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Chroniques manga : 7 nouveautés à essayer pour finir le mois de mai !

⊆ mai 17th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques manga mai

Après des fins de séries le mois dernier, chose promise chose due, voici de la nouveauté ! Ce n’est pas ce qui manque et c’est plus d’une vingtaine de tomes 1 qui me sont passés entre les mains ces dernières semaines. J’en ai gardé 7. Au sommaire : de la fantasy avec Drakengard et Gate, de l’historique avec Divci Valka, du shônen étonnamment bien avec le recueil de l’auteur de Seven Deadly Sins. Il y aura aussi du shôjo kodomo très bien trouvé par Glénat, avec 12 ans, du seinen très intéressant pour les curieux de l’édition, avec Bienvenue chez Protect, et enfin un ovni – et ce n’est rien de le dire – publié par Casterman et signé Hiroaki  l’habitant de l’infini  SAMURA : Halcyon Lunch.

Allez trêve de blablas, c’est parti pour les chroniques… Bonnes lectures à toutes et tous !

Fantasyyyy and hiiistoryyyyyyyyy

Allez cher lecteur, dis-moi que tu as cliqué sur la note de musique et que tu chantes avec moi sur cette playlist ! Bon, sinon, tant pis pour toi, et passons aux trois premiers titres qui mélangent de la fantasy plus ou moins dark et une dose d’Histoire assez passionnante.


Gate tome 1Gate, Au-delà de la porte #1 & 2
de Satoru SAO et Takumi YANAI chez Ototo : on commence par une bonne surprise. En effet ce seinen fourre-tout mélangeant guerre et fantasy ne paie pas de mine, car le graphisme de Satoru SAO est des plus classiques avec son chara-design tout droit sorti des années 80-90, entre Dragon Quest et Slayers pour les habitués du genre. Ça donne un petit coté old school et un peu de charme à l’univers pour les nostalgiques, car ce style de dessin se mélange bien aux codes de la fantasy avec ses chevaliers, ses magiciens, ses démons, elfes, etc.. Néanmoins, lors des premiers chapitres, ça donne des personnages très lambdas, qui sont loin d’enchanter le lecteur.

Ce n’est pas pour rien qu’Ototo a publié les deux premiers volumes ensemble, car il faut attendre un bon demi-tome avant que la mayonnaise ne prenne. Comme je le disais plus haut c’est l’univers, ou plutôt l’affrontement de deux univers très différents, qui va donner du sel à cette histoire. Tiens, d’ailleurs, je m’aperçois que je nous vous ai pas encore donné le pitch. Le voici : 20xx, un été dans le quartier de Ginza en plein cœur de Tokyo. Une mystérieuse porte donnant sur un monde parallèle apparaît brusquement. De celle-ci surgissent des monstres et des soldats d’un autre temps. Les Forces japonaises d’autodéfense, les FJA, interviennent et s’installent ensuite dans cet autre monde pour y entreprendre une mission d’exploration…

Vous pouvez lire un extrait sur le site de Ototo également.

Gate tome 2Deux mondes se confrontent donc, celui des forces militaires japonaises avec tout l’équipement moderne et les connaissances tactiques nécessaires, et une armée impériale à l’ancienne faite de soldats en armures, d’archers, d’elfes et de quelques créatures fantastiques comme des orcs et des dragons. Une fois passée la surprise – et le massacre de centaines de badauds qui se baladaient tranquillement à Ginza – les forces japonaises ripostent… et vont mettre quelques sévères raclées aux armées impériales du camp d’en face. Ils ont beau venir par dizaines ou centaines de milliers avec les meilleures lames et les meilleurs destriers, comment voulez-vous que ces soldats qu’un autre temps l’emportent face à une batterie de missile, des mitrailleuses, des grenades, des chars et des hélicos… On se demande donc qui, au sein de ce nouveau Monde, a choisi de faire apparaître cette porte menant sur notre Terre du 21e siècle, tant les premiers échecs sont cuisants.

Vu qu’il suffit d’un bazooka pour faire match nul avec un dragon cracheur de feu, les escadrons nippons envoyés en repérage au delà de la porte vont rapidement devenir des légendes et les nouveaux dieux de la guerre. Cela dit, on comprend quand même assez vite que, dans cette contrée moyen-âgeuse, tous ne sont pas des idiots et qu’il y a encore des puissances démoniaques mystérieuses qui ne sont pas sorties de l’ombre pour prendre part au combat. Idem du coté de notre Monde : l’accès à ce nouvel univers attise les convoitises et les autres pays comme la Chine et les Etats Unis sont impatients de ramasser le pactole de cette potentielle conquête. Tout est donc loin d’être joué et on finit par être assez curieux des prochains rounds.

Enfin, au delà de ce choc des civilisations inter-dimensionnel qui mélange action, tactiques de guerres et politique internationale, on profite aussi de situations assez comiques. En effet, le titre a le bon gout de ne pas trop se prendre au sérieux et joue des nombreux quiproquos possibles sur la rencontre de ces populations, et met pour cela, à la tête des forces humaines, un otaku fort sympathique. Si cette adaptation en manga de light novel n’a donc pas grand chose à voir avec Spice & Wolf ou Fate / Zero, elle n’en n’est pas pour autant dénuée de nombreux atouts… Au bout de deux tomes, me voilà tombé sous le charme !


Drakengard tome 1Drakengard, Destinées écarlates #1  
de Jun EISHIMA, ZET et Taro YOKO chez Kurokawa : de la dark fantasy sans retenue avec sa dose de sang et de sexe (et pour les moins de 16 ans, donc), ce n’est pas si souvent dans les mangas et c’est assez récréatif, surtout avec un chouette coup de crayon. Cette adaptation de la licence vidéo-ludique Drakengard, surtout de l’épisode RPG sur PS3 , nous conte les aventures d’un beau et sombre guerrier, One, capable d’invoquer un dragon. Il est accompagné par Nero, elfe frivole qui aime autant jouer de l’arbalète que… de l’arbalète. Leur but : tuer tous ceux atteints de la maladie de l’œil rouge et détruire l’église des anges.

Dans le domaine de la Dark Fantasy, les challengers sont peu nombreux donc on accueille celui-ci avec plaisir. Il permettra aux fans du genre de patienter entre deux tomes de The Arms Peddler ou d’Übel Blatt. C’est plutôt de ce second que Drakengard se rapproche d’ailleurs avec elfes, dragon, magie et monstres. Néanmoins, avec une histoire qui va se terminer en seulement trois volumes, le scénario ne prendra sans doute pas une ampleur folle. Du côté des personnages, les mangakas ont eu le bon goût de se limiter principalement aux deux héros, dont la personnalité est rapidement limpide, autant par leurs actes que grâce à leur chara-design bien pensé. Si le récit ne s’éparpille pas trop on peut donc espérer un manga qui tient bien la route, en plus du plaisir des yeux sus-cités et d’une bonne dose d’action qui laisse peu de temps mort au titre. De la dark fantasy correctement ficelée, pour ceux qui aiment quoi !

divci-valka-1-komikku
Divci Valka  
de Kouichi OHNISHI chez Komikku : et un nouveau titre historique, un ! Après les combats normands au XIVe siècle dans Hawkwood chez Doki-Doki, on reste quasiment à la même époque mais on s’envole à Prague pour, devinez quoi, une guerre de religion !

Tout commence en 1415, en plein cœur du Saint-Empire Romain Germanique, quand un théologien du nom de Jan Hus finit sur le bûcher pour avoir proclamé haut et fort la corruption de l’église et les malversations du pape de Pise, Jean XXIII. Il faut dire qu’avant de finir rôti sur la place public pour hérésie, Jan Hus avait de plus en plus de partisans, et le futur Roi du Saint-Empire, Sigismond, devait gérer une crise de l’église qui dure depuis pas loin de 40 ans et qui met un sacré bazar en Europe, avec plusieurs papes et plusieurs courants religieux qui se déchirent et qui affaiblissent le pouvoir global des religieux (ça s’appelle le Grand Schisme d’Occident pour les plus curieux). Bref, ce n’était pas vraiment le moment qu’un théologien viennent rajouter une couche de défiance par là dessus. Donc, hop, au bûcher !

Le soucis c’est qu’en brûlant un homme aimé, on en fait un martyr et on pousse des peuples à se révolter. Les partisans de Hus, les hussites, finissent donc par s’opposer aux catholiques bien plus frontalement que dans un simple débat d’idées : en 1419, 4 ans après la soirée barbecue avec l’ami Jan, on atteint le point de rupture. Un autre Jan, Jan Zelivsky, grand prêtre hussite, mène une attaque en plein Prague avec quelques fidèles et ils tuent des conseillers catholiques en les balançant par les fenêtres. Simple et efficace, ça. Une défenestration à un méchoui partout. Mais le nouveau Pape censé unifier la chrétienté, Martin V, et ce cher Roi Sigismond le prennent assez mal (susceptibles hein ?) et ils partent donc en guerre contre les hussites. Voilà le contexte de cette histoire qui nous fait vivre l’embrasement de cette région que l’on connait sous le nom de Bohême, et qui correspond à l’actuelle république Tchèque.

Le manga débute en 1420 quand l’armée du Roi débute son éradication des hussites. Une jeune fille du nom de Sarka s’avère la seule survivante du massacre de son village et elle va croiser la route de Jan Zizka, chef de guerre hussite et personnage historique qui sera le fer de lance de l’armée hussite dans la guerre qui s’annonce. Il fera de cette survivante un symbole pour motiver les troupes et enclencher la revanche.

divci valka

© Kouichi Ohnishi 2013 / Futabasha Publishers Ltd.

On suit donc une révolte du peuple – l’armée de Zizka étant constitué de paysans – et le mangaka choisir de donner une place prépondérante aux femmes dans son récit… d’où le titre Divci Valka que l’on peut traduire par « la guerre des filles » en VF (d’où le sous-titre la guerre des pucelles, aussi). Ce titre s’inspire d’ailleurs d’une veille légende Tchèque du VIIIe siècle qui mélange une armée féminine d’amazones et la fondation de Prague (et du peuple Tchèque au passage). Le mangaka superpose cette légende au conflit des hussites et confie aux femmes une arme encore nouvelle à cette époque, mais qui va peu à peu faire ses preuves : le pist’ala ou flûte en slave, qui deviendra le bien connu pistolet. Comme vous pouvez le constater on apprend plein de choses dès ce premier tome, aussi bien dans le récit, qui n’est pas avare pour autant en scène d’action, que dans les captivants bonus en fin d’ouvrage qui s’intéressent autant aux faits historiques qu’au folklore et aux populations de l’époque.

Un titre qui rappelle donc Wolfsmund, pour son monde cruel et sans pitié et ses inspirations historiques et folkloriques, mais qui s’en écarte par un graphisme un ton en-dessous et un chara-design plus (trop ?) juvénile. Malgré cet aspect visuel comme petit point faible, on obtient un bon premier volume dans lequel on se plonge rapidement. La série compte actuellement six tomes au Japon et elle est toujours en cours, de quoi développer aussi bien les personnages que le récit, ce qui nous promet le meilleur… On en reparlera très certainement dans ces colonnes. Rendez-vous à Japan Expo pour le tome 2 !

Feuillettes moiiii, découvre moiii-ahaaa

On passe à deux titres qui ne paient pas de mine mais qui méritent qu’on aille au-delà de leur couvertures…

12 ans Glénat12 ans de Nao MAITA chez Glénat : Le shôjo kodomo, ou du moins pour les jeunes adolescentes, ce n’est pas mon truc d’habitude. C’est souvent un tas de fantasmes de princesse, de love story surjouées et de situations abracadabrantesques qui me saoulent rapidement. Pourtant découvrir l’amour à 12 ans est en soi une aventure incroyable, surtout si on y ajoute tous les changements morphologiques de l’adolescence et les histoires d’amitiés qui deviennent parfois compliquées. Mais voilà, pas besoin d’en faire des caisses ni de nous sortir des vampires ou des milliardaires pré-pubères pour raconter une histoire captivante. Et ça, justement, c’est un peu ça le pari du manga de Nao MITA.

12 ans, c’est l’âge de Hanabi, qui n’a toujours pas embrassé de garçon et qui se demande aussi bien comment que pourquoi. Elle se demande aussi quand est-ce que, comme sa meilleure amie Yui, ses premières règles vont arriver. Pendant ce temps Yui se demande, elle, pourquoi elle est tombée amoureuse du garçon qui n’arrête pas de l’embêter…

Des situations banales comme vous le voyez, mais c’est aussi ça qui les rend touchantes et crédibles. Elles sont traitées avec simplicité, de l’humour et pas mal de douceur. Le graphisme est globalement épuré et tout repose sur le chara-design (rond, mignon et réussi) et les émotions, qui sont mises en valeurs par quelques trames bien choisies, en fond. Scénario et visuel misent donc sur la justesse et ne cherchent jamais à nous en mettre plein les yeux avec des rebondissements ou des effets de lumières qui viendraient surjouer l’instant.

Enfin, si 12 ans est appréciable, c’est qu’il peut aussi bien faire écho aux interrogations pratiques comme romantiques des jeunes filles du même âge, qu’aux souvenirs lointains des adultes et parents qui se remémoreront leur propre passage par cette fin de l’enfance. Moi j’avoue que je n’ai pas des masses de souvenirs de cette époque (c’était il y a 25 ans, excusez du peu T_T) mais ça m’a donné envie de filer l’ouvrage à ma nièce qui vient d’avoir 10 ans et qui se posent sans doute, déjà, plein de questions sur ce qui l’attend ! Pour vous faire une idée, direction les premières planches sur le site de Glénat.

Seven_Short_StoriesSeven Short Stories 
de Nakaba SUZUKI chez Pika : Les side stories c’est pour les fans. C’est ce qu’on dit souvent et c’est régulièrement vrai, mais on s’amuse rarement autant que dans le format d’origine, surtout lorsque ces spin-off sont des expériences de jeunesses compilées sur un tome ou deux. Dans ce type de recueil on y voit souvent un graphisme balbutiant, des personnages ou une narration pas encore bien maîtrisés… des erreurs de jeunesse en somme. Dans Seven Short Stories, on est donc agréablement surpris de découvrir quelques courts récits qui regorgent déjà de nombreuses qualités… et on savoure d’autres facettes de SUZUKI qui sont plutôt amusantes.

On profite d’abord de l’une des autres versions de Seven Deadly Sins, où est rejoué le chapitre de la rencontre entre Méliodas et Elizabeth. La version est assez différente, dans le chara-design et la personnalité des protagonistes, mais c’est déjà bougrement bien dessiné. On y repère, aussi, le goût prononcé de SUZUKI pour les jolies filles : ces nouvelles sont d’ailleurs un vrai défilé de canons en tous genres qui ont autant à nous offrir de par leur physique craquant, alléchant voir divin, que par leur caractère, parfois bien trempé, parfois plus touchant ou tout simplement amusant.

Seven Short Stories est aussi riche de nombreuses thématiques : deux romances, un mix western – SF délirant, une histoire très courte de radis complètement loufoque, une comédie qui mélange patinage artistique et héros de baston et enfin les genèses de SDS mais aussi d’une autre série, inédite en France : Ultra Red… que j’aimerai bien essayer du coup, car  cette première version est plutôt sympathique. Bref, ce one-shot n’est donc pas le titre du siècle mais s’avère un excellent divertissement qui permet de découvrir un auteur qui n’a pas que Seven Deadly Sins à nous offrir. Quelques pages en extrait, pour finir de vous convaincre :

Deux titres ooooriiiginaux, des récits qui te collent à la peauuu 

Le premier est passionnant par son propos et sa thématique « du papier au numérique » et le second est carrément une expérience de lecture (et de traduction, aussi). On finit donc avec les titres les plus surprenants du lot !


bienvenue-protect-01Bienvenue chez Protect de Miso SUZUKI chez Akata : Passionnant celui là, il me rappelle des discussions sur le marché du manga que j’ai parfois dans les interviews éditeurs. L’histoire commence avec le stage en entreprise de la jeune Nanami. Elle arrive au sein de la société Protect, une boite de consulting en médias numériques dirigée par un homme aussi extravagant que génial : Jungorô Yamada ! Première mission pour notre jeune fille : remettre sur pied la carrière d’un mangaka anciennement célèbre mais aujourd’hui dans l’impasse, pendant que Jungorô lui-même devra proposer un nouveau business model à un éditeur venu lui demander de l’aide pour y voir plus clair dans un marché culturel en pleine révolution.

Internet et la nouvelle économie de la culture, voilà un thème des plus passionnants et qui touchent tous nos loisirs : manga, littérature et jeu vidéo sont au programme de ce premier tome et ils ne seront sans doute pas les seuls. Le bilan du système éditorial classique n’est pas reluisant et notre expert comme sa stagiaire partent donc en quête de toutes les solutions possibles : changement du rapport entre auteur et éditeur, indépendance et nouvelle relation au lecteur, auto-production et droit d’auteur… Tous les aspects de cette nouvelle donne sont passés à la loupe pour savoir si elles sont de vraies bonnes idées, viables sur le long terme, où si ce ne sont que des fantasmes qui s’empilent dans l’Eldorado casse-gueule de la nouvelle économie.

Si on ajoute l’excentricité du génie de service ainsi que des personnalités intéressantes chez tous les personnages secondaires, le tout saupoudré d’un peu d’humour, on obtient donc un cocktail parfait entre un Que Sais-Je et un Bakuman version seinen. Si vous appréciez les interviews éditeurs de ce blog, c’est un titre en 3 tomes qui est fait pour vous. Vivement le second tome, qui sort ce mois-ci, et qui nous parlera de l’impact des smartphones sur le jeu vidéo !

Pour vous faire une idée, jetez un œil à la preview, sur le site d’Akata.

Halcyon Lunch tome 1Halcyon Lunch de Hiroaki SAMURA chez Casterman : Ce n’est pas l’envie qui me manque de me lancer dans l’Habitant de l’infini, mais faute d’argent et de place sur les étagères c’est avec plaisir que je découvre finalement Hiroaki SAMURA par ces autres œuvres. Après l’intriguant one-shot SNEGUROCHKA qui nous mélangeait politique, Russie et thriller, voici une histoire en deux tomes d’un tout autre genre… Et sans doute le truc le plus barré que j’ai lu depuis un an ou deux, bourré de référence culturelle de tous poils – y en a pas mal sur Jojo d’ailleurs, mais pas que – et dont le synopsis annonce, de toute façon, la couleur : La vie de Gen, chef d’entreprise quadragénaire, est retombée comme un soufflé raté. Gen a la dalle, mais il est réduit à pêcher sa pitance dans les eaux bourbeuses d’une rivière. Sa rencontre avec Hyos va changer le menu. La jeune fille est dotée d’un curieux coup de fourchette (ou de baguette): elle est capable d’avaler tout et n’importe quoi et de le régurgiter pêle-mêle, donnant vie à des créatures aussi monstrueuses que grotesques…
Là où n’importe qui ferait la fine bouche, Gen voit dans l’apparition d’Hyos une chance d’ajouter une étoile au guide de son existence. Mais il découvre très vite qu’en cuisine, une terrible menace plane sur la Terre…
Bon appétit, Gen.

« Un Festin comique de science-fiction en deux services. » comme l’annonce Casterman, et que je résumerais moi-même comme : « un gros bordel où les idées les plus folles s’entre-mêlent pour, au choix, vous faire exploser de rire ou vous sucer le cerveau ». Oui oui, tu lis ça et, pouf, plus de cerveau, parce c’est sans queue ni-tête et que ça part dans tous les sens. En même temps avec Hyos dont l’estomac est relié à une galaxie lointaine et qui régurgite des chimères dignes d’un nouvel épisode sous acide de Godzilla VS Megacheloutra… Forcément ça ne pousse pas à la rationalité. Il faut donc persister cher lecteur. Si tu as l’habitude de lire des trucs étranges – et bouddha sait qu’il en existe des trucs nippons étranges – ça ne devrait pas trop te poser de problèmes. Sinon, fait comme moi et accroches-toi, ça vaut le coup.

Halcyon_Lunch_tome_2En plus de croiser des moments de pur génie what-the-fuckesque qui te vaudras de bons fou-rires, comme le bon de commande parodique de Casterman pleine page pour empêcher une nudité frontale de jeune fille encore mineure, tu finiras par t’attacher à la petite troupe de personnages, Gen et Hyos en tête mais aussi à Ryuta, Metako, Shinji, le chien ASCII (infortunée créature…) et la seconde extra-terrestre du nom de Triazole. Ils sont tous à coté de leurs pompes et certainement pas des modèles de réussite… Mais ils sont aussi très éloignés des clichés qu’on nous sert habituellement, même si le mangaka adore les faire jouer avec.

À travers leur différente aventures, avec un dictateur, avec des amis clochards ou pour sauver notre planète, c’est finalement leur humanité et leur conception du bien et du mal qui finira par vous convaincre. Et c’est pareil pour tout le reste de l’ouvrage, à savoir sa narration comme sa mise en scène folle et inattendue : une fois qu’on a pris l’habitude on ne s’en passe plus. Pour te dire la vérité mon bon lecteur, j’ai failli lâcher prise trois fois lors de la lecture du premier tome, pour le revendre ou le filer à un rédacteur qui l’apprécierait, mais maintenant les deux tomes sont placés bien au chaud dans mes étagères entre l’édition collector de Thermae Romae et les ouvrages de la Collection Latitudes, le rayon des titres dont je ne me séparerai probablement jamais.

Halcyon Lunch, en fait, c’est une aventure à essayer… et qui pourrait bien vous marquer.

PS1 : Bravo au traducteur, pour le travail accompli sur les blagues et la cohorte de références plus ou moins obscures !

PS2 : et donc faut vraiment que je me lance dans l’Habitant de l’infini moi, vivement l’édition collector en juin !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des impressions post-lecture à chaud. Rendez-vous au prochain épisode, on parlera très probablement de shôjo !


mai 17th, 2016
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Chroniques manga : quand on garde le meilleur pour la fin…

⊆ avril 22nd, 2016 | ≡ Topic: Chroniques, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga-1

Le rattrapage de lecture en retard, voir très en retard, fut  une activité de bon aloi pendant ces vacances d’avril (profitez bien, vous qui y êtes encore) parce que les piles de manga aux allures de tours de Pise me regardaient depuis quelques temps d’un mauvais œil. Ce rattrapage se fit dans une ambiance de renouvellement avec un enchaînement de derniers et de premiers tomes : quatre séries courtes ont raccroché les wagons et sept nouvelles se faisaient une petite place dans mes étagères… Onze mangas au programme sur la trentaine que j’ai lu pendant ces vacances, et ça ne m’étonnerait pas que quelques autres viennent s’ajouter à la liste avant la fin du mois.

Pour éviter l’indigestion, je commence par vous parler de ces 4 fins cette semaine, avant d’attaquer les nouveautés au prochain numéro. Bonne lecture à toutes et tous !

Ah j’oubliais : de nouveauté il était déjà question ce mois-ci, mais ailleurs, car j’ai signé un papier sur la nouvelle génération de super-héros en manga, avec One-Punch Man et My Hero Academia à l’honneur sur Journal du Japon. Allez y jeter un œil ;)

Les inratables… forts en émotions !

Orange 5Orange #4 & #5  d’ Ichigo TAKANO chez Akata : impossible de passer à coté de la fin tant attendue d’Orange, ce phénomène shôjo 2015-2016 qui a su embarquer des dizaines de milliers de lecteurs… Et pour du shôjo ce n’est pas tous les jours ! Pour ceux qui seraient passés à côté je vous rappelle qu’il s’agit d’une bande d’amis de lycée, aujourd’hui adultes, qui sont rongés par la mort – le suicide, on l’apprend assez vite – de leur ami Kakeru, lui-même hanté par le suicide de sa propre mère. Un peu de science-fiction aidant, ces amis en question parviennent à écrire à leur moi du passé, leur envoyant une lettre chaque jour, et n’ont désormais plus qu’un but en tête : ne pas répéter les erreurs du passé et sauver Kakeru.

Trois garçons, trois filles, un triangle amoureux, les difficultés de communiquer avec autrui, la perte d’un être cher et comment soigner ceux qui souffrent en silence, à côté de vous. : voilà quelques thèmes et ingrédients de cette romance très originale qui, en plus d’un scénario accrocheur, s’est développée pendant cinq tomes en conservant ces deux qualités principales : des émotions à fleur de peau et l’angoisse relative au potentiel suicide de Takeru. Sans parler d’un excellent coup de crayon, pour ne rien gâcher.

Dans cette histoire, Takeru et la jeune et émotive Naho se montrent tous deux très maladroits – ça encore, dans les shôjos, on a l’habitude – mais Ichigo TAKANO amplifient singulièrement la nature des enjeux amoureux, dans la mesure où l’on ne sauve plus seulement une romance mais bel et bien une vie. Pour Naho la pression devient alors de plus en plus grande : il n’est plus question d’un jeu de séduction ou d’avoir le dernier mot, mais de réussir à déverrouiller la forteresse qu’a bâti Takeru autour de son cœur pour le convaincre qu’il a le droit au bonheur. Et c’est une tâche des plus ardus car ce dernier se montre très secret dans ses émotions et il est totalement effrayé par le mal qu’il peut faire à autrui. Ajouter à cela une immense culpabilité vis à vis du suicide de sa mère et on atteint une souffrance telle que les remparts qu’il est capable de dresser autour de lui sont impressionnants.

Rien n’est donc gagné d’avance, et les jours vont s’égrainer petit à petit jusqu’à la date prévue du suicide, faisant vivre de vrais montagnes russes au lecteur : tout semble possible jusqu’à la dernière minute ! Au moment où on a l’impression que le futur n’est pas écrit, le destin vient pour reprendre ses droits, presque à chaque fois, empêchant toute prédiction et nous laissant sur le fil, prêt à chuter dans le drame. De plus, on ne sait même plus quel futur on désire pour Naho car est-ce que son autre prétendant, Ueda, mérite de tout sacrifier pour Takeru, ses sentiments comme un avenir de rêve ? Tout ceci est aussi palpitant que poétique et nous laisse le cœur en émoi jusqu’à la dernière page…

Bilan :  Orange, c’était différent, c’était beau, c’était émouvant. Merci Ichigo TAKANO.

Poison City 2Poison City 2  de Tetsuya Tsutsui chez Ki-oon : si j’avais rapidement consacré un article au premier tome et même eu la grande chance de rencontrer l’auteur, je ne pensais pas que Tetsuya TSUTSUI parviendrait à conserver l’intensité de son pitch dans ce deuxième et dernier tome. Je me disais qu’en lisant la suite un an après la parution du premier opus, la magie se serait en partie envolée. Mais, un an et un mois après, j’ai finalement retrouvé un titre qui avait encore du répondant. Mikio, le mangaka censuré pour son titre Dark Walker était à la croisée des chemins. Pour continuer d’exercer son métier normalement, il devait édulcorer sa série… Qu’il refuse de s’avouer vaincu je m’y attendais un peu, mais c’est sa descente aux enfers que je n’avais pas prévu !

