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Japon

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Dossier Shôgi 1/2 : à la découverte du jeu des généraux

⊆ janvier 16th, 2013 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 2 Commentaires »

Shôgi

C’est aujourd’hui que sort le huitième et dernier tome de la saga Kings of Shogi de Jirô ANDO et Masaru KATORI, chez les éditions Pika. L’occasion pour vous parler du shôgi, ce jeu proche des échecs mais méconnu en France, est donc parfaite : Paoru.fr lui consacre un dossier spécial, en deux parties : tout d’abord un article qui se lance à la découverte de ce jeu, via son principe de fonctionnement puis grâce à l’interview de Painfool de l’un des joueurs hexagonaux, aussi acteur du shôgi en France : Erik Roeloffzen, membre du conseil d’administration de la Fédération Française de Shôgi.

Retrouvez tous les liens pour en savoir plus ou pour jouer directement en fin d’article ! Bonne lecture 😉

Le shôgi, comment ça marche ?

Comme le dit en substance Wikipédia : Le shôgi (将棋, littéralement « jeu d’échecs des généraux ») est un jeu de société traditionnel japonais, se rapprochant du jeu d’échecs, opposant deux joueurs qui jouent tour à tour. L’objectif du jeu est de prendre le roi adverse. Quand le roi ne peut éviter d’être pris au coup suivant, la partie est terminée. On dit que le roi est « Mat ». Le tout se joue sur un shogi ban ou table de shôgi, qui est carré et compte 81 cases (9*9 lignes donc) et qui est assez proche, physiquement, du goban, la table du plus célèbre jeu de Go. Pour l’anecdote, sachez que la production de ces tables est la spécialité de la ville de Tendo qui en détient le quasi-monopole, avec 95 % de la production nationale… Mais revenons au jeu !

Shogi ban

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, les deux joueurs répartissent leurs pièces sur 3 lignes avec, comme aux échecs, des pions en ligne de front et des pièces différentes, plus mobiles et plus puissantes, plus en retrait. Les pièces se déplacent selon leur type, qui possède plus de variations que le jeu d’échecs. Au début de la partie, chaque joueur dispose de 20 pièces : un roi, une tour, un fou, deux généraux d’or, deux généraux d’argent, deux cavaliers, deux lances, et neuf pions. De plus, comme au jeu de dames, les pions peuvent être promus si on parvient à les emmener sur les lignes adverses : on dit alors que ces pièces sont « promues« . On obtient donc une large gamme de possibilités, comme vous pouvez le voir ci-dessous (en bleu, déplacement d’une case, en rouge déplacement sur toute la ligne) :

Pièce du shôgi

Comme dans tous les jeux de ce type, si une pièce s’arrête sur une case occupée par une pièce adverse, cette pièce est prise. À chaque tour, un joueur peut soit déplacer une pièce, soit remettre en jeu une pièce capturée. En effet, contrairement aux échecs, les pièces prises sont mises en réserve. Leur nouveau propriétaire pourra les remettre en jeu : on dit qu’il les « parachutent« . Le parachutage est l’un des vrais plus du shôgi puisque l’on peut s’en servir pour renforcer un camp trop à découvert ou intensifier une attaque pour assurer son objectif. Enfin c’est en raison de ce parachutage que les pièces de shôgi ne possèdent pas de couleur, car elles peuvent changer de propriétaire, mais plutôt une forme, car elles pointent toujours vers l’adversaire.

Entretien avec Erik Roeloffzen, administrateur de la FFS

Bonjour Erik Roeloffzen, quel est votre rôle vis à vis du shôgi français ?

Je suis trésorier de l’Association Shogi Paris (ASP), et membre du conseil d’administration de la Fédération Française de Shôgi. Je m’occupe beaucoup de l’initiation lors des conventions comme les diverses conventions orientées vers les loisirs japonais.

Erik Roeloffzen

Quelles sont les règles de base du shôgi ? En quoi est-il différent du jeu d’échecs tel qu’on le connait en Europe ?

Comme au jeu d’échecs, l’objectif est de mater le roi adverse. Cependant, c’est un jeu qui se joue plus au « corps à corps », grâce à des pièces beaucoup plus lentes, aux déplacements plus restreints. Une tour, un fou et deux cavaliers sont présents pour rendre le jeu plus dynamique.

Au niveau des règles, il existe deux différences majeures. La « promotion », qui permet d’améliorer toute pièce entrant dans les trois dernières lignes. Sa capacité de déplacement change, afin de lui permettre de rester active dans la partie. L’autre particularité du shôgi est le parachutage. Les pièces prises à l’adversaire pourront être remises en jeu, plutôt que de jouer un coup.

En dehors de ces deux points, on retrouve les mêmes stratégies, comme par exemple le clouage des pièces ou les fourchettes.

On pourrait alors s’attendre à un jeu plus défensif, étant donné que les pièces sont moins mobiles ?

Non, parce que le parachutage permet de réutiliser les pièces capturées à l’adversaire. On peut les redéployer sur n’importe quelle case vide, donc en principe, un joueur aura souvent tendance à chercher à mater en parachutant une pièce autre qu’un pion devant le roi.

Shôgi Shôgi

Quel profil doit avoir un joueur de shôgi ? Doit-il être patient, calculateur ?

En France, on a généralement des ingénieurs, des informaticiens, tandis qu’au Japon, les joueurs sont principalement des littéraires, même si ce jeu touche quasiment tous les japonais, de près ou de loin. Quant au profil des joueurs, il est difficile d’établir un schéma général tant il existe de styles différents. Il est aussi bien possible d’avoir un jeu extrêmement défensif en construisant un « château », ou au contraire jouer très agressif, en faisant « Sangenbisha » (ouverture où le joueur place sa tour dans la troisième colonne, afin d’enfoncer les lignes adverses).

Comment les parties se déroulent-elles en compétition ?

 Il y a un temps dit « absolu », que le joueur peut utiliser pour réfléchir à chacun de ses coups, et une fois que ce temps est épuisé, on passe en « temps par coups ». Le temps absolu est en général de 30 minutes, et une fois ce capital utilisé, on a le droit à 30 secondes par coups. Une partie dure donc en général une heure et demi, ce qui est relativement rapide.

Afin de décider quel joueur commence, le plus haut gradé lance en l’air un nombre impair de pièces en l’air. Si le nombre de pièces promues est supérieure au nombre de pièces non promues, son adversaire commence.

Combien y a-t-il d’inscrit au Japon ? Et en France ?

 Au Japon, tout le monde connait le Shôgi de près ou de loin, et les inscrits sont très nombreux. En France,  Le jeu commence seulement à se faire connaître, mais la Fédération Française de Shôgi (FFS) a recensé plus de 150 nouveaux licenciés, ce qui nous a permis de passer 50 à 200. Actuellement, il existe 14 clubs en France. Ce nombre peut augmenter très vite grâce à l’intégration du shôgi dans les clubs d’échecs, mais ces derniers sont souvent réfractaires à ce jeu qu’ils voient comme un concurrent.

La FFS est probablement la mieux développée au niveau européen. L’année dernière, nous avons pu organiser l’International Shogi Forum (ISF), durant lequel plusieurs joueurs professionnels japonais nous ont honoré de leur présence. Il y a également eu un tournoi pour lequel des joueurs de toute la planète se sont déplacés. Ce fut une très bonne expérience.

Comme pour les pratiquants d’arts martiaux, les joueurs de shôgi doivent d’ailleurs passer des grades avant de devenir professionnels, via un système de Kyu et de Dan ?

En participant à des tournois, on va améliorer son score Elo, afin de se présenter en Kyu puis en Dan. En France, on part du 20ème Kyu, jusqu’au premier, avant de passer au premier Dan, puis au second, et ainsi de suite. Il existe cinq joueurs en France de niveau supérieur ou égal au premier Dan. Il arrive parfois que certains joueurs aillent faire des stages d’observation au Japon afin de s’améliorer, comme Jean Fortin et Adrien Levacic suite à l’ISF.

Sur quels axes tablez-vous pour attirer l’attention des gens ?

Actuellement, nous nous impliquons beaucoup auprès des jeunes grâce au parallèle échecs-shôgi. Mais si les gens sont souvent intéressés, ils sont rarement prêts à s’investir dans un jeu de stratégie. Il existe aussi depuis quelques temps des pièces européanisées, afin de faciliter l’apprentissage des pièces de Shôgi. Mais les traditionalistes préfèreront toujours les belles pièces marquées de leurs kanjis calligraphiés. Le système de promotion fait toujours un peu peur aux joueurs, au début, mais au final tout se recoupe, puisqu’à l’exception du fou et de la tour toutes les pièces se déplacent comme des Généraux d’Or, une fois promues.

Pour faire découvrir le shôgi aux plus jeunes, Madoka Kitao a inventé le Doubutsu Shogi (le shôgi des animaux, NDR), dans lequel le but est de manger le lion adverse ou de traverser le plateau avec son lion. Ce jeu reprend les principes de base du shôgi, tels que le parachutage et la promotion.

dobutsu-shogi

Merci Erik Roeloffzen !

Entretien réalisé lors de Japan Expo Centre, le 27/10/2012. Propos recueillis par Painfool. Remerciements à Erik Roeloffzen pour son temps !

Retrouvez plus d’informations sur le shôgi sur Wikipédia ou sur le site de la FFS. Il existe également un groupe sur Facebook et, pour les parisiens, le site de l’association de Paris d’Erik Roeloffzen dispose d’un blog ici.

Poursuivez la lecture de notre dossier avec notre critique de Kings of Shôgi, le seinen réussi d’où est parti ce dossier !


janvier 16th, 2013
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Préparer son voyage au Japon, épisode 1 : L’Enfer du Circuit.

⊆ octobre 31st, 2012 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Japon | | ˜ 6 Commentaires »

Carte Japon

Aujourd’hui je laisse la parole à notre chère Lōlu, que vous connaissez déjà pour le superbe album photo de son voyage au Japon. Le Pays du Soleil Levant est à nouveau au cœur de ses occupations puisqu’elle entame aujourd’hui une série d’articles sur le rêve de nombre d’entre-nous : partir au Japon.

De la préparation minutieuse du voyage à l’organisation de la vie sur place, vous allez découvrir tous les bons plans, les astuces, les étapes obligatoires et les points noirs à éviter pour concocter ce voyage qui vous faisait si envie !

Allez, je vous laisse avec la demoiselle… Bonne lecture 😉

Il était une fois… Lōlu au Japon

Il faut l’avouer, organiser un voyage, qui plus est à l’autre bout de la planète, relève souvent du parcours du combattant. Manque de temps ou de retours, barrière de la langue, informations périmées, sites douteux, commentaires mensongers ; de nombreux facteurs font que nous abandonnons vite cette entreprise, et préférons la solution de facilité : les agences de voyage.

Cependant, si effectivement pour planifier son séjour au Pays du Soleil Levant, il faut du temps et de la motivation. Néanmoins s’investir dans un tel projet n’est pas sans avantage : outre la maîtrise totale de votre périple, aussi bien au niveau du budget qu’au niveau du parcours, vous acquerrez certains réflexes qui vous seront fort utiles une fois sur place, en cas de pépin.  Mais surtout, cela vous permettra d’aborder votre périple l’esprit tranquille.

Après deux mois au Japon, période pour laquelle j’ai fait de longues recherches,  j’ai décidé de partager ici avec vous, sous forme de FAQ non-exhaustif, le fruit de mes investigations. Il est donc le reflet de ma propre expérience, qui ne se veut en aucun cas généraliste.

Alors, par quel bout commencer ? Quel est le point de départ de ce qui sera certainement l’aventure de votre vie ? Et bien, avant les temples et les fêtes à Shibuya, il vous faudra passer par l’Enfer du circuit, ou comment organiser les différentes étapes, day by day, de votre petit voyage. Et pour cela, il faut avant tout se documenter.

Les guides de voyages

À défaut d’être un voyagiste professionnel, il est possible d’aisément organiser et gérer son voyage en se documentant. Et cela commence évidemment par l’achat d’un guide. Il en existe un certain nombre, encore plus si vous lorgnez du coté des guides anglophones. Mais au final, très peu sont de qualité, ou avec des informations remises au goût du jour chaque année. C’est encore plus le cas aujourd’hui, après le passage du tsunami, et vous ne pourrez que constater avec peine les ravages qu’a fait la vague sur la merveilleuse région de Sendai. Cela évoluera certainement avec le temps, puisque la refonte des guides dépend en grande partie de l’évolution de la situation sur place, mais ce n’était pas encore le cas pour cette année 2012. Bref, pour cette région en particulier, préférez les sites internet, voire les associations sur place ou l’office du tourisme de la région.

Pour en revenir aux guides, deux ont particulièrement attiré mon attention : le premier, que j’ai acheté, mais qui est aussi un des plus chers, est le National Geographic. Assez complet, il est accès sur le coté historique et « nature » du Japon, accentuant ses conseils sur les parcs nationaux, monuments importants, et autres coins de faune et de flore. Le guide est par ailleurs très détaillé en ce qui concerne les villes de Kyoto, Tokyo et leurs alentours. Il comporte des cartes régionales indiquant les zones les plus intéressantes, et des zooms sur certains quartiers de Tokyo et Kyoto, proposant du même coup des itinéraires de promenade. A contrario, si vous cherchez un guide vous présentant les bons spots pour vous éclater sur Tokyo ou Osaka, passez votre chemin.

Le guide recense également les principaux matsuri (ou «festival traditionnel») sur l’année, ce qui est un point non négligeable pour l’organisation de votre voyage. En revanche, il est très peu (voire pas du tout) renseigné sur les îles (l’archipel de Ryukyu où se trouve notamment Okinawa, Yakushima/Sakurajima, ou l’archipel d’Izu entre autres).

Malheureusement, outre son prix, son gros point faible est son poids : fait de papier glacé et tout en couleur, il est certes magnifique et agréable à parcourir, mais pas vraiment transportable.

Le second est un peu plus difficile à trouver, mais contentera grandement les budgets serrés : éditions Solilang. Ce petit guide, qui ne paie pas de mine est, selon les dires de l’éditeur « un véritable livre-couteau suisse », et il serait difficile de dire le contraire tant les informations qu’il contient sont diverses, variées, et surtout utiles !

Auto-stop au Japon de Julien Joly aux Il contient, comme son nom l’indique, des informations sur l’auto-stop au Japon, mais aussi des conseils pour préparer son parfait petit sac de backpacker, des explications sur les transports japonais (et ce n’est pas du luxe!), des astuces pour dormir à petits prix, voire gratuitement si vous voulez faire du camping sauvage, des bons plans de restaurants et conbini, et un véritable armada de phrases, expressions et kanjis qui vous seront très utiles pour lire les étiquettes, les cartes des restaurants, les panneaux de signalisation, et surtout pour vous faire comprendre du futur conducteur qui vous prendra en charge.

Attention cependant, on ne saurait que trop vous conseiller de vérifier via Trip Advisor les adresses d’auberges données dans le guide, certaines étant en fait très … douteuses.

D’un prix de 9,80€, il reste l’un des guides les plus abordables sur le marché, mais ne traite d’aucun aspect culturel ou  touristique. C’est un guide pratique, tout simplement, qui se complète parfaitement avec le National Geographic. Enfin, il est important de noter que le guide a été réactualisé en novembre 2011 suite aux catastrophes de Fukushima.

