA
Date de parution : 07 avril 2010
Éditeurs fr/jp : Panini / Shōgakukan
Nombre de pages : 224
Prix de vente : 10,95 €
Nombre de volumes : 10 (série finie en 15)

Plus d’informations sur le site La base secrète.

HAPPY! © 2003 by Naoki URASAWA / Shogakukan Inc.


mars 21st, 2012
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Concours Komikku : remportez le tome 1 de votre choix !

⊆ mars 17th, 2012 | ≡ Topic: Concours, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Voici le concours du mois sur Paoru.fr et avec la formule puzzle et mots croisés.

Komikku

Cette fois-ci, le concours ne se déroule non pas avec un éditeur mais avec un libraire… Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de Komikku, dont vous avez pu suivre l’interview sur le blog il y a quelques jours (c’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de lui proposer d’être la partenaire du concours ce mois-ci). Le prix en jeu est donc le tome 1 du manga de votre choix, pour vous essayer à une série qui vous fait envie où vous faire plaisir sur un one-shot.

Enfin sachez que, ce mois-ci, ce sont 3 gagnants qui recevront directement chez eux leur lot.Voilà donc plusieurs bonnes raisons de tenter votre chance…

Un petit rappel des règles au passage. Comme d’habitude vous avez donc le choix entre la grille ci-dessous, le puzzle sur Facebook et Google + ou les deux. Le modus opérandi est le suivant :

  • 1. Jouez sur le blog (grille ci-dessous) ou allez faire un tour sur la page Facebook ou Google +de Paoru.fr, devenez fan et rendez-vous dans l’album photos Concours Paoru.fr
  • 2. Sur Facebook ou G+ : identifiez sur l’image du mois (celle de mars cette fois-ci) les 12 tomes présents .
  • 3. Sur le blog : trouvez les 12 mots à l’aide des définitions. Ce mois-ci la grille est une spéciale Komikku, liée à l’interview de Sam Souibgui  en ligne depuis le 11 mars.
  • 3. Envoyez les noms des tomes et séries et/ou les mots de la grilles et l’adresse concours@paoru.fr, le tout avant le 1er avril à minuit !

Trois gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses et leurs noms seront annoncés le 02 avril, en même temps que le nom des séries de tomes mystères.

Voici la grille de mots croisés du blog, spécialement dédiée à Komikku, comme expliqué au-dessus.

Mots Croisés Paoru

Amusez-vous bien et bonne chance ;)


mars 17th, 2012
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Itw S. Souibgui, patron de Komikku : le métier du libraire manga

⊆ mars 11th, 2012 | ≡ Topic: Interview, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 7 Commentaires »

Sam Souibgui, le patron de Komikku

Après une interview d’éditeurs manga (Ki-oon et Kazé Manga), je voulais donner la parole à un autre acteur du marché du manga : le libraire. Sam Souibgui, le patron de la librairie populaire Komikku, s’est livré à cet exercice.

Au programme… Le métier de libraire et son évolution, son œil sur le marché du manga et les attentes du public mais aussi ses fameuses rencontres avec les auteurs, les bentos, et ses titres coups de cœur !

C’est parti pour une interview longue et passionnante… Si vous êtes comme moi, vous apprendrez plein de choses !

Bonjour Sam… Pour commencer est-ce que tu peux nous présenter ton parcours qui t’a conduis à ouvrir une libraire spécialisée dans le manga ?

Autodidacte, j’ai, dès mes 18 ans, conquis le milieu du travail et appris tout ce que je sais sur le tas. Un seul mot d’ordre : La passion !

Après avoir fait mes armes dans l’industrie du jeu vidéo, d’abord en tant que journaliste dans les magazines spécialisés, je me suis ensuite dirigé vers la production de jeux vidéo, puis le marketing stratégique et la communication chez Ubisoft. Une volonté de fer, un peu de chance, des opportunités saisies aux bons moments et cinq ans d’expatriation en Amérique du Nord ont forgé mon côté entrepreneur !

Mon retour en France devait symboliser un nouveau départ.

Le Japon a toujours été le fil conducteur dans ma carrière. Travailler dans l’industrie du jeu vidéo m’a permis d’avoir la chance de partir à plusieurs reprises au Japon. Coup de foudre immédiat, dès mon premier jour à Tokyo et une envie irrésistible d’y retourner chaque année, comme un manque à combler.

Et puis je pense que naturellement, depuis notre enfance, les personnes de ma génération ont développé une sensibilité au style graphique japonais et à leur façon de raconter des histoires. C’est sans doute l’effet “génération Dorothée » qui y a fortement contribué. À vrai dire, j’ai toujours été proche du milieu des divertissements japonais. J’ai toujours eu au fond de moi un côté « entrepreneur » et Komikku s’inscrit parfaitement dans le développement logique à la fois de ce que j’aime et de ce que j’ai envie de faire.

 

Ensuite est-ce que tu pourrais nous présenter rapidement Komikku et ses spécificités ?

KomikkuLe concept de Komikku est assez différent de celui d’une librairie spécialisée « manga » traditionnelle. En général, en plus des mangas, on y retrouve des T-shirt, des DVD, des figurines et des posters…

Sonia, ma petite sœur avec qui je me suis lancé dans cette grande aventure, œuvrait depuis presque dix ans dans les métiers du livre et de la librairie. Toujours sur la même longueur d’onde, nous nous révélons être très complémentaires. Alors que je possède plutôt une expertise en gestion, management et marketing, Sonia se démarque par une forte connaissance du marché de la BD étrangère introduite en France et sa clientèle.

Nous avons bien compris que le public manga est en train d’évoluer.

Komikku se positionne comme une librairie axée manga, bien sur, mais aussi axée culture japonaise. Les produits dérivés que nous proposons ne sont pas des figurines des héros de manga, mais plutôt des objets utiles comme les boites à bentō et tous les accessoires bentō. Un marché sur lequel nous faisons office de pionner et qui nous vaut aujourd’hui d’être considéré comme une référence en France. Komikku propose aussi un large choix en littérature japonaise, livres de cuisine, de couture, ou autres aspects de la culture nipponne. Et, naturellement, notre cœur de cible s’est positionné autour des 25-40 ans ! Pari réussi !

Les comportements du public ont aussi évolué. Maintenant, tout le monde est sur internet et le marketing viral est important. Ainsi, Komikku anime chaque jour un blog, des pages Facebook et Twitter. Et dans cette même dynamique, nous ne cessons de multiplier les événements, les rencontres avec des auteurs ou des acteurs majeurs du marché, les séances de dédicaces et expositions… Komikku est une librairie en perpétuel mouvement.

Pour en finir avec les présentations, tes mangas préférés ?

naoki urasawaMes goûts en matière de manga ont toujours été orienté vers du seinen. Les séries de Naoki URASAWA, le maitre du suspens, m’ont vraiment marqué. Je pense notamment à MONSTER ou 20th Century Boys. J’ai énormément d’admiration pour cet auteur que je considère un peu comme le Hitchcock du Manga. Ses histoires sont bien ficelées et sa maîtrise du suspens est toujours impeccable.

Mais je me retrouve aussi dans des titres un peu plus action comme Vinland Saga ou  Jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Le seinen se développe beaucoup et j’attends avec beaucoup d’impatience des titres comme : Thermae Romae, Prophecy, Billy Bat, Seven Shakespeare

Passons maintenant aux librairies de manga… Pour commencer quel est ton bilan pour l’année 2011 ?

Notre bilan pour 2011 est positif, puisque nous terminons l’année avec un CA (chiffre d’affaire) en progression d’un peu plus de 13% sur le segment livre.  Nous mettons beaucoup d’énergie dans notre librairie et ça nous fait plaisir de voir que ces efforts ne sont pas vains !

Et dans un contexte économique un peu tendu, ces chiffres nous font plaisir.

Ceci dit, on n’arrête pas de nous dire que le marché du manga n’est pas en super forme. Sur 2011, Il afficherait un recul d’un peu plus de 1% en volume et une légère progression en valeur de 1,8%. Moi, j’aurais plutôt tendance à dire qu’il faut arrêter de s’alarmer et que le marché est globalement assez stable. En France, chaque année, il se vend environ 14/15 millions de manga et ce depuis plusieurs années !

Alors, oui ! Quand il y a un Naruto de moins que l’année précédente ou qu’un autre hit comme Fullmetal Alchemist est arrivé à sa conclusion, on peut constater un creux dans les ventes au global. Mais ce que je note, c’est que quelques éditeurs ont enfin compris qu’il faut arrêter de tourner en rond, il faut élargir le spectre de lecteurs puisque le lectorat vieilli … Et en parallèle, il faut préparer la relève. On y reviendra plus tard, mais il y a beaucoup de titres, sortis en 2011, qui ont permis de maintenir le marché à un niveau stable malgré la présence de moins de blockbusters.

Chez Komikku, nous avons anticipé cette problématique dès nos débuts et c’est pour cela que l’on continue d’afficher des chiffres en progression et d’intéresser les éditeurs qui cherchent à comprendre pourquoi certains titres fonctionnent particulièrement bien chez nous et moins bien ailleurs.

Combien as-tu vendu de manga cette année ?

Chez Komikku, nous avons vendu en 2011 à peu près 2500 volumes par mois ce qui fait un total d’environ 30 000 sur l’année.

En termes de nouveautés quels ont été les best-seller et les bides cette année ?

Pour les nouvelles séries comme Les Vacances de Jésus et Bouddha, JUDGE, Bride Stories, BeyBlade, Pokémon noir & blanc, GTO Shonan 14 Days, Hideout et Beelzebub les lecteurs étaient au rendez-vous et les bons chiffres affichés par ces séries ont contribué à une re-dynamisation du marché. Et des séries comme Chi – Une vie de chat, ou PLUTO, sorties en 2010, se sont maintenues et ont continué de bien se vendre.

Ce qui est triste, c’est que la liste des bides pourrait être longue, vraiment très longue. De tête, je pense à des séries publiées par Soleil comme Gakuen Ouji – Playboy Academy, Sora Log, Seed of Love… Mais aussi à Dolls ou Full Moon chez Kazé, Stardust Wink, Honey Blood, All Rounder Meguru chez Panini, Enma et Kongoh Bancho chez Kana, Drifters, Akaboshi, Crimson Hero, Seiyuka chez Tonkam, Mixim chez Glénat ou encore Soil et Hitman – Part-time Killer chez Ankama.

C’est triste… Et encore cette liste est bien courte. Imaginez que sur 130 mangas sortis par mois, peu de titres se démarquent vraiment…

Le marché du manga est tenu, en termes de vente, par une dizaine de blockbusters… C’est pareil chez toi ?

Les nouveautés chez KomikkuExcellente question ! J’ai toujours reproché aux lecteurs de manga français d’avoir des œillères et de ne rester focalisé que sur une poignée de titres. En ouvrant Komikku, il y a 4 ans, notre objectif était aussi d’offrir un large choix de titres accompagnés du conseil d’un spécialiste pour guider nos clients sur le bon terrain de lecture. Et je dois avouer que je suis assez fier de ce que nous avons accompli !

Quand un client passe notre porte, on ne lui laisse pas avoir la sensation d’immense solitude face à une table qui croule sous les nouveautés. Ainsi, quasi-systématiquement, nous mettons en place une formule de « profilage » qui nous permet de déterminer quels types de titres peuvent plaire en fonction des goûts et des lectures passées. Formule qui fonctionne car, du coup, nos clients suivent des séries qui leur plaisent et qu’ils n’auraient jamais découvert sans nos conseils.

Je dirai donc que chez nous, grâce à notre spécificité, nos ventes sont tenues par une trentaine de séries différentes.

Il faut aussi savoir que tous les titres qui sortent en France, passe par Komikku ! Même si le marché est saturé, nous avons pris le parti de donner sa chance à chaque titre !

Est-ce que tu sais si tes acheteurs de manga lisent beaucoup de scans ?

Oui, malheureusement il y en a beaucoup. Sur des séries comme « Bleach » par exemple, les ventes ont été divisées par deux sur les deux dernières années et beaucoup de nos clients nous indiquent que pour des séries devenues « moyennes » sur la longueur, ils ne préfèrent plus les acheter. Mais paradoxalement, ils veulent quand même continuer la série puisqu’ils la suivent en scans…

Après, une infime partie des clients lisant des scans, continuent d’acheter le tome lorsqu’il sort en français. Ce sont de vrais fans, qui veulent avoir l’objet.

Ce qui est le plus effrayant, en fait, c’est pour les animés. Les enfants les suivent tous sur internet et souvent avec l’accord des parents qui ne voient pas où est le mal… Mais c’est un autre débat ;)

Dans le prix d’un manga combien revient au libraire ?

C’est en moyenne 37% du prix Hors Taxes du livre qui revient au libraire. Par exemple sur un titre à 6,90 euros, il y a 0,36 cts de TVA à 5,5% (pour le moment) qui vont directement à l’État, et 2,42 euros pour le libraire.

Sur un titre comme « One Piece », nous vendons environ 80 exemplaires par tome. Alors qu’en France il se vend au total plus de 100 000 exemplaires. L’auteur bénéficie d’un effet « volume » sur son titre et peut ainsi se contenter d’un pourcentage plus modeste. C’est comme pour de l’achat en gros, puisque la quantité est au rendez-vous, on peut réduire ses marges.

Cette part peu paraitre importante si on la compare à celle de l’auteur mais pour que le public se rende mieux compte, combien de manga dois tu réussir à vendre pour faire tourner ta boutique ?

Le libraire a effectivement la plus grosse part dans la vente du livre puisqu’il est « voué » à n’en vendre qu’à un public restreint. Une librairie par définition est souvent un lieu de quartier. Et le nombre potentiel de clients n’est situé que dans sa zone de chalandise, alors que pour un éditeur ou un auteur, la zone de « chalandise » (fréquentée par les clients) se démultiplie grâce au nombre de points de ventes sur tout le territoire.

Si nous ne vendions que du manga, il faudrait qu’on vende environ 5000 manga par mois pour pouvoir continuer d’exister. Ce chiffre diminuera lorsque nous aurons totalement remboursé notre prêt bancaire qui nous a permis d’ouvrir dans nos locaux du 1er arrondissement de Paris.

Komikku

Ces 2,42 euros par manga permettent de payer les salaires des employés et leurs charges (Komikku est ouvert 7 jours / 7 avec une large amplitude horaire, cela fait donc 4 employés pour respecter les durées de travail à 35h / semaine), le téléphone et la connexion internet, l’hébergement du site et du blog de Komikku, l’électricité, le loyer du local, l’assurance du local, les sacs plastiques que nous distribuons (plus de 4000 euros en sacs par an !), l’abonnement au fichier du livre et la maintenance de notre matériel informatique, les frais de comptabilité et les taxes (qui remplacent la taxe professionnelle), les participations aux frais de ports pour la livraison des livres et le retour des invendus, les frais bancaires (là aussi + de  5000 euros par an pour les paiements par CB et les frais de gestion du compte et autres)…

Finalement sur ces 2.42€ il ne reste pas grand chose. En général, dans le métier de libraire, une fois que tous les frais fixes et taxes sont payés, il reste moins de 2% de ces 2.42€ soit environ 4 centimes. Et cela ne tient pas compte d’éventuelles dépenses en communication (l’achat d’espace publicitaire pour faire connaître la librairie,  ou nos marque-pages offerts ont aussi un coût…).

Beaucoup de lecteurs se plaignent d’un marché du manga saturé, ton avis là-dessus ?

Oui, il y a beaucoup trop de titres qui sortent sur le marché. Mais le réel problème c’est surtout que bon nombre de titres sortent sans appui marketing ou communication. Et mis à part les titres qui s’adressent à des niches du marché, où là il ne faut que compter sur le bouche à oreille et un peu de marketing viral, je pense que beaucoup de titres n’atteignent pas le public qu’ils pourraient et devraient atteindre, faute d’une communication et d’un marketing efficace et correctement ciblé.

Donc, continuer à proposer une offre large et variée : OUI ! Mais pas n’importe comment et surtout pas n’importe quoi !

Il y a quelques années, en suivant le succès de Nana, de nombreux éditeurs se sont dit « Tiens, le shôjo, ça marche, on va en sortir aussi.. » Et on a eu une déferlante de tout et n’importe quoi. Les lectrices, probablement plus attentives que les garçons ne se sont pas fait avoir et beaucoup ont payé le retour de bâton ! Donc encore une fois, oui pour un très large choix et la variété, mais de façon intelligente !

Avec toutes les nouvelles sorties, comment on gère un stock de manga ?

On le gère comme on peu (rires…). Chez Komikku, nous donnons sa chance à chaque volume qui sort. Même s’il ne faut en commander qu’un seul, on le fait pour que le lecteur puisse être sur de le trouver chez nous le mois de sa sortie, même s’il s’agit d’un truc obscur…

komikku_logo

Pour les offices (les livraisons de nouveautés), c’est très simple. Lorsqu’un titre démarre, on choisi une quantité initiale pour le tome 1 en se basant sur plusieurs critères :

-          L’appui marketing et communication de l’éditeur pour soutenir son titre,

-          Le potentiel du titre par rapport à notre clientèle,

-          Notre volonté de pousser le titre pour lui donner un maximum de chance,

-          La renommée du titre (est-il déjà connu, attendu, … ?)

