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Manga : une histoire de l’Europe vue du Japon

⊆ juillet 5th, 2017 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Europe Histoire et manga

Voilà un papier qui me trotte dans la tête depuis le mois de mars (en lien avec le sujet des mangas historiques, dans cette interview). J’ai toujours adoré lire des BD sur l’Histoire, et je trouve que c’est 1000 fois plus facile de s’y plonger que via les livres scolaires (et c’est un prof qui vous dit ça, vil félon que je suis). Ce n’est pas toujours – pas souvent même – 100% fidèle à la réalité historique, mais l’immersion est d’autant plus facile lorsque c’est romancé… et rien n’empêche ensuite de se renseigner soi-même : un coup de wikipédia fait déjà beaucoup et, pour les plus curieux, un livre écrit par une bonne plume ou un simple Que sais-je sur telle ou telle période fait le reste. Les vidéastes You Tube qui parlent d’histoire font eux aussi du bon boulot. Je vous propose deux trois petites choses  qui mélangent tout ça en fin d’article, d’ailleurs.

Et donc les mangas dans tout ça ? Il se trouve que l’histoire de l’Europe passionne visiblement le Japon et que, par le truchement des éditeurs français, une grande majorité des titres l’évoquant nous arrivent. Néanmoins, plutôt que de vous faire une énième liste de mangas historiques j’avais envie de vous les replacer dans leur contexte, de leur donner une chronologie et d’imaginer à quoi ressemble la vision qu’ont les Japonais de notre histoire. La liste des titres n’est pas exhaustive – j’ai mis ce que j’ai lu, tout simplement – donc n’hésitez pas à la rallonger avec vos propres lectures en commentaire !

Allez, en route… et bonne lecture 😉

L’histoire européenne tient en une quinzaine de mangas. SI.

Et donc pour commencer, difficile de parle d’Histoire sans une frise. Je l’ai basée plutôt sur le début des mangas cités, mais les emplacements sont fait à la louche pour que cela reste lisible.

Frise Manga & Europe

On pourrait aussi rajouter Eureka! des éditions Komikku, mais son sujet se fond vraiment dans l’histoire d’Ad Astra ou encore Thermae Romae mais j’ai du mal à le classer comme un manga parlant d’histoire européenne, un peu comme Les Deux Van Gogh qui n’est pas dans la liste non plus. Mais bref, avec ça en tête, on voit assez facilement quelques périodes ressortir : celles de l’Empire Romain (3 titres), des vikings (1), de la fin du Moyen-âge (4) et de la Renaissance (2), de la Révolution Française (5 si on ajoute Marie Antoinette – La jeunesse d’une reine de Fuyumi SORYO) et de l’époque industriello-victorienne (3 mais je n’ai mis que les plus connus). Je m’arrête là d’ailleurs, juste avant le 20e siècle, que je garde pour un autre jour. Enfin, si je mets les Misérables dans la liste on peut aussi ajouter la collection Classique chez Soleil Manga qui aborde par moment certains faits ou période de notre histoire. Éventuellement 7 Shakespeares aussi, un manga actuellement en pause qui aborde à sa façon la vie du dramaturge anglais.

Si j’en reviens à la liste de la frise et qu’on l’observe géographiquement parlant, on voyage un peu partout mais c’est encore en France que l’on s’arrête le plus souvent (sur 7 titres) puis en Italie (5), en Angleterre (4) et enfin 3 autres mangas se déroulent, de la Suisse à la République Tchèque, sur l’immense Saint Empire Romain-Germanique.

Avec cette quinzaine de manga on obtient donc quelque chose comme 2000 ans d’histoire couverte de manière assez irrégulière, avec des périodes creuses et d’autres beaucoup plus détaillées. Et donc, maintenant, amusons-nous à découvrir l’Histoire de l’Europe tel que les lecteurs japonais de manga la connaissent désormais…

Au commencement il y avait… Ben les Romains pardi !

Au début, il n’y a rien. Mais alors rien, pas de préhistoire chez nous, non madame. Au mieux un dinosaure du nom de Gon est venu se balader dans nos contrées et puis c’est tout et c’est marre. Cherchez pas hein, c’est limite vexant.

on en a gros

Pareil.

Bon ok, je boude mais faut pas pousser non plus, car j’avoue que mes connaissances en Histoire des trois premiers millénaires avant JC, à part l’invention de l’écriture, ce n’est pas non plus velu velu quoi. Quoi qu’il en soit, après ce rien, on note quelques traces d’activités mais autour de l’Europe, avec les Égyptiens et leurs Reines notamment (cf Reigne d’Égypte, entre autres, dont on a pas mal parlé en ce début 2017). Mais je vois plus ces titres comme un prolongement de l’intérêt du Japon pour l’Orient et ses alentours ces dernières années (Magi, Bride Stories, Altaïr, les nuits d’Aksehir).

as-astra-1-ki-oonD’ailleurs, c’est par le bassin méditerranéen que débute l’Histoire de l’Europe dans les mangas, avec Ad Astra. Nous voilà projeté en Sicile lors de la seconde guerre punique. Les guerres puniques, car il  y en a 3, c’est en gros LE premier truc qui a fait la renommé de l’Empire Romain, qui n’était pas encore un Empire à l’époque d’ailleurs, mais une République. Parce que en France on parle plutôt la conquête de la Gaule, Vercingétorix toussa… L’Empire officiel en quelque sorte, mais il faut savoir que avant Alesia il s’est quand même passé deux trois trucs. Rome ne s’est pas fait en un jour comme dit l’adage.

Si je vous la fait courte les guerres puniques ce sont les Romains VS Carthage de -264 à -146 avant J.C., lorsque les deux Empires se sont retrouvés plus ou moins face à face en Sicile. Carthage était l’Empire maritime méditerranéen, mais ils vont perdre la mer à l’avantage des Romains pendant le premier conflit, qui dure une vingtaine d’année. Cette première guerre coûte une blinde aux deux parties, donc les romains taxent copieusement les perdants (ruinés pourtant, eux aussi). Vingt-trois ans plus tard, ils finissent par en avoir marre et donc ils remettent ça, avec à leur tête Hannibal Barca le héros de Ad Astra. Je ne vous en dit pas plus (chroniques ici, et re-là si vous voulez en savoir plus) mais selon toute logique Ad Astra devrait se finir en -200 avant JC environ.

Si on exclut l’adaptation de la bible en manga, on a donc un petit gap de 250-300 ans avant le début de Pline. Et oui, pas de Gaule de César et d’Alesia alors que la BD franco-belge a tapé dans ce filon plus d’une fois. Comme nous le verrons de toute façon dans cet article, les « peuplades du nord » ce n’est pas vraiment la tasse de thé des Japonais, en dehors du fameux Vinland Saga et éventuellement des guerriers de Hasgard de Saint Seiya… enfin là c’est du folklore pas de l’Histoire, faut pas non plus pousser Saori dans les orties.

Mais bref, Pline donc, débute en 60 après JC et nous présente la vie de ce naturaliste très curieux. Sur le plan historique ce manga sera aussi l’occasion de croiser à plusieurs reprises l’Empereur Néron, aka IMPERATOR NERO CLAVDIVS CAESAR AVGVSTVS GERMANICVS (ouai, Néron c’est mieux, je suis d’accord). Un mec sympa le Néron : despote à ses heures perdues, qui a zigouillé sa maman Agrippine (mais non pas à cause de son prénom, bande de moqueurs), a tué au pif pas mal de chrétiens et était un bon petit parano. Ah et dans son nom à rallonge, c’est lui qui a rajouté IMPERATOR, donc un mec modeste quoi.

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Avec Néron ouai, un peu.

Et là, d’un coup, les Vikings

Alors là, dans la famille des failles temporelles, c’est la meilleure. On passe du premier siècle de notre ère à l’Angleterre de l’An mille. Comment te dire ami nippon… Nous n’avons pas hiberné pendant un millénaire : les barbares du nord (les germains et les slaves, en gros) sont poussés par des conditions météorologiques assez dures (hivers froids et longs, étés pluvieux) à s’installer plus au sud et à achever la chute de l’Empire Romain dont il restera l’Empire Byzantin. Ce dernier est mis à mal par les Ottomans qui attaquent par l’Italie puis, parce qu’ils sont court-circuités par les Bulgares mais qu’ils sont têtus, par l’Afrique du nord et l’Espagne.

Bohort vs les invasions barbares, même pas peur !

C’est donc l’établissement des Royaumes Barbares jusqu’à l’arrivée de Charlemagne qui rétablit un Empire. Il créé l’Andorre pour garder les Ottomans à distance, pousse à l’est les peuples germains de l’Europe centrale, et vire les Lombards de l’Italie, ce qui lui permet, parce qu’il est malin le gars, de donner officiellement des territoires à l’Église (les Etats pontificaux) et ainsi d’être nommé Empereur avec la Couronne, le côté divin et tout et tout. Le beau geste et le bel Empire mais comme souvent, chez les Francs et autres peuplades du même genre, lorsqu’arrive le temps de la succession, on divise les terres entre les héritiers. Charlemagne découpe donc son royaume entre ses 3 petits-fils ce qui affaiblit le tout, notamment avec l’arrivée des… Vikings, durant le 9e siècle. Et c’est plus ou moins là qu’on reprend notre fil historique abandonné 1000 ans auparavant avec Vinland Saga, sur la fin de cet Âge Viking qui s’est étalé sur environ 300 ans (793-1066 officiellement).

vinland_sagaGrâce aux très nombreuses recherches de Makoto YUKIMURA, qui a voulu construire une saga implanté avec crédibilité dans la grande Histoire, on apprend donc que les Vikings est un peuple qui vient du nord, du grand Royaume du Danemark essentiellement, mais qu’ils ne sont pas tous des colonisateurs dans l’âme, et le mangaka n’évoque d’ailleurs pas le Duché de Normandie et la sédentarisation des Normands. Il se concentre sur les Vikings installés dans leur terre d’origine, où la vie est froide, souvent stérile, dure et sans pitié, puis il évoque les richesses que représentent les territoires de l’Angleterre, d’abord avec ses richesses au sens strict, les trésors à piller donc, puis avec ses terres fertiles et leur climat plus tempéré.

La première partie du manga évoque une guerre fait d’incessants coups d’éclat contre les Anglo-Saxons, au niveau de Londres notamment, villle qui ne cessera d’être prise et reprise par les deux camps. Au départ de Vinland Saga, le redémarrage du conflit après une période d’accalmie va produire un funeste enchaînement : l’impôt Danois va pousser le roi Anglais à se rebeller (les impôts, le nerf de la guerre décidément) et il massacre des Danois dont Gunnhild, la sœur du Roi danois Sven 1er (ouh, la boulette). Ce dernier déclare la guerre à l’Angleterre et part donc à la recherche de ces guerriers d’élite dont Thors, le père du héros de Vinland Saga, qui menait sa vie tranquille en Islande mais qui s’était illustré des années auparavant dans la guerre entre Norvégiens et Danois. Il est donc rattrapé par son passé et tout s’enchaîne pour le pire.

Commence un cycle de guerres, de taxations ou d’esclavage pour les vaincus qui entraînent un désir de vengeance à l’échelle des peuples. C’est de ce cercle vicieux et sanglant que le héros de YUKIMURA va vouloir s’extraire, en recherchant le fameux Vinland, la Terre promise. Je ne vous en dit pas plus là non plus, sur les faits historiques sous-jacents à cette quête,  pour ne pas gâcher le plaisir.

Toujours est-il que petit à petit, une somme de facteurs va achever l’Âge Viking : une embellie climatique, une sédentarisation des Viking et une acculturation au contact des chrétiens. Enfin, il ne faut pas oublier le développement d’une meilleure organisation de la défense dans les contrées qui se sont mangés des raids vikings pendant 300 ans : la multiplication des châteaux forts par exemple, ainsi que la naissance d’États forts et organisés ont permis de mieux résister. Il parait même que certains pays comme la France, la Grande-Bretagne, la Russie ou l’Irlande sont ainsi nés dans cette adversité. Les épreuves c’est bien connu, soudent les peuples. Et comme toujours, quand un règne s’étend un autre commence : arrivée du Saint-Empire Romain Germanique et début du premier Reich.

Les Germains : L’Empire qu’on attaque.

En fait, le fameux Saint Empire bidul truc, ça n’intéresse pas en soit les mangakas. Sa mise en place et tout, c’est comme l’Empire de Charlemagne dont il est la suite logique : y a pas. Un manga. Dessus.

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Et ouai, la condition germanique souffre m’dames messieurs !

Pour un Empire qui va durer 1000 ans environ c’est un peu dommage mais bon, vous devez commencez à comprendre que les Germains ce n’est pas vraiment la tasse de thé des Japonais. Ils seraient même antipathiques, car ils vont jouer le rôle des méchants dans les trois mangas où ils apparaissent.

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Le premier exemple est assez parlant puisqu’il s’agit de Wolfsmund, qui évoque en histoire de fond la création de la Suisse par l’association de 3 cantons : Uri, Schwytz (qui donnera son nom à la Suisse) et Unterwald. Ils se rebellent contre le tyran germanique au début du XIVe siècle, de 1291 à 1315. Mais la famille des Habsbourg ne l’entend pas de cette oreille et y voit une bonne occasion de renforcer sa présence sur cette province frontière entre Germanie et Italie. La forteresse du col du Saint-Gothard est donc dirigée par un homme sans pitié et terrifiant a qui on a donné carte blanche et qui semble impossible à vaincre…

Bon je ne détaille pas davantage Wolfsmund, dont je vous ai déjà souvent parlé parce que ce manga en 8 tomes est excellent, mais on peut reproduire un peu le schéma du germain cruel et sans pitié à l’autre bout de l’Europe avec Divci Valka qui débute 100 ans après la fin de Wolfsmund et qui se déroule en Bohème, région  d’Europe centrale et actuellement l’une des composantes de la République tchèque. Bon la différence est que Divci Valka démarre sur un désaccord religieux. Un théologien du nom de Jan Hus finit sur le bûcher en 1415 pour avoir proclamé haut et fort la corruption de l’église et les malversations du pape de Pise, Jean XXIII, alors en pleine guerre de pouvoir religieux, aka le  Grand Schisme d’Occident. Donc le Jan Hus, il est gentil hein, mais c’est pas le moment.

Mais voilà, c’est bien connu, en brûlant un homme aimé on en fait un martyr. Les partisans de Hus, les hussites, finissent donc par s’opposer aux catholiques et, en 1419, Jan Zelivsky, grand prêtre hussite, mène une attaque en plein Prague avec quelques fidèles et ils tuent des conseillers catholiques en les balançant par les fenêtres. Simple et efficace, ça. Une défenestration à un méchoui partout. Mais Martin V, le nouveau Pape censé unifier la chrétienté, et ce cher Roi Sigismond le prennent assez mal (aucun humour les gars) et ils partent donc en guerre contre les hussites, qui vont faire plus que leur donner du fil à retordre. Voilà pour le contexte de ce manga, pour le moment en 4 volumes, et à nouveau je ne vous en dis pas plus sur les tenants et aboutissants de ce conflit qui a, mine de rien, forgé l’identité Tchèque, même si le pays n’existe officiellement que depuis 1918. Ce manga a aussi mis en avant l’utilisation d’une arme encore nouvelle à cette époque, mais qui va peu à peu faire ses preuves : le pist’ala ou flûte en slave, qui deviendra le bien connu pistolet quelques siècles plus tard.

Et pendant ce temps, la Guerre de Cent Ans

hawkwood-1-dokiPour quitter le Saint Empire, faisons un petit retour en arrière en 1337, du côté de l’Angleterre avec Hawkwood. Enfin pas en Angleterre à proprement parler puisque Hawkwood évoque plutôt la conquête par les Anglais de notre Hexagone, de la Normandie dans un premier temps. Heureusement pour toi cher lecteur, ce manga ne traite pas vraiment des raisons de la guerre de Cent Ans, parce que derrière la raison officielle qui est une histoire de Dynastie des Capétiens interrompus les raisons profondes sont très complexes, aussi bien culturelles, démographiques, économiques, sociologiques et j’en passe. Pour avoir une petite idée du contexte, je ne peux que vous recommander de lire les Rois maudits.

Si je me contente donc du casus belli : Édouard  III dis que c’est lui le vrai Roi du côté des Anglais parce qu’il est le descendant le plus direct, alors que Philippe VI dis que, non, en fait, c’est lui d’abord parce qu’il est descendant d’une lignée exclusivement masculine. Comme toujours entre les Rois, l’engueulade dégénère et c’est le début d’un immense bourbier franco-anglais qui s’étale sur deux mangas : Hawkwood donc, puis Le requiem du Roi des Roses. Dans Hawkwood on ne peut que constater le génie de Edouard III et la fougue de son fils Edouard de Woodstock, plus connu sous le nom du Prince Noir, classe comme nom pour rester dans la postérité. Comme le titre l’indique on s’intéresse aussi à la compagnie de mercenaires dirigée par le fameux Hawkwood, qui vendra ses services tantôt aux Français, tantôt aux Anglais. Historiquement parlant, le manga Hawkwood souligne très bien la fin de la « noble » mais lourde et donc peu mobile Chevalerie  / Cavalerie comme unique force militaire, car elle se fait copieusement décimer par les compagnies d’archers Anglais et plus particulièrement ceux du Pays de Galles.

C’est un peu le seul moment de cet article où je peux placer cette vidéo chère à mon cœur, donc voilà, deal with it.

L’Angleterre va donc conquérir tout un tiers ouest de la France, cf le Traité de Brétigny qui signe la fin de la première partie de la guerre en 1364. Mais administrer un large territoire français depuis Londres c’est compliqué et ça coûte cher. Avec Richard II à la tête du pays, qui doit commencer à régner à l’âge de 10 ans (le Prince Noir meurt un an avant son père, pas de bol !) difficile de gérer les affaires internes et celles de l’autre côté de la Manche. De toute façon Richard est plutôt un esthète (il parait que c’est lui qui a inventé le mouchoir, truc de warrior le mouchoir !) et il cherche à mettre fin aux querelles là bas, donc la France reprend doucement mais sûrement du terrain. Je vous passe donc les victoires et défaites des deux camps, une succession de roi fous, de despotes ou de bons rois mais qui meurent trop vite et/ou voit leur travail anéanti par leur descendant… et on fait un nouveau bond en avant d’un Richard à un autre, Richard III, né en 1452.

York et Lancaster : Civil War

Le-Requiem-du-Roi-des-Roses-1-ki-oonNous sommes donc à la toute fin de la Guerre de Cent Ans, signée en 1453, et l’Angleterre a perdu tout ce qu’elle avait gagné et même ce qu’elle avait avant, à savoir l’Aquitaine. Tout ça pour ça, je ne vous le fait pas dire. Mais tout ça aussi parce que ça se querelle sec en Angleterre entre les York et les Lancaster (avec des roses sur leur blason, une blanche et une rouge, d’où le nom de Guerre des 2 Roses).

Précisons d’emblée que Le Requiem du Roi des Roses dont nous allons parler réinterprète la pièce de William Shakespeare, Richard III, donc il y a forcément des choix scénaristiques et des interprétations personnelles sur les motivations et personnalités des protagonistes clés mais c’est ce qui fait tout le sel, aussi, de ce manga. En plus ces choix ont tout de même des bonnes bases : Henry VI, Roi sur le trône au départ, est très pieux dans la pièce de Shakespeare et en plus très lunatique dans le manga, à l’image des crises réelles du souverain qui ont débuté avec la perte des dernières territoires anglais en France en août 1453 (folie non évoqué dans les pièces de Sir William car briser ce tabou lui aurait valu pas mal d’ennuis vu que la Reine de son époque est une descendante Lancaster). Sans être complètement un légume, le Roi devient du jour au lendemain insensible à tout ce qui l’entoure, plus aucune émotion ne traverse son visage, même la naissance de son fils Edouard.

Il ne s’en réveille qu’au bout de plusieurs mois, en disant n’avoir aucun souvenir de cette période, mais refera d’autres crises dans les années qui vont suivre, le laissant souvent éteint pendant pendant de longues périodes, avec quelques phases hallucinatoires qui font pencher le diagnostic médical vers une certaine forme de schizophrénie, à moins que ce soit une démence génétiquement récupéré de grand papi maternel Charles VI de France. Consanguinité, quand tu nous tiens !