Outre ces deux guides, le Lonely Planet est également une référence du genre, très complet, mais un peu austère (uniquement en noir et blanc). Je ne saurais que trop vous le conseiller, ayant déjà testé la collection pour d’autres villes européennes.

Sachez qu’il existe aussi une version du guide spéciale randonnée nommée Hiking in Japan. Je n’en ai pas fait l’acquisition car ne prévoyant pas de longue randonnée, mais le peu que j’en ai feuilleté augurait quelque chose collant à l’éthique Lonely Planet : clair, net et précis.

Vous pouvez également compléter vos recherches dans les guides avec Google Books : en effectuant une recherche par mots clés (exemple : « hostel Chuzenji lake »), vous trouverez peut-être votre bonheur dans les pages consultables en ligne.

Les guides de voyage, c’est bien me direz-vous, mais il y a évidemment d’autres moyens de se documenter.

Les brochures gratuites

Votre excursion à l’autre bout de la planète ne serait rien sans un bon paquet de brochures, plus ou moins utiles. Les principales, et plus intéressantes, sont fournies par l’Office du Tourisme Japonais, ou JNTO en anglais (Japanese National Tourism Organization). Le site anglais est magnifiquement pourvu en brochures de toutes sortes : guide de conversation, cartes du Japon ou de Tokyo, guide généraliste ou par région, et fiches spéciales (très bien faites et très utiles!) sur des villes ou thèmes précis (le camping, la randonnée etc.). Attention, la plupart sont en anglais donc, mais certaines sont également disponibles en français.

Pour la version française du site officiel, c’est par ici, mais notez qu’il faut s’inscrire sur le site et faire une demande par mail pour obtenir les brochures en français (si existante, ce qui n’est pas toujours le cas …). Elles sont également en libre service à l’Office du Tourisme Japonais à Paris.

Si vous vous débrouillez en anglais, alors évitez vous une perte de temps inutile, et rendez vous directement sur la version anglaise du site.

Si vous habitez à Paris ou êtes de passage, vous pouvez visiter les locaux de l’agence Vivre Le Japon, qui, hormis sa partie «agence de voyage», possède une large bibliothèque d’ouvrages, brochures, cartes et autres classeurs très efficaces. Uniquement consultables sur place, vous trouverez cependant quelques brochures à emporter, comme un guide de Tokyo parfaitement complet réalisé par le Tokyo Metropolitan Governement. Un must-have, qui deviendra rapidement votre Bible durant votre périple Tokyoïte.

Vue de l'agence Vivre Le Japon

Par ailleurs, l’équipe (très sympathique) n’hésitera pas à vous renseigner et vous aider dans vos recherches si vous vous manifestez.

Enfin, sachez qu’une fois sur place, vous aurez toujours la possibilité de trouver des brochures en anglais (et parfois en français !) auprès des offices du tourisme, situées généralement près des gares des villes où vous vous rendrez. Le personnel japonais parle la plupart du temps un mauvais anglais, mais sera toujours disponible et tentera tout prix vous aider dans vos recherches malgré les difficultés langagières.

Les sites

Que serait cet article sans cet ami indispensable et indéfectible : internet, et Google.

En réalité, et je dois être un peu difficile, mais je n’ai trouvé que peu de sites français fiables ou intéressants sur les différents lieux que je voulais visiter. Pire, les forums forment de véritables bric-à-brac d’informations périmées et parfois TRÈS subjectives. Mes références en matière de sites internet sont donc restreintes, mais, à mon sens, complètes, et ne nécessitant que peu de compléments.

Il y a tout d’abord le fameux Japan Guide (en anglais), site de référence en la matière, que Google sortira régulièrement dans vos résultats de recherches. Son aspect un peu fouillis peut rebuter aux premiers abords, mais son avantage est sa classification par région : ainsi, si vos connaissances se limitent à Tokyo, Kyoto et Osaka, vous pouvez regarder les fiches par région et avoir un aperçu des villes voisines, qui peuvent être tout aussi attrayantes. L’organisation des fiches est très simples, et les parties « access and orientation » (en d’autres termes, comment parvenir à la ville en question) sont assez complètes. Mention spéciale aux fiches concernant le Mont Fuji et l’organisation de son ascension, qui sont impeccables.

Il y a ensuite, et surtout, les sites officiels des villes où vous vous rendrez. La plupart ont une version anglaise (parfois française), et certains sont particulièrement bien construits (comme celui de l’île de Miyajima). Bien sûr, il n’y a pas de site référence en la matière, Google sera votre ami.

Vous trouverez également beaucoup d’autres informations sur Wikitravel, mais attention, tout comme Wikipedia, vérifiez bien ce qui vous est donné.

Coté français, j’ai aimé le site d’Ici Japon, qui propose un guide du Japon intéressant, mais manquant de mise-à-jour. Je vous renvoie également aux sites de l’Office du Tourisme Japonais et de Vivre Le Japon, eux aussi très pertinents.

Enfin, et parce que c’est un endroit très spécifique : si vous souhaitez vous rendre à Yakushima, je vous conseille vivement le site de ce particulier. Le Wikitravel sur Yakushima est également plaisant, mais vous trouverez la majeure partie de vos renseignements et brochures à votre débarquement sur l’île (le personnel qui vous accueillera incarne la gentillesse même, et n’hésitera pas à accéder à la moindre de vos requêtes !).

Et après, je fais quoi au juste ?

Et après, le plus gros du travail reste à être effectué, à savoir : faire une première sélection parmi la masse d’informations récoltées, c’est-à-dire qui vous intéresse, et ce qui ne vous intéresse pas.

Cette besogne faite voici mon conseil, qui vaut ce qu’il vaut, mais qui aura le mérite de donner un cadre à votre planning : regardez le calendrier des différentes Matsuri, et articulez votre parcours autour de celles qui ont piquées votre curiosité. Cela vous évitera des va et vient coûteux et fatiguant, et vous permettra de vivre plus sereinement votre voyage dans les terres japonaises tout en profitant d’un maximum de fêtes.

© JNTO

Autre point très important : le temps. Certaines villes, de par leurs tailles, nécessitent plus de temps que d’autres. Il vous faudra donc prévoir plusieurs jours au même endroit, alors que d’autres n’auront besoin que d’une journée de visite. Il est pour cela important que vous vous renseigniez sur ce qu’il y a à faire/visiter dans les villes qui ont potentiellement attirés votre attention, et « peser le pour et le contre » comme on dit : n’est-il pas plus judicieux de passer une journée de plus dans cette ville plutôt que de se rendre dans cette autre ville où je ne veux voir que tel monument ? Car il faudra vous faire une raison : vous ne pourrez malheureusement pas tout voir, et transformer votre voyage en marathon n’est peut-être pas la meilleure des choses.

Et outre le temps de visite, il faut aussi compter sur le temps passé dans les transports (qui peut être considérable si vous n’avez pas le JR Pass, et donc prenez le bus et autres trains régionaux) : sur ce point, sauf si vous êtes un adepte du «voyage à l’arrache», il est indispensable que votre emploi du temps soit au point avant votre départ, sous peine d’avoir quelques mauvaises surprises (mais j’aborderai ce point plus en détail dans un autre article).

Je ne vous conseillerais donc que trop de vous laisser du temps pour apprécier chaque endroit que vous visiterez, quitte à faire quelques sacrifices.

Dans mon prochain article, je traiterai de l’étape suivante, à savoir la réservation des hôtels, qui peut parfois se révéler être un véritable cauchemar.

Si vous avez des questions ou remarques, n’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires ci-dessous !


octobre 31st, 2012
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Les 3 unificateurs du Japon : Episode 3bis – Ieyasu Tokugawa

⊆ septembre 22nd, 2012 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 3 Commentaires »

Tokugawa_Ieyasu_Mausolée

Suite et fin du dossier estival consacré à la vie et l’œuvre des 3 unificateurs du Japon : Nobunaga Oda, Hideyoshi Toyotomi et enfin Ieyasu Tokugawa, sans doute le plus célèbre des trois, dont j’ai scindé la biographie en deux parties. Après vous avoir raconté son enfance, ses premières batailles et son ascension vers les sommets, nous terminons aujourd’hui avec son arrivée au poste tant convoité de shôgun, inoccupé depuis plusieurs siècles et que ne pourront jamais remporter ses prédécesseurs Oda et Toyotomi, faute d’avoir conquis suffisamment de provinces ou d’être né sous une bonne lignée.

En route pour cette dernière histoire… Bonne lecture 😉

Hideyoshi et Ieyasu : une alliance de raison…

Tokugawa Ieyasu dans Sengoku.MusouDans notre précédent épisode, nous nous sommes arrêtés à l’année 1582, où Tokugawa finit enfin par achever le clan Takeda, ennemi de longue date. Cette année va être un tournant crucial pour le Japon et Tokugawa puisqu’au printemps, suite à un complot que je vous ai déjà expliqué maintes fois, Oda Nobunaga est assassiné par l’un de ses vassaux, Mitsuhide Akechi (voir ici, à la fin de l’article). Trop loin et en plein combat, Ieyasu se fait devancer par Toyotomi qui venge son maître et prend progressivement le pouvoir.

Comme je vous l’expliquais dans la partie consacrée à Toyotomi, Ieyasu craint cet homme très intelligent et fin stratège. Il commence donc par conquérir ce qu’il a à portée de sabre et tente d’envahir les provinces de Kai et Shinano, dans le centre ouest du Japon (du coté de Nagano). Le clan Hojo (une famille de samurai qui a dominé la politique du Japon durant le 12ème et 13ème siècle) ne l’entend pas de cette oreille et envoie une grande armée pour le stopper. Le sang de ne sera pas versé car les deux familles parviennent à un accord : Kai et Shinano reviennent à Tokugawa mais ce dernier leur laisse la province de Kazusa (une partie de l’actuelle préfecture de Chiba), plus à l’ouest.

Pendant ce temps – nous sommes alors en 1583 – Hideyoshi assoit sa suprématie et devient le daimyo le plus puissant du Japon après avoir écrasé Shibata Katsuie, ancien vassal de Nobunaga. Prudent, Tokugawa a su resté neutre dans ce conflit mais, un an plus tard, il soutient Nobukatsu Oda, fils de Nobunaga, qui veut prendre la suite de son père. En fait Tokugawa cherche juste à provoquer un conflit pour affaiblir Toyotomi, qui devient de plus en plus puissant. L’affrontement a bien lieu mais, un an plus tard, Nobukatsu propose une trêve et, en 1586, Ieyasu va prêter allégeance à Hideyoshi. Dès lors, Tokugawa reste dans son coin et ne fait plus partie des campagnes de son maître, qui ne lui fait guère confiance. Par exemple, pendant les tentatives d’invasions de la Corée en 1592 et 1597, il accompagne Toyotomi au QG sur place, mais sans armée.

La seule exception est l’affrontement avec le clan Hojo en 1590 où Ieyasu apporte 30 000 hommes dans une armée de 160 000 pour affronter Ujimasa Hojo. Après six mois de siège du château d’Odawara, l’armée d’Hideyoshi l’emporte, les Hojo se font seppuku et Ieyasu reçoit la grande région du Kanto en échange des cinq provinces qu’il possédait, qu’Hideyoshi récupère. Ce changement de propriétaire du Kanto n’est pas anodin car il signe la fin de 450 ans de règne des Hojo. Le Japon n’a alors plus qu’un seul daimyo indépendant : Date Masamune, qui détient la province de Sendai. Il se soumettra lui aussi.

Ieyasu possède alors des terres plus riches mais il est aussi plus éloigné du pouvoir, ce qui est le but caché de Toyotomi. C’est aussi le début d’une grande histoire pour la ville d’Edo, l’ancienne Tokyo, qui devient la capitale des Tokugawa puis celle du Japon, à la place de Kyoto.

La campagne pour la succession : Sekigahara

Forces en présence à SekigaharaNous voici arrivé en 1598. Hideyoshi Toyotomi meurt. Le combat pour la succession est immédiat, l’enjeu étant de gérer le fils Toyotomi qui n’a alors que 5 ans, en devenant son régent. Des cinq candidats possibles, Tokugawa prend rapidement l’avantage et obtient le soutien de la moitié des daimyo. Pour convaincre les autres ? Facile, on les retrouve sur le champ de bataille pour l’un des affrontements les plus célèbres de l’histoire du Japon : la bataille de Sekigahara, connu des lecteurs de manga comme le début de l’histoire du manga Vagabond de Takehiko Inoue, par exemple. Elle est si célèbre qu’on la nomme d’ailleurs Tenka wakeme no kassen (la bataille qui décida de l’avenir du pays).

Cette bataille débute le 20 octobre 1600. Il pleut à torrent ce jour là. D’un côté nous avons les forces d’Ieyasu Tokugawa,  face aux forces de Mitsunari Ishida qui soutient le fils d’Hideyoshi, aka Hideyori. Les forces d’Ishida se positionnent sur les hauteurs et encerclent Tokugawa, en croissant de lune. 80 000 hommes de chaque coté, la bataille est prête.

En fin de journée Toshiro Shimazu, vassal d’Ishida veut lancer une attaque en profitant de leur position haute. Ishida refuse : il veut contenir les attaques de Tokugawa pour les affaiblir et attendre l’arrivée du clan Mori qui prendra ce dernier à revers. Mais ce que n’avait pas prévu Ishida c’est que Shimazu va se vexer, très trèèès fort. En fait le clan Toyotomi ne tient qu’à un fil depuis la mort des deux autres fils d’Hideyoshi pendant le second conflit de Corée, et les querelles intestines sont nombreuses. Et ça, Ieyasu l’a bien compris.

Le lendemain Tokugawa finit par lancer la charge, mais la pluie a créé pas mal de boue et s’avère défavorable aux charges de cavalerie. Les troupes loyalistes tiennent bon, même si le clan Mori tarde. Même s’il ne le sait pas encore, Ishida a un autre problème car son flan gauche contient un traitre : Kobayakawa Hideaki, qui a passé un accord secret pour se retourner contre Ishida a un signal convenu. Seulement voilà : les troupes de Tokugawa s’empalent sur les défenses d‘Ishida, et Ieyasu a beau lancer ses 30 000 réservistes dans la bataille, il peine à prendre l’avantage. Le félon Kobayakawa hésite dorénavant sur le camp à prendre !

Il est alors 12h00 et l’armée d’Ishida décide de passer à la contre-offensive. Tokugawa a subit de lourdes pertes, il est clairement mal en point. Et c’est là que notre vexé de Shimazu décide de retourner sa veste : il ne lance pas la charge ! Et Kobayakawa finit par se décider : il ne bougera pas non plus ! Mais ce n’est pas finit car cerise sur le gâteau, le clan Mori confirme sa défection.

La bataille de Sekigahara

Alors que la victoire leur tendait les bras l’alliance en faveur des Toyotomi se disloque et Tokugawa en profite en poussant Kobayakawa à faire davantage que de rester planter là : il lui tire carrément dessus pour le faire réagir ! Et ça marche ! Ce couard de général se retourne contre le flanc droit d’Ishida, qui éclate sous le choc. Moins d’une heure plus tard le centre de l’armée se désagrège à son tour et, à 14h00, c’est la débandade : de nombreux clans quittent le champ de bataille dans un chaos des plus total. Seul les Ishida et Konishi opèrent une retraite ordonnée.

En fin de journée, la victoire est pour Tokugawa, même avec une armée très mal en point. Après son histoire contre les Takeda où il échappe à la mort d’un cheveu et cette bataille, on peut vraiment dire que l’homme est rusé, convaincant et déterminé… Mais aussi un sacré gros veinard loin d’égaler ses prédécesseurs en tactique militaire.