C’est en effet une seconde tourmente qui attend notre jeune auteur, encore plus violente que la première, où ce n’est plus son oeuvre qui est mise en cause mais lui même, risquant d’être proclamé « auteur nocif » et envoyé en cure de réhabilitation. Carrément, façon Orange Mécanique.

On visualise dans ce second tome ce qu’il pourrait advenir si un un affrontement idéologique de grande ampleur devait avoir lieu… On comprend à quel point un auteur, peu habitué aux joutes publiques, est grandement désarmé lorsqu’il veut faire valoir son droit à l’individualité dans une société de consensus, face à des hommes politiques préparés et qui amènent le débat là où ils le veulent. Ces derniers, méprisables, ont en effet les arguments qui font mouche, mais uniquement parce qu’ils sont bien tournés… Des gigantesques troll contre la liberté d’expression sortent donc de leur bouches méprisantes, révoltant par leur obscurantisme, par leur agressivité – parfois latente, parfois explosive – sous le couvert du respect des bonnes mœurs.

Le « camp » des auteurs tel qu’il est décrit dans Poison City ne manque pas d’argument pour autant et il est loin d’être ridicule, bien au contraire, mais certaines guerres sont plus longues que prévues, et commence parfois par une défaite. La mise en garde de Tetsuya TSUTSUI résonne donc une dernière fois dans ce seinen qui est plus que jamais un indispensable de vos mangathèques, pour rester vigilant.

Bilan : avec ce titre passionnant on nous aura prévenu en tout cas, et plutôt deux fois qu’une !

Les inédits… qui nous avait intrigués


Sangsues tome 5 CastermanSANGSUES #4 & #5 
de Daisuke IMAI chez Sakka : L’éditeur, le sympathique Wladimir Labaere, m’en avait venté les mérites l’été dernier et c’est vrai que le premier tome vous happait avec force, via un pitch peu commun : SANGSUES, c’est l’histoire de Yoko, jeune fille malheureuse qui, suite à un concours de circonstances, est déclarée comme morte. Mais elle est bien vivante, plus qu’avant même, car elle se retrouve dés lors libérée des contraintes de sa vie d’avant. Elle vit désormais comme une sangsue, squattant appartements et maisons inoccupées pendant quelques heures ou quelques jours grâce à des résidents au travail ou en vacances. Une vie sans contrainte ? Pas si sûr…

Dans cette série en cinq  volumes on comprend rapidement que ce mode de vie était partagé par plusieurs personnes, une sorte d’ethnie fantôme avec ses propres lois, souvent celle du plus fort d’ailleurs. Ce qui a donc débuté comme un manga envoûtant, entre rêverie d’une vie sans attache et le phénomène des fameux évaporés au Japon, s’est très rapidement orienté vers un thriller. Notre héroïne déchirée entre cette nouvelle liberté et les attaches « humaines » de sa vie d’avant se confronte à un Japon de l’envers des plus violents, dans un système clanique qui évoque un peu celui des yakuzas.

La discussion n’est donc plus de savoir si une autre forme de vie est possible, loin du matérialisme et de la possession, mais si en sortant du système on doit ou non sacrifier notre humanité et nos sentiments pour revenir à l’état sauvage – et sa camoufler dans la jungle urbaine – ou perdre au contraire toute émotion pour se placer au-dessus des humains et de leurs lois stupides.

La poésie, même si elle est encore présente par petites touches (notamment dans la mise en scène et en page) a donc laissé la place au suspens, à l’action, aux rebondissements de situations, à des êtres finalement dévorés par leur exclusion et leur solitude. L’envoûtement initial s’est donc un peu étiolé lors du second et du troisième volume mais la narration efficace et les personnages secondaires bien campés, crédibles malgré leur grain de folie, font qu’on lit cette aventure inédite et cruelle jusqu’au bout.

Bilan : Un thriller original et bien exécuté, qui changera un peu du lot commun d’un genre plutôt bien fourni. On attend désormais avec impatience le prochain Daisuke IMAI… pour voir où il nous emmènera la prochaine fois.



monde-de-uchu-2-castermanLe monde selon UCHU #2
 de Ayako NODA chez SAKKA: C’est rare des mangas en deux tomes qui me marquent – vous en avez beaucoup dans vos étagères, vous ? – et c’est donc d’autant plus étonnant d’en trouver un deuxième dans cette sélection, après Poison City. Si ces deux histoires parlent toutes les deux de manga dans le manga, c’est vraiment – mais vraiment – leur seul point commun.

Là où le titre de TSUTSUI défend une cause dans un monde proche du notre, Ayako NODA nous projette directement dans un manga où les personnages prennent conscience de leur nature en 2 dimensions. Comme le dis le héros à l’héroïne – Uchu à Alice – « nous sommes dans un manga« . Ils sont alors capables de voir physiquement les bulles mais aussi de sentir qu’ils sont observés (par nous, les lecteurs) et manipulés par un auteur… Sans compter que les dialogues intérieurs, dans d’autres bulles sont dès lors à la disposition de tous puis que toute leur intimité risque bien d’être exposée au grand jour. Tout cela est écrit avec énormément d’ingéniosité et d’humour et m’avait accroché dès le volume 1, comme j’en témoigne dans cet article…

Conscient de cet état de fait le héros tentait, à la fin de cette première itération, de préserver son entourage : il choisissait de s’éloigner de ses amis afin qu’ils ne soient plus sous les projecteurs et qu’ils retrouvent leur vie privée. Mais rien n’est aussi simple car si un personnage disparaît le mangaka a alors une multitude de possibilités… Il peut le faire ré-apparaître de force, il peut changer le héros de son manga, en faire apparaître un second pour des histoires en parallèle, il peut faire bifurquer une romance vers un nouveau duo… Mais, fidèle à son inventivité et à sa capacité à nous surprendre, Le monde selon UCHU s’amuse de ces voies narratives : à peine les a-t-il utilisées qu’il les chamboule pour faire apparaître un personnage inattendu : Ayako NODA elle-même ! Et quand une mangaka se raconte elle-même au milieu de ses propres personnages, plus rien n’est véritablement prévisible.

Heureusement, le récit ne devient pas pour autant un bordel sans nom et on se laisse totalement embarquer par les doutes qui envahissent les protagonistes de ce monde métaphysique, en se posant nos propres questions : est-ce que les personnages guident l’auteur ou est-ce l’auteur qui guide ses créations et leur impose sa volonté ? Après tout on a plus d’une fois entendu un auteur avouer que ses personnages avaient pris vie et avaient modifié les intentions premières de leur créateur…

Mais, alors, comment les personnages de manga peuvent-ils prendre conscience de leur état et s’opposer aux altérations réalisées par l’auteur vu que le résultat de ces dernières ne sont rien d’autre qu’une nouvelle réalité, insoupçonnable ? De plus, même s’ils ont conscience d’eux-mêmes, comment les définir ? Etre ou ne pas être puisqu’ils peuvent être totalement transformés par un simple coup de crayon ?  Je pense donc je suis ne semble pas non plus un adage suffisant ici. Enfin, question toute aussi inquiétante : est-ce que les protagonistes, lorsqu’ils comprendront que l’histoire s’achève au 15e chapitre, pourront raisonnablement penser que leur vie va s’arrêter et qu’ils vont donc, de facto, mourir ?

Psychologie et philosophie se bousculent ainsi dans ce second tome, qui ne perd pas pour autant sa poésie ni son humour (mention spéciale aux yonkomas en début d’ouvrage : savoureux !).

Tout ça pour dire que Le monde selon UCHU est un ovni qui se lit et se relit avec plaisir, bourré de personnages attachant mais aussi de niveaux de lecture. Le cœur du lecteur comme son cerveau ont ainsi de quoi être comblés… Jetez-vous dessus !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des impressions post-lecture à chaud. On finit avec la pile de choses à lire, toujours aussi volumineuse… Y a des choses qui vous intéressent là dedans ?

Chroniques Manga-2

En attendant de faire grossir la pile, rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle interview éditeur !!


avril 22nd, 2016
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Chroniques Manga : les guerres de printemps…

⊆ mars 20th, 2016 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Chroniques Manga Paoru 2016-001-2

Après une période de bilan manga chargée, je commence à retrouver du temps pour faire baisser la pile des mangas à lire… Ce ne sont pas les bonnes lectures qui manquent, donc autant les partager avec vous. Au programme de cette semaine ? Ce sera la guerre par Bélénos ! Moyen-âgeuse, normande, orientale ou romano-carthaginoise, la thématique a pas mal de bons étendards et l’arrivée d’un petit nouveau, Hawkwood chez Doki-Doki, était l’occasion de faire un point sur le genre… En route pour ces trois chroniques guerrières !

Hawkwood-1-Doki-DokiHawkwood #1 & 2 de Tommy OHTSUKA chez Doki-Doki : je l’avais évoqué à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux puis dans les attentes du mois de Journal du Japon : en ce mois de mars, j’ai enfin pu le lire ! Pour ceux qui n’en ont pas entendu parler , voici le petit résumé officiel commenté façon vis-ma-vie de gars du cru.

L’histoire se déroule donc au XIVe siècle, royaume de France, province de Normandie. (OUAI, CHEZ MOI ! ) La petite ville de Carentan (où je passe à chaque fois pour aller voir Mamie Thérèse, près de Coutance dans la Manche) est sous la menace de l’ennemi (la ville hein, pas Mamie Thérèse). Devant ses murs se presse l’armée régulière anglaise, lancée à la conquête de la France (à l’époque de Mamie Thérèse, dans sa jeunesse, les Anglais on les aimaient bien et on les planquaient dans la grange pour qu’ils évitent les Allemands. Nous les Normands on sait pas c’qu’on veut, c’bien connu crénom de d’là !). À la tête de cette armée, le prince Édouard, fils légitime du roi d’Angleterre (pas des marrants dans la famille, c’est moi qui vous l’dis !). Pour se sortir d’une situation a priori désespérée, les assiégés font appel à la « compagnie des corbeaux blancs » de John Hawkwood, un officier audacieux dont les stratégies outrepassent les règles de la chevalerie…

En effet, la guerre, surtout quand ça dure 100 ans et qu’on se tape dessus pendant 2, 3 voir 4 générations (imaginez une guerre débutée par votre arrière-grand père que vous devez faire à votre tour), ça coûte cher. Que ce soit entre des seigneurs cousins qui se déchirent pour des domaines ou un pays qui affronte sans arrêt un envahisseur étranger, on finit par apprendre à faire avec ce qu’on a sous la main. C’est ainsi que Sir John Hawkwood (1320-1394), considéré comme le premier mercenaire de l’ère moderne, offre les services de sa compagnie, les fameux corbeaux blancs, pour peu qu’on les paie grassement.

Hawkwood_tome_2Pour mener chaque mission à bien ce chevalier qui ne paient pas de mine, avec son armure basique et son cheval vieillissant, est des plus pragmatiques. Il n’a que faire des codes bien-pesants de la noblesse ou de la chevalerie – aussi galvaudés qu’inefficaces – car c’est celui qui gagne qui a raison, vu qu’il reste en vie et qu’il empoche les trésors de la victoire.

On apprécie autant l’ingéniosité d’Hawkwood, pour ses plans sur le champ de bataille, que son mépris des titres ronflants et des attitudes pompeuses de certains commandants. Un désintérêt pour les bonnes manières qui est loin de le rendre populaire soit dit en passant, ce qui va laisser quelques traces assez sombre dans sa bibliographie d’ailleurs, comme on peut le voir ici. Mais il n’en a cure et suit son objectif qui nous reste encore mystérieux, d’ailleurs. Hawkwood est donc un homme de terrain à la tête d’une compagnie assez sympathique : ils ont beau faire de la guerre leur métier, ils profitent de l’instant présent quand ils le peuvent et partent au combat quand il le faut, pour faire le job qu’on leur a confié. Des seconds rôles qui, comme tout ceux de la série, ne sont pas forcément marquants mais ils apportent leur contribution au tableau global qu’OHTSUKA dresse sur ces guerres du Moyen-Âge.

Et la Normandie ou l’Histoire dans tout ça ? Disons que c’est l’une des composantes du récit parmi d’autres, un peu à l’image d’un Wolfsmund et de son histoire de l’Helvétie : important mais pas forcément central. On retrouve plusieurs points d’ancrage comme le Roi Edouard, la ville de Carentan, le Comte d’Alençon ou encore les chevaliers de Saint-Lô. Mais le but n’est pas de raconter, détails à l’appui, la vie de l’époque, le contexte historique ou que sais-je du contexte du XIVe siècle : ce qui nous intéresse ici c’est surtout l’histoire de soldats hauts en couleur qui se tapent copieusement les uns sur les autres en usant de toute une batterie de technique, d’armes et de stratégies propres à l’époque, avec boyaux et hémoglobine en bonus. Il se trouve simplement que, en bonus, tout ceci se déroule dans un lieux familier et à une époque que nous avons tous croisé un moment ou à un autre dans nos livres d’Histoire. C’est donc l’épopée qui prime avant tout pour ce récit en huit tomes et qui s’intéresse surtout au destin de notre célèbre mercenaire.


Arslan Kurokawa
Arslan #4 
de Hiromu ARAKAWA & Yoshiki TANAKA chez Kurokawa : Le titre fait honneur à son titre « La légende héroïque de« . C’est en effet une vraie épopée que nous offre cette superbe adaptation. Je vous en ai déjà parlé à travers mes différents ôdes à Arakachou, l’une des meilleures mangakas de sa génération, mais ce volume quatre apporte une pierre de plus à l’édifice. Après avoir ajouté un bel éventail de protagonistes durant les premiers tomes, la mangaka commence à mettre en exergue les différentes forces en jeu dans le combat pour le royaume de Parse : on découvre quelques seigneurs aux allégeances diverses et changeantes, mélangeant ainsi la loyauté et le sens du devoir, la trahison et le profit ou tout simplement le pragmatisme et la neutralité.

Au milieu des rouages du destin qui commence à s’emboîter on apprécie de voir le héros, notre jeune Arslan, en doute idéologique. Car dans ces deux camps qui s’affrontent ce manga a l’intelligence de poser un fléau dans chacun des deux camps…  Lusitania, à l’ouest, vénère le dieu unique Yaldobaoth et cherche à imposer sa religion aux autres royaumes avec une folie qui est parfaitement retranscrite à travers le monomaniaque et sanguinaire prêtre Bodin – un chara design de sadique qui vous remue les tripes, un démon totalement haïssable – et Parse à l’est, un riche royaume polythéiste repose sur un système de l’esclavage que veut donc abolir Arslan. Mais redonner aux gens un libre arbitre n’est finalement pas chose aisée. La liberté est une belle idée, mais redonner leur indépendance et exiger l’autonomie de personnes qui vivent en moutons obéissants depuis des années peut se révéler parfois contre-productif au départ.

Au milieu de ça on continue de profiter de très belles scènes d’action dans des chevauchées animées, de protagonistes très humains, aux personnalités variés et un humour qui n’est jamais très loin : la fusion parfaite entre ce roman de fantasy de haute tenue, qui mérite son titre d’épique, et le style Arakawa que l’on apprécie tant. Pas étonnant, donc,  qu’il soit l’un des meilleurs lancement 2015 et il est réconfortant de voir qu’il en a encore sous le coude. En plus la petite interview bonus à la fin entre ARAKAWA et SUZUKI (Seven Deadly Sins) c’est un petit caviar qui nous permettra d’attendre le tome 5 début juillet pour Japan Expo. On a hâte !!!


Ad Astra 8Ad Astra#8 de Mihachi KAGANO chez Ki-oon: ce titre là aussi tient bien son rang de fresque historique. Jusqu’ici le mangaka évite assez bien la redondance : on a eu la genèse d’Hannibal, puis de Scipion, suivi par la démonstration du génie militaire du carthaginois et ses victoires successives sur les Romains qui se prenait pour les maîtres du Monde. Je vous parle de tout ça ici et . Les romains ont été poussé dans leurs derniers retranchements, craignant même pour leur mère patrie, mais ils réussissent depuis quelques chapitres à rendre coup pour coup et à stopper la progression de leur ennemi.

Avec l’apparition d’hommes d’envergure et les premières défaites, les hommes d’Hannibal commence à défier l’autorité de leur chef et ce dernier leur laisse donc de la place dans ce volume : Maharbal le chef Numide (de la Numidie, ancien royaume du Maghreb où se situe la célèbre Constantine) part donc affronter tout seul le Général Marcellus pour la seconde bataille de Nola, qui fait partie des grandes batailles de l’antiquité. Ce seinen continue donc de nous faire voyager dans l’histoire et de nous dépeindre l’arrogance humaine dès qu’il s’agit de guerroyer. En huit volumes on ne compte plus les chefs, commandants ou généraux des deux bords (romain ou carthaginois) sûr de faire mieux que leur prédécesseur et de plier vite fait bien fait le conflit pour revenir sous les hourras de la foule et acquérir le pouvoir ou la renommée convoitée.

Face à cette bêtise il y a le génie et le calme d’Hannibal, le talent d’observation de Scipion… mais aussi un troisième intervenant qui apparaît dans ce tome : le célèbre Archimède, scientifique bien connu et citoyen de Sicile, habitant de la place forte portuaire de Syracuse pour être plus exact. Cette citée et cet île au cœur de la méditerranée sont d’une importance capitale dans ce conflit, mais ces habitants hésitent pas mal, à cette époque, entre une allégeance romaine et une alliance avec les carthaginois. C’est pour le moment les seconds qui ont la main mise sur Syracuse et qui profitent de notre ingénieux créateur, capable de créer des machines redoutables qui vont couler de nombreux navires romains. Mais Archimède est un scientifique pacifiste et voir son génie utilisé pour tuer lui pose un cas de conscience : il pourrait bien se laisser convaincre par l’ennemi. Vous l’aurez compris, Ad Astra reste donc une belle leçon d’Histoire, librement adaptée mais toujours ancrée par les dates clés et riche par son développement des grandes figures et des grandes batailles de cette époque. De quoi faire de vous un ou une passionné(e) des guerres puniques !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des impressions post-lecture à chaud. On finit avec la pile de choses à lire, toujours aussi volumineuse avec un invité surprise… Y a des choses qui vous intéressent là dedans ?

Chroniques Manga Paoru 2016-002


mars 20th, 2016
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Chroniques Manga : O Seinen ! My Seinen !

⊆ février 7th, 2016 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-002

Après un mois de janvier, des plus riches en bonnes lectures,
je craignais un creux en février, un peu d’ennui dans ma masure.
Que nenni mon bon ami,
trois seinens étaient de la partie.
Fantastique, anticipation, thriller ou horreur,
ont ajouté bonne dose d’action, narration palpitante, embellissant mon humeur !
Donc, mon bon ami, trêve de ritournelles ou autres qualificatifs,
voici les chroniques de ces trois titres que, ô mon capitaine, je kiffe !
O seinen ! My Seinen ! Rise up and hear the tales !
(et big up Walt Whitman !)


Dimension W 8Dimension W #8
de Yuji IWAHARA chez Ki-oon : Et là je dis, une fois de plus, MONSIEUR IWAHARA. Tout est réussi dans ce tome. On commence par cette sublime couv’, avec l’un des personnages les plus énigmatique de l’histoire, armé d’un sourire qui l’est tout autant, dans un mariage de jaune, violet-gris et noir diablement efficace. Et toujours ce revêtement phosphorescent que l’on oublie et que la nuit nous rappelle (« punaise mais c’est quoi cette lumière sur ma table de chevet ?!!! Ah oui, c’est vrai !« ).

Heureusement le contenu vaut sans problème le contenant. Notre groupe de récupérateurs mené par Kyoma et Mira se rapproche de l’endroit où s’est produit la mystérieuse explosion, et les chemins de nos différents protagonistes, jusqu’ici éparpillés sur l’île, semble converger… D’abord enfermé dans ces souvenirs, Kyoma s’en extirpe et la mémoire lui revient par fragments. Malheureusement les souvenirs de son passé de combattant ne sont pas les seuls à revenir : les anciens compagnons d’armes de Kyoma qui n’ont pas eu la chance de revenir entier de la Dimension W ont été transformés en zombie et manipulés par un assassin de la confrérie Eudos, dont on ne sait pas grand chose non plus. Avec cet arc au cœur d’une île maudite, voici que le polar d’anticipation prend de l’ampleur et vire au thriller, toujours gorgé d’action.

Avec 8 itérations au compteur, on connait maintenant bien les protagonistes – nous y sommes attachés, même – et on ne demande qu’à les voir poussés dans leur retranchements pour qu’ils évoluent, maintenant que leur passé commence à été mis à nu. Kyoma le taciturne râleur est sous les projecteurs et le fait qu’il soit en plein doute fait remonter des émotions qu’on a peu l’habitude de lire sur son visage… A ce titre, la fureur mêlée de tristesse qui explose en fin de tome est tout simplement grisante. Comme ce fut le cas pour Tokyo Ghoul avec son volume 7, la séquence en cours de Dimension W est donc des plus prenantes.

Si on ajoute les doubles pages somptueuses de Yuji IWAHARA, ses lignes de force variées et hyper bien placées, ses zooms et dézooms super dynamiques, son talent pour la superposition des plans et des cases… La conclusion est simple : ce manga est toujours aussi canon de chez canon !

Dimension W8 planche 4 copie

Ajin 4Ajin#4 de Gamon SAKURAI chez Glénat: je ne vous avais pas reparlé d’Ajin depuis son premier tome en juillet dernier, même si je partageais souvent mon intérêt pour le titre sur les réseaux sociaux. Mais ce tome 4 mérite un nouveau coup de projecteur car un scénario qui mûrit et de bonnes doses d’adrénaline sont au programme…

Ajin c’est ce titre où certains humains s’aperçoivent du jour au lendemain qu’ils ne peuvent pas mourir – ou plutôt qu’ils ressuscitent à chaque fois – et qu’ils sont les seuls à percevoir un étrange fantôme qui leur sert de compagnon. Du côté du gouvernement on a pu découvrir dans les trois premiers volumes que les pires atrocités sont conduites sur les Ajin afin de les étudier, dans le plus grand secret : on écrase, on découpe, on flingue, on tue et re-tue à longueur de journée, sans se soucier de l’humain qui est leur cobaye, pourtant capable d’éprouver la douleur de chacune de ces séances de tortures. « Pour vivre heureux, vivons cachés » : tel est l’adage des Ajin jusqu’ici, mais un certain Sato a décidé de changer la donne en passant un appel public au regroupement des Ajin. C’est sur cet appel et sur l’évasion de Kei, le héros de notre histoire, d’un centre d’expérimentation gouvernemental, que nous nous étions quitté au volume précédent.

Dans ce volume 4, sept Ajin font le déplacement pour écouter ce que Sato a à dire, mais le projet terroriste que ce dernier leur dévoile ne va pas convaincre tout le monde. Sato n’est pas décidé à laisser les mécontents entraver son chemin et tentent de les réduire au silence mais l’un d’eux, le jeune Nakano, parvient à s’échapper, in extremis.

Ajin planche

Une nouvelle course poursuite se met alors en place pour Nakano, qui tente de fuir le groupe de Sato puis les hommes du gouvernement qui ont décelé sa trace et qui cherchent à le capturer. Les circonstances vont alors pousser Nakano jusqu’à la planque de Kei… Mais le relation entre ces deux-là va démarrer de manière assez singulière. Pendant ce temps Sato prépare son plan et l’officialise, une fois de plus en public : « mercredi à quinze heures, nous ferons exploser le siège des Laboratoires Grand.»

ajin tome 8 planche 2Après avoir pas mal tergiversé – ou présenté confusément – le fil conducteur de son histoire et ses intentions scénaristiques, Gamon SAKURAI structure son récit et nous permet de sortir du brouillard. Il fallait sans doute ces trois tomes pour que l’immersion se fasse et que chaque protagoniste prenne sa place. Temps nécessaire également pour que le héros, Kei, parvienne à prendre pleinement conscience de sa condition et des alternatives qui lui sont offertes. Mais maintenant, ça y est, la série est lancée et ce volume 4 confirme qu’elle est sur d’excellent rail.

Sato est un bad guy à la désinvolture glaçante et se moque totalement du sang qu’il peut avoir sur les mains : il est en guerre et persuadé de sa toute puissance, a des envies de revanche envers ceux qui l’ont maltraité et se montre redoutablement intelligent. Kei lui aussi n’est pas en reste, surtout depuis qu’il est passé entre les mains des scientifiques du gouvernement : il a mis ses émotions de coté et a appris avec méthode à utiliser ses pouvoirs, et nous en fait la démonstration de manière extrêmement efficace :un modèle de sang-froid et de détermination afin de sauvegarder une existence tranquille. Mais si on se doute bien que ça durera pas.

La narration et le scénario murissant, il n’y a donc plus aucune raison de ne pas découvrir et d’apprécier Ajin, car ce seinen de chez Kodansha avait déjà son excellente qualité visuelle pour lui : dessins regorgeant de détails, belle gestion des perspectives et un talent certain pour passer d’un cadrage serré ou américain à des plans larges voir hyper larges. Lors des multiples chutes et sauts qui parsèment la série, cette alternance donne presque le vertige aux lecteurs et confère à l’atterrissage un impact retentissant. Ensuite, Ajin a aussi des solides arguments dans des phases d’actions plus « horizontales » avec des excellentes idées tant chorégraphiques que martiales, incluant à merveille la capacité de mourir à l’infini dans la façon de se battre des protagonistes. On se croirait par moment avec des héros de jeu vidéo, capable de mourir à l’infini et de tester des expériences fatales juste pour par curiosité du résultat…

Bref, graphiquement, scénaristiquement et narrativement la série est maintenant en place : tous les ingrédients sont maintenant pour en faire une réussite !

Anguilles-demoniaques-1-komikkuAnguilles démoniaques#1 de Yusuke OCHIAI (dessin) & Yû TAKADA (scénario) chez Komikku : connu pour être l’auteur qui a lancé les éditions Komikku avec l’île infernale, Yusuke OCHIAI avait séduit par un bon coup de crayon et une bonne mise en scène mais on retenait aussi quelques difficultés sur le scénario, confirmé par son one-shot Moon Shadow sorti la semaine dernière, amusant mais assez répétitif. Ainsi cette adaptation d’un roman noir de Yû TAKADA est une excellente occasion pour OCHIAI de faire ce qu’il fait le mieux : dessiner, installer une ambiance, créer des angoisses chez le lecteur qui devient rapidement addict à cette descente en enfer.

Dans Anguilles démoniaques, c’est Masaru Kurami, un trentenaire japonais à l’imposante carrure, qui va s’enfoncer dans l’horreur. Criblé de dettes de jeu, il est obligé de devenir l’usurier de Chiwaki Entreprise : recouvrement de dettes, transport de marchandises, extorsions et prostitution déguisée, voici la nouvelle vie de notre timide yakuza. Mais sa grande stature et sa timidité qui lui confère un aspect taciturne font de lui un homme doué à sa tache et Chiwaki, son boss, mise beaucoup sur lui, quitte à lui faire la boule à zéro et à lui fabriquer un nouveau look pour le rendre encore plus inquiétant.