Pour le tome 2 de la série, nous continuons sur la même lancée que le tome 1.

En revanche, pour les tomes suivants, ce sont les chiffres de ventes du précédent qui nous permettent d’affiner au mieux les quantités à commander.

Ensuite, il y a la gestion des réassorts. Si un titre se vend plus rapidement que prévu, on essaye d’anticiper au mieux pour ne pas en manquer et on le commande directement chez le diffuseur de l’éditeur.

Enfin, le plus délicat, la gestion de la réserve. Une librairie comme Komikku, c’est près de 6000 livres en rayon, et donc, une grosse somme d’argent immobilisée sur ces rayons. Vous imaginez bien qu’il est impossible d’avoir un double de chaque ouvrage dans la réserve. Ça ferait trop de stock qui dort en attendant d’être vendu. Pour les séries phares, qui se vendent bien ou que l’on apprécie particulièrement et qui se retrouvent donc au cœur des conseils libraires, nous avons un petit surstock. Pour le reste, nous sommes en flux tendu et très régulièrement nous nous réapprovisionnons dans les entrepôts des distributeurs. Cela nous permet d’avoir une réactivité de moins de 24h, entre le moment où le titre est commandé et le moment où il arrive en magasin, pour plus de 80% des références disponibles chez Komikku.

Et pour finir il reste la gestion des retours. Environ 18% de ce que l’on commande ne se vend pas. Il faut donc les retourner au distributeur afin que les titres soient crédités sur notre compte. Il est très important de bien gérer ses retours pour ne pas se retrouver avec un grand stock immobilisé en magasin.

Quelle est la durée de vie d’un tome en magasin en moyenne ?

Un titre passe par deux cycles de vie dans une librairie. D’abord sa présence sur la table des nouveautés qui lui permet de bénéficier d’une super visibilité. Et ensuite sa vie en rayon.

Pour ce qui est de la table des nouveautés, nous avons délibérément opté pour une immense table afin qu’un titre puisse y être présent 3 à 4 semaines. Avec 130 sorties par mois, il faut que la table soit assez grande ! Ensuite, s’il s’agit d’un titre que l’on aime beaucoup ou qui plait beaucoup, il a droit à une ou deux semaines supplémentaire en « facing » (le livre est visible de face) dans le « TOP nouveautés ».

Puis il y a la vie en rayon. En général, une série complète reste en rayon au moins toute son existence (c’est à dire de la sortie du tome 1 jusqu’au dernier tome). In fine restent en rayon les séries références et les coups de cœur de la librairie.

Beaucoup de boutiques de manga ont fermé ou ferment ces dernières années… C’est du à quoi selon toi ?

L'alternative aux DVD et aux figurines : la culture nippone et les bentosIl y a plusieurs réponses possibles. La 1ère est que la plupart des librairies spécialisées manga n’ont pas su se renouveler. Comme je l’expliquais un peu plus haut, il est difficile voire impossible de subsister en ne vendant que du livre. Et malheureusement, beaucoup de mes collègues n’ont pas anticiper la chute du marché du DVD et la chute du marché de la figurine.

Pour le DVD, c’est très clair : beaucoup de nos clients regardent leurs séries animées préférées sur internet et se refusent à acheter un DVD à 29, 39 ou 49 € pour une poignée d’épisodes.

Pour le marché de la figurine, c’est un peu plus compliqué : il y a plusieurs facteurs. Après la 1ère crise de 2008, beaucoup ne voyaient pas l’intérêt de continuer à acheter des objets en plastique, que l’on pose sur une étagère et qui finissent par prendre la poussière. Et puis, mine de rien, ça commence à prendre beaucoup de place dans un appartement. Arborer ses préférences et ses couleurs pouvait aussi se faire avec un badge, un t-shirt, un strap accroché au téléphone portable… Des objets qui se vendent à petits-prix mais qui ne permettent pas de remplacer le chiffre d’affaire que générait la vente de figurines.

Second point, le prix. Importer de façon officielle des objets originaux à un coût, très élevé. Sur les salons, les contrefaçons affichent des prix bien inférieurs. Fallait-il oser se lancer dans le made in « Hong-Kong » et s’attirer potentiellement les foudres des ayants droits ? Ou fallait-il continuer sur de l’import officiel et afficher des prix très élevés dans un contexte économique qui n’allait guère s’arranger ? Pour l’un comme pour l’autre, ça n’était pas viable.

Ensuite, il y a le libraire. Être passionné, c’est bien ! Mais il faut aussi avoir l’âme d’un communicant ! Une passion ça ne se communique pas seulement en racontant l’histoire d’un livre. La librairie, surtout quand elle est spécialisée, doit être un lieu de vie et de communication.

Ce que je regrette, c’est de constater que pour bon nombre de mes collègues, être libraire, c’est attendre derrière sa caisse que le client vienne chercher son dernier One Piece… Non ! Il faut créer des événements, il faut donner de la vie à son petit commerce. Nous sommes malheureusement trop peu à avancer dans ce sens. Et je félicite d’ailleurs mes quelques collègues qui se battent pour organiser des événements dans leurs librairies. Je félicite ceux qui cherchent sans cesse de nouvelles idées pour mettre en avant un titre qui leur plait ! C’est comme cela que nous faisons la différence !

Tu fais venir régulièrement des auteurs… Est-ce que c’est compliqué à mettre en place et le jeu en vaut-il la chandelle ?

Atsushi-Kaneko, l'auteur de Soil chez KomikkuRecevoir un auteur, ou mettre en place une activité au sein de la librairie, n’est pas un chemin de croix. Il suffit juste d’y penser, de se mettre sur les rangs et d’organiser toute la communication nécessaire autour pour que l’événement soit un succès. Il ne faut pas croire que c’est impossible. Tout est possible. Il suffit d’y croire. On essuie quelques refus, c’est sur. Bien que des « stars » comme Florent Gorges (L’histoire de Nintendo, Anthologie du Franponais), Florent Chavouet (Tokyo Sanpo, Manabé Shima) ou Karyn Poupée (Les Japonais, Histoire du Manga) nous semblent inatteignables, les rencontres ont toujours été magiques, les auteurs et les lecteurs heureux, et nous sur un petit nuage… ;)

Alors, oui ! Cela demande beaucoup d’organisation. Chez Komikku, l’espace est petit, il faut donc que tout soit parfait pour que l’auteur se sente à l’aise et puisse partager un vrai moment avec chaque lecteur qui vient le voir. C’est une modification de la configuration du magasin, c’est un employé supplémentaire sur la surface de vente et parfois un employé supplémentaire pour gérer la file d’attente à l’extérieur. Mais oui, le jeu en vaut la chandelle. Toute visibilité est bonne. Je travaille déjà sur les prochaines rencontres pour avril, mai et juin. Ça demande du travail, de l’anticipation, mais je trouve que c’est un aspect super intéressant de notre métier.

Qu’est-ce qui est le plus dur dans ton métier et, à contrario ou pas, qu’est-ce qui te plait le plus ?

Le plus dur ? C’est un métier qui demande beaucoup d’énergie et d’implication. Un commerce doit avoir une large amplitude au niveau de ses horaires pour être là, le moment où les gens peuvent ou ont besoin de venir nous voir. C’est pour cela que l’on ne ferme pas entre midi et 14h00, que nous restons ouverts jusqu’à 20h et que nous sommes ouverts le dimanche. Ce n’est pas facile tous les jours. Et puis les marges sont faibles dans le métier de la librairie. Le résultat net est inférieur à 2% pour beaucoup de libraires. Impossible donc d’avoir un magasinier. Il faut gérer les entrées en stock et les retours, tout seul. Les cartons de livres pèsent… Aussi bien en poids que sur le moral.

Mais c’est un métier de passionnés. Faire découvrir de petits bijoux est un véritable plaisir. Élargir le spectre de lecture des enfants et ados qui prendront la relève fait partie de notre métier. Et ça c’est excitant. Puis, de mon côté spécifiquement, travailler sur la mise en place d’événements ou de rencontres avec des auteurs, réfléchir « stratégie et développement », sont des aspects qui me font vibrer.

On se rapproche de la fin de l’interview, alors qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2012 ?

Je travaille actuellement sur un très gros projet, ambitieux qui nécessite beaucoup d’énergie. J’y mets tout mon cœur et c’est le projet d’une vie. C’est bien sur lié à Komikku. J’espère que tout se passera bien. J’ai un petit morceau de bois sur mon bureau que je touche tous les jours. Une espèce de petit gri-gri alors que je ne suis pas superstitieux… Je sais que c’est très mystérieux. Mais promis, tu seras dans les premiers informés ;) Alors ce qu’on peut me souhaiter, c’est une petite dose de chance, pour le reste je m’en occupe à coup de travail acharné et de motivation ;)

Un coup de pouce à un manga qui n’a pas le succès qu’il mérite ?peace-maker-tome-3

Deux titres en fait :

Peace Maker de MINAGAWA Ryûji (Glénat) :

Cet auteur à qui l’on devait l’excellent ARMS (Kana) revient avec un super seinen, bien ficelé, plein d’action et de gunfight, à la sauce western. C’est un genre que l’on voit très peu exploité dans le manga et le coup de crayon assez réaliste de l’auteur nous plonge directement dans l’univers des duels au pistolet.

Run Day Burst de OSADA Yuko (Ki-oon) :

Un tour du monde dans une course complètement folle, sans règle si ce n’est d’utiliser un véhicule sur roues. Je ne suis pas très shônen et pourtant celui-ci m’a vraiment marqué ! L’auteur est surprenant ! Il nous offre un titre ultra dynamique, drôle et passionnant et aussi rythmé que l’est la course à laquelle les protagonistes participent.

Merci Sam !

Merci infiniment de m’avoir offert cet espace d’expression.

 

Un grand merci à Sam pour ses réponses détaillées et le temps nécessaire qui va avec.


mars 11th, 2012
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Yozakura Quartet : tranche de vie chez les yokaïs

⊆ mars 6th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation, Preview | | ˜ 4 Commentaires »

yozakura quartet

Après quelques interviews ces dernières semaines (JE, Ki-oon, Kazé, etc), j’ai enfin trouvé le temps de mettre un peu à jour mes lectures et j’ai donc quelques chroniques sous le coude. On commence aujourd’hui avec l’un des derniers titres des éditions Pika : Yozakura Quartet, de Suzuhito Yasuda, l’illustrateur qui s’est fait connaître grâce à son chara-design sur la série Durarara !!

Le second tome est sorti début février en France et ce shōnen, toujours en cours, compte 11 tomes au Japon, chez la Kodansha. La série est publiée dans le magazine Shōnen Sirius, un mensuel de la maison d’édition nippone. (Plus d’infos en fin d’article, comme d’habitude)

Plongeons-nous sans plus attendre dans le quotidien d’une ville pas vraiment ordinaire… Bonne lecture ;)

Bienvenue dans la ville nouvelle de Sakura !

Afin de venir en aide aux yokaïs souvent persécutés par les humains, certaines personnes ont décidé de planter des cerisiers, seul lien connectant ces êtres immatériaux avec le monde des humains. Ainsi fut créée une ville où humains et yokaïs cohabitent librement : Sakura.

Akina, héritier du pouvoir du clan Hizumi, appartient à une famille chargée d’assurer la protection des habitants et de renvoyer dans leur monde les esprits ayant de mauvaises intentions. Cependant Akina n’est pas encore décidé pour reprendre ce flambeau et se contente d’aider au bon déroulement de la vie dans son quartier, en compagnie de Hime Yarizakura, la lycéenne maire.

Intégrer les yokaïs parmi les humains n’est pas de tout repos, tout comme gérer leurs pouvoirs et les dégâts potentiels qu’ils peuvent engendrer. Akina et Hime doivent également affronter tous les mauvais esprits qui veulent nuire aux habitants et qui menacent le fragile équilibre entre les deux populations. L’aide de Kotoha la lexicologue, d’Ao le yokaï aux oreilles de chat qui lit dans le cœur des gens ou encore du démon Kyōsuke ne seront pas de trop !

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 Suzuhito Yasuda : de l’illustration au manga

Tous ceux qui ont déjà vu Durarara !! le savent : le trait de Suzuhito Yasuda est des plus séduisants. Influencé par les travaux de Range Murata, l’homme se lance comme illustrateur à 19 ans et se fait connaître à partir de 2003 pour ses couvertures de light novels comme Kamisama Kazoku et Durarara !!, qui furent ensuite adaptées en anime. Il a également créé quelques logos pour des compagnies ou des jeux vidéo (Shin Megami Tensei : Devil Survivor entre autres).

Il s’est lancé dans le monde du manga en 2005 avec Pinky : Comic puis a débuté Yozakura Quartet un an plus tard. De son propre aveu (dans les commentaires du tome 2), passer d’illustrateur à mangaka est un exercice des plus difficiles, en raison de l’écriture et gestion d’un scénario mais aussi de la quantité de travail que suggère la création d’une œuvre de A à Z.

Yozakura Quartet tome 2 Yozakura en couverture du Shonen Sirius

Bien qu’il s’agisse de sa seconde œuvre, les deux premiers tomes de Yozakura Quartet sont le reflet des débuts de Yasuda et il existe une vraie différence entre la maîtrise graphique et le manque d’expérience sur la narration.

Le chara-design est d’un excellent niveau, avec des expressions marquées et variées, tantôt pleines de ruses et de malices, tantôt franches et rayonnantes… Avec une préférence pour le sourire qu’il nous sert à toutes les sauces : le rictus sadique, le laaaaarge sourire, le fou-rire, le sourire ironique, le sourire mystérieux, le sourire « tout-va-bien« , etc, etc.

Globalement, Yasuda a donc  un vrai talent pour les portraits et ne s’en prive pas, quitte à déformer les traits pour marquer clairement le sentiment qu’il veut imprimer à son protagoniste. Autre arme : la mise en page et un découpage en bannière de ses cases, pour aligner plusieurs portraits en une seule fois, ce qui apporte du dynamisme et permet de poser clairement une situation, d’un seul regard.

Yozakura Quartet

Seul défaut : les décors sont souvent absents et les arrières plans brillent par leur vacuité. Choisir un style épuré n’excuse pas tout car l’apport de luminosité d’un fond blanc est un bon outil pour peu qu’il soit utilisé avec parcimonie. Mais on rentre dans du détail qui passe globalement inaperçu, le regard étant happé par les personnages qui constituent donc, comme vous l’avez compris, la plus belle réussite de cette nouvelle série.

Mais le visuel ne fait pas tout et un illustrateur, aussi doué qu’il soit, ne peut rien sans un scénario prenant qui donne une valeur ajoutée et une raison de vivre à ses coups de crayon. En ce qui concerne Yozakura Quartet, l’ensemble est pour l’instant bancal, mais n’est pas dénué de potentiel…

 Yozakura Quartet : une bonne ambiance… Et un beau bordel

yozakura-quartet-tome-11Les deux premiers opus nous dévoilent un scénario qui sort très rapidement des sentiers battus du shōnen. La place de héros n’est pas clairement définie et ce rôle est confié, selon les chapitres, à Akina ou Hime. L’idée de base, une ville de yokaïs, pourrait servir de prétexte à une baston généralisée d’esprits belliqueux (façon Kyoko Karasuma) ou à l’affrontement basique humains contre esprits mais là encore, rien n’est clairement établi : le premier tome est orienté vers l’action alors que le second se concentre sur l’aspect social et psychologique du quotidien d’un yokaï chez les humains.

Yasuda mélange les esprits, les fantômes, ou les démons de toutes sortes… On croise même une mort vivante qui officie en livreuse de nouilles. Le tout tourne autour de quelques personnages clés aux pouvoirs assez originaux, avec une mention spéciale à la lexicologue qui peut faire apparaître toutes les choses dont elle prononce le nom. Vraiment toutes.

Les chapitres se suivent sans se ressembler dans un ordre parfois quelconque… Voir même interchangeable comme c’est le cas pour les chapitres du tome 1, dont l’ordre en prépublication a été modifiés pour la parution en tankobon.

Nous sommes donc au beau milieu d’une histoire aussi loufoque que fantastique qui débute sur un modèle de tranche de vie chez les yokaï, sans une chronologie très claire. Le manque de lisibilité du récit n’est pas pour autant rédhibitoire, tant qu’on accepte de rentrer dans l’histoire sans tout comprendre tout de suite.

De plus, quelques pistes de fond sont tracées dans le volume 2 et d’après les confidences de l’auteur et de lecteurs qui sont allés plus loin, le prochain tome est censé amorcer un vrai virage avec une trame de fond plus solide.

Espérons que l’histoire saura tout de même garder une certaine liberté scénaristique et narrative, car cette série a aussi l’avantage de son inconvénient : c’est une histoire aussi naïve que  rafraichissante, absolument pas linéaire et qui remets au goût du jour la lecture d’un manga sans prise de tête.

En un mot, Yozakura Quartet, c’est fun.


YOSAKURA QUARTET Tome 1Titre : Yozakura Quartet / Yozakura Shijuusou
Auteurs : Suzuhito YASUDA
Date de parution : 02 novembre 2011
Éditeurs fr/jp : Pika / Kodansha
Nombre de pages : 208
Prix de vente : 6,95 €
Nombre de volumes : 11 (série en cours)

Lire un extrait de la série : cliquez ici.