Il faut encore quelques années pour soumettre les daimyos restant, complétement affaiblis mais encore nombreux. C’est le 24 mars 1603 que l’Empereur du Japon, conscient de la supériorité écrasante de Ieyasu, le nommera shôgun.

Ieyasu, le premier shôgun Tokugawa

Après avoir fait épouser sa petite-fille Senhime à Hideyori Toyotomi, Ieyasu Tokugawa fait d’Edo la capitale du Japon. C’est la fin de la période Sengoku et le début de l’ère Edo qui marque le règne des Tokugawa (pendant 268 ans !), avant la période de la restauration Meiji. Tokugawa a alors 60 ans et il passe ses dernières années à renforcer le pouvoir de son clan.

Ieyasu Tokugawa Armure de Tokugawa Ieyasu

Cependant Ieyasu ne reste shôgun que deux ans et laisse la place à son fils Hidetada dès 1605, pour assurer de son vivant sa propre succession. Mais il continue de tirer les ficelles en coulisse et garde son pouvoir, Hidetada n’étant que le dirigeant officiel, voir simplement administratif, du bakufu (aka le shogunat). Ieyasu lance le projet de construction du château d’Edo, un gigantesque chantier qui durera pendant toute sa retraite. C’est tout simplement le plus grand château du Japon.

Château d'Edo

De 1605 à sa mort, en 1616, Ieyasu converse régulièrement avec un prêtre protestant allemand du nom de William Adams (oui je sais ça ne fait pas très Allemand) qui va lui permettre de constater les dégâts que peuvent entrainer les guerres de religions en Europe et ailleurs. En 1614 il va d’ailleurs décider d’expulser tous les chrétiens du Japon et d’interdire purement et simplement l’exercice de cette religion dans son pays !

Auparavant en 1613, il aura également rédigé  le Kuge Shohatto’, qui encadre strictement les daimyos de la cour, pour n’en faire que des status officiels tout juste bons à représenter les clans aux grandes cérémonies.

Sa dernière grande bataille est le siège du château d’Osaka, de 1614 à 1615. En effet, il reste une menace qui plane sur les Tokugawa : Hideyori Toyotomi, qui est devenu un jeune daimyo vivant dans ce fameux château, avec tous les samurais opposés aux Tokugawa à ses cotés. Ieyasu finit par trouver l’occasion d’attaquer Hideyori lors d’une cérémonie d’ouverture d’un temple que ce dernier a construit. Ieyasu déclare qu’il s’agit d’une provocation et d’une prière pour la fin de son règne. Il ordonne alors à Hideyori et aux samurais de quitter le château d’Osaka mais ces derniers refusent. Je ne rentre pas dans les détails mais après deux sièges successifs le château tombe face aux 155 000 hommes des Tokugawa et quasiment tout le monde est massacré, y compris Hideyori, sa mère et son fils. Senhime en réchappe mais c’est la fin des Toyotomi.

Le Japon est définitivement unifié, plus rien ne menace alors les Tokugawa. Le 1er juin 1616, Ieyasu Tokugawa se laisse emporter par la maladie. Ses cendres sont déposés au Nikkō Tōshō-gū, dans la province de Tochigi… Et elles y sont toujours.

Tombe de Tokugawa Ieyasu Mausolée de Ieyasu Tokugawa

FIN !

Dossier – Les trois unificateurs du Japon.

Oda Nobunaga

Toyotomi Hideyoshi

Tokugawa Ieyasu 1/2

Tokugawa Ieyasu 2/2


septembre 22nd, 2012
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Les 3 unificateurs du Japon : Episode 3 – Ieyasu Tokugawa

⊆ septembre 8th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 1 Commentaire »

Ieyasu TokugawaSuite de notre dossier estival, avec certainement la plus connue des trois figures de ce dossier : Ieyasu Tokugawa, le shôgun !

Alors qu’il a sans doute conquis bien moins que ses prédécesseurs et connu des défaites plus nombreuses et plus lourdes, voici le seul des trois unificateurs qui a enfin réussi à obtenir le poste de commandeur en chef des armées du Japon et à pacifier le pays, installant en même temps une dynastie qui va durer plus de 2 siècles.

Après le fougueux Nobunaga a qui il était fidèle et le très intelligent Toyotomi qu’il craignait, cette légende de l’histoire japonaise a réussi s’extirper de sa condition de pion pour gravir les marches du pouvoir jusqu’au sommet. C’est d’ailleurs une vie tellement remplie que je vous la propose, finalement, en deux parties avec sa montée au pouvoir sous le règne de Nobunaga Oda aujourd’hui puis, dans 15 jours, sa conquête du titre de shôgun et la fameuse bataille de Sekigahara !

C’est parti !

Tu seras un otage, mon fils !

Pendant la majeure partie de son enfance, Ieyasu Tokugawa fut une monnaie d’échange pour son père et les clans Imagawa et Oda. Né le 31 janvier 1543 sous le nom de Takechiyo Matsudaira, il est l’héritier du clan Matsudaira, un clan lambda de la province de Mikawa, dans la préfecture d’Aichi. Son père, Hirotada Matsudaira n’a que 17 ans lorsque son fils nait et ne parviendra jamais vraiment à imposer son autorité et sa fidélité aux Imagawa aux siens : toute une partie de son clan préfèrent les Oda. Nombre des 11 demi-frères et sœurs de Ieyasu seront d’ailleurs envoyés dans les deux clans, comme gage de fidélité.

En 1548, les Oda décident de les envahir pour régler une fois pour toute la question. Le père d’Ieyasu demande donc l’aide de l’autre clan et de son daimyo : Yoshimoto Imagawa. Ce dernier accepte mais, par méfiance, lui demande son fils en otage… Pour éviter tout retournement de veste. Ieyasu part donc pour Sunpu (l’actuelle Shizuoka), chez les Imagawa. Mais les Oda ont vent de cet accord. Le daimyo du clan, Nobuhide Oda (le père de Nobunaga), intercepte le colis et en profite pour dire à Hirotada qu’il doit rompre son pacte avec les Imagawa sinon son fils y passe ! Débordant de fibre paternel, Hirotada répond : « si je laisse mourir mon fils cela ne fera que sceller encore davantage le pacte me liant aux Imagawa ». Heureusement Nobuhide ne fera aucun mal à Ieyasu. Mais ce n’est pas fini.

L’année suivante Hirotada et Nobuhide meurent. Le clan Oda est désorganisé et Ieyasu est potentiellement l’héritier des Matsudaira. Le chef du clan Imagawa profite de la désorganisation des Oda et les attaque, prenant rapidement l’avantage. Mais l’envoyé des Imagawa rencontre le jeune Nobunaga Oda, pas encore chef de clan mais fils cadet d’Hirotada, avec qui il conclut un marché : les troupes d’Imagawa se retirent si on leur livre Ieyasu. Marché accepté, et dès le lendemain le jeune homme arrive finalement à Sunpu. Il y restera otage – bien traité mais otage quand même – jusqu’à ses 14 ans.

Imagawa ou Oda, vassal ou ennemi ?

Yoshimoto_ImagawaEn 1556, Ieyasu va enfin commencer sa propre vie : on l’autorise alors à retourner sur ses terres natales de Mikawa, où il se marie pour la première fois. Il reste néanmoins assujetti au clan Imagawa et mène quelques campagnes pour Yoshimoto, contre le clan Oda. Quelques premières victoires lui permettent de se faire un nom. Tout bascule en 1560 à la bataille d’Okehazama, la fameuse bataille où Nobunaga Oda se fait un nom en tuant Yoshimoto par une attaque surprise. Contrairement à Hideyoshi Toyotomi qui a quitté les Imagawa pour les Oda deux ans plus tôt, Ieyasu fait partie des 30 000 hommes des Imagawa lors de ce conflit.

Mais le hasard fait qu’il est détaché du gros des troupes pour aller attaquer un fort frontalier. Apprenant la défaite et la mort de Yoshimoto, Ieyasu choisit son camp et contacte Nobunaga pour se rallier aux Oda… Mais il doit le faire en toute discrétion car sa femme et son second fils sont à Sunpu. Ieyasu sait que pour les récupérer il doit offrir quelque chose en échange.

Dans cette optique il attaque en 1561 le château de Kaminojo où se trouve plusieurs membres de la famille d »Ujizane Imagawa. D’une pierre deux coup, voici qu’il prouve sa loyauté à Nobunaga et récupère sa famille. Deux ans plus tard, Ieyasu renforce les liens avec Nobunaga en mariant son fils Nobuyasu à Tokuhime, la fille de Nobunaga. Durant les années 60 il va à la fois lutter à coté des Oda pour de grandes batailles tout en s’attachant à conquérir, pour son propre compte, toute la région de Mikawa. Durant tous ses combats il pourra compter sur de nombreux généraux parmi lesquels on peut citer le célèbre Hattori Hanzo.

Une fois son fief conquis il voit plus grand et doit donc s’attaquer à l’ennemi de toujours : les Imagawa. Et là on assiste à ce qui fait tout le sel des alliances et coup fourrés de l’époque : comme les Imagawa représentent une force militaire conséquente, Ieyasu s’allie avec le clan Takeda et son leader Shingen Takeda. Ils conquièrent tout deux la province de Totomi mais quand Ieyasu veut s’emparer de la fameuse Sunpu, Shingen va le coiffer au poteau et ça, Ieyasu va vraiment mal le prendre… Au point qu’il va retourner sa veste et proposer à Ujizane Imagawa de reconquérir ses terres avec lui !

Contre plus fort que soi…

Shingen_TakedaForcément l’ambiance entre les Takeda et les Tokugawa sont tendues et pour ne rien arranger, Ieyasu s’allie avec l’alcoolique mais génialissime tacticien, ninja et samourai Uesugi Kenshin, un ennemi avéré de Shingen Takeda. Donc lorsque, en 1571, Ieyasu s’installe a proximité des terres de Shingen, la guerre éclate. Et si Tokugawa est aujourd’hui inscrit dans les livres d’histoires c’est aussi parce que, dans cette bataille, il va avoir beaucoup de chance… Et de l’audace !

En fait l’affrontement a lieu au début de l’année 1572. Shingen s’est allié au clan Hojo et ils envahissent la province de Totomi. Ils affrontent l’armée de Tokugawa à la bataille de Mikatagahara. Sans rentrer dans les détails disons que Shingen est vu comme l’un des meilleurs tacticiens de l’époque et il met une pâtée mémorable à Tokugawa, qui finit par s’enfuir accompagné du reste de son armée : 5 hommes seulement sur les 5 000 de départ !

Toute l’ironie de l’histoire vient ensuite : Ieyasu et ses hommes se réfugient dans la forteresse d’Hamamatsu… Mais laissent les portes grandes ouvertes ! En fait, il existe une tactique connue, dite du « fort vide« , où l’on fait croire à son ennemi que le château est déserté pour le prendre au piège via une embuscade… Le cheval de Troie à l’envers en quelque sorte. Ieyasu tente donc un joli coup de bluff et essaye de faire croire à Shingen qu’il utilise cette tactique, sous-entendant que s’il rentre dans le fort, Shingen va se faire avoir. Ce dernier ne se doute pas qu’il ne reste que 5 hommes à Tokugawa et décide, face aux portes grandes ouvertes du château, de faire demi-tour.

Tokugawa s’en sort donc in-extremis mais il a bien compris la leçon : il se refuse désormais à attaquer Shingen sur le champ de bataille. Il fait venir des renforts mais refuse le combat, subissant un siège continu jusqu’au printemps 1573 où, miracle, Shingen Takeda meurt. Malheureusement pour le clan Takeda, son fils et successeur Katsuyori n’est pas du même acabit que son père. Lorsque ce dernier attaque le château de Nagashino à Mikawa, Ieyasu appelle Oda à la rescousse et ce dernier en personne fait le déplacement, à la tête de 30 000 hommes. C’est donc une armée de 38 000 soldats qui débarque le 28 juin 1575 pour coller une trempe aux Takeda, dont l’armée comptait environ 12 000 hommes : la célèbre bataille de Nagashino, vue comme l’une des premières batailles « modernes » dirigées par Nobunaga Oda.

D’un côté il y a la cavalerie des Takeda, 4 000 samurais montés dont les charges inventées par feu-Shingen sont craintes de tous – et de l’autre Nobunaga Oda et ses 3 000 arquebusiers. Mais cette fois-ci, Oda va savoir les utiliser à bon escient sans les surestimer comme Ieyasu le fit trois ans auparavant. Il protège ses arquebusiers par des barrières en bois pour les mettre à l’abri des archers puis, à l’aide de fausses et timides attaques, Oda attire Takeda sur un terrain court au bord d’une rivières qui vont ralentir la course de sa cavalerie. Katsuyori Takeda, sur de la toute puissance de sa cavalerie et persuadé que la pluie qui tombait mettrait les arquebusiers à mal, lance la charge. Malheureusement pour lui, les arquebusiers tiennent bon et les charges furent des échecs : les lanciers empalaient les chevaux qui passaient pendant que les samurais engagent le combat avec tous les guerriers Takeda qui parviennent à franchir les barricades en bois.

Nagashino

Katsuyori, moins malin que son père, s’entête et accélère sa défaite : il perd 10 000 hommes en une après-midi ! Les férus de cinéma asiatique et notamment d’Akira Kurosawa conaissent bien cette bataille puisqu’on la retrouve dans son film Kagemusha, réalisé en 1980, où l’action se déroule à travers les yeux d’un guerrier Takeda. Vaincu, Katsuyori parvient cependant à s’enfuir et continue de pourrir l’existence de Tokugawa pendant plusieurs années, mais il ne reprendra jamais Sunpu et sa province. Néanmoins cette guerre coutera un fils et une femme à Ieyasu : en 1579, ils sont tous deux accusés de trahison et de conspiration avec les Takeda. Nobuyasu et forcé au seppuku tandis que la femme de Ieyasu est exécutée.

Tout ça prendra fin en 1582 où c’est encore le duo Oda-Tokugawa qui remportera une dernière bataille face aux Takeda à Temmokuzan. Katsuyori et son fils furent contraint au seppuku. Fin de l’histoire pour les Takeda.

De cet affrontement qui aura duré une décennie, Tokugawa retient qu’il faut se montrer patient, surtout face à plus fort que soi. Une technique qui lui permettra de survivre au règne de Hideyoshi Toyotomi, qui succède en 1582 à Oda, pour prendre sa place et devenir le premier shogun d’une nouvelle ère…

Tokugawa Ieyasu

Mais ça c’est une autre histoire, la dernière partie de notre épopée de l’unification du Japon ! Rendez-vous dans deux semaines pour la fin de notre dossier !

Dossier – Les trois unificateurs du Japon.

Oda Nobunaga

Toyotomi Hideyoshi

Tokugawa Ieyasu 1/2

Tokugawa Ieyasu 2/2


septembre 8th, 2012
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Les 3 unificateurs du Japon – Episode 2/3 : Toyotomi Hideyoshi

⊆ août 25th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 4 Commentaires »

Toyotomi HideyoshiSeconde partie de notre saga de l’été consacrée aux 3 grands unificateurs du Japon : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu. Ces trois hommes ont réussi à unifier et pacifier le Japon troublé du XVIème siècle en remportant de nombreuses batailles, en modifiant leur pays et en évitant, aussi, nombreuses tentatives d’assassinat. Ces figures sont trois célébrités du Japon et leurs histoires sont encore relatées aujourd’hui dans les romans, les films, les mangas, les animes et même des jeux vidéo.