Malheureusement l’histoire ne s’arrête pas là et, un beau jour, Masaru se voit confier une étrange tâche : livrer un container chez un éleveur d’anguilles dans le quartier lugubre de Kuromu. Le salaire est bon, très bon, mais il ne faut pas poser de question : ni sur l’employé défiguré qui travaille chez l’éleveur, ni sur le frère du boss qui tient la place et à qui il manque presque tous les doigts, ni, SURTOUT, sur le contenu du container. Même si ce dernier semble faire du bruit à l’arrière du camion. Sa mission, le quartier, les éleveurs d’anguilles : tout ça va rapidement obséder Masaru, même une fois le travail effectué. Quand, quelques semaines plus tard, son boss va lui demander de gérer une nouvelle livraison, Masaru risque bien de plonger encore plus profondément dans l’antre du démon !

Anguilles démoniaques 3 copie

L’horreur est donc à l’honneur, même si c’est plus la violence des émotions et l’angoisse que génère le non-dit qui fait palpiter le cœur du lecteur pour le moment, beaucoup plus que des gerbes de sang qu’on nous sert parfois dans ce genre de récit. Masaru est tout de suite identifié comme un bon garçon qui s’est laissé entraîné par l’appât du gain et qui s’échine désormais à faire amende honorable pour vivre un nouvelle vie, pour lui et une charmante épouse qui a aussi eu sa part d’obscurité. Ce gros ours plutôt dans le repentir est surtout loyal à ce boss qui lui a donné une seconde chance. C’est à travers ses yeux et dans ses journées presque ordinaires, pour un malfrat tout du moins, que l’on sent monter progressivement l’inquiétude. Vient alors ce tournant, avec l’arrivée dans le quartier sordide de Kuromu : ce travail est clairement une autre paire de manche et les responsables de l’élevage des anguilles font froid dans le dos. Comme Masaru, on en ferait facilement des cauchemars, se demandant ensuite si on a bien rêvé, d’abord, puis si la réalité ne serait pas encore pire.

Qu’adviendra-t-il de notre montagne de muscle dans ce monde des plus cruels ? Avec cette série en 3 tomes dont le premier sort la semaine prochaine, on devrait le savoir assez vite !

Anguilles Démoniaques copie

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des impressions post-lecture à chaud. On finit avec la pile de choses à lire, toujours aussi volumineuse avec pas mal de nouveautés arrivées cette semaine… Y a des choses qui vous intéressent là dedans ?

Chroniques Manga Paoru.fr-001



février 7th, 2016
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Chroniques Manga : de la poésie à la noirceur, les émotions de janvier

⊆ janvier 30th, 2016 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001-2

Sacré mois de janvier que nous avons là, pour débuter 2016. Il y a la déferlante One-Punch Man évidemment, impossible de passer à côté, mais il y a aussi une belle cohorte d’autres nouveautés… et finalement très peu de déchets. Pour faire court, on avait plutôt tendance à se régaler en ce début 2016. La semaine dernière je vous présentais Underwater chez Journal du Japon et cette semaine j’ai enchaîné avec L’ère des cristaux. Deux titres touchants, subtils, originaux… Pourvoyeurs de sympathiques émotions. Pourtant la moisson de janvier est loin d’être finie et je ne voulais pas passer à février sans vous parler de trois autres séries qui m’ont tapé dans l’œil, en attendant d’y consacrer un article plus complet. Voici donc les chroniques des Enfants de la Baleine chez Glénat, de Kasane chez Ki-oon, et je rattrape aussi mon retard en évoquant Ritournelle chez Komikku.

En route, et bonne lecture !

enfant-de-la-baleine-1-glenatLes enfants de la baleine #1 & 2 de Abi UMEDA chez Glénat : Très surprenant et envoûtant celui-là. Il commence comme un conte  : dans un monde où tout n’est plus que sable, un peuple vogue à la surface d’un océan de dunes sur un gigantesque bateau-ville, leur demeure depuis plusieurs générations. Ce peuple abrite des hommes et des femmes capables de manipuler le saimia, un pouvoir télékinésique qui se nourrit de leurs émotions. Malheureusement les propriétaires de ce pouvoir, les marqués, sont condamnés à mourir jeune. Ce sont les non-marqués, une petite minorité parmi les quelques centaines d’habitants, qui dirigent le bateau et qui sont les dépositaires de la mémoire collective.

Ce récit de voyage et de quête à bord de la Baleine de Glaise, leur bateau, fait d’abord penser à une sorte d’errance sans fin, tel un dernier bastion de l’humanité qui erre sur une terre désertée. Même lorsqu’ils vont tomber, un beau jour, sur un autre vaisseau, celui-ci semble abandonné. Le jeune Chakuro, héros de l’histoire, a beau en découvrir l’unique survivante, on est très loin de se douter que c’est le mécanisme d’une tragédie qui se met en place.

Durant les 150 premières pages on se laisse donc envoûter par ce monde sorti de nulle part, par ce vaisseau fait de maisons biscornues et protéiformes, dignes d’un univers Ghibliesque. Les personnages aussi séduisent: jeunes et pleins de vies mais fragiles et touchants. Chakuro, un marqué qui ne parvient pas à maîtriser son pouvoir, a l’âme d’un scribe et ressent régulièrement l’envie brûlante d’écrire pour inscrire l’histoire de son peuple et prolonger quelque part la vie de ses congénères, qui ne vivent qu’une trentaine d’année tout au plus.

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KUJIRA NO KORA WA SAJYO NI UTAU © 2013 Abi Umeda / Akita Publishing Co.

Loin d’adopter un ton mièvre, le récit détaille aussi une vie où il est interdit de trop se laisser aller aux émotions, et la cité n’a rien  d’un paradis : toute une partie de la population, qui refuse cette censure et les règles établies, est régulièrement emprisonnée et revendique son opposition à la gouvernance opaque des non-marqués. Mais il semble que, décennie après décennie, le statut quo demeure… et l’errance continue. Jusqu’à la fameuse rencontre avec cette survivante, dont on remarque tout de suite la froideur et l’absence d’émotion. Elle est évidemment auréolée de mystère… Sauf pour le conseil, qui semble comprendre à la fois d’où elle vient et qui elle est… Et ils choisissent de l’enfermer. Grâce à Chakuro, elle finit néanmoins par s’attacher au quotidien de la baleine grise, à ce peuple pacifique. C’est alors que tout va voler en éclat et que le drame va survenir : rapidement, brutalement, systématiquement.

Ma comparaison précédente avec l’univers des Ghibli était tout sauf fortuite car on retrouve cette vague d’émotion qui nous assaillit face à la cruauté, la bêtise, la violence de l’être humain envers ses prochains… La fin du premier tome et le début du second sont glaçants, mais je ne vous dit pas plus pour éviter de vous spoiler. Sachez juste qu’on ne décroche plus avant d’avoir refermé ce second opus. Les enfants de la baleine est donc une série à ne pas rater, qui n’usurpe pas ses magnifiques visuels et couvertures.

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KUJIRA NO KORA WA SAJYO NI UTAU © 2013 Abi Umeda / Akita Publishing Co.


Kasane Ki-oonKasane, la voleuse de visage #1
de Daruma MATSUURA chez Ki-oon : « La voleuse de visage« … c’est bien mystérieux tout ça, comme la couverture du premier tome. Ajoutez à ça la nomination aux Taisho Awards 2015 et d’autres prix au Japon et la publication dans l’Evening de la Kodansha (Gunnm, Moyasimon, Coq de combat,…) : tout ceci donne une certaine aura au titre, avant même sa sortie cette semaine aux éditions Ki-oon. Et la réputation n’est pas usurpée…

Voici le résume officiel, plutôt bien écrit : Kasane est une fillette au visage repoussant, presque difforme, régulièrement moquée et maltraitée par ses camarades de classe. Sa mère, actrice de premier plan célèbre pour son immense beauté, lui a laissé pour seul souvenir un tube de rouge à lèvres, et une consigne mystérieuse : « Si un jour ta vie devient trop insupportable, maquille tes lèvres, approche l’objet de ta convoitise, et embrasse-le. »
Le jour où, au bord du désespoir, Kasane s’exécute, elle fait une découverte incroyable : le rouge à lèvres légué par sa mère lui permet de s’approprier le visage de ses victimes ! À la fois malédiction et bénédiction, cet héritage va offrir à la jeune femme un avenir auquel elle n’osait rêver jusqu’à maintenant…
« La beauté est une bénédiction : elle permet de tout obtenir… même quand elle n’est qu’illusion.»

L’image que l’on a de soi et celle que l’on renvoie aux autres : voilà la thématique principale de ce récit. La transformation d’une héroïne recluse en personnage populaire n’est pas quelque chose de nouveau dans un manga, mais le traitement de Daruma MATSUURA démarque nettement son œuvre des autres. Il y a la cruauté de la situation, tout d’abord : Kasane EST  repoussante et défigurée, ce n’est pas juste une jeune fille rondouillarde et mal fagotée. Malgré un faciès souvent dissimulé sous une longue chevelure noire – histoire de faire fonctionner notre imagination – on perçoit un visage plus proche du batracien que de la jeune fille lambda. Et rien ne s’arrangera, même avec les années qui passent, et la beauté légendaire de sa mère ne fait que rajouter à l’ironie du destin et renforce le contraste.

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Cette différence avec ses camarades entraîne fatalement l’isolement, les moqueries, les mauvais tours. Sans parent elle est à la merci d’une tante qui l’a récupéré uniquement pour se donner l’image publique d’une femme généreuse mais qui ne cache pas son dégoût en privé. Ainsi, si on constate de facto la laideur, c’est plus souvent dans le regard des autres qu’on ressent réellement la difformité, par la peur et la révulsion qu’elle inspire. Mais notre héroïne est habituée à ces visages dégoûtés. Elle en souffre mais avec les années elle a appris à éviter et à fuir cette antipathie. Ce qu’elle ne soupçonnait pas, c’est ce que sa vie pourrait être si elle était belle. L’avant-gout qu’elle va en avoir, le jour de sa première transformation, est un véritable choc, un shoot d’amour et d’adrénaline sous la lumière des projecteurs. Associé à un véritable don pour le théâtre – qui réussirait presque à faire oublier son apparence – cette nouvelle beauté fait de  Kasane une actrice adulée par toutes et tous.

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Néanmoins, comme je le disais plus haut, l’histoire est cruelle. Il lui faut voler un visage pour devenir belle, la victime se retrouvant défigurée dans l’opération. Mais le charme est réversible et ne fonctionne qu’à certaines conditions, et Kasane se retrouve telle une cendrillon qui doit retourner à sa triste existence une fois minuit passé. L’amour et les applaudissements du public sont-ils réellement pour elle ? Comment y re-goutter à nouveau  sans que le secret ne s’évente ? Que faire de la femme enlaidie pendant que Kasane profite de son séduisant costume ?

Avec le théâtre comme fond rêvé pour ce conte ensorcelé, ce premier tome de Kasane captive par son récit vénéneux qui va de rebondissement en rebondissement, tandis que son héroïne torturée risque bien d’enlaidir son âme en embellissant son visage. Diablement prenant !

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RitournelleRitournelle
 de Aoi IKEBE chez Komikku: Fin 2015 Komikku lançait sa collection Horizon, largement inspiré des collections Latitudes de Ki-oon ou Écritures de Casterman. Parmi les premiers titres proposés, Ritournelle mérite donc qu’on s’y arrête deux minutes… C’est d’abord un bel ouvrage : ce one-shot fait honneur à son coût assez élevé (18 euros) en proposant de très belles couleurs, qui rendent hommage au graphisme très doux de la mangaka, tout en poussant l’immersion grâce à des pages extrêmement soignées : les contours des cases sont ornementés de motifs fins et élégants et le reste du cadre de la page est tramé  dans toute une gamme de couleurs – qui varie et développe différentes ambiance – dans un rendu proche du marbre. C’est très réussi et cela résonne assez bien avec l’histoire elle-même. Ah !  J’ai failli oublié de vous parler du scénario d’ailleurs !

L’époque ou le pays du récit sont volontairement passés sous silence, car Ritournelle c’est surtout l’histoire d’un bâtiment iconique : un couvent et la vie de ces habitantes il y a quelques centaines d’années, à l’époque où la foi était l’alpha et l’oméga de nombreuses vies. En lisant ceci, je suppose que les réfractaires à la religion ont plutôt une réaction de rejet ou au moins de profonde méfiance, tout comme votre athée de chocobo (qui ne croit que dans la plume de phénix et les légumes de Gysahl, à al rigueur). Heureusement, Ritournelle n’a rien d’un prêchi-prêcha qui cherche à vous vendre les Saintes Écritures avec un paquet d’hosties en bonus. C’est presque le contraire.

La vie dans ce « sanctuaire » pour nonnes nous est présenté à travers le regard de deux générations : celui d’une jeune orpheline recueillie par l’église, Amilah, qui doit chaque jour participer aux très nombreuses taches pour entretenir la chapelle, sous les ordres de sœur Marwena, modèle de perfection au visage fermé et souvent songeur, souvent tourné vers le monde extérieur, avec qui elle semble entretenir un lien… étrange. Marwena, entièrement dévouée à sa foi, irrite ses consœurs par sa perfection et n’épargne rien à la jeune Amilah, mais il y a beaucoup à découvrir derrière le voile des apparences… Et la gentillesse de certains pourraient bien faire voler en éclat la plus solide des armures. Dans Ritournelle la foi est donc un chemin arpentée par plusieurs femmes, mais n’est en rien un point de départ ou d’arrivée et ce sont ces destinées faites de détours et passages secrets qui font tout le sel de cette histoire, bien plus que la religion elle-même, qui est surtout prétexte au recueillement et à l’introspection dans un cadre communautaire strict, certes, mais qui se veut paisible et apaisant.

On obtient donc une oeuvre belle, originale, réfléchie, sur le rapport épineux aux autres et la définition – ou la nécessité – du bonheur. Une belle lecture en somme…

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© 2014 Aoi Ikebe (AKITASHOTEN)

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. On finit avec la pile de choses à lire, toujours aussi volumineuse… Y a des choses qui vous intéressent là dedans ?

Chroniques Manga Paoru.fr-005


janvier 30th, 2016
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Chroniques of the week : magie magiiiiie, et vos mangas ont du génie !

⊆ novembre 7th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-003

Cette semaine, mes lectures mangas se sont faites dans une ambiance assez amusante : alors que les feuilles des arbres tombent c’est la magie qui sort de terre pour cette période d’Halloween et les mangas suivent le mouvement, surtout chez Komikku, ou d’une manière beaucoup plus singulière chez Akata. Résultat : des chroniques pleines de sorcières, de forces telluriques, de fées et d’animaux qui parlent… avec Sorcières et ténèbres, aka un ancien manga de Hiroko Nagakura (Rudolf Turkey), avec le 3e tome de The Ancient Magus Bride (un de mes coups de cœur 2015) et celui de Minuscule (as choupinou et beau as ever) en terminant avec l’inattendu et acide tome 2 de Magical Girl Site, de l’auteur de Magical Girl of the End.

En route pour les chroniques, donc, et bonnes lectures !

Sorciere-et-Tenebres-1-komikkuSorcières et ténèbres #1 de Hiroko NAGAKURA : je ne suis pas un grand de Rudolf Turkey (encore que, ça décolle pas mal dans le tome 4) mais j’avais complètement oublié qu’il s’agissait du même auteur et j’ai donc ouvert ce petit pavé de 270 pages sans aucun a priori. Pour 8.95 euros, c’est plutôt un bel objet : on a une couv’ plutôt sympathique et deux posters en fin d’ouvrage dont les couleurs nous plongent assez bien dans l’ambiance halloweenesque du moment : un manga d’saison ma bonne dame ! En plus ce shônen est en deux tomes donc on ne va pas se ruiner.

Si on regarde de plus près le récit maintenant… On découvre Hitsuji, une demoiselle assez originale et on tombe rapidement sous son charme : énergique, optimiste, complètement anti-conformiste avec son amour des choses bizarres et un peu rebutantes, comme les asticots ou les poupées artisanales un brin morbides. C’est sans doute parce qu’Hitsuji est une sorcière blanche qu’elle est un peu à part, élevée par ses trois tantes sorcières elles aussi, mais elle n’en n’est pas moins adorable et rafraîchissante. Elle a d’ailleurs un fan club d’hurluberlus au sein de l’école qui n’est pas mal non plus, dans son genre.

La vie de la demoiselle va changer radicalement le jour où Kokuyô intègre sa classe, et qu’elle tombe amoureuse du garçon au premier regard. Il faut dire que, lui aussi, il dénote : bandé de la tête au pied ce jeune homme au look de momie est en fait un chasseur de sorcières. Il voue une haine farouche à cette caste depuis que l’une d’entre elles a ruiné sa vie et l’a maudit pour en faire un être des ténèbres. Amour impossible ? Non réciproque en tout cas, pour le moment, mais Hitsuji a de l’énergie à revendre et, après tout, c’est une sorcière blanche et non pas une noire maléfique, comme les cibles de Kokuyô. Elle va donc redoubler d’efforts pour le séduire et essayer de calmer la haine de ce dernier, puis peut-être le sortir des ténèbres…

Le topo est assez classique mais le scénario ne fait pas dans la fioriture et l’on démarre très vite sur la love story, ce qui assez inédit pour un shônen, d’ailleurs. La chasse aux sorcières, elle, est là pour apporter des affrontements qui ne sont pas mémorables mais qui confèrent une part d’action et un peu de rythme au titre. La romance, pour revenir sur ce point, s’annonce donc compliquée mais la persévérance, la maladresse, la gentillesse et surtout l’humour insufflés par Nagakura à son héroïne fait qu’on l’encourage rapidement dans sa quête. De son côté Kokuyô tient très bien son rôle d’entité sombre de l’histoire et les sorcières qu’il affronte sont toutes aussi inquiétantes et meurtrières. Certes l’univers n’est pas aussi novateur et détaillé que dans un Soul Eater, mais on retrouve avec plaisir l’univers de la sorcellerie avec ses pentacles, ses poupées maudites et ses monstres magiques protéiformes. La trame de fond est assez développée elle aussi et évoque une grande réunion des sorcières qui implique une catastrophe à venir, sans oublier quelques drames du passé qu’il reste encore à déchiffrer.

Ça tient bien la route donc, des personnages au scénario. Le seul écueil reste un graphisme assez inégal, qui n’est heureusement pas un frein à la transmission des émotions des personnages. On sent juste que c’est une oeuvre de jeunesse, qui date de 2006-2007 pour être exact. Bref, si vous aimez les histoires de sorcières et les jeunes filles maladroites mais souriantes, drôles et pleines d’énergie, c’est pour vous !


The ancient Magus BrideThe Ancient Magus Bride #3 de Koré YAMAZAKI : quand une mangaka grande fan de littérature fantasy, de CLAMP et d’Harry Potter (c’est elle-même qui le dit, ici) nous sort un récit à la fois tendre et intense, comment lui résister ? Nous sommes nombreux, je pense, a avoir craqué dès le premier tome sur ce couple hors norme : le puissant mage gentlemanissime du nom d’Elias, a acheté puis épousé Chisé, une jeune fille souffrant profondément de sa solitude (d’une touchante tristesse, on a envie de lui faire des câlins à cette jolie rousse)… et ce couple improbable fonctionne à merveille. On constate qu’ils sont tous deux gorgés de faiblesses et qu’ils dissimulent de nombreuses cicatrices mais on réalise dans ce 3e opus l’étendue de leur puissance, si effrayante qu’elle peut les ronger, les transformer et, qui sait, les détruire…

Koré YAMAZAKI manie avec beaucoup de talent cet équilibre entre force et fragilité et tisse un fil de plus en plus épais entre nos deux amoureux, qui ont cette lutte interne en commun. En piochant dans des personnages classiques de la littérature fantasy, elle multiplie également les rencontres, chacune allant étoffer par ricochet ses deux personnages principaux : le chien qui garde l’âme d’une maîtresse défunte devient le familier de Chisé, lui conférant aussi bien un nouveau protecteur que quelqu’un dont elle est responsable, à l’opposé de son lien avec Elias. Une façon en tout cas astucieuse de pouvoir s’éloigner de son mage de mari, qui était jusqu’ici son unique protecteur, pour aller découvrir sous un autre regard le monde magique, avec des découvertes qui n’appartiennent qu’à elle, dans une ambiance plus détendue.

C’est aussi une bonne occasion pour en savoir plus sur Elias, sur son passé par exemple, en écoutant les autres parler de lui… Bref, après un premier round qui a vu se succéder la rencontre de la Slay Véga et du Pilum Murialis, la découverte de la magie, le début de la romance mais aussi un Némésis des plus dangereux, on commence à profiter des premières révélations et on continue d’étoffer les relations. Une histoire vraiment très bien menée et qui suscite une bien agréable empathie… Nous voilà enchantés.


Minuscule 3Minuscule #3 de Takuto KASHIKI chez Komikku: L’instant trognon (de pomme, ah ah) des chroniques de la semaine. Si The Ancient Magus Bride est une très belle découverte pour son univers et son scénario, minuscule n’est pas en reste et possède même une longueur d’avance du coté des graphismes et des personnages : quel niveau de détail dans ces planches et quelle réussite dans le chara-design de ces êtres minuscules ! Les petites bouilles de Hakumei et Mikochi, nos héroïnes minipousses et de leur amis « humains » nous avaient déjà charmés lors des volumes précédents, mais il faut avouer que le look d’Higaki, le vieux propriétaire d’une résidence qui connait quelques affrontements dans ce volume, est vraiment excellent, avec un entremêlement de sa barbe touffue avec sa chevelure des plus denses qui est du bel effet.

La réussite graphique des personnages se vérifie aussi chez les animaux humanisés de l’univers de minuscule. Dans les volumes précédents nous avions découvert Sardine, l’ouvrier de rénovation de bâtiment qui travaille avec Hakumei – le revoilà dans ce tome le temps d’une journée épicurienne en ville qui met franchement l’eau à la bouche – mais on découvre aussi Spirale, un lézard chef de bande pas commode, qui n’est pas une créature à sang-froid pour rien, avec une stature et un regard qui savent se faire impressionnants.

Mais, rassurez-vous, même ce reptile pas facile ne va pas transformer notre récit en conte dramatique car, dans minuscule, il semble que tout se finisse toujours bien, autour d’une bonne table et de quelques bonnes bouteilles. Ce manga ne nous donne qu’une envie d’ailleurs : aller faire le marché à la recherche de bons produits pour faire ensuite ripaille entre amis. Pour finir, comme The Ancient Magus Bride encore une fois, on savoure une nature omniprésente, chaleureuse et accueillante de surcroît, propice à de petits bonheurs simples qui font la joie de l’existence. Le manga de Takuto KASHIKI (traduit par l’excellente Fédoua Lamodière, pour ne rien gâcher) a vraiment un charme fou, courez l’essayer !

magical-girl-site-2Magical Girl Site #2 de Kentarô SATÔ chez Akata : On termine par quelque chose de radicalement différent. De la magie il est question mais de manière beaucoup plus trash et sanglante par l’auteur du débridé Magical Girl of the End. Moins grandiose que le manga d’origine, le tome 1 de la série avait laissé quelques lecteurs sur leur faim, mais la critique très acide de la société et l’irrévérence morale que semble affectionner le mangaka franchit un cran intéressant dans ce second opus, avec un traitement fou mais pourtant pertinent des idols.

Pour rappel, dans ce récit, plusieurs filles se sont retrouvées en possession d’un baguette magique avec un super pouvoir… et certaines d’entre elles sont alors devenues de flippantes meurtrières. Deux d’entre-elles, Aya et Tsuyuno, se sont alliées pour essayer de démêler le mystère qui se cache derrière les créateurs des baguettes et du site internet qui les fournit, lequel annonçant d’ailleurs une apocalypse à venir.

On retrouve une fois de plus, grâce à Kentarô SATÔ, avec des asociaux au pouvoir avec les mains rapidement couvertes de sang, par manque de chance ou simple esprit de vengeance, celle des faibles et des persécutés, mais pas que… En effet, comme je le disais, c’est aussi au tour des idols de briller et de jouer avec leur pouvoir. Quoi de mieux qu’une jeune fille considérée comme une déesse par des cohortes de mâles en rût pour devenir une Magical Girl toute puissante ? Son don, donné par une petite culotte magique (oui oui), lui permet d’ensorceler qui elle veut pour en faire son esclave… c’est tellement évident quand on y pense qu’on ne peut s’empêcher de rire, puisque la petite culotte des idols est, dans la vraie vie des fans Japonais, toute une histoire fantasmatique en elle-même.

Dans le manga, cette nouvelle magical girl est donc une idol hyper populaire, ce qui nous est démontré à travers la vie de l’un de ses fans, endetté jusqu’au coup et obnubilé à l’extrême par la jeune star. L’auteur pousse l’aliénation de ce looser à son maximum et l’on comprend que cette obsession n’est pas naturelle mais, en même temps, nous ne sommes pas si éloignés de la réalité… Enrobée dans un marketing et une communication basés sur des allusions sexuelles permanentes – du type « louez moi une heure pour me passer la laisse au cou jeune maître » – l’industrie décrite dans ce tome ne fait que pousser un peu plus loin un modèle déjà en place, lui empruntant par exemple les séances de serrages de main entre fans et idols, l’utilisation pernicieuse des sites et réseaux sociaux, la vente de produits dérivés, etc.

Même si l’on continue de mettre en place la trame de fond et d’ajouter quelques flashbacks pour étoffer le profil des protagonistes, c’est donc dans sa critique sociale, réaliste et finalement édifiante, qu’on savoure ce second tome. Du Akata comme j’aime !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Après 3 semaines de chroniques on va changer un peu pour la prochaine fois, pour un papier inédit et collaboratif sur le blog… Car voilà qu’arrive la 600e du blog mes amis, oui oui oui !

En attendant de célébrer ça avec plusieurs invité(e)s, on se laisse sur quelques photos du Japon, dont certaines de saison justement, histoire de changer des mangas !

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novembre 7th, 2015
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Chroniques of the week : oh la vache… Mais ce ne serait pas ARAKAWA ?

⊆ novembre 1st, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001

Après quelques semaines focalisées sur la déferlante de la rentrée, j’ai enfin eu l’occasion de rattraper mon retard sur les sorties de l’éditeur Kurokawa, qui fête ses 10 ans avec de bien belles choses au catalogue présent et à venir (ONE PUNCH MAAAAAAAN !). De mi-août à mi-octobre c’est plus d’une vingtaine de mangas qui nous ont été proposés et on y retrouve une bonne partie des auteurs ou titres  phares de la maison d’édition : du Arakawa sous toutes ses formes (humour, aventure, tranches de vie agricoles, deeeeemandez l’programme !) du Kodama, du Nozokiana, du Jésus et Boudhaaaaaa (ouai les rimes en a c’est claaaaasse) et le troisième tome des Miséraaaa…bles (damnit, j’y étais presque !). Bon le soucis c’est qu’il y a teeeeellement de chose à dire que si je met tout ici, vous en avez pour votre semaine à tout lire. L’occasion est donc parfaite (again…) pour un spécial Hiromu ARAKAWA, histoire de rendre hommage à la Holstein du manga !

En route pour les chroniques donc, et bonnes lectures !