Cpasfaux

Je me doutais que consanguinité ce serait difficile…

De son côté le Duc de York s’est souvent fait mettre de côté de manière plus ou moins classe et injustifié (perte des titres, exil en Irlande, toussa) alors qu’il fut un bon administrateur du Royaume lors des phases de folies du Roi. Mais c’est sans compter Marguerite d’Anjou, femme de Henri VI pas vraiment des plus commodes, assez vénère que les York aient tué son amant William Somerset et désireuse que les Lancaster et son fils Edouard restent la lignée qui prévaut. Donc this Games of  Throne dure une trentaine d’années et tient plus de la chaise musicale que de la saga vraiment noble, tant le nombre de retournement de veste est important. Et tout ça pour quoi ? Pour que les Tudor raflent la mise en 1485 et installent leur dynastie (d’origine galloise d’ailleurs, big up) sur le trône pendant plus d’un siècle. Ironie j’écris ton nom !

Cette guerre n’en est encore qu’à mi-chemin dans le manga d’Aya KANNO mais elle laisse l’Angleterre à genoux tandis que le reste de l’Europe, elle, s’apprête à rentrer dans une époque qui a inspiré de nombreux mangakas : les Temps modernes !

Renaissance, réformes et révolutions : une période faste !

Cesare-tome-1-de-Fuyumi-SoryôAutant les Japonais lecteurs de mangas ont des trous parfois copieux dans l’Histoire européenne de César à Christophe Colomb, autant les 300 ans qui vont suivre ont le droit aux honneurs des mangakas avec pas moins de 8 titres qui traitent en majorité soit de la Renaissance Italienne, soit de la Révolution Française. C’est Cesare de Fuyumi SORYO qui lance le bal avec, justement, l’expédition de Christophe Colomb pour la découverte de l’Amérique (enfin, après les Viking finalement, mais bon). Il ne s’agit pas du tout du sujet central puisque c’est le destin de la famille Borgia qui est évoquée sur un peu plus de 10 tomes (11 à l’heure actuelle). Le fameux Cesare Borgia va croiser le chemin de quelques personnages illustres comme Léonard de Vinci, Machiavel qui s’inspirera de lui pour Le Prince, la famille de Médicis et son lien étroit avec Florence. Du point de vue historique Cesare met en lumière les guerres de pouvoir et les conflits armés qui ont lieu en Italie entre les cités influentes, l’Église et la France qui garde un œil là dessus.

Des luttes qui durent en fait depuis des centaines d’années, depuis la créations des Etats Pontificaux (cf Charlemagne, comme évoqué plus haut) et qui font souvenant intervenir des Etats extérieurs comme la France ou l’Espagne pour emporter la victoire. C’est assez intéressant de voir qu’après avoir été un Empire Romain et même en étant à la tête d’un Empire religieux, l’Italie en tant qu’Etat unifié devra attendre 1861. Et encore, ce sera sans Rome et Venise au départ et ils perdront Nice et la Savoie pour récupérer l’Italie du Nord alors sous coupe Autrichienne. Mais je m’égare là… J’en étais où ?
Ah oui, et donc, même si elle n’est pas unifiée, l’Italie est quand même le berceau de la fameuse Renaissance, et ça c’est classe.

renaissance

La dite Renaissance est, notamment, une période faste pour les arts et c’est ce qui est mis à l’honneur dans Arte, qui compte la vie d’une jeune aristocrate, Arte, qui rêve de devenir artiste peintre et aspire à entrer en apprentissage dans un des nombreux ateliers de la ville de Florence. Assez peu de lien historique dans la série qui utilise cette époque pour s’en attribuer l’ambiance, les décors et aussi sa misogynie, pour faire du destin d’Arte un combat personnel et prenant. Ça n’empêche pas à la série, grâce à des protagonistes réussis et, justement, les décors et les costumes, d’être une réussite.

couvent-des-damnes-1-glenatEntre la Renaissance et la Révolution, un titre s’est glissé il y a peu, et revient une troisième fois nous parler du Saint Empire Romain Germanique, à nouveau pour en faire un ennemi des plus cruels et le terreau d’une vengeance. Je vous parle là du Couvent des Damnés de Minoru TAKEYOSHI. Tout commence en 1549 dans le sud-ouest de l’Allemagne actuelle quand l’équivalent d’une Sage-Femme est accusée de Sorcellerie et qu’elle est brûlée vive après strangulation et autres tortures. Sa fille adoptive, la téméraire Ella, est confiée au Couvent du Partage des eaux.

Débute alors une vengeance qui sera longue et douloureuse, aussi bien sur un plan physique que psychologique dont on n’a pour l’instant lu que 3 tomes. Mais cela n’empêche pas que ce seinen porte avec lui un fond historique majeur, celui de la Réforme aussi connu sous le nom de Réforme protestante, et un fond culturel tout aussi important, celui de la Chasse aux sorcières qui a vécu son apogée au XVIe et XVIIe siècle. L’apparition du protestantisme et de toute une flopée de mouvement religieux à cette époque, comme l’Eglise Anglicane mis en place par les Tudor, est exprimée dans ce manga à travers la quête du Salut de l’âme et la peur la damnation qui justifie un peu tout, le pire comme le… encore plus pire.

En fait, depuis le XIVe siècle il y a eu la grande peste qui a changé pas mal de chose y compris dans les esprits. Les fidèles vivent dans la crainte de la damnation éternelle et tout est alors bon pour éviter trop d’années de Purgatoire pour payer tes péchés, avant de rejoindre l’Eden. À la fin du XVe, le commerce des indulgences est un moyen de plus en plus en vogue pour réduire le nombre des années passées par une âme au purgatoire après sa mort. Ces indulgences sont la rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue, en raison d’un péché pardonné. Au départ l’indulgence était obtenue en contrepartie d’un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification) puis les dons à l’Église ont pris le dessus au cours du temps, créant un commerce lucratif qui va jeter l’opprobre sur le pouvoir religieux que l’on dit corrompu et mercantile.

À côté de ça, il ne faut pas oublier que la Bible est proclamée en latin lors des messes, et donc accessible aux fidèles qu’à travers les commentaires des clercs, ce qui engendre perte de sens, interprétations douteuses, etc. Difficile d’avoir la foi dans ces conditions. De tout ça découlera, très progressivement, l’apparition de cette Réforme mais aussi une surenchère des idéologies partout en Europe et des obsessions aussi loufoques que populaires dans certaines contrées. Parmi celles-ci il y a l’idée d’un complot anti-chrétien par des assemblées et sectes de sorcières et sorciers, qui remplace pour un temps les Juifs ou encore les lépreux comme  bouc-émissaires. En période de doute, vive les extrêmes et le théories fumeuses… ça ne vous rappelle rien ? ^^;

innocent tome 1Si le Couvent des Damnés évoque donc cette période obscure de l’Histoire, il est le seul à évoquer ce passage XVIe – XVIIe car les prochains mangas prennent racine dans l’époque pré-révolutionnaire, dans les décennies 1760-1770. Innocent, La Rose de Versailles, Le 3e Gedeon ou Joséphine Impératrice mettent en place la destinée de leur héros avant que la France puis l’Europe n’explose face à la Révolution Française. Comme nous avons tous mangé cette Révolution à toutes les sauces, je n’ai pas forcément envie de vous en refaire le déroulé mais on voit bien que les mangakas aiment y mêler grandeur et décadence ainsi que le combat d’une noblesse, souvent à deux visages, contre un peuple assez violent car au bout du rouleau.

Même si le 3e Gédéon est un peu à part dans le sens où il situe l’action aussi bien du côté peuple (voir plus même) que du côté noble, les 3 autres placent leur intrigue au sein du pouvoir en place, remettant souvent en question le manichéisme des méchants nobles contre le pauvre peuple. Le faste et magnificence de la noblesse les fascine (nous aussi remarquez, on ne manque pas de films et séries sur cette grandeur révolue) et donc, forcément, tout ceci ne donne pas forcément envie aux mangakas de jeter Versailles aux flammes ou d’en classer les habitants du côté obscur de la force.

C’est d’ailleurs toute cet élan romantico-dramatique que l’on retrouve dans les mangas évoquant le 19e siècle comme Emma et Les Misérables, même si elles se mêlent là aussi à des faits historiques ou des réalités sociétales comme la misère du peuple dans ce siècle de conflit assez généralisé. On retrouve aussi des personnages célèbres en fond, comme la Reine Victoria et Napoléon Bonaparte, la guerre de Crimée ou l’évolution de la Médecine dans l’excellent Ghost and Lady. Mais je préfère garder cette époque pour un autre article, car celui-ci est déjà suffisamment volumineux et parce que mon ignorance sur le 19e siècle découle aussi d’un intérêt assez limité pour les débuts de l’ère industrielle. Peut-être plus tard qui sait ?

   Ghost and lady

 

Le manga, ce véhicule culturel qu’il est bien pour la conduire…

Comme vous venez de le voir, en lisant des mangas, on en vient à en apprendre beaucoup, pour peu que l’on pousse un peu les recherches. Si tout n’est pas traité, il y a désormais beaucoup à découvrir.

En présentant des personnages clés de l’Histoire, en inventant des destinées dans une temporalité bien choisie ou enfin en utilisant des Empires comme l’ennemi cruel à abattre, les mangakas puisent dans notre passé avec joie. Ils en tirent un certain exotisme si on regarde ça avec l’œil lointain du lecteur japonais, de la même façon que certains d’entre-nous pourront se passionner pour l’histoire du Japon à travers des mangas, des films ou des romans. Donc si comme moi vous n’avez pas forcément briller pendant vos cours d’histoire, changez la donne et laissez-vous allez à un peu de curiosité en faisant ce que vous savez faire de mieux : lire des mangas !

 

 

Compléments d’info…

Cet article n’aurait pas pu se faire sans de nombreuses sources forcément, à base de fiche wikipédia, de vidéo bien faites et de quelques bouquins que voici :

Histoire de l’Europe, une série de vidéo qui donnent les grandes lignes, c’est une très bonne base même s’il y a quelques approximations.

Histoire rapido du 1er Reich, fait avec humour ne plus

L’histoire du monde, mais vue du point de vue du Climat.

Ensuite  je vous conseille de partir de ce point là pour Wikipédia et de picorer dans ce qui vous intéresse. Enfin, au-delà de quelques séries télés comme Viking, les Tudor, The Crown, etc, je vous conseille aussi deux bouquins en anglais, parce que c’est les deux seuls que j’ai et que forcément je me la pète grave avec mais aussi (et surtout), parce qu’il m’ont tapé dans l’œil lors de mes récurrentes balades dans les libraires là bas :

Remember, Remember de Judy Parkinson qui est super facile à lire et trace, à chaque fois en moins d’une page, les événements et personnages clés de l’histoire de l’Angleterre, des Romains à la fin du XXe siècle.

The War of the Roses de Trevor Royle : plus dense déjà mais passionnant, qui parle de l’Angleterre et surtout des rois anglais pendant toute la période clé Guerre de Cent Ans – Guerre des Roses jusqu’à l’arrivée des Tudor. Rien que pour l’épopée de Jeanne d’Arc racontée avec le pragmatisme Anglais, ça vaut le coup.

 Remember  War of the roses 


juillet 5th, 2017
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Interview éditeur – Pika Edition : stabilisation & évolutions

⊆ juin 5th, 2017 | ≡ Topic: Articles, Interview, Interview éditeur, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

En ce début juin, il était temps d’achever les interviews bilan 2016, et c’est avec Pika que l’on referme le bal. Entre le rachat de nobi nobi !, la relance de Pika Graphic et toujours autant de publications au catalogue des éditions Pika, il y avait forcément de quoi parler. Pour discuter stratégie éditoriale et une vue d’ensemble c’est une nouvelle invitée qui a répondu aux questions du chocobo : Virginie DAUDIN CLAVAUD. Qui est-elle et qu’est-ce qu’elle peut nous dire de beau sur Pika en 2016 et 2017 ? Pour le savoir en route pour l’interview !

Bonne lecture 😉

Pika 2016-2017

2016, une année de réflexion

Virginie Daudin-Clavaud

Virginie Daudin-Clavaud – Photo ActuaLitté, CC BY 2.0

Bonjour Virginie DAUDIN CLAVAUD, et merci pour votre temps… Pour vous présenter rapidement aux lecteurs : vous êtes, si je ne me trompe pas Directrice Générale Déléguée de Pika Edition depuis quasiment une décennie. Mais concrètement à quoi correspond ce poste, quel est votre travail au jour le jour ?

Alors dans le titre du poste le mot délégué est dû aux statuts de la société Pika donc on peut le résumer à une fonction de Directrice Générale. Mon rôle au quotidien est donc de diriger cette petite maison est de manager une équipe de 17 personnes, puis d’élaborer la stratégie éditoriale de la maison avec mes directeurs éditoriaux que sont Medhi Benrabah, Pierre Alain Dufour et Olivier Pacciani, et de m’assurer qu’elle est mise en oeuvre.

Venons-en à notre sujet du jour : le bilan pour le marché du manga en 2016 en France. L’année a été assez chargée pour Pika Edition : changement de directeur éditorial (fin 2015), incorporation de nobi nobi ! en avril, le renouveau de la collection Pika Graphic… Globalement quel bilan titrez-vous de cette année 2016 pour les éditions Pika ?

Pour Pika, 2016 est une année de stabilisation et de lancements de projets que nous allons développer en 2017. Nous avons stabilisé notre position sur le marché par rapport à l’année 2015, car il faut bien se souvenir que, entre 2014 et 2015, nous avions beaucoup progressé en terme d’activité et de chiffre d’affaires, grâce notamment au développement de l’Attaque des Titans. Sur les deux ans, de 2014 à 2016, c’est donc une progression dont on peut tout à fait se satisfaire. Bien évidemment l’Attaque des Titans, arrivant à un nombre de volume plus avancé, voient ses ventes se stabiliser en 2016.

En 2016 nous nous sommes donc posés, nous avons réfléchi à ce que nous pouvions faire, à comment innover. Vous parliez par exemple de Pika Graphic, on peut y ajouter Pika Roman, qui est une activité complémentaire sur laquelle nous nous sommes lancés en parallèle et sur laquelle nous voulions aussi aller. Avec nobi nobi ! cela fait donc trois labels que nous souhaitons faire monter en puissance en 2017 après en avoir semé les graines l’année dernière.

Si je prend l’exemple de Pika Graphic : je ne sais pas si vous vous souvenez du Salon du Livre 2014, nous avions réalisé une entrée en matière un peu atypique en couleur avec Au Gré du Vent de Golo Zhao, un auteur chinois qui représente la vocation de Pika Graphic, tournée vers l’Asie. En 2017, le label prend maintenant toute son ampleur avec l’arrivée de mangakas japonais comme Satoshi KON et Minetaro MOCHIZUKI.

 Pika Graphic-Fossiles De Reves  Dragon Head

Est-ce que cette collection Pika Graphic sera majoritairement japonaise d’ailleurs ?

Oui il y aura une prédominance du Japon, c’est évident car c’est notre cœur de métier et qu’il y a de nombreux auteurs que nous aimerions faire connaître au public, mais nous restons ouverts sur les pays asiatiques avec des titres de Chine mais aussi de Corée, comme c’est le cas avec Priest par exemple, qui est un titre coréen.

La Corée justement : le nombre de manhwa paru en France est extrêmement faible en 2016, une dizaine environ contre une trentaine de bandes dessinées chinoises. Pourquoi si peu et quel potentiel pour le manhwa en France selon-vous ?

Personnellement je pense qu’il y a vraiment un énorme potentiel. Je suis allée en Corée et j’ai rencontré des auteurs avec un talent incroyable. Ils ont vraiment des choses à raconter. De plus, ils ont une culture très importante de la bande-dessinée : ils sont imprégnés du manga et de la bande dessinée française et sont très ouverts à la bande dessinée européenne.

Ce qui est très difficile maintenant c’est de franchir le pas entre ce qu’ils proposent – leur volonté de créer – et ce que l’on peut faire en France. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en Corée la bande dessinée n’est plus vendue au format papier, le format webcomic a pris le dessus. Ce n’est plus le même média, le même format, et c’est là que cela devient plus compliqué pour nous car le webcomic n’a pas pris en France et n’a pas du tout la même ampleur qu’en Corée. Donc nous allons prendre le temps pour essayer de développer un rapport de création avec eux, car il y a vraiment des talents extraordinaires et ils ont tout à fait leur place en France. Il faut juste prendre le temps pour mettre ça en place.

Priest

Puisque l’on parle de numérique, nous fêtions en mars les deux ans de votre offre simulpub sur l’Attaque des Titans… Dans le numérique, l’offre s’est élargie pour ce qui est du manga mais le constat global est que les ventes ne suivent pas forcément. Chez Pika, est-ce le même constat ?

Si nous remontons au début du numérique chez nous c’est encore plus loin, cela remonte à 2012… Merci de me rappeler à quel point le temps passe vite ! (Rires)

Mais sinon, oui, nous faisons le même constat, le marché n’a pas vraiment décollé d’une manière générale et sur le manga les ventes ne décollent pas du tout. Nous continuons de développer notre offre malgré tout, parce que s’il n’y pas d’offre, il ne peut pas y avoir de marché, mais sans résultat pour le moment.

pika-simulpub

Pour donner un ordre d’idée de l’état du marché, avez-vous des chiffres ?

Pas vraiment et il y en assez peu de disponibles d’ailleurs. Mais les ventes des livres en numérique représenteraient 6% des ventes globales, dues essentiellement à la littérature dite de genre. Sur le cas du manga manga on se situe de l’ordre de 1% seulement.

A quoi peut-on l’imputer ?

Sur le manga et la bande dessinée je dirai qu’il y a d’abord un problème de relais : il y a très peu de plate-formes spécialisées dans ce domaine. Nos livres sont accessibles chez des grands généralistes, noyés dans une offre énorme. Aujourd’hui nos revendeurs principaux sont Amazon, Google et Apple et rien ne permet chez eux au manga d’émerger et d’aller chercher le lecteur, contrairement à d’autres pays où cela a été mis en place. Par exemple au Japon, le numérique est en train de décoller mais c’est parce qu’il y a un grand nombre de plate-formes manga qui ont été mis en place voir même des plate-formes spécialisées dans un segment du manga, avec une dédiée au shôjo par exemple. Donc voilà, déjà, nous n’avons pas ce relais là.

C’est peut-être aussi parce qu’il n’y a pas de marché… mais là on tombe dans un cercle vicieux.

Pas de marché, donc pas d’offre, donc pas de marché…

Voilà.

Ensuite je pense qu’il y a aussi une résistance très franco-française qui fait que le papier reste le support le plus apprécié de nos lecteurs. Cela dit je trouve qu’il y a une évolution, pas dans les achats mais dans les avis des lecteurs, qui constatent l’intérêt d’avoir du numérique et une bibliothèque virtuelle plus grande que la bibliothèque physique. Mais nous sommes encore loin de pouvoir emprunter des mangas en numérique dans un CDI ou une bibliothèque, ce n’est pas encore du tout accessible.

Enfin, il y a aussi une barrière de prix. Je pense que psychologiquement cela reste encore perçu comme quelque chose d’assez élevé… Et nous avons toujours le sujet de la concurrence avec l’accès gratuit aux versions piratées.

Mais à mon avis, un jour ou l’autre, ce secteur finira par prendre un peu plus de poids. Ne serait-ce que parce que l’accès aux tablettes se démocratise, dès le plus jeune âge…

Et se généralise petit à petit, également, dans les établissements scolaires.

Exactement.

Après Pika Graphic et le numérique, parlons de nobi nobi !, qui a rejoint votre catalogue il y a presqu’un an maintenant. Quel était le but de ce rapprochement ?

Nobi nobi ! était une jeune et petite maison d’édition arrivée à un moment de sa vie où, pour grandir, elle avait besoin de s’appuyer sur une structure un peu plus importante pour l’aider à se développer. À ce moment-là ,moi, je cherchais également à développer le segment jeunesse de mon catalogue. J’ai trouvé que l’offre de nobi nobi ! était complémentaire à celle de Pika et j’ai été séduite par la qualité de leur catalogue et par la capacité de Pierre-Alain et Olivier à aller détecter les séries pour un jeune public.