Visuels : YOZAKURA QUARTET © Suzuhito YASUDA / Kodansha Ltd.


mars 6th, 2012
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[Itw] Kaze manga : vers le mass market

⊆ mars 2nd, 2012 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 9 Commentaires »

Kazé MangaAprès Ki-oon il y a deux semaines, un deuxième éditeur a accepté de jouer le jeu des interviews-bilan : Raphael Pennes, le directeur éditorial de Kazé Manga.

Après avoir dirigé pendant plusieurs années les éditions Asuka, un petit éditeur dont le slogan était « le manga autrement« , Raphaël Pennes est maintenant à la tête d’un éditeur français qui appartient directement aux maisons d’éditions japonaises, et ce depuis fin 2009 / début 2010. La situation étant maintenant bien installée après des investissements imposants et la progression qui va avec en terme de parts de marché. Kazé Manga futur leader du manga ? Impossible de le dire pour l’instant et, en attendant, pourquoi pas nous intéresser à l’année écoulée ?

Titres phares comme Blue Exorcist ou Beelzebub, marché du manga, mass market et initiative numérique… De quoi dire alors ne perdons pas une minute de plus, c’est parti !

Bonjour Raphael,

Pour commencer simplement, quel est le bilan de Kazé Manga pour l’année 2011 ?

La principale information est qu’on a beaucoup progressé dans notre part de marché et donc dans notre écoulement des ventes. Lorsqu’on regarde les statistiques Gfk l’an passé on était aux alentours de la 10ème place l’an dernier et cette année on progresse à la 5ème place si on regroupe Kazé et Asuka.

C’est quelque chose d’important en tant qu’éditeur : on fait des livres mais surtout on constate qu’ils se vendent.

 Quels sont les nouveautés qui ont bien fonctionné en 2011 ?

Au départ on avait dit, sur le ton de la plaisanterie, que ce serrait surprenant que Beyblade soit notre bestseller 2011. On l’a acquis pour recruter de nouveaux lecteurs et faire des ventes plutôt qu’en tant titre qui passionne l’équipe éditoriale, vu que nous avons entre 25 et 35 ans et que ce n’est pas forcément un titre qui est fait pour nous.

Mais on a dépassé les 100 000 exemplaires vendus sur 5 tomes et les 30 000 sur le premier, ce qui fait une très bonne moyenne…

 C’est un cap qui est franchi, c’est votre meilleure vente depuis les débuts de Kazé Manga ?

Si on ne compte pas les titres sortis chez Asuka, oui. Clairement. Après il y Ikigami ou Hokuto no ken qui ont très bien marché mais ils ont démarré sous le label Asuka.

BeelzebubEnsuite, parmi les meilleures ventes de l’année chez nous on retrouve Beelzebub en seconde position. Sur un segment shônen qui est très chargé, où les gens hésitent pas mal à se lancer sur une nouvelle série, Beelzebub a réussi à se démarquer et arrive troisième au classement des nouvelles séries de 2011, tout éditeur confondu. (Gfk peut être lu de 2 manières le tome 1 seul ou le total des tomes de la série, les deux sur 2011. Dans un cas il est 3e dans l’autre 4e )

Je terminai mes royalties hier pour la maison mère Shueisha et on est presque à 20 000 exemplaires pour le tome 1 dans mes rapports de ventes. C’est donc une très bonne surprise, et les ventes se maintiennent sur la longueur, y compris sur le dernier tome sorti en décembre.

En troisième position on retrouve Gate 7, qui a cependant souffert d’un manque de publication car il n’y a eu que deux tomes sur un semestre. Il nous a manqué un troisième tome pour se positionner plus massivement mais ça reste une très bonne vente pour Kazé Manga.

 Ce que tu dis sur Gate 7 pose une question : pour qu’un titre fonctionne, est-ce qu’il doit être publié souvent ?

La fréquence de publication élevée « induit » une meilleure présence en librairie, c’est-à-dire une meilleure exposition et donc un plus grand potentiel de séduction. Moins tu es publié, plus tu te fais oublier, surtout sur un marché dense comme le notre.

Du coup tu séduis les gens qui t’attendaient, ceux qui suivent l’auteur mais ça limite les possibilités. Sur des auteurs prolifiques ou c’est moins grave mais pour CLAMP, qui a finit Tsubasa et XXX Holic et qui sort un tome de Kobato par an, tu te fais vite oublier.

 Avec 192 publications en 2011, vous êtes parmi les éditeurs de manga les plus prolifiques…

On est éditeur de manga et on ne fait que ça. Notre volonté et celle de notre maison mère c’est une certaine part de marché et la publication d’un certain nombre de titres. Nous ne sommes donc pas dans une démarche équivalente à nos concurrents parce qu’on appartient à des éditeurs qui nous demandent d’éditer des titres et de les rendre disponibles sur le marché.

Dans nos publications mensuelles on a les titres débutés chez Asuka, une dizaine encore en cours comme Shinobi Life ou World Embryo, ceux lancés sur la collection SHONEN UP! qui sont toujours là même si le rythme de publication y est plus lent. Enfin il y a tous les gros shônens qu’on nous a confiés comme les Beelzebub, Toriko, Kuroko’s Basket, Enigma, etc.

De manière générale, sur une vision à plus long terme, nous devrions nous placer à environ 25 livres par mois d’ici 2015. Ce sera notre vitesse de croisière. En 2012 on va légèrement augmenter de un ou deux tomes par mois suivant les mois, dans des collections et des styles différents.

En cumulant les chiffres Asuka et Kazé nous sommes l’un des plus gros éditeurs en nombre de sorties mais si on prend du recul sur le comparatif il faudrait prendre l’ensemble du groupe Delcourt, à savoir Delcourt-Akata, Tonkam et Soleil, et on arrive à des quantités équivalentes au nôtres.

Puisque vous appartenez à des éditeurs japonais, comment se fait le choix des titres ?

Il y a plusieurs cas possibles :

Le cas où il y a  des liens historiques entre certains auteurs et éditeurs français, parce qu’ils travaillent ensemble depuis un certains temps. Donc on ne va pas leur piquer ces auteurs. Il y a des titres qu’on aurait bien aimé édité mais parce l’éditeur historique veut publier cette nouvelle série, on doit respecter leur accord.

Cat Street de Yôkô KamioDans le cas inverse, certains éditeurs ne souhaitent pas poursuivre la collaboration avec certains auteurs. C’est le cas par exemple avec Yôkô Kamio, la mangaka d’Hana Yori Dango et Cat Street. Glénat a fait le premier titre, Kana le second, et visiblement ces œuvres n’ont pas rencontré le succès escompté. Nous on sera ravi de la publier, parce qu’on aime bien ce qu’elle fait. On a donc une marge de manœuvre à ce niveau là.

Après il y a des titres que l’on suit dans le Shônen Jump, comme Beelzebub. Comme ces auteurs n’ont jamais été publiés en France on pouvait rentrer dans la bataille sans froisser personne. On s’y est donc mis très tôt – avant même que d’autres ne le fasse – et on a pu les acquérir.

Enfin il y a des titres comme Hatsukoï Limited qu’on a acquis car il y avait une stratégie globale anime / manga souhaitée par le Japon. C’était plus logique que ce soit nous qui le fassions plutôt que Tonkam par exemple. Mais ce genre de chose reste exceptionnel, heureusement d’ailleurs, parce que les éditeurs essayent de garder une ligne de travail avec Shueisha et Shôgakukan et on doit le respecter dans la mesure du possible.

On est donc assez libre, même si quelques fois dans l’année il y a quelques passages obligatoires.

 Puisque l’on parle de votre catalogue, il y a un de vos titres qui a cartonné au Japon cette année : Blue Exorcist

Blue Exorcist a explosé cette année. C’était un de nos meilleurs lancements de 2010 et il est monté en puissance en 2011. On atteint aujourd’hui presque 25 000 exemplaires du tome 1. Ça s’est fait dans la durée, comme souvent pour nos titres. On ne fait pas de démarrage explosif comme peut le faire Ki-oon, avec beaucoup de ventes et de marketing sur les premières semaines, mais on travaille plus sur le long terme, donc les ventes progressent plus doucement mais sûrement.

Mais d’un autre coté c’est parce qu’on a essayé de faire comme Ki-oon et ça ne nous a pas forcément réussi donc maintenant on fait attention. On évite d’inonder les librairies avec des grosses quantités et de mettre beaucoup d’argent sur un premier volume, pour pouvoir faire de la promotion au fur et à mesure. Tout ça à profité à Blue Exorcist, en même temps que l’arrivée de l’anime sur Kazé Play.fr en simulcast.

Ce qui est dommage c’est que le titre est assez lent en publication. Cela fait plusieurs mois qu’il n’en y a pas eu au Japon et comme on colle à l’actualité japonaise on subit de plein fouet ce ralentissement. Comme je te le disais tout à l’heure si on avait un Blue Exorcist tous les deux mois ce serait beaucoup plus simple mais bon, au moins, les gens qui suivent la série ne sont pas noyés par les volumes ou constamment en retard dans leurs achats. Après c’est vrai qu’elle aurait gagné à être dans un hebdomadaire plutôt que dans un mensuel.

Sinon c’est vrai que c’est une très bonne série qui a pris un virage scénaristique et a entamé un vrai arc depuis quelques volumes. À tous les coups l’anime va passer à la télévision, je me fais pas de souci là-dessus vu la qualité de l’animation, ce qui nous permettra de profiter d’un bel élan comme au Japon.

 Où le titre a gagné, rappelons le, la troisième place des ventes selon le top Oricon !

Blue-Exorcist-tome-7Sachant qu’il n’est qu’à 1.5 millions de ventes de Naruto qui a une soixantaine de titres contre sept seulement pour Blue Exorcist. C’est aussi pour ça que c’est étonnant que la Shueisha ne soit pas plus pressé que ça de passer en hebdomadaire. Je serais Shueisha je donnerais quatre assistants de plus à l’auteure pour qu’elle augmente sa cadence.

Et pourtant on peut voir, à la fin de chaque de Blue Exorcist, un nombre déjà impressionnant d’assistant… C’est dans la moyenne d’ailleurs ?

Un nombre d’assistants comme ça c’est plutôt pour les séries hebdomadaires mais c’est plutôt dans la moyenne. Pour une série comme One Piece ils sont une quinzaine d’assistants par exemple.

 Pour finir sur le nombre de sorties… Quand tu entends parler de « saturation du marché » lorsqu’on parle du coté des lecteurs et des linéaires des libraires, qu’est-ce que tu en penses ?

J’en pense que c’est une réalité et que le marché est assez important. Après il y a deux écoles coté libraires : ceux qui travaillent la nouveauté avant tout et qui souhaitent, sur une période de deux à six semaines, écouler plus de la moitié de leur commande par exemple… Comme les Fnac ou les Virgin pour ne pas les citer. Cette méthode n’est pas forcément compatible avec l’état du marché et ça rend difficile leur travail et leur rentabilité au mètre carré. Le marché fait plus la part belle aux autres, les libraires qui connaissent les produits et leurs clients, et qui savent quoi acheter pour un tel ou un tel.

Le marché a beaucoup évolué ces dernières années et même s’il y a une saturation de production – il ne faut pas se voiler la face – on perçoit un retour au travail de libraire…

 Un travail de connaisseur…

Et de conseil. Le marché est donc en transition. Il a commencé comme un marché de connaisseur puis s’est transformé pour adopter un modèle de mass market où la grande distribution s’est engouffrée… On commandait un peu de tout sans trop de poser de question et on vendait un peu de tout.

Aujourd’hui en grande distribution et dans les grandes enseignes il y a ce qui se vend beaucoup, les blockbusters shônen, shôjo et seinen… Et après il y a le reste, qui ne peut pas se vendre si tu ne sais pas à qui tu dois le vendre.

La problématique de ce marché c’est que les libraires BD n’ont pas forcément le temps de gérer les flux de titres et ont moins de temps pour proposer les titres à leurs clients, pendant que les grandes enseignes passent leur temps à faire des retours. On se situe donc dans un intervalle assez dangereux où le problème n’est pas forcément la surproduction globale mais davantage la surproduction de titres qui arrivent sur le marché sans être identifié, que ce soit par du marketing ou avec de la communication pour expliquer de quoi il parle ou à qui il parle… Tout arrive en masse.

Alors qu’avec un bon travail en amont c’est possible. On peut prendre l’exemple de Front Mission : ce n’est pas un titre classique ou qu’on l’habitude de voir mais comme Ki-oon a bien communiqué dessus les gens vont aller chercher le titre d’eux-mêmes, sans avoir à passer par le conseil du libraire.

C’est à l’éditeur d’amener la communication pour proposer ses titres au public adéquat.

 Il faut savoir cibler…

Raphael PennesEt il y en a qui le font très bien, comme Ki-oon sur Bride Stories par exemple. Après il faut éviter de se disperser et choisir son cœur de cible.

Concernant Kazé Manga, beaucoup me disent « C’est dommage Kazé Manga vous avez perdu votre identité d’éditeur indépendant … », etc. Ce que je réponds souvent à ces gens-là c’est que lorsqu’on est devenu Kazé Manga on est devenu un éditeur mass market, on ne peut plus aussi facilement se permettre de faire « du manga autrement » (= l’ancien slogan des Éditions Asuka) parce que ce ne serait pas clair et qu’on ne saurait plus le faire. On ne peut plus faire des choses en marges ou avoir une image de découvreur de talent parce qu’on appartient aux éditeurs du Shônen Jump et du Shônen Sunday

Mon équipe insiste pour me pousser à faire des titres josei ou du Taiyô Matsumoto et je serais le premier à rêver de faire ce genre de titres… Mais ça ne correspond plus à ce qu’on fait aujourd’hui et on se concentre sur le cœur de cible en laissant les autres s’occuper de ça. Quand Casterman lance une collection de titres d’auteurs ils le font bien et ça marche.

Il faut donc bien savoir identifier ses priorités en tant qu’éditeur et ne pas s’éparpiller. Il y en encore beaucoup d’éditeurs qui vont aujourd’hui dans tous les sens, qui sortent des livres dans toutes les catégories et qui n’ont pas le temps de s’en occuper alors qu’il le faudrait, surtout avec un marché aussi dense.

Certains éditeurs ont maintenant trouvé leur style et leur identité et ils avancent pendant que d’autres restent flous. Par exemple Akata était très shôjo il y a deux ans et depuis ils sont partis dans différentes directions et c’est devenu difficile en tant que libraire ou que lecteur de bien identifier les enjeux. Alors qu’en achetant un titre de chez Ki-oon – je le cite encore mais c’est parce que je suis de près cet éditeur et qu’il me correspond-  la personne saura globalement à quoi s’attendre, car la ligne et le positionnement sont assez clairs.

Donc la surproduction c’est inhérent au marché. Ce qu’il faut c’est une véritable stratégie d’éditeur à moyen et à long terme pour ne pas se perdre dans la masse. Parce que même si on baissait tous un peu notre production il y aurait un nouvel éditeur qui viendrait de toute façon… Donc il faut suivre ta stratégie et ne pas passer ton temps à regarder ce que font les autres.Sans pour autant être aveugle.

Par exemple on devait sortir Seven Shakespeares en mars et faire venir l’auteur au salon du livre. Mais quand on a vu que Pika sortait Billy Bat en mars et que notre auteur ne pourrait pas venir au Salon du Livre, on a permuté la sortie de Seven Shakespeares avec Enigma en avril parce que ça n’aurait ai rien eu de bon pour Billy Bat ou pour Seven Shakespeares

De la même façon qu’on repousse la sortie de films pour ne pas arriver en même temps qu’un blockbuster…

Voilà, s’adapter sans pour autant modifier notre ligne de conduite. Même si on n’a pas forcément bon à tous les coups.

Autre sujet : le numérique… Qu’est-ce qui nous attend pour 2012 ?

De notre coté on a testé un peu la transformation des fichiers en version epub avec Apple. Pour l’instant le bilan n’est pas top… Comme on s’y attendait c’est très difficile. Sur l’ensemble des bouquins qu’on a mis en vente, une quinzaine de volumes, on a du atteindre 700 ou 800 exemplaires sur la fin de l’année, tout cumulé.

La moitié des ventes sont pour Gate 7 et l’autre moitié pour les autres licences… On a du vendre 1 exemplaire de Tensai Familly Company sur les six tomes mis en place par exemple. Comme quoi un livre non disponible en librairie qu’on propose en numérique ça ne marche pas mieux pour autant. Ce n’est pas aussi simple que ça bien sur mais on pensait séduire les gens qui voulaient se les procurer en librairie sans le pouvoir car il est en rupture… Mais au final, il y a un curieux qui a acheté un tome 1. La réalité c’est que les gens ne sont pas tous équipés d’IPad ou d’IPhone et que ce n’est pas forcément la priorité des lecteurs.

Gate 7 sur itunes

Mais il fallait bien faire cette expérience. Ce qu’on va faire cette année c’est tenter d’élargir notre offre. Cependant c’est difficile car au Japon le numérique n’arrive pas à percer non plus, il n’y a pas vraiment de solution digitale au niveau du manga et les ventes du numériques c’est 1 ou 2 % de leur chiffre d’affaire donc ce n’est pas une priorité pour eux. Du coup quand les éditeurs français tentent de les convaincre de faire du digital c’est compliqué parce que les éditeurs japonais ont d’autres problématiques à régler avant… On a quelques titres qui vont donc être annoncés d’ici peu pour le premier trimestre mais ça ne va pas non plus exploser.