Nobles Paysans 3Nobles Paysans
 #3 de Hiromu ARAKAWA :
 On commence par une bonne tranche de rigolade et de la vie de campagne. Troisième volume de cette autobiographie de la mangaka à succès (Fullmetal Alchemist pour les béotiens) qui continue de narrer ses septs années de vie dans la province très agricole d’Hokkaïdo.

Déjà, c’est un chouette bouquin : nombreuses pages couleurs, grand format et des bonus de partout (j’adore la mini-bd en bas de page qui s’anime quand on feuillette l’ouvrage), une traduction et une édition nickel : même avec « seulement » 120 pages on ne rechigne pas à débourser les 9.1 euros nécessaires, surtout une seule fois par an.

Pour cet opus 2015 on continue d’apprendre plein de choses sur la famille Arakawa, notamment sur la mère et feu la grand-mère, des personnages hauts en couleurs, jamais dénués de ressources et qui prennent la vie avec un entrain inoxydable. Ils sont assez touchants en plus, il faut bien avouer. Le livre est aussi un défilé d’anecdotes, issues des discussions entre l’auteur et son éditeur, laquelle faisant partie intégrante du récit et jouant le rôle du spectateur lambda, tout aussi surpris que nous par la vie rocambolesque des agriculteurs… Une façon d’apprécier à quel point ils sont tous bien barrés… Néanmoins nous sommes les seuls surpris car, du coté des fameux paysans, tout ça est pris avec naturel et désinvolture ce qui participe énormément au comique des différentes situations.

Dans ce volume Arakawa évoque pas mal d’histoires entourant les animaux, indissociables de la vie de campagne : la capacité des chiens à se pointer – à la seconde près – à l’heure du repas, les chats qui dorment vraiment n’importe où, les grues, les poissons et bien évidemment les vaches… les fameuses Holstein n’auront plus aucun secret pour nous !

Blagues mises à part la mangaka est aussi là pour partager et faire réfléchir : elle ancre toutes ses histoires dans une réalité sociale ET économique tout en dévoilant quelques aspects de son existence, comme l’époque charnière où elle a lancé sa carrière tout en continuant à travailler à la ferme. Le résultat est dense, drôle et passionnant. Nobles paysans devient un cadeau qu’on se fait chaque année avec plaisir !

silver-spoon-11-kurokawaSilver Spoon #11 de Hiromu ARAKAWA : d’humour aussi il est question dans cette autre série d’ARAKAWA, tout comme d’agriculture, mais pas seulement. Avec la fin de sa première année de lycée agricole qui approche, Yugo doit commencer à se confronter à son avenir. Ce jeune homme qui allie une profonde gentillesse, de l’intelligence et un attachement toujours cornélien à ses idéaux est décidément très charismatique, même s’il reste assez empoté dans sa relation amoureuse… Mais Aki n’est guère mieux et la communication entre ces deux là vaut vraiment le détour dès qu’il s’agit de parler de sentiment : « oh Yugo des chocolats, merci ! Hum oui le 14 février et alors ?« 

Si on creuse un peu le récit depuis ses débuts, on voit que tout le parcours de Yugo est jalonné d’antagonisme entre rêves, souvent ceux des autres d’ailleurs, et réalité : on a eu l’élevage du petit cochon, le camarade qui rêvait de baseball et Aki qui rêve d’équitation… Des batailles où Yugo refuse toujours de s’avouer vaincu. Mais cette fois-ci il va falloir qu’il commence à s’occuper de lui et une mission des plus périlleuses s’annonce : convaincre son père, cet iceberg intransigeant. On a appris à détester l’homme lors des volumes précédents, mais ce 11e opus vaut de l’or car, après échecs et humiliations, il semble que tout n’est pas perdu entre ces deux-là. En tout cas la visite du père au lycée agricole, au delà de cette confrontation père-fils, est aussi un moment hilarant… Avec une baston de regard épique !

Bref, depuis le temps que je vous le dit, Silver Spoon est vraiment un manga pas comme les autres, dont les personnages nous touchent de manière surprenante. L’un des rares titres que je pourrais me mettre à relire, d’autant plus avec le ralentissement sec que connait la publication au Japon, puisqu’un seul tome (le 13e) est paru en 2015.

the-heroic-legend-of-arslan-manga-volume-3The Heroic Legend of Arslân #3 de Hiromu ARAKAWA & Yoshiki TANAKA : C’est amusant de voir que, pour ces récits épiques autres que FMA, ARAKAWA choisit pour la seconde fois une adaptation. Je suppose que ça lui simplifie la vie niveau écriture mais pas seulement, on sent qu’elle aime ces grandes fresques inspirées de légendes qui font l’histoire des peuples. Si je n’ai pas été totalement emballé par Héro Tales, Arslân se montre beaucoup plus finement élaboré, et de plus en plus prenant. C’est en tout cas une nouvelle occasion pour l’auteur de se laisser aller à de grands combats héroïques et une soif de justice qu’elle sait faire germer chez ses héros comme dans le cœur du lecteur, en faisant défiler les pires crimes qui soient : trahisons funestes, massacres au nom de la religion, esclavage, vengeances assoiffées. On dispose donc de tous les ingrédients pour se faire emporter par cette aventure aux parfums d’Orient. Religion – Orient – Massacre : voilà d’ailleurs qui fait un sinistre écho contemporain aux dérives religieuses de cette région, même si ça n’a rien de nouveau. Mais bref…

Au centre de ce récit on retrouve le fameux Arslân, Prince dont le Roi de père a été vaincu et déchu. Le jeune homme est encore naïf mais on a envie de lui laisser le bénéfice du doute, d’autant que son enfance dorée ne l’a pas vraiment bien préparé à la barbarie humaine. En plus, il est accompagné par une garde rapprochée de haute tenue, qui vient s’étoffer dans ce volume. Il y avait déjà ce symbole de force et de justice, le ténébreux Daryûn – qui a conquis toutes mes connaissances féminines en deux planches, il est fort – puis Narsus, cet artiste lamentable et pourtant convaincu de sa vocation, qui s’avère heureusement un stratège de génie et qui prend la pose pour la couverture du tome. Bon ok, il est pas moche non plus mais, ô joie, il y a désormais une magnifique inconnue, la redoutable prêtresse Faranghîs qui vient rejoindre la troupe de rebelles amenant avec elle le rusé, flatteur et redoutable combattant du nom de Ghîb.

Après le chara-design parfois très carré et anguleux d’un Silver Spoon, les protagonistes d’Arslân montre qu’ARAKAWA sait aussi faire dans une grande finesse et qu’elle ne se contente pas de savoir dessiner des gueules austères et massives débordantes de virilité et de rigueur. La féminité, tout en battement de cil, en regards pénétrants et en petites pointes de sensualité, elle sait aussi le faire. Arslân mélange en tout cas les deux styles à la perfection et, en bonus, nous apporte une bonne dose d’action sous la forme de duels intenses et vifs ou d’affrontements militaires de plus grande ampleur. Un manga des plus complets donc et j’avoue que le jeu vidéo prévu en 2016 façon Dynasty Warriors, me fait un peu de l’œil, mais j’attends d’en savoir plus.

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. La semaine prochaine on continuera avec du Kurokawa et peut-être aussi un peu de Kana, Ki-oon et/ou de Glénat et Komikku, car j’ai des choses très alléchantes qui m’attendent, la preuve avec la pile à lire :

Chroniques Manga Paoru.fr-002


novembre 1st, 2015
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Chroniques of ze week : 3 mangas et mangakas qui se démarquent

⊆ octobre 25th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001

Après quelques jours de vacances, le chocobo est revenu chez lui pour constater qu’une MONTAGNE de mangas avait pris possession de sa boite aux lettres. Pour faire fondre la pile, on commence par des choses assez originales, dont vous avez sans doute entendu parler et qui se démarquent assez nettement du lot, par des choix graphiques et/ou scénaristiques : le fameux Levius qui divise pas mal le web, une mise à mort d’une rare intensité dans le tome 4 d’Innocent et le trop discret Drifters qui est toujours aussi délicieusement immoral. En route pour ces chroniques… Et bonnes lectures !

levius1Levius de Haruhisa NAKATA chez Kana : Celui là ne laisse pas indifférent. Je dirais même que vous saurez très rapidement s’il est fait pour vous ou non dès les 62 premières pages du chapitre 1. Nous voilà dans un certain XIXe siècle. Mais pas le notre, non, celui d’une nouvelle ère qui fait suite à une guerre dévastatrice. A cette époque la boxe mécanique fait fureur :  on y voit des lutteurs munis de membres artificiels qui s’affrontent dans de gigantesques arènes. Le jeune Levius, dont le père a été tué à la guerre et dont la mère est plongée dans le coma depuis le conflit, se découvre un talent tout particulier pour ce nouvel art martial et monte un à un les échelons, aidé par son oncle et entraîneur Zack. Cependant, alors qu’il s’approche des sommets, le destin de Levius semble se rapprocher de cette ancienne guerre dévastatrice… et être lié à l’avenir de cette nouvelle civilisation.

Ce n’est pas tellement le scénario qui pose question : ambiance steampunk dans la ville de Steamland, née d’une sorte de « révolution de la vapeur » et distillant des références évidentes à la seconde guerre mondiale, même si le style vestimentaire est plus du début du XXe. Ajoutez à ça l’ambiance des arènes et leurs gladiateurs plus ou moins mécanisés pour en faire de combattants surpuissants. Ces derniers, perdu dans ce nouveau monde, on choisit ce mode de vie pour y faire leur place et ils espèrent continuer jusqu’à mourir un jour face au public, pour graver leur nom dans les mémoires et dans le panthéon des guerriers. Dans ce monde de l’ère industrielle, devenu petit à petit mécanique et sans âme, familles et rêves ont tous été brisés, et chacun se complet dans ces plaisirs barbares. C’est de là, de ces ténèbres que va rejaillir une lumière… et l’espoir.

Vous l’aurez compris, on peut facilement se laisser entraîner par Levius et son héros sombre, qui traîne une histoire dramatique et sans lendemain, et qui tente une quête de sens et d’identité à travers la transcendance des combats. Mais voilà, cher lecteur, pour vivre ce voyage qui s’annonce palpitant il va falloir vous faire au graphisme de l’oeuvre. Levius n’est pas tout à fait, sur ce plan visuel, un manga comme on le définit habituellement, et tient plus office d’hybride. Comme tente de la définir l’éditeur japonais, il s’agit d’une nouvelle norme, un renouvellement du manga que nous évoquions il y a peu avec le directeur éditorial des éditions Sakka, rapport à la publication de Nicolas de Crécy chez Shueisha. Dans cette nouvelle norme, donc, on découvre des personnages et des décors hyper détaillés avec un trait et un crayon très présent mais très peu de jeux d’ombres, bien loin du style plus net et épuré japonais. Mais le plus marquant est l’innovation technologique avec la construction d’arrière plan / premier plan par un jeu de focus sur certaines parties du dessin, qui apparaissent nettes là où le reste est flouté pour donner une impression de profondeur ou de dynamisme.

Le tout donne à Levius une réelle singularité et, comme toute oeuvre innovante à forte personnalité, les gens sont partagés par cette bande dessinée qui part chasser sur des terrains inhabituels. Mais la démarche reste à saluer car la plupart de ses expérimentations produisent leur petit effet sur le lecteur, que ce dernier l’apprécie ou pas, et l’expérience ne demande qu’à mûrir, et peut être se retrouver dans quelques années par petites touches plus discrètes dans de futurs mangas. Ainsi, que vous lisiez de ce titre qu’il est moche ou qu’il constitue une véritable claque graphique (big up respectivement à Ours et à Remi), je ne saurais que vous conseiller de l’essayer par vous-même, pour explorer cette nouvelle piste !


INNOCENT_tome_4Innocent #4
de Shin’ichi SAKAMOTO chez Delcourt
: j’avais évoqué rapidement le premier tome de cette nouvelle série du mangaka d’Ascension. C’était magnifique dès le départ et ça l’est toujours, même si l’omniprésente poésie artistique de cet ouvrage, dans les corps comme dans les esprits, prend une tournure de plus en plus inattendue, oscillant entre violence et sensualité depuis quelques chapitres. Pour rappel Innocent c’est la vie de Charles-Henri Sanson, le célèbre bourreau de la Révolution française… La Révolution est encore loin mais il est temps pour notre homme de procéder à son premier écartèlement dans ce 4e opus.

Encore jeune et inexpérimenté, Charles-Henri est épaulé dans cette tache par son oncle Gabriel, exécuteur de Versailles, qui espère bien profiter de l’occasion pour briller tout en couvrant de honte Charles-Henri, afin de lui piquer la place de bourreau de Paris. Jusqu’ici notre héros refusait son statut d’exécuteur des Hautes Œuvres de sa majesté, n’y voyant que de la barbarie, et notre apollon préférait rêver de romance et de danses endiablées avec d’autres hommes beaux et immaculés, à la longue chevelure, tout en passant sa vie à aider la veuve, le pauvre et l’orphelin…

Le chara-design débordant de blancheur et de pureté de Shin’Ichi SAKAMOTO, aux accents yaoi pourrait-on dire, se pose violemment en opposition avec le destin qui attend notre bourreau, fait d’hémoglobine et de chair éparpillé. Le résultat est unique et il faut un peu de temps pour s’y faire, là aussi, mais il finit par prendre tout son sens dans cette époque de gloire et de décadence.

Charles-Henri, contraint par la déchéance de son père, s’est donc mis au travail, mais en s’y reprenant à plusieurs fois pour décapiter son premier condamné, le malheureux. Néanmoins, petit à petit, il a changé de regard sur sa tache : puisqu’exécution il doit y a voir, autant offrir aux malheureux une mort rapide et digne. Rapide il y a peu de chance cela dit, car lorsqu’on agresse sa majesté le Roi, on ne peut espérer mourir promptement et sans souffrir. Après des journées de torture l’exécution a donc débuté et les supplices s’enchaînent avec atrocité : avec des tenailles chauffés à rouge on arrache des lambeaux de peau puis on fait couler de l’huile bouillante dans les plaies béantes avant de carboniser avec du souffre fondu la main par laquelle le coupable a agressé le Roi. Le mangaka ne nous fait pas de cadeaux : même s’il magnifie ce spectacle morbide en le comparant à une danse survoltée qui se déroule sur une musique douce et élégante, la souffrance du supplicié et ses cris sont bien présents et durs à supporter.

Dès ce préambule à l’écartèlement l’ambitieux Gabriel vacille, à l’inverse de Charles-Henri qui endosse enfin son costume de grand bourreau. Malheureusement le calvaire n’arrive à son apothéose que lorsque le coupable est attaché à quatre chevaux pour voir ses membres arrachés. On en avait presque oublié que Gabriel, dans sa quête de renommée, a fait mettre en place quatre canassons vieux et faibles à la place des destriers vigoureux prévus, pour faire durer l’écartèlement. C’est uniquement grâce au sang-froid et aux connaissances pointues en anatomie que, après 1h30 d’agonie, Charles-Henri mènera à terme cette mise à mort, commençant ainsi à tracer sa propre voie. Un spectacle et une souffrance physique comme on en a rarement connu. En plus d’être un titre prenant de par son contenu historique,  largement détaillé en bonus d’ailleurs, voici un seinen des plus intenses… et des plus marquants.

Innocent © 2013 by Shin-Ichi Sakamoto

Innocent © 2013 by Shin-Ichi Sakamoto


drifters-04Drifters #4 
de Kohta Hirano chez Tonkam : J’en finit cette semaine avec ce manga complètement barré qui m’avait séduit dès le départ : l’idée est de réunir les plus grandes figures héroïques, militaires et politiques de l’Histoire, de Raspoutine à Nobunaga en passant Billy The Kid ou Jeanne d’Arc, et de les mettre dans deux camps opposés, les Drifters et les Parias… Le but avoué : qu’il se fasse la guerre pardi, pour se régaler d’affrontements dantesques faits d’armes blanches mais aussi d’explosifs, de fusils, d’elfes, de nains et de grands noms qui n’ont qu’une seule hâte, celle exploser le plus d’adversaires possibles et de lutter contre des ennemis enfin à leur hauteur !

Si je vous reparle de ce titre c’est pour son absence de moralité qui est des plus rafraîchissante. Tout amateur de célèbres guerriers ou stratèges s’est toujours demandé qui était le plus fort. Donc quitte à faire le pari fou de les mettre sur un même champ de bataille, autant y aller à 100% et sans aucune retenue, pour se faire plaisir. Pas de débats éthiques sur les conséquences d’une guerre ou sur les populations qui souffrent, pas de retour de bâtons moralistes dès qu’un plan tordu a fait mouche : tous les coups sont permis dans un univers de Dark Fantasy très bien choisi car il peut cumuler sans incohérences majeures les peuplades ou civilisations les plus diverses, tous comme les armes ou les magies les plus évoluées.

Enfin n’allez pas croire que les deux camps de ce récit viennent poser des frontières manichéennes puisque les héros de l’histoire, les Drifters, n’ont franchement rien de preux chevaliers : leur chef est un samurai totalement bourrin qui ne vit que pour et par son sabre et la tête pensante du groupe, notre cher Nobunaga, est un manipulateur né, avide de conquête et de pouvoir… De l’autre coté, les bad guys semblent frustrés par l’injustice de leur ancienne existence ou en quête d’une vengeance pour rétablir une pseudo moralité.

« On est des guerriers, on compte parmi les meilleurs de l’Histoire, on aime ça et on assume… et de toute façon on ne sait faire que ça, alors laissez-nous aller leur mettre une bonne grosse pâtée bordel de merde !  » : voilà comment on pourrait résumer ce seinen totalement jouissif !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout : je pense attendre la fin de Sangsues pour en faire un bilan, Yamada-kun and the 7 Witches tout comme Bestarius attendront une spéciale shônen qui arrive le mois prochain et il faut que je lise les seconds tomes de The Devil’s Line et Kamen Teacher Black pour voir si la bonne surprise se confirme ou non. De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une spéciale Kurokawa pour rattraper deux mois qui sont des plus alléchants, comme vous pouvez le voir :

Chroniques Manga Paoru.fr-001


octobre 25th, 2015
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Chroniques of ze week : autour du tome 7, quatre mangas qui en ont dans la tête

⊆ octobre 4th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001-2

J’aime bien les tomes 7. Enfin… pas uniquement les tomes 7, plutôt cette période entre les tomes 5 et 10 où une série dévoile son potentiel, puis confirme volume après volume que vous avez un bon manga entre les mains. Finies les présentations et les hésitations, on passe la seconde en terme de narration, on assiste aux premiers plotwists d’ampleur… et on reste pour un temps épargné par la dilution ou l’étirement du récit, cette habitude irritante pour faire durer un succès tout juste acquis. Qui plus est c’est aussi une fierté pour le lecteur qui a su se montrer patient, et que le jeu en valait la chandelle.

Ces dernières semaines j’en ai lu quatre comme ça, trois tomes 7 justement et un tome 9, qui ont comme point commun de dérouler un excellent scénario et, hasard le plus total, basés sur quatre conflits armés historiques, fictifs ou carrément surnaturels. Certains font parler d’eux et sont déjà connus et reconnus – et maintiennent leur niveau avec brio tome après tome – mais d’autres sont plus proches de la déception commerciale, à tort. Mais nous allons tenter d’y remédier…

Bonne lecture et, comme d’habitude, plus d’infos en cliquant sur le lien en en-tête de chaque chronique !

Il était une fois… LA GUERRE !

Ad Astra 7Ad Astra VII de Mihachi KAGANO chez Ki-oon : On démarre par le titre le plus « réel » des quatre, un récit historique qui traite des Guerres Puniques, la seconde plus précisément. Tout se déroule donc au IIIe siècle avant JC entre une civilisation romaine en plein essor et les civilisations carthaginoises (aka civilisations puniques, d’où le nom) qui refusent de se voir dépossédées de leurs terres méditerranéennes après avoir perdu la première guerre. Sous l’égide du général de génie Hannibal Barca, ils sont bien décidés à prendre leur revanche. J’avais évoqué la série au second tome à la rentrée 2014, car ce manga historique mettait en lumière une période méconnue et passionnante de l’histoire romaine.

En France, avec Astérix et la capitulation de Vercingétorix à Alésia, on connait plutôt L’Empire Romain, la superpuissance établie qui a accolé son fameux tampon Senatus Populus Que Romanus du Portugal à la Turquie. Dans Ad Astra, aux alentours de -220 avant JC donc,  les Romains sont déjà bouffis d’orgueil mais ils ne règnent « que » sur la moitié de la Méditerranée, des côtes espagnoles aux côtes grecques. C’est de cet orgueil que Barca va tirer toutes ses ruses, en plus de manier à la perfection les particularités des champs de batailles. Durant les six premiers tomes, on assiste donc à toute la bêtise d’une armée trop sûre d’elle-même : elle traite l’ennemi avec arrogance, chaque général romain se précipite sans réfléchir, persuadé de vaincre l’ennemi rapidement, que le surnombre et la grandeur de Rome suffisent. Au contraire, Hannibal monte des plans minutieux et de plus en plus échafaudés au fil des batailles, ne laissant aucun détail au hasard. De la présence d’une rivière à la météo du jour, le carthaginois mise toujours sur l’effet de surprise et l’avantage psychologique qu’il procure, en laissant croire à son adversaire qu’il a été mis à jour ou qu’il attaque de manière insensée, tel le barbare bourrin qu’on attend qu’il soit dans le camp romain. Cette humilité est sa meilleure arme, tout comme son image de libérateur qui lui vaut le renfort des peuples, jusqu’ici opprimés par nos hommes en jupettes.

Cependant, comme le dit l’adage, Rome ne s’est pas faite en un jour et il a fallu des hommes de talents pour la mener sur la voie de l’Empire. Hannibal a donc des ennemis d’envergure, depuis le tome 3. Mais faces aux certitudes des dirigeants brisées, les plus grands noms de Rome se rejettent la faute les uns sur les autres et pendant ce temps Hannibal progresse jusque dans l’Italie elle-même, pour la légendaire bataille de Cannes : l’un des plus grand massacres de l’Antiquité avec environ 50 000 romains tués contre 10 fois moins dans les rangs carthaginois, un chef d’oeuvre de tactique que je ne vous spoile pas mais qui, sachez-le, est encore étudiée de nos jours dans les écoles militaires. Bref, vous l’aurez compris, tout ceci est passionnant mais la bataille à sens unique pourrait finir par lasser. C’est donc avec joie que ce tome 7 propulse en avant, et au commandement, un duo romain du tonnerre : le monstre de guerre Marcellus et le jeune prodige Scipion, admirateur d’Hannibal mais qui en connait désormais les failles. Les forces s’équilibrent et la terrible tornade de défaite prend fin. C’est au tour des Carthaginois de douter… et de remettre en question leur chef. Voilà qui est prometteur !



Altair 7Altaïr 7 
de Kotono KATO chez Glénat : Enfin je vous parle d’Altaïr sur ce blog ! Je l’ai déjà évoqué sur les réseaux sociaux ou dans les colonnes de Journal du Japon, mais la série passait toujours à un cheveu des sélections précédentes. D’ailleurs, ici comme ailleurs, elle a beaucoup souffert de son graphisme initial perfectible, de ses couvertures assez classiques sur les premiers volumes, de son démarrage en douceur. Pourtant ce récit nous présente une région et une période inhabituelle dans les mangas, celle de l’Empire Ottoman du XIV – XVe siècle. Inspirée par des personnages historiques réels et quelques noms de pays bien connus, la diplômée d’Histoire sur ce sujet, Kotono KATO, nous raconte la vie passionnée de Tugrul Mahmud qui va tenter de défendre la Türkiye et son peuple face aux complots, aux trahisons, aux folies et aux luttes de pouvoir des dirigeants de toute la région.

Talentueux et premier de la classe, notre jeune homme va connaître l’échec face aux félonies politiciennes. Ce jeune général inexpérimenté et idéaliste va devoir renaître en tant qu’espion et émissaire, et observer impuissant la défaite des justes face aux corrompus… mais il va apprendre, petit à petit, à déjouer et à vaincre ses adversaires, tout en essayant de respecter ses principes et quelques uns de ses idéaux. Voilà donc une belle histoire, toujours très romancée, telle une fable sanglante avec des ennemis cruels à souhait. La passion pour l’orient de la mangaka transpire dans chaque page à travers des dessins de plus en plus réussis, pleins de détails dans les costumes, les villes ou les places fortes. Depuis le tome 4 le manichéisme s’amenuise, les personnages conservent leurs idéaux mais deviennent aussi plus malins et plus réalistes. On reste en présence d’un shônen avec un héroïsme marqué mais les protagonistes deviennent attachants et leur quête entraînante car, en plus des intrigues politiques, on découvre l’art de la guerre en terrain ottoman : terres arides et montagnes escarpées, premiers fusils et batailles à cheval… Un goût d’Orient inédit dans le palais du lecteur.

Altaïr est finalement une alternative shônen intéressante à des seinens très travaillés comme Cesare ou Ad Astra avec des couvertures de plus en plus belles dont le travail sur les dorures par les éditions Glénat est du plus bel effet. Une chouette aventure à essayer !

Des batailles épiques et qui piquent

magical-girl-end-07Magical Girl of the End #7 de Kentarô SATÔ chez Akata : lorsqu’on commence fort, ce n’est pas toujours facile de durer et un article enthousiaste basée sur les premiers volumes est tout sauf parole d’évangile pour un manga qui dure. Heureusement, Magical Girl of the End n’est pas de ceux là, et fait honneur à l’enthousiasme qu’il avait suscité dès son premier opus. Pour ceux qui ne connaissent pas ce premier titre de la collection WTF d’Akata, je vous encourage à lire l’article de votre serviteur à la sortie de la série. Pour vous faire la version courte, disons qu’il s’agit du jour où des magical girls débarquent dans notre monde pour nous réduire en charpie sanguinolente de toutes les façons qui soient. S’en suit une course effrénée de quelques personnes pour leur survie, face à ces poupées aux pouvoirs démentiels, dans une course poursuite 100% adrénaline.

Après un rush horrifique et totalement déjanté pendant 2-3 tomes, la série a su dévoiler un vrai scénario à base de bonds dans le temps, de sorcellerie, de drames personnels et de sauvetage de l’humanité. Si beaucoup de protagonistes ont été découpés / troués / éparpillés / vaporisés voir zombifiés durant les premières heures du récit, c’est désormais une véritable bande que l’on suit de près, des gens qui ont survécu à l’horreur et qui sont prêt à en découdre. D’autant que les derniers tomes, dont ce septième, révèlent toute la mécanique de cette lutte pour la domination du monde. Mais, sitôt les premiers mystères levés, l’action reprend de plus belle : un nouveau round qui est des plus prometteurs car les magical girls qui ont décimé tant d’humains sont passés du cotés des good guys, dans une nouvelle version qui devrait broyer du tibia et découper de la cervelle. Kentarô SATÔ continue donc de tenir ses promesses, excelle à renouveler son intrigue et à maintenir le charisme des ses personnages, tous plus fous et séduisants les uns que les autres. Un titre toujours aussi jouissif !