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Pierre-Alain Dufour et Olivier Pacciani, fondateurs de nobi nobi !

C’est comme ça que l’association et le rachat se sont faits, dans l’envie aussi de développer une collection plus familiale, destinée à la jeunesse mais pas uniquement, ceci tout en continuant de développer la partie album du catalogue pour défendre et mettre en avant des grands noms des auteurs jeunesse en France. Tout cela nous permet ainsi d’aller chercher un public que l’on ne touchait pas beaucoup, plus large, jeune et familial.

Même sans nobi nobi !, il y a plus de 200 sorties Pika en 2016, ce qui en fait l’un des plus gros pourvoyeurs de manga l’an passé. Pourquoi une offre aussi importante ?

En fait nous ne réfléchissons pas forcément en terme de nombre de sorties sur l’année. Nous avons d’abord un historique, un bagage qui fait que nous avons un catalogue de séries à poursuivre, ce qui nous donne un nombre de nouveautés minimum chaque année, en fonction du nombre de tomes parus pour ces séries. De plus, en nombre de lancement par an, nous ne sommes pas forcément beaucoup plus élevés que nos concurrents : nous lançons entre une et deux séries par mois.

Après c’est vrai que nous avons toujours été généralistes et que nous sommes présents sur tous les segments du marché du manga en France, qui est le reflet du marché japonais de toute façon. Je ne sais pas exactement combien de nouveautés sortent chaque année au Japon mais c’est certainement colossal vu que le marché japonais est environ 50 fois plus important que le notre. Notre métier c’est d’être, le plus possible, le promoteur des séries de qualité qui sortent au Japon… Et il y en a beaucoup ! (Rires)

Avec 15 à 20 sorties chaque mois, comment défendre et donner de la visibilité à tout le monde dans un marché qui est bien rempli ? Comment gérer tout ça ?

J’ai d’abord une super équipe ! (Rires)

Oui je réalise que 17 personnes c’est assez important d’ailleurs, c’est un mix de personnes venant de chez Pika et de chez Hachette ?

Dix-sept personnes c’est vraiment le fonctionnement d’une maison d’édition et ils sont à 100% chez Pika. Seuls les supports administratifs viennent de chez Hachette, c’est à dire la comptabilité, les ressources humaines et la logistique.

Hachette Livre

Pika, une des étoiles de la galaxie Hachette Livre

Ces dix-sept personnes vont donc de la fabrication à l’édition, sans oublier ma super équipe marketing et communication !

Que l’on salue, évidemment ! Et donc, pour revenir à la question initiale, comment gérer un tel volume de sorties ?

Alors c’est vrai que le lancement est un moment très important dans la vie d’une série, et nous y attachons beaucoup d’importance, mais nous avons aussi à cœur de soutenir les séries sur la longueur. Je ne dis pas que l’on va jusqu’au volume 30, mais en général nous les soutenons au moins sur les 5 premiers volumes et sur certaines c’est une promotion non-stop, sur toute la vie de la série.

Mais c’est vrai, et je peux le dire en toute transparence, c’est une question que nous nous posons de manière permanente : comment donner de la visibilité à des œuvres dans un marché dont le nombre de nouveautés reste croissant ? Chez le libraire, la concurrence est donc d’autant plus rude au moment de la sortie… Cela fait partie de notre métier d’éditeur, de composer avec cette difficulté.

Le bilan par série

Calendrier Fairy TailPassons maintenant au bilan 2016 par série : quelles sont celles qui ont agréablement surpris ou qui ont tout simplement remplis leurs objectifs ?

Clairement, 2016 a été une année Fairy Tail, qui a fêté ses 10 ans au Japon et que nous avons aussi célébré en France avec la venue de Hiro MASHIMA. Les sorties qui ont bien marché sont donc d’abord les spin-off de Fairy Tail, notamment Fairy Tail Zero qui s’est vendu au même niveau qu’un volume de la série originale… Ce qui se justifie totalement de toute façon puisque c’est un peu un volume 0 de la série et qu’il a été scénarisé par Hiro MASHIMA. Donc voilà nous sommes assez contents de cette année Fairy Tail, que ce soit pour les spin-off ou la série principale.

Pour la série principale, des chiffres de vente évoquent une baisse de 5-10% du volume…

Oui cela reste une érosion naturelle pour une série qui possède un tel nombre de tomes mais il faut aussi regarder le recrutement de nouveaux lecteurs et sur ce plan là tout s’est bien passé en 2016.

L’autre bonne nouvelle, même si c’était attendu car il s’agit d’un anniversaire, ce sont les scores de Dreamland. Nous savions que ça allait bien se passer mais nous ne doutions pas que ce serait à ce niveau-là. Il y a deux volumes sortis en 2016, les volumes 15 & 16, et leurs ventes étaient au-dessus des 20 000 exemplaires, supérieurs à ceux attendus. L’effet anniversaire a également eu un effet amplificateur global sur la série car nous avons recruté deux fois plus que les années précédentes, alors que la série marchait bien déjà.

C’est vraiment une bonne nouvelle pour ces deux séries qui se sont d’ailleurs croisées avec une belle rencontre entre les deux auteurs sur la scène de Japan Expo. C’était un très beau moment et ça symbolise quelque chose à nos yeux.

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Quid des autres titres ?

Nous sommes plutôt satisfaits sur nos autres sorties shônen. Ce ne sont pas des gros scores comme ceux de nos concurrents mais cela reste correct : il y a Akatatsuki mais aussi Love and lies sorti en fin d’année qui prend de l’ampleur et bénéficie d’un bon bouche à oreille.

Les déceptions sont plus sur la partie seinen, notamment la partie survival avec les lancements de Green World Z et Dolly Kill Kill.

Ah c’est un chouette titre pourtant Dolly Kill Kill, en trois ou quatre tomes, il y a eu de jolies choses qui se mettent en place…

Tout à fait. Nous étions convaincu que la série avait de quoi faire un carton, avec des scènes d’actions hyper dynamiques… Mais malheureusement non, en tout cas pour le moment !

Green World Z se serait vendu aux alentours de 10 000 exemplaires écoulés sur le tome 1, les ventes de Dolly Kill Kill sont de quel ordre ?

Sur Dolly Kill Kill on est aujourd’hui à 6 000 exemplaires du tome 1 mais il est sorti en octobre alors que Green Worldz est sorti en juin de l’année dernière.

Avec ces deux déceptions 2016 sur ce créneau, vous avez prévu de réduire la voilure en 2017-2018 pour le survival ?

Disons que, effectivement, ça nous amène à réfléchir sur l’acquisition d’un nouveau titre sur ce segment-là, et à regarder les candidats de très près.

2017 : année compliquée mais pleine d’enthousiasme !

Pour finir, passons à 2017. Comment démarre l’année en terme de ventes pour Pika ?

Le début de l’année nous surprend un peu. En janvier il y a eu vrai coup de frein sur le marché du livre. Sur le manga c’est moins visible car le marché était sur une très belle dynamique des ventes mais il stagne désormais depuis décembre. Les raisons sont pour le moment que les lecteurs sont moins présents en librairie. Donc on attend et on espère que le marché va reprendre.

En ce qui nous concerne nous suivons pas mal le marché et nous constatons des mois de janvier et février plus mornes. Après nous avons de toute façon un programme 2017 qui est plutôt devant nous, donc nous restons optimistes ! (Rires)

Qu’est-ce qu’il y a au programme justement ?

Sur nos séries en cours, nous avons un mois d’avril qui met l’accent sur l’Attaque des Titans. Nous avons déjà sortis l’Attaque des Titans Lost Girls et nous allons faire une opération en magasin sur l’Attaque des Titans à l’occasion de l’arrivée de la seconde saison.

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En terme de nouveautés nous avons trois gros lancements cette année : le nouveau Yoshitoki OIMA, jeune auteure talentueuse qui s’est fait connaître en France grâce à A Silent Voice. Son nouveau titre se nomme To Your Eternity. Nous l’avons d’abord lancé en simulpub et il est arrivé dans les rayons le 19 avril. C’est un de nos gros coups de cœur. (NDLR : coup de coeur du chocobo aussi, regardez ici !)

Brigades immunitaires tome 1Nous avons ensuite un shônen prévu le 31 mai : Les Brigades Immunitaires d’Akane SHIMIZU, également une jeune femme au dessin et au scénario et qui a été primé au Japon…

Savez-vous quel prix ? Car il y en a tellement !

Plébiscitée au Japon, elle s’est notamment hissée à la septième place du top 50 des mangas pour garçons de l’édition 2016 de Kono Manga ga Sugoi! (classement établi par des professionnels du manga et des libraires) et à la seconde place du top 15 des mangas recommandés pour l’année 2016 par deux-mille libraires dévoilé par le site Honyaclub.

Ok, et ça parle de quoi ?

Dans cette histoire, on suit un duo : lui est un globule blanc et elle un globule rouge et ils ont fort à faire – et ils ne sont pas seuls – pour détruire les bactéries et les virus ! Ça vous rappelle sans doute quelque chose…

Il était une fois la vie bien sûr !

Voilà, c’est Il était une fois la vie en shônen. C’est très enlevé, c’est très bien documenté en plus. Se divertir et apprendre en même temps, c’est l’idéal.

Il y a enfin un dernier titre en octobre mais il est encore un peu tôt pour vous en parler.

Un-coin-de-ciel-bleu-1Enfin, comme évoqué précédemment, il y a cette montée en puissance dans le secteur de la jeunesse avec nobi nobi !. Nous aurons cinq nouveautés cette année, des séries tous publics. La première est Flying Witch, un titre qui pouvant être lu par des petits comme des grands. C’est de toute façon notre volonté de faire de nobi nobi ! un label qui garantit que, dans ces mangas, il n’y aura pas de violence, pas de sexe ou d’ambiguïté… C’est divertissant, plutôt positif, ce sont des titres soft-shônen et soft-shôjo si l’on peut dire (NDLR : le chocobo vous conseille vivement Un coin de ciel bleu aussi, ci-contre, et vous en parle ici). Cela nous permet aussi, par cette ligne, de séduire Disney qui a apprécié le catalogue nobi nobi ! C’est ainsi que l’un des autres lancements de l’année est le manga du film La Belle et la Bête.

Et enfin on continuera de développer Pika Graphic, qui s’adresse donc aux adultes et jeunes adultes, avec une dizaine de nouveautés dans l’année.

Dernière question : qu’est-ce que l’on peut souhaiter à Pika pour 2017 ?

De pouvoir continuer à proposer des nouveautés à des publics différents, des titres très variés et montrer que le manga n’est pas cantonné à un style et qu’il y a de tout pour tous les goûts ! C’est ce qui nous tient le plus à coeur en tant qu’éditeur : montrer cette diversité et soutenir les nombreux talents.

C’est parfait comme mot de la fin. Merci Virgine !

Merci à vous !

Vous pouvez retrouver Pika Edition sur leur site internet, ou les suivre sur Twitter et Facebook.

Remerciements à Virginie DAUDIN CLAVAUD pour son temps et sa bonne humeur, ainsi qu’à Clarisse LANGLET pour la mise en place de cette interview.


juin 5th, 2017
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[Manga] Chronique ta PAL : des nouveautés comme s’il en pleuvait !

⊆ mai 14th, 2017 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Le soleil a beau être en place depuis quelques semaines, c’est une pluie de nouvelles séries qui se propage jusqu’à ma pile de lecture. Déjà que j’étais en retard sur mars, les nombreuses sorties d’avril et celles à venir de mai m’ont décidé à m’y remettre, d’autant que vous me demandez de manière récurrente des petits avis pour vous lancer sur des nouveautés. Sur une inspiration de l’amie Gensensha, je me lance donc dans cet article évolutif, qui se remplira de chroniques jusqu’à la fin mai, voir au-delà, le temps que la PAL des nouveautés reprenne des proportions décentes. Toute nouvelle série qui n’a pas dépassé le tome 3, qui me tombe dans les mains d’ici là et qui sort du lot est donc destinée à ces chroniques !

PAL Manga Mai Paoru

Episode 2, le 14/05 : en cette mi-mai, il y a toujours des très bonnes choses à se mettre sous la dent. Ma PAL de nouveauté manga commence à reprendre forme humaine mais il y a encore beaucoup de bonnes choses à partager avec vous… En route pour 5 chroniques de nouveautés mangas ! Au programme : du bucolique en couleur avec un Coin de Ciel Bleu, la version manga de l’addictif Re : Zero, puis No GUNS LIFE, l’histoire de ce mec à tête de flingue entre City Hunter et Sin City. On termine avec deux beaux ouvrages issus de la collection Pika Graphic : le précieux recueil de nouvelles de Satoshi KON, Fossiles de rêves et enfin Musuem, ce thriller humide et inquiétant.

Un coin de ciel bleu

Un Coin de Ciel Bleu de TAKAMICHI – tome 1 chez nobi nobi ! : C’est la seconde fois que je vous parle de TAKAMICHI dans ces colonnes et c’est à nouveau pour en dire beaucoup de bien. Après Dédale, un manga d’aventure très enthousiasmant en deux volumes ( tout il est bien expliqué ici ), voici un changement complet d’univers et de format. Un-coin-de-ciel-bleu-1Premier tome d’une trilogie en couleur, Un coin de ciel bleu nous emmène à Aobato, un coin tranquille sur l’une des côtes du Japon (muarf, sacré moi, c’est tellement précis comme info ça, « une côte du Japon » !). Y vivent Haruka, Yuki et Misaki, trois amies inséparables, aux personnalités bien différentes. Balades en bord de mer, festivals d’été, découverte de la nature, chasse au hamster où énigme sur une paire de chaussettes, le quotidien de ces trois demoiselles ne manquent pas d’entrain et d’amusement !

En bref, voici donc un titre qui porte très bien son nom et dont la couleur apporte une réelle valeur ajoutée, grâce à un super mélange entre des tons tantôt pop, tantôt pastels. A mi-chemin entre un graphisme d’anime et le soin d’un recueil d’illustrations Un Coin de Ciel bleu est un plaisir des yeux et un moment de détente et de rigolade. Contées sous la forme de mini-récit qui font de 5 à 10 pages, les aventures des 3 jeunes filles sont toujours souriantes et bien ficelées, avec un sens de la chute voir du running gag qui vous donnera envie de partager ces petits moments loufoques avec vos amis : « lis ça tu vas voir, à un moment y a un pigeon qui fait ça, j’étais mort de rire« . Dans la lignée de la nouvelle collection de manga nobi nobi !, comme le manga de Flying Witch d’ailleurs, Un Coin de Ciel bleu est une histoire en tranches de vie légères et funs que l’on se peut passer de main en main, y compris aux néophytes du manga grâce à son sens de lecture français et à ses nombreux bonus en fin d’ouvrages sur les personnages, les faits culturels, etc. Pour partager manga & bonne humeur quoi !

Re : Zero Manga

Re : Zero, Re : life in a different world from zero de Daichi MATSUE & Tappeu NAGATSUKI (entre autres) – tomes 1 & 2 chez Ototo : Même si je me suis revenu à la japanime depuis 1 an, je reste assez sélectif et Re: Zero chez Crunchyroll fait partie des 2 – 3 séries que j’ai suivi sur plus d’une demi-saison. N’ayant pas été jusqu’au bout de l’anime pour autant, j’avais hâte de lire le manga pour revivre cette aventure au scénario ingénieux qui mélange boucles temporelles, personnages attachants et univers RPG.

Tout commence lorsque Subaru Natsuki, lycéen ordinaire, est transporté dans un autre monde, dont les codes du RPG à la FFIX nous mettent rapidement dans l’ambiance. Le seul soucis, pour Subaru, c’est que personne ne l’attend à l’arrivée et qu’il n’a pas gagné de pouvoir particulier à son arrivée dans cette nouvelle réalité. Il se fait même attaquer par des bandits et finit en mauvaise posture, mais il est sauvé par une belle et mystérieuse jeune femme, une semi-elfe, qu’il décide d’accompagner pour l’aider dans sa quête, et ainsi la remercier. Sauf qu’il échoue. Et qu’il meurt.

Tout commence lorsque Subaru Natsuki, lycéen ordinaire, est transporté dans un autre monde, dont les codes du RPG à la FFIX nous mettent rapidement dans… Oh mais attend ça me rappelle quelque chose ça !

Et oui, vous l’aurez peut-être compris, retour à la case départ pour Subaru qui se retrouve projeté au même moment et au même endroit, en pleine forme alors qu’il venait juste de se faire littéralement étriper par une sorcière aussi sadique que puissante. Ayant un minimum de suite dans les idées, Subaru part à la recherche de la demoiselle elfique pour l’aider, mais il est le seul à avoir fait ce bond dans le temps et sa seconde première journée dans ce monde ne va pas se dérouler aussi bien qu’il espérait. Il meurt à nouveau, une fois, puis une seconde, etc. Rien à faire, impossible d’éviter à ses nouvelles connaissances de et à lui-même de mourir dans de sanglantes circonstances.

À moins que…

Re : Zero - Le duel, souvent fatidique, du premier arc. © Daichi Matsuse2014 ©Tappei Nagatsuki2014 KADOKAWA CORPORATION

Re : Zero – Le duel, souvent fatidique, du premier arc. © Daichi Matsuse 2014 ©Tappei Nagatsuki 2014 KADOKAWA CORPORATION

Scénario et mise en scène sont donc les premières armes de cette série, et elles sont parfaitement valorisées dans ces deux premiers volumes. Il y a encore moins de temps mort que dans l’anime et les deux premiers tomes, qui constituent le premier arc de l’histoire, se lisent d’une traite. Les 5-6 personnages que l’on découvre dans les premiers chapitres sont bien travaillés et facilement identifiables  : l’humain qui débarque, la voleuse maligne et pleine d’énergie, l’héroïne semi-elfe, le mec balèze mais avec un bon fond, le chevalier qui brille de milles feux et la magicienne en décolleté à l’âme des plus noires. Entre ça et l’univers RPG on se sent tout de suite à la maison, et le bon scénario fait le reste. Essayez-le (un extrait ici, si vous voulez), et vous verrez, c’est addictif !

no-guns-life-illustration_manga

No Guns Life, l’illustration bien classe et sexy

NO GUNS LIFE de Tasuku KARASUMA – tomes 2 & 3 chez Kana : J’ai été intrigué dès le départ par l’histoire de cet agent de l’ombre à la tête de flingue, cet extend comme on l’appelle dans la série, qui se charge de résoudre et de régler les crimes de ceux qui ont, comme lui, été transformé en hybride. Depuis la grande guerre – qui demeure encore un mystère, pour le moment – une gigantesque No Guns Life 3multinationale règne en maître sur la ville et Jûzô, c’est le nom de notre homme, doit gérer des extends qui deviennent fous voir meurtriers, mais qui se révèlent bien souvent victimes de la société dont le pouvoir et les ramifications semblent sans limite.

Alors que les humains « normaux » rejettent pour la plupart leurs congénères modifiés, les parquant dans les bas fonds de la ville, Jûzô est une vraie lanterne dans la nuit et son sens de la justice le rend de plus en plus charismatique au fil des pages : c’est qu’il en impose avec son énorme flingue, son look de bad boy en imper et sa détermination sans faille ! Ce vrai lonesome cowboy est d’une fidélité remarquable à ses clients, surtout dans ce monde pourri jusqu’au trognon : un vrai Ryô Saeba en somme. Différence à noter entre les deux chasseurs de primes : Jûzô est assez maladroit devant la gente féminine, d’autant qu’il est entouré de femmes aussi séduisantes que complexes, à la psychologie très bien travaillée. Loin de n’être que de simple faire-valoir elles tissent des liens très intéressants avec Jûzô, l’occasion d’ajouter pas mal d’humour avec un Jûzô souvent… désarmé !