On attend aussi que Shueisha officialise sa stratégie pour l’Europe, qui est en train de se dessiner. Je pense qu’on va avoir des mangas Shônen Jump qui vont arriver en digital sur le marché français et européen, a priori au premier semestre. Peut-être aux alentours de Japan Expo. Donc une fois que Shueisha se sera lancé, ça va sans doute motiver un peu les autres à suivre.

Je pense que 2012 ce sera la première pierre de l’édifice… Mais ce ne sera pas encore transcendant.

 Des initiatives germent, on attend de trouver le bon modèle, comme Square Enix ou la récente tentative de Kana de proposer une vente au chapitre ?

Pour Square Enix ça semble difficile, mais on en saura plus cette année car il avait au départ établi une stratégie sur 3 ans et on arrive au bout en mars.

Pour Kana ça me semble difficile à ce prix là. À 1.99 euros le chapitre, le livre finit par couter plus cher en numérique. On y a pensé mais on était plus sur du 0.99 euros et surtout sur du simulcast. Après les gens voudrait pouvoir payer un abonnement pour accéder à tous les contenus comme KZPLAY.fr mais on ne peut pas faire de prix dégressif à cause de la loi sur le prix unique du livre.

Pour finir quels sont les objectifs de Kazé Manga pour 2012 ?

seven_shakespearesC’est de continuer sur la lancée, c’est-à-dire faire monter des séries qui ont débuté cette année, pour fidéliser les lecteurs et en recruter de nouveaux avec de la communication. C’est fidéliser le mieux que l’on peut les séries difficiles sans abandonner nos lecteurs. Il y a tellement d’éditeurs qui ralentissement leurs sorties qu’on va essayer de ne pas tomber dans ce travers là.

Vu que l’augmentation de la TVA va nous impacter à partir d’avril, on va essayer de compenser la hausse des prix en améliorant nos livres, en ajoutant les pages couleurs dans les titres qui ne les avaient pas avant, dans le Boys Love par exemple. Même si on ne fait pas parti des éditeurs qui ont les prix les plus chers, il faudra faire passer la pilule.

On va également lancer quelques nouvelles séries, les installer pour les années à venir. Je pense notamment à Seven Shakespeare, qui va être difficile à installer par exemple, mais on se donnera les moyens de réussir.

Sinon globalement ce sera plutôt une année de transition : pas de nouvelle collection et plutôt stabiliser les collections. En 2013 on sera plus ambitieux mais pour l’instant on veut rationaliser le catalogue après deux années en forte progression.

 Et à défaut de l’auteur de Seven Shakespeare au Salon du Livre, on peut espérer un invité à Japan Expo ?

Oui, on prévoit une auteure de shôjo. Je ne peux pas encore te donner de nom, je préfère attendre que les billets d’avion soient achetés ! (Rires)

On attendra alors… Merci Raphael !

Remerciements à Raphaël pour son temps et ses réponses détaillées. Merci également à Jérome pour l’organisation de cette interview.

Le manga en 2011…

Rétrospective de lectures 2011 : et vous, vous avez lu quoi ?

Marché japonais du manga 2011 : premiers chiffres, premières analyses

Manga en France: Édition et publication en 2011

[Itw] Ki-oon : bilan et perspectives d’un éditeur indépendant

[Itw] Kaze manga : vers le mass market


mars 2nd, 2012
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Concours Übel Blatt / The Arms Peddler : and the winners are…

⊆ février 28th, 2012 | ≡ Topic: Concours, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Voici enfin les résultats du concours de janvier, consacré aux deux titres de dark fantasy Übel Blatt et The Arms Peddler aux éditions Ki-oon. Un concours spécial je le rappelle, jumelé avec l’interview de l’un des fondateurs de la maison d’édition et la preview de The Arms Peddler.

Concours-Ki-oon

Ce mois-ci le double concours blog / Facebook a reçu une grosse vingtaine de réponses complètes. Les gagnants du mois sont adrienne et Meghann, bravo à eux ! Ils recevront prochainement par la poste le tome de leur choix, Übel Blatt ou The Arms Peddler envoyé par les éditions Ki-oon, que je remercie au passage. Félicitations également à tous les autres : cbvero, Marie, Koupine, Emilio, Laetita, sandrine, valentin, Christelle, Bryan, Tsukime, Atsu-chan et andrea, et plus généralement à tout ceux qui ont essayé de résoudre les casses-têtes du mois. Merci pour les encouragements au passage ;)

Je compte sur vous le mois prochain !

Place maintenant aux réponses. On commence avec les mots croisés dédiés à l’éditeur Ki-oon :

Et voici maintenant les réponses du puzzle

Übel Blatt - The Arms Peddler

Rendez-vous courant mars pour un nouveau concours !


février 28th, 2012
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Les éditeurs recrutent fans et journalistes… C’est grave docteur ?

⊆ février 25th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 23 Commentaires »

Aujourd’hui, je vous propose de se poser deux secondes, et de réfléchir. Je prend la plume pour mettre en lumière un sujet qui me chagrine : le recrutement par des éditeurs de fans et de web-journalistes pour l’écriture de contenu.

Cet écrit ne se veut pas forcément polémique, même si une remise en question peut difficilement éviter ce terrain, mais il a pour but de faire réfléchir à deux fois avant de foncer tête baissée dans des propositions qui semblent enthousiasmer unilatéralement le web. Je me fais donc l’avocat du diable, un chocobo à plumes rouges et à fourche, deux petites pointes sur le haut du crane.

Depuis hier il existe deux cas de figures, et donc deux pistes de réflexions…Mais avant je fais un petit rappel.

J’ai déjà évoqué le sujet des services presses l’an dernier. Pour rappel, l’éditeur nous fournit une œuvre afin de pouvoir la chroniquer sur notre propre média, en donnant notre avis. Soit l’éditeur nous envoie l’œuvre et se risque à le faire pour rien si la plume en face n’est pas convaincue, soit c’est le journaliste qui la demande car il a choisi d’en parler. Bon l’indépendance de ce système est remise en cause de temps à autres mais c’est ainsi que le journalisme professionnel marche depuis toujours et ce n’est pas le sujet du jour.

Le rappel est fait, passons au premier cas, qui a été lancé il y a quelques mois : celui de Bishi-Bishi.

Bishi-Bishi : les web-journalistes présentent les œuvres

Bishi-BishiAfin de mettre en avant les œuvres de ses artistes le directeur éditorial de Bishi Bishi, que nous avons déjà croisé ici pour le débat j-music, a proposé à une dizaine de plumes rodées et qui ont fait leurs preuves d’écrire sur les nombreux artistes du catalogue.

Précision importante : il a été demandé de faire une présentation et non pas une critique. Donc pas de reproche possible sur l’influence de l’éditeur sur le contenu publié. C’est au rédacteur de choisir les artistes dont il a envie de parler, l’éditeur lui fournit les morceaux au format numérique et il parlera du papier et du média impliqué contre les quelques lignes de ce dernier. Le deal me parait honnête et m’a tenté mais j’avoue que je n’ai pas réussi à caler un projet bénévole de plus dans mon planning.

Pas de paiement en argent ou en nature donc pas de risque d’intérêt à écrire plus pour gagner plus, un libre choix de contenu que l’on met en avant et pas d’avis sur le titre. Bref, le rédacteur n’a pas suffisamment à gagner pour être taxé de corrompu et en plus il publie les papiers sur son média, qui est donc nourrit.

Le média prend un petit risque en terme d’image – car pour, certains collaboration avec pro veut dire corruption ipso facto – et l’éditeur est 100% gagnant (pas besoin d’embaucher quelqu’un pour faire une com qui se fait tout seul, et un bon point en terme d’image), mais après tout c’est lui qui a eu la bonne idée. Et puis pour une fois qu’on propose à des rédacteurs-fans d’entrer dans la boucle, on ne va pas jouer les pucelles effarouchées !

La nouvelle proposition qu’a fait hier Kana me laisse plus perplexe…

Kana « embauche » des chroniqueurs pour son blog

Kana

Plusieurs des précautions prises par Bishi-Bishi semblent avoir disparu ici. Le rédacteur est toujours bénévole ? Plus ou moins en fait : « vous recevrez des tomes en avant-première et de nombreux autres cadeaux pour votre participation à notre communauté. » Pas de rétribution financière mais entre des albums au format numérique du cas précédent et des cadeaux pour participation à la communauté, il y a un petit pas de franchi. Les rédacteurs sont donc plus ou moins à la même enseigne que certains petits et moyens médias web, dans le sens ou nombre sont eux aussi semi-bénévoles. Sauf que là, ils opèrent pour Kana, ce qui m’amène au second point…

Demander de publier une chronique et donc de donner son avis sur un titre qui sera publié sur le blog de l’éditeur ? Si Kana accepte de prendre complètement le risque et publie les papiers négatifs sur ses titres les plus faibles on pourra tous l’applaudir pour l’éditorial. On attend donc avant de porter un jugement mais on peut mettre en avant des contradictions probables…

Comme tout site éditeur, il s’agit d’un espace de communication et de mise en avant de contenu. Les éditeurs grincent des dents lorsqu’ils font de la communication dans un média et que ce dernier descend le titre qui est justement en pub. Est-ce que l’image gagnée par la création d’une communauté participative vaut une mauvaise image pour un titre ? Bonne question.

Pour revenir à la gestion de cet éditorial : « En échange d’une chronique hebdomadaire et de l’un ou l’autre dossier, vous recevrez des tomes en avant-première et de nombreux autres cadeaux pour votre participation à notre communauté. » 4 chroniques hebdos… Sur les mêmes titres pour donner un avis plus large et plus crédible ? Des chroniques différentes pour que chacun ne chronique que ce qu’il aime ? Et d’ailleurs les tomes, qui choisit ce qui est envoyé ? Kana ou le rédacteur ?

Dernier point : on met les questions sur l’éditorial de coté, on passe à un autre problème. Si tout fonctionne dans le meilleur des mondes sur cette plate-forme et que les autres éditeurs décident de se lancer dans le même genre d’aventure, quid des web-journalistes ? Pour en revenir au cas particulier de Kana, si j’en juge des relations presses qui vont d’excellentes à fantomatiques selon les cas, de quel œil doit-on voir ce projet ? Y aura-t-il mise en concurrence de cette plate-forme et d’autres ? Si on peut espérer qu’il n’en sera rien pour les sites web déjà installés et de premier plan, que dire du cas des blogs ?

Alors que ces derniers émergent de plus en plus – et de mieux en mieux – depuis quelques années, cet initiative est-elle complémentaire ? Une preuve d’une reconnaissance ? Destinée à remplacer ceux qui travaillaient jusqu’ici avec les éditeurs ? On ne peut pas incriminer Kana sur leurs intentions, on ne les connait pas et rien ne nous dit qu’ils ne cherchent pas une relation gagnant-gagnant avec leur public, mais la généralisation de ce genre de projet sera-t-il un boosteur pour les plates-formes blogueuses ou le contraire ?

Comme vous le voyez tout ça pose beaucoup de questions… Et doit en poser de toutes façons, lorsqu’un éditeur propose du contenu proche ou similaire à un contenu de type journalistique, il faut prendre le temps de réfléchir et de s’interroger, pour ne surtout pas céder à l’attrait de l’e-égo sans avoir pesé le pour et le contre.

J’enverrai ce weekend un mail à Kana, en  leur proposant de répondre à ce post s’ils le souhaite, pour défendre leur projet et préciser son fonctionnement. On verra bien ce que ça donnera. Si Bishi-Bishi veut lui aussi apporter un commentaire, pas de soucis, au contraire !

Edit : les réponses de Kana

Kana a immédiatement répondu à ma proposition de réponse et j’ai eu l’occasion de m’entretenir ce matin en direct de Belgique avec François Burniaux, chef de projet internet des éditions Kana. Voici ce qu’il en ressort…

Selon Kana, le projet a pour but de renforcer voire d’agrandir la communauté mise en place par Kana sur leur page Facebook. Un concours d’habillage du blog fait par les fans allaient d’ailleurs dans ce sens il y a peu. Kana souhaite également se rapprocher de cette communauté et interagir avec elle, que ce soit par une séance photos dans leurs bureaux de Bruxelles ou, comme le dit François Burniaux « en jouant le jeu des avis positifs ou négatifs » à travers ces fameux chroniques-tests.

Le projet est pour l’instant dans sa phase de recrutement, qui s’avère déjà très populaire vu que plus d’une centaine de propositions sont arrivées sur la boite mail de Kana depuis vendredi. François Burniaux explique que les 4 testeurs seront, dans l’idéal, d’âge et d’affinités différentes : un chroniqueur de 15 ans, un de 20, un de 25 par exemple mais aussi un qui aime les shôjos, un autre les shônens, etc. Il ajoute qu’il recherche surtout à recruter des fans, pour des contenus passionnés, qui se démarquent le plus possible des écrits de journalistes. L’occasion d’ailleurs pour François Burniaux de préciser qu’il ne s’agit en aucun cas de remplacer ces derniers, et qu’il se tourne davantage vers le partage de lecture. Pour lui les deux types d’écrits seront différents, ceux du blog Kana seront partisans et viendront compléter des écrits plus posés et argumentés des journalistes. L’expression « Du fan vers – ou pour – le fan« , revient d’ailleurs à de nombreuses reprises dans notre entretien.

Des contacts vont donc se nouer avec les profils les plus intéressants et seront gérés au cas par cas. Kana définira les préférences de chacun puis enverra dans un premier temps les nouveautés correspondantes à ces profils. François Burniaux ne ferme cependant pas la porte à une collaboration sur une série complète qui serait une vraie passion chez le testeur. Chaque mois, chaque chroniqueur écrira un post, directement via l’interface (wordpress) du blog. François Burniaux précise qu’une relecture sera faite pour corriger les fautes d’orthographes mais uniquement ce genre de fautes. Une chronique hebdomadaire sera publiée sur le blog et on aura donc le droit chaque semaine à un avis de l’un des 4 mousquetaires de l’équipe montée.

Tous les webmasters savent donc qu’il y a là un vrai challenge car garder une équipe stable sur le long terme est un vrai défi.

On en arrive donc aux cadeaux annoncés par Kana dans sa news. François Burniaux précise qu’il peut s’agir aussi bien d’invitations sur les salons manga et l’occasion « de passer de l’autre coté du stand« , de goodies en provenance du Japon, de tomes dédicacées, etc. Des avantages pour les fans donc, dans la logique et l’esprit cités plus haut.

Enfin Kana a bien pris conscience que ce sont les futurs écrits de ces recrues qui seront le vrai miroir de leur politique éditoriale. Les écrits de passionnés peuvent s’avérer très prenants, susciter l’empathie et peuvent aussi démolir une œuvre de manière très péremptoire, violente ou aveugle. Ces écrits passionnés sont donc un risque que Kana dit vouloir prendre.

On attend donc le résultat, et pourquoi pas les témoignages de l’intérieur, avec impatience !

Merci en tout cas aux éditions Kana et à François Burniaux pour leurs réponses.


février 25th, 2012
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[Itw] Thomas Sirdey et les Japan Expos

⊆ février 20th, 2012 | ≡ Topic: Evènement, Interview, Japan Expo, Japanimation, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

2011-Thomas_SIRDEY-photo_officielleDans moins de 2 semaines le Parc Chanot de Marseille recevra pour la quatrième fois Japan Expo Sud, l’un des 4 salons de la grande famille Japan Expo. Après un doublon inédit Japan Expo Centre et Japan Expo Belgique en 2011,  puis l’annonce du groupe de J-music FLOW la semaine dernière, il était le temps de faire le point.

Après avoir interviewé l’an dernier Sae Cibot, la responsable des invités, voici aujourd’hui un autre acteur de la « JE » : Thomas Sirdey, co-fondateur de l’événement. Quelle réussite pour les éditions Centre et Belgique et que retenir de cette première tentative, quels objectifs à moyen et longs termes pour le label Japan Expo mais aussi quid des invités, des exposants ou de la contre-façon ?

Pour en savoir plus, lisez ce qui suit !

Pour commencer, peux-tu préciser aux néophytes quel est ton poste au sein de Japan Expo et en quoi il consiste ?

Je suis l’un des trois fondateurs de Japan Expo, avec Jean-François et Sandrine Dufour. Au quotidien, je m’occupe de la communication, du marketing et du développement.

Pour poser les choses une première question chiffrée : quel fut le nombre de visiteurs prévus et le nombre de visiteurs effectifs sur JE Centre et JE Belgium ?

Pour Japan Expo Centre, nous avions un objectif de 10 000 visiteurs et finalement ce sont plus de 12 000 personnes qui ont fait le déplacement. En ce qui concerne la Belgique, nous espérions avoir 16 000 visiteurs. Là également le public a dépassé nos attentes puisqu’au final nous avons eu près de 24 000 personnes sur les 3 jours ! C’est assez exceptionnel.

JE CentreCommençons par Japan Expo Centre. Quel bilan pour ce premier essai ?