FateZero-9-JaqFate/Zero #9 de SHINJIRÔ & Gen UROBUCHI / Type-Moon chez Ototo : Décidément tous les tomes de Fate Zero sont des petits caviars depuis quelques temps. Après un volume 8 focalisé sur l’action retour aux coups bas, aux trahisons et aux alliances dans cette nouvelle itération. Il faut dire que l’étau se resserre autour du Saint Graal puisque l’on va passer de 5 à 4 prétendants cette fois-ci, et pas de la plus belle des manières qui soit. Comme le dit le 4e de couverture : « Neuvième volume de la saga Fate/Zero, entaché de hurlements maudits« …

La mort dans le déshonneur est le lot de tous ceux qui échouent dans la quête de la coupe sacrée mais certains n’attendent pas leur défaite pour jeter leur propre nom dans la boue, si cela leur permet de gagner. C’est d’ailleurs de ça que naît le principal et diablement intéressant débat de ce tome : vouloir gagner à tout prix est-il un mal lorsque cela met fin à une guerre le plus rapidement possible ? Et si on pousse ce raisonnement plus loin, pour reprendre les idées de Kiritsugu, « c’est parce que des prétendus héros viennent jeter de la poudre aux yeux avec leurs rêves d’honneur » que l’homme ferme les yeux sur l’enfer vivant qu’est la guerre et que s’ouvrent, encore et encore, les portes de la barbarie, de la terreur et de la souffrance. Voilà donc un tome où les gens se salissent les mains, mettent leur fierté de coté pour monter des alliances, trahissent leurs compagnons, leurs maîtres… Ou gagnent une force nouvelle au prix d’une déchéance physique et psychique difficilement supportable.

Une fois de plus ce seinen replonge dans la noirceur et le fait avec un talent remarquable, apportant une vraie réflexion sur le peu de lumière de notre monde. Cerise sur le charnier, cet opus s’achève bel et bien avec une descente aux enfers au sens propre, un finish des plus mystérieux… Vivement le tome 10 !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout, on dissertera du retour de The Arms Peddler plus tard, par exemple, et on évitera d’aborder Übel Blatt en espérant que ça s’améliore pour le finish… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux titres  !

Chroniques Manga Paoru.fr-003

 


octobre 4th, 2015
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Chroniques of ze week : du tome 1 à 3, des jeunes mangas très bien pour toi !

⊆ septembre 19th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-002Et oui, vous avez bien lu, c’est marqué Chronique of ze WEEK… Après avoir redéfini au premier semestre 2015 ce que je voulais mettre sur ce blog par rapport à Journal du Japon – à savoir les mangas, leurs auteurs et leurs éditeurs – je cherchais encore un rythme adéquat, et c’est la rentrée scolaire qui me l’apporté. Les précédents pavés de 13 chroniques me prenaient un temps infini à rédiger, devenaient parfois en retard par rapport au sorties, et chacun des 13 titres y perdait un peu en visibilité de part la quantité de titres traités. Sans compter que cela entachait assez nettement la spontanéité de certaines chroniques et le rythme de publication / de vie de ce blog.

Donc voilà, ces chroniques de la semaine seront plus courtes avec cinq – six titres maximum, des avis plus étoffés (la voilà l’excuse, c’est pour parler plus tout ça !) et cette rubrique viendra s’intercaler entre les interviews et les critiques grand format qui peuvent éclore lors de coups de cœur de votre serviteur à plumes. Donc ce ne sera pas toutes les semaines stricto sensus, mais plutôt deux ou trois fois par mois, à la place de tous les six semaines comme avant.

On commence ce numéro 1 par six jeunes mangas, quatre tomes 1 et deux tomes 3 qui m’ont tapé dans l’œil depuis la mi-août et on enchaînera la prochaine fois avec des séries plus avancées, qui ont gagné en maturité… Bonne lecture et comme d’habitude, plus d’infos en cliquant sur le lien en en-tête de chaque chronique !

Petits pimousses au rapport !

arte-1-komikku

Arte de Kei OHKUBO chez Komikku : La sélection débute par un nouveau manga historique, what a surpriiiise ! Florence, début du 16e siècle : une jeune femme plaque son avenir tout tracé de belle aristocrate pour devenir peintre. Une demoiselle de bonne famille qui veut vivre de son travail, qui plus est dans domaine artistique exclusivement masculin : mais vous divaguez jeune madame, vous n’y pensez pas ! Et bien SI ! Les obstacles que va rencontrer Arte s’annoncent nombreux : misogynie et précarité, pauvreté et solitude, sans oublier tout un art à maîtriser hors de sentiers battus… Mais peu importe, Arte sera peintre !

Bon… commençons par corriger un point : manga, oui, historique, plus ou moins. C’est Florence, c’est bien le 16e siècle et la renaissance mais voilà davantage un manga sur la vie des peintres qu’un défilé d’événements ayant marqué leur époque. Cela viendra peut-être plus tard, mais rien à voir avec Cesare par exemple. A la place ce titre s’appuie, avec succès heureusement, sur les problèmes de la condition féminine et le prix à payer pour l’indépendance, pour le choix de son propre destin. La jeune Arte est assez craquante en jeune tête brûlée, grâce à un bon coup de crayon de OHKUBO tandis que son maître, le jeune mais taciturne Leo, est tout aussi réussi. D’ailleurs, si je m’arrête deux secondes sur le graphisme. Sans être au niveau d’un Bride Stories (le communiqué y allait un peu fort, quand même) on peut saluer de nombreuses bonnes choses :  des regards omniprésents avec un panel intéressant et assez varié d’émotions, un talent certain pour les coupes de cheveux et les tenues pleines de détails puis, enfin, des décors soignés, visiblement bien étudiés pour donner du crédit à cette Florence grouillante de vie. Si on achève la tableau avec quelques pointes d’humour, on obtient donc une première peinture plutôt alléchante. On attend avec impatience la suite pour se faire ensorceler, pour de bon, par la jeune et pétillante Arte !


last-hero-inuyashiki-1-ki-oonLast Hero Inuyashiki
 
de Hiroya OKU chez Ki-oon : En voilà un qui a fait parler de lui en juillet. Pensez donc, c’est le nouveau titre de l’auteur de Gantz. Ce mangaka féru de technologie récidive avec un vieux monsieur au bout du rouleau : Ichiro Inuyashiki, 58 ans mais qui en fait presque 80, employé de bureau minable et méprisé de tous, y compris de sa famille… Seul sa chienne Hanako est avec lui, et il en a bien besoin depuis qu’il se sait atteint d’un cancer en phase terminale. Mais, alors qu’il pleure sur son sort une nuit en plein milieu d’un parc, il est atteint par une lumière aveuglante et se réveille plus tout à fait comme avant…. Le voici devenu un cyborg surpuissant !

Big powers come with big responsabilities ou quelque chose dans le genre, mais toute la question est de savoir comment Inuyashiki va reprendre sa revanche sur la vie, s’il est bien le seul dans son cas et quelle est l’étendue réelle de ses pouvoirs ! Ce premier tome nous dépeint d’abord la lamentable vie de ce senior, critiquant au passage le moule ingrat de la société japonaise qui ne redonne pas grand chose à celui qui s’y conforme, où la fameuse humilité si chère aux Japonais fait aussi de vous un looser aux yeux des autres. Et puis vient la transformation, la nouvelle chance, l’occasion de tout faire voler en éclat. Ces nouveaux pouvoirs vont aussi lui permettre de changer les choses, de sauver des vies et de trouver le bonheur en se démarquant du lot. La fable ne fait que débuter mais elle promet d’être des plus intéressantes. D’autant plus que, même si je ne suis pas friand du graphisme digital que je trouve trop statique, OKU maîtrise tellement son sujet que ce n’est absolument pas un problème. Un seinen à ne pas rater.

asebi-1-dokiAsebi de Taisuke UMEKI chez Doki-Doki : passons à un titre qui n’était pas vraiment attendu… Et du coup c’est plutôt une bonne surprise ! Dans Asebi, nous vivons tous sur des îles qui flottent au milieu des nuages, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi, ou comment… En effet, les souvenirs des temps anciens comme ceux de l’énigmatique civilisation de Voldesia se sont transformés en légendes. Ce qui est bien réel, par contre, ce sont les « poissons-dragons », des monstres qui occupent l’espace aérien et qui ne sont pas prêt à le partager. Dans cette guerre qui oppose ces créatures aux humains et à leurs navires, il existe des gardiens qui tentent de garantir la sécurité de leurs prochains. Yû est l’un d’entre eux et, à ses côtés, la jeune Asebi l’accompagne et le protège, car elle est une androïde aux pouvoirs remarquables… mais aux origines bien mystérieuses.

Voici un titre sympathique comme tout : de l’aventure avec des bateaux et des navires semi-futuristes voguant dans les airs, des protagonistes avec une bonne bouille, grâce à un chara-design enfantin au premier abord mais qui est aussi un mélange intéressant de graphismes nippons et de style franco-belge. On y retrouve des tempéraments de héros et d’héroïnes classiques mais plaisants et à la hauteur de leur héroïsme, justement, ou du moins des valeurs qu’ils défendent. Il y a le jeune homme plutôt doué et déterminé, l’héroïne pleine de secrets avec un cœur assez capricieux, la demoiselle écervelée qui a de l’énergie à revendre, le vieux pirate bourru qui ne vit que pour l’aventure, etc. Des débuts simples et attachants, à essayer en tout cas !

Border-T01Border de Yua KOTEGAWA & Kazuki KANESHIRO chez Komikku : J’ai pas mal hésité sur celui là. Je ne l’avais pas anticipé non plus, mais il faut dire que la multiplication des nouveautés Komikku commence à grignoter leur visibilité. Bref, Border nous parle des investigations d’Ango Ishikawa, inspecteur au sein de la première unité de recherche du Département de la Police Métropolitaine de Tokyo. Dans ce manga policier, Ango a une particularité, celle d’avoir été miraculeusement ramené à la vie après avoir pris une balle dans la tête. Malheureusement l’homme est en sursis car la balle est toujours dans son crane et il risque de mourir à tout instant. Néanmoins, après avoir frôlé la mort et avant de la rejoindre pour de bon, le voilà capable de communiquer avec les morts… et il tente de les écouter pour comprendre leurs histoires et leurs meurtres !

Comme je le disais le titre ne paie pas de mine dans l’absolu mais il révèle pas mal de qualités à la lecture. Le trait de Yua KOTEGAWA, que j’avais apprécié il y a quelques années sur Détenu 42, un manga sur la peine de mort, s’adapte très bien à l’histoire. Pas de surenchère et beaucoup de non-dits dans la mise en scène font de l’inspecteur un homme assez intriguant, qui n’a rien d’un super héros revenu d’entre les morts pour résoudre des enquêtes avec éclat et effets de manche… la couverture est assez éloquente là dessus d’ailleurs, avec une homme effacé mais peu lisible. Vous l’aurez compris ce n’est ni Conan ni un surdoué à la Lie to Me ou The Mentalist, même si ces derniers font parfaitement le job. Ici, les enquêtes sont teintées de tristesse et de mélancolie avec peu de double pages clinquantes… on leur préfère des grandes cases épurées qui incitent le lecteur à l’observation et à la réflexion, alternant avec d’autres pages plus riches en dialogue qui permettent de faire avancer la résolution du meurtre. Pas de frénésie ni de serial killer, même s’il y a bien un ou deux cliffhangers rassurez-vous, mais Border c’est avant tout un homme qui tente de comprendre les volontés des défunts, résolvant en même temps l’affaire même si ce n’est pas forcément le plus important. La série est prévue en quatre tomes et si le manga policier est votre genre, je vous le conseille, ça pourrait bien vous plaire.

Jamais 2 sans 3…

Kokkoku 3Kokkokou de Seita HORIO chez Glénat : ma chère Hana a déjà écrit un article sur les débuts de ce titre un peu étrange, ce qui m’a laissé le temps de m’en faire une meilleure idée, car il est assez difficile à cerner. C’est un seinen « hors du temps » à plus d’un titre, entre polar et fantastique. C’est l’histoire d’une famille japonaise presque comme tout le monde, avec Juri, jeune femme active qui tente de remuer un peu son père et son frère qui ont tendance à se laisser vivre.

Mais voilà, au milieu de tout ça il y a le grand père, détenteur d’un pouvoir qui se transmet depuis plusieurs générations, celui d’arrêter le temps et d’évoluer dans un monde un peu étrange, le monde statique. Malheureusement un tel pouvoir est très convoité, tout comme une étrange pierre qui en serait le catalyseur et qui appartient à la famille de Juri. Lorsque des ravisseurs kidnappent le frère et le neveu puis demandent la pierre en rançon, le grand-père et le reste de la famille viennent à la rescousse mais, surprise, il n’est pas le seul à manipuler le temps !

Pour manipuler le temps mais aussi l’espace, Seita HORIO a mis en place tout un monde avec une ambiance qui lui est propre, très bien rendue, mais qui comporte aussi des règles  : quiconque tentera de tuer un humain figé devra subir le courroux des gardiens, des êtres à l’apparence étrange, entre humain et végétal, et la jeune Juri se découvre la capacité d’exclure qui elle veut du monde statique par simple contact. Contre elle et sa famille, des criminels qui appartiennent à une sorte de secte ne sont pas en reste non plus…

Kokkoku tome 4Tournant autour de quelques personnages clés, l’intrigue bénéficie d’une bonne narration, qui alterne des phases de thriller – qui vont de la course poursuite à l’affrontement contre ces flippants gardiens – et des révélations sur ce monde statique ou sur les motivations de cette fameuse secte. Les couvertures ne paient vraiment pas de mine, je me demande si elles ne conduisent pas le titre dans le mur en termes de vente, mais ce serait dommage de passer à coté de ce seinen car il est vraiment très prenant !

[Breaking news !] Truc de ouf cher lecteur, je viens de recevoir hier le tome 4 de la série, quel rebondissement !!! Ce nouveau tome – à sortir le 23 septembre – possède une couverture much more séduisante même si toujours épurée, et marque une accélération de la série. En plus de quelques rebondissements comme des retournements de veste ou un combat très délicat contre plusieurs gardiens, cet opus nous plonge surtout dans la genèse de la fameuse secte et les ambitions de son leader qui fait justement la Une. Voici un Némésis comme je les aime : un bon grain de folie, une absence d’empathie et un humour glacial, des envies de grandeurs et un plan machiavélique sous le coude pour mener son projet à terme. La fin du tome marque d’ailleurs un premier pas inattendu dans le projet de ce psychopathe, on meurt d’envie de savoir la suite ! La série est arrivée à mi-chemin désormais, et ça s’annonce plus que bien pour les prochains tomes !


Arachnid 3Arachnid
 de Shinya MURATA et Shinsen IFUJI, chez Soleil Manga : après vous avoir parlé de plusieurs titres discrets, je termine avec un qui ne fait pas dans la dentelle en proposant de l’action, de l’action, encoooore de l’action, le tout emballé dans des couvertures soignées et qui attirent l’œil. Je vous avais évoqué la mise en place rapide et efficace de l’histoire dans de précédentes chroniques, donc je la fait courte : Alice, lycéenne victime de brimades a pris l’habitude de s’isoler dans son monde… Jusqu’au jour où son oncle se fait assassiner par un meurtrier du nom de l’araignée. Alice fait alors preuve d’un don de survie incroyable et va devenir à son tour une tueuse redoutable, la nouvelle araignée !

Depuis le tome 1 le lecteur a fait connaissance avec l’organisation qui gère tous les tueurs aux noms et aux spécificités d’insecte : la guêpe, la cafard, la mante, etc. Alice croise, affronte et défait pour le moment tous ses adversaires en se reposant sur les atouts des arachnides. De la même façon, on s’amuse régulièrement de l’adaptation guerrière qui est faite des capacités des différents insectes : le cafard est hyper rapide, capable de sécréter un liquide qui le rend insaisissable, la sauterelle a une force inouïe dans ses jambes, et on multiplie ainsi les astuces quasiment à l’infini. Tout ceci créé une bonne base pour les rebondissements incessants des affrontements, qui occupent le plus clair des chapitres. Résultat : on ne s’ennuie pas une seconde, même si on le doit aussi à la mise en scène et à la chorégraphie très efficaces du dessinateur qui transmet avec talent les effets de vitesse ou la puissance des impacts. Dans le tome 3 il n’hésite pas à enchaîner trois doubles pages pour décomposer un coup et lui donner un effet retentissant à la lecture. Arachnid est donc un titre hyper récréatif et plutôt malin, pas dénué d’humour en plus, idéal pour se changer les idées sans se prendre la tête !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout – 6 tomes ici pour une dizaine mis de coté – donc je vous conseille, pour suivre toutes les lectures du chocobo de vous rendre sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux titres  !

Chroniques Manga Paoru.fr-003

 


septembre 19th, 2015
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[Chroniques] : 13 mangas à lire en août, sur la route ou dans une yourte !

⊆ juillet 30th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques manga été 2015-002

Oui, toi aussi ami du chocobo, découvres les habitats mongoles grâce à mon désir impératif de faire des rimes moisies ! Humm, euh, pardon.

Bonjour à toutes et à tous ! Voici le retour des chroniques pour découvrir de nouveaux titres et voir comment évoluent d’autres. Avec Japan Expo c’est une avalanche de manga qui s’est écroulée sur la tanière du chocobo (aieuuu !) et ce fut, une fois de plus, difficile de choisir. Certaines œuvres de cette sélection ne font pas l’unanimité d’ailleurs, donc n’hésitez à commenter. Toujours est-il que voici treize titres choisis sur une quarantaine de lectures, avec 6 nouveautés, des tomes 2 et 3 pour confirmer les potentiels et 4 séries plus avancées qui ont réussi leur pari ou qui réserve de bonnes surprises. Coté thématique on obtient : de l’humour, pas mal de trucs un peu flippants mais passionnants, pas mal d’action et de la romance pour contre-balancer puis de la fantasy, du sentai et de l’histoire pour parachever joliment. Le tout en 1000 signes environ, pour aller à l’essentiel… C’est parti !

Les p’tits nouveaux ont des choses à dire ?

JacoJaco the Galactic Patrolman de Akira TORIYAMA chez Glénat : sans doute celui qui m’a fait le plus rire de toute cette sélection. C’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes et que Toriyama semble tirer le meilleur de lui-même. Cette préquelle à l’histoire de Sangoku nous conte les aventures d’un jeune patrouilleur galactique, un peu trop à fond dans son rôle de sauveur de l’univers. Quand il débarque sur Terre pour y surveiller l’arrivée d’un dangereux alien, il met le bazar dans la vie d’Omori, un docteur scientifique tranquillement à la retraite sur son île. Avec le vaisseau de Jaco en panne, c’est le début des ennuis pour tous ceux qui vont croiser le chemin de ce nouveau duo hétéroclite.

Vendu comme spin-off de Dragon Ball, ce one-shot vaut bien plus qu’un simple souhait de nostalgie, et c’est tant mieux. Le lien avec la série mère est amusant et pourrait donner naissance à une autre saga, mais c’est surtout le ton léger et parodique qui se veut séduisant, avec des personnages loufoques et attachants qui évoluent dans un univers totalement anachronique où tout peux arriver. On n’en est pas au point du soleil parlant de Docteur Slump mais on retrouve clairement la fraîcheur des premières heures de DB, où l’on ne se prend jamais trop au sérieux. Un excellent cocktail pour une après-midi de détente.

AjinAjin de Tsuina MIURA & Gamon SAKURAI chez Glénat : le plus attendu pour ma part. J’en parle depuis deux ans dans les classements des ventes nippones et je ne suis pas déçu par ce premier tome. Cette histoire d’immortel connu du grand public mais auréolé de mystère sait se dévoiler progressivement, sans trop faire poireauter son lecteur pour autant. L’utilisation et la découverte des pouvoirs est bien pensée, dynamiser par une fuite en avant – au sens propre comme au figuré – du héros de l’histoire, le réfléchi Kei, et de son pote d’enfance, le fonceur Kai. Des personnages encore à découvrir mais qui dégage déjà une aura séduisante.

Autre élément essentiel pour que la charme agisse : Ajin bénéficie de très bons dessins avec un chara-design assez dense, des impressions de vitesse et de puissance toujours bien rendus grâce à une excellente gestion des perspectives. Bref voici un premier tome au pitch accrocheur, bien narré et avec un visuel intense. On a juste envie d’en savoir plus. Notez bien qu’à terme il faudra se montrer patient, car la série sort au rythme de 2 tomes par an au Japon. Rendez-vous le 02/09 pour le second !

daytime shooting star 1Daytime Shooting Star de Miya YAMAMORI chez Kana : les deux premiers tomes m’ont tapé dans l’œil pour deux raisons, au départ : le chara-design et les personnages secondaires. Les lignes des visages sont assez fines et pures mais pas pour autant invisibles, bien au contraire : la mangaka joue à merveille sur les contrastes noir / blanc en marquant subtilement mais nettement les contours, avec une bonne gestion des ombres pour parfaire le tout. Résultats : une peau toute en clarté et des regards qui vous attrapent facilement, pour une expression des émotions en finesse ou en puissance, selon les nécessités.

Du coté des personnages l’héroïne Suzume, qui débarque de sa campagne, n’est pas forcément la première qui sort du lot mais son oncle chez qui elle va vivre et son très jeune prof d’anglais change plus sensiblement de l’ordinaire, tout comme Yuyuka, une camarade de classe et un drôle de numéro, avec qui les premiers rapports vont être compliqués. Les relations entre personnage est d’ailleurs la 3e arme du titre, elles se dévoilent petit à petit. D’où la parution des 2 tomes dès le départ sans doute, bien vu Kana ! On sort des amourettes trop évidentes pour des choses moins manichéennes, plus complexes et éventuellement problématiques. En résumé : c’est beau, amusant et avec des relations inattendues. Je valide !

lessonof-the-evil-1-kanaLesson of the Evil de Eiji KARASUYAMA d’après l’oeuvre de Yûsuke KISHI chez Kana : une oeuvre dont il m’est difficile de deviner le potentiel, mais dont le personnage principal et le scénario qu’il va suivre m’intrigue particulièrement. Seiji Hasumi, c’est son nom, est le professeur principal de la première 4, une classe qui rassemble tous les élèves à problèmes mais aussi des professeurs en tous genre. Harcèlement moral, manipulations et violences physiques se cachent sous le vernis d’élèves et d’enseignants lambdas. La loi du plus fort décourage les victimes de résoudre leurs problèmes ou même d’en parler mais, heureusement, notre professeur d’anglais est particulièrement habile dans l’art de convaincre son prochain et derrière son sourire enjôleur pourrait bien se cacher un homme beaucoup plus sombre…

C’est d’ailleurs cette mystérieuse personnalité, implacable mais brillante, qui attire notre attention. Jusqu’où cet homme peut aller ? N’aurait-il pas un but plus inavouable que celui d’être un bon professeur ? Tout ça est bien alléchant et on se demande où cette série qui s’achève en neuf tomes veut nous emmener… Il faudra que je me procure le tome 2, déjà sorti, pour en savoir davantage !

Murder IncarnationMurder Incarnation, de Keita SUGAHARA et Shinji INAMITSU, chez Komikku : parmi les accueils mitigés que je citais en intro, il y a ce titre en seulement deux volumes. Si son graphisme 3D – un peu figé – ne vous dérange pas, je vous le conseille. Ce recueil de nouvelles me rappelle d’autres lectures macabres et pleine d’ironie, celle d’Edgar Allan Poe ou certains recueils de nouvelles d’Hitchcock. Le pitch repose sur l’idée suivante : « si vous tuez trois personnes en l’espace de 24 heures, la personne qui vous est chère reviendra à la vie. » Bien évidemment, comme tous les cadeaux funestes, celui-ci est toujours trompeur. La contre-partie est chère mais le pire ne réside pas forcément dans le meurtre commis, plutôt dans les conséquences et dans la suite du contrat : rien ne pourra être vraiment comme avant.

Néanmoins, les contractants s’attellent à la tache : ils tuent parfois des cibles bien choisies mais ils doivent aussi faire avec ceux qui vont lui tomber sous la main, car 24H passent très vite quand il faut tuer, donc c’est amis et famille y compris ! Cela dit, le sel de ces histoires réside souvent dans leur chute, dans le piège que le destin vous tend. Dans l’amoralité de la conclusion, aussi. La seule déception est finalement de voir ces récits s’achever si tôt car en refermant le second volume on aurait voulu découvrir une histoire de fond et que l’ange, une jeune fille à couette, nous en dévoiler davantage sur sa mission. A tenter.

GigantomachiaGigantomachia, de Kentaro MIURA chez Glénat : celui là aussi a laissé quelques connaissances dubitatives mais tout est sans doute une question de perspective. N’ayant pas lu plus de deux chapitres de Berserk, l’oeuvre majeure de l’auteur, je me dis que ce one-shot fait office de bon test : dans un univers fantasmagorique post apocalyptique, un duo défie l’Empire et part au combat contre ses géants. Lui est un grand gaillard comme on en retrouve dans beaucoup de shônens, en plus vieux et plus expérimenté : Délos, c’est son nom, parle et communique ses valeurs par ses poings et son caractère, comme sa force, inspirent le respect à ses adversaires. Elle, Promé, est une sorte de princesse hautaine qui voyage sur les épaules de Délos, mais dont les pouvoirs de régénération et de transformation en font un être à part, mythique même.

Cet étrange duo, aussi bien dans le tempérament de chacun que dans leur relation, rencontre, affronte puis accompagne dans la bataille une peuplade hybride pour mener à bien sa mission de justicier. Si vous rentrez dans le jeu et êtes, comme votre serviteur, amusé et séduit par ces personnages, vous pourrez profiter à fond du combat de titans dans le dernier tiers de ce tome, un duel à la puissance impressionnante, qui me rappellent certains duels au sommet de Gunnm, totalement dans la démesure… Et le tout est servi avec un coup de crayon vraiment bien maîtrisé, pour ne rien gâcher.

Tomes 2 & 3 : je me lève et je confirme !

Ultraman-2_KurokawaUltraman #2 de Eiichi SHIMIZU & Tomohiro SHIMOGUCHI, chez Kurokawa : une des meilleurs combinaisons graphisme & mise en scène de la sélection… et le roi de la pose super classe (même si Gigantomachia est pas mal aussi dans la genre). Ne connaissant d’Ultraman que la légende, je suis totalement séduit par cette adaptation de ce super héros du panthéon nippon. Il bénéficie d’un look tout beau tout neuf qui n’a rien à envier à son prédécesseur, dans un style plus mécanisé à la Iron Man, ce qui le met totalement dans l’air du temps. Mais, Japon oblige, il conserve son tempérament de justicier humble et altruiste.

Ces deux premiers tomes montrent également que ce seinen n’est pas que beau : ils développent un scénario bien pensé et utilisent le background de la saga sans pour autant s’en contenter. On y ajoute par exemple quelques complots mystérieux, un soupçon de revanche et un némésis classique mais efficace qui échangera avec notre héros les classiques punchline de sentai… Et pour finir, cerise sur le héros: des supers bonus avec pages couleurs de toute beauté et un historique de la saga en fin d’ouvrage. Une excellente mise à jour !