Après le fougueux Oda Nobunaga, intéressons nous aujourd’hui à celui qui va lui succéder : Toyotomi Hideyoshi (02/02/1536 – 18/09/1598). Comment arrive-t-il au pouvoir et s’en empare avant son contemporain Tokugawa ? Comment réussi-t-il à mener à terme cette époque Sengoku si mouvementée et que va-t-il apporter en onze années de règne ?

Pour le savoir, partons à la découverte de son histoire…

La vie avant Oda Nobunaga…

Toyotomi Hideyoshi est né le 2 février 1536 à Nakamaru dans la province d’Owari, la même que celle d’Oda. Ce deuxième enfant d’une famille de paysan perd son père sept ans plus tard et se retrouve rapidement avec un nouveau beau-père, un serviteur du clan Oda. Sous le prénom d’Hiyoshimaru notre jeune homme n’a pas toutes les chances de son coté : il est plus petit que la moyenne, assez moche et plutôt squelettique.

Une apparence physique qui lui vaut plus tard le surnom de petit singe de Nobunaga lui-même. Mais tout cela n’empêche pas Toyotomi de rêver d’aventure. C’est sans doute de ce désir que nait son caractère indiscipliné qui lui vaudra de se faire renvoyer ou de s’enfuir lui même de nombreux établissements pendant son adolescence.

Sa première aventure débute en 1551 : il rentre au service d’un autre clan que celui de son beau-père, le clan Imagawa. Sous le nom de Kinoshita Tōkichirō,  il est alors le domestique de Matsushita Yukitsuna, un des lieutenants de Yoshimoto Imagawa, celui là même qui va rendre Oda Nobunaga célèbre quatre ans plus tard, lors de la Bataille d’Okehazama.

C’est d’ailleurs lors de cette bataille que la vie de Toyotomi va prendre une tournant décisif. En 1558, il apprend que le clan Imagawa s’apprête à marcher sur Kyôto et veut conquérir au passage sa province natale, Owari. Il rentre alors chez lui et rentre au service du nouveau chef du clan Oda : Nobunaga Oda. C’est un sacré pari car, rappelons-le, ce clan devait en toute logique se faire balayer par les Imagawa, qui dispose de plus de 30 000 hommes contre 3 000 pour Nobunaga. Une tentative couronnée de succès, comme nous l’avant vu dans notre première partie.

Du fils de paysan à général de guerre…

Toyotomi_HideyoshiIl faut cependant du temps avant que Nobunaga ne prête attention à Toyotomi, qui n’apparaît dans les écrits de ce dernier qu’en 1570. Hideyoshi rentre au service d’Oda non pas dans l’armée mais comme architecte. La réparation du château de Kiyosu n’en finit pas et notre homme active le chantier – en concevant notamment la cuisine – et le château sera alors rénové en seulement quelques jours (si un jour vous le visitez, vous pourrez maintenant vous la péter un peu n’est-ce pas ?!).

En 1561 il se marie avec Nene, qui deviendra sa confidente et conseillère, même si elle ne parviendra jamais à lui donner un fils. Il entreprend les réparations d’un autre château, à Sunomata mais se rend également célèbre pour ses talents de négociateurs. Dans ce domaine il fait ses preuves avec le clan Saito, ennemi juré des Nobunaga. Il parvient à convaincre de nombreux seigneurs de guerre de la province de Mino de quitter ce clan ennemi pour rejoindre la bannière Oda, à l’aide de quelques mariages bien placés. Il fait de même avec de nombreux clans fidèles aux Saito et parvient à rallier à lui leur célèbre stratège, Takenaka Shigeharu.

Ainsi, la conquête aisée du château d’ Inabayama (qui devient par la suite le célèbre château de Gifu) doit beaucoup au travail de l’ombre de Toyotomi. Ce dernier, malgré ses origines paysannes est promu général par Nobunaga sous le nom de Hashiba Hideyoshi. Le voilà désormais à la tête d’une armée, à lui les champs de bataille sous la bannière du clan Oda !

Sa première campagne militaire est l’occasion de rencontrer un compagnon d’arme, futur rival et figure éminemment célèbre : Ieyasu Tokugawa. Le 30 juillet 1570, c’est dans les alentours du lac Biwa de l’ancienne province d’Ômi (aujourd’hui Shiba) que nos 3 unificateurs vont mener leur première bataille commune, face aux clans Azai et Asakura. Hideyoshi y dirige les premiers détachements d’une centaine de samurai chacun. Cette bataille est aussi l’occasion pour Nobunaga d’utiliser une infanterie doté d’armes à feu, des arquebuses, une nouveauté alors en plein essor dans ce pays de samurai. De nombreuses campagnes sont nécessaires pour défaire les deux puissants clans Azai et Asakura et c’est en 1573 que la victoire est remportée, lorsque notre stratège attaque le château d’Odani et capture Azai Nagamasa. Hideyoshi sera alors promu daimyo de trois districts du nord d’Ômi.

Sa montée en grade ne va pas s’arrêter là, d’autant qu’il se montre fidèle et très reconnaissant envers son seigneur : en 1574 il s’installe à Kunimoto et renomme carrément la ville Nagahama, en l’honneur de Nobunaga. Il prend également possession de l’armurerie de la ville qu’il va développer dans de grandes proportions pour l’armée de Nobunaga. Il s’y fait construire un château, prend le nom de Hashiba et adopte le kiri (aka la fleur Paulownia) comme armoiries. Le kiri est d’ailleurs toujours utilisé comme symbole du Premier ministre et du Gouvernement, comme on peut le voir sur une pièce de 500 Yen.

Pièce de 500 yen

À partir de 1576, Hideyoshi part à la conquête de l’ouest du Japon pour Nobunaga et bataille dans la région de Chûgoku, à l’extrémité ouest de l’île d’Honshu. Pendant ce temps, Nobunaga part à la conquête de Kyôto, la capitale impériale. Tout va tellement bien se dérouler qu’en 1580, les deux hommes ont conquit 31 provinces sur les 66 que compte le Japon. En 1581, Hideyoshi il parvient même à soumettre cinq provinces de l’ouest (à Shizuoka) en seulement cinq jours.

La conquête continue de plus belle et il est désormais parmi les hommes les plus puissants et haut placé du clan Oda. Donc quand Nobunaga meurt en 1582, la course à la succession commence, et Hideyoshi va se révéler un excellent sprinter.

En route vers le pouvoir…

Toyotomi_HideyoshiComme nous l’avons expliqué dans la première partie de notre dossier, Nobunaga Oda se fait piéger par Mitsuhide Akechi. Il tue son fils puis se fait seppuku. C’est en capturant un messager de Mitsuhide que Hideyoshi apprend la nouvelle dès le lendemain. Il rentre alors précipitamment de l’ouest avec 60 000 hommes pendant qu’Ieyasu Tokugawa fait de même. Mais c’est Hideyoshi qui arrive le premier et qui affronte Mitsuhide le 2 juillet lors de la bataille de Yamazaki. Ce dernier est défait mais parvient à fuir pendant deux jours avant d’être tué, d’après la légende, par un paysan armé d’une lance de bambou. Il n’aura régné que 13 jours…

La vengeance accomplie, Hideyoshi devient de plus en plus populaire et entame la bataille pour la succession. Le pouvoir échoit tout d’abord au petit-fils de Nobunaga, qui est alors trop jeune pour régner et c’est son oncle Nobuo qui devient régent. Mais dès 1583 c’est Hideyoshi qui gère les affaires les plus importantes. Il veille également à éliminer tout ceux qui cherchent à l’assassiner et devient la même année Dainagon ou Conseiller d’Etat. Ieyasu le prend très au sérieux et pour s’en débarrasser il s’associe avec le troisième des fils de Nobunaga.

Le conflit se solde par une trêve un an plus tard. Ieyasu comprend qu’il ne doit pas s’opposer à Hideyoshi et vient lui faire allégeance. Bien sur ce dernier n’a, dès lors, plus confiance en lui et les armées de Tokugawa ne participeront plus, à une ou deux exceptions, aux campagnes militaires d’Hideyoshi. La route vers le pouvoir est solitaire mais il finit par arriver à destination en 1586, année où il devient le Premier Ministre.

Le règne et les grands changements

À peine un an après son arrivée au pouvoir, Toyotomi interdit le christianisme et expulse tous les missionnaires jésuites. En 1588, il restreint l’usage des armes aux seuls bushi (les samurais de l’époque). Durant la période Sengoku riche en guerres incessantes, chacun avait pris l’habitude de s’armer pour affronter les bandits, les mercenaires et les petites armées des seigneurs voisins. Hideyoshi pose en quelques sorte les bases du gouvernement militaire, le Bakufu d’Edo, qui est mis en place officiellement quinze ans plus tard par Tokugawa. Cela permet également d’éviter les révoltes paysannes et confère davantage de stabilité au pays. Il établit aussi précisément les fiefs des différents daimyos en les mesurant lors de grandes inspections cadastrales.

Mais pendant toutes ses années il s’acharne surtout à conquérir et re-conquérir une bonne partie du Japon. Tout d’abord, plusieurs généraux de Nobunaga ne l’ont pas suivi mais il y a aussi tous les territoires qui n’ont pas été envahis durant le règne de Nobunaga, comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessous.

Conquêtes d'Hideyoshi Toyotomi & Oda Nobunaga

Parmi ces territoires à unifier il s’empare de l’île de Shikoku puis du Kyûshû en 1587, puis le Kanto de 1587 à 1590 où il siège le château d’Odawara pendant trois mois avec 200 000 hommes avant de parvenir à l’infiltrer puis de s’en emparer. En 1592 il cède la place à son fils, le très jeune Hidetsugu, mais devient son régent et envoie 500 000 hommes marcher sur Nagoya.

Il termine ainsi d’unifier le Japon. N’étant pas d’origine noble il ne sera jamais nommé shôgun mais il aura fait une grande partie du travail commencé avec Nobunaga.

La régence, les échecs et la mort…

Néanmoins, Hideyoshi veut faire plus fort et conquérir plus loin que son prédécesseur en réalisant l’un des rêves d’Oda : s’attaquer à la Chine ! Il commence par conquérir la Corée une première fois en 1592. Cette dernière demande l’aide de la Chine qui parvient à trouver un accord avec le Japon en lui cédant trois grandes provinces coréennes. Toyotomi retire ses troupes mais va revenir à la charge en 1597. Sa santé décline de plus en plus et il tente le tout dans une ultime guerre pour prendre la place des Ming. Mais cette guerre contre la Corée se solde par un échec et sa tentative d’invasion de la Chine ne voit jamais le jour car il meurt le 18 septembre 1598 dans son château de Fishomo, à l’âge de 61 ans.

Même si Toyotomi Hideyoshi est le moins connu des trois unificateurs du Japon et que l’on croise plus facilement Oda et Tokugawa dans les mangas, cet homme d’une grande intelligence est sans doute celui qui aura conquis le plus grand nombre de territoires de l’archipel nippon, sous les ordres de Nobunaga puis pour son propre compte. Mais s’il a unifié le Japon, il ne l’a pas encore suffisamment stabilisé ou pacifié pour instaurer une paix durable et sa propre dynastie.

Hideyoshi Toyotomi

Cette dernière étape et cette nouvelle ère est celle d’un autre homme : Ieyasu Tokugawa ! Mais ceci est une autre histoire…

Rendez-vous donc dans deux semaines pour clore cette épopée de l’unification du Japon avec les débuts de l’ère Edo et le règne des Tokugawa !

Dossier – Les trois unificateurs du Japon.

Oda Nobunaga

Toyotomi Hideyoshi

Tokugawa Ieyasu 1/2

Tokugawa Ieyasu 2/2


août 25th, 2012
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Les 3 unificateurs du Japon – Episode 1/3 : Oda Nobunaga

⊆ août 7th, 2012 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 6 Commentaires »

Nobunaga_odaComme nos propres bandes-dessinées, les mangas aiment puiser dans le passé de leur pays et s’inspirer, plus ou moins librement, de personnages célèbres ou d’époques révolues. Kyo, Vagabond, Kaze, Kenshin, Basilisk, Drifters et bien d’autres nous ont ouvert les portes de plusieurs shogunats, de grandes batailles et de destinées des grands hommes. Parmi ces derniers, trois d’entre eux ont particulièrement marqué l’histoire du Japon : Nobunaga Oda, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu… Les trois grands unificateurs du Japon.

Cet été je vous propose donc de revivre l’épopée de ces trois hommes en leur consacrant à chacun un article qui nous emmènera à travers un siècle très troublé de l’histoire nippone. L’idée me trottait depuis longtemps dans la tête et c’est grâce à l’équipe de Shadonia et son mag que je me suis lancé sur le sujet. Seulement il y a tellement à dire sur les trois hommes qu’une page ne suffisait pas, et voici donc un véritable dossier pour le blog.

Aujourd’hui commençons par le premier de ces trois généraux : Nobunaga Oda (23/06/1534 -21/06/1582)… Pourquoi donc le nom de ce daimyo de l’époque Sengoku ne vous est pas inconnu ? Quelles batailles a-t-il mené, remporté ou perdu pour apparaître, cinq siècles plus tard, dans nos lectures nippones ?

Voici son histoire…

La guerre des clans : un Japon en ruine et un pouvoir divisé

15ème siècle, au Japon. Le clan Ashikaga dirige le pays depuis l’an 1336 mais le vrai pouvoir est aux seigneurs provinciaux, les daimyos. Année après année les guerriers se renforcent face aux nobles par une incessante guerre civile. L’équilibre des pouvoirs finit par éclater quand, en 1441, le shôgun Yoshinori Ashikaga est assassiné et que les daimyos les plus puissants s’engagent dans la lutte pour la possession du shôgunat.

Deux groupes émergent et les clans se regroupent autour des familles Hosokawa d’un côté et Yamana de l’autre. Ces deux forces militaires qui rassemblent un total de 270 000 hommes s’affrontent dans Kyoto et ses alentours jusqu’en 1473 où la mort de deux généraux les feront faiblir, laissant la capitale de l’époque sous la forme d’un champ de ruine. Ironie de l’histoire : ces guerres d’Ônin s’achèvent finalement en 1477 sans avoir de vainqueur ni de vaincu et une grande partie des seigneurs partis à la guerre se sont fait voler leur trône par leurs vassaux en leur absence.

Néanmoins cette guerre laisse un Japon divisé et le pouvoir est désormais régional, contrôlé par plusieurs seigneurs qui règnent chacun sur une ou plusieurs provinces et qui ne cessent de se faire la guerre entre eux. Pour cela ils ont besoin d’hommes et d’argent et ils imposent leur dictature militaire et guerrière à leurs vassaux et aux paysans. Entre les conflits, les famines et les tremblements de terre, le 16ème siècle nippon commence sous de sombres auspices…

Mais un homme va changer la donne… Il a pour nom Nobunaga Oda.

La jeunesse et le clan Oda

Né le 23 juin 1534, Nobunaga Oda est le fils d’un seigneur de guerre mineur de la province d’Owari (ancienne province du centre du Japon). Avant de devenir un conquérant légendaire, il va arborer un autre pseudonyme : « Le grand imbécile d’Owari » à cause de son manque de retenue et son comportement excentrique, arrogant et brutal. À l’âge de 17 ans, lors des funérailles de son père, il commet l’outrage de lancer l’encens cérémonial sur l’autel et achève de se mettre à dos une partie des vassaux du clan Oda, qui lui préfère son frère Nobuyuki. Son tuteur et mentor, Masahide Hirate, ira même jusqu’à se faire seppuku pour laver le déshonneur.