On  est très heureux de cette édition et le bilan est positif ! Le taux de fréquentation a dépassé nos espérances. Le public était au rendez-vous et a passé un bon moment. Les exposants qui se sont lancés à nos côtés dans cette nouvelle aventure sont satisfaits. Quand aux artistes qui ont fait le déplacement, ils ont été ravis de l’accueil chaleureux qui leur a été réservé.

Tout le monde voyait dans cette exposition une simple délocalisation de la Chibi… À tort ou à raison ?

Ce nouveau festival n’est pas du tout une délocalisation de Chibi Japan Expo et répond à une véritable demande. L’expérience de Japan Expo Sud nous a montré que les gens en province ne peuvent pas forcément venir à Paris en juillet mais ils sont pourtant très demandeurs de ce type d’événements. C’est pour nous l’occasion de partager avec eux notre passion. On a vraiment envie de s’amuser avec eux et de leur faire découvrir les différents aspects de la culture japonaise.

Coté exposants, en dehors de nobi nobi !, pourquoi n’y avait-il aucun éditeur de manga sur ce salon ?

Je pense que les éditeurs ont préféré attendre de voir si ce nouveau rendez-vous allait prendre avant de décider d’y participer. Les éditeurs ont une logistique importante et parfois lourde. C’est donc forcément plus compliqué pour eux de se déplacer sur un événement qui reste assez petit pour le moment. On espère en tout cas que les prochaines éditions se développent assez pour que les éditeurs aient envie de nous rejoindre sur cette nouvelle aventure !

Pour la prochaine édition de JE Centre, qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on enlève ou change ?

Une première édition permet de tester ce qui intéresse le public, d’être au plus près de leurs envies et de leurs attentes. Le Cosplay et les concerts rencontrent toujours beaucoup de succès, tout comme les rencontres avec des artistes lors de conférences et de dédicaces. Nous avons mis en place les premiers ateliers de dessin avec Katsura Takada. Ces cours particuliers ont ravi les participants. Avec ce type d’activités en petit comité, on est clairement dans le partage et l’échange entre les participants et les artistes. C’est un projet intéressant que nous remettons en place pour Japan Expo Sud.

On travaille également avec les éditeurs afin d’obtenir des exclusivités et des avant-premières comme la projection inédite du 3ème film de One Piece qui est projeté à Marseille.

Parallèlement on prévoit d’avoir plus d’espaces pour proposer aux gens des activités et animations toujours plus diversifiées et plus nombreuses.

japan_expo_belgiumPassons maintenant à JE Belgium… Même question que tout à l’heure : quel bilan ?

Le bilan est là aussi très positif. Nous étions certains du potentiel de cette édition mais l’affluence et l’ambiance ont été incroyables. On n’avait pas imaginé un tel succès. Le lieu est idéalement placé, facilement accessible et nos amis belges attendaient cet événement avec impatience.

Quel a été le profil du public de cette JE à l’étranger ?

Le public ressemble beaucoup à celui de Japan Expo à Paris : jeune, dynamique et passionné. Plus qu’à Paris, les nationalités se mélangent et à chaque allée on entend des langues différentes comme le français, le néerlandais ou encore l’allemand. Le brassage culturel est encore plus présent ce qui donne à cette édition à l’étranger une saveur toute particulière.

L’expo a été repoussée en novembre, seulement 10 jours après JE centre… Quelles conséquences a eu ce rapprochement au final ?

Au final, repousser l’édition belge en novembre était nécessaire afin d’être prêt et de proposer une édition qui soit à la hauteur des attentes du public. Japan Expo est un gage de qualité et il fallait que ce premier volume de Belgium soit au niveau. Cela a également permis de mutualiser la venue de certains invités comme Takashi Okazaki et Uplift Spice par exemple et de créer un moment très fort entre La France et la Belgique ! Du coup il existe un véritable lien entre les deux festivals qui sont à la fois différents et complémentaires.

Est-ce que vous retentez ce « combo » l’année prochaine ?

C’est à l’étude pour le moment mais on a envie de retenter l’aventure. On a vécu des moments très forts et puis la synergie entre les deux salons va nous permettre de faire venir des invités toujours plus importants.

C’est la première fois que vous vendiez le nom Japan Expo à d’autres organisateurs… Est-ce que le résultat vous incite à le faire dans de nouveaux pays ?

L’édition belge nous prouve qu’il y a une véritable demande pour notre événement ! Ce n’est pas un phénomène franco-français et la marque Japan Expo est assez solide pour s’exporter à l’étranger. Notre conception d’un festival comme le notre,  c’est le partage. On a donc vraiment le désir de partir à la rencontre des gens, leur offrir la possibilité de rencontrer des artistes et de participer à cette grande fête des loisirs japonais que nous avons imaginé. Après, que l’organisation soit confiée à nos équipes ou à d’autres organisateurs, c’est une question qui reste en suspend.

Tiens d’ailleurs, que ce soit en France ou à l’étranger, peut-on envisager plus de dates Japan Expo dans les années à venir ?

En quelques années, on s’est bien développé puisqu’on peut retrouver Japan Expo à Paris, Marseille, Orléans et Bruxelles. Il faut désormais qu’on les installe dans le cœur des gens et qu’on continue de proposer à ces derniers des événements de qualité. Une fois qu’on les aura pérennisé on ira dans d’autres villes en fonction des nos envies et des opportunités !

Japan Expo SudNous sommes actuellement dans les préparatifs de Japan Expo Sud… Quoi de beau et quoi de neuf pour l’édition 2012 ?

Pour cette 4e Vague, on ne pouvait pas passer à côté du sport roi de Marseille : le foot ! Le ballon rond est mis à l’honneur avec, entre autre, la venue de Nobuhiro Okaseko, le character-designer du cultissime anime Olive et Tom. Autre sujet à l’honneur cette année, le shôjo puisque nous accueillons 3 mangakas qui ont un talent fou : Takako Shigematsu, Yoko Hanabusa et Harumo Sanazaki. Les visiteurs vont ainsi découvrir le shôjo sous toutes ses formes, du plus « traditionnel » au plus moderne.

On a développé le côté pédagogique lors des précédents salons et ça sera également le cas à Marseille avec diverses initiations aux arts martiaux, des cours privilégiés de dessin avec les mangakas mais également des cours de théâtre ou de couture… Du coup les visiteurs ne sont pas de simples spectateurs, ils peuvent vraiment participer à l’événement !

Entre Japan Expo, Japan Expo sud et Japan Expo centre il y a une différence de taille, de date et de localisation géographique. Est-ce que ces 3 facteurs suffisent à donner une identité à ces 3 expositions ?

Japan Expo à Paris est LE grand rendez-vous annuel. Le public vient de toute la France et de l’étranger. Son identité est d’autant plus forte que c’est la référence. Les rendez-vous marseillais et orléanais ont leurs identités tout en reprenant les thématiques qui ont fait de Japan Expo la convention de référence dans le domaine des loisirs japonais. Les éditions en région, du fait de leur mise en place récente, n’ont pas le même taux de fréquentation et sont par conséquent plus intimistes. Le public est d’ailleurs plus familial.

Comment aller plus loin dans la différenciation et d’ailleurs est-ce que c’est un objectif ?

La différenciation n’est pas un de nos objectifs principaux. Les différentes éditions évoluent différemment selon nos envies, celles des visiteurs qui ne sont pas forcément les mêmes, les opportunités que nous rencontrons… Même si le temps permet aux festivals de se différencier les une des autres, ils ont le même ADN. La passion pour le Japon, ses cultures traditionnelles et populaires sont au cœur de nos événements. Japan Expo, c’est un pont vers une culture différente et fascinante.

Contrefaçon chez Mangax à JE Belgium 2011On finit avec deux points complexe … Le premier revient sur tous les salons : la contrefaçon ! Vous avez déjà réalisé quelques affiches les années précédentes. Mais est-ce que l’éducation du public peut suffire ?

Je pense que l’éducation du public et des professionnels aux problèmes que posent la contrefaçon est essentielle. On n’a pas vocation à faire de la répression mais plutôt d’éveiller les consciences pour que, des deux côtés, chacun fasse attention.

Est-ce que vous enquêtez lors de vos salons pour évaluer l’ampleur de ce phénomène ? Si oui que ressort-il de ces enquêtes ?

Sur tous nos salons, nous faisons des sondages mais le but est de mieux connaitre nos visiteurs, leurs attentes. Les produits contrefaits sont parfois difficiles à identifier et, hélas, je ne suis pas certain que le public soit toujours conscient d’avoir acheté une copie.

Est-ce qu’il vous arrive de bannir des exposants pour ces raisons (ou d’autres) ?

Comme je le disais, on n’est pas dans une optique de répression mais vraiment dans l’éducation. Lorsque les visiteurs auront pris conscience qu’ils peuvent parfois acheter des copies, ils seront plus vigilants. Les exposants retireront d’eux-mêmes les produits contrefaits. Nos visiteurs préfèrent nettement acheter des produits officiels que des copies qui ne sont pas au niveau.

Deuxième point : vos collaborateurs nippons. L’année 2011 a été difficile pour eux : les évènements de mars bien sur, mais aussi une concurrence de plus en plus présente de la Corée… Du manga à la j-music, comment il va l’Entertainment nippon ?

C’est vrai que l’année 2011 a été particulièrement difficile mais le Japon sait rebondir. Lors de nos séjours là-bas, nous sommes toujours surpris et enchantés par la créativité et la diversité que l’on rencontre dans l’Entertainment japonais. Quant à la concurrence, la Corée fait une percée indéniable mais nous sommes persuadés qu’il y a de la place pour les deux industries. L’une ne prend pas la place de l’autre.

Japan ExpoPlus spécifiquement, sur vos invités. Si on prend le cas des invités d’honneur, comment on arrive à les convaincre ?

Japan Expo a la chance d’être le plus grand salon européen consacré à la culture nippone et d’avoir une certaine notoriété en Europe et au Japon. On a fait un vrai travail de fond depuis années afin de créer et d’entretenir des relations avec des artistes, des agents… On a la chance d’avoir pu développer des liens très forts là-bas. Nos invités japonais sont ravis de venir à la rencontre de leurs fans français et européens qui sont particulièrement chaleureux et qui respectent leur travail en tant qu’artiste. Nos relations, combinés à notre savoir-faire en matière d’organisation d’événements, nous permet donc de convaincre des très grands noms de faire le déplacement en France.

Ça coute combien la venue d’un auteur ou d’un musicien nippon ?

Cela a un coût important puisque, lorsque nous faisons venir un artiste, nous prenons tout en charge avec le soutien de nos partenaires. Les transports, l’hôtel, les traducteurs… C’est assez lourd à mettre en place mais c’est un plaisir de réussir à faire venir des artistes comme Naoki Urasawa qui sera présent en juillet prochain.(ndr : ou le groupe de j-music FLOW annoncé la semaine dernière)

Pour finir, je te laisse la parole pour un message de ton choix : au public, aux journalistes, aux Japonais, etc. As you wish !

A tous les lecteurs, nous vous préparons un 13e Impact de Japan Expo exceptionnel, encore plus grand et plus riche que les années précédentes. D’ici là, rendez-vous à Marseille pour la 4e Vague de Japan Expo Sud !

A bientôt donc. Merci Thomas !

Remerciements à Thomas Sirdey pour son temps et à Emilie Hurel pour la mise en place de cette interview.


février 20th, 2012
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The Arms Peddler : le western-fantasy un brin post-apocalyptique…

⊆ février 18th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation, Preview | | ˜ 3 Commentaires »

The Arms Peddler

Cela fait quelques temps que je n’ai pas lu un peu de fantasy, dark-fantasy ou autres séries du genre. Cette pause a pris fin cette semaine, lorsque – ô joie – j’ai eu en main les dernières sorties de chez Ki-oon. Non il ne s’agit pas du retour tant attendu d’Übel Blatt, ça nous en parlerons la semaine prochaine, mais plutôt de l’autre titre, un petit nouveau du nom de The Arms Peddler, alias Kiba no Tabishounin.

Signé par Night Owl (alias Joong Gi Park, dessinateur d’Over Bleed) et le scénariste Kyoichi NANATSUKI (Project Arms, entre autres), ce nouveau seinen de Square Enix nous emmène dans un monde désert, ravagé et cruel, où l’apocalypse n’a pas laissé grand chose pour les survivants, qu’ils soient humains ou créatures surnaturelles. Le tome 1 est sorti la semaine dernière et la série en compte pour l’instant 4 au Japon. Voilà pour les quelques informations de base, passons maintenant à la preview !

Bonne lecture et n’oubliez pas, ce titre est à gagner en participant au concours du mois ;)

Viens avec moi, si tu veux vivre…

Le monde est devenu une vaste terre désolée ou plus grand chose ne pousse, si ce n’est la sauvagerie et la violence. Les pires criminels font la loi, les démons ou autres créatures démoniaques vivent et tuent sans jamais s’arrêter. Parmi les ossements qui jonchent les routes arides, il y a ceux de la famille de Sora Yuki, assassinée par des bandits. Seul survivant, il est marqué au fer rouge et laissé à l’abandon, agonisant. Mais son destin n’est pas de mourir – en tout cas pas tout de suite – et il a le droit à une seconde chance. Cette chance a un nom : Garami, marchande d’arme.

L'assassinat de la famille de Sora  La rencontre Sora-Garami

Elle lui propose un deal : mourir et retrouver ses parents dans l’autre monde, ou vivre, pour devenir son esclave et la suivre dans ce monde sans merci. Tant qu’il n’aura pas remboursé sa dette, son destin est lié a celui de cette femme mystérieuse et grande combattante, qui conduit une roulotte tout aussi étrange que sa propriétaire. Villes fortifiées, trafic d’esclaves, guerre, créatures mi-bête mi-homme et nécromancie… Sora va découvrir un monde dont il n’avait pas idée. Même dans ses pires cauchemars.

Night Owl : un graphisme mortel

The Arms PeddlerCe qui saute aux yeux depuis le début de la promotion du titre -et encore plus à sa lecture – c’est son graphisme de très haute tenue. Le coup de crayon du dessinateur coréen n’a rien à envier à celui d’Etorouji Shiono, l’auteur d’Übel Blatt. Les décors sont somptueux et  les costumes vont piocher, selon l’inspiration, dans différents genres populaires chez les amoureux de fantasy et d’aventure. Tout commence en effet par un décor désertique et une bande de bandits qui rappellent les fous sanguinaires de Mad Max ou de Hokuto no Ken. Arrive ensuite une femme dans un look de western-woman qui transporte dans sa carriole des armes d’une époque passée et lointaine… La notre visiblement. Le cocktail post-apocalypse / western est complété par un troisième élément : de la dark fantasy, où les corbeaux spectraux et la nécromancie donnent parfois à The Arms Peddler une ambiance digne d’un Resident Evil… L’attaque d’une auberge par une nuée de morts-vivants nous y replonge complètement. Les armes à feux et les explosifs se mêlent donc à la magie mais aussi aux lames pour un fourre-tout très réussi.

Ce mélange de civilisations se retrouvent bien sur dans les costumes, qui accompagnent un chara-design riche et éclectique : Garami donne successivement  la réplique à un vieux campagnard prêt à un sacrifice explosif, à un fils de chevalier en armure qui se prend pour un sniper, à des marchands d’esclaves orientaux qui manient le fouet ou, enfin, a un général borgne tout droit sorti d’un opus de la saga Tales of  (et qui transpire la classe soit dit en passant). Ajoutez à ça une princesse méprisante habillée en poupée et un homme-lion aux airs d’un Kimahri de Final Fantasy 10 et vous aurez une idée de toutes les rencontres faites dans ce seul tome 1. Une galerie des plus alléchantes grâce à un graphisme de caméléon, capable de s’adapter à toutes les situations pour revêtir le look le plus adapté à la situation. Pour ce qui est des émotions, les premiers chapitres excellent surtout dans des attitudes excessives : colère, mépris ou sadisme donnent la réplique à peur, souffrance et désespoir, selon qu’on se place côté bourreau ou côté victime.

Finissons enfin cette première approche visuelle par un bon point sur la mise en scène : le découpage et les angles de vues sont classiques mais le travail n’en est pas moins de bonne facture. Les deux mangakas connaissent bien leur métier et donnent à leur titre les bons ingrédients aux bons moments.

Kyoichi NANATSUKI : L’apocalypse… Et après ?

Si l’univers de The Arms Peddler est si tentant, c’est surtout que c’est lui qui est à l’honneur dans ce premier opus. Une fois expliqué le tragique destin de Sora et sa rencontre avec Garami, notre duo voyage de place en place, au jour le jour. Les premiers chapitres présentent des histoires sans connexions entre elles et qui n’ont d’autres objectifs que de parcourir le vaste monde pour le présenter au lecteur. La vengeance de Sora, bien décidé à retrouver et à tuer les assassins de sa famille, n’est en aucun cas la voute de ce premier volume, à la différence d’Übel Blatt (histoire de parfaire la comparaison).

The_Arms_Peddler_1  The_Arms_Peddler_2  The_Arms_Peddler_3

Quelques pistes sont cependant posées par le scénariste : Garami semble opérer au sein d’une guilde, celle des marchands d’armes, dont les ennemis sont des nécromanciens. Dans la seconde partie, l’arrivée de la princesse de Caradia pose également les jalons d’une intrigue politique mais, comme je le disais plus haut, tout reste à faire et tout reste à dire. Il faudra donc se montrer patient pour connaître la trame de fond de cette histoire. Les protagonistes de la série constituent pour l’instant de très belles munitions, mais encore faut-il que les armes soient à la hauteur… Affaire à suivre donc, pour notre plus grand plaisir !