6000-3-komikku

6000 #3 de Nokuto KOIKE chez Komikku : le malaise que l’on ressentait dans les premiers chapitres à 6000 mètres sous la mer ne nous a pas quitté. Dans cet immense complexe sous-marin aux dysfonctionnements de plus en plus graves et meurtriers, l’inquiétude a fait place à l’angoisse car il est impossible d’ignorer le monstre qui rode et une folie meurtrière qui se propage à n’importe quel moment et à n’importe qui, dans cette station sans jour ni nuit. Se rapprochant d’une narration et d’un scénario cinématographique, ce titre en 4 tomes s’oriente vers sa conclusion doucement mais sûrement et sans fioriture, ce qui lui permet de conserver son ambiance et de faire monter crescendo l’intérêt du lecteur.

On saluera aussi le talent du dessinateur qui donne aux ombres et à l’obscurité, plus qu’omniprésente, une densité essentielle et caractéristiques des bons films d’horreur. Idem pour le basculement dans la folie des protagonistes. Lors de la sortie du tome 4 fin octobre la série constituera un excellent bloc à avaler d’une traite pour passer une soirée flippante jusqu’aux tréfonds de l’enfer, MUHAHAHAHAHAHAHA !

Darker Than Black 2Darker Than Black de Yuji IWAHARA sur une oeuvre de Bones & Tensai OKAMURA, chez Ki-oon : de l’action et une mise en scène vraiment efficace, avec un soucis du détail et des décors toujours aussi bluffants chez IWAHARA (Dimension W, Nekoten, etc.). Le mangaka a su bien reprendre à sa sauce cette série des studios Bones (dont il est le chara-designer original) et propose une oeuvre qui présente des personnages ultra-charismatiques englués dans une intrigue à plusieurs niveaux (à plusieurs rebondissement, surtout) qui se révèle tout de même assez simple à suivre. Pour une fois qu’un créateur de personnages talentueux sait aussi manier correctement les arcanes d’une bonne narration, je ne peux que vous conseiller cette lecture.

On ressort de chaque tome comme d’un bon repas, repus, avec quelques doubles pages successives qui ont de quoi ravir les palais les plus difficiles. En plus, comme dans 6000, cette histoire est en 4 tomes et l’intrigue principale se permet d’avancer sans temps mort. Enfin on s’amusera, visuellement, de l’utilisation originale des teintes de gris chez l’auteur : tout est quasiment en noir et blanc, et le gris vient alors signifier les flashbacks ou, plus subtilement, « colorer » un élément ou partie d’un objet clé. Deux tomes et déjà un must have chez les amateurs du monsieur.

« C’est toujours un succès !« 

FateZero-8-OtotoFate / Zero #8 de SHINJIRÔ & Gen UROBUCHI / Type-moon, chez Ototo : c’est la 3e fois que j’évoque dans ces colonnes ce seinen adapté d’un light novel et connu pour sa saga japanime. Dses précédents volumes il a su mélanger à la perfection l’action pure et dure avec la psychologie et la stratégie (comme expliqué ici ou ). Pourtant, dans ce volume 8, les mangakas nous font une jolie surprise : ce sera de l’action tous azimut, dans une véritable explosion de duels qui vont plonger, peu ou prou, tous les protagonistes de la saga dans des batailles croisées et souvent simultanées.

On laisse donc le cerveau de coté pour une lecture purement jouissive qui nous dévoile quelques unes des plus belles bottes secrètes des différents héros : un vrai feu d’artifice pour ce mois de juillet (amusant, non ?). Autre bonne nouvelle avec tous ces coups d’épées, ces sorts lancés et ces balles tirées : l’échiquier évolue et certaines cartes sont redistribuées car des protagonistes tirent leur révérence de manière définitive et quelques faibles survivent, pour mieux se venger plus tard, sans aucun doute. Voilà une partie qui n’en finit plus de nous captiver et de nous surprendre !

Prisonnier riku 10Prisonnier Riku #10 de Shinobu SEGUCHI, chez Akata : J’ai déjà déclaré ma flamme à ce shônen il y a quelques mois, pour son originalité sociale et les grandes gueules attachantes qui s’y dévoilent, petit à petit. En dix volumes, la galerie de protagonistes s’est agrandie et diversifiée sans devenir redondante, mais c’est surtout le scénario qui a fait un grand pas avec la mise en place d’un scénario d’évasion, véritable fil rouge des derniers volumes. Une histoire de fond qui nous tient en haleine et qui atteint un summum d’intensité dans ce 10e opus, où Riku et Rénoma rencontrent des matons de plus en plus machiavéliques, qui commencent malheureusement à avoir de sacré doutes sur leurs agissements.

Après avoir forgé des amitiés solides et en avoir fait, d’ailleurs, la valeur socle de son histoire, le mangaka décide de soumettre ces liens à la plus grande épreuve qu’elle n’ai jamais connu, nous mettant les nerfs à très rude épreuve : on avale la seconde moitié de ce tome à toute vitesse en sentant monter une impuissance frustrante face à l’injustice qui se prépare. Nous voilà désormais complètement accro de Prisonnier Riku !

bienvenue-club-7Bienvenue au Club #7 de Nikki ASADA, chez Akata : second shôjo de cette sélection, qui n’a pas de quoi renverser les tables mais qui continue de ventiler sa fraîcheur et son humour à travers sa demi-douzaine de protagonistes hauts en couleur. Même si la série possède bien un couple phare, Momosato & Okinoshima, et que leur histoire a de quoi fait battre le cœur du lecteur, c’est avant tout l’histoire d’une bande d’amis un peu étranges, qui sortent du lot.

Pendant que des personnages secondaires très typés apparaissent et ré-apparaissent régulièrement le temps d’un bonne blague ou vanne (un comique de répétition très efficace ici), le fameux Club dévoile des personnalités riches et que l’on prend plaisir à découvrir, couche après couche. Tous très maladroits socialement ils n’en sont que plus touchants, surtout avec un graphisme simplissime qui joue surtout la carte des émotions en tous genre, qu’elles explosent sur le visage des uns ou demeurent intériorisées et mystérieuses chez les autres. La mangaka, que JDJ avait rencontré à JE l’année dernière, mise donc tous sur des chers protagonistes qu’elle décrit avec beaucoup de simplicité et d’empathie… car ils lui ressemblent sans doute beaucoup !

billy-bat-manga-volume-15-francaiseBilly Bat #15 de Naoki URASAWA & Takashi NAGASAKI, chez Pika : je crois que ça y est, Billy Bat est devenu pour moi le meilleur manga du duo URASAWA – NAGASAKI. Je vous avais expliqué, à l’orée du tome 10, le talent de ces deux mangakas, qui avaient réussi à honorer les débuts hyper ambitieux de cette histoire, qui s’écoule à travers des millénaires. Une histoire de plusieurs époques qu’ils ont réécrit, avec des coulisses faite de luttes obscures pour le pouvoir et qui imbriquent à merveille des faits historiques réels avec des épopées fantastiques des dessinateurs de la chauve-souris. Mais je pensais qu’après avoir réinventé plusieurs passages clés du 20e siècle l’histoire s’emballerait dans un combat plus ou moins final entre les deux chauve-souris, la noire et la blanche.

C’était sans compter sur le nouveau pari ambitieux des deux auteurs qui m’a scotché en fin de volume, ils s’attaquent désormais à notre histoire récente et au 21e siècle. Je ne vous en dis pas plus pour éviter le spoil mais Billy Bat devient une vrai saga sur de multiples générations, toujours plus complexe mais toujours aussi lisible et compréhensible, ne retombant pas ainsi dans les travers de 20th. Plus qu’une bonne série elle devient pour toute personne un peu friande d’histoire et de thriller un vrai modèle du genre, un classique qui vous tient en haleine et qui joue magnifiquement avec votre matière grise… En résumé ? Peut-être bien le manga le plus intelligent actuellement en cours de publication. Peut-être bien.

Et voilà pour ces 13 chroniques. Je pourrais en faire 20, car je lisais hier soir le sympathique Dream Team et Barakamon #10 me fait de l’œil (si si je le vois bien posé là, sur ma table de chevet qui me regarde !) mais ce sera pour la prochaine fournée. D’ici là il y a trois interviews au chaud (dont 2 interviews éditeurs), un papier de chroniques spéciales consacrées à des fins de manga qui m’attendent dans les étagères, quelques vacances à prendre (Au Pays de Galles pour moi, et vous ?) et des lectures à faire et à partager avec vous sur les réseaux sociaux … Et on n’oublie pas le concours photo de l’été bien sûr, je reçois des photos tous les jours c’est bien cool !!!

Une petite photo de la PAL pour se motiver avant de partir : cheeeeesu !

Chroniques manga été 2015-004

 


juillet 30th, 2015
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Manga : 7 tomes 1 au banc d’essai…

⊆ mai 24th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

Chose promise chose due, après avoir braqué les projecteurs sur Your Lie in April, place à une sélection de 7 tomes 1 qui ont retenu mon attention ces dernières semaines : de l’aventure puis de la sorcellerie chez Komikku, de la romance chez Delcourt, du thriller chez Casterman, du social fantastique chez Akata, du Victor Hugo chez Kurokawa et enfin de l’action seinenesque (si si, ça se dit !) chez Soleil Manga. Ladies and gentlemen, les élus du jour ! Bonne lecture !

Chroniques Tome 1 Paoru.fr

Dans l’intimité de Marie : aussi dérangeant qu’intriguant

initimite-de-marie-1-akataAu départ je m’attendais à une nouvelle romance, certainement particulière car publiée chez Akata et signée par un certain Shûzô Oshimi. J’étais loin de me douter que l’on croiserait la route d’Isao Komori, ce neet qui a renoncé à son rêve, celui du jeune adulte indépendant qui a réussi sa vie en montant à la capitale Tokyoïte. Sa vie n’est plus qu’une alternance entre jeu vidéo, coup de téléphone aussi rassurant que mensonger à sa mère, et masturbation cloîtré dans le bordel qui lui sert de chambre. Son seul rayon de soleil est sa sortie quotidienne à la supérette pour y admirer puis suivre secrètement une jeune et jolie lycéenne… qu’il aime d’un amour fantasmé et un peu malsain, il faut bien le dire. Sauf que le jour où cette dernière se retourne sur lui, un flash surgit et il se réveille le lendemain dans le corps de la demoiselle : dans l’intimité de Marie !

Isao est finalement un type assez… bizarre, incapable de vivre dans la réalité. On conçoit aisément sa fixation sur Marie, sa bouffée d’oxygène, mais son arrivée dans ce nouveau corps féminin ne va pas vraiment arranger son cas. Idolâtrant la demoiselle, il perpétue le fantasme en se jurant de ne jamais regarder ou toucher ce corps si pur qui n’est pas le sien et ne cesse de larmoyer sur ce qu’il a pu arriver à sa la pauuuuuvre Marie. Ce type est finalement antipathique – c’est fait exprès – et on espère qu’une chose : que la dite Marie, pour l’instant disparue (car il semble qu’elle n’est pas atterri dans le corps d’Isao), soit tout sauf une sainte-nitouche et vienne lui remettre les idées en place. Malgré ce looser on se prend tout de même au jeu, pour le moment, car Isao n’est pas le seul à faire une fixation : une certaine Yori va le démasquer et partir avec lui dans cette drôle d’aventure.

Dans l'intimité de Marie

Dans l’intimité de Marie relève donc un challenge : nous proposer une histoire avec des personnages tout sauf attachants mais nous tenant en haleine via un scénario relativement intriguant et un personnage mystère en clé de voute. Le gant est relevé et on attend avec impatience les tomes 2 et 3 pour voir vraiment de quoi il retourne !

Seinen toujours en cours, 5 volumes publiés dans les pages du Men’s action de chez Futabasha. Tome 2 le 11 juin. Site éditeur pour plus d’infos. Lire un extrait.

The Ancient Magus Bride : ensorcelant !

the-ancient-magus-bride-manga-volume-1-simple-229789La sorcellerie sauce british, voilà un mix aussi logique qu’intéressant, surtout avec sa couverture intrigante signée par Koré Yamazaki. Tout commence avec la vente de Chisé Hatori, 15 ans, seule et sans personne mais qui a désormais un nouveau propriétaire, un sorcier non-humain, à l’apparence des plus énigmatiques. Elias Ainsworth, c’est son nom, a déboursé 5 millions de livres pour se procurer la jeune fille, une « slay vega » capable de percevoir les esprits et autres fées et porteuse d’un grand potentiel. Cette rencontre marque le début d’un relation bien étrange, entre maître et disciple mais aussi entre mari et épouse !

A l’image de ce résumé on pose donc rapidement les quelques bases du récit, et c’est l’imagination du lecteur, porté par une magie pleine de poésie, qui fait le reste. Les intérieurs délicieusement désuets, la campagne anglaise et le tempérament tout en retenue de notre gentleman sorcier établissent un univers enchanteur où l’on rêve d’une tasse de thé et d’anciens livres sur les fées ou les monstres de légende.

Fort heureusement pour nous, Koré Yamazaki n’est pas de ceux qui laissent ses personnages prendre la poussière – c’est un shônen, il faut que ça bouge un peu quand même – et il les emmène à travers le monde, pour quelques missions et plusieurs découvertes… Il faudra se méfier des fées, faire la connaissance d’un dragon de la terre pluri-centenaire où déjouer une malédiction qui plane sur le pays des chats. On se délecte de ces balades très bien mises en scène : elles se révèlent pleine de mélancolie, de destins funestes parfois, et l’héroïne y réapprend progressivement le contact avec autrui tout en s’initiant à son propre potentiel… Un premier tome envoûtant, donc.

The Ancient Magus planche

Shônen toujours en cours, 3 volumes publiés dans les pages du Comic Blade (Amanchu, Tales of Symphonia) de chez Mag Garden. Tome 2 le 02 juillet. Facebook éditeur pour plus d’infos. Lire un extrait.

Marine Blue : les premiers pas de Yazawa vieillissent en douceur

marine_blue_visuelRetour en 1989 pour découvrir le tout premier titre de la mangaka de Nana, Gokinjo, Parakiss, etc. C’est amusant qu’une mangaka si punk ait un jour proposer une histoire si conventionnelle, celle d’une serveuse de bord de mer, Haruka, dont le passé et les amours vont resurgir avec l’arrivée d’Arikawa, le beau garçon qui revient d’un long voyage aux USA. Cet ami d’enfance de Haruka a aussi été son premier grand amour, mais tout ne s’est pas déroulé pour le mieux : les quiproquos et les hésitations aidant, les deux jeunes gens se sont quittés brutalement sans pouvoir s’avouer, à l’époque, leurs sentiments. Malheureusement rien n’est simple de nos jours non plus, car la belle Haruka et le beau Arikawa ont des amis et des prétendants qui ne vont rien arranger. Les chemins tortueux de l’amour, comme toujours !

A l’image de ce pitch, le trait porte lui aussi ses deux décennies et demi de décalage : chevelures effilées, larges fronts et petits yeux ronds, sourires ultrabrights… Néanmoins Yazawa montre déjà un certain talent pour exprimer les émotions de ses personnages, pour suggérer les sentiments et les non-dits. On peut s’impatienter ou s’agacer devant le coté un peu potache de l’héroïne, qui n’a rien de nos warriors féminines modernes, mais on finit par se prendre d’affection et suivre les pérégrinations et les drames avec un sourire amusé et compatissant.

Une certaine nostalgie se créé et cette romance rappelle un peu un Lucile Amour et Rock’n roll où des beach boys auraient remplacer les rockeurs. Très honnêtement, parmi toutes les « œuvres de jeunesse » qu’ont nous a déjà ressorti, en voici une qui s’en sort pas si mal, donc, et qui ira très bien dans la rangée Yazawa de votre étagère.

marine_blue_no_kaze_ni_dakarete_04 Marine Blue 2

Shôjo toujours en cours… Muarf, quel déconneur ce chocobo ! Sérieusement, shôjo fini en 4 volumes publiés dans les pages du Office You (Pil) de chez Shueisha. Tome 2 le 03 juin. Site éditeur pour plus d’infos.

Le berceau des mers : et d’aventure, en aveeeenture ♫

 Le-berceau-des-mers-1-komikkuAngleterre à nouveau, chez Komikku toujours, mais pour un récit totalement différent et signé par Mei Nagano. Cradle of the Sea, c’est le récit d’une injustice en pleine révolution industrielle : une jeune fille pauvre, Monica, est devenue la nourrice d’Evan, le nourrisson d’un riche gentleman. Tout se passe dans le meilleur des mondes jusqu’au décès de ce gentil protecteur, qui renvoie rapidement Monica dans les bas-fonds. Mais son chemin va recroiser celui du bambin et elle se rend compte qu’on a maquillé la mort du disparu : son cercueil est vide ! L’espoir renait et le sang de Monica ne fait qu’un tour : elle kidnappe Evan et embarque avec lui à bord d’un bateau pour partir à la recherche de son père… Le début d’un long périple.

Si vous avez déjà entendu parler de ce premier tome c’est sans doute pour ses graphismes : chara-design rond et attendrissant, bon travail sur les regards, ambiance victorienne assez bien mise en place et quelques très jolis bateaux. Le coup de crayon aime parfois se faire discret en donnant des allures d’esquisses aux planches, ou tente parfois des effets plus photographiques comme le désormais bien connu fish eye et sa déformation circulaire des perspectives. Si le visuel vous séduit rapidement, vous aimerez le récit, car ils sont à l’image l’un de l’autre, jouant sur la corde sensible de l’injustice, de l’aventure romancée, du soleil levant comme métaphore d’un nouveau départ.

Par contre, si le graphisme ne rencontre pas d’écho chez vous, passez votre chemin : l’héroïne vous agacera rapidement et les coïncidences bien heureuses vous paraîtront plus téléphonées les unes que les autres. Un titre à tester donc, avant de vous laisser emporter par le souffle de l’aventure !

Le berceau des mers

Seinen en cours en 2 volumes publiés dans les pages du Gekkan Comic @ Bunch tout comme Sangsues (voir plus loin) mais aussi Le nouveau Tom Sawyer ou Btooom !, chez Shinchôsha. Tome 2 le 26 août. Facebook éditeur pour plus d’infos. Lire la preview ici.

Arachnid : une toile bien tissée

arachnid-soleilEnvie d’un seinen d’action qui saigne bien comme il faut ? Ce titre scénarisé par Shinya Murata, à qui l’on doit Jackals, et dessiné par Shinsen Ifuji a quelques arguments en sa faveur. Tout commence par un pitch dont les lecteurs de séries sombres ont l’habitude : Alice est une lycéenne victime de brimades et vivant seule avec son oncle violent… Elle a pris l’habitude de s’isoler dans son monde et se couper totalement du reste. Jusqu’au jour où (ça doit être mon millième « jusqu’au jour où » je pense) son oncle se fait assassiner par un meurtrier du nom de l’araignée, qui a prévu de l’éliminer également. Mais Alice fait alors preuve d’un don de survie incroyable et manque presque de vaincre le tueur. Ce dernier vient de se trouver un nouveau disciple !

Si ce premier tome fait partie de la sélection c’est pour la remarquable efficacité de sa narration : toute l’introduction, de la révélation du potentiel jusqu’à l’éducation de l’héroïne tient dans un seul tome. Pas de chemin initiatique interminable avec un mentor imbattable, tout est appris et plié en temps record, en enchaînant un maximum les scènes d’action. Le chara-design est assez classique mais la plume reste au-dessus de la moyenne avec une bonne expression des ambiances et une mise en scène  qui entraîne facilement le lecteur dans le récit. Ajoutez à ça un petit trip assez sympa et original – chaque tueur a un surnom et un style de combat lié à un insecte – et on obtient un titre où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Efficace j’vous dis.

Arachnid planche

Seinen toujours en cours, 11 volumes publiés dans les pages du Gekkan Gangan Joker (Secret Service, Akame Ga Kill) de chez Square Enix. Tome 2 le 24 juin. Facebook éditeur pour plus d’infos. Lire la preview ici.

Sangsues : in vivo veritas ?

sangsues-casterman-01Virage à 180° avec le titre précédent, même si l’on reste dans une thématique de thriller et de personnages qui naviguent dans l’ombre de la société. Ici il s’agit de Yoko, une évaporée, une jeune fille qui a disparu des radars de la société et qui vit désormais dans les maisons des autres pendant leur absence… Un verre d’eau chez l’un, une sieste chez un second, une douche et une partie de console chez un troisième : Yoko est ce que l’on appelle une sangsue. Mais elle n’est pas la seule et elle va découvrir tout un monde parallèle, fait de gens violents et de territoires à ne pas pénétrer… Des nids invisibles où règne la loi du plus fort.

Le titre what the fuck de la sélection, totalement inattendu et, du coup, diablement prenant. Comme le dit le directeur éditorial de Sakka / Casterman, il vaut mieux fermer sa porte à double tour avant de débuter cette lecture. Cela dit, au delà de faire peur, cette histoire a surtout quelque chose d’intriguant : que feriez-vous si vous aviez toutes les clés des appartements ou des maisons du quartier mais aucun chez vous ? Une façon de vivre de multiples vies en une seule, de ne plus avoir d’attache ou de compte à rendre. Mais on n’a guère le temps de se poser la question car, quoiqu’il arrive, il semble que nous ne soyons jamais seuls. Le monde des sangsues a lui aussi ses membres et ses règles de vie. Au lecteur se transmet aussi bien la perpétuelle peur d’être découvert, de redevenir visible et réintégré de force dans la société, que l’angoisse glaçante de ce qui se cache dans ce monde de ténèbres : des monstres sous le lit qui vous attraperont le pied sans que personne ne vienne à votre secours, puisque vous n’existez plus.

Narration, mise en scène, découpage, chara-design… Tout est parfaitement maîtrisé par Daisuke Imai pour un tome prenant, de bout en bout, qui vous traînera dans la tête encore longtemps après l’avoir lu !

sangsues-casterman copie

Seinen fini en 5 volumes publiés dans les pages du Gekkan Comic @ Bunch tout comme le Berceau des mers mais aussi Area 51 ou Btooom, chez Shinchôsha. Tome 2 le 26 août. Facebook éditeur pour plus d’infos.

Les misérables : a qui la faute ?

Les misérables KurokawaLa première critique que j’ai croisé de ce titre, par un connaisseur en plus, était assassine. Mais la seconde fut positive et la troisième dithyrambique. Et après l’avoir lu je comprends très bien, en fait, pourquoi le titre peut laisser des avis si différents. Comme vous le savez, Les misérables est à l’origine un roman de Victor Hugo et ce manga est issu d’une adaptation nippone de l’oeuvre originale, du nom symbolique Oh Impitoyable. Je ne connais que vaguement l’oeuvre de Hugo par ses nombreuses adaptations cinés, et c’était une bonne occasion de me me plonger dans les premiers chapitres de ce récit si célèbre. Maintenant que c’est fait, une chose est sûre : je ne suis pas fan du parti pris social d’Hugo où l’homme est bon et c’est la société qui le pourrit. Je ne dis pas que c’est faux, je dis que c’est un peu plus compliqué que ça.

Alors, d’accord, prendre 5 ans de prison pour avoir volé une miche de pain, il y a de quoi avoir les boules. Mais tenter de s’évader au bout de 4 ans et retenter à foison pour finir par faire 19 ans de prison… ce n’est pas bien malin non plus. Mais non, ce sont les vilains gardiens de la vilaine prison et les vilains policiers de la vilaine société qui vont faire de notre héros du jour, l’ex beau gosse Jean Valjean, le paria qu’il est. Avec une âme broyée par le sentiment d’injustice, Valjean est devenu un être plein de haine, agressif et solitaire, violent et voleur. Mais l’inaltérable bonté et foi dans le genre humain d’un curé va faire exploser sa carapace, pour qu’il revienne à sa pureté originelle. Mais le chemin est encore long et sera surement semé d’embûches.

Les Misérables tient donc de l’oeuvre tragique mais également sociétale et dogmatique. Par essence elle divise donc, d’autant que tous ces sujets sont traités avec un maximum d’emphase ici, dans une mise en scène hyper théâtralisée et un héros torturé jusqu’au bout de ses propres abîmes. Cette décision est donc assumée jusqu’au bout, il faut le reconnaître. De plus, il n’y a rien à reprocher à l’oeuvre techniquement parlant : des personnages aux décors, tout est parfaitement dans l’ambiance voulue.

Les-Miserables-justice

Votre propension à apprécier les Misérables est  donc fortement dépendante de votre état d’esprit, de vos valeurs et de votre vision de la vie et de la société en général. C’est une excellente raison de s’y essayer, du coup.

Voilà pour ce qui est de cette sélection. D’autres tomes 1 sont arrivés depuis le début de la semaine mais Arslan, Rin, EX-VITA sont maintenant sur les rangs pour une prochaine sélection qui mélangera à nouveau et les suites. Ah, et on me dit dans l’oreillette que Twin Star Exorcist mériterait d’être essayé aussi. Bref comme le suggère la pile de lectures en retard, c’est pas vraiment le choix qui manque :

Chroniques à venir Paoru.fr

Tombera, tombera pas ?

Partagez vos réactions et donnez vos avis de lecteur sur tous ces titres ou sur d’autres qui vous ont marqué, dans les commentaires. Et à bientôt pour de nouvelles lectures !


mai 24th, 2015
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[Chroniques] 13 mangas à grignoter sous le soleil

⊆ avril 12th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Chroniques manga printemps 2015

Comme il fait plutôt beau ces jours-ci, quoi de mieux que de prendre quelques rayons de soleil avec un bon bouquin ? Une bonne raison de vous proposer une nouvelle vague de chroniques, dans un nouveau panorama de 13 titres. Voici 5 nouvelles séries, 4 qui ont confirmé leur potentiel, 3 autour de la dizaine de tomes et enfin un shônen au long court qui reprend du poil de la bête. Dans les thématiques aussi vous aurez de tout : de l’humour, de l’amour, de l’histoire, de l’horreur, de l’art et de la littérature, de la SF, du western… Comme la dernière fois, remettons-nous donc à table avec cette famille hétéroclite, et faisons les présentation en moins de 1000 signes, pour aller à l’essentiel.

En route, et bonne lecture !

Nouveautés : en duo ou en solo ?

Inspecteur Kurokôchi de Takasahi NAGASAKI et Kôji KÔNO chez Komikku : un seinen que l’on ouvre pour ses 2 auteurs (le compère d’Urasawa et le mangaka de Gewalt) mais qui nous hypnotise en quelques pages avec l’arrivé d’un salopard de la pire espèce : l’inspecteur Kurokôchi, le lieutenant le plus corrompu que vous n’avez jamais vu, avec un don pour les magouilles qui tient, il faut le reconnaître, du génie. L’homme connait tous les secrets gênants du pouvoir japonais, et il en profite chaque jour pour son profit personnel en rendant, tout de même, une certaine forme de justice. Dans un Japon où l’on étouffe les scandales et où la corruption est le sport politique par excellence, notre inspecteur affiche clairement son amoralité – assez jouissive pour le lecteur – et se moque du bordel qu’il peut laisser derrière lui. On obtient des coups tordus, un anti-héros improbable et intriguant et des histoires sans temps morts, entre enquêtes, magouilles et régulières tentatives d’assassinat de notre flic désormais favori. Un signe qu’il sait taper là où ça fait mal… Et c’est bon ça, c’est très bon !