Enfin, NO GUNS LIFE est aussi un superbe seinen d’action avec des phases de bastons cybernético-martiales très bien pensées et chorégraphiées, et avec des planches très impactantes, des angles de vues dynamiques et conférant aux personnages beaucoup de classe et d’envergure… Quand le mode berserk de Jûzô s’enclenche pour la première fois dans le tome 3, c’est juste noël pour les amateurs de bonnes bastons, de flingues et d’uppercut. Bref, cherchez pas, le nouveau manga badass, c’est NO GUNS LIFE !

fossiles de reves

Fossiles de rêves de Satoshi KON – Recueil one-shot chez Pika : On connait tous Satoshi KON pour ses animes mais c’est la seconde fois que je suis embarqué par ses récits sur papier, après Opus que j’avais déjà évoqué avec vous à l’été 2013. Ici c’est au format de nouvelles que je savoure les histoires inédites de ce regretté mangaka, de son style graphique et narratif rétro et très ancré dans les années 80, très souvent comparé à Katsuhiro OTOMO d’ailleurs, non pas sans raison.

Le premier récit, Sculpture, en lecture ci-dessus, évoque une population ostracisée en raison de ses supers pouvoirs et qui va se voir traquée par les autres humains qui veulent les utiliser pour… Ah je ne vous en dis pas plus mais voilà, c’est cruel à souhait, très ironique aussi. D’ailleurs, et c’est une des façons de KON se détacher nettement d’OTOMO, par l’ironie et l’humour, Pika Graphic-Fossiles De Revesainsi que son attachement aux loosers et aux causes perdues. Le tout accouche de récits uniques, très humains. La main du mangaka aime bien inventer des destins incongrus et assez farceurs, comme lorsqu’il donne une seconde chance à une équipe de baseball d’atteindre le Koshien alors qu’elle est pleine de grandes gueules et de rebelles qui n’ont absolument rien des héros qui volent vers la gloire et la victoire. Mais ils sont aussi plein de défauts que de bonne volonté, et leur capacité à tout faire PRESQUE tout échouer les rend attachants.

Autre coup du sort dans Les Kidnappeurs quand un sympathique voleur de camion vole celui d’un kidnappeur d’enfant – avec un enfant à bord forcément ! – ou dans  Les invités, quand une famille réalise son rêve de vivre dans une maison mais qu’elle s’obstine avec talent à ne pas voir les légions de fantômes qui y passent chaque jour.

Fossiles de rêves possède aussi la folie onirique si caractéristique de KON, car elle est pleine d’événements improbables, digne d’un autre plan d’existence, mais dont le lecteur ne cherche jamais à vérifier la cohérence tant les univers successif nous embarquent dans leur folie, qu’elle soit douce et légère comme le rodéo de dingue d’une petite mémé sur ton chariot d’hôpital ou plus froide et angoissante comme la tentative désespérée de deux ados pour détruire un centre de redressement très flippant. Un recueil de plus de 400 pages en grand format, le jour où vous aurez 22 euros, ça vaut le coup de se l’offrir !

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Museum de Ryôsuke TOMOE – tome 1 chez Pika : Autre titre de la collection Pika Graphic, une collection qui signe d’ailleurs une année 2017 de haute tenue, on se rapproche du niveau de Latitudes chez Ki-oon, pour peu que le catalogue s’étoffe encore un peu. D’ailleurs Museum, disponible au format classique ou dans ce grand format Pika Graphic gagne à être découvert dans cette seconde version. C’est certes plus onéreux (16 euros au lieu de 8) mais le nombre de chapitre est plus important – 13  contre 9 – y compris un chapitre bonus qui ne manque pas d’intérêt. Enfin c’est aussi le format qui a son importance car quoi de mieux pour s’immerger dans un thriller que de plonger dans un pavé de graaaandes pages avec des gros plans des plus intenses !

Mais je fais tout dans le désordre et je ne vous ai pas encore présenté cette histoire… Sur le site des éditions Pika voici ce que l’on nous dit : Une femme dévorée par des chiens, un homme découpé en petits morceaux… Une série de meurtres, un seul indice… une signature sur chaque scène, un petit message laconique, un verdict inscrit sur un papier. Le lieutenant Sawamura, secondé par le sergent Nishino, enquête mais manque cruellement de pistes. Et pour ne rien arranger, Sawamura n’arrive plus à joindre sa femme qui a quitté le domicile conjugal avec leur fils…

Voici aussi un extrait pour parfaire votre avis :

Un thriller palpitant au sein d’une police japonaise complètement dépassée et bureaucratique, et menée par un homme dont le mariage est parti en vrille à force de s’investir plus dans son boulot que dans famille. L’ambiance est donc des plus sombres et c’est une descente aux enfers très bien menée, très bien dosée aussi, qui attend le lieutenant Sawamura : le sens de chaque meurtre est étrange, le costume et les habitudes du meurtrier tout autant, les raisons derrière chaque crime forment un sac de nœud qui se démêlera tardivement, trop tardivement peut-être. L’homme grenouille qui se planque derrière les meurtres commence à dévoiler sa personnalité détraquée dans la seconde moitié de ce premier opus – on le déteste alors, complètement – mais son ego est au même niveau que l’organisation de son plan. Néanmoins, heureusement, ce dernier a des failles et Sawamura n’est pas un idiot. Mais que va-t-il pouvoir faire en ayant toujours un coup de retard et un système policier qui est un vrai boulet à son pied…

Ce premier pavé est donc un duel passionnant entre deux hommes pas très loin du bout du rouleau, et qui ont bien l’air décider à aller jusqu’au bout pour redonner un sens à leur vie. C’est diablement prenant !

Et voilà pour cette semaine ! La PAL contient encore 14 tomes donc il y a de bonnes chances qu’un nouvel épisode arrivent d’ici début juin. Et d’ici là, troisième et dernière interview éditeur sur le bilan manga 2016, avec une interlocutrice inédite au micro !

Dans les épisodes précédents…

Manga PAL Avril

Episode 1 : En cette fin avril, commençons avec 7 titres qui m’ont tapé dans l’œil. Il y a du fantastique et épouvante avec La petite Fille aux Allumettes, du MMORPG X Light novel avec Overlord, de la fantasy avec To your éternity, des émotions dans ton cœur à toi avec March comes in like a lion, un thriller ingénieux et haletant du nom de Man in the Window, de la mélancolie historique avec le Dernier envol du Papillon et enfin, en bonus, un one-shot BD avec Perséphone. Go go gooooo !

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La Petite Fille aux Allumettes de Sanami SUZUKI – tomes 1 & 2 chez Komikku : les visuels de couverture sont tentants : une ambiance sepia / crayonnée / vintage et une jeune fille dénuée de toute expression, beauuucoup plus fantomatique que la jeune danoise du conte  original dAndersen. Après avoir lu les deux premiers tomes du manga, sorti le 30 mars dernier, je confirme qu’il ne s’agit pas que de la couverture. Ce titre emprunte bien le visuel rétro des contes mais y ajoute deux éléments qui lui confère sa personnalité : un occultisme folklorique et un sens de la moralité souvent surprenant et assez savoureux, dans son côté arroseur arrosé. Pour éclairer vos lanternes, les deux premiers volumes sont des recueils de nouvelles où le personnage central est une vendeuse d’allumettes chimériques, du nom de Rin, qui vient donner vie à vos pensées  : « ce beau gosse m’énerve, j’ai envie qu’il schlingue comme la mort« , « elles mentent ! Je veux jeter un œil dans leur cœur !« , « je veux gagner sans faire le moindre effort« , « que quelqu’un parle à ma place et lui dise ses quatre vérités !« .

Autant de pulsions et de désir refoulés qui ne deviennent jamais réalité d’habitude, sauf si vous possédez la fameuse boite aux allumettes magiques et que vous vous laissez-aller à en craquer une. Chaque fois que le sort est jeté, la frustration disparaît : vous avez l’impression que le monde est devenu comme il devrait être, que vos problèmes ont disparu. Mais tel est pris qui croyait prendre et Sanami SUZUKI prend un malin plaisir à surprendre ses personnages par des conclusions très bien mises en scène : certaines sont surprenantes, d’autres sont des climax attendus, mais toutes sont un vrai plaisir à découvrir, à l’image des conclusions démoniaques (mais ici en plus soft) de certaines nouvelles d’Alfred Hitchcock ou d’Edgar Allan Poe.

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Néanmoins toutes les histoires ne sont pas pour autant lugubres et la dernière force de ces premiers chapitres est de proposer une alternance à la noirceur avec des récits pleins de tendresse et de poésie. Par exemple, en une quinzaine de page, le 10e chapitre conte une romance totalement improbable entre un rocher et une campanule : un joli moment qui surprend et touche par sa simplicité et sa justesse.

Si le recueil de nouvelles fantastiques n’est pas une première dans le monde du manga, il reste assez rare, et La Petite Fille aux Allumettes fait honneur au genre avec une identité graphique et scénaristique très séduisante. A 7.90€ le tome, 5 volumes déjà sortis au Japon et un rythme de deux itérations par an, voilà une série envoûtante que l’on pourra suivre tranquillement et sans se ruiner : à essayer !

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Overlord de Rugane MARUYAMA & Hugin MIYAMA (entre autres) – tomes 1 & 2 chez Ototo : En attendant le 3e tome de l’excellent Re: Monster, je ne boude pas mon plaisir à la lecture de Overlord, une adaptation de light novel qui nous place au sein d’un MMORPG où un joueur se retrouve coincé. Ce dernier y incarne un puissant guerrier du jeu mais cet univers vidéo-ludique doit un beau jour fermer ses portes… des deux cotés. Momongo, c’est son nom, nécromancien et maître de la guilde Ainz Ooal Gown a l’étrange surprise de se retrouver coincé dans le jeu, sans panneau de commande, et doit commencer à y vivre. Bien qu’il ait conservé ses pouvoirs, l’homme est cependant méfiant et patient : il a conscience de l’opportunité qui vient de lui être offerte, celle de devenir le plus puissant guerrier d’un monde tout ce qu’il y a de plus réel !

Après avoir pris ses marques dans le volume 1 et établi sa stratégie, il décide de sortir de sa forteresse dans ce second tomeet commence à mettre en place son plan : voilà quelqu’un d’intelligent et de méthodique, ça change un peu des têtes brûlées habituelles. Je ne sais pas si vous vous êtes demandés un jour ce que vous feriez si vous aviez une telle opportunité mais j’avoue que je m’y prendrai de la même façon, et c’est donc assez jouissif de voir où tout ceci va nous mener ! Tel un vrai joueur d’échec, Momongo a bien compris qu’il n’est pas forcément le seul dans son cas et qu’il peut exister des ennemis dont il doit se méfier, même s’il a à sa disposition des vassaux puissants et talentueux, totalement dévoués à sa cause. Sous les traits d’un chevalier de bas niveau, il se lance donc à la recherche d’éventuels compagnons et de monstres à affronter.

L’avantage avec les pouvoirs qui sont les siens, c’est qu’il n’est nul besoin de passer des heures à faire du level up et les assaillants qui le sous-estime s’en morde largement les doigts. Ajoutez-y quelques touches d’humour pour parachever le tout et on obtient donc une lecture tout à fait distrayante – qui plus est du côté des forces obscures, ça aussi ça change. On conseille donc Overlord à tous les amateurs du genre : profitez de la sortie du tome 3 le 19 mai prochain pour vous faire ce petit plaisir !

Pour les curieux, jetez un coup d’œil à la preview, ici, et sachez qu’il existe aussi un anime sorti en 2015 et disponible en streaming chez ADN (quelqu’un l’a vu ? Je suis preneur d’un avis !). Enfin le light novel himself sort en mai chez Ofelbe.

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To Your Eternity de Yoshitoki OIMA – tome 1 chez Pika : voilà une lecture que j’attendais et qui ne m’a pas déçu. OIMA, la mangaka de A Silent Voice est, surprise, une passionnée de fantasy et elle se lance donc dans son genre de prédilection, tout en insufflant dans son histoire de nouvelles questions sur la nature humaine. Le résultat est un tome 1 très enthousiasmant. To Your Eternity, c’est l’histoire d’un TO your eternity tome 1être immortel qui arrive sur Terre et qui prend successivement les formes de vie qu’il rencontre. Il croise d’abord un loup puis un jeune garçon vivant seul au milieu d’un paysage enneigé, abandonné après le départ de son clan. Ainsi commence un voyage fait d’expériences et de rencontres, de croyances, de morts et de vies dans un monde sans pitié…

En plus de sa profondeur philosophique envoûtante, sur la nature de la race humaine, le rapport à la dualité vie/mort et le lien à l’autre, To Your Eternity est avant tout un excellent manga, avec des décors sublimes, une faune et une flore impressionnante qui laisse le regard du lecteur se perdre dans l’immensité glacée ou qui se sent insignifiant face aux forces de la nature. Evidemment, OIMA oblige, les protagonistes sont intrigants dès la première page, qu’il soit remplis de doute, de peurs mais aussi d’innocence ou d’espoir, avec des combats intérieurs qui se lisent admirablement sur les visages. Une sensibilité propre à cette mangaka que l’on ait ravi de retrouver.

Enfin, à la lecture du premier tome, on trouve également des phases d’action, vives, entraînantes, et des moments plus propices à l’humour et à la fraîcheur avec March. Cette jeune enfant subit un destin assez cruel mais sa candeur et son énergie en font une véritable boule de lumière qui fait beaucoup de bien.

En résumé, on a vraiment hâte de lire la suite, qui arrive en juin, et de continuer le voyage de ce titre de haut niveau. C’est déjà un must have.

March comes in like a lion

March Comes in Like a lion de Chica UMINO – tome 1 à 3 chez Kana : depuis quelques semaines je tente de mettre en avant le titre, sur les réseaux sociaux, en parlant de l’anime, en confiant l’écriture un article complet aux rédacs de Journal du Japon ou en lançant un concours qui vient juste de s’achever. Il ne restait donc plus qu’à le plébisciter ici et, de toute façon, j’en parlerai sans doute encore lors de prochains volumes. Pourquoi ? Parce que cette série est un petit animal de lecture dont j’ai envie de prendre soinMarch_Comes_in_Like_a_Lion, car ce seinen et surtout ses personnages sont extrêmement fragiles et donc résolument attachants.

Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu, résumé : Rei, 17 ans, est un joueur professionnel de Shogi (jeu d’échec version japonaise dont je vous ai déjà parlé ici). Mais Rei est aussi un adolescent meurtri par la mort de ses parents et de sa petite sœur. Alors qu’il vit une vie de solitaire, il fait la rencontre de trois sœurs qui vont lui redonner le goût à la vie. A leur contact il va petit à petit ouvrir les yeux sur lui-même et sur les personnes qu’il rencontre sur son chemin. Il s’ouvre au monde mais découvre aussi la difficulté du chemin qu’il a choisi de suivre.

Les trois premiers opus de la série ont donc posé toutes ses bases : le héros meurtri, les trois sœurs, leur salon et leurs chats, la famille d’adoption (un des gros – gros ! – nœud du problème) et le monde du shogi. Pour ce dernier, UMINO est aidée d’un joueur professionnel, mais n’en fait pas pour autant manga trop technique ou obnubilé par le sport qu’il évoque. De toute façon on connait tous 2,3 bases d’échec (la Tour qui va tout droit, le Fou en diagonale ou l’étrange Cavalier, etc.) donc on comprend les enjeux comme les grandes lignes de la partie : une attaque agressive ou sournoise, une défense imprenable, un coup mal placé sont autant de révélateurs des états psychologiques des joueurs et sont faciles à suivre.

Si le shogi est un peu plus en avant dans le tome 3 ce sont les personnages et leur quotidien qui ont su me séduire dans les deux volumes précédents. Il y aussi le contraste des ambiances dans lesquelles excelle la mangaka, entre la vie solitaire du héros et ce havre de paix que constitue la petite maison des trois sœurs. En plus de ces familles de gens blessés, de nouvelles relations se développent hors de ce cocon. Parfois amicales, parfois rivales… Parfois les deux aussi, ou même qui reste à définir. Elles enrichissent la palette sensorielle de la série, chacun ayant une personnalité unique et des sensations à fleur de peau, grâce à un chara-design qui fait des merveilles.

Vous l’aurez compris voici donc un manga à la fois subtil et intense, à la fois touchant et drôle… A la fois beau et triste, qui se déguste pendant de bons moments. Chaque tome vous prendra d’ailleurs pas mal de temps, je n’avais pas pris autant de temps à lire un opus depuis Bakuman je crois. Bref, j’espère qu’il fera le bonheur des éditions Kana, car il est réclamé à corps et à cris depuis plusieurs années en France, mais aucun éditeur n’avait jusqu’ici franchis le pas.

Ah j’oubliais si vous êtes plus anime que manga, foncez voir celui de la série diffusé par Wakanim, il est somptueux.

Man-in-the-Miror_AnnonceKioon

Man in the Window de Masatoki (scénario) & Anajiro (dessin) – tome 1 chez Ki-oon : La couverture du premier tome est intrigante et le manga l’est tout autant. Shuhei, 17 ans, reçoit un mot de la fille qu’il aime en secret, l’incitant à se rendre dans une petite ruelle et à frapper à un carreau. Le jeune homme, après quelques hésitations, s’exécute. Il tombe alors nez à nez avec lui-même, mais le lui-même de dans 3 ans, qui est le réel auteur de ce mot. Le portrait n’est guère flatteur : chambre sordide – une vraie poubelle – et un jeune homme mal rasé, blasé et sombre. Comment Shuhei, qui ambitionne de devenir médecin en rentrant dans la célèbre Université de Todai a bien pu Man in the Windowtourner si mal en seulement trois ans ? En tout cas, une porte s’est ouverte pour éviter le pire, y compris pour son moi futur : tout ce que le jeune Shuhei change se répercute sur la vie du Shuhei adulte ! Exit donc les futurs parallèles, bonjour les cause-conséquences de ouf : Tricher aux examens, gagner au loto, connaître le destin des gens avant eux… un avenir des plus attirants pour l’adolescent et une occasion unique d’effacer son passé pour le Shuhei raté !

Mais changer le destin ne semble pas si facile et toutes les vagues qu’ils provoquent ne parviennent pas vraiment à modifier durablement le sens du courant. Jouer avec les rouages de la causalité pourrait bien avoir un prix insoupçonné. Un récit diablement bien ficelé,  haletant même, se met en place car les deux Shuhei commencent à prendre de plus en plus de risques, persuadé de savoir où chaque action les mènera. Mais la moindre action peut avoir des conséquences désastreuses : amour, amitié, argent, réussite, famille, tout peut se mettre à changer très rapidement.

Le tome 1 joue en tout cas très bien avec une ambiance de plus en plus tendue car les informations de Shuhei adultes sont souvent partielles et on ne dispose jamais du tableau d’ensemble : à l’image du jeune Shuhei on navigue à vue dans cette manipulation du temps et les surprises donnent beaucoup de piment au récit, dans un engrenage qui semble diabolique, une vraie boite de Pandore. Cette histoire est annoncée en 3 tomes et ne devrait donc pas étirer son scénario en se reposant mollement sur une bonne idée de départ, et c’est un chouette thriller qui devrait bien plaire aux amateurs du genre.

Pour vous faire une idée : le trailer est là et les premières pages ici !

Le dernier envol du papillonLe dernier envol du Papillon de Kan TAKAHAMA, one-shot chez Glénat Manga : « A Maruyama, le quartier des plaisirs de Nagasaki, où les langues étrangères de mêlent aux échos lointains du shamisen, le passé d’une courtisane sans égale et d’un homme affligé d’une lourde maladie tissent dans les marges un récit d’amour et de mort. » Là c’est l’inverse, la couverture ne me faisait ni chaud ni froid, et je craignais une énième histoire de geisha. C’est donc une assez agréable surprise en ouvrant ce seinen grand format : joli chara-design, belle gestion des ombres et des volumes, un papier noir du début à la fin qui donne une ambiance sophistiquée et particulière à l’histoire : on a l’impression qu’il y fait presque toujours nuit, que tout y est plus ou moins caché, et cela renforce aussi le sentiment de tristesse qui se dégage de l’histoire elle-même.

L’histoire tourne donc autour d’une geisha, Kicho, de la maison close où elle exerce, de ce médecin hollandais qui partage son savoir mais en pince aussi pour elle et enfin de cet homme malade qui décline peu à peu. Le récit est assez envoûtant mais l’immersion se fait au fur et à mesure des pages, sans que l’on s’en rende vraiment compte.