Oda Nobunaga  Oda_Nobunaga

C’est un coup dur pour Nobunaga qui va progressivement changer d’attitude et se lancer dans la reconquête de son propre clan, qui est alors dirigé par son oncle, le gouverneur ou shugodai Oda Nobutomo. Il lui faudra 8 ans et l’assassinat de Nobutomo puis de Nobuyuki (qui échouera deux fois à le tuer lui-même cela dit) pour éliminer toute opposition au sein des Oda. Nous sommes alors en 1559 et Nobunaga a bien l’intention de briller au-delà de la simple province d’Owari.

De Owari jusqu’à Kyoto…

Le premier fait d’armes qui va rendre Nobunaga célèbre se déroule en 1560. Nous sommes au mois de mai et le puissant seigneur de guerre Yoshimoto Imagawa marche sur Kyoto pour expulser le shogun, c’est à dire le général de toutes les armées  japonaises. Sur sa route, il envisage de soumettre, à l’aide de son armée de 30 000 hommes, la province d’Owari, qui en compte 3 000.

Le moral des troupes est au plus bas mais Nobunaga fait preuve d’une folle initiative : il profite d’un orage pour attaquer avec quelques hommes le camp Imagawa et profite de la confusion pour aller jusqu’à la tente de Yoshimoto… Et le tuer. Cette bataille, appelée Bataille d’Okehazama, donne à Nobunaga une notoriété nationale.

Bataille d'Okehazama : Oda Nobunaga à cheval  et mort d'Imagawa Yoshimoto

Avec un clan Imagawa faiblissant, Nobunaga s’allie en 1561 avec le clan Matsudaira dont le chef n’est autre que le futur Ieyasu Tokugawa. Un an plus tard un second vassal d’importance le rejoint : Hideyoshi Toyotomi. Le trio est formé : Oda Nobunaga puis Hideyoshi Toyotomi et enfin Ieyasu Tokugawa sont les trois généraux qui vont unir le Japon.

Jusqu’en 1567 ils multiplient ensemble les conquêtes locales. En 1568, Yoshiaki Ashikaga vient voir Nobunaga pour lui demander son aide : il veut devenir le prochain shogun Ashikaga. Il va y parvenir… mais il sera aussi le dernier. Une fois que Yoshiaki est devenu le 15ème shogun et n’est pas décidé à céder sa place convoitée par Nobunaga. Il est épaulé par le camp Asakura puis toute une alliance anti-Nobunaga.

C’est en 1573 que le seigneur Oda réussit à défaire Yoshiaki,  l’envoie en exil et défait un an plus tard la coalition qui cherchait à avoir sa tête. En 1578, dernière grande bataille : Kenshin Uesugi marche sur le domaine  de Nobubaga et défait une partie de son armée. Mais l’hiver vient et il se retire, prêt à revenir au printemps pour continuer et achever le travail. Mais voilà, au printemps 1579 Uesugi meurt d’un cancer…À l’annonce de sa mort, Oda Nobunaga déclare « Désormais le Japon est mien ».

Conquêtes de Nobunaga et Toyotomi

La fin de Nobunaga…

La dernière bataille de NobunagaAprès avoir détruit le clan Takeda en 1582, l’administration de Nobunaga est au sommet de sa gloire… Et c’est pourtant cette année là qu’il va être trahi et mourir.

Hideyoshi Toyotomi se décide à envahir la province de Bitchû (ancienne province du sud) et sur sa route l’attend le clan Mori. Les deux armées se font face au château de Takamatsu, un poste stratégique que les Mori ne peuvent pas et ne doivent pas perdre. Ils appellent donc des renforts et Toyotomi va faire de même en appelant Nobunaga et ses hommes.

À partir de là je pourrais vous dire qu’Hideyoshi n’avait pas vraiment besoin de ces armées en plus et qu’il a trahi son compagnon d’arme puis l’a poussé au suicide dans une place forte normalement sans danger, mais c’est plus compliqué que ça et les historiens divergent…

Première hypothèse : même s’il n’a pas besoin de troupes supplémentaires, Toyotomi veut offrir la victoire à Nobunaga car son ascension fulgurante au sein des généraux de ce dernier ne plait pas à tout le monde et qu’une preuve de fidélité à son seigneur ne fait pas de mal.

Hypothèse numéro deux : Hideyoshi a effectivement les dents longues et se dit que si Nobunaga vient au front il lui évitera de perdre trop d’armées et que, sur un coup de chance, il pourrait bien prendre un coup de sabre ou une flèche en travers du gosier.

Hypothèse numéro trois : Hideyoshi a carrément monté le complot qui va mener à la mort de Nobunaga et s’occupera ensuite de faire taire les coupables pour, d’une pierre deux coups, tuer les témoins gênants et passer pour le vengeur de son maître.

En tout cas quelque soit l’hypothèse, Nobunaga se décide donc à rejoindre son subordonné et envoie Mitsuhide Akechi prêter main forte à Hideyoshi. Seulement voilà, monsieur Akechi ne porte pas vraiment Nobunaga dans son cœur. Lors de la conquête, en 1579, du château de Yakami, Akechi avait promis au seigneur Hideharu Hatano la paix en échange du château. Sauf que Nobunaga fait ensuite zigouiller ce dernier… Ce qui ne plait pas au clan Hatano qui tue la mère de Mitsuhide Akechi en représailles. Ce dernier tient donc Nobunaga comme responsable et va se venger.

Notre quasi-shogun est bien décidé à aider Toyotomi et à envahir au passage l’archipel du Shikoku (l’une des 4 grandes îles du Japon). Il fait donc le voyage vers le front et s’arrête en chemin à un temple de Kyôto, le Honnô-ji. Il est alors au beau-milieu de ses terres, en sécurité, et n’a avec lui qu’une garde rapprochée de quelques douzaines d’hommes. C’est là que Mitsuhide agit et attaque le temple dans un coup d’état. Nobunaga se sachant perdu il tue son fils Nobutada puis se suicide dans un temple en flammes.

Le temple honno-ji

Mitsuhide Akechi prend alors le titre de chef des armées mais il ne sera shogun que pendant 13 jours car Hideyoshi Toyotomi et Ieyasu Tokugawa accourent et vengent leur seigneur.

Nobunaga meurt donc avant d’avoir totalement unifié le Japon mais il aura fait une grande partie du chemin. Ses vassaux Hideyoshi puis Tokugawa achèveront son œuvre jusqu’à la célèbre bataille de Sekigahara qui marquera le début du règne des Tokugawa. Mais ceci est une autre histoire !

Dossier – Les trois unificateurs du Japon.

Oda Nobunaga

Toyotomi Hideyoshi

Tokugawa Ieyasu 1/2

Tokugawa Ieyasu 2/2


août 7th, 2012
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La pierre de Magatama : rencontre avec un symbole impérial

⊆ novembre 5th, 2011 | ≡ Topic: Articles, Interview, Japon | | ˜ Pas de commentaires »

Pierres de MagatamaSi la contrefaçon était bien présente dans les allées du dernier Paris Manga, quelques boutiques officielles proposaient des produits traditionnels, donnant l’occasion aux visiteurs d’en apprendre plus sur quelques objets culturels nippons et de repartir avec un petit souvenir du Pays du Soleil Levant.

Parmi ceux-ci, il y avait la pierre de Magatama, aussi appelée pierre de l’empereur.

Cette pierre vous la connaissez probablement. Les animes et mangas fans se souviennent sans doute d’une pierre en forme de 9 ancrée dans la poitrine de l’héroïne de Blue Seed, des sharigans de Naruto, du domaine des dieux et des tambours d’Ener de One Piece. On la retrouve également dans des jeux vidéo comme Shin Megami Tensei et Okami.

Hirohito SHINGU, vice président de Anahita Stones a voulu faire découvrir ce symbole aux amoureux du Japon et les emmener au delà de la pop-culture nippone, le temps d’un salon. Notre rencontre à Paris Manga fut donc logique, et l’interview évidente.

En route, donc, pour un article-découverte !

 

Magatama : histoire du joyau impérial

« La pierre de Magatama représente la superposition du soleil et de la lune et invite à la vénération de l’univers » nous explique monsieur Shingu. Telle est la symbolique mystique qui apparait dans les écrits nippons depuis 1300 ans et qui parle de l’un des plus anciens symboles du Japon. « Elle fait sa première apparition dans le Kojiki , un recueil de poèmes et de chansons du 8e siècle qui narre la naissance du Japon et des Kamis. »

Hirohito Shingu, vice Président d'Anahita Stones« C’est dans ces écrits que la pierre de Magatama est décrit comme l’un des trois Trésors Sacrés : il y a l’épée, le miroir et le joyau, c’est-à-dire la pierre de Magatama. »

Selon le Kojiki, l’origine des trois Trésors Sacrés remonte aux temps mythologiques et la pierre de Magatama est rattachée à une légende en particulier, celle de la Caverne… qu’on peut résumer ainsi :

Irritée par le comportement violent de son frère Susano-ô, la déesse du Soleil Amaterasu se retire dans une caverne céleste, plongeant le monde dans l’obscurité. Les dieux cherchent alors à l’en faire sortir en faisant l’offrande de divers objets, dont un miroir et un joyau qu’ils fabriquent et accrochent à un arbre devant la caverne. La déesse consent alors à sortir, restituant ainsi la Lumière à la Création…

Une origine mythologique donc, sachant que ces pierres ont  été retrouvées avant l’existence même du Kojiki, à la fin de la période Jômon (Xème avant JC au  IIIéme siècle) et dans les tertres de la période Kofun (IIIème au  VIème siècle).

Cependant, même si cette pierre est ancrée du l’histoire du Japon, une controverse existe car des pierres de Magatama ont été retrouvées en Corée au VIIème siècle avant JC.

Néanmoins, comme nous explique monsieur Shingu, « Si plusieurs versions et plusieurs légendes existent dans les deux pays, les spécialistes tendent à dire que la vrai pierre de Magatama est originaire du Japon et qu’elle s’est ensuite répandue en Asie. »

Anahita Stones, fabricant de pierre de Magatama

La société Anahita Stones fabrique depuis plusieurs générations la pierre de Magatama. « Nous travaillons depuis très longtemps avec les institutions japonaises. Nous fournissons par exemple l’agence impériale ou le grand sanctuaire d’Izumo ».

Avec toute son histoire la pierre de Magatama n’est cependant pas réservée qu’à l’empereur. « Elle constitue également un symbole religieux, et les prêtres shinto les portent en collier». On note également que la forme de cette pierre est souvent associée à l’âme humaine dans le Japon moderne. Enfin elle est aussi connue pour abriter l’âme de grands guerriers a qui elle aurait appartenu pendant la période Kofun.

Pour sa fabrication, monsieur Shingu nous explique qu’ « elle peut être faite dans différentes matières, la plupart du temps en Jade, Agathe, Quartz, Talc et Jasper.  Pour la fabriquer on prend un carré de la roche désirée que l’on taille puis que  l’on polit. » Mais comme dans tout l’artisanat japonais, l’art est d’exceller dans des gestes simples en collant de près à la tradition.

Un savoir faire et un amour de cette pierre que veut désormais transmettre cette société. Après avoir travaillé longuement pour des institutions, Anahita Stones s’emploie depuis de nombreuses années à proposer ses pierres au grand public. Une opération réussie puisque « la société compte aujourd’hui une centaine de boutiques au Japon et en Corée » comme nous explique le vice président.

La société poursuit cette même logique en venant à la rencontre du public français, pour, comme il le dit lui-même : « lui faire découvrir ce joyau impérial qui se cache derrière une forme  utilisée à maintes reprises dans le manga, la japanimation et le jeu vidéo. »

La rencontre s’achève et nous ne repartons pas sans avoir fait l’acquisition d’un exemplaire de cette pierre magique. Car en plus d’être chargée d’histoire, la pierre de Magatama est aussi un très bel objet !

Pierres de Magatama

Merci à Hirohito Shingu pour son temps et sa simplicité. Merci également à notre interprète du jour. Pour découvrir les pierres d’Anahita Stones vous pouvez jeter un œil à leur site officiel ou leur twitter.


novembre 5th, 2011
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Sapporo Snow Festival : la classe dans la glace !

⊆ août 5th, 2011 | ≡ Topic: Articles, Japon | | ˜ 3 Commentaires »

sapporo snow festival

Je vous entend déjà me dire : mais qu’est-ce que c’est que ce topo sur un festival de glace au beau milieu de l’été ? Certes… En même temps, ces mois de juillet et août ne ressemblent guère à la saison prévue, donc ce petit papier enneigé n’est pas si incongru n’est-ce pas ?

En vérité c’est à l’occasion de la participation à un reportage pour France O que j’ai remis le nez dans l’historique et le contenu de ce fameux festival… Qui mérite vraiment le détour ! J’ai donc ressorti un petit papier posté début 2010 pour vous présenter en bonne et due forme le Snow Festival de Sapporo, aka The Snow fest pour les intimes… Bonne lecture et bonne découverte 😉

Chaque année, début février, Sapporo voit sa population doubler pendant 7 jours, avec la venue de deux millions de visiteurs désireux d’admirer les centaines de sculptures dans les rues de la « capitale du nord » japonaise. À cette occasion, la ville se transforme en un monde féérique où se mêlent des sculptures de neige et de glace de toutes les tailles. Voici ce que ça donne, en live :



Snow Festival 1950Cette vidéo ne présente qu’un avant goût des chefs d’œuvres que le festival nous offre mais avant de passer aux célèbres sculptures, remontons un peu le temps. Nous sommes en 1950 et six étudiants nippons de Sapporo décident, pour le fun, de fabriquer six sculptures de neige et de glace. Ainsi né un petit festival de sculpture de neige et de glace, renouvelé chaque année. La tradition des snow festivals existaient déjà à Sapporo mais, depuis la seconde guerre mondiale, ils avaient tous disparus.

Ce petit festival est donc reconduit d’année en année et, en 1955, les militaires de la base proche de Makomanai viennent se joindre à l’évènement, construisant alors les premières sculptures géantes qui vont rendre célèbre le festival. Ils reviendront chaque année, ramenant même de la neige à Sapporo les années où elle vient à manquer, à titre d’exercice d’entrainement. La renommé du festival se répand progressivement dans le pays mais c’est en 1972 que le Snow Fest se fait connaître au delà des frontières nippones. Les plus sportifs d’entre vous se souviennent sans doute que c’est la ville de Sapporo qui fut sélectionnée cette année là pour accueillir les Jeux Olympiques d’Hiver… Quoi de mieux pour parler d’un festival de glace !

Cette nouvelle célébrité internationale est rapidement exploitée car deux ans plus tard nait la Compétition Internationale de Statue de Glace où des équipes du monde entier s’affrontent pour réaliser la plus belle sculpture. On retrouve des habitants des nombreuses villes jumelles de Sapporo comme Munich (Allemagne) ou Alberta (Canada), et toute une liste de pays, plus ou moins nordiques ou plus ou moins du coin : Finlande, Suède, Lithuanie, Indonésie, Hawai, Corée, Nouvelle -Zélande, etc etc…  Si la France a un jour participé elle ne figure en tout cas pas dans les médaillés de ces dernières années. Voici une petit sélection en image des médaillés de ces dernières années :

Le festival se poursuit donc depuis et a soufflé en 2011 ses 62 bougies. En dehors de la compétition de glace on y retrouve chaque année des sculptures géantes représentant des bâtiments en taille réelle, inspirés de bâtiments célèbres de toute l’Asie. On y retrouve également un Jurassic Park tout en glace, des monuments légendaires de la région d’Hokkaido et, enfin, les personnages et évènements marquants de l’année écoulée.