The Arms PeddlerTitre : The Arms Peddler
Auteurs : Kuoichi NANATSUKI / Night Owl
Date de parution : 09 février 2012
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Square Enix
Nombre de pages : 208
Prix de vente : 7,50 €
Nombre de volumes : 4 (série en cours)

Lire un extrait de la série : cliquez ici.

Visuels : © Kyoichi Nanatsuki, Night Owl / SQUARE ENIX CO., LTD.


février 18th, 2012
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Concours Übel Blatt & The Arms Peddler : choisissez votre tome !

⊆ février 11th, 2012 | ≡ Topic: Concours, Evènement, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Voici le concours du mois sur Paoru.fr et avec la formule puzzle et mots croisés.

Concours Ki-oon

Cette fois-ci, voici un double concours, Übel Blatt et The Arms Peddler, aux éditions Ki-oon. La dark fantasy est donc à l’honneur et je vous laisse le choix… Soit vous voulez essayer The Arms Peddler et vous tenterez de remporter le tome 1…

Soit c’est Übel Blatt qui vous intéresse et vous pourrez choisir votre lot : le premier tome pour commencer la série ou le tout nouveau tome 11 !

Voilà donc plusieurs bonnes raisons de tenter votre chance… Un petit rappel des règles au passage. Comme d’habitude vous avez donc le choix entre la grille ci-dessous, le puzzle sur Facebook et Google + ou les deux. Le modus opérandi est le suivant :

  • 1. Jouez sur le blog (grille ci-dessous) ou allez faire un tour sur la page Facebook ou Google +de Paoru.fr, devenez fan et rendez-vous dans l’album photos Concours Paoru.fr
  • 2. Sur Facebook ou G+ : identifiez sur l’image du mois (celui de février cette fois-ci) les 12 tomes présents .
  • 3. Sur le blog : trouvez les 12 mots à l’aide des définitions. Ce mois-ci la grille est une spéciale Ki-oon, lié à l’interview d’Ahmed Agne en ligne depuis hier.
  • 3. Envoyez les noms des tomes et séries et/ou les mots de la grilles et l’adresse concours@paoru.fr, le tout avant le 26 février minuit !

Deux gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses et leurs noms seront annoncés le 27 février, en même temps que le nom des séries de tomes mystères.

Voici la grille de mots croisés du blog, spécialement dédiée à Ki-oon, comme expliqué au-dessus.

Grille février Ki-oon

Amusez-vous bien et bonne chance ;)

PS : dans la grille, le mot 9 est écris en anglais.


février 11th, 2012
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[Itw] Ki-oon : bilan et perspectives d’un éditeur indépendant

⊆ février 10th, 2012 | ≡ Topic: Interview, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 13 Commentaires »

Logo-Ki-oonAprès avoir analysé les premiers chiffres de 2011 pour le marché du manga en France, je me suis tourné vers quelques éditeurs pour parler de leurs ventes mais aussi de leurs choix stratégiques. Ki-oon a répondu à cet appel et je vous propose aujourd’hui de découvrir une interview version longue d’Ahmed Agne, co-fondateur et directeur de cette maison d’édition.

Marché du manga et choix de catalogue, stratégies de production et de marketing, venue d’auteur et présences sur les salons, voici quelques uns des sujets passés en revue pour mieux comprendre les décisions, les résultats et les objectifs du plus gros éditeur indépendant de manga en France. L’occasion également de fêter dignement le prix inter-génération du FIBD d’Angoulême pour Bride Stories ou le retour du très attendu Übel Blatt, le leader de leur catalogue, dont le volume 11 est sorti cette semaine.

Il y a donc beaucoup de choses à dire, ne perdons pas plus de temps : c’est parti pour l’interview, bonne lecture !

Bonjour Ahmed… Alors ce prix pour Bride Stories à Angoulême, ton sentiment quelques jours après ?

Une joie immense, comme tu peux t’en douter, et surtout le sentiment du devoir accompli envers un titre qu’on a vraiment défendu et mis en avant du mieux qu’on a pu ! On partait avec un historique compliqué (la précédente œuvre de l’auteur, Emma, n’a pas du tout du marché chez nous), et un sujet qui n’est pas, au premier abord, des plus accessibles (les tribus nomades dans l’Asie centrale du XIXe siècle), et au final le succès, à la fois critique et commercial, est au rendez-vous. C’est rassurant de voir que le manga peut encore séduire un public large, même avec des sujets qui sortent des sentiers battus !

Vous avez pu joindre l’auteure, Kaoru Mori ? Sa réaction ?

On a demandé à son éditeur de recueillir ses impressions pour nous et elle a eu la gentillesse de nous faire parvenir une déclaration touchante dans laquelle elle remerciait personnellement Ki-oon ! On est vraiment très heureux qu’elle obtienne cette reconnaissance internationale pour Bride Stories qui est une œuvre exceptionnelle et un superbe ambassadeur pour le manga. On va maintenant avoir l’honneur de lui remettre son prix en mains propres au Japon, c’est une rencontre qu’on attend avec impatience !

Prix intergénérations au FIBD d'Angoulême pour Bride Stories

(ndr :  Voici la fameuse lettre de Kaoru Mori : « Je viens d’apprendre que j’avais reçu un prix au Festival international de la BD d’Angoulême, et si je suis très surprise, c’est avant tout la joie immense d’obtenir une récompense aussi prestigieuse qui prime !

Je tiens d’abord à remercier de tout mon coeur les éditions Ki-oon, qui se sont chargées de la version française de Bride Stories. Je sais que ses éditeurs tenaient depuis longtemps à publier mon manga en France, et qu’ils ont fourni beaucoup d’efforts pour le soutenir par la suite.

Tout au long de ma carrière, j’ai essayé de dessiner des histoires qui s’adressent à tous les publics et avec une résonance universelle, alors ce prix a une signification toute particulière pour moi.

J’ai également reçu une photo du fameux trophée, et je dois dire que cette statuette est tellement mignonne que j’aurais aimé l’avoir chez moi même si elle n’était pas liée à un prix !

Merci encore infiniment, »)

Ahmed Agne, co-fondateur des éditions Ki-oon Commençons maintenant notre interview… Quel est le bilan de Ki-oon pour l’année 2011 ?

Le bilan est positif, nous sommes en progression de 11.5 % cette année sur un marché qui est en repli de 1.2% sur les ventes en volume, pour la troisième année consécutive. La baisse ralentit, elle était de -5% l’an dernier… Effectivement ça se tasse, il y a même une progression de 1.8% en valeur. Mais bon ce n’est pas la fête non plus. Quand on fait le bilan des grands éditeurs qui sont en progression, il y a Glénat, Kurokawa, Kazé et nous. Tous les autres sont malheureusement en recul.

Votre progression de cette année vous mets en quel position en part de marché ?

On se situe à 5.1% en parts de marché, soit 714 797 exemplaires vendus. Ce qui nous situe à la même place que l’an dernier c’est-à-dire 5ème selon GfK.

Justement, puisque l’on parle de Gfk. Pendant que l’ACBD fait un bilan d’après les chiffres des éditeurs, comment fonctionne cet institut ?

Ils ont un panel d’environ 3 500 points de ventes. Les caisses de ces points de ventes sont équipées de “mouchards” qui enregistrent chaque transaction. Ce panel donne une vision qui se situe environ 20 % en dessous de la réalité des ventes globales, mais qui reste très représentative.

Les volumes des gros tirages de manga diminuent mais est-ce que c’est significatif selon toi ?

En fait il faut faire attention avec les tirages. Une baisse de tirage ne veut pas forcément dire une baisse de vente. Pour prendre notre exemple : jusqu’ici on avait un catalogue léger et pas de frais de stockage important chez notre distributeur Interforum. On tirait assez large, pour avoir un an de stock. Maintenant on a de plus en plus de références et on a pu négocier des tarifs avec l’imprimeur afin de pouvoir réimprimer rapidement et pour pas très cher. Donc on préfère réaliser un premier tirage plus bas et réimprimer dans la foulée si nécessaire.

Justement puisqu’on parle de tirages… En 2010 le titre phare c’était Pandora Hearts. On voit la quantité des tirages diminuer avec les volumes. Est-ce que c’est juste une gestion des stocks différente ou une baisse des ventes ?

Pandora-hearts-tome-16Dans le cas de Pandora, on est rentré dans une gestion des stocks différente parce qu’on préfère tirer 20 000 et retirer quelques milliers quand il n’y a plus de stock plutôt que de tirer 30 000 et de les garder un an ou plus. Les ventes en elles-mêmes ne se sont pas vraiment dégradées, les premières semaines des derniers volumes sont même meilleures que sur les précédents tomes. Mais c’est juste qu’on préfère prévoir à six mois plutôt qu’à un an ou un an et demi.

Une gestion en flux tendu pour éviter les mauvaises surprises ?

Éviter les mauvaises surprises mais aussi éviter de payer des sommes faramineuses en stockage. C’est un coût assez important. Pour tous les titres qui sont stockés depuis trop longtemps, dans des quantités trop importantes par rapport à ce qui est réellement vendu, il faudra payer du surstock. C’est une sorte d’amende ou de pénalité qui est là pour pousser les éditeurs à ne pas faire n’importe quoi et à ne pas laisser trop de stock dans les entrepôts…

En relation avec ces coûts de stockages, vous avez annoncé cette année, pour la première fois, la fin de commercialisation de certaines séries…

C’est totalement lié à ça. Pour la plupart, ces séries étaient là depuis le début de la boite, en 2004. Certaines avaient donc 7 ans et d’autres 6, 5 ou 4 ans. Elles avaient plus ou moins fini leur cycle de vie. Il y avait du stock et on payait ce stock… Alors qu’on n’en vendait plus du tout. À ce moment-là ça ne sert plus à rien de les garder, il faut les mettre en arrêt de commercialisation et les solder ou les pilonner, au choix.

C’est quelque chose qui est souvent mal pris par les lecteurs de mangas qui se disent « mais je n’ai pas eu le temps de finir ma collection ! »… Réaction compréhensible, mais en même temps ce sont des titres qui sont sur le marché depuis 6 ou 7 ans… Dans la vie du livre, c’est quelque chose qui est totalement normal et régulier.

Le public manga fonctionne pas mal à l’affectif…

Oui et on le comprend totalement. Quand on a fait ce premier arrêt de commercialisation ça nous a fait un petit pincement au cœur parce qu’on est revenu sur l’histoire de la boite, et que c’étaient nos premiers titres… Ça fait bizarre mais il faut bien le faire !

Qu’est-ce qui déclenche ce choix ?

Ce sont les ventes du titre. Quand on voit à la fin de l’année qu’on a vendu 12 exemplaires d’un tome 1 d’une série, qu’on en a 600 en stock et que ça nous coute 300 euros à l’année par exemple, ça ne sert à rien. Quand le bouquin n’est plus acheté, qu’il n’est plus présent en librairie, on arrête les frais. C’est quelque chose qu’on va répéter comme la plupart des autres éditeurs, tous les ans probablement…

Est-ce que c’est ce genre de considérations qui vous poussent à vous orienter vers de séries courtes ?

Kurokami-tome-17Dans un premier temps c’était un réflexe de sécurité. Au début de Ki-oon, on ne savait pas si on serait encore présents six mois plus tard. On s’est toujours dit qu’on ne devait pas prendre de séries de plus de dix tomes parce qu’on tenait à les publier jusqu’au bout. Si c’était un gros four ça nous permettait de les finir quand même sans mettre en péril la boite.

Aujourd’hui on peut se permettre un peu plus de risques : le tome 17 de Kurokami est sorti il y a peu par exemple. On peut tenter le 10, 15 ou 20 tomes sans trop de problèmes, mais il y a peu de chances qu’on se lance dans des séries fleuves de plus de 30 tomes, sauf s’il s’agit de blockbusters. On a une responsabilité envers nos lecteurs, celles de finir les séries qu’on commence, alors il faut savoir calculer ses risques. De plus, ne nous voilons pas la face : si vous tombez aujourd’hui au Japon sur une série de 30 volumes ou plus qui n’a pas encore été achetée par un éditeur… c’est que ça ne sent pas très bon !

Par contre, la concurrence qu’on se livre entre éditeurs aujourd’hui fait qu’on est amenés à acheter les titres de plus en plus tôt sans savoir en combien de tomes ils vont se terminer. Ce qui nous vaut parfois quelques déconvenues comme Hell Blade par exemple, où la fin a été clairement expédiée par l’auteur pour des raisons personnelles…

Parlons maintenant du catalogue Ki-oon pour 2011. En 2011 : 13 nouveautés, soit une par mois environ. C’est le bon rythme une par mois ?

La limite qu’on s’est toujours fixée c’est justement de ne pas avoir plus de nouveautés que ce qu’on peut se permettre de défendre. 13 par an c’est maintenant quelque chose de largement gérable puisqu’on a le temps, les moyens et le personnel pour s’occuper des lancements en question. Même le titre qui s’est le moins vendu chez nous cette année, Amanchu !, a quand même eu de la présence sur le web, à la télé, des pubs presse, de la PLV sur points de vente… Bref, on a fait ce qu’il fallait pour qu’il ne soit pas noyé dans la masse, même si le public n’a pas suivi.

Après on sort aussi pas mal de nouveautés tous les ans parce qu’on a un catalogue qui se renouvelle très rapidement, avec des séries qui se terminent aussi très rapidement. En 2011, on a eu 13 nouveautés (mais il y avait 2 one-shots dans le lot) et dans le même temps, 8 séries se sont terminées. C’est donc normal de les remplacer !

Pour 2012, est-ce que vous prévoyez davantage de nouveautés ?

Alors, avec les réserves qui s’imposent parce qu’il peut y avoir des changements dans le programme, nous sommes à 13 nouveautés prévues. En nombre de titres on sera sans doute à 95 mais c’est un peu biaisé parce qu’on réédite Blood Alone et qu’on ressort les six premiers tomes. En termes de contribution on reste dans les petits éditeurs…

En 2009 vous espériez renouvelez l’expérience de publication d’un auteur indépendant. En 2012 il y a le retour de Tsutsui, mais est-ce que vous en prévoyez d’autres un jour ?

Deux projets indépendants sur lesquels on bosse depuis longtemps verront le jour en 2012. Prophecy (ndr : trailer ci-dessous) avec Tsutsui justement, un projet 100% Ki-oon qu’on a monté avec l’auteur et qu’on lancera autour de Japan Expo. Il y a également un deuxième titre qu’on n’a pas encore annoncé et qu’on lancera aux alentours du mois de novembre.

Cette année quelques unes de vos séries sont de nouveaux titres d’auteurs confirmés : Tonogai, Osada, Mori, Amano, Kakizaki. Le nom d’un auteur ça compte quand on choisit une série ?

Non, pas du tout. On n’a jamais cru à la malédiction de l’auteur qui n’a pas vendu la première fois et donc qui ne vendrait pas la deuxième fois, ou à l’inverse à une quelconque bénédiction… C’est de moins en moins vrai. Si je prends Kaoru Mori : Emma a fait un four monumental chez Kurokawa alors que Bride Stories est un vrai succès. On en est à plus de 15 000 exemplaires sortis et on vient de commander une réimpression de 7 000 exemplaires. C’est un super résultat dans l’absolu, et plus encore pour un titre atypique comme celui-là. Pareil, Kakizaki n’a pas marché chez SeeBD puis chez Kazé avec Rainbow alors qu’Hideout a super bien fonctionné.

À l’inverse Aria de Amano n’avait pas marché et Amanchu ! ne fonctionne pas plus, malgré les efforts publicitaires. Pareil pour Osada, les précédentes publications s’étaient plantées et les ventes, sans être catastrophiques, ne sont pas géniales pour Run Day Burst… Il n’y a pas de règles.

C’est l’œuvre avant tout donc…

Übel Blatt tome 11Oui, voilà. Par exemple Übel Blatt est la meilleure vente de notre catalogue mais Etorouji Shiono a créé plusieurs autres séries qu’on n’a pas pour autant publiées, parce que l’histoire ne nous intéressait pas.

Est-ce que, pour le public, ça reste quand même un argument de vente ?

C’est sûr que si on sort le prochain titre de Mashima, ça joue ! (Rires) Plus sérieusement, si on sort du cadre des auteurs de blockbsuter, il y a quelques auteurs de genre qui sont confirmés, type Tetsuya Tsutsui par exemple pour lesquels un public assez important de fidèles existe, mais c’est tout. Il n’y a pas de vérité absolue.

Les seuls auteurs dont on peut prévoir un carton assuré pour une nouvelle sortie… (il réfléchit à des noms) Ce n’est même plus CLAMP, mais des auteurs jeunes et dans le vent comme Mashima ou alors des légendes comme Toriyama… Y en a vraiment pas beaucoup. Pour Yoshiki Tonogai par exemple, si Judge plait c’est parce qu’on reste dans le même genre que Doubt. Rien ne nous dit que s’il fait un manga d’aventure ou une comédie romantique il ne va pas se planter, parce qu’il n’y pas d’attachement véritable à l’auteur lui-même, mais plutôt à son univers.