Le récit est teinté de quelques détails du quotidien de cette époque, comme les échanges compliqués du Japon avec l’étranger à l’heure où il sort de isolement ou encore les avancées en médecine de l’époque. La vie de Kicho ne cherche donc pas à s’appuyer sur les clichés faciles des geishas, préférant plutôt mettre en avant une histoire assez personnelle bien installée dans son contexte, sonnant assez juste. C’est le destin d’une femme qui replonge de son plein gré dans une existence à deux facettes : secrète, sujet à l’envie et témoignant d’un certain « artisanat » mais en réalité souvent humiliante et dangereuse. En bref, un beau livre, une belle histoire, et une belle mélancolie sont les trois choses que l’on retient à la lecture du Dernier envol du Papillon. A essayer !

PerséphonePerséphone de Loïc Locatelli & Kournwsky, one-shot chez Delcourt : ce n’est pas la première fois que je reçois un bd autre que du manga, mais bien souvent je ne m’y retrouve pas à la lecture, pour des raisons narratives, graphiques ou autres. Perséphone est donc l’exception qui confirme la règle car, malgré un graphisme qui ne m’a pas enthousiasmé lors des premières pages (un chara-design aux allures de poupée en bois, notamment) j’ai fini par apprécier la colorisation et le crayon très présent en arrière plan qui confère une ambiance tantôt désuète, tantôt mystique… Ce qui colle au scénario qui m’a, lui, plu assez vite et qui reprend donc le mythe grecque de Perséphone (nul besoin de la connaître cela dit, je l’avais oublié et je ne l’ai relu qu’après la BD, pour voir).

Les six premières pages présentent le contexte : un double monde avec ce qu’il faut de drame et de mystère pour nous accrocher. Il y a Eleusis, monde de la surface assez prospère et Les Enfers, le monde sous-terrain. Les deux ont vécu ensemble avant de se déchirer dans une gigantesque guerre où un roi, devenu despote, est allé commettre l’irréparable en s’appropriant des pouvoirs interdits. Il a été vaincu et le passage entre les deux mondes fut fermé.

Le récit commence finalement 13 ans plus tard avec une jeune fille, Perséphone donc, qui est la fille adoptive de la légendaire Déméter, grande figure de l’ancienne guerre (et Hadès aussi sera de la partie, mythologie oblige). Perséphone a du mal à assumer ce qu’on attend d’elle en tant que « fille de », censée avoir de grands pouvoirs par descendance, mais sa mère refuse de révéler le secret de son adoption. Jusqu’au jour où un banal voyage scolaire précipite tout, et voilà Perséphone rendue au monde des enfers, en route vers son passé, puis vers son destin. Des personnages sympathiques et expressifs, un univers bien retravaillé et une histoire remarquablement menée en si peu de pages : Perséphone est un chouette moment de lecture. Si vous ajoutez l’édition de Delcourt qui est plutôt réussie c’est donc une bonne idée de cadeau BD à faire (ou à se faire), surtout si vous avez envie de changer des lectures habituelles !

Voilà pour cette première vague de chroniques, et il y en aura probablement deux autres à suivre courant mai. A venir également deux interviews éditeurs, parties en validation chez les interviewé(e)s. L’une d’entre elles est un classique, l’autres est inédite, je vous laisse deviner et je vous dit à la prochaine…

Bonnes lectures à toutes et tous, partagez vos découvertes en commentaire ou sur les réseaux sociaux 😉

PS : si vous cherchez d’autres chroniques mangas, j’en profite pour vous glisser un petit lien de deux amies qui font ça aussi très bien, via Twitter, sous le #chroniqueTaPAL


mai 14th, 2017
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Altaïr : la guerre comme nulle part ailleurs !

⊆ février 19th, 2017 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Le chocobo est de retour ! 

Sortant enfin la tête de l’eau après six mois intenses (réorganisation au boulot, je vous passe les détails) je reviens en douceur, au rythme d’un papier par mois jusqu’à cet été. Pour relancer la machine, rien de mieux qu’un coup de cœur : il est pour Altaïr de Kotono KATO, aux éditions Glénat.

Le tome 14 est sorti en janvier et clôt un arc majeur de la série, follement épique et diablement prenant ! En dévorant cette semaine les 5 derniers tomes pour rattraper mon retard, j’ai clairement voulu vous faire plonger dans l’un des tous meilleurs mangas sur la guerre, aux côtés d’Arslan et de Vinland Saga. Avec ses propres armes et une captivante singularité.

Bref, la barre est donc placée assez haute, à moi désormais de vous dire pourquoi… Bonne lecture !

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Altaïr ©2014 Kotono Kato

Notre peuple vaincra !

Printemps de l’an 451 selon le calendrier impérial, ou 75 selon le calendrier türk, quelque part sur le Continent roumélien…

Dans les hautes sphères de l’état militaire de Türkiye, on parle avec admiration d’un certain Mahmud, le plus jeune homme à accéder au rang de pacha (général) dans la stratocratie de Türkiye. Accompagné de son fidèle aigle royal Iskandar, notre fauconnier tente de faire régner la paix et sillonne le pays pour déjouer les conflits. Mais c’est sans compter sur les manipulations du Premier Ministre Louis de l’Empire voisin du Baltrhain, et du conflit en dormance entre ces deux nations.

Le royaume de Türkiye, terre de commerce prospère, est l’ennemi juré du Baltrhain qui lorgne sur ses richesses et qui veut, douze ans après une première tentative d’invasion ratée, mettre définitivement la main sur le seul ennemi du Continent en mesure de lui résister. Seulement la Türkiye est divisée et en infériorité militaire. Pendant les douze années de paix, le pays a pansé ses plaies puis a prospéré par le commerce, tandis que de nombreux hauts placés de l’Empire ont ourdi leur revanche par une politique guerrière et se sont armés en conséquence.

Comment, dès lors, Mahmud peut-il empêcher ce conflit qu’il refuse, lui qui a perdu sa mère massacrée dans la précédente guerre ?

 Altaïr ©2014 Kotono Kato  Altaïr ©2014 Kotono Kato  Altaïr ©2014 Kotono Kato

Le jeune homme ne semble pas de taille et, très vite, il chute. En évitant qu’une rébellion ne vire au bain de sang dans une ville frontière, il commet un impair et se voit déchu de son titre de pacha. Il doit désormais œuvrer dans l’ombre, parcourant son propre pays pour déjouer les complots de l’Empire, cité après cité. La corruption, les menaces, les manipulations politiques et la maîtrise des flux alimentaires ou économiques sont les milles et unes voies qu’emprunte le Ministre Louis, l’ennemi désigné de Mahmud. Ce génie militaire sans aucune pitié a malheureusement plusieurs coups d’avance et il fait tomber les remparts de la Türkiye tel un jeu de domino. L’ancienne grande Türkiye, morcelée depuis le dernier conflit, est trop apeurée pour se lancer officiellement dans la guerre, et la paix a endormi sa vigilance. Petit à petit la main de l’Empire s’étend donc sur le royaume türc… Mais pas sans se brûler les doigts au passage !

En effet, aux quatre coins de son pays, Mahmud brille par sa pugnacité, son imagination et sa détermination à sauver sa patrie. Il finit par s’entourer de valeureux guerriers, de talentueux informateurs, mais aussi de dirigeants de premier plan, qu’il entraîne dans une nouvelle alliance, sans cesse grandissante : la Türkiye n’a pas dit son dernier mot, et elle est bien décidée à montrer les crocs !

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Il était une fois la guerre… en Méditerranée

Si l’on place en préambule que Kotono KATO a fait des études d’Histoire spécialisées sur la Turquie, on commence à comprendre la genèse d’Altaïr et l’enchevêtrement des références qui le compose. Forte de ses connaissances historiques, la mangaka a recréé une nouvelle Méditerranée où elle redessine une nouvelle carte, réorganise les alliances,  redistribue les ethnies et réinvente les guerres qui ont fait rage pendant des siècles entre l’Empire Byzantin et celui qui allait le supplanter, l’Empire Ottoman. Elle pioche aussi dans l’opposition de ce dernier avec les coalitions européennes du Saint Empire Germanique qui dureront jusqu’à l’orée du XXe siècle. Elle a donc l’embarras du choix. Géographiquement et culturellement, ce panel couvre toutes les grandes puissances du sud du Môyen-Âge tardif et de la Renaissance, de l’Espagne jusqu’à l’Arabie Saoudite… Un vaste vivier, donc.

 Carte Europe  Ottoman Empire

Néanmoins, même si le choix est large, encore faut-il associer l’ensemble correctement, pour donner un minimum d’unité à ce nouveau monde. À cette fin, la mangaka commence déjà par concentrer le tout : la mer du Centro et le Contient roumélien d’Altaïr sont bien une nouvelle version de la Méditerranée. Le royaume de Türkiye et l’Empire du Baltrhain y sont les deux seuls pays d’envergure, entourés de petites provinces et surtout de villes-état, chacun indépendant de son voisin et tout au plus partenaires dans une coalition commerciale.

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Carte partielle d’Altaïr : Baltrhein à gauche, Turkïye et ses voisins à droite © 2014 Kotono Kato

Parti en voyage dans sa contrée natale, Mahmud va donc de ville en ville, restant pendant deux ou trois volumes dans chacune. Il  permet au lecteur de faire des bonds dans l’espace, voire dans le temps :  le premier exemple marquant est l’Etat Portuaire de Phoenicia au début du volume 3, qui possède des allures de Carthage ou de république grecque. C’est aussi le nom d’une ancienne civilisation établie du côté de la Syrie, qui s’est répandue un peu partout en Méditerranée de 1500 à 300 avant J.C..

Puis vient la république de Vénédik, hommage à Venise, avec ses masques mais surtout ses bateaux qui vont devenir LA flotte primordiale dans la conquête des mers, une dizaine de volumes plus tard. D’autres cités ou petits états vont suivre comme l’homonyme et fastueuse Florence, la cité imprenable et hispanisante de Campana, les mercenaires de Tauro, l’Urad et ses palais slaves de toute beauté… etc, etc ! On pourrait passer des heures à éplucher chacune de ces destinations tant les décors et les costumes y sont majestueux, bourrés de détails. Les références culturelles enrichissent l’ensemble et lui confèrent un supplément d’âme, en plus d’être expliquées dans de petits encarts bonus ou en début de chapitre, pour une introduction dans un nouveau lieu.

Arrivée à Venedik

Arrivée à Venedik © 2014 Kotono Kato

De par le jeu de toutes ces références Kotono KATO déploie son manga bien au delà du simple shônen historique. La quête initiatique de Mahmud est un voyage rafraîchissant dans des contrées que l’on croit reconnaître mais que l’on ne cesse, en réalité, de redécouvrir. Un vrai dépaysement. De plus, le résultat visuel sympathique des premiers tomes, avec ses influences orientales assez inédites pour un manga, gagne en maturité au fil des opus. On sent la mangaka monter en gamme dans ses tracés et la maîtrise de son chara-design. Rien de plus normal car Altaïr est le premier titre de Katano KATO, qu’elle a débuté en 2008 au Japon. Une fois le cap des 9e et 10e tomes franchit, on atteint alors un graphisme envoûtant et les magnifiques couvertures des derniers tomes de la série, avec ses somptueuses incrustations dorées, ne mentent en rien sur la beauté des dessins qui se cachent en dessous. Le manga ne se lit plus, il se savoure, se dévore ou se décortique selon votre appétit de lecteur, avec une réelle gourmandise.

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« Au jeu des stratèges il faut vaincre ou périr« 

Enfin, impossible de finir cet article sans évoquer ce qui m’a séduit dès les premiers volumes et qui fait que je mets la série en avant dès que je le peux, ici et ailleurs : la géostratégie et les techniques militaires ne cessent de donner du piquant à Altaïr. Dans le premier Arc, Mahmud regagne petit à petit ses galons auprès du pouvoir Türc, à travers des victoires mais aussi des échecs. En effet, il est des situations qui ne peuvent pas toujours êtres sauvées, des cités si embourbées dans leurs disputes internes ou leur corruption qu’un « étranger » n’a aucune chance d’inverser les rouages du destin. Mais Mahmud brille à chaque fois, par sa capacité à lire les plans des adversaires, à en éviter les traquenards et à penser plusieurs coups en avance.

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Une fois la preuve faite de sa valeur, il se voit confier une mission secrète : reformer l’ancienne Grande Turquie en prévision du combat qui s’annonce contre l’Empire, quitte à faire disparaître – et ce par tous les les moyens – les anciens sultans amis qui sont passés depuis du côté du Baltrhain. Il grandit donc de rencontres en rencontres, évolue le long de cette quête initiatique faisant preuve d’une maturité assez précoce et comprenant rapidement que certains ennemis ne peuvent pas être épargnés. La réalité de la guerre et des conflits a frappé notre héros très jeune et il sait que certains ennemis doivent mourir. Altaïr n’est donc pas un shônen naïf où tout le monde meurt quatre à cinq fois. Il y a des rebondissements et des vies sauvées in extremis, bien sûr, mais les soldats et les civils meurent… et leurs généraux aussi.

C’est la guerre quoi, la vraie, avec tous ses moments tragiques, ses sacrifices glorieux ou ses morts stupides, ses vengeances dans le sang ou ses défaites dans l’honneur…

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Altaïr ©2014 Kotono Kato

Tout ceci donne un arc riche en émotion qui construit véritablement la série et ses bases, jusqu’au moment où l’heure du grand affrontement retentit. Je ne vous en dévoile pas les tenants ni les aboutissants, mais ce jeu de guerre pour la défense de la nouvelle alliance est un must read pour quiconque a déjà pris du plaisir à un jeu de stratégie en plateau ou sur console. Infanterie, cavalerie légère ou lourde, ingénierie surprenante, bataille en mer, technique d’encerclement ou de contre-encerclement sur terre, stratégie de fuite ou de chasse, utilisation du relief… Si vous avez la chance comme moi de lire les tome 10 à 14 d’un coup – relisez-les sinon, ça marche aussi – c’est un véritable festin où s’affrontent des dizaines de milliers d’hommes et les plus brillants des cerveaux.

Bref, que dire de plus, les superlatifs vont finir par me manquer mais je pense que vous avez compris l’envie de partager avec vous cette passionnante lecture. Au bout de 14 tomes, je ne pouvais plus me taire ou évoquer la série sur une simple petite chronique.

 Altaïr ©2014 Kotono Kato Altaïr ©2014 Kotono Kato Altaïr ©2014 Kotono Kato

Alors que le 15e volume arrive le 8 mars prochain dans nos librairies, la France aura rattrapé le Japon et son 18e volume courant 2017. Déjà qu’elle ne parvient pas vraiment à trouver son public, la série risque donc de sortir des radars car elle ne sera plus publiée qu’une fois tous les 8-10 mois. Mais Altaïr et son auteure Kotono KATO méritent amplement de connaître le succès, pour leur invitation au voyage, des graphismes somptueux et détaillés, un mix des cultures et des civilisations remarquable et une véritable expertise guerrière, tant sur le plan tactique que dramatique… Donc lisez Altaïr et partez à l’aventure, que diable !

tome 15 altaïrFiche descriptive

Titre : Altaïr
Auteur : Kotono KATO
Date de parution du dernier tome : 04 janvier 2017
Éditeurs fr/jp : Glénat Manga / Kôdansha
Nombre de pages : 192 n&b
Prix de vente : 7.60 €
Nombre de volumes : 14 / 18 (en cours)

Visuels : © 2014 Kotono Kato

Pour en savoir plus vous pouvez jeter un œil sur la preview ci-dessous et sachez également qu’un anime est prévu pour cet année : il possède déjà son site internet et son compte twitter, et les studios Mappa et Aniplex, ainsi que le réalisateur Kazuhiro Furuhashi (Le chevalier d’Eon)  sont à la manœuvre. 


février 19th, 2017
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Concours photo 2016 : les résultats !

⊆ septembre 25th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Voici enfin les résultats de ce concours 2016, toujours aussi populaire depuis sa mise en place en 2012, comme en témoigne les petits mots  de remerciements dans les mails des participants : vous vous amusez chaque année pour faire les plus chouettes photos, c’est super motivant pour votre serviteur !

Gagnants Paoru 2016

Le Bilan

Résultats de cette année 2016 : pas loin de 80 participants comme l’an dernier et 205 photos, un record ! Une fois de plus le choix fut des plus ardus pour les onze jurés qui ont accepté de tout passer en revue puis de voter pour leur dix participants préférés. Certains ont mis tout le monde d’accord, la nouvelle gagnante de cette année étant dans le top 5 de 8 jurés par exemple. Pour arriver dans le top 20 il fallait séduire au moins deux jurés et ce sont au final 41 noms qui sont ressortis des votes. Ça c’est souvent joué à pas grand chose : autant les deux premiers ont chacun plus de 10 points d’avance sur leur suivant, autant ça se joue à 1,2 ou 3 points de la 3e à la 6e place par exemple.

Ce qui a plu est un mélange de photo réussi, techniquement parlant (composition, gestion de la lumière, etc.), d’originalité et d’humour (on a bien rigolé sur certaines,) de l’adéquation entre la mise en scène et le manga concerné ou alors d’un joli contre-pied, comme ce fut le cas des deux photos avec Nana par exemple, du beau WTF ! Assez peu de photo de collection cette année, mais elles ont été plutôt soignées avec des ajouts de figurines, de poster, etc. Des efforts ont été faits sur les commentaires envoyés avec ces photos : ils donnent plus facilement un contexte et une ambiance, ils racontent une histoire aussi… Ça peut aider au coup de cœur !

Ensuite… le fait de prendre vos photos avec un appareil photo et non un portable a pu jouer par moment, mais les différences de qualité s’effacent d’année en année pour l’œil du béotien d’année en année. Le fait de faire plusieurs photos en a avantagé certains en touchant un plus grand nombre de jurés, mais aussi desservi d’autres s’ils privilégiaient la quantité au dépend de la qualité. Je pense mettre un maximum à 5 photos l’an prochain, pour pousser ceux qui ont tendance à shooter à tout va à passer plus de temps sur chacun de ses clichés.

Bref, il y aura surement des déçus (des mécontents, peut-être) mais je ne peux que vous encourager à retenter votre chance l’an prochain car, comme vous allez le voir, le classement est loin d’être redondant et beaucoup de nouveaux noms ont pris la place des gagnants des éditions précédentes. La concurrence est rude, en somme.

Un grand merci en tout cas à toutes et tous pour vos participations souvent très enjouées et, je le répète mais ce fut très touchant, merci pour vos petits mots et remerciements dans vos mails ! Allez, arrêtons de vous faire languir, en route pour les résultats de cette édition 2016 !

Les résultats

1ère place : Johanna C.

Comme en 2015 c’est encore un nouveau nom tout en haut du podium ! Après une 4e place en 2014 et une 10e place l’an dernier, Johanna C. remporte l’édition 2016 grâce à deux clichés qui ont séduit les jurés. Ses photos mettent à l’honneur One Piece (Glénat) et Run Day Burst (Ki-oon), soit un manga hyper populaire (qui a inspiré plein de monde cette année) et un autre malheureusement trop méconnu. Chacun remporte autant de votes que l’autre : shooter un blockbuster ne fait donc pas tout, tant mieux ! Ces photos sont joliment travaillées, chaque élément est à la place parfaite et la gestion des ombres et lumières est splendide… Bravo !

Johana-one-piece-12  johana-rdb

Johanna C. remporte donc : 1 LN au choix, 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix et un autre tome 1 de manga au choix, un des book au choix, 1 sac au choix et 1 goodies au choix ! Encore bravo, on compte sur elle prochain pour défendre son titre !

2e place : Vi T.

Gagnante du concours en 2012,2013,2014, Vi avait un peu séché l’an dernier en finissant 9e, mais elle montre qu’il faut toujours compter avec elle avec une seconde place cette année. Elle nous a envoyé deux clichés mais c’est vraiment sa photo de Food Wars (Tonkam-Delcourt) qui a fait l’unanimité, classé en première position chez 3 jurés ! Il faut dire qu’elle a été shootée sur le vif, chapeau !

vi-toan-food-wars

Vi remporte, selon ce qu’aura choisi Johanna : 1 LN au choix, 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix, un des book au choix, 1 sac au choix et 1 goodies au choix !