Yuki Matsuri Snow Festival

En 2004 par exemple, une des légendes du baseball nippon, Hideki Matsui a eu sa statue (ci-dessus). Il faut dire qu’à l’époque il est l’une des étoiles de la fameuse équipe US des New York Yankees, ce qui fait de lui une fierté nationale. En 2011, une fresque de glace à l’effigie de la pièce de théâtre Le Roi Lion a été produite, à l’occasion de l’ouverture du Hokkaido Shiki Musical Theater à Sapporo.

On pourra noter également une sculpture de glace de Gundam, de la bande à Mickey, de Mickael Jackson, etc, etc… Tout le monde y a un peu droit, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Pour finir j’ajouterai que le festival n’est pas uniquement décoratif mais aussi ludique : des circuits de luge et de snow vous attendent, un parc de sculpture pour enfant est à visiter tout comme un labyrinthe de glace géant. Plusieurs shows de sports de glisse et des illuminations des sculptures de nuit finiront en beauté cet évènement, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Si vous avez l’occasion l’hiver prochain, allez-y !

Plus d’infos : site officiel (en anglais)

août 5th, 2011
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[JE 2011] : Rencontre avec Syusui Taba, une calligraphe pas comme les autres

⊆ juillet 31st, 2011 | ≡ Topic: Interview, Japon | | ˜ 1 Commentaire »

Syusui Taba

À la Japan Expo il y a trois types de rencontres : celles planifiées, celles espérées et celles auxquelles on ne s’attendait pas, mais alors pas du tout. Ce fut le cas avec Syusui Taba.

C’est en écoutant ma chère Gally  que j’ai décidé d’aller la voir en représentation le samedi de l’expo. Par chance, nous avons pu la au préalable dans la matinée sur le stand de Biken International, où j’ai découvert une femme souriante et chaleureuse, mais également avide de rencontres et de nouvelles expériences artistiques. C’est donc avec curiosité que j’ai pu assister à sa prestation, quelques heures plus tard… Bien loin d’une calligraphie classique, Syusui Taba remanie les kanji pour en faire un objet d’art, une œuvre plus personnelle mais aussi pleine de sens.

Syusui Tsuba - Calligraphie japonaise  Syusui Taba

Huitième Dan (grade le plus haut) de calligraphie classique, elle est le plus jeune professeur diplômé de calligraphie de style Yûsho du département d’Okinawa, et a créé un style de calligraphie originale qui la rend célèbre en tant que « présentatrice de la force des caractères ». Tout en étant professeur de calligraphie par correspondance, elle promeut la communication par les œuvres de calligraphie imagée. Ce mélange de modernité, de peinture acrylique et de couleurs a séduit votre serviteur.Mais laissons Taba-san se présenter elle-même :

Il fallait donc que je l’interviewe pour en savoir plus…

Bonjour Tsuba-san.  Pour commencer pouvez-vous nous donner vos sources d’inspiration ?

Je suis souvent influencée par la nature : la mer et la montagne par exemple, mais il arrive que des personnes que je rencontre m’inspire également. Ensuite j’essaye de déterminer le sens profond des kanji et ils peuvent être eux-mêmes une source d’inspiration.

 Est-ce que vous pourriez nous décrire votre style ?

En fait quand je fais de la calligraphie, la signification littérale du kanji n’est pas forcément le plus important, le design et le côté artistique ont plus d’importance pour moi. Le dessin en lui-même peut être compris et appréhendé sans avoir à connaître la signification du kanji d’origine, on comprend ou on devine ce qu’il signifie. En tout cas on peut apprécier et ça permet d’intéresser les gens aux kanjis d’une autre façon…

 Quel matériel utilisez-vous pour la calligraphie ?

J’utilise différents pinceaux, certains assez classique mais ceux que je préfère sont des pinceaux plus gros, qu’on utilise d’habitude pour peindre les murs, avec lequel je peux donner plus d’appui… C’est avec ceux-ci que j’arrive le mieux à dessiner. Il m’arrive également d’utiliser deux pinceaux en même temps.

Outils Syusui Taba  Syusui Taba et sa technique avec deux pinceaux

 Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la calligraphie ?

En fait quand je représente un dessin en calligraphie, je ne veux pas forcément que ce que j’ai en tête soit trop visible, que l’image obtenue ne corresponde qu’à ma vision personnelle du kanji. Je ne veux pas imposer ma vision aux autres personnes mais plutôt qu’ils interprètent eux-mêmes mon dessin, que chacun le voie à sa façon.

 Quel est le kanji que vous préférez ?

Mes trois préférés sont celui qui représente la danse, celui qui représente « l’énergie du corps » et enfin celui qui signifie sourire ou rigoler.

Les kanjis préférés de Syusui Taba

 Est-ce que les récentes catastrophes subies par le Japon ont eu une influence sur votre art ou votre façon de l’exercer ?

Oui, car après le tsunami j’ai participé à plusieurs activités pour encourager les gens qui habitent à Fukushima. J’ai utilisé la calligraphie et notamment le kanji qui signifie le lien ou la liaison, pour représenter la solidarité et encourager les gens et leur redonner de l’espoir.

 On connait tous la calligraphie en tant qu’art traditionnel, mais est-ce aussi un art populaire au Japon ?

Comme je vous le disais, j’ai commencé la calligraphie très jeune mais depuis cinq ans je suis passé de la calligraphie traditionnelle à une expression artistique, ma façon d’interpréter les kanji s’est éloigné de la tradition pour se rapprocher du monde des arts. Mais cela ne fait pas si longtemps et il est encore un peu tôt pour savoir si cette façon de faire est populaire ou non…

 Puisque l’on parle des arts, y a-t-il un art que vous appréciez en France ?

Je m’intéresse à l’architecture française à travers de monuments comme la Tour Eiffel ou encore les monuments et les bâtiments que l’on peut voir à Paris… J’arrive facilement à les imaginer en calligraphie.

 Est-ce que vous avez-vous pu visiter la capitale ?

Non malheureusement ! Mais je vais avoir un peu de temps libre et je compte bien le faire !

Syusui Taba en plein dessin

 Quelles sont vos impressions sur le public français ?

C’est un public « simple ». Mais quand je dis simple, c’est dans un sens positif, pas simplet ! (Rires) En fait c’est un public qui montre ses sentiments, qui réagit « simplement » à ce qu’il voit.

 Un public expressif vous voulez-dire ?

Exactement, et ça c’est quelque chose qui m’a fait très plaisir !

 À travers vos différentes représentations sur la Japan Expo, quel message voulez-vous passer à ce public ?

Comme pour la langue japonaise, les gens pensent souvent que les kanjis sont des choses compliqués à comprendre et que la calligraphie est un art peu abordable. J’ai donc envie de leur montrer les choses différemment et leur donner envie de s’intéresser à la calligraphie, à la manière de n’importe quel loisir.

Taba-san expliquant ses créations

J’ai aussi envie de collaborer avec des français et avec le monde entier, de dépasser le monde de la calligraphie à travers la mode, le cinéma. J’aimerai pouvoir créer ma marque (ndr : elle a d’ailleurs présenté un modèle de t-shirt à la fin de sa présentation) et la promouvoir en France.

 Pour finir, est-ce que vous auriez des conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans la calligraphie ?

En fait je réalise une calligraphie très inspirée de la calligraphie japonaise ou chinoise. J’espère que les français qui essaieront de faire de la calligraphie à partir de kanji feront quelque chose de complètement nouveau… Cela peut même devenir une source d’inspiration !

Un très grand merci à Taba-san pour son temps, sa gentillesse et sa passion communicative pour son art !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur son site internet (japonais).

Syusui Taba et votre serviteur

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juillet 31st, 2011
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[JE 2011] : Kyuton – L’humour nippon au Japan Expo

⊆ juillet 9th, 2011 | ≡ Topic: Articles, Interview, Japon | | ˜ Pas de commentaires »

Ils sont une bande de six comiques, une femme et cinq hommes, venus pour nous présenter un humour absurde, parodique et souvent en-dessous de la ceinture. Après le groupe de supporter de l’édition 2010, c’est Kyuton qui a endossé cette année le costume du groupe atypique de la Japan Expo au Parc des expositions de Villepinte. Votre serviteur a eu l’occasion d’assister à leur show, puis de les rencontrer en interview et en conférence de presse… Une après-midi sous le signe de l’humour japonais en quelque sorte.

Kyuton au complet

Mais laissons Keaton Matsutani, Masashi Kumada, Masahito Sakamoto, Tsubaki Oni-Yakko, Kunihiko Takahashi et Shinji se présenter eux-mêmes :

Pendant la conférence de presse, SM Shogun précise que SM vient de Shoyu et Miso, et non pas ce à quoi nous pensons tous. Shinji explique qu’il est la réincarnation de Léonard de Vinci et il gagne sa vie en faisant des ménages. Tsubaki possède la coupe de Catherine Zeta Jones, les vêtements de Chun Li et les armes de Zorro, le sabreur de One Piece.

Kyuton en interview

Créé en juillet 2002 par Keaton Masutani, le groupe est au départ constitué de neuf personnes. Neuf ou kyu en japonais, d’où le nom de Kyuton. Sans emploi ils décident de monter ce groupe, sans but précis. « Quitte à faire des sketchs, autant les faire ensemble. De plus comme on aimait voyager, on espérait pouvoir le faire grâce au groupe » précise Tsubaki.  Aficionados d’un humour absurde, chacun possède cependant sa spécialité, comme ils tentent de nous l’expliquer :

Les shows du Japan Expo de Kyuton sont constitués d’une dizaine de mini-sketchs tous aussi irréels les uns que les autres : Tsubaki s’égosille en parodiant des chansons populaires, pendant que Shinji endosse le costume d’un bébé attardé ou d’un homme rampant en sous-vêtements.

Tsubaki VS Pink Man

Kumada Masashi joue du tambour traditionnel en mode sexy ou fait de la flute avec son nez… Et enfin il s’associe à Keaton qui a ôté son costume de Pink Man pour nous faire leur propre version du lecteur CD, un sketch qui a provoqué l’hilarité du public.

Kumada à la flute Lecteur CD façon Kyuton

Le final ne fut pas mal non plus, avec une catapulte à slips qui vaut le détour :

L’auditoire a pu profiter chaque jour de quinze minutes de performance, même si les spectateurs n’ont pas toujours compris l’humour et les références du groupe. Les gags visuels et / ou en dessous de la ceinture restent quand à eux plus universels. Lorsqu’on leur demande comment sont fabriqués ces sketchs, Tsubaki explique qu’ils doivent les produire avec les moyens du bord et à moindre coût. Ils inventent les sketchs avec ce qu’ils ont sous la main. Ensuite chacun propose ses idées et les autres le soutiennent, même si plusieurs des propositions sont parfois très limites. En raison du récent tremblement de terre ils évitent également tout les sketchs trop gourmands en électricité.

Kyuton en conférence de presse

Et puisque l’on parle du drame qu’a connu le Japon, nous avons également appris que la Yoshimoto Creative Agency, la société qui gère Kyuton et des centaines d’autres artistes, a mis en place plusieurs tournées de galas de charité pour récolter des fonds en faveur des sinistrés et leur redonner le sourire. Tsubaki et Keaton expliquent que, pour ces performances un peu particulières dans la zone sinistré, le groupe s’attendait à avoir un public renfermé mais il s’est avéré accueillant, ouvert et chaleureux, comme d’habitude.

Malgré un emploi du temps bien chargé ils ont pu se balader un peu dans Paris, en visitant la Tour Eiffel et se promenant aux alentours des bords de Seine. L’occasion, pour finir, de leur demander si quelque chose les a fait rire ou a retenu leur attention :

Merci à Kyuton pour leur temps et leur loufoquerie. Merci à Naoko de IB Projects Co., Ltd. et Faye pour la mise en place de cette interview, la première exclusive au blog mine de rien ! La conférence de presse entièrement filmée devrait être disponible dans les semaines à venir sur Total Manga, je vous tiendrais informé. Je tiens également à préciser que les vidéos de l’interview sont réalisées par l’association Nihon Project.

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juillet 9th, 2011
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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 5

⊆ mai 12th, 2011 | ≡ Topic: Articles, Japon, Politique | | ˜ Pas de commentaires »

Ichirō OzawaAlors que Naoto Kan et son gouvernement subissent de plus en plus de critiques vis à vis de la crise du nucléaire et de la gestion globale des sinistres subis par le Japon, laissons nous le temps d’y voir plus clair et, en attendant, revenons à notre saga politique, en pause depuis quelques temps. Repartons à l’automne 1996, lorsque le PLD naissant vient marcher sur les plates bandes d’ Ozawa, alors leader de l’opposition. Bonne lecture !

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun !

Résumé des épisodes précédents : Né le 24 juin 1942 à Tokyo, Ichirō Ozawa (ci-contre) entre en politique en 1968 et devient pendant de longues années l’élève attentif et assidu du célèbre politicien Kakuei Tanaka. Il se fraye petit à petit un chemin jusqu’au sommet du Parti Libéral Démocrate (PLD) mais il échoue à en prendre le pouvoir et décide en 1992 de faire dissidence avec plusieurs parlementaires.

Il parvient à renverser le PLD pour la première fois en 40 ans, grâce à l’établissement d’une grande coalition. Mais l’alliance est trop fragile et, rapidement, elle éclate et renvoie Ozawa dans l’opposition. Plutôt qu’une nouvelle alliance, Ozawa créé alors un nouveau parti, le Parti de la nouvelle frontière ou Shinshintō et devient le 27 décembre 1995 le leader de l’opposition. Il monte au front et critique véhément le gouvernement dans l’affaire du financement des junsen et arrive sûr de lui aux élections législatives de fin d’année. Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu…

Résultats mitigées aux législatives…

Ces législatives sont les premières à inclure une part de proportionnelle, suite à la coalition anti-PLD de 1994 dont je vous parlais dans un précédent épisode. Mais comment fonctionne les législatives nippones ? Bonne question, qui me donne l’occasion de vous faire un petit topo en marge de notre histoire, après celui de l’immobilier dans notre précédent numéro :

Parlement japonaisEntre 1300 et 1400 candidats sont en lice pour environ 500 sièges au parlement. Pour les élire, on utilise un système électoral double. 3/5 des députés, ceux des circonscriptions locales, sont élus par un scrutin uninominal majoritaire à un tour : c’est alors celui qui possède le plus de voix qui l’emporte, qu’il ait ou non la majorité. Les 2/5 restants sont élus au scrutin proportionnel (comme chez nous) dans les 11 grandes zones électorales nippones.

Il faut avoir au moins 20 ans pour voter et 25 pour se présenter. Chaque député est élu pour 4 ans. En ce qui concerne le vote lui même, l’électeur possède deux bulletins, un pour le scrutin uninominal, pour choisir son candidat, et un autre pour le scrutin proportionnel où il choisit son parti dans sa région.

Les sièges sont attribués aux candidats élus à l’uninominal puis à ceux présents sur les listes des partis inscrits à la proportionnelle (sachant que pour se présenter à la proportionnelle, un parti doit déjà avoir au moins 5 sièges et avoir fait au moins 2% au précédent scrutin).