En parlant d’univers votre catalogue est marqué par le seinen et la fantasy. Tous les éditeurs qui sont devant vous ont un catalogue relativement équilibré et souvent dominé par des blockbusters shônen. Est-ce une transformation que vous envisagez ?

Si on l’envisageait on serait dedans jusqu’au cou parce que des blockbusters shônen y en a juste plus du tout ! (Rires) Et même chez les éditeurs qui sont devant nous, les blockbusters ont souvent une dizaine d’années ou plus comme One Piece pour Glénat, Naruto, Death Note pour Kana ou Fullmetal Alchemist pour Kurokawa. Les petits nouveaux comme Soul Eater ou Bakuman sont très loin de leurs « illustres ancêtres » en terme de ventes. Fairy Tail est la seule série qui ait véritablement réussi à s’implanter en tant que blockbuster shônen.

Black Butler aussi non ?

Dans une moindre mesure. Par exemple, sur ses derniers volumes parus, Black Butler se vend moins bien au tome qu’un Judge qui démarre.

Pour ce qui est de notre catalogue, sans aller jusqu’au blockbuster shônen, c’est vrai qu’il se diversifie. Au tout début de Ki-oon c’était de la fantasy, point. Après on a eu des seinens et ces dernières années on a eu des shônens et un peu de shôjos. Donc on se diversifie, mais c’est logique : à 90 titres par an, il en faut pour tous les gouts. Tout ça, sans pour autant se trahir et en continuant à publier des titres qui nous plaisent. Le public d’Amanchu ! ou de Bride Stories n’est pas celui de Run Day Burst ou de Judge mais ce sont des titres qu’on apprécie tous pour des raisons différentes…

Justement, on avait évoqué la sectorisation de votre catalogue avec des collections pour vos différents genres…

Ça va finir par faire son apparition parce que le catalogue est de plus en plus varié. On réfléchit à comment le faire : shônen, shôjo, seinen ou aventure / policier /… C’est une question qu’on se pose de plus en plus.

Tonogai en pleine dédicace pendant Japan Expo 2011En 2010 il y a eu Jun Mochizuki et en 2011 c’était Tonogai. Mais faire venir un auteur ça a un coût. On parle de somme aux alentours de 15 000 euros… Tu confirmes ?

Chez nous ce serait plutôt 20 000, mais il y a une raison. On les fait venir en classe business parce que l’éditeur japonais insiste souvent pour que ce soit le cas. C’est un peu normal cela dit… Si c’est pour qu’ils viennent, qu’ils se fassent mal au dos avant d’enchainer des centaines de dédicaces sur Japan Expo et qu’ils repartent en vrac, incapables d’enchainer sur leur prépublication au Japon… Ce n’est pas la peine.

Ensuite ils viennent toujours avec leur responsable éditorial, donc ça fait deux invités. On les met dans de bons hôtels, on insiste pour qu’avant Japan Expo ils puissent voir un peu du pays, qu’ils soient reposés et dans de bonnes conditions… Bref, qu’ils prennent le temps et qu’ils soient contents d’être là sans avoir l’impression d’être à l’usine.

Le souci du travail bien fait…

Oui parce que lorsqu’on invite un auteur et qu’il est content, qu’il rentre au Japon et qu’il témoigne sur son blog « je suis allé en France et c’était génial, merci Ki-oon »… Nous on est content. Nos amis japonais sont contents également et nous font encore plus facilement confiance. Et quand on leur demande de pouvoir inviter tel ou tel auteur, on nous l’accorde plus facilement. On a quand même invité 6 auteurs sur les 4 dernières années, c’est un signe qui ne trompe pas !

Et puis en tant qu’éditeur on aime les auteurs, à la base. En 2011, Jun Mochizuki est revenue pendant l’été pour des vacances privées. Elle voulait qu’on passe une journée ensemble pour se balader dans Paris et se raconter nos vies, etc. Quand un auteur fait ça, c’est une énorme satisfaction pour nous, parce que ça veut dire que leur venue en France s’est bien passée et qu’on est au-delà de la simple relation de travail !

Cette venue, est-ce que ça un impact tangible sur les ventes ?

En ce qui nous concerne et quel que soit l’auteur, il y a une vraie montée en flèche dans les ventes et de vraies retombées presse, ça permet au titre et à l’auteur de se démarquer. Maintenant c’est difficile à quantifier…

On parle de venue d’un auteur… Mais quelle est votre politique en ce qui concerne la visibilité de vos œuvres ?

On a toujours eu un budget marketing très élevé pour une maison d’édition. Ce qui se fait en général c’est de faire du marketing pour des titres qui ont du potentiel et de ne pas en faire pour des titres qui n’en n’ont pas. Sauf que si tu pars sur ce principe là, tu ne fais pas de pub pour des titres comme Bride Stories. Et ça ne peut pas marcher, parce que c’est le genre de titre qui a besoin, au contraire, d’une forte exposition pour que ça puisse fonctionner. Parce que ce n’est pas un shônen de base classique avec des couvertures de méchants « beaux-gosses » qui vont attirer le regard… (Rires)

Nous on part du principe que tous les titres sortis seront défendus. Ils auront tous de la pub sur le web, de la pub télé et presse, dans une certaine mesure. Cela ne veut pas dire que tous les titres vont se vendre, parce qu’il ne suffit pas de faire du marketing pour qu’un titre marche. Mais, à la nouveauté, nos titres à plus faible potentiel sont quand même au-dessus de ceux des autres éditeurs en termes de vente.

On parlait tout à l’heure de salon… On ne vous y croise plus beaucoup !

Déjà j’ai une bonne nouvelle : on sera au Salon du Livre de Paris. Après, notre absence sur les salons tient à quelque chose d’assez simple… Avant, on avait un prestataire qui s’occupait de nous représenter sur tous les salons de France et de Navarre. Il avait un stock flottant et on avait juste besoin de se déplacer car le stand était tenu, et il n’y avait plus qu’à discuter avec les clients, les libraires et les journalistes ! (Rires)

L'équipe Ki-oon, presque au grand complet !

Mais on a dû arrêter cette collaboration et maintenant, pour faire un salon, il faut que ce soit les employés qui bossent le weekend, il faut que ce soit du stock qui sorte de chez Interforum, et ça coute très cher à chaque fois…. En gros pour qu’un salon moyen soit rentable il faut y faire un chiffre d’affaire minimum de l’ordre de 13 à 15 000 euros, sinon on est dans le rouge. Et des salons qui permettent de faire ça y en pas beaucoup. Il y a Japan Expo bien sûr (mais avec un investissement et des recettes infiniment plus importantes), et il y a à peu près le Salon du Livre… Mais c’est tout. Angoulême, ça coute tellement cher en déplacement, hôtel, etc, que c’est impossible d’y être rentable pour un éditeur de manga de notre taille.

Ce n’est pas quelque chose dont on est content parce qu’on aimerait bien être plus présents mais… On ne peut pas.

Autre question : un an après les évènements du 11 mars, est-ce que ces catastrophes ont finalement changé quelque chose dans votre travail avec les japonais ?

Étonnamment, très très peu… Parce qu’ils ont eu cette volonté immédiate de faire comme si rien ne s’était passé. Il y a cette anecdote que je raconte souvent : le jour du tremblement de terre c’était la panique on essayait d’appeler tout le monde et personne ne répondait, on a envoyé des mails… Et les gens de Square Enix à qui on avait demandé s’ils allaient bien, s’il n’y avait pas eu de blessés, nous ont répondu « Nous sommes désolés de vous avoir causé du soucis, tout va bien » !

Être désolé malgré ce qui leur est arrivé… C’est tellement Japonais ! (Rires)

C’est ça. Et donc au-delà de ça il n’y a eu aucun changement, pas de ralentissement. On a eu les contrats, les validations et le matériel en temps et en heure. Le vrai bouleversement je pense qu’on le verra venir dans les prochaines années, mais dans les œuvres des auteurs. On a longuement discuté avec plusieurs auteurs et ils nous ont tous dit que ça les avait marqués. Quelqu’un comme Tetsuya par exemple, difficile de croire que ça n’influencera pas ses prochaines œuvres…

Tout comme Hiroshima a imprégné toute une génération d’auteur…

Voilà… Et je pense qu’il y a plein de choses qui ont choqué les Japonais plus encore que la catastrophe elle-même. Les mensonges, les manipulations, les dissimulations et l’incompétence derrière tout ça. Je pense que ce sont des thèmes qu’on verra ressurgir dans les seinens.

Et pour ce qui est de l’ouverture des Japonais à l’international, comment ça évolue ces derniers temps ?

Pour ce qui est des éditeurs japonais, je pense qu’il y a clairement une volonté d’intégrer le fait que le manga est un gros phénomène à l’étranger. Quand tu vois que même avec notre humble catalogue, on a eu en douze mois deux sorties soit en avant-première mondiale soit en même temps qu’au Japon, c’est un signe des temps, quelque chose qu’on n’avait pas du tout avant…

The Arms Peddler / Übel BlattPour finir parlons un peu de 2012. The Arms Peddler et le retour de Übel Blatt pour la fantasy et le retour de Tsutsui. Un retour aux basiques cette année chez Ki-oon ?

Il y a des années où les coïncidences font que c’est comme ça mais sans que ce soit forcément une volonté de notre part. Le retour de Übel Blatt on a poussé pour, mais ça s’est fait au pif. Ça aurait pu être 2013 ou 2011. La venue de l’auteur en France l’a remotivé à reprendre la série, c’est déjà une bonne chose ! Pour Tsutsui c’est pareil, c’est un projet sur lequel on travaille depuis deux ans, et il fallait bien le lancer à un moment ou à un autre ! (Rires).

L’autre projet indépendant dont je te parlais c’est aussi un retour qui tombe cette année, plus qu’une volonté éditoriale. Mais on est très confiants sur le catalogue 2012, on a une tripotée d’excellents titres à faire découvrir à nos lecteurs.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour 2012 ?

Qu’est-ce qu’on peut nous souhaiter… Ben que l’expérience renouvelée avec les auteurs indépendants marche bien parce qu’on a envie de développer cette activité, pour qu’elle prenne une part de plus en plus importante dans notre catalogue. Vous verrez que l’on peut faire pas mal de choses avec eux, des choses qu’on ne peut pas forcément faire avec les auteurs liés à un éditeur japonais… C’est aussi beaucoup plus intéressant et gratifiant pour nous en terme de projet éditorial !

On croise les doigts pour vous alors, merci Ahmed !

Merci à Ahmed pour son temps et sa bonne humeur. Remerciements également à Victoire pour l’organisation de cette interview (et sa bonne humeur aussi !). Pour en savoir plus sur les éditions Ki-oon, vous pouvez lire les interviews réalisée en 2009 ou  2010, à l’occasion de laquelle j’avais aussi rencontré et interviewé une grande partie de l’équipe.

Le manga en 2011…

Rétrospective de lectures 2011 : et vous, vous avez lu quoi ?

Marché japonais du manga 2011 : premiers chiffres, premières analyses

Manga en France: Édition et publication en 2011

[Itw] Ki-oon : bilan et perspectives d’un éditeur indépendant

[Itw] Kaze manga : vers le mass market


février 10th, 2012
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Paris Manga 13 : Le compte-rendu

⊆ février 6th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Evènement, Japanimation, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 5 Commentaires »

Paris Manga 13

La dernière édition de Paris Manga m’avait bien plu… En tant que journaliste. Pour la première fois depuis longtemps le salon nous avait proposé de nombreux invités, dont quelques uns réellement prestigieux comme Shingo Araki. Je regrettais cependant l’absence de J-music, les allées mal organisées tantôt vides, tantôt impraticables durant plusieurs heures.

Pour Paris Manga 13, certaines choses se sont améliorées, d’autres n’ont pas changé et enfin quelques unes sont à revoir. Passons tout ça en revue…

 Invités : Japanime, manwha… Et J-music !

Cette année encore Paris Manga proposait un cocktail typique de ce salon : un mélange très hétéroclite entre auteurs asiatiques, figures de la japanimation, acteurs de séries US, doubleurs renommés d’anime, auteurs et dessinateurs français d’influences asiatiques et américaines. Toshihiro Wakamoto (Cowboy Bebop, Wolf’s Rain, Towa no Quon) et Yasuhiro Irie (Fullmetal Alchemist Brotherhood) étaient deux invités de marque et si le premier est une célébrité, le second est à surveiller de près dans la prochaine décennie. Il est dommage qu’un festival prénommé Paris Manga ne dispose pas d’un mangaka mais pour cet opus, le staff avait concentré ses efforts sur un autre cheval : la J-music, avec le groupe amber gris.

Kawamoto & Irie amber gris en concert

Ce groupe de la mouvance visual kei ne m’emballait pas au départ mais, comme je l’expliquais ici, le peu que j’en avais vu avant le salon me laissait croire qu’une bonne surprise était possible… Et ce fut le cas. La rencontre avec le groupe, entre leur séance de dédicace et le concert, m’a permis de rencontrer cinq habitués du monde de la musique. Une expérience que l’on a d’ailleurs pu retrouver lors de leur concert, où chaque musicien a su faire preuve de son talent malgré des conditions sonores et visuelles assez… artisanales. Un bon point donc, tant qu’on met de coté les problèmes d’organisations du live.

amber gris  amber gris

Car coté organisation justement, il reste encore des choses à améliorer.

Paris Manga ? C’est… compliqué !

C’est en substance ce que disent de nombreux professionnels, que ce soit du coté des éditeurs, des journalistes ou d’autres acteurs du milieu de l’event manga-japanime. Il y a bien sur des langues de vipère dans le lot, qui conspuent le salon sans y avoir remis les pieds depuis très longtemps. Mais même en faisant fi de ces jugements péremptoires et peu constructifs, l’impression demeure.

La bonne volonté n’est absolument pas à remettre en cause, et j’en profite d’ailleurs pour saluer les contacts presse d’Abyssium et Warning, toujours disponibles et désireuses de faire au mieux, y compris dans les moments de speed qu’impliquent la gestion de ce genre d’évents. Meilleur accueil, disponibilité et sourires sur le salon… Un vrai progrès dans le domaine des relations presse, il n’y a plus qu’à confirmer.

Cosplay Eye Shield 21

Les points noirs sont ailleurs. Il y en a deux… L’organisation des events dans le salon en font partie. Le concert d’amber gris en est sans doute l’exemple le plus parlant : il fut annoncé en marge du salon, puis finalement dans le salon, avec un groupe normalement japonais en première partie qui s’est transformé en prestation amateurs de petits frenchies, trouvés au pied levé quelques jours avant le concert. Les pauvres – très sympathiques au demeurant – ont fait les frais de problèmes techniques importants, en devant s’abstenir d’un micro en état de marche pendant de très longues minutes.

Le concert d’amber gris s’est déroulé sans incident majeur si on occulte le retard d’une heure et des éclairages indignes du groupe. Comme à chaque fois tout n’est pas à mettre sur le dos de Paris Manga, mais gageons qu’ils sauront mieux s’entourer pour améliorer leurs prestations musicales. On le leur souhaite en tout cas.

Soul Calibur 5, Mitsurugi a trop la classe !

Second problème : les stands. Nous étions ravis de retrouver Booken Manga, qui était venu avec son auteur phare Ryu Geum-Chul (Ares) et Reno Lemaire (Dreamland) en sympathique bonus, content de re-découvrir l’excellent catalogue nobi nobi !, de discuter nouveautés avec Taifu Comics ou de partager un moment de fan-attitude avec Toshihiro Kawamoto au stand Blue Air Rights… Mais après ?

Hormis quelques exceptions et une partie jeu vidéo correcte pour les amateurs, Paris Manga avait parfois des airs de marché aux puces. Les artisans japonais étaient rarissimes, les stands étaient blindés de contrefaçons et autres « sabres encore moins chers que sur Internet ! », qui laissent rêveur sur la qualité (et la dangerosité ?) du produit. Une plaie fréquente pour ce type de convention et beaucoup plus difficile à combattre qu’on ne le pense. Mais contrairement à Japan Expo, rien ne venait contrebalancer cette mauvaise impression.

Ryu Geum-Chul

Que dire également de la zone coréenne prévue autour du stand Booken manga ? Sans doute que le salon devra faire des efforts pour convaincre ses interlocuteurs sud-coréens, moyennement emballés parce qu’ils ont vu. Avec Good Smile Company ou les fabricants de pierre de Magatama, Paris Manga 12 s’était montré plus convaincant. Espérons que la 14ème et future édition le sera aussi !

En conclusion…

Paris Manga 13 laisse donc une impression mitigée : bonne en tant que journaliste mais moins convaincante lorsque l’on se met dans la peau du visiteur lambda. Le salon peine, malgré son expérience, à régler quelques problèmes d’organisation et de pauvreté culturelle. Néanmoins il confirme avec cette 13ème édition un réel choix d’invités et une identité hétéroclite américano-japonaise qui lui va bien. Avec les années Paris Manga grandit, que ce soit en taille, en fréquentation ou en popularité… Le défi des organisateurs n’est donc plus de le faire connaître mais de lui donner une véritable envergure. Un sacré challenge !


février 6th, 2012
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Paris Manga 13 : les invités asiatiques du weekend…

⊆ février 3rd, 2012 | ≡ Topic: Articles, Evènement, Japanimation, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Après une douzième édition réussie sur le plan des d’invités, tous les regards se tournent cette semaine sur Paris Manga 13, au Parc des Expos situé Porte de Versailles, les 4 et 5 février prochain. Une fois de plus les invités sont nombreux, l’animation japonaise n’est pas en reste et la J-music est présente avec un groupe inédit… Mais trêve de paroles, voici le programme !