3e place : Maiwei

Encore une petite nouvelle, qui frappe fort pour sa première participation ! Plébiscitée par 5 jurés ( qui l’ont tous mis dans dans leur top 5 !), Maiwei a séduit avec deux clichés. C’est sa photo d’Arte (Komikku), mignonne et colorée (comme son héroïne qui a inspiré beaucoup de participants), qui lui vaut la majorité des votes. Cela dit, son cliché Space Brothers (Pika) joliment mis en scène avec un peu de poésie, a touché deux autres jurés également. Je vous laisse les découvrir :

 maiwei-arte  maiwei-space-brothers

Maiwei, selon les choix précédents, remporte : 1 LN au choix, 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix, un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

4e place : Laura C.

Une habituée du concours qui vient encore tutoyer les premières places ! Laura C. a trouvé son style l’an dernier, qui mixait couv de manga et petits personnages en papiers très expressifs, et elle nous en a proposé toute une sélection cette année. Six jurés ont voté pour ses photos, et plus précisément pour 3 d’entre elles de One Piece (Glénat) et Naruto (Kana) sur la petite dizaine proposée. Il faut dire que ces photos sont pleine d’humour et collent bien à ces protagonistes que l’on connait tous. La seule chose qui lui a peut-être fait perdre des points c’est que plusieurs clichés sont sans manga, certains jurés les ont donc vus comme un léger hors sujet au vu du thème du concours. J’ai laissé l’appréciation libre à chacun des jurés en tout cas. D’autant que je me suis bien marré en regardant les dites photos, jugez plutôt :

 laura-c-Naruto laura-c-One Piece

laura-c-One Piece

Laura C., selon les choix précédents, remporte: 1 LN au choix, 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

5e place : Anna Ys

Une fois de plus, voici une nouvelle qui arrive d’emblée dans les premières places. Cinq jurés ont voté pour sa photo du manga Père et Fils (Ki-oon). La photo est nickel sur le plan technique mais c’est surtout la composition que je trouve magnifique, et totalement en symbiose avec ce titre qui a inspiré vraiment beaucoup de monde cette année.

anna-ys Pere et Fils

Anna Ys, selon les choix précédents, remporte: 1 LN au choix, 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

6e place : Margaux L.

Six jurés ont voté pour les photos des Gouttes de Dieu (Glénat) ou de Cesare (Ki-oon). La première est efficace, avec une bonne composition, et j’ai eu un coup de cœur pour la rose ensanglantée de la seconde.  Les voici :

 margaux-l-cesare  margaux-l-gdd

Margaux L. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

7e place : Myss Tik’s

Encore une nouvelle au classement, qui nous apporte une touche de jeu vidéo dans ce classement, grâce à son cliché de Résident Evil, le manga de Kurokawa, qui a plu à 5 de nos jurés. La photo est super clean il faut dire, avec des accessoires de collectionneurs :

mysstik-2

Myss Tik’s remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

8e place : Mélanie M.

Autre série populaire cette année : Assassination Classroom (Kana) ! Mais si Mélanie M. est dans le top 10 c’est aussi grâce à une photo réussie de collection, dédiée à Naruto. Une mise en scène sympa et une photo parfaitement ordonnée, c’est le combo qui a donc fait mouche auprès de 4 jurés !

 melanie-Naruto melanie-Assassination Classroom

Mélanie M. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

9e place : Julie R.

Je me rends compte que nous n’avons que des demoiselles dans ce classement jusqu’ici ! Coïncidence ou pas c’est avec deux shôjos géniaux que Julie R. séduit elle aussi 4 jurés et se hisse à la 9e position : Switch Girl (Akata-Delcourt) et Orange (Akata) sont dans la place et Julie a donné de sa personne pour ce concours !

julie-concours-photo-orange julie-concours-photo-switch-girl

Julie R. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

10e place : Agathe D.

Encore une nouvelle participante, mais pas n’importe laquelle puisque c’est à elle que j’ai donné mes 10 points de juré, sur un manga que je connais pourtant assez mal, Mon Histoire (Kana). Sa photo de manga en vrac, bien travaillée et assez drôle a aussi fait rire tout ceux qui ont une tonne de lectures en retard. En tout cas un très joli travail post-photo, bravo !

agathe-concours-manga agathe-Mon histoire

Agathe D. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

11e place : Laëtitia C.

Plusieurs photos de Laëtitia on tapé dans l’œil du jury : son cliché appétissant des Gouttes de dieu (Glénat), l’amusant escalier de One Piece (Glénat) et une composition de circonstance pour Re Life (Ki-oon). Voici le trio :

laetitia-gouttes-de-dieu laetitia-one-piece

laetitia-relife

Laëtitia C. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

12e place : Maryse Inyzant

Simple et bien pensée, cette photo de One Piece qui sent bon les vacances et le farniente a visiblement fait envie à deux jurés qui l’ont mis respectivement première et 4e de leur top.

inyzant-m One Piece

Maryse remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix, 1 sac au choix ou 1 goodies au choix !

13e place : Missino

J’ai tout de suite flashé sur cette photo de The Ancient Magus Bride, qui est une série de Komikku qui donne lieu a de superbes photos cette année comme ce fut le cas dans le concours 2015. L’autre juré séduit par le travail de Missino a lui flashé sur le cliché de Welcome to the Hotel Williams Child Bird (Taifu) que je trouve là aussi pleine de charme. Pour moi c’est l’un des concurrents qui pourrait vraiment rentrer dans le top 5, il ne lui manque pas grand chose !

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Missino remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix !

14e place : Olivier B.

Un habitué du concours que l’ami Olivier B. qui a tenté cette année le pari de cuisiner en s’inspirant des mangas, Chocola & Vanilla et les Petites Fraises édités par Kurokawa. Le résultat est certainement encore meilleur que la photo. Olivier l’an prochain, envoie des parts des gâteaux aux jurés et on te met premier direct ! 😉

olivier-chocola-vanilla-02

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Olivier B. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

15e place : Justine M.

Sixième de l’édition 2015 (c’était même mon coup de cœur de l’an dernier !), Justine se classe à nouveau dans le top 20 grâce au vote de 4 jurés avec le seul cliché monochrome du top 20 (entre sépia & NB ici), dédié à Tokyo Ghoul (Glénat). L’accord manga-café-photo est juste nickel.

Tokyo Ghoul Justine

Justine M remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

16e place : Théa

Deux jurés ont été séduits par le cliché d’Alice (Ki-oon), et il a même été le coup de cœur de l’un d’entre eux. Il faut dire qu’on a de chouettes couleurs là-dedans !

Théa Alice

Théa remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

17e place : Gé rome

Le 3e participant masculin de l’édition nous a envoyé un florilège de photos soit très classes, soit très drôles. C’est un peu des deux qui a été apprécié, comme en témoigne les deux photos qui ont recueilli des suffrages :

gerome-ashita-no-joe

gerome-nana-la-verite

Gé rome remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

18e place : Zaher

En voilà un drôle de pseudo ! Comme Théa, c’est un coup de cœur d’un juré qui lui a permis d’être dans le top 20, pour cette photo de One Piece. En même temps la photo est nickel et le moment des plus touchants, non ?

zaher-2

Zaher remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

19e place : Perrine A.

La 20e de l’an dernier gagne une nouvelle place en reprenant la thématique musicale de l’an dernier, et en la dédiant cette fois-ci à Your Lie in April (Ki-oon). Quel manga musical aura les honneurs de passer sous son appareil l’an prochain ? Ah et big up Basse-Normandie au passage, si vous permettez !

perrine-amaury-2bis

Perrine A. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

20e place : Marie V.

Ah ça me fait plaisir que My Hero Academia (Ki-oon) arrive à faire partie des gagnants de cette édition. Merci à Marie V. pour sa photo toute simple mais amusante, qui ne se prend pas au sérieux, comme le manga.

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Marie V. remporte, selon les choix précédents : 1 manga double ou tome 1-tome 2 au choix ou un autre tome 1 de manga au choix ou un des book au choix.

Et c’est ainsi que se termine la liste des 20 gagnants de ce concours. Je les contacte la semaine prochaine par mail pour l’organisation de l’expédition des lots.

Je tiens quand même à rajouter quelques félicitations pour certains participants qui ne sont passés vraiment pas loin de ce top 20, à un point près bien souvent : Sylvie B., Johanna G, Alyssia, Céline G., Mylena G, Exil, Marine G, Isabelle B, Mélanie K, Isabelle A, Jenny L, Sara S, Fanny, Julie G, Damien C, Virgine P, Emilie P, Boul Seb, Tomy Tito, Adelaide M et Nadège… Plusieurs d’entre-eux étaient classés dans le top 20 les années précédentes, donc j’espère que vous retenterez l’an prochain, vous avez vos chances !

Merci enfin à tous nos participants, malgré les photos floues, mal cadrées ou un peu répétitives, nous en avons eu pour tous les goûts et surtout en quantité ! Venez faire un dernier tour dans l’album photo sur notre page Facebook, et d’y laisser vos commentaires.

Rendez-vous dans quelques jours pour le retour des chroniques manga (il y avait beaucoup de bonnes choses à lire en cette rentrée) et je compte sur vous l’an prochain pour un autre concours photo, ce sera avec plaisir 🙂


septembre 25th, 2016
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[Critique] Moyasimon : boire & manger, lire & fermenter !

⊆ septembre 9th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

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En voilà un manga compliqué à défendre, Moyasimon, et qui s’avère unique en son genre. On pourrait presque l’appeler « Encyclopédie de la vie microbienne en manga », mais ces personnages sont finalement trop attachants pour réduire ce seinen à la simple somme d’informations qu’il délivre (pourtant colossale). C’est en tout cas ce mélange unique entre savoir, humour et vie étudiante que je voulais vous détailler aujourdhui car ce manga, signé par Masayuki ISHIKAWA, est méconnu et surtout un peu difficile d’approche : publié aux éditions Glénat Manga (éditeur courageux pour le coup), il ne se lit pas en deux minutes, pour un petit moment de détente… finir un tome vous prendra généralement une bonne heure.

Voilà donc une série en 13 tomes, dont la publication en France va s’achever en cette fin 2016, et qui mérite donc quelques efforts. Mais on ressort toujours ravi. Amusé, toujours plus cultivé, et ravi… À moi de vous convaincre, maintenant, que la lecture en vaut la peine, à quelques semaines de la sortie du tome 12, le 21 septembre prochain. En route pour la critique !

 Moyasimon tome 1  moyasimon-12-glenat

Cette histoire est une fiction… enfin presque

Notre récit débute avec le pouvoir étrange de Tadayasu Soemon Sawaki : il a la capacité de voir les microbes à l’œil nu… et même de leur parler (y compris au téléphone, le truc pratique). Destiné à reprendre l’exploitation familiale de saké, Tadayasu fait logiquement son entrée dans une université agricole, et c’est là que commence son histoire…

moyashimon manga

La rencontre ! MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Avec son ami d’enfance, Kei, ils font la connaissance du professeur Itsuki, spécialiste des microbes en tout genre avec un goût assez unique pour les choses fermentées : il affectionne les oiseaux de mers décomposés, les raies fermentées, et toutes les choses faisandées très riches en goût… Des moments puants et assez hilarants en perspective à l’image de cette tirade : « vous voyez le coin pissotière des vieilles toilettes pour hommes toutes crades, qu’on trouve dans le camping par exemple ? J’ai l’impression d’avoir mis dans ma bouche un bout de papier toilette imbibé de pisse tombée par terre là-dedans, un jour d’été.»

Vous vous en doutez, Itsuki voit le don de Sawaki avec intérêt et notre jeune homme rejoint rapidement le département de micro-biologie. Sawaki et Kei font la connaissance de toute l’équipe : la redoutable et intransigeante Hasegawa, le duo d’étudiants-truands Misato et Kawahama, la belle miss fac Muto, puante (au début du récit) ou alcoolique (plus tard) et enfin une autre nouvelle, obsédée de la propreté, du nom d’Hazuki… Sawaki fera ensuite de nombreux voyages et rencontres : le collègue étrange du professeur Sawaki, la jeune Marie (française et  héritière d’une exploitation viticole) mais aussi des artisans en tout genre et spécialistes de saké, de bière ou d’agriculture en général.

Mais dans cette liste j’oublie les autres personnages principaux de cette histoire : les microbes ! On le sait tous, les microbes sont invisibles à l’œil nu (on n’aurait pas attendu le 19e siècle pour les découvrir sinon), mais Tadayasu les voit sous la forme de petits êtres de la taille d’un petit pois. Ils différent par la forme, la taille et surtout par leur étrange et proéminente tête : des rondes, des carrées, des avec ou sans moustache, avec des chignons ou autres protubérances originales.

Par moment, ils n’ont pas besoin de Tadayasu pour exister et ils se font plaisir en devenant les stars de l’histoire, pendant quelques pages voir pendant tout un chapitre… et les bonus de chaque tome leur appartiennent ! Cela dit ils sont là pour une bonne raison et vont vous parler directement à vous, chers lecteurs, pour vous apprendre que, sans eux, la vie et les plaisirs de l’existence seraient impossibles : découvrez le rôle des microbes dans la digestion, dans la protection de notre peau contre les agressions extérieures, le rôle des microbes dans la fabrication de la sauce soja, du mirin, du saké, du vin, de la bière…

Moyashimon_micro-organisms

Ces microbes, en alternance avec le professeur Itsuki ou quelques personnages spécialistes de leur domaine (barmaid, responsable d’une micro-basserie ou d’une exploitation viticole, etc…) vont venir noircir les pages de Moyasimon dans des explications simples à comprendre mais toujours extrêmement riches en détails, regroupant toutes les notions de base que vous connaissiez (ou pas) et rajoutant plusieurs couches par-dessus… Si bien qu’il ne s’agit finalement pas que de microbes mais aussi de procédés de fabrications, d’histoire, de marché de consommateur potentiel au Japon et ailleurs, de comportement de masse, etc.

Il est difficile de tout retenir : j’ai par exemple du relire l’arc sur la bière une seconde fois (dans le tome 8, ci-dessous au centre) pour mieux en comprendre les subtilités… et ce tome est devenu l’un de mes préférés depuis, une quasi-référence en la matière. Les explications ne manquent pas d’humour, surtout quand les microbes humanisés et souvent caractériels nous racontent leur quotidien et se moquent des humains, mais on fait face à une présentation des plus sérieuses, entre vulgarisation et discours universitaire, qui fait à chaque foi un tour assez complet de la question… au moins pour ce qui concerne le Japon. Cela dit quand je vois la tête qu’ont les fromages français quand ils commencent à avoir un certain âge, je pense que l’on peut tout à fait apprécier les différentes formes d’alimentation fermentée du Japon.

 moyashimon-6-glenat  moyasimon-8-glenat  moyasimon-9-glenat

En plus, comme je l’évoquais plus haut avec Marie, la française de Moyasimon (en couverture du tome 9 ci-dessus)le manga de Masayuki ISHIKAWA n’a pas peur de sortir de l’université voir de ses frontières, en allant en France (un tome 6 aux couleurs de notre drapeau, c’est fun) ou en traversant les Etats-Unis d’un bout à l’autre histoire d’aller au-delà de certains clichés. Le manga en détruit aussi (des clichés) concernant le Japon, et soulèvent quelques questions intéressantes : action des pouvoirs publics et jeux d’influences des lobbys, comportement grégaire des consommateurs et pouvoir des campagnes de pub… les recherches effectuées par l’auteur lui permettent bien souvent d’apporter une argumentation des plus solides, qui fait réfléchir.

En résumé, Moyasimon vous parle donc de microbes, de leur utilité à la façon dont les gens les perçoivent, mais aussi de tout ce qui fermentent ou qui a ou a eu besoin un jour des microbes pour exister. Autant vous dire qu’en seulement treize volumes, cela fait un paquet d’informations, et le mangaka les distille sous toutes les formes : il y a les speechs que je viens d’évoquer, qui s’insèrent logiquement dans l’histoire ou qui en font un hold up complet (ce qui est souvent revendiqué par les microbes avec une petite touche d’humour). Ces longs discours sont aussi la spécialité du professeur Itsuki, et c’est une capacité crainte par ses élèves !

Moyasimon Itsuki

Itsuki et ses monologues ! MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Mais ISHIKAWA va plus loin que les simples explications dans le texte et les notes ou commentaires pullulent partout dans le manga. Rares sont les doubles pages qui ne possèdent pas un, deux ou trois petits dessins de microbes dans la marge avec son nom et son rôle en quelques mots, ou alors la tête d’un personnage qui laisse une occasion au mangaka de faire un commentaire : « ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu« , « vous êtes nombreux à me dire que vous aimez sa nouvelle coupe de cheveux« , « j’ai acheté des fringues SM comme celle qu’elle porte au fait« … Beaucoup – vraiment beaucoup –  de délires sont partagés et forment, en quelque sortes un making-of in situ de l’ouvrage, assez amusant à suivre. L’auteur prend de toute façon son temps pour sortir chaque volume, donc rien d’étonnant à qu’il soit ainsi décoré : il lui aura fallu 10 ans pour 13 tomes, publiés dans le magazine Evening de la Kodansha de 2004 à 2014. Il aime d’ailleurs faire quelques références à ce magazine parfois, voir à évoquer / parodier d’autres manga célèbres qui y paraissent, le temps d’une planche.

En tout cas, pour en finir sur cette richesse du texte, j’ai une petite pensée pour Anne-Sophie Thévenon, la traductrice, que vous connaissez déjà si vous lisez Bersek, Bastard, Noragami ou Bleach : Moyasimon est certainement le manga publié en France qui possède le plus de monologues interminables et d’annotations à toutes les sauces. Un sacré défi et du beau travail en tout cas !

Entre deux microbes, sous les microscopes, la vie universitaire s’écoule…

Heureusement, comme je le disais en introduction, Moyasimon n’est pas qu’une simple encyclopédie en bande-dessinée. L’humanisation des microbes amène une bonne dose d’humour, mais il y a aussi la vie de personnages hauts en couleur qui vous attend. Bon, évidemment, avec tout le blabla autour des microbes, leur vie avance parfois au ralenti, et les 13 tomes de cette série balaie seulement une année à l’université agricole. Avec 7 ou 8 personnages au premier plan, on pourrait craindre l’ennui… mais pas du tout : c’est ce qu’ils racontent qui fait une partie de l’intérêt du livre. D’autres protagonistes vont venir compléter l’histoire à partir des tomes 7 et 8 mais l’équipe de départ se suffit déjà à elle-même, au point de nous faire régulièrement oublier Sawaki et son don pour voir les microbes.

Les personnages principaux de Moyasimon

Les personnages principaux de Moyasimon

Il y a Kei, le travesti en gothique lolita qui se passionne pour la fabrication de Saké, Misato et Kawahama étudiants passionnés mais qui montent des arnaques ou des commerces foireux sans arrêt, Hasegawa qui est une super-riche héritière et qui ne sait pas trop quelle vie choisir, Muto qui a parcouru le monde à la découverte des microbes mais qui se trompe, pourtant, en pensant avoir tout vu, tout entendu… et le prof Itsuki beauuuucoup moins sage qu’on pourrait le penser derrière ses petites lunettes… Avec ces personnages Moyasimon présente donc une seconde facette, celle de la vie étudiante, pleine de doutes et de quêtes d’identités, une découverte du Monde qui les attend… et de leur avenir. La vie étudiante est faite de recherches scientifiques poussées, d’excès et de coups de folie, mais aussi d’inquiétudes sur la future la vie active, qu’on ne pourra pas repousser éternellement. En tout cas, tous ces esprits plutôt bien construits sont capables d’idées saugrenues mais aussi d’initiatives brillantes… et de fêtes bien arrosées évidemment, car l’alcool ne se résume pas à de la fermentation : ça se consomme aussi pardi !