Inspecteur Kurokôchi 1  Inspecteur Kurokôchi 2

Les deux Van Gogh de Hozumi chez Glénat Manga : dans ce one-shot de 384 pages, direction le Paris du XIXe siècle pour suivre le destin des frères Van Gogh : Théodore, marchand d’art talentueux et Vincent, le grand nom de la peinture en devenir. L’occasion d’en apprendre plus sur ces deux hommes et leur époque, qui m’étaient assez étrangers. Dans cette adaptation romancée, on oublie rapidement le graphisme perfectible des premiers chapitres et on se plonge avec plaisir dans un monde de l’art ultra-conservateur, très arrêté sur la notion du beau et sur ce que doit être un tableau ou un peintre. Dans une lutte des classes de l’ère industrielle, on se passionne pour la révolution artistique autant que pour le génie de Théodore, et on se laisse émouvoir par le lien fraternel puissant et parfois conflictuel des Van Gogh, dans le mélange de flashbacks innocents et d’un présent frustrant et nettement plus violent. Avec une fin surprenante et un épilogue agréablement mélancolique, on ressort de cette lecture ravi… Et conquis !

 Les-deux-Van-Gogh-manga

deux-van-gogh

Le Requiem du Roi des Roses de Aya KANNO chez Ki-oon : nouvelle adaptation d’une œuvre shakespearienne – Richard III mais aussi un peu de Henri VI – avec Aya KANNO (Otomen) aux commandes. On y retrouve avec plaisir la dramaturgie anglaise, à coup de destins épiques et éminemment cruels, de personnages symboliques face à des choix impossibles, de la pureté des amours balayée par la perfidie humaine. On sent que la mangaka est une fan de ces œuvres sans pour autant en faire une bible intouchable : quelques répliques clés par ici et quelques intrigues par là, puis on parsème le tout de quelques faits historiques et des dialogues librement adaptés… On reconnait le matériau d’origine et on en ressent la dramaturgie tout en savourant bien un manga d’Aya KANNO, avec ces beaux garçons aux lignes délicates et à la sexualité sulfureuse et parfois incertaine. Vu comme un être assez abject par l’Histoire car il fut du coté des perdants (face aux Tudors), ce cher Richard est un excellent matériel pour créer un être torturé et enchaîné à sa condition. Si vous aimez le genre, vous pouvez y aller les yeux fermés.

 Le requiem du Roi des Ronces

Les premières pages en bonus :

Kill la Kill de Ryô AKIZUKI et studio TRIGGER chez Kana : Je n’attendais pas forcément grand chose d’un manga né d’une adaptation animée, voilà donc une bonne surprise. Sans connaître l’anime, j’ai découvert l’histoire d’un Japon post-apocalyptique, d’une société élitiste et militaire où partout règne l’ordre, jusqu’au sein de l’académie Honnôji. Cette dernière forme des élèves et les dote de capacités physiques et intellectuelles supérieures afin qu’ils maîtrisent les mystérieux et fameux « uniformes Goku », qui leur permettent de se transcender. Au milieu de tout ça, une insoumise cherche à élucider le meurtre de son père et va mettre un bazar sans nom dans ce monde très ordonné. Un bordel bienvenu et haut en couleur dans ce titre qui joue sur le dynamisme, dans une narration à fond les marrons dès les premières pages : le premier tome contient déjà plusieurs affrontements dans une mise en scène jubilatoire – ça court, ça bondit et ça explose dans tous les sens – avec son lot de pauses emblématiques et stylisées typiques du shônen d’action. L’ambiance sexy-punchy-funny en fait un cocktail plein de saveurs qui pétille et s’avère des plus récréatifs !

 Kill la Kill  Kill la Kill

Innocent de Shin’ichi Sakamoto chez Delcourt : mais c’est de toute beauuuuté ! Le mangaka d’Ascension n’avait cessé de nous ravir les yeux et de nous passionner par ses personnages complexes et leurs destins tortueux. C’est toujours le cas dans ce premier tome d’Innocent, un petit bijou graphique qui place Sakamoto au niveau de très grand dessinateur comme un Inoue ou un Yukimura… Dès ce premier volume, plusieurs planches vous couperont le souffle par la finesse hallucinante des traits de ses personnages ou pas les ambiances suggérées par des décors tantôt festifs, tantôt sombres et témoins insoutenables de la mort et de la torture. Des scènes dignes de certains enfers qui contrastent remarquablement avec la pureté du héros, Charles-Henri Sanson, le bourreau le plus célèbre de la Révolution française. Avec une époque aussi troublée et aussi riche sur le plan scénaristique, avec un personnage aussi controversé et complexe, Sakamoto n’a donc plus qu’à nous régaler avec son art tout en nous faisant voyager dans notre propre passé. C’est juste un régal.

Innocent Innocent

5 tomes et moins : les essais transformés…

A Silent Voice #2 de Yoshitoki OIMA chez Ki-oon : Voici un titre qui mérite encore des compliments dès son tome 2, où il est question des concepts de l’amitié et du pardon. Une fois de plus le propos est prenant, dans le fond comme dans la forme. Les personnages sont plutôt classiques – leur aventure moins – mais la mangaka fait preuve d’un talent peu commun pour dépeindre leur doute, leur fragilité et leur maladresse. Tous font des erreurs, parfois lourdes de conséquences dans une vie adolescente, très cruelle, mais chacun a le droit à sa deuxième chance. L’autre force d’A Silent Voice est d’être aussi plaisant à lire qu’à observer. Le visuel de la série fourmille de bonnes idées : un chara-design qui s’amuse parfois sur les coupes de cheveux, des épaisseurs de traits très variés qui apportent contraste et une petite touche old school, des angles de vue très dynamiques (empruntés au monde de la photographie j’ai l’impression), etc. OIMA tentent des choses et des effets qui donnent beaucoup de personnalité à son œuvre et qui renforcent le potentiel coup de cœur dès la première lecture. Prenant et innovant, voilà une belle pépite. Vivement le tome 3 fin mai.

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Six Half #4 de Ricaco IKETANI chez Delcourt : Je vous avais déjà parlé de cette jeune fille détestable, Shiori, qui perd la mémoire dans un accident et comprend ensuite, au jour le jour, quelle garce elle a été pendant des années. Depuis ce pitch original, l’histoire évolue de manière très intéressante : les infos sur le passé de l’héroïne et de sa famille sont distillés au compte-goutte et la nouvelle Shiori apprend à faire face aux dégâts qu’elle a pu causer, se reconstruisant une vie sur les ruines de l’ancienne. Mais tout ça est très fragile, et la demoiselle n’était pas devenue une mauvaise personne par hasard. Pendant que certains essaient de la ménager pour lui donner une seconde chance, d’autres n’hésitent pas à lui rentrer dedans ou refusent, plus simplement, de lui pardonner. Quelques uns, enfin, profitent que Shiori soit enfin supportable pour avancer dans leur propre vie, mais il semble que les souvenirs de la demoiselle soient planqués en embuscade, prêt à bondir pour tout mettre sans dessus-dessous. Excellent scénario et très bonne narration confèrent donc à cette série une histoire prenante, ce qui permet de passer outre le graphisme assez irrégulier d’IKETANI. Un shôjo original et à suivre !

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Magical Girl of the End #5 de Kentarô SATÔ chez Akata : Évoquée aussi lors de son premier volume, voilà une série qui a enchaîné les climax et les plot twist autant que les explosions de têtes et les tripes à l’air. Et dans ce tome 5, ça continue avec joie ! Alors que le tome 3 marquait un tournant avec un bond dans le passé garni d’étonnantes révélations, le tome 5 confirme que la venue des Magical n’est pas due au hasard. Des gens – certains dans l’ombre, d’autres sous les projecteurs – ont un but derrière ce massacre en bonne et due forme. Dans ce scénario imprévisible et s’amusant visiblement avec les paradoxes temporels, les tentatives de survie sont narrées avec autant de machiavélisme que d’adrénaline. Le tout s’offrent en bonus quelques personnages incroyables, comme Rintarô l’agent de police pervers et totalement amoral dont le pétage de plomb sadique est absolument dantesque dans ce volume. La colère et le sang jaillissent de toute part et inondent les pages pendant plusieurs chapitres. Une véritable orgie dans ta face, cher lecteur.

  Magical Girl of the end

Uwagaki #4 de Ryo YASOHACHI chez Doki-Doki : Quatrième et dernier volume de cette comédie loufoque qui m’a plu dès le départ (la preuve). La fin s’avère à la hauteur de cette comédie romantique et légère, comme beaucoup des séries courtes de l’éditeur d’ailleurs. Tout se bouscule et s’accélère entre Ajio, Chiaki et Koaki, et on ne tombe jamais dans la routine ni dans le téléphoné : avec un un professeur Yamada imprévisible (extraterrestre ? Homme du futur ?) et une équipe de mercenaires qui lui collent aux fesses, on ne s’ennuie jamais une minute. Le cocktail parait improbable – il l’est un peu, d’ailleurs – mais amour, action et humour se marient à merveille. Uwagaki, c’est la comédie romantique drôle et originale qu’on est content d’avoir découvert car on aurait pu facilement la rater. Un petit plaisir que l’on s’offre et dont on ressort avec le sourire aux lèvres et plein d’affection pour les différents protagonistes. Testez-le, vous verrez !

Uwagaki planche Uwagaki

10 tomes et plus : ils se bonifient avec le temps ?

Silver Spoon #9 de Hiromu ARAKAWA chez Kurokawa : la série se rapproche de son 10e opus et elle est toujours aussi unique et plaisante à lire. On s’est complètement attaché aux différents protagonistes du lycée agricole Ohezo et c’est assez rare de voir un héros susciter autant d’empathie. Pourtant plein de failles et d’incertitudes on l’aime beaucoup ce cher Yûgo, avec son caractère obstiné qui finit par forcer l’admiration, et on le défendrai avec plaisir face à un père qui atteint des sommets de mépris dans ce volume. On voudrait baffer ce parent qui fait des ravages dans la psyché de son fils. Mais ce dernier tiens bon. Il fait face,aussi,  aux difficultés parfois tragiques du monde agricole et refuse de baisser les bras là où ceux qui y sont nés se laissent emporter par la fatalité. Un manga qui partage avec talent de jolies valeurs et qui sait les transmettre avec énormément d’humour… La clé de sa réussite certainement, pour éviter de tomber dans une morale trop lourde et contre-productive. Faire face aux difficultés de la vie, garder un œil bienveillant sur celle des autres et ne jamais trop se prendre au sérieux. La philosophie d’Hiromu ARAKAWA, ça fait toujours du bien par où ça passe…

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Tokyo Ghoul #10 de Sui ISHIDA chez Glénat Manga : une série savoureuse dès ses premiers tomes et encore plus depuis un tome 7 de génie… Depuis, chaque nouveau volume de Tokyo Ghoul attise ma convoitise de lecteur et, dans ce 10e opus, c’est mon gout pour la baston qui s’avère rassasié avec de nouveaux ennemis à la hauteur du « nouveau » Ken. Notre héros se prend d’ailleurs une bonne rouste d’entrée de jeu, histoire de poser les choses et d’assoir le style terriblement efficace de son adversaire. Ce duel semble parti pour se dérouler en plusieurs rencontres, chacune étant plus longue et plus épicée que la précédente : vitesse, puissance, technicité ou roublardises, tous les ingrédients des bonnes bastons sont utilisés avec talent pour que l’on se régale et en redemande. Entre deux affrontements, notre héros et ses proches savent aussi prendre du recul – l’occasion de monter un plan ou de faire un point sur des zones d’ombres – mais c’est pour mieux sauter le pas ensuite : la chasse au docteur Kano qui débute dans la seconde partie de l’ouvrage est un nouveau point de convergence pour les différentes factions de goules et de la police. C’est très prometteur, vivement le tome 11 en juillet !

Tokyo Ghoul 10 Tokyo Ghoul 10

Billy Bat #14 de Naoki UARSAWA et Takashi NAGASAKI chez Pika : je crois que jamais un Urasawa ne m’a paru aussi clair et facile à suivre que ces derniers tomes de Billy Bat. Tout comme une intrigue s’éclaircit lorsqu’elle touche à sa fin, ce 14e tome clôt avec quelques rebondissements et révélations le destin de plusieurs protagonistes dangereux ou malveillants. Comme d’habitude plusieurs lignes temporelles sont imbriquées, mais il faut croire que notre cerveau a pris l’habitude d’identifier les époques et les personnages et l’on comprend facilement les tenants et les aboutissants. Les réponses ne conduisent plus forcément à des floppées d’autres questions. Au point que j’ai fini par me demander, en refermant le tome, si la série ne touchait pas à sa fin, si tout – ou presque – n’avait pas été dit. Et pourtant non. Mais je me demande comment la série va pouvoir se relancer et prendre encore de l’ampleur, si ce n’est dans l’affrontement des deux mythiques chauve-souris : la blanche et la noire. Messieurs les mangakas, je vous attend de pied ferme en juin pour votre 15e tome !

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One Piece #74 de Eiichiro ODA chez Glénat Manga : C’est bête à dire mais, avec le cycle des hommes poissons, j’en avais presque oublié l’envergure d’un manga comme One Piece et le talent de son mangaka. C’était toujours aussi sympa à lire mais avec les tomes 73 et 74 la saga retrouve clairement des couleurs ! L’arc du moment est d’une grande richesse et se trouve directement connecté avec des personnages clés, qui nous en apprennent encore davantage sur l’histoire de fond de la saga… Et qui sont aussi prenant et bien construits, pour ne rien gâcher. ODA fait donc monter la sauce sur une cadence très prenante, distillant quelques planches énigmatiques avant de repartir sur des combats aussi loufoques qu’endiablés. Avec un équipage toujours plus nombreux, on a désormais des duos ou des trios inédits qui partent en guerre, remplaçant ainsi des affrontements à un contre un déjà écris à toutes les sauces dans les 70 tomes précédents. Les affrontements s’imbriquent sans temps morts, et les ennemis sont toujours aussi originaux et difficiles à défaire… qui se méfierai d’une jeune fille qui ne sait que transformer les gens en jouets après tout ? Ajoutez à tout ça l’arrivée d’un personnage éminemment mystérieux et de la plus haute importance qui ne cesse d’apparaître masqué depuis plusieurs chapitres et vous obtenez un mangaka qui donne le meilleur de lui-même. The boss is back ladies !

One Piece 74 Tome_75_One piece

Et voilà la fin de cette sélection… Comme d’habitude je pourrais continuer à vous parler de mangas : Ad Astra #5, Double JE, Cagaster #5, Altaïr #4, Darker Than Black, Area 51, Husk of Eden #4, Moyasimon #4, Space Brother #10, #Gangsta #6 ou Wolfsmund #6… Mais ça n’en finirai jamais. Et la pile des mangas à lire maigrit difficilement, donc ce n’est pas prêt de s’arranger !

Chroniques manga printemps 2015


avril 12th, 2015
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13 mangas à lire, pour vous porter chance !

⊆ février 20th, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Comme je vous le disais sur les réseaux sociaux, je ne comptais pas vraiment vous faire une série de chroniques en ce moment, car je préfère toujours me concentrer sur les gros coups de cœur. C’est pour cela que, depuis le début de l’année je vous ai parlé de Snow Illusion, de Vagabond ou de Prisonnier Riku. Il y a eu A Silent Voice également mais je vous en reparlerai plus tard, vu que l’ami Ben a déjà fait un premier tour d’horizon sur Journal du Japon. Néanmoins, si je regarde le compteur de mes lectures depuis le premier janvier 2015 j’ai déjà avalé près de 50 tomes.

Or il se trouve que ce début d’année s’est montré particulièrement intéressant, autant pour le cœur du lecteur que pour le cerveau du critique. J’ai donc décidé de faire un tour de table, à travers une liste de 13 convives et 600 à 700 signes par invité, pour que ça reste digeste à la longue. Exit donc le résumé – un lien avec résumé éditeur ou un article est présent à chaque fois au début, pour les curieux – et je me suis concentré sur le ressenti et les choses marquantes, en bien ou en mal.

Voilà, en route pour ces 13 chroniques !

Chroniques manga Paoru 2015

Nouveautés : des surprises en tous genres

Minuscle de Takuto Kashiki chez Komikku : ma nouveauté préférée du lot. Je m’attendais à une histoire mignonne à souhait : là-dessus, le contrat est dument rempli. Avec ses personnages de 9 centimètres de haut qui vivent à la façon des mini-pousses, on fond rapidement sous leur charme. D’autant que nos deux héroïnes vivent dans un monde à notre échelle – elles sont de la hauteur d’un champignon – mais leur univers est aussi rempli d’animaux qui parlent et vivent avec elles, conférant un coté féerique très attendrissant. Si on ajoute un dessin foisonnant d’une grande minutie et des touches de poésie inattendues qui apporte de la profondeur au récit, on ressort très intrigué par ce premier tome. Vivement le tome 2, en mai !

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L’homme qui marche de Jirô Taniguchi chez Sakka : si on m’avait dit qu’un jour je chroniquerai du Taniguchi de moi-même, j’aurais sans doute bien ri. Et pourtant, cette réédition de son premier manga hexagonal m’a laissé songeur, sans doute car elle a fait écho à mon intérêt pour la balade sans but précis, celle qui vous emmène dans des ruelles mystérieuses, par simple curiosité, par l’envie de savourer le temps qui passe. Et ce coup-ci, la voix-off qui m’avait tant gonflé dans Le sommet des dieux s’est fait discrète, les planches silencieuses favorisent l’observation et l’immersion… Même si on se dit, quand même, que cet homme qui marche a un patron et un emploi du temps bien cool pour pouvoir suivre ses envies comme ça ! Bref, voilà un Taniguchi bien sympathique, il y en aura peut-être d’autres qui suivront !

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Démokratia de Motorô Mase chez Kazé Manga : même si l’homme maîtrise de mieux en mieux son coup de crayon, son chara-design est de moins en moins ma tasse de thé. Mais bon, l’auteur d’Ikigami reste l’auteur d’Ikigami, capable d’accoucher d’idée de départ assez forte : avec Démokratia, il remet en question le principe du choix démocratique à travers des votes qui décident de la vie d’un robot humanoïde. Le scénario a été très soigneusement réfléchi, mais le mangaka s’est embarqué dans une thématique casse-gueule : qui dit démocratie veut dire peuple et donc une ribambelle de personnages, qui sont pour l’instant les clichés de leur catégorie socioprofessionnelle. C’est original et le personnage principal est séduisant donc je pousserai jusqu’au tome 2, mais ça ne vaut pas un bon Tsutsui pour le moment.

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Come to me de Nachi Yuki chez Soleil Manga : après s’être torturé les méninges sur Démokratia, voici une lecture récréative et assez amusante. Une love story entre une demoiselle pure mais démunie et un beau garçon gentil et plein aux as. Un pitch hyper cliché j’en conviens, mais ce tome se concentre uniquement sur deux personnages et ne se perd pas en fioriture. On nous donne ce qu’on a envie de lire en somme : une love-story naissante, pas mal d’humour avec une héroïne qui se voit comme un déchet qui vient souiller un trésor national de beauté, un peu de fond avec un passé auréolé de mystère et de tristesse pour le héros. Bref, un petit quotidien romantique et léger qui donne le sourire. C’est rafraîchissant, comme on dit souvent !

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Noragami de Adachi Toka chez Pika Editions : Je découvrais la mangaka de Alive Last Evolution et je suis agréablement surpris. C’est bien croqué, déjà, avec une bonne gestion de l’encrage et des volumes, du soin sur les décors, un bestiaire sympathique, des lignes de forces et un sens de la baston intéressant. Du bon boulot quoi. Mais ce qui m’a vraiment botté c’est le héros de l’histoire : un dieu de troisième zone, un looser mégalomane qui distille des phrases cruelles, mais qui a un fond très intriguant. On le suit donc avec plaisir et on s’y attache rapidement, idem pour l’héroïne. Le seul souci, c’est que c’est un shônen truffé d’ados exaltés ou immatures : Bishamon-ten en mini-jupe et sous-tif… ce n’est pas trop mon truc. Ça marchera sans doute pour le public cible et c’est juste une question de goût, en définitive.

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Nude de Mihiro & Makoto Ojiro chez Glénat Manga : alors celui là, il me pose problème, mais je vous en parle justement car il m’a interpellé sur la vie des idols. Voici l’adaptation d’une biographie d’une idol, aka la femme nue en couverture. Pour devenir une star, elle est passée par le porno pendant des mois voir des années et c’est ce parcours que l’on suit. C’est décrit crûment, avec une certaine violence mais la demoiselle tient le coup. Seulement voilà, elle en devient détestable : tout est bon pour devenir une étoile, quitte à bousiller son entourage, quitte à se montrer un brin nymphomane. L’histoire se finit par une vengeance réussie mais l’héroïne est à vomir et on ne peut que s’interroger sur la postface où elle remercie tout le monde pour avoir réussi sa vie. On a l’impression d’avoir lu l’histoire d’un lavage de cerveau et c’est encore plus troublant quand on sait que c’est une histoire vraie. Aussi choquant qu’édifiant en tout cas.

nude-glenat Nude Planche

Suites : toujours aussi prenantes ?

Radiant #3 de Tony Valente chez Ankama éditions : Seth et ses compagnons sont enfin de retour ! L’attente en valait la peine : ce nouveau tome regorge d’action avec des combats magiques et /ou physiques très bien chorégraphiés… Les coups sont bien mis en valeur par un excellente mise en scène : qu’ils soient secs et vifs ou amples et d’une grande puissance, on ressent bien leur dynamique et leur impact. Tony Valente (interview here) y insère aussi sa patte avec un humour omniprésent et hilarant qui rend ce titre assez unique, un peu sa french touch à lui. Enfin ce troisième tome marque la fin d’un premier arc et on a le droit aux révélations qui vont avec, via un très bon flashback. On en apprend aussi un peu plus sur Grimm, personnage à bandelette très charismatique, et d’autres nouveaux bad guys font leur apparition. L’aventure prend donc de l’ampleur et le rebondissement final nous fait déjà regretter l’attente jusqu’au prochain volume ! Damn you mister Valente !!!

 radiant-3 Radiant

Orange #3 de Ichigo Takano chez Akata : mais quel talent ! Sur le plan graphique la gestion des ombres, des trames et des volumes est remarquable et accompagne un trait d’une grande douceur. De plus, le travail épatant sur le regard des personnages sublime la mise en scène. En effet, on suit  avec plaisir les allers-retours entre présent et futur qui mixent les révélations, les regrets et les sentiments et toute cette trame arrive parfois à des sommets d’émotions, avec des déclarations d’amitiés et d’amour qui sont des vrais instants de grâce. Et là ce sont donc les yeux qui parlent, des larmes qui se transmettent aux lecteurs, des visages qui rougissent avec une candeur qui nous fait fondre. Orange est un manga magnifique, dans tous les sens du terme. Candide diront peut-être certains, mais il vous fait battre le cœur comme personne.

orange-03  Orange 3

Seven Deadly Sins #7 de Nakaba Suzuki chez Pika Editions : le plaisir est présent là aussi, mais c’est très différent. Quand je lis ce manga je m’amuse comme un gosse, comme le gosse qui a lu Dragon Ball il y a 20 ans. Seven Deadly Sins propose à son lecteur des combats bourrés d’adrénaline, des chorégraphies qui jouent avec bonheur des lignes de forces mais aussi avec la démesure des attaques : ça te découpe des montagnes d’un revers de main et ça te rase un village à la massue… Et c’est assez jouissif il faut bien le dire. Enfin, au sommet de toute cette action, le manga ne se prend pas deux secondes au sérieux : les héros aiment se charrier et s’affronter pour le fun. Y a pas à dire, Seven Deadly Sins est un shônen vraiment très cool.

 Seven Deadly Sins 7 Seven Deadly Sins 7 planche

Fate Zero #6 de Shinjirô & Gen Urobuchi chez Ototo : amateur de rhétorique guerrière, ce tome est fait pour vous !  Après les monstruosités perpétuées par Caster, c’est Rider qui occupe le devant de la scène. C’est à nouveau un personnage réussi et qui apporte une dose d’humour bienvenue : voici un guerrier fonceur et bon vivant qui se saisit de son destin des deux mains. Son coté montagne de muscle va avec un sens aigue de l’honneur, du combat et, surtout, de la royauté. Le cœur de ce tome est en effet un débat sur les valeurs et les devoirs qui vont avec la condition de Roi,entre Rider, Saber et Archer. Mais sans arme pour le coup, plutôt autour d’un bon verre. Qu’est-ce qu’un bon Roi, comment gouverner et inspirer son peuple, qu’est-ce qu’un Roi doit et peut laisser après lui ? Plusieurs points de vue bien défendus et surtout une bonne grosse baston pour clore le débat. Action et réflexion, une série toujours aussi bien équilibrée et passionnante !

Fate-zero-6 Fate-zero-6

Haikyû #8 de Haruichi Furudate chez Kazé Manga : ah ça c’est une fin de match comme on les aime dans les shônens sportifs. Toujours hyper classique dans sa construction, Haruichi Furudate continue d’emballer son lecteur en maniant le ballon et la plume comme personne, avec un art consumé du fish eye et de la perspective déformée, pour insuffler vitesse et puissance à l’impact : ça continue donc de claquer au-dessus du filet, avec des points de vue toujours aussi bien choisis, et ça plonge avec l’énergie du désespoir en défense, sur un terrain où la tension ne descend jamais d’un cran. Même si les personnages n’ont rien de révolutionnaire on finit par s’y attacher, indépendamment de leur originalité mais grâce à leur passion communicative pour ce sport. Car c’est finalement ça le héros de Haikyû : le volley-ball et ses matchs endiablés !

Haikyu 8  Haikyu 8

Vertical #8 de Shinichi Ishizuka chez Glénat Manga : un seinen qui a le don de vous changer les idées. A travers ses tranches de vie d’une équipe de secouriste en haute montagne, on vit des instants qui happent toute notre attention : est-ce que celui là aussi est mort ? Qu’est-ce qu’il est allé chercher dans la montagne ? Avec un taux de survie assez faible (moins d’une personne sur deux semble survivre dans la série), chaque petite histoire apporte son lot d’inquiétude, de peine… et de gens réconfortants, comme Sanpo, ce modèle de bonté qui vous redonne foi en l’âme humaine. Lire Vertical c’est un peu ça, c’est croire en la vie et en l’espèce humaine, par petite bouffée. Donc forcément cela m’attriste que le titre se vende mal, sans pour autant que ça m’étonne car la narration en tranche de vie tout comme la gentillesse n’ont jamais été des arguments marketings percutants. Mais lisez Vertical, j’insiste. Vous verrez, ça vous fera du bien.