Voilà pour les explications, revenons maintenant à notre campagne de l’année 1996…

Ozawa en campagneOzawa et le Shinshitō font campagne sur le domaine économique : baisses d’impôts généralisées et économie budgétaires par des réformes structurelles. En annonçant des baisses d’impôts sur le revenu et locaux de 50 %, l’abolition de l’impôt sur la propriété, moins d’impôts sur le bénéfice des entreprises et le tout sans toucher à la TVA, Ozawa passe pour un fabulateur et son programme est annoncé comme irréaliste par le Nihon Keizai Shinbun, plus connu sous le nom de Nikkei, un des plus grand quotidien économique du monde (1 300 journalistes et 90 bureaux tout de même).

Mais peu importe, car Ozawa sait comment faire mouche : le gouvernement a prévu d’augmenter la TVA dès avril 1997 et la réforme est très impopulaire. En se positionnant contre, Ozawa s’attire les faveurs de la population.

Seulement il n’avait pas tout prévu. La moitié des parlementaires socialistes et plusieurs dissidents du Nouveau Parti Pionnier ou NPP vont suivre deux hommes populaires : Naoto Kan et Yukio Hatoyama. Leurs noms ne vous sont pas inconnus ? Normal il s’agit de l’actuel Premier ministre nippon et de son prédécesseur. Le 11 septembre 1996 ces parlementaires montent un nouveau mouvement d’opposition libéral : le Parti Démocrate du Japon ou PDJ. Le parti fait campagne pour la diminution du poids de l’état et de ses dépenses comme Ozawa et prône également la dérégulation, c’est à dire moins de régulation de l’économie pour encourager l’innovation et la concurrence (parfois au détriment du rôle social des régulateurs mais bon, nous sommes au Japon !).

Ryutaro HashimotoRésultat : Le Shinshitō ne parvient pas à prendre le pouvoir, même s’il confirme son rôle de leader de l’opposition. Avec 28 % des voix au scrutin uninominal et autant sur la proportionnelle, le parti n’obtient donc que 156 sièges sur 511, soit quatre de moins par rapport à l’assemblée sortante. Le PDJ obtient quand à lui 52 places.

Conséquence directe : le 7 novembre le nouveau premier ministre élu est celui du PLD, Ryūtarō Hashimoto (ci-contre), qui renouvelle son mandat est devient le 83e Premier ministre du Japon. Cet échec, avec 262 voix contre les 152 d’Ozawa et 52 de Naoto Kan, signe le début de la crise pour le Shinshitō.

La fin du Shinshitō

Ozawa avait promis la victoire et son échec attise les dissensions. Tsutomu Hata, l’ancien ami trahi, prend sa revanche le 16 décembre 1996 et quitte, avec 12 autres parlementaires, le Shinshitō. Le style trop autoritaire d’Ozawa est de plus en plus critiqué et les dissidents se multiplient : entre octobre 1996 et août 1997 ce sont 33 parlementaires qui claquent la porte.

Ozawa tente alors un coup de poker… Qui va lui revenir dans les dents. Plusieurs membres libéraux du Shinshitō sont favorables à un retour au devant de la scène, en réalisant une alliance avec le tout puissant PLD. Les membres de ce dernier et quelques élus du gouvernement proposent une coalition. Le shōgun finit par défendre cette idée au sein de son parti mais aussitôt dit, aussitôt regretté :  les 45 centristes du Kōmeitō et les 24 parlementaires socialistes du PDS qui apportaient jusqu’ici leur soutient à Ozawa le critiquent vivement. L’explosion est alors imminente.

Le 18 décembre 1997 Ozawa est certes réélu à 230 voix contre 182 à Michihiko Kano mais lorsqu’il propose aux anciens du Kōmeitō (qui le soutenaient jusqu’ici) de faire alliance pour les élections à la chambre haute de l’année suivante, ces derniers refusent. Les membres du parti votent sa dissolution et l’histoire du Shinshitō s’achève le 27 décembre 1998, 3 ans tout juste après sa création.

L’année 1998 ne s’annonce donc pas sous les meilleures auspices mais elle signe les 30 ans en politique d’Ozawa, et le vieux renard n’a pas dit son dernier mot… Bien au contraire !

Rendez-vous au prochain épisode !

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun


mai 12th, 2011
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Florent Chavouet : l’interview qui vous donne envie de partir au Japon

⊆ janvier 27th, 2011 | ≡ Topic: Interview, Japon, Les Japonais | | ˜ 1 Commentaire »

Florent ChavouetEt voilà une nouvelle interview, d’un artiste français cette fois-ci : Florent Chavouet. L’homme est drôle et il a cette passion communicative pour les voyages au Japon et une affection toute particulière pour les japonais. Je ne peux que vous conseiller ces deux carnet de voyage : Tokyo Sanpo et Manabe Shima, aux Éditions Philippe Picquier. Bonne lecture 😉

Lorsque l’on parle de Voyage au Japon, le nom de grandes villes telles que Tokyo ou Osaka sont sur toutes les lèvres. Il y a pourtant un autre Japon, celui de la campagne et de ses habitants, celui des îles et de ses pécheurs.

Florent Chavouet, dessinateur et passionné par ce pays, est allé à la rencontre de ces japonais moins connus sur l’une des minuscules îles de l’archipel nippon. Il a eu la bonne idée d’en faire un récit illustré, Manabé Shima et nous avons pu le rencontrer début novembre, juste avant une séance de dédicace parisienne.

Rencontre avec un Français qui vous donne envie d’aller au Japon...

Bonjour Florent. Pour commencer simplement, comment est né le projet de Manabé Shima ?

Tokyo-sanpoCe projet est né peu de temps après la sortie de Tokyo Sanpo. Je faisais plusieurs dédicaces et on me posait à chaque fois pas mal de questions « comment c’était ? », « qu’est-ce que vous préférez là bas ? », etc. Mais ce qui m’embêtait c’est que je parlais que de la ville alors que ce que je préfère au Japon, c’est la campagne. Donc j’avais envie de parler de cette partie que j’aime davantage.

J’en ai parlé à mon éditeur (NDR : Les Éditions Philippe Picquier), qui n’était pas très chaud au départ parce que le premier venait tout juste de sortir, on ne savait pas vraiment l’accueil qu’il allait recevoir et c’était peut-être un peu tôt pour lancer ça.

J’ai continué d’y réfléchir de mon côté, d’affiner le projet. Je me suis dit qu’il faudrait le faire à l’inverse de Tokyo Sanpo, en passant d’un milieu urbain très vaste, sans limite ni frontière, à un milieu rural, petit, délimité où l’on croise les mêmes gens tous les jours.

L’idée d’une île s’est donc rapidement imposée, surtout que j’avais déjà fait quelques voyages au Japon, dans des coins comme la mer intérieure, qui avaient aiguisé ma curiosité. J’ai donc monté mon projet puis j’ai harcelé mon éditeur (rires). Il a finit par dire oui 2-3 semaines avant que je parte. Il a participé financièrement et m’a surtout dit « Bon ok, à ton retour on fait le bouquin ». Donc je suis parti bien motivé !

Tokyo Sanpo t’a beaucoup apporté et  t’as même révélé sur le plan professionnel. En comparaison qu’est-ce que t’a apporté Manabé Shima ?

A titre personnel beaucoup de choses. C’est la première fois que j’allais tout seul au Japon et je n’ai jamais été aussi proche des Japonais, même si je suis incapable de tenir une discussion en japonais. C’est la première fois que je me sentais proche des japonais, dans une ambiance de village. On se voyait tout le temps, ils m’invitaient chez eux, me posaient des questions. Je bricolais ma petite vie là bas et c’est très enrichissant, je n’avais pas envie que ça s’arrête. Ça donne envie d’aller essayer les autres îles.

Professionnellement, c’est peut-être encore un peu tôt pour le dire, même si mon éditeur a l’air d’être content des résultats du livre pour l’instant (NDR : Manabé Shima a depuis été nominé au Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême pour l’édition 2011).

Y-a-t-il eu de grandes différences dans la conception ?

Manabé ShimaOui plusieurs. Déjà le fait que ce soit prémédité, avec vrai un projet de bouquin. Une autre différence c’est que je n’ai pas pu faire tout sur place, certains dessins ont été faits de mémoire, d’après photos ou d’après notes. Par exemple l’histoire de la pêche aux crabes sur le bateau, je n’ai évidemment pas pu dessiner en direct.

J’essayais d’en dessiner un peu en avance sur place, le soir ou avant de repartir en France quand j’étais à Tokyo. Une grande partie, environ la moitié, a été dessinée en France, à la différence de Tokyo Sanpo.

Parlons maintenant de ce « Japon profond » … A quel rythme vit la campagne japonaise ?

Un rythme lent, très lent ! (rires) Nan en fait, plutôt calme que lent, parce qu’ils sont toujours occupés les p’tits vieux, à arracher des trucs, arroser, planter, boire, pécher, etc.  Je pense que dans ce type d’endroit on cherche toujours à s’occuper de toute façon, sinon on peut finir par un peu déprimer, même si l’été ça reste quand même un coin paradisiaque.

Est-ce que c’est un rythme sur lequel on se cale facilement ?

Oui, assez facilement (rires). Comme je viens de province, ce n’est pas un rythme qui me dérange, je suis habitué. Je m’imagine bien, honnêtement, vivre une année complète sur une île… C’est une expérience que j’aimerais bien tenter.

Toi qui a fait les deux campagnes, quels sont les grosses différences entre la française et la japonaise ?

Manabé Shima est un cas un peu particulier, parce que c’est une petite île, donc la comparaison n’est pas évidente car il n’y a pas trop d’équivalent français. Comme c’est une petite île, il n’y a pas de voitures, pas besoin. Alors qu’à la campagne française, si tu n’a pas de voiture, t’es mort. Les notions de temps de distance ne sont pas les mêmes.

Et puis la population est encore plus âgée que chez nous, et pourtant dans nos campagnes la moyenne d’âge est assez élevée. Donc il n’y a pas d’horaires de travail, pas de 8h-20h comme à Tokyo. Leur métier c’est le jardin, la pêche, etc…

A la lecture de Manabé Shima, il y a cependant un point commun : « le lever de coude » semble assez répandu…

Ikkyu-san, roi du Shochu(rires) Ça j’ai pu m’en apercevoir aussi durant mes autres voyages au Japon. Ce fut l’un de mes premiers chocs d’ailleurs : il y a toute une partie de la population, encore plus dans les campagnes, qui est très éloignée de l’image du salaryman. On retrouve des japonais rustiques, des piliers de comptoir qui valent bien les nôtres.

Je me souviens lors d’un voyage précédent au Japon, nous avons été hébergés par un couple de p’tits vieux qui avait visité la France dans les années 50 et qui parlait un peu la langue. Ils avaient invité le voisin qui était bucheron et qui s’est enfilé une bouteille de saké à lui tout seul, mais il est reparti droit comme un I alors que nous, au bout de deux verres, on était bourré (rires). Il y a tout un aspect bon vivant chez les nippons qui est effectivement notable.

Pour Manabé Shima tu es parti avec peu d’argent en poche, environ 2 000 euros. Ça a conditionné ton voyage ?

Au départ j’étais parti pour camper. Je ne savais pas trop combien de temps j’allais rester… J’avais un visa touristique de 3 mois mais je ne savais pas si je resterai tout ce temps. Le camping était donc une question d’économie.

Je l’avais déjà fait plein de fois au Japon, sans problème. Mais en fait je me suis aperçu que sur Manabé c’était assez compliqué. Il m’aurait fallu un point d’eau comme des toilettes publiques, qu’on retrouve partout au Japon, mais sur l’île il n’y en avait que deux et la seule que je pouvais utiliser étais au beau milieu du village, pile devant chez Ikkyu-san (NDR : l’un des personnages phares de Mannabé Shima, qui tient le bar de l’île), loin d’être l’idéal pour une insertion discrète.

Donc j’ai continué à chercher un coin et je suis tombé sur un hôtel où j’ai fini par habiter, dans une famille qui connait bien l’île et ses habitants et je ne le regrette absolument pas.

Est-ce qu’il y a une grosse différence entre le coup de la vie à Manabé et à Tokyo ?

Une grosse différence effectivement… Mais on pourrait parler longtemps de notion de richesse.

Dans l’absolu, à Manabé ils sont plus pauvres que les gens de Tokyo. Mais au final si tu compares leurs propriétés avec ce que peut avoir le tokyoïte moyen, ils sont plus riches. Ils ont tous un jardin, alors que pour avoir un jardin à Tokyo il faut être milliardaire, idem pour le bateau, quoique le bateau remplace la voiture qu’ils n’ont pas.

Les locataires ne payent pas grand choses non plus, l’une des familles m’expliquait qu’elle payait l’équivalent de 80 euros par mois pour une maison complète… À Tokyo c’est le prix d’un diner au restaurant. Ils mangent des pastèques comme ils veulent alors que normalement ça coûte aux alentours de 25 euros, idem pour la Daurade qui passe en 5 minutes de l’eau à ton assiette.

Donc c’est une notion très relative, même si c’est vrai qu’ils ont parfois du mal à se payer le train où d’autres choses. Mais bon de toute façon ils ne s’en plaignent pas, ce sont des japonais (rires).

Pour un futur voyage au Japon, tu n’envisages pas d’apprendre la langue ?

Florent Chavouet en pleine dédicace à Komikkurires) Il faudrait …

Mais est-ce que cette méconnaissance n’est pas utile finalement ?

J’ai souvent pris cette excuse de ne pas connaître la langue ou le pays et du coup les japonais prennent le temps de t’expliquer plein de choses, te payer des coups à boire etc. J’ai d’ailleurs souvent dis que c’était mon premier voyage dans le pays, alors que j’en avais réalisé plusieurs auparavant.

Mais dans l’absolu ce n’est pas vraiment une excuse et si on veut aller plus loin, au fond des choses, il faut apprendre la langue.

Est-ce que tu pourrais imaginer faire ce carnet de voyage dans un autre pays ?

J’aimerais bien en fait…

Dans des pays asiatiques ?

Oui plutôt. Je ne sais pas ce qui m’attire, mais j’aimerai bien faire la Corée, la Chine… L’Amérique du Sud pourquoi pas ? Mais le vrai problème c’est d’avoir du temps pour le faire. Même 2 mois pour Manabé c’était trop court pour que je fasse tout sur place. J’aimerais bien partir 6 mois mais ça suppose du temps et de l’argent.

Tu es reparti au Japon il y a peu pour un autre genre de trip, sans vocation professionnelle mais avec un vélo. Est-ce que tu pourrais nous en toucher deux mots ?

Je venais de finir Manabé Shima et la fameuse carte à la fin du livre – une vraie souffrance au passage – et j’avais envie de m’aérer, de me dépenser. Je l’avais déjà fait en 2004 avec un ami et j’étais resté sur de très bons souvenirs. J’ai fini par persuader un autre ami, qui n’y avait jamais mis les pieds et nous sommes partis du 15 juillet au 10 septembre.

Deux mois et combien de kilomètres ?

2 600 environ, avec une moyenne de 60 kilomètres par jour en gros. Ça a été un super voyage, des paysages comme je n’en ai jamais vu… De toute façon le Japon est un pays magnifique, il faut le dire encore. Kyushu ou le Mont Aso, que je n’avais pas encore vu jusqu’ici, sont à découvrir.