L'oktoberfest qui a inspiré celle de l'université dans le tome 8

L’oktoberfest qui a inspiré celle de l’université dans le tome 8 – MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Moyasimon est donc un étrange mélange. Même si j’aimerai qu’il ait le succès le plus large possible en France, je mentirai en disant qu’il pourrait vous plaire à toutes et tous, ou en vous incitant à courir pour acheter aveuglément les 11 volumes parus. Moyasimon est un manga pour les plus curieux d’entre-vous, les esprits avides qui aiment autant apprendre que s’amuser, des nostalgiques des années de fac aussi, peut-être, des amateurs d’alcool et de la façon dont on le fabrique, sûrement.

Mais la meilleure façon pour savoir si ce manga est – ou n’est pas – pour vous, c’est encore de l’essayer, non ?

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Moyasimon tome 1Fiche descriptive

Titre : Moyasimon
Auteur : Masayuki ISHIKAWA
Date de parution du dernier tome : 21 septembre 2016
Éditeurs fr/jp : Glénat Manga / Kôdansha
Nombre de pages : –
Prix de vente : 9.15 €
Nombre de volumes : 12 / 13 (terminé)

Visuels : © MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus vous pouvez jeter un œil sur la preview et sachez également qu’il existe un anime (inédit chez nous je crois) et un drama sur ADN !

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septembre 9th, 2016
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Manga : Retrouvailles avec Akira, 25 ans après…

⊆ mai 29th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Manga / Japanimation | | ˜ 6 Commentaires »

La semaine dernière j’ai fait un petit bond en ouvrant un colis. Ça m’arrive de temps en temps, les petits bonds de surprise et de joie, lorsque le carton d’emballage dévoile quelque chose que j’attendais avec impatience. Au sein de ce paquet des éditions Glénat a jailli un alléchant pavé qui m’a fait repartir plus de 20 ans en arrière : le premier volume de l’édition originale d’Akira, de Katsuhiro OTOMO, qui sort dans les librairies en ce début juin…

Akira édition originale

Je vous parle d’un temps que les mangaphiles de 20 ans…

Comme beaucoup de trentenaires mangaphiles, Akira a été mon tout premier manga… tout simplement car il a été LE premier manga publié en France aux yeux de notre génération (au delà de quelques tentatives précédentes s’entend). Nous étions alors en 1991 : je suis un adolescent lambda et je prends le titre de plein fouet… Un électrochoc. C’est trop bon, jouissif même, ça me parle comme rien en bande dessinée ne m’avait parlé  auparavant, ça contient des rêves et fantasmes qui étaient miens sans que je le sache. Je dévore donc les aventures de Tetsuo et Kaneda en même temps que je découvre le film d’animation qui arrivera la même année dans notre hexagone.

C’est une révélation et le début d’une relation forte qui va durer pendant les 5 années de publication de l’ouvrage en France. J’ai lu et relu Akira une bonne vingtaine de fois pendant cette époque – nous n’étions pas surchargés par les sorties à l’époque cela dit – puis j’ai laissé la collection prendre progressivement la poussière, sans rebondir sur la nouvelle édition publiée de 1999 à 2000 car j’étais encore trop attaché à la version couleur et surtout à ces livres que j’avais eu entre les mains si souvent. Hors de question les remplacer par quoi que ce soit dans mes étagères.

Akira - Edition Couleur - Tome 1

Akira – Edition couleur – Tome 1

Aujourd’hui, en 2016, je ne suis toujours pas enclin à m’en séparer mais j’avais envie de la faire cohabiter avec une nouvelle, et de profiter de l’occasion pour (re)découvrir Akira en noir et blanc, via cette version retravaillée et pilotée par OTOMO himself. Il se trouve que le voyage est allé au-delà de mes attentes, il s’est révélé d’une richesse inattendue… Laissez-moi donc vous parler de ces retrouvailles !

Quand OTOMO écrit Akira, il a 30 ans… et moi 13

Donc forcément, à l’époque, je vois surtout l’histoire de Tetsuo et Kaneda, deux adolescents voyous, déjà bien en marge de la société : membres d’un gang de motards, ils passent leur temps à défier l’autorité et cultivent avec humour leur insolence, reniant un système qui les rejette ou tente, dès qu’il le peut, de les soumettre. Ayant autant soif d’adrénaline que de s’échapper de cette société où ils n’ont pas de place, ils roulent à toute allure, se défient les uns les autres, se battent… Et veulent, au passage, mettre le plus gros bordel possible pour prouver au monde qu’ils existent et qu’il faudra bien compter avec eux. Une révolte évidemment adolescente qui fait bien plus que me concerner : à l’époque je suis des leurs, où du moins j’en rêve !

Akira - Kaneda - Moto

Akira – Kaneda et sa moto © 1984 Katsuhiro Otomo

Lors de ces premiers rendez-vous avec l’oeuvre je ne m’expliquais pas cette immersion, je n’avais ni l’expérience des mangas ni le recul… et de toute façon je me moquais de savoir le pourquoi du comment de mon engouement. Je kiffais et surkiffais en boucle, point. Mais en savourant cette édition la semaine dernière, une lecture entre les lignes s’est naturellement mise en place et j’ai pu toucher du doigt l’extraordinaire travail d’OTOMO, ainsi qu’une partie de ses influences ou inspirations. Akira c’est d’abord un univers extrêmement travaillé qui est posé sur des bases assez simples, en apparence : nous sommes en 2019, trente-huit ans après la Troisième Guerre Mondiale et un an avant les Jeux Olympiques de 2020 qui se dérouleront à Néo-Tokyo, la ville qui a été reconstruite sur les cendres de l’ancienne capitale nippone.

Trente-huit ans après… Wait a minute ! Akira a débuté sa publication fin 1982, début 1983 au Japon… soit trente-huit ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale ! Bon avec la coup de l’explosion nucléaire et son lien évident avec Hiroshima et Nagasaki, ceci n’a rien d’un scoop. Néanmoins, ce que je ne réalise pas dans les années 80, c’est qu’OTOMO est né en 54 et qu’il a donc vécu une bonne partie de cet après-guerre : le caractère si réaliste d’Akira vient que son auteur n’a pas eu à chercher bien loin pour trouver des éléments à même de composer son univers, vivant lui même trente-huit ans après un conflit majeur.

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Akira : la fameuse explosion qui initie l’histoire © 1984 Katsuhiro Otomo

Dans Akira, on suit les traces d’une génération d’adolescents et de jeunes adultes qui n’ont pas connu la fameuse guerre mais ils en subissent tout de même les conséquences, comme ce fut le cas pour la génération née entre 1945 et les années 60 dans la réalité, avant le miracle économique japonais : pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise, les militaires possèdent une place prépondérante dans les hautes instances du pays et ont tous les droits dès qu’il s’agit de sécurité nationale (oui oui, moi aussi ça me rappelle l’actualité, mais passons). On notera tout de même qu’OTOMO ne fait pas du corps militaire un ennemi totalement noir et manichéen. Leur commandant, l’énigmatique et implacable Colonel, doit affronter une autre armée, celle des bureaucrates, qui n’ont guère envie de croire au mystérieux danger que les militaires prophétisent et qu’ils gardent jalousement « sous leur contrôle », ni de leur fournir les budgets astronomiques nécessaires pour protéger les générations actuelles d’un nouvel Armageddon.

De l’autre coté, face au pouvoir semi-martial en place, on peut retrouver deux inspirations historiques qui viennent étoffer l’univers de la série, et qui constituent deux formes d’opposition : les motards et les gangs de voyous tout d’abord, qui sont une référence évidente aux  bōsōzoku, ces clans de motards et d’automobilistes jugés bruyants et dangereux dans les années 70-80 au Japon. Du coté moins visible de l’iceberg il y a également l’héroïne Kei, et son « frère » Ryusaku, membres d’une organisation qui cherche à faire la lumière sur les manœuvres secrètes des militaires au sein du soi-disant chantier de construction du nouveau stade olympique (pour les JO à venir, je vous le rappelle). Ils se posent aussi pas mal de questions sur les milliards qui disparaissent autour d’un étrange projet, le projet AKIRA. Cette faction révolutionnaire et armée n’est pas sans me rappeler les mouvements de protestation et d’opposition qui sont allés jusqu’au terrorisme dans le Japon de la fin des années 60 – début des années 70, et que nous avons déjà évoqués à travers Unlucky Young Men.

Akira tome 1

La sous-couverture du tome 1 dépeint une société peu enviable… © 1984 Katsuhiro Otomo

Tout ça est mis bout à bout dans une ambiance de société décadente et donne vie à un univers d’une grande richesse. Ces bases solides et passionnantes permettent à OTOMO d’entamer une vraie révolution, qui est l’une des grandes forces du titre : les mystères accumulés par la génération précédente finiront par la détruire avant qu’une nouvelle, trop ivre de pouvoir, ne mette en place un système né dans la violence et dans la loi du plus fort, recréant à foison les erreurs du passé.

Mais le talent du mangaka ne s’arrête pas là car si ces éléments s’accordent si bien ensemble et forment un tout cohérent c’est parce que le graphisme de l’oeuvre agit comme un véritable ciment pour lier et consolider le tout, en nous présentant une néo-Tokyo plus vraie que nature, gigantesque et inquiétante. Néanmoins, de cette ville moderne très verticale et sans doute assez variée socialement parlant, on nous présentera davantage les bas-fonds que les gratte-ciels. Les bâtiments méritent tout de même le coup d’œil : des immenses buildings modernes à l’école délabrée et taguée de partout, en passant par des sous-sols biscornus et des hangars pleins de bric et de broc, tous possèdent leurs petits suppléments d’âme qui suggèrent une certaine histoire….

Les décors en diront finalement beaucoup plus que la population elle-même sur la société que nous présente OTOMO, à l’exception faite de nos héros bien sûr… Mention spéciale également aux moyens de locomotion qui soulignent une passion d’OTOMO sur ce sujet et qui participent indéniablement au plaisir des yeux et à l’admiration qu’a toujours suscité Akira. En effet, même si je mets de coté les légendaires poursuites en moto qui doivent une part importante de leur popularité au film, on peut quand même évoquer la flopée de véhicules qui bénéficient tous du même soin et du même soucis du détail : du camion de livraison de poissons jusqu’aux sublimes hélicoptères de l’armée en passant par les petits véhicules volants que l’on suit dans la poursuite à vive allure au sein des égouts… tout est traité avec soin et il est bien difficile de dire ce qui est copié sur des véhicules réels de ce qui est pure invention.

Akira © 1984 Katsuhiro Otomo

Akira © 1984 Katsuhiro Otomo

Quand OTOMO écrit Akira il a donc 30 ans et plein de choses à dire, mais aussi un graphisme qui exprime à merveille sa vision. J’ai insisté sur les éléments de décors mais on pourrait aussi parler de la narration, de la mise en page, de son utilisation des lignes de forces ou de sa représentation des impacts pendant des heures. On le fera peut-être plus tard cela dit, un seul volume est paru sur les six prévus pour le moment, on a le temps de revenir là dessus. Pour terminer j’en finirai plutôt par les personnages, et par un tout particulièrement…

Tetsuo SHIMA

En relisant les 360 premières pages de cette nouvelle édition je me suis revu à l’époque : des images, des ambiances et des sensations de ma vie adolescente sont remontées. On dit souvent que le cerveau imprime tout ce qui vous arrive quand vous vivez des moments marquants, et c’est en voyant tous ces détails refaire surface dès la lecture des premiers chapitres que je comprends aujourd’hui à quel point ce manga a forgé des pans entiers de mon imaginaire. Si la vague de mangas qui va arriver quelques années après en France, de Dragon Ball à Slam Dunk, va me donner envie d’écrire dessus et de devenir journaliste en la matière, Akira a été la clé sur un nouveau monde beaucoup plus personnel, un modèle de rébellion qui me faisait rêver, une fureur de vire digne d’un James Dean.

Tetsuo SHIMA © 1984 Katsuhiro Otomo

Tetsuo SHIMA © 1984 Katsuhiro Otomo

Comme je le décrivais tout à l’heure la série possède une galerie de personnages clés qui incarnent chacun un symbole : il y a Kaneda, le héros rebelle, plutôt beau gosse, très effronté, grande gueule et casse-coup mais qui ne manque pas d’humour, d’ingéniosité et qui croit dur comme fer en l’amitié et la loyauté de ses camarades. Avec son tempérament de chef et sa tendance à se mêler de ce qui ne le regarde pas, il est l’anti-héros parfait, celui qui met tout le monde face à ses contradictions, ses erreurs et ses mensonges, celui qui vient foutre un énorme bazar pour crever tous les abcès. Kaneda c’était l’ami rêvé, celui à qui tout semble réussir, qu’on finit toujours par écouter et qui brave tous les interdits le sourire aux lèvres.

Moi, j’étais Tetsuo.

Tetsuo, c’est l’un des amis fidèles qui, un jour où il décide de devenir le premier dans une course sur l’asphalte, fait une rencontre brutale qui va le transformer… Dans tous les sens du terme. Suite à son accident avec le numéro 26, un être étrange doté de pouvoirs para-psychiques, Tetsuo va s’éveiller à ses propres pouvoirs, devenant l’un des « enfants-numéros » de l’armée, ces êtres cachés dans le plus grand secret depuis plusieurs décennies. Mais les pouvoirs de Tetsuo grandissent vite, trop vite pour lui comme pour l’armée, et ses difficultés à les gérer font ressortir les pensées les plus sombres de l’adolescent, jusqu’ici un peu timide et renfermé. Sa toute puissance le grise, l’emmène très rapidement vers le meurtre – d’abord par accident puis sciemment – et semble lui interdire le retour en arrière. Encore faudrait-il qu’il le veuille et, de toute façon, bientôt plus personne ne pourra l’arrêter. Cette façon de tout envoyer balader, de tout faire exploser y compris sa propre frustration me séduisait totalement : qu’est-ce que je ferais si j’étais Tetsuo ? Une interrogation récurrente dans mon esprit d’adolescent.

Kaneda - Tetsuo

Kaneda – Tetsuo, frères ennemis © 1984 Katsuhiro Otomo

Et donc arrive ce qui doit arriver, Kaneda se retrouve face à Tetsuo et les deux deviennent des frères ennemis quand le jeune monstre-junkie fait exploser la tête de leur ami commun, Yamagata, dans une scène d’anthologie d’une rare violence. C’est le point de non-retour, franchit à cause de la soif de pouvoir et de reconnaissance d’un adolescent dont on a artificiellement supprimé les limites, au nom de la science et en se moquant bien de ce qu’il allait advenir de son humanité. Mais Tetsuo rendra l’affront à ses manipulateurs, au centuple, en s’intéressant tout d’abord à l’origine de ces dons, sur un chemin qui le mènera rapidement à Akira…

Mais ça et la suite c’est pour le prochain volume, qui sort normalement le 29 juin prochain. On en reparlera sûrement car il y a encore plein de choses à dire sur cette série. En attendant, je compte sur vous pour partager vos souvenirs à la lecture ou à la relecture du titre, en commentaire de l’article !


mai 29th, 2016
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Chroniques manga : 7 nouveautés à essayer pour finir le mois de mai !

⊆ mai 17th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

Chroniques manga mai

Après des fins de séries le mois dernier, chose promise chose due, voici de la nouveauté ! Ce n’est pas ce qui manque et c’est plus d’une vingtaine de tomes 1 qui me sont passés entre les mains ces dernières semaines. J’en ai gardé 7. Au sommaire : de la fantasy avec Drakengard et Gate, de l’historique avec Divci Valka, du shônen étonnamment bien avec le recueil de l’auteur de Seven Deadly Sins. Il y aura aussi du shôjo kodomo très bien trouvé par Glénat, avec 12 ans, du seinen très intéressant pour les curieux de l’édition, avec Bienvenue chez Protect, et enfin un ovni – et ce n’est rien de le dire – publié par Casterman et signé Hiroaki  l’habitant de l’infini  SAMURA : Halcyon Lunch.

Allez trêve de blablas, c’est parti pour les chroniques… Bonnes lectures à toutes et tous !

Fantasyyyy and hiiistoryyyyyyyyy

Allez cher lecteur, dis-moi que tu as cliqué sur la note de musique et que tu chantes avec moi sur cette playlist ! Bon, sinon, tant pis pour toi, et passons aux trois premiers titres qui mélangent de la fantasy plus ou moins dark et une dose d’Histoire assez passionnante.


Gate tome 1Gate, Au-delà de la porte #1 & 2
de Satoru SAO et Takumi YANAI chez Ototo : on commence par une bonne surprise. En effet ce seinen fourre-tout mélangeant guerre et fantasy ne paie pas de mine, car le graphisme de Satoru SAO est des plus classiques avec son chara-design tout droit sorti des années 80-90, entre Dragon Quest et Slayers pour les habitués du genre. Ça donne un petit coté old school et un peu de charme à l’univers pour les nostalgiques, car ce style de dessin se mélange bien aux codes de la fantasy avec ses chevaliers, ses magiciens, ses démons, elfes, etc.. Néanmoins, lors des premiers chapitres, ça donne des personnages très lambdas, qui sont loin d’enchanter le lecteur.

Ce n’est pas pour rien qu’Ototo a publié les deux premiers volumes ensemble, car il faut attendre un bon demi-tome avant que la mayonnaise ne prenne. Comme je le disais plus haut c’est l’univers, ou plutôt l’affrontement de deux univers très différents, qui va donner du sel à cette histoire. Tiens, d’ailleurs, je m’aperçois que je nous vous ai pas encore donné le pitch. Le voici : 20xx, un été dans le quartier de Ginza en plein cœur de Tokyo. Une mystérieuse porte donnant sur un monde parallèle apparaît brusquement. De celle-ci surgissent des monstres et des soldats d’un autre temps. Les Forces japonaises d’autodéfense, les FJA, interviennent et s’installent ensuite dans cet autre monde pour y entreprendre une mission d’exploration…

Vous pouvez lire un extrait sur le site de Ototo également.

Gate tome 2Deux mondes se confrontent donc, celui des forces militaires japonaises avec tout l’équipement moderne et les connaissances tactiques nécessaires, et une armée impériale à l’ancienne faite de soldats en armures, d’archers, d’elfes et de quelques créatures fantastiques comme des orcs et des dragons. Une fois passée la surprise – et le massacre de centaines de badauds qui se baladaient tranquillement à Ginza – les forces japonaises ripostent… et vont mettre quelques sévères raclées aux armées impériales du camp d’en face. Ils ont beau venir par dizaines ou centaines de milliers avec les meilleures lames et les meilleurs destriers, comment voulez-vous que ces soldats qu’un autre temps l’emportent face à une batterie de missile, des mitrailleuses, des grenades, des chars et des hélicos… On se demande donc qui, au sein de ce nouveau Monde, a choisi de faire apparaître cette porte menant sur notre Terre du 21e siècle, tant les premiers échecs sont cuisants.

Vu qu’il suffit d’un bazooka pour faire match nul avec un dragon cracheur de feu, les escadrons nippons envoyés en repérage au delà de la porte vont rapidement devenir des légendes et les nouveaux dieux de la guerre. Cela dit, on comprend quand même assez vite que, dans cette contrée moyen-âgeuse, tous ne sont pas des idiots et qu’il y a encore des puissances démoniaques mystérieuses qui ne sont pas sorties de l’ombre pour prendre part au combat. Idem du coté de notre Monde : l’accès à ce nouvel univers attise les convoitises et les autres pays comme la Chine et les Etats Unis sont impatients de ramasser le pactole de cette potentielle conquête. Tout est donc loin d’être joué et on finit par être assez curieux des prochains rounds.

Enfin, au delà de ce choc des civilisations inter-dimensionnel qui mélange action, tactiques de guerres et politique internationale, on profite aussi de situations assez comiques. En effet, le titre a le bon gout de ne pas trop se prendre au sérieux et joue des nombreux quiproquos possibles sur la rencontre de ces populations, et met pour cela, à la tête des forces humaines, un otaku fort sympathique. Si cette adaptation en manga de light novel n’a donc pas grand chose à voir avec Spice & Wolf ou Fate / Zero, elle n’en n’est pas pour autant dénuée de nombreux atouts… Au bout de deux tomes, me voilà tombé sous le charme !