Japanimation :

Yasuhiro Irie

Yasuhiro IrieNé en le 30 mars 1971, Yasuhiro Irie est un chara-designer et animateur qui débute sa carrière dans les studios Sunrise en 1992. Il commence comme animateur clé sur des séries comme Mama wa Shōgaku Yonensei, ou encore des animes à mécha comme Genki Bakuhatsu Ganbaruger et Nekketsu Saikyō Go-Saurer en 1993. C’est sans doute ce qui lui vaut son premier travail important sur Vision d’Escaflowne, où il dirige l’animation sur l’épisode 21. Sa carrière ne décolle pas immédiatement et il retourne au poste d’animateur clé sur de nombreuses séries de 1994 à  2002 : Cowboy Bebop, Utena ou Orphen par exemple.

C’est sur Rahxephon qu’il commence à être reconnu : il y dirige et anime l’épisode 19. Il croise ensuite pour la première fois la licence qui sera la plus importante de sa carrière : Fullmetal Alchemist. Sur la première saison il se contente de diriger le premier opening (voir ci-dessous).

La même année il multiplie les casquettes sur Gunparade March (chara-design, storyboard, animation des personnages, réalisation des épisodes, etc…) puis il obtient, pour la première fois, le poste de réalisateur avec Alien Nine puis Kurau Phantom Memory. Il donne un coup de main en tant qu’animateur clé sur le film de FMA, Conqueror of Shamballa, travaille sur les opening et quelques épisode de Soul Eater et, enfin, on lui propose le poste pour lequel il est aujourd’hui le plus connu : la réalisation de la série Fullmetal Alchemist Brotherhood, chez les studio Bones. Pour les plus curieux vous pouvez retrouver sa biographie sur Anime News Network.

Toshihiro Kawamoto

Difficile de résumer la carrière de cet homme, né le 15 juillet 1963 dans la préfecture de Mie. Ce pillier du studio Bones est connu comme chara-designer et réalisateur de quelques œuvres mythiques de l’animation japonaise : Venus Wars (1989 – co-directeur de l’animation), la saga Gundam (au chara-design et à l’animation sur de nombreux volets), Golden Boy (chara-design, direction de l’animation), Cowboy Bebop et Wolf’s Rain pour un chara-design qui a marqué toutes les mémoires. Cofondateur de Bones avec Masahiko Minami et Hiroshi Osaka, on le retrouve dans une grande majorité des œuvres de la société : Scrapped Princess, Kurau Phantom Memory, Fullmetal Alchemist, Ouran, Jyu Oh Sei, Ayakashi Ayashi, Sword of the Stranger, jusqu’aux plus récents Heroman, Gosick et Towa no Quon (extrait ci-dessous)

Le passage de Kawamoto en France n’est pas une première puisque certains ont déjà pu le croiser en 2008 lors de sa venue à Japan Expo ou en 2010, au salon Made in Asia de Bruxelles. De ses voyages en Europe on a pu apprendre plusieurs choses sur lui… Il cite par exemple Gundam comme l’un des clés de sa passion pour l’animation :  « c’est la première série diffusée à la télé que j’ai vraiment suivie, quand j’étais au lycée, en tant que fan donc. De fan, je suis passé un peu par hasard à chara-designer, au milieu des années 80… »

Toshihiro_Kawamoto_Japan_ExpoLorsqu’on lui demande ce qu’a changé Cowboy Bebop pour lui il évoque une ouverture à l’international : « ça a beaucoup augmenté les contacts à l’étranger. Ça m’a permis d’être enfin en contact direct avec des cultures étrangères et de m’ouvrir à ces cultures, ce qui est tout à fait extraordinaire pour moi, qui n’avais pas prévu cela. Au Japon, jusque là, je n’avais pas vraiment de temps pour moi, je devais dessiner, dessiner…

Avec Cowboy Bebop, ça a changé. [...] Par exemple, quand je suis allé pour la première fois en France, j’ai pu admirer la Tour Eiffel… C’est là que j’ai eu l’idée de la tour assez ressemblante de Cowboy Bebop le film. Mon voyage a eu une influence directe sur la création du long-métrage. »

Il s’inspire donc énormément des choses qui l’entourent ou des gens qu’il croise. Ed de Cowboy Bebop est inspiré de la lunatique Yoko Kanno, tandis que Ein fut créé à partir d’un véritable welsh corgi, adopté pour l’occasion, qui servira aussi de base morphologique pour les loups de Wolf’s Rain

De sa façon de travailler il explique qu’il aime « qu’il y ait une séparation nette entre chaque travail que j’effectue, pour pouvoir faire des choses à chaque fois différentes, et apprendre. C’est ce qui m’a poussé à travailler sur des jeux vidéo par exemple, comme récemment Tales of the abyss (2005). » Cependant il est surtout connu comme character designer. Un métier qu’il analyse de la manière suivante : « Le chara-design peut sembler facile, mais il faut être capable de créer un dessin qui soit simple à bouger, mais pas non plus trop grossier sinon il perd de sa saveur. C’est toute la difficulté de ce métier, trouver l’équilibre. »

Enfin, lorsqu’on évoque sa patte graphique, Kawamoto explique que sa caractéristique est justement qu’il n’en a pas : « On me dit que ma principale qualité est d’arriver à animer une production sans qu’on voit ma patte justement. Quand je travaille sur une adaptation, comme The Cockpit par exemple, on ne va voir que du Leiji Matsumoto. Pareil pour Golden Boy, on ne voit que du Tatsuya Egawa. Je m’adapte complètement à l’identité de l’auteur original. Je deviens l’œuvre elle-même. On m’a même donné un surnom pour ça, mais je ne vous le donnerais pas ! (Rires) »

Je n’ai plus qu’à essayer de trouver lequel ! Vous pouvez retrouvez les interviews de Kawamoto ici ou.

Manhwa et Global Manga

ares-1-bookenGeum-Chum RYU : Né le 8 mars 1978, c’est en 2001 que sa carrière prend son envol, avec la série Ares, publiée depuis quelques mois chez Booken Manga. Depuis, il a écrit d’autres manwhas, comme Nephilim John, édité chez Young Champ, un magazine de l’éditeur coréen Daewon ou encore La légende du roi Muryong chez Comic Cham, autre magazine de la même maison. Ce dernier titre arrive en avril chez Booken Manga et c’est pour le faire découvrir que Geum-Chum RYU a fait le voyage. Il vous attend avec un deuxième auteur, qui se trouve aussi être l’un de ses fans si on en croit Booken

Reno Lemaire : C’est en effet l’auteur de Dreamland, publié depuis 2005 chez Pika, qui a eu un coup de cœur pour Ares. Il travaille avec Booken Manga depuis quelques temps, notamment sur leur site web. Il vous attend lui aussi en dédicace.

D’autres auteurs français influencés par le manga sont également présent : Jonat (Dofus Monster), Liaze et Moemai (Lost Soul), Nacho Fernandez (Dragon Fall).

J-music

C’est ce samedi à partir de 17h que vous pourrez vous essayer à amber gris, un groupe de visual kei. Vous savez tous que c’est un genre qui ne compte pas parmi mes préférés, mais comme je suis chargé de les interviewer pour Total Manga, j’ai commencé à creuser… Et je suis agréablement surpris. Non pas par le look – tout à fait typique du visu – mais par le chanteur et le son, tout à fait honorable. Le concert mérite donc le déplacement, vu qu’il est gratuit ! Voici un avant-goût :

C’est en février 2009 que le groupe est formé. Il est formé de 5 membres : Temari (ex-Ruvie) au chant, Kaname (ex-gossip) et Wayne (ex-SULFURIC ACID -Koji-) à la guitare, Koto (ex-Sugar) à la basse et enfin Haruma (ex-beaU -support-) à la batterie.

Le groupe lance son site officiel le 9 août 2009 et commence à se faire connaître. Début 2010 ils s’attaquent à des salles plus grandes telles que celle du Shibuya Womb (1000 personnes environ) et enchainent les lives tout au long de l’année. Le 24 mars 2010 ils sortent un premier mini-album qui se atteint la 7ème place du top Oricon indies. En juillet 2011 arrive leur premier album, pomander, et une tournée japonaise. L’année 2011  s’achève avec la participation du groupe à un event le 31 décembre en compagnie d’AYABIE, BORN, Duel Jewel, SCREW, et d’autres artistes. Ils vous attendent pour une séance de dédicace samedi midi puis le concert en fin d’après-midi. Et entre les deux, c’est votre serviteur qui ira à leur rencontre !

Voilà vous en savez désormais plus sur les principaux invités de cette 13ème édition de Paris Manga. Pour les fans de cinéma ou de la licence Gantz sachez que l’actrice Natsuna Wanatabe (Kei Kishimoto dans le film de Gantz) fera une séance de dédicace le dimanche 5 février 2012 à Paris Manga à partir de 14 h.

En bonus voici le plan, toujours bien utile !

Plus d’informations sur le site officiel.

Source : Paris Manga, Anime News Network, Wikipedia, Orient Extrême, Journal du Japon, Booken Manga


février 3rd, 2012
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Front Mission : cette guerre que l’on connait si bien…

⊆ janvier 31st, 2012 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation, Preview | | ˜ 4 Commentaires »

Front Mission

Après la double chronique Suicide Island VS BTOOOM! je reviens à une chronique simple : Front Mission Dog Life & Dog Style, un manga de Ki-oon signé par Yasuo OTAGAKI (Moonlight Mile) au scénario et par C.H.LINE au dessin. Je pensais lui confronter Sanctum, le dernier Boichi chez Glénat, mais ce dernier se dévoile trop peu dans son premier volume. Petite nouveauté à la fin de cette chronique : une petite fiche technique, j’espère que ça vous plaira et que vous la trouverez utile !

Le thème de cet article sera donc la guerre, de manière simple et épurée, c’est à dire sanglante, tragique, cruelle et stupide. La guerre quoi… comme nous pouvons oublier qu’elle est. C’est donc parti pour une piqure de rappel.

Front Mission

Gooood morning Huffman !

Direction l’île d’Huffman, dans l’océan pacifique, en 2090. Cette nouvelle île est l’objet d’une nouvelle guerre froide entre deux superpuissances : une alliance de l’Asie et de l’Océanie d’un côté et un État composé des Amériques du Nord, Centrale et du Sud de l’autre. Ils se disputent les nombreuses ressources naturelles de l’île et ne cessent de se chercher querelle. Un cessez-le-feu tient tant bien que mal depuis 20 ans mais chaque camp renforce ses troupes. La guerre est proche.

Malheureusement pour lui, le journaliste Akira Matsuda n’en a aucune idée en posant les pieds à Freedom, la capitale d’Huffman. Membre de l’équipe de télévision japonaise, il vient couvrir les tensions entre l’Est et l’Ouest du pays sans imaginer une seule minute que, quelques jours plus tard, un conflit d’une rare violence va débuter. Akira et ses collègues vont se retrouver bloqués sur l’île et devenir les témoins de cet enfer.

C’est la guerre !

En lisant Front Mission, on se rappelle que la guerre fait partie intégrante de notre vie, depuis notre enfance et nos premiers cours d’histoires jusqu’à la toute dernière actualité sur la situation en Syrie ou en Afghanistan. Il est d’ailleurs facile, avec ce premier tome en main, d’en comparer les évènements avec des faits réels, à travers un petit jeu de devinettes… Prêt ? C’est parti !

Deux régions du même pays en guerre froide ? Les Corées ! Un engin explosif dirigé contre une des tours d’une grande ville ? Le 11 septembre ! Un débarquement meurtrier ? Venez sur les plages de Normandie ! Un conflit où les vainqueurs humilient les perdants ? Guantanamo ça vous dit quelque chose ? Etc, etc. Le nombre de situations de guerre qu’un être humain est capable de citer aurait de quoi faire totalement flipper le premier Alien venu…

Front Mission Front Mission

Mais revenons à nos moutons. Tiré du jeu vidéo éponyme, Front Mission conserve les méchas de la version vidéo-ludique mais ces derniers ne sont qu’une version plus moderne de l’arsenal militaire, plus rapide, plus puissant… Mais ils restent manipulés par des hommes. Yasuo Otagaki nous rappelle, avec simplicité, ce qu’une guerre veut dire : les gens sont découpés ou broyés lors des explosions, les militaires tirent sur les ennemis vaincus ou violent ce qui leur tombent sous la main… Des faits tout à fait choquants, mais tous raccord avec la réalité et avec les bafouments quotidiens de la convention de Genève. Depuis la guerre du Rwanda et son génocide à coup de machette, les hommes ne se sont pas subitement devenus moins cruels et les guerres miraculeusement propres.

Front Mission - Mécha

Lords of war

Mais cette horreur est d’autant plus palpable que ce manga nous la fait vivre à travers quelques protagonistes marquants. La première partie du récit – le lancement de la guerre – est présentée à travers les yeux du journaliste Yasuo Otagaki, symbole de la réussite masculine dans un monde en paix, sur de lui et de sa valeur, qui se retrouve complétement anéanti par la réalité de ce jeu de massacre. Tout comme nous il n’a jamais perçu la guerre qu’à travers la vision erratique et lissé que nous offre les médias. Une expérience qui va le transformer, grâce à sa rencontre de Kenichi, son collègue journaliste, son antithèse.

Ce petit homme que personne ne remarque jamais va faire de son invisibilité un atout majeur pour circuler en plein conflit. Dès le début de la lutte, Kenichi devient rapidement l’un des meilleurs reporters et photographe du conflit, dont la morbidité semble le fasciner. Cet attrait malsain pour la destruction et la mort  fait de lui, dans ces circonstances, l’un des meilleurs. C’est aussi ce qui l’amènera à rencontrer le sous-lieutenant Kanô, un jeune garçon qui a trouvé dans l’armée la direction que sa vie devait prendre. Travailleur et courageux, voilà l’image modèle du Japonais prêt à partir au conflit pour défendre sa patrie… Mais pour quel résultat. La guerre ne fait pas que tuer les populations locales, elle attire à elle des êtres humains de grande valeur pour en faire de la chair à canon.

Front Mission - Kenichi, le photographe Front Mission

Certains sont donc anéantis par cette barbarie, tandis que d’autres révèlent leur potentiel. Mais, dans les deux cas, on dénombre autant de chance de vivre que de mourir. Dans ce titre, l’inutilité du conflit n’a d’égal que l’absurdité des morts qui en découlent. Bien loin des idéologies qui tentent de  justifier ces campagnes militaires, Yasuo Otagaki et le dessin réaliste de C.H.Line détaillent ce que devient un être humain lorsqu’on lui demande de tuer un maximum de ses semblables.

On pourrait également parler de la presse et de la censure opérés par les états en conflits, du désintérêt et de la déshumanisation des populations éloignés des zones de combat (Plus une catastrophe se passe loin, plus il faut de morts pour qu’on en parle comme disait Churchill). Car en un seul volume Front Mission a déjà livré beaucoup de pistes de réflexion et tout autant de raison de le lire. Du bon boulot, vivement la suite.


Front Mission 1Titre : Front Mission Dog Life & Dog Style - vol. 1
Auteurs : Yasuo OTAGAKI / C.H.LINE
Date de parution : 26 janvier 2012
Éditeursfr/jp : Ki-oon / Square Enix
Nombre de pages : 224
Prix de vente : 7,50 €
Nombre de volumes : 7 (série en cours)

Lire un extrait de la série : cliquez ici.

Visuels : © Yasuo Otagaki, C.H.LINE / SQUARE ENIX CO., LTD.


janvier 31st, 2012
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Concours Sprite : and the winners are…

⊆ janvier 30th, 2012 | ≡ Topic: Concours, Manga, Manga / Japanimation, News | | ˜ 2 Commentaires »

Voici enfin les résultats du concours de  janvier, consacré au seinen Sprite, le manga de Yushio Ishikawa aux éditions Kazé Manga.

sprite-1-kaze

Ce mois-ci le double concours blog / Facebook a bien fonctionné, même si Sprite reste un seinen méconnu (à tort, comme l’explique très bien cet article). Une vingtaine de réponses complètes me sont arrivées.

Les gagnants du mois sont R.Gauthier et Koupina, bravo à eux ! Ils recevront prochainement par la poste leur tome 1 de Sprite envoyé par les éditions Kazé Manga, que je remercie au passage. Félicitation également à tous les autres : Meghann, Laetita, Christelle, Bryan, cbvero, Adrienne, Hélène, Damien, dende, Zakidine, et tout ceux qui ont essayé de résoudre les casses-têtes du mois. Je compte sur vous le mois prochain !

Place maintenant aux réponses. On commence avec les mots croisés :

Grille Paoru - Janvier

Et voici maintenant les réponses du puzzle

Concours Sprite

Rendez-vous courant février pour un nouveau concours !


janvier 30th, 2012
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