Et pour ceux qui voudraient partir au Japon justement, à vélo par exemple, tu as des conseils ?

Manabe shimaJ’aimerais bien faire un manuel là-dessus… comme plein de trucs que j’aimerais faire donc ça se fera sans doute jamais (rires). Le Japon est un pays qui se prête bien à un voyage en vélo en plus, sachant que nous on fait ça « à la cool »,  pas dans l’optique d’une performance physique.

Les conseils c’est de partir l’été… bon tout le monde nous a dit « vous allez mourir de chaud » et effectivement on a eu l’été le plus chaud depuis 113 ans, donc on a brulé et cru qu’on allait mourir d’un cancer de la peau à 40 ans.

Mais ce n’était pas grave ça valait vraiment le coup. En fait l’été c’est quand même là où tu évites le plus la pluie… Parce que la pluie au Japon c’est chiant, faut bien le dire. Et puis même s’il fait chaud on s’y fait.

Sinon en autre conseil…(il réfléchit) Partir très léger. J’ai un copain qui fait des remorques à vélos très légères qui sont bien pratiques.

Partir à combien ensuite… On peut le faire seul mais moi je l’ai toujours fait à deux par peur de m’ennuyer. On peut le faire à trois mais pas plus, sinon ça fait un peu colonie qui débarque. En comité réduit c’est plus facile de nouer le contact, comme les soirs où on va dans les bouibouis, les plus pétés et les plus pourris, il y a toujours des gens qui te payent des coups et qui sont curieux de voir des gens d’ailleurs, alors qu’à Tokyo ou Osaka c’est plus du tout le cas par exemple.

Ils sont contents de te faire découvrir des choses, et  à deux ça ne pose pas de problème. Autre exemple on campait souvent à coté d’un point d’eau et le matin on voyait pas mal de p’tits vieux qui faisaient leur jogging. Ils nous saluaient une première fois puis ils partaient et revenaient plus tard avec un petit déjeuner pour toi, gratuitement…

Pour finir, si tu ne devais donner qu’une seul de raison pour partir au Japon…

Ce n’est pas un pays touristique… Ça le devient, mais doucement, il y a de la marge encore.

Pour Tokyo Sanpo j’ai passé 6 mois au Japon puis j’ai continué mon périple, pour suivre ma copine, en allant en Thaïlande et j’ai vu une vraie différence. A Bangkok et dans les grands spots touristiques, ça parle allemand dans les rues, c’est plein d’américain avec deux Thaïlandaises à chaque bras… ça me déprime un peu de voir des Suédois partout (rires).

J’aime bien passer pour une curiosité, même pour le pire. On reste un peu des gens d’exceptions même si on leur casse les pieds. Au Japon les touristes qu’on voit le plus ce sont encore les touristes Japonais ! (rires)

Merci !

Merci à Florent Chavouet pour son temps, son amour communicatif pour le Japon… Et ses anecdotes !

Merci également à Isabelle Lacroze, des Editions Philippe Picquier.


janvier 27th, 2011
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Envie d’étudier au Japon ? Les facs nippones vous attendent !

⊆ janvier 18th, 2011 | ≡ Topic: Japon, Les Japonais | | ˜ 1 Commentaire »

Un petit article sur l’actualité nippone, et plus particulièrement sur les études supérieures japonaises, qui décident de proposer de nouveaux cursus 100 % anglophones. Article publié dans le troisième numéro du magazine Total Manga, paru en décembre et dorénavant disponible sur le site web. Bonne lecture 😉 (Cliquez sur les images pour agrandir)

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Le magazine est largement distribué sur Paris, et commence à l’être sur la province (voir ici pour plus de détails). L’abonnement est aussi possible si jamais vous ne pouviez pas vous le procurer. Dernier petit détail : l’article est la propriété du magazine Total Manga et de son auteur, myself, reproduction interdite sans accord préalable.


janvier 18th, 2011
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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 4

⊆ décembre 29th, 2010 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Japon, Politique | | ˜ 3 Commentaires »

Ozawa - TimeComme notre cher Ichirō Ozawa a enfin accepté de comparaître devant un comité d’éthique parlementaire concernant des financements occultes, il est temps  de poursuivre la saga politique nippone sur son parcours, qui résume assez bien l’histoire de la politique japonaise des 3 dernières décennies.

Après les trahisons et les scandales de l’épisode 3, voici la crise dans le numéro 4, avec l’année 96 et à la folie spéculative immobilière qu’a connu le Japon dans les années 80 à 90. Mais que fait Ozawa ? Pour le savoir, lisez la suite…

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre…

Résumé des épisodes précédents : Né le 24 juin 1942 à Tokyo, Ichirō Ozawa (ci-contre) entre en politique en 1968 et devient pendant de longues années l’élève attentif et assidu du célèbre politicien Kakuei Tanaka. Il se fraye petit à petit un chemin jusqu’au sommet du Parti Libéral Démocrate (PLD) mais il échoue à en prendre le pouvoir et décide en 1992 de faire dissidence avec plusieurs parlementaires.

Avec son collaborateur de longue date, Tsutomu Hata, il parvient à renverser le PLD pour la première fois en 40 ans, grâce à l’établissement d’une grande coalition. Cependant cette dernière est fragile est lorsque le premier ministre Morihiro Hosokawa doit démissionner pour soupçon de corruption, l’entente éclate et Ozawa retourne, avec Hata, dans l’opposition.

Apprenant de ses erreurs, Ozawa participe à la genèse d’un nouveau parti, le Parti de la nouvelle frontière ou Shinshintō. Pour en prendre la tête il éjecte son ancien allié Hata et devient le 27 décembre 1995 le leader de l’opposition. Mais maintenant qu’il est sorti de l’ombre, comment le shōgun va-t-il s’acclimater à la lumière ?

L’affaire des jusen et l’immobilier à la Japonaise…

Ryūtarō Hashimoto en septembre 2001Tout juste élu, Ozawa participe le 11 janvier 1996 à l’élection du nouveau Premier ministre japonais. N’ayant pas la majorité, son parti laisse logiquement la place à Ryūtarō Hashimoto (ci-contre), un ancien adversaire du PLD qui lui avait déjà ravi la place de secrétaire général en 1989 (cf épisode 1). Mais le véritable enjeu est ailleurs : les élections législatives prochaines seront le premier véritable test pour Ozawa, contre-qui une faction s’est déjà formé sous l’égide d’un Hata revanchard.

Ozawa va donc devoir frapper  fort, et il décide pour cela d’abandonner la tradition japonaise des compromis et autre  coalition discrète. A la manière des politiciens occidentaux, il décide d’attaquer frontalement le Naikaku (le Cabinet, c’est à dire le gouvernement japonais). Ce premier semestre 1996 sera donc son champ de bataille et le budget annuel du gouvernement l’adversaire à abattre.

Le 5 mars le gouvernement annonce justement un plan d’environ 500 milliards de yen (4.5 milliard d’euros)  pour venir en aide aux jusen, des organismes spécialisés dans les financements immobilier. L’État, et donc le contribuable, se retrouve à payer des dettes pharaoniques que ces établissements ont contracté depuis plusieurs années. Le montant total des créances donnent en effet le vertige : 13 000 milliards de yens (117 milliard d’euros) dont la moitié ont déjà été jugées irrécouvrables.

Mais comment le Japon, qui constitue à l’époque 17 % du produit intérieur brut mondial et 65 % de celui de la région Asie-Pacifique peut en arriver au bord de faillite virtuelle ? Pour mieux comprendre la crise que traverse à l’époque la deuxième économie mondiale, il faut s’arrêter quelques instants sur une obsession hors-norme du Japon : l’immobilier.

Yen, la monnaie japonaiseEn 1965, le Japon cherche à financer sa dette et choisit pour cela de miser sur des « bons de construction« . Il co-finance des  projets immobiliers et profite des prix toujours en croissance dans le domaine pour que ses nouveaux acquis gagnent en valeur. Persuadés que  cette augmentation sera éternelle, les gouvernements successifs emboîtent le pas durant les années 70, durant lesquelles les banquent créent les fameux jusen,  pour mettre la main sur ce marché juteux. Ajouter à cela le fait le BTP deviennent le domaine de prédilection des yakuzas pour blanchir leur argent sale et vous obtenez un cocktail euphorisant. Le Japon devient alors un gigantesque marché du béton armé et du casque de chantier.

Seulement l’euphorie vire progressivement à la folie… Dans les années 80 les jusen se lancent dans une frénésie spéculative. Les terrains de golfs ou centre de loisirs douteusement financés sont un terrain de jeux à la mode, et le reste de l’immobilier suit la cadence.   Résultat : sur le papier la valeur immobilière de Tokyo est alors trois fois supérieure à celle des terrains et des constructions de l’ensemble des États-Unis. Tout aussi loufoque : le Palais Impérial vaut à lui tout seul davantage que la Californie.

Et ce qui doit arriver, arrive. En 1991 la bulle immobilière éclate et tout le système s’effondre. Cependant les plans de financement continuent malgré la déflation, que les pouvoirs publics semblent s’entêter à ignorer. Ayant fourni un tiers des capitaux immobiliers de 1960 à 1991,  il faut dire qu’il est désormais le leader d’un domaine d’activité employant 6 millions de personnes et dont le chiffre d’activité global avoisine le sien. Le dokken kokka ou l’Etat-constructeur est enlisé jusqu’au cou mais le système continue de  bénéficier à tout un réseau de politiques, fonctionnaires et hommes d’affaires.

Prix de l'immobilier japonais et indice NikkeiLorsque Kobé s’effondre en 1995 à la suite du séisme, on ne pointe pas du doigt les constructions et les pouvoirs public, on reconstruit, massivement qui plus est, avec au passage un nouvel aéroport sur une île artificielle. Le sujet de transférer, comme tous les 400 ans, la capitale pour résoudre le problème d’une éruption du Mont Fuji revient même sur le tapis. Selon les experts de la commission qui se réunissent à l’époque une date est même planifiée : cette année, en 2010.

En plus de ses conséquences écologiques (le barrage et le bétonnage des rives étant un sport national à l’époque),  cette frénésie a des conséquences plus que dramatiques en cette année 1996. Même si tout ceci est difficilement chiffrable, les experts internationaux statuent sur des pertes d’un million de milliards de yen… Au minimum.

Donc lorsque le Naikaku décide d’éponger les jusen avec les deniers publics, Ozawa décide d’utiliser ce dossier explosif pour sortir de l’ombre.

Le shōgun en pleine lumière

Par un beau soir de mars 1996, Ryūtarō Hashimoto se fait ainsi voler la vedette par les membres de l’opposition, qui boycottent les séances de la Commission du Budget et empêchent le Premier ministre et ses confrères,d’accéder à la salle de réunion.

Les jusen étant parmi les principaux payeurs des campagnes électorales du PLD, quoi de plus facile que de crier au scandale et de dresser un portrait sombre du gouvernement en place. C’est ce à quoi s’attelle Ozawa, désormais invité régulier des plateaux télévisuels politiques et récemment à la tête d’une marche de protestation dans la capitale, chose extrêmement rare… un japonais qui manifeste c’est un peu comme l’homme qui marche sur la lune : c’est peu fréquent et forcément ça fait du bruit.

Kato KoichiLe travail de sape fonctionne et Hashimoto voit sa côte de popularité fondre comme neige au soleil, de 61 à 36 % d’opinion favorable en ce début de printemps. Et pour arranger le tout, le secrétaire général du PLD, Koichi Kato (ci-contre), est soupçonné d’avoir accepté une enveloppe frauduleuse de 10 000 millions de yen (90 000 euros) de la part d’une société liée à un jusen.

Derrière un boycott de 3 semaines, Ozawa cherche davantage à discréditer le gouvernement puis monnayer le retour au calme. Un budget de 750 milliards de yen  (7 milliards d’euros) sera finalement voté le 10 mai mais six jusen seront mis en liquidation le 18 juin. La vrai réussite est donc politique, puisqu’ Ozawa obtiendra des élections législatives anticipées pour le moi d’octobre, lui permettant de surfer sur la vague de défiance envers le Cabinet.

Seulement une surprise attend le fin tacticien. Le lendemain de la dissolution  par Hashimoto de la chambre des représentants, le jeune Yukio Hatoyama annonce la fondation du Parti Démocrate du Japon, qui décide de faire campagne sur les thèmes de la dérégulation et de la diminution du poids de l’administration d’État, comme le Shinshitō d’Ozawa. Après un semestre d’opposition flamboyante, voilà que  les ennuis commencent… mais ceci est une autre histoire !

Rendez-vous dans quelques semaines pour le prochain épisode !

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun


décembre 29th, 2010
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Deux billets Paris-Tokyo et des dizaines de lots, ça tente quelqu’un ?

⊆ novembre 17th, 2010 | ≡ Topic: Evènement, Japon, News | | ˜ 1 Commentaire »

Le concours Gagnez le Japon est de retour et cette année votre serviteur se fait la joie d’y participer. Du 15 novembre au 19 décembre 2010, Total Manga et GONG organisent un concours pour vous faire gagner de nombreux lots y compris un voyage pour deux au Japon.

Le principe est simple : résoudre diverses énigmes sur Total Manga et sur le site internet Gagnez le Japon : QUIZ, KORE DARE, MOT DE LA SEMAINE, BLIND TEST, WARP ZONE, BONUS CACHÉS et enfin le KIEKI. Un max de miles sont gagner pour chaque épreuve réussie et vous permettront d’arriver aux lots suivants :

  • Première classe (> 75000 points) :
    • 1 x Deux billets d’avion Aller-Retour pour le Japon

  • Classe affaire (> 40000 points) :
    • Une Playstation 3
      Un iPod Touch
      Une figurine Hajime no Ippo – Miyata édition limitée (Alixonline.fr)
      Une figurine One Piece POP – Tashigi (Alixonline.fr)

  • Classe éco (> 20000 points) :
    • Un jeu Naruto Shippûden: Ultimate Ninja Storm 2 collector sur PS3 (Namco Bandai Games)
      5 jeux Dragon Ball: Raging Blast 2 sur PS3 (Namco Bandai Games)
      Une figurine Figma Magical Girl Teana Lanster (Alixonline.fr)
      20 manga Over Bleed (Ki-Oon)
      15 manga Tripeace (Ki-Oon)
      15 manga Diabolic Garden (Ki-Oon)
      10 abonnements d’un an à Total Manga Mag
      5 abonnements d’un an à GONG Live

  • Soute à bagages (> 5000 points) :
    • 10 housses mobiles Golla Bag
      10 abonnements de 3 mois à GONG Live
      10 packs de 30 crédits GONG Vision
      10 abonnements de 3 mois à Total Manga Mag

    Pour participer rendez-vous sur le site de Gagnez le Japon. Vous devrez également surveiller les réseaux Facebook et Twitter de Total Manga, qui vous tiendront au courant des derniers défis à relever. Le premier par exemple, le KIEKI, un jeu hebdomadaire où il vous faudra deviner, comme son nom l’indique, qu’est-ce qui se cache dans le patchwork mystère. Pour la première semaine, 12 personnages et séries de manga et de japanime se sont cachés ici.

    Kieki 1

    Je me suis bien amusé à le fabrique, j’espère que vous vous amuserez à en découvrir les 12 inconnus ! Pour les règles et toute la marche à suivre, rendez-vous sur Gagnez le Japon et Total Manga… Bonne chance à tous !


    novembre 17th, 2010
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