Vertical 8 Vertical 8 planche

Say I love you #3 de Kanae Hazuki chez Pika Editions : Ce shôjo lycéen se démarque par la subtilité de ces personnages comme la fragile héroïne, Mei, qui enchaîne les blocages dans sa relation avec le grand et beau Yamato. Alors, certes, les demoiselles intimidées par de beaux garçons on connait, mais Mei est plus crédible que la moyenne : quand vous êtes vraiment timide vous êtes une asociale, une fille renfermée et difficile à approcher…  Pas un mignon petit truc que tout le monde aime. La timidité et le mal-être peut aussi faire des ravages et vous mener sur une mauvaise voie, comme on le voit avec la garce mal dans sa peau Aïko. Say I Love you est une histoire faite de gens différents, un peu – voir carrément – à coté des normes et qui apprennent à interagir ensemble. Parfois c’est dur, parfois c’est doux. En tout cas c’est toujours touchant.

  Say I love you 3 Say I love you 3 planche

Et voilà la fin de cette sélection… Une fois de plus je pourrais continuer à vous parler de mangas : 6000, Jabberwocky, Area D #6, Dream Team #17/18, Moyasimon #3, Uwagaki #3, Ad Astra#4 mais il faut bien s’arrêter pour cette fois… Et puis je ne vous parle même pas de ce qu’il me reste à lire dans un avenir proche :

Pile manga Paoru

On n’a pas fini de parler de manga cette année, c’est moi qui vous le dit !!!


février 20th, 2015
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Manga : une rétrospective digestive au coin du feu…

⊆ janvier 1st, 2015 | ≡ Topic: Chroniques, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Rétrospective manga 2014

Alors le thé c’est boooon, le petit gâteau choco-gingembre-citron est sorti du four, les chaussettes triple épaisseur sont aux pieds, la cheminée irradie de chaleur tout le salon…

AH ! Vous voilà… Entrez, entrez donc !

Installez-vous jeunes gens, il est l’heure de parler de cette année de lecture. 2014 fut d’une richesse très appréciable et j’ai en mémoire plus de 300 lectures durant ces douze derniers mois. Bien évidemment tout n’était pas bon (ouh là, non, du tout !) mais il faut bien avouer que je suis bien repus après cette multitude de saveurs nippones. Maintenant que ces fêtes entament leur crépuscule, il est temps de passer à la digestion de ces dizaines de séries, en se remémorant les meilleurs plats, ces alliances savoureuses d’humour, d’action et de suspens, ces romances qui fondent en bouchent, ces rires enivrants et chaleureux…

Pour fêter dignement les 5 années de ce blog je me lance donc dans ce que j’aime faire : vous parler de manga. Bonne digestion à toutes et à tous… Et bonnes lectures !

Dès l’apéritif, ils ont pris les armes !

De l’action, encore de l’action, toujours de l’action… Voilà de quoi commencer ce repas de fête sur les chapeaux de roue très chers invités ! Quand je dis action je pense bien sûr aux shônens, mais je n’envisage pas de m’étaler sur les petits fours habituels, que nenni, car mon palais avait des envies de changement cette année. En effet, en 2014, j’ai bien mangé quelques chapitres de One Piece, Bleach, Naruto ou même le finish de Soul Eater mais avec un enthousiasme limité, et mes papilles se sont tournées vers l’avenir de la catégorie, un peu à l’image des choix gustatifs du lectorat japonais. Dans cette section grand public le plateau d’amuse-bouches était composé de L’attaque des titans, Seven Deadly Sins, Blue Exorcist, Dimension W et du petit Haikyû en bonus, parce que le sport c’est bon pour la santé et qu’il faut bien perdre quelques grammes après tout ça. Mais regardons ça de plus près.

Blue-exorcist-13-kazeAvec un univers fantastique cohérent et bien exploité, Blue Exorcist a parcouru pas mal de chemin depuis ses débuts et se montre assez mature, vis à vis de concurrents comme Blood Lad ou Witchcraft Works par exemple.  Si les personnages sont classiques et proches des archétypes du shônen, leur excellent chara-design et la bonne mise en scène des drames qui les tiraillent ont permis au lecteur de se plonger facilement dans leurs destins respectifs. Dorénavant on a l’impression de tous les connaître, le lien est établi avec le lecteur. Dans un cercle assez restreint de personnages de premier et second plan, Kazue Kato prend soin d’alterner les coups de projecteur sur chacun des exorcistes phares… Sans trop s’y attarder non plus, pour conserver une excellente rythmique dans le déroulement son histoire. Le scénario s’avère très bien structuré et tout s’imbrique parfaitement qu’il s’agisse de flashbacks, de révélations ou d’introspections. En glissant ça et là des indices et des phrases sibyllines, la mangaka sait aussi éveiller la curiosité du lecteur et le tenir en haleine : comment chaque personnage va-t-il lutter contre son destin, qu’est-ce que mijotent les hautes sphères du pouvoir, quelle est la puissance d’untel, qui est du coté de qui… Tout comme le petit four que tout le monde s’arrache dans le premier tour de plateau – «c’était bon, dommage du peu !» – on regrette que seul deux tomes de Blue Exorcist paraissent chaque année, mais c’est peut-être là une clé de la réussite.

Réussite toujours, mais à une autre échelle : L’attaque des titans est passé du manga à succès au manga phénomène au Japon, via un marketing et une communication savamment orchestrés. Sur les tomes sortis en 2014 en France, il n’y a pas grand chose à redire de plus : le chara-design est toujours aussi vieillot et la mise en page est ultra classique – on dirait une vieille mini-quiche au saumon, pour rester dans la thématique – mais la mise en scène et un art consumé du rebondissement balaient allègrement tous les défauts de l’ouvrage, qui se dévore toujours aussi goulûment. Hajime Isayama réussi à produire un titre totalement addictif par son scénario et sa narration, et sait transmettre avec brio le désespoir, la peur, l’effarement ou la rage de vivre de ses personnages à ses lecteurs. Un succès mérité. Parce que, quand c’est bien fait, on s’en moque de la tête que ça a, la quiche au saumon.

dimension-w-3Plus subtil et assez original, façon verrine aux drôles de couleurs et au goût inattendu : Dimension W, le premier Yuji Iwahara qui semble connaître un vrai succès commercial en France. Comme la verrine, voilà un titre au look et à l’univers assez sexy qui renvoie au culte Cowboy Bebop : un monde futuriste et bourré de nouvelles technologies avec un héro taciturne tourné vers le passé qui possède un style de combat plutôt simple voir rétro, à base d’arts martiaux et d’aiguilles meurtrières, mais ultra efficace. On plonge d’entrée dans une histoire de fond très mystérieuse et intrigante.

L’action se déroule dans un monde où le pouvoir est au main d’une multinationale aux allures de Big Brother cybernétique, qui s’est probablement mise pas mal de sang sur les mains pour en arriver là. La force de l’ouvrage est de diversifier ses thématiques en prenant le temps de bien les exploiter, sur une douzaine de chapitre en moyenne. Après une mise en place de l’histoire menée tambour battant, on a le droit a une une enquête policière et un meurtre en chambre close qui bifurque au final vers le paradoxe temporel. Cela peut paraître capillotracté à première vue mais que nenni, car l’univers parallèle, la fameuse dimension W du titre, permet de revisiter habilement un genre ou simplement d’étoffer un récit. Enfin, coté personnages, les réels ennemis sont encore dans l’ombre et on croise pour l’instant des secondes mains ou de simples mauvais types mais on sent que, petite histoire après petite histoire, cette verrine pourrait bien se muer en un vrai plat. On a hâte d’y goûter.

Pour finir cet apéritif, arrosons les amuses-bouches avec deux bons cocktails, deux jeunes crus de 2014.

Le pétillant Haikyû tout d’abord, mon coup de cœur sportif après Dream Team ces dernières années. Voici un titre qui a bien commencé, avec des personnages sympathiques d’emblée et qui nous fait redécouvrir le volley-ball qu’on avait malheureusement perdu de vue (depuis Jeanne et Serge pour certains, c’est dire !). Et comme tout bon verre qui se respecte, ce breuvage a son petit truc en plus qui lui donne un coté festif et ludique : son graphisme hyper percutant vous chatouille les yeux comme un champagne vous titille le palais. La séduction s’opère dans les phases de jeu : le temps suspend son vol au-dessus du filet ou lors d’une réception plongeante et l’impact sur le ballon claque vite et fort !

Le tout est porté par des angles de vues inédits, qui mettent le joueur en exergue avec beaucoup de classe. Qui a déjà smashé le ballon aura rapidement envie de tester ces combinaisons sur le terrain. De plus, s’il est vif en en bouche, Haikyû sait aussi se montrer équilibré et il conserve sa saveur sur le moyen terme : il propose des parties endiablés tout en laissant une large marge de progression à ses héros, tant sur le plan physique que psychologique et relationnel. A travers les premiers tomes, nous avons assisté à la naissance d’un duo : un passeur et un pointu, un cérébral et un fonceur, qui commencent tout juste à se confronter au haut du panier. On sent que l’équipe n’est pas encore au complet mais les seconds rôles, dont certains disparaîtront logiquement lors des années scolaires suivantes, ont droit à leur part de bulles. Reste à voir si la cuvée 2014 a trouvé son public et si les millésimes suivant conserveront tout leur piquant.

Haikyu 1  Seven Deadly Sins 4

Ceux qui cherchaient davantage un alcool fort, façon blockbuster, se sont dirigés vers le bar pour commander le séduisant cocktail de Seven Deadly Sins. J’en ai déjà parlé ici et donc je fais court mais disons que, comme dans Blue Exorcist, on découvre un petit nombre de personnages et on se prend à apprécier progressivement la petite bande d’anciens mercenaires, très bien dépeints et qui prennent un plaisir communicatif à combattre. Les affrontements sont d’ailleurs nombreux et réguliers, lisibles et bien chorégraphies, avec une très bonne gestion des lignes de force, des postures et des alternances entre planches chargés et planches épurées pour dicter la rythmique des duels. C’est dans ses combats que l’oeuvre exploite tout son potentiel : on y découvre la psychologie des personnages – dis moi comment tu te bats, je te dirais qui tu es – on y explore leur passé quand ils ressortent les supers pouvoirs « d’antan » – et c’est aussi ces duels qui déterminent ce que chaque nouveau personnage va devenir : il va rejoindre la joyeuse troupe, devenir un ennemi mortel récurent ou bien tout bonnement disparaître. La mise en scène d’attaques à la puissance démesurée et l’insouciance du héros Meliodas nous rappellent par moment Dragon Ball et on ne boude pas notre plaisir de savourer ce parfum d’aventure qui fleure bon le millésime de 30 ans d’âge – sans glaçon, merci – chargé de bons souvenirs !

Durant l’entrée, ils se sont aimés un peu, beaucoup, à la folie !

Say i love you 2Ah, l’amour ! Après les premiers échanges autour de l’apéritif, le festin de 2014 a été l’occasion de connaître de nouveaux amours, de nouvelles histoires de femmes attachantes et séduisantes. Avant d’aller m’asseoir pour le premier plat j’ai donc rencontré la jeune Chiaki dans Uwagaki une demoiselle de caractère qui s’avère attendrissante, tout à fait le genre de mélange entre petit minois et fort tempérament qui m’aurais transpercé le cœur à l’adolescence. J’ai suivi avec intérêt le début de son aventure improbable avec le garçon a qui elle colle un râteau mais qui se voit offrir une seconde chance. Quand le scénario offre au malheureux la possibilité de séduire son clone, c’est une multitude de question sur l’amour qui est posée, dans une comédie romantique originale et loufoque, où les flirts vont de pair avec les premières expériences, heureuses ou douloureuses.

Après avoir humé ces parfums de jeunesse et devant la longue liste d’entrées possibles, j’ai décidé de picorer dans les assiettes de mes voisines, pour continuer de faire connaissance. J’ai ainsi prolongé les récits d’adolescence, comme celle du couple de Say I Love you, entre une jeune fille taciturne et un beau gosse qui n’ont- rien d’extraordinaire sur le papier mais qui gagne vraiment à être connu. Sous ses airs de demoiselle timide, le coté défensif et revêche de la jeune Mei la rend attendrissante, surtout lorsque son franc parler sort d’un coup et qu’elle est capable d’asséner un « mais… tu bandes ?! » à un Yamato entreprenant mais toujours plein d’attention et de précaution pour ne pas brusquer sa chère et tendre. Derrière les apparences et les façades de ses personnages on découvre donc des gens qui s’explique et se confie dans des dialogues toujours prenants. Une rencontre inattendue accouchant d’une certaine affection pour des protagonistes, et le tout en seulement deux tomes.

orange-01J’étais donc bien entouré lors de ce premier plat mais cela ne m’a pas empêché de suivre, à quelques couverts de là, les débuts d’une conversation tout aussi passionnante, à al table Orange présidée par Ichigo Takano. La conversation portait sur le voyage dans le temps et la possibilité d’envoyer à son moi passé les événements au jour le jour pour essayer de réparer ses erreurs, d’effacer ses regrets et empêcher que se déroule une tragédie. C’est ainsi que Naho reçoit les prédictions et conseil de son moi futur, de 10 ans son aîné, pendant que ce même moi futur continue d’évoluer sous nos yeux avec ses amis eux aussi plus âgés. Deux lignes de temps autrefois aligné qui vont petit à petit diverger, deux histoires qui ne faisaient plus qu’une qui vont progressivement se singulariser et ainsi garder leur part de mystère et inattendu. Au milieu de ce scénario narré avec talent et un peu de poésie, les histoires d’amours s’entremêlent dans un mélange agréable de candeur et de drame,  de moments légers et de moments plus dur, conséquences de tragédies qui sont encore méconnues.

Pour parachever ses échanges pleins d’émotions diverses et variées, rien de tel qu’un bon vieux verre de Parapal, qui continue de dérouler son histoire, en développant ses amours et ses pouvoirs venus d’ailleurs, tout en conservant son rapport original vis à vis de la sexualité. Un mixe de romance et de SF au parfum unique. Ça me fait penser qu’il reste une dernière bouteille, la neuvième, à déguster dès aujourd’hui chez tous les bon cavistes !

Puis vint le plat principal : complexe, intense… et plutôt ensanglanté

L’appétit déjà un peu calé et la tête désinhibée par l’alcool, le repas de fête battait son plein. Le moment des partis pris, des opinions et des scénarios tranchés, ainsi que des débats de haute voltige. En 2014,nous avons été gâté par les seinens glauques, barrés et un peu tortueux dans leur psychologie.

ressentiment-1-ki-oonLe premier débat enflammé de cette année fut de savoir si on pouvait faire d’un looser un héros. Une discussion entamée il y a quelques années avec I am a Hero, l’excellent titre zombiesque de Kengo Hanazawa. Nous avons donc rebondi sur sa sortie 2014 : Ressentiment . Ce n’est pas forcément le manga le plus marquant de l’année mais dans ce premier double tome on suit les aventures d’une loque, une vraie de vraie comme peu de mangaka osent en dépeindre. Takuro – c’est le nom de la loque – est moche, pas spécialement intelligent, plutôt crade et un peu vicieux. Il fait un boulot de merde pour un salaire de misère et, à 30 ans, il vit encore chez sa mère. Le genre de déchet que refuse la société mais c’est pourtant la même société qui lui offre un divertissement inattendu, celui d’un monde virtuel plus vrai que nature. Et, pour une fois, pas de miracle : le pervers ne se transforme pas en prince charmant dans ce nouveau monde. Takuro essaie bien de se refaire une virginité avec un avatar potable, mais chassez le looser et il revient au galop. S’en suit un combat contre lui-même puis un combat contre ce monde virtuel beaucoup plus complexe et dangereux qu’il n’y parait. Un traitement réaliste de la nature humaine à travers un fantasme ultime d’un mec raté, un concept à la Hanazawa quoi !

Toujours chez les loosers, La tour Fantôme, se dirige plutôt vers le polar noir, articulé autour d’une série d’événements macabres que tentent de démêler un duo improbable, fait d’un pauvre mec et d’un jeune et beau garçon… Qui est en réalité une femme, tenant une position très ambiguë dans la série de meurtres. Bien loin du gentillet Détective Conan, voici un seinen aux allures de thriller haletant qui montre qu’on n’a pas forcément besoin d’être le plus intelligent ou le plus bienveillant de la classe pour résoudre une série de crime. L’instinct de conservation, de l’amour propre et la quête d’un bonheur qui se dérobe constamment sous vos pieds peut aussi résoudre des problèmes. Coups bas, mensonges, secrets de familles, jalousies, fausse identité, monstres dans le placard… Voici donc un catalogue de personnages malsains et un duo qui navigue dans un épais brouillard, toujours à regarder derrière lui si personne ne les suit avec une petite hache, histoire de faire du bois pour l’hiver. On se croirait dans un Stephen King par moment, dans un suspens flippant toujours aux limites du fantastique avec des rôles secondaires qui ont parfois d’étranges penchants. Pour le coup le coté looser du héros n’est pas le centre du sujet, mais il apporte sa dose d’inattendu en nous évitant le justicier superficiel et l’histoire manichéenne dans une quête bidon de la vérité. Dans La tour Fantôme le soleil brille très rarement, et c’est très bien comme ça.

Tout en argumentant, nous avons évidemment profiter du plat avec sa sauce et son éventail d’accompagnement. Et tout était vraiment très bon. Il y avait du Gangsta, une purée de marrons qu’on aurait pu ranger dans la catégorie manga d’action, avec ses luttes entre factions mafieuses et les combats de haute voltige de leurs combattants hors-normes. Mais c’est surtout le monde sans foi ni loi qui séduit, avec des vies solitaires et jonchées de morts, de trahison et de viols, du matin jusqu’au soir. La loi du plus fort régi la ville d’Ergastulum et il est fortement déconseillé de s’attacher à qui que ce soit, pour nos héros comme pour le lecteur, sous peine de vouloir le sauver et d’aller au devant de grandes désillusions. Un manga sans pitié et sans temps mort, l’une des perles de l’année chez Glénat avec la Tour Fantôme.

Gangsta tome 1 La tour fantôme Tokyo Ghoul 7

Transition toute trouvée puisque c’est chez cet éditeur, encore, que j’ai trouvé la viande bien charnue de Tokyo Ghoul. Je vous parlais de ce seinen fantastique dès ses premiers volumes mais après avoir pâturé une partie de l’année c’est en septembre qu’on a abattu la bête pour nous l’offrir sur un plateau. Ce fut l’un de mes moments de lectures les plus goûtu de l’année qui met en scène un passage pourtant classique du shônen, celui où le héros révèle son pouvoir caché et rend la monnaie de sa pièce à celui qui l’a poussé à bout. J’ai expliqué ça en détail ici mais disons que ça dépote aussi bien dans la torture sadique que dans la vengeance jouissive. La difficulté sera de maintenir le charisme de ce héros maintenant métamorphosé et badass alors qu’il se la jouait plutôt United color of Benetton entre goule et humain il y a quelques tomes. Le tome huit tenait bien le challenge en tout cas, donc on observera ça avec plaisir en 2015. Histoire d’y re-goûter même si on n’a plus faim, par gourmandise.

fate-zero-manga-volume-4Parmi les amateurs de viande, certains on préféré le steak sanguinolent à l’agneau juteux avec l’adaptation de light novel : Fate / Zero. Comme souvent avec les adaptations de roman, je me suis délecté de la multiplicité des saveurs, qui ont diverti autant mon palais que mon esprit. Il y a les stratégies pour la conquête du graal avec des passages littéraires et psychologiques, mais aussi des affrontements de figures mythiques à la personnalité bien travaillée et dessinées par le pas-manchot-du-tout Shinjirô, l’auteur de Taboo Tatoo. Enfin, et c’est le truc en plus qui change tout, le steak était vraiment saignant, presque cru et à même l’animal : éviscération en pagaille et tortures aussi abjectes que possibles étaient au programme. Ce n’est pas toujours beau à voir et ce n’est définitivement pas à mettre entre toutes les mains, mais les salopards de Fate / Zero ne font pas le choses à moitié. On plonge donc dans la folie humaine et ses sous-sols nauséabonds, pour qu’en ressortent de manière éclatante les actions héroïques de quelques valeureux guerriers. Cela dit ces derniers auront bien des ennuis car personne n’est vraiment digne de confiance dans cette série, comme en témoignent toutes les introspections qui parsèment le récit. On me disait beaucoup de bien des scénarios de Gen Urobuchi, je sais maintenant pourquoi…

J’en finis, pour n’oublier personne, avec les amoureux de poisson, qui tortille frénétiquement leur scénario pour ne jamais se laisser saisir et nous filer toujours entre les pattes. Je parle ici du nouveau titre de Kei Sanbe (L’île de Hozuki) : Erased. Voilà un plat bien mystérieux et préparé avec beaucoup d’intelligence par son cuisinier. Le mélange entre saut dans le temps et enquête policière nous vaut souvent des bonnes histoires au cinéma ou dans les romans, et c’est idem ici : les sauts temporels de l’apprenti mangaka Satoru vont l’emmener à enquêter sur le parcours d’un génie du crime, qui vieille toujours à détourner les indices vers un coupable parfait, pour continuer de perpétuer ces meurtres à travers plusieurs décennies. Notre héros a beau revivre les événements de son passé pour les remettre d’aplomb, il va avoir fort à faire avec cet homme, surtout que ce dernier a choisi de faire de Satoru son prochain coupable tout désigné. Un mélange diablement habile et chaque tome, très dense en dialogues ou en réflexions, ne vous laisse pas respirer avant que vous ayez tourné la dernière page. Trois tomes seulement de parus pour le moment, mais ce thriller temporel est un petit bijou de scénario et de narration. Un plat mystérieux qu’on a hâte de recroiser, car on n’a qu’une envie : percer le secret de sa composition !

Oh j’allais oublier, mais tout ceci était accompagné de charmants petits légumes ravageurs : les sorcières extraterrestres de Magical Girl of the End, réunies pour un ovni qui colle très bien à la nouvelle collection WTF d’Akata. Une narration nerveuse comme il faut et un massacre de masse sanglant et amoral qui est assez plaisant, surtout quand ça s’amuse à casser les codes des genres shônens, zombie et survival.

Pour le dessert, rien de tel qu’un peu d’originalité !

MoyasimonBien décidé à éviter les bûches et autres gâteaux génoise-beurre-crème-chocolat-et-rebeurre derrière, j’ai cherché et trouvé quelques histoires originales. Mais avant de passer au dessert, nous avons fait un tour par le plateau de fromages, l’occasion de déguster des choses moisies et de parler des bactéries de Moyashimon, ce manga où le jeune Tadayasu est capable de voir les bactéries à l’œil nu. Son entrée dans une université agricole est donc l’occasion de se confronter à des spécialistes en plats hautement périmés, qui vous fouettent l’odorat à des niveaux dont nous n’avons certainement pas conscience. Mais bon, dans notre beau pays des fromages qui puent, on sait que ce qui sent fort est potentiellement bon, donc on déguste avec curiosité ce titre avec lequel on rigole autant qu’on apprend, sur le saké et sa fabrication par exemple… Bref, ce titre de Masayuki Ishikawa dont le 3e fromage sort en janvier est un titre unique et qui est tout sauf aseptisé !

Avec ce plateau de fromage de pays, les plus âgés de notre table ont échangé sur les petits producteurs locaux, l’occasion idéale de plébisciter Silver Spoon, la comédie pédagogico-romantico-humoristique d’Hiromu Arakawa qui entamait sa seconde année et qui nous a dévoilé toute sa profondeur cette année, avec des problématiques agricoles traitées avec beaucoup d’humanisme en sachant rester pragmatique : la dure réalité du métier n’est jamais l’occasion de verser dans le larmoyant. Le personnage principal, Hugo, issu de la ville et étranger à cette fatalité paysanne devient de plus en plus charismatique, que ce soit en se retroussant les manches au point d’amocher sa santé ou lors de ses prises de position aussi courageuses que généreuses. Ajoutez-y une romance qui se développe et vous tenez là encore un titre pas comme les autres, qui réussi le mariage de la forme et du fond, de l’humour et de la prise de conscience, de la rugosité des personnages et de leur rêves pourtant très profonds.

Space Brothers 8Et donc, pour finir, le dessert… c’est celui de deux frères, qui ont su tout jeune qu’ils voulaient aller ailleurs et qui nous emmène avec eux. Ce gâteau de l’infini n’est pas un space cake faites de substances illicites mais par contre les jeunes hommes sont bien, indeed, des Space Brothers, dont la vie nous est conté par Chûya Koyama. Et pourtant, si vous croisez ce gâteau en vitrine, vous risquez fort de passer votre chemin : ses différentes couvertures n’ont rien de bien sexy et ce n’est pas avec la photo ou le CV du grand frère Mutta que vous aurez forcément envie de franchir le pas. Et pourtant c’est bien un fratrie de génie qui est à l’oeuvre, avec une intelligence peu commune et une détermination à toute épreuve.

Un tel plat, qui parait pourtant plein de défaut, devient intriguant au fil des bouchés et chaque coup de cuillère dans ces textures mystérieuses se fait plus gourmande, car on perçoit un potentiel qui se développe. Pendant ce voyage, on s’amuse souvent des imperfections, qui nous rappelle que les dons n’empêchent pas les failles, que les gens exceptionnels sont aussi des gens tous courts. Et lorsque que ce plaisir à plusieurs étages finit par décoller et se prend pour une fusée, c’est avec passion qu’on suit son envolée et qu’on lève les yeux vers le ciel pour regarder, avec envie mais aussi un peu d’anxiété, ce qu’il va arriver à ces deux frères. Parce que ce dessert est vraiment trop bon, donc attention aux cuisiniers, on ne veut vraiment pas qu’il leur arrive malheur !

Un café et l’addition s’il vous plait…

C’est donc autour d’un chaud breuvage noir que s’achève ce repas.A l’image du savoureux Coffee Time de Tetusya Toyoda, cette histoire a pris différentes saveurs, a permis de nombreuses rencontres, a multiplié les saveurs grâce à des mélanges classiques et efficaces ou plus aventureux et originaux. A l’heure de l’addition, je m’aperçois que je dois remercier Glénat, Pika, Ki-oon, Akata et Ototo pour leur carte 2014 particulièrement à mon gout, sans oublier de garder un œil sur Kurokawa, Doki-Doki, Kana ou Kazé Manga, qui produisent régulièrement des plats très alléchants.

Cette liste de souvenir n’est, bien sûr, pas exhaustive. J’aurais pu vous parler des riches et prenants Suicide Island,  Spice & Wolf, Billy Bat, Cesare, Vertical ou Montage, des débuts notables des titres historiques comme Le Chef de Nobunaga et Ad Astra, des sports enthousiasmants dans Ippo ou Dream Team, de l’engagé et touchant Daisy mais à chaque repas ses plats, et j’en ai d’ailleurs toujours quelques restes à finir, comme Bakuman, Hokusai, Vagabond et Real, car il fut impossible de tout manger en 2014.

D’ailleurs, chers invités, j’espère bien que vous avez eu vous aussi un coup de fourchette généreux cette année. A cette heure des résolutions qu’on ne tient jamais en voici donc une facile à tenir : en 2015 comme en 2014, en manga comme pour le reste, SOYEZ GOURMANDS !!!

 Post-scriptum : comme un menu ne fait pas l’autre, je vous conseille de faire un détour et de passer chez Nostroblog pour terminer de remplir votre besace de bons moments… C’est par ici !


janvier 1st, 2015
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