Drakengard tome 1Drakengard, Destinées écarlates #1  
de Jun EISHIMA, ZET et Taro YOKO chez Kurokawa : de la dark fantasy sans retenue avec sa dose de sang et de sexe (et pour les moins de 16 ans, donc), ce n’est pas si souvent dans les mangas et c’est assez récréatif, surtout avec un chouette coup de crayon. Cette adaptation de la licence vidéo-ludique Drakengard, surtout de l’épisode RPG sur PS3 , nous conte les aventures d’un beau et sombre guerrier, One, capable d’invoquer un dragon. Il est accompagné par Nero, elfe frivole qui aime autant jouer de l’arbalète que… de l’arbalète. Leur but : tuer tous ceux atteints de la maladie de l’œil rouge et détruire l’église des anges.

Dans le domaine de la Dark Fantasy, les challengers sont peu nombreux donc on accueille celui-ci avec plaisir. Il permettra aux fans du genre de patienter entre deux tomes de The Arms Peddler ou d’Übel Blatt. C’est plutôt de ce second que Drakengard se rapproche d’ailleurs avec elfes, dragon, magie et monstres. Néanmoins, avec une histoire qui va se terminer en seulement trois volumes, le scénario ne prendra sans doute pas une ampleur folle. Du côté des personnages, les mangakas ont eu le bon goût de se limiter principalement aux deux héros, dont la personnalité est rapidement limpide, autant par leurs actes que grâce à leur chara-design bien pensé. Si le récit ne s’éparpille pas trop on peut donc espérer un manga qui tient bien la route, en plus du plaisir des yeux sus-cités et d’une bonne dose d’action qui laisse peu de temps mort au titre. De la dark fantasy correctement ficelée, pour ceux qui aiment quoi !

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Divci Valka  
de Kouichi OHNISHI chez Komikku : et un nouveau titre historique, un ! Après les combats normands au XIVe siècle dans Hawkwood chez Doki-Doki, on reste quasiment à la même époque mais on s’envole à Prague pour, devinez quoi, une guerre de religion !

Tout commence en 1415, en plein cœur du Saint-Empire Romain Germanique, quand un théologien du nom de Jan Hus finit sur le bûcher pour avoir proclamé haut et fort la corruption de l’église et les malversations du pape de Pise, Jean XXIII. Il faut dire qu’avant de finir rôti sur la place public pour hérésie, Jan Hus avait de plus en plus de partisans, et le futur Roi du Saint-Empire, Sigismond, devait gérer une crise de l’église qui dure depuis pas loin de 40 ans et qui met un sacré bazar en Europe, avec plusieurs papes et plusieurs courants religieux qui se déchirent et qui affaiblissent le pouvoir global des religieux (ça s’appelle le Grand Schisme d’Occident pour les plus curieux). Bref, ce n’était pas vraiment le moment qu’un théologien viennent rajouter une couche de défiance par là dessus. Donc, hop, au bûcher !

Le soucis c’est qu’en brûlant un homme aimé, on en fait un martyr et on pousse des peuples à se révolter. Les partisans de Hus, les hussites, finissent donc par s’opposer aux catholiques bien plus frontalement que dans un simple débat d’idées : en 1419, 4 ans après la soirée barbecue avec l’ami Jan, on atteint le point de rupture. Un autre Jan, Jan Zelivsky, grand prêtre hussite, mène une attaque en plein Prague avec quelques fidèles et ils tuent des conseillers catholiques en les balançant par les fenêtres. Simple et efficace, ça. Une défenestration à un méchoui partout. Mais le nouveau Pape censé unifier la chrétienté, Martin V, et ce cher Roi Sigismond le prennent assez mal (susceptibles hein ?) et ils partent donc en guerre contre les hussites. Voilà le contexte de cette histoire qui nous fait vivre l’embrasement de cette région que l’on connait sous le nom de Bohême, et qui correspond à l’actuelle république Tchèque.

Le manga débute en 1420 quand l’armée du Roi débute son éradication des hussites. Une jeune fille du nom de Sarka s’avère la seule survivante du massacre de son village et elle va croiser la route de Jan Zizka, chef de guerre hussite et personnage historique qui sera le fer de lance de l’armée hussite dans la guerre qui s’annonce. Il fera de cette survivante un symbole pour motiver les troupes et enclencher la revanche.

divci valka

© Kouichi Ohnishi 2013 / Futabasha Publishers Ltd.

On suit donc une révolte du peuple – l’armée de Zizka étant constitué de paysans – et le mangaka choisir de donner une place prépondérante aux femmes dans son récit… d’où le titre Divci Valka que l’on peut traduire par « la guerre des filles » en VF (d’où le sous-titre la guerre des pucelles, aussi). Ce titre s’inspire d’ailleurs d’une veille légende Tchèque du VIIIe siècle qui mélange une armée féminine d’amazones et la fondation de Prague (et du peuple Tchèque au passage). Le mangaka superpose cette légende au conflit des hussites et confie aux femmes une arme encore nouvelle à cette époque, mais qui va peu à peu faire ses preuves : le pist’ala ou flûte en slave, qui deviendra le bien connu pistolet. Comme vous pouvez le constater on apprend plein de choses dès ce premier tome, aussi bien dans le récit, qui n’est pas avare pour autant en scène d’action, que dans les captivants bonus en fin d’ouvrage qui s’intéressent autant aux faits historiques qu’au folklore et aux populations de l’époque.

Un titre qui rappelle donc Wolfsmund, pour son monde cruel et sans pitié et ses inspirations historiques et folkloriques, mais qui s’en écarte par un graphisme un ton en-dessous et un chara-design plus (trop ?) juvénile. Malgré cet aspect visuel comme petit point faible, on obtient un bon premier volume dans lequel on se plonge rapidement. La série compte actuellement six tomes au Japon et elle est toujours en cours, de quoi développer aussi bien les personnages que le récit, ce qui nous promet le meilleur… On en reparlera très certainement dans ces colonnes. Rendez-vous à Japan Expo pour le tome 2 !

Feuillettes moiiii, découvre moiii-ahaaa

On passe à deux titres qui ne paient pas de mine mais qui méritent qu’on aille au-delà de leur couvertures…

12 ans Glénat12 ans de Nao MAITA chez Glénat : Le shôjo kodomo, ou du moins pour les jeunes adolescentes, ce n’est pas mon truc d’habitude. C’est souvent un tas de fantasmes de princesse, de love story surjouées et de situations abracadabrantesques qui me saoulent rapidement. Pourtant découvrir l’amour à 12 ans est en soi une aventure incroyable, surtout si on y ajoute tous les changements morphologiques de l’adolescence et les histoires d’amitiés qui deviennent parfois compliquées. Mais voilà, pas besoin d’en faire des caisses ni de nous sortir des vampires ou des milliardaires pré-pubères pour raconter une histoire captivante. Et ça, justement, c’est un peu ça le pari du manga de Nao MITA.

12 ans, c’est l’âge de Hanabi, qui n’a toujours pas embrassé de garçon et qui se demande aussi bien comment que pourquoi. Elle se demande aussi quand est-ce que, comme sa meilleure amie Yui, ses premières règles vont arriver. Pendant ce temps Yui se demande, elle, pourquoi elle est tombée amoureuse du garçon qui n’arrête pas de l’embêter…

Des situations banales comme vous le voyez, mais c’est aussi ça qui les rend touchantes et crédibles. Elles sont traitées avec simplicité, de l’humour et pas mal de douceur. Le graphisme est globalement épuré et tout repose sur le chara-design (rond, mignon et réussi) et les émotions, qui sont mises en valeurs par quelques trames bien choisies, en fond. Scénario et visuel misent donc sur la justesse et ne cherchent jamais à nous en mettre plein les yeux avec des rebondissements ou des effets de lumières qui viendraient surjouer l’instant.

Enfin, si 12 ans est appréciable, c’est qu’il peut aussi bien faire écho aux interrogations pratiques comme romantiques des jeunes filles du même âge, qu’aux souvenirs lointains des adultes et parents qui se remémoreront leur propre passage par cette fin de l’enfance. Moi j’avoue que je n’ai pas des masses de souvenirs de cette époque (c’était il y a 25 ans, excusez du peu T_T) mais ça m’a donné envie de filer l’ouvrage à ma nièce qui vient d’avoir 10 ans et qui se posent sans doute, déjà, plein de questions sur ce qui l’attend ! Pour vous faire une idée, direction les premières planches sur le site de Glénat.

Seven_Short_StoriesSeven Short Stories 
de Nakaba SUZUKI chez Pika : Les side stories c’est pour les fans. C’est ce qu’on dit souvent et c’est régulièrement vrai, mais on s’amuse rarement autant que dans le format d’origine, surtout lorsque ces spin-off sont des expériences de jeunesses compilées sur un tome ou deux. Dans ce type de recueil on y voit souvent un graphisme balbutiant, des personnages ou une narration pas encore bien maîtrisés… des erreurs de jeunesse en somme. Dans Seven Short Stories, on est donc agréablement surpris de découvrir quelques courts récits qui regorgent déjà de nombreuses qualités… et on savoure d’autres facettes de SUZUKI qui sont plutôt amusantes.

On profite d’abord de l’une des autres versions de Seven Deadly Sins, où est rejoué le chapitre de la rencontre entre Méliodas et Elizabeth. La version est assez différente, dans le chara-design et la personnalité des protagonistes, mais c’est déjà bougrement bien dessiné. On y repère, aussi, le goût prononcé de SUZUKI pour les jolies filles : ces nouvelles sont d’ailleurs un vrai défilé de canons en tous genres qui ont autant à nous offrir de par leur physique craquant, alléchant voir divin, que par leur caractère, parfois bien trempé, parfois plus touchant ou tout simplement amusant.

Seven Short Stories est aussi riche de nombreuses thématiques : deux romances, un mix western – SF délirant, une histoire très courte de radis complètement loufoque, une comédie qui mélange patinage artistique et héros de baston et enfin les genèses de SDS mais aussi d’une autre série, inédite en France : Ultra Red… que j’aimerai bien essayer du coup, car  cette première version est plutôt sympathique. Bref, ce one-shot n’est donc pas le titre du siècle mais s’avère un excellent divertissement qui permet de découvrir un auteur qui n’a pas que Seven Deadly Sins à nous offrir. Quelques pages en extrait, pour finir de vous convaincre :

Deux titres ooooriiiginaux, des récits qui te collent à la peauuu 

Le premier est passionnant par son propos et sa thématique « du papier au numérique » et le second est carrément une expérience de lecture (et de traduction, aussi). On finit donc avec les titres les plus surprenants du lot !


bienvenue-protect-01Bienvenue chez Protect de Miso SUZUKI chez Akata : Passionnant celui là, il me rappelle des discussions sur le marché du manga que j’ai parfois dans les interviews éditeurs. L’histoire commence avec le stage en entreprise de la jeune Nanami. Elle arrive au sein de la société Protect, une boite de consulting en médias numériques dirigée par un homme aussi extravagant que génial : Jungorô Yamada ! Première mission pour notre jeune fille : remettre sur pied la carrière d’un mangaka anciennement célèbre mais aujourd’hui dans l’impasse, pendant que Jungorô lui-même devra proposer un nouveau business model à un éditeur venu lui demander de l’aide pour y voir plus clair dans un marché culturel en pleine révolution.

Internet et la nouvelle économie de la culture, voilà un thème des plus passionnants et qui touchent tous nos loisirs : manga, littérature et jeu vidéo sont au programme de ce premier tome et ils ne seront sans doute pas les seuls. Le bilan du système éditorial classique n’est pas reluisant et notre expert comme sa stagiaire partent donc en quête de toutes les solutions possibles : changement du rapport entre auteur et éditeur, indépendance et nouvelle relation au lecteur, auto-production et droit d’auteur… Tous les aspects de cette nouvelle donne sont passés à la loupe pour savoir si elles sont de vraies bonnes idées, viables sur le long terme, où si ce ne sont que des fantasmes qui s’empilent dans l’Eldorado casse-gueule de la nouvelle économie.

Si on ajoute l’excentricité du génie de service ainsi que des personnalités intéressantes chez tous les personnages secondaires, le tout saupoudré d’un peu d’humour, on obtient donc un cocktail parfait entre un Que Sais-Je et un Bakuman version seinen. Si vous appréciez les interviews éditeurs de ce blog, c’est un titre en 3 tomes qui est fait pour vous. Vivement le second tome, qui sort ce mois-ci, et qui nous parlera de l’impact des smartphones sur le jeu vidéo !

Pour vous faire une idée, jetez un œil à la preview, sur le site d’Akata.

Halcyon Lunch tome 1Halcyon Lunch de Hiroaki SAMURA chez Casterman : Ce n’est pas l’envie qui me manque de me lancer dans l’Habitant de l’infini, mais faute d’argent et de place sur les étagères c’est avec plaisir que je découvre finalement Hiroaki SAMURA par ces autres œuvres. Après l’intriguant one-shot SNEGUROCHKA qui nous mélangeait politique, Russie et thriller, voici une histoire en deux tomes d’un tout autre genre… Et sans doute le truc le plus barré que j’ai lu depuis un an ou deux, bourré de référence culturelle de tous poils – y en a pas mal sur Jojo d’ailleurs, mais pas que – et dont le synopsis annonce, de toute façon, la couleur : La vie de Gen, chef d’entreprise quadragénaire, est retombée comme un soufflé raté. Gen a la dalle, mais il est réduit à pêcher sa pitance dans les eaux bourbeuses d’une rivière. Sa rencontre avec Hyos va changer le menu. La jeune fille est dotée d’un curieux coup de fourchette (ou de baguette): elle est capable d’avaler tout et n’importe quoi et de le régurgiter pêle-mêle, donnant vie à des créatures aussi monstrueuses que grotesques…
Là où n’importe qui ferait la fine bouche, Gen voit dans l’apparition d’Hyos une chance d’ajouter une étoile au guide de son existence. Mais il découvre très vite qu’en cuisine, une terrible menace plane sur la Terre…
Bon appétit, Gen.

« Un Festin comique de science-fiction en deux services. » comme l’annonce Casterman, et que je résumerais moi-même comme : « un gros bordel où les idées les plus folles s’entre-mêlent pour, au choix, vous faire exploser de rire ou vous sucer le cerveau ». Oui oui, tu lis ça et, pouf, plus de cerveau, parce c’est sans queue ni-tête et que ça part dans tous les sens. En même temps avec Hyos dont l’estomac est relié à une galaxie lointaine et qui régurgite des chimères dignes d’un nouvel épisode sous acide de Godzilla VS Megacheloutra… Forcément ça ne pousse pas à la rationalité. Il faut donc persister cher lecteur. Si tu as l’habitude de lire des trucs étranges – et bouddha sait qu’il en existe des trucs nippons étranges – ça ne devrait pas trop te poser de problèmes. Sinon, fait comme moi et accroches-toi, ça vaut le coup.

Halcyon_Lunch_tome_2En plus de croiser des moments de pur génie what-the-fuckesque qui te vaudras de bons fou-rires, comme le bon de commande parodique de Casterman pleine page pour empêcher une nudité frontale de jeune fille encore mineure, tu finiras par t’attacher à la petite troupe de personnages, Gen et Hyos en tête mais aussi à Ryuta, Metako, Shinji, le chien ASCII (infortunée créature…) et la seconde extra-terrestre du nom de Triazole. Ils sont tous à coté de leurs pompes et certainement pas des modèles de réussite… Mais ils sont aussi très éloignés des clichés qu’on nous sert habituellement, même si le mangaka adore les faire jouer avec.

À travers leur différente aventures, avec un dictateur, avec des amis clochards ou pour sauver notre planète, c’est finalement leur humanité et leur conception du bien et du mal qui finira par vous convaincre. Et c’est pareil pour tout le reste de l’ouvrage, à savoir sa narration comme sa mise en scène folle et inattendue : une fois qu’on a pris l’habitude on ne s’en passe plus. Pour te dire la vérité mon bon lecteur, j’ai failli lâcher prise trois fois lors de la lecture du premier tome, pour le revendre ou le filer à un rédacteur qui l’apprécierait, mais maintenant les deux tomes sont placés bien au chaud dans mes étagères entre l’édition collector de Thermae Romae et les ouvrages de la Collection Latitudes, le rayon des titres dont je ne me séparerai probablement jamais.

Halcyon Lunch, en fait, c’est une aventure à essayer… et qui pourrait bien vous marquer.

PS1 : Bravo au traducteur, pour le travail accompli sur les blagues et la cohorte de références plus ou moins obscures !

PS2 : et donc faut vraiment que je me lance dans l’Habitant de l’infini moi, vivement l’édition collector en juin !

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est question, en images et commentaires, sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des impressions post-lecture à chaud. Rendez-vous au prochain épisode, on parlera très probablement de shôjo !


mai 17th, 2016
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I am a Hero : toujours le meilleur manga de zombie ?

⊆ janvier 8th, 2016 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

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De la fin des années 2000 au début des années 2010 naissait, ou plutôt REnaissait, une tendance, une thématique : celle des zombies, portée aussi bien par les films de morts-vivants de George A. Romero que par le succès du comics The Walking Dead et de sa série télé qui débuta en 2010 aux Etat-Unis. Au Japon c’est à cette époque que naissait I am a Hero, le seinen de Kengo HANAZAWA (Ressentiment, Boys on the run), dans les pages du Big Comic Spirits (20th Century Boys, Bonne nuit Punpun, Ushijima, etc.) de la Shôgakukan.

Comme toute mode, chaque précurseur est toujours suivi d’une lame de fond. Avec l’arrivée en 2012 de I am a Hero aux éditions Kana, c’est toute une déferlante de mangas de zombies qui a suivi, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à une certaine accalmie l’an dernier, excepté le sympathique Crueler than Dead. Le manga de zombie n’est donc pas encore mort (ah ah) mais on peut plus facilement faire le tri. Ainsi, la semaine dernière, lorsque j’ai croisé le 15e volume de I am a Hero, c’était l’occasion d’une séance de rattrapage. J’avais plus ou moins oublié la série depuis le tome 11, en août 2014, et en avalant ces 4 tomes ce fut autant une bonne surprise qu’une confirmation : I am a Hero n’est pas que l’un des précurseurs des nouveaux mangas de zombie en France, il reste aussi l’un des meilleurs de sa catégorie au vu de tout ce que l’on nous a proposé.

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Néanmoins, avant de vous dire pourquoi, je vous propose un petit résumé pour les néophytes où ceux qui ont précocement lâché la série… Je ne sais pas où vous en êtes restés donc je fais simple et sans trop de spoil, mais vous pouvez passer au prochain intertitre si vous êtes à jour.

I’m a sur-vi-vor, i’m gonna make it !

Hideo Suzuki est un assistant mangaka trentenaire qui n’a jamais vraiment percé. Un beau jour, sa vie bascule dans l’horreur : le Japon est infesté par une épidémie qui transforme les gens en zombie et il doit lutter à mort avec sa petite amie pour ne pas se faire dévorer. Finalement, après avoir perdu tous ses proches, Hideo s’enfuit et quitte la ville pour tenter de survivre, fusil à pompe sur l’épaule.

I am a Hero

© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

Son chemin croise celui d’autres survivants mais de nombreux meurent, encore et encore : la menace réveille les bas instincts de certains, les zombies se révèlent plus rapides et plus forts que les humains (plus nombreux aussi), et une morsure suffit pour être condamné. Mais Hideo a beau ressembler à un loser et à un couard, ses rencontres – parfois heureuses, souvent malheureuses – vont petit à petit le changer… Avec un peu de chance, il parvient à continuer sa route. Le voilà désormais aux côtés de la jeune Hiromi, contaminée mais qui reste entre les deux mondes, et de mademoiselle Oda, jeune femme au caractère bien trempé mais au passé peu enviable, fait d’échecs et de déceptions.

Cela dit Hideo, Hiromi et Oda ne sont pas les seuls à survivre dans ce cauchemar éveillé. D’autres gens se sont regroupés, se sont armés et  organisés pour affronter la menace et ce nouveau quotidien : aller chercher à manger, tuer des zombies, trouver des médicaments, tuer des zombies, trouver un endroit plus sûr… tuer  fuir les zombies, décidément trop nombreux. Qu’ils s’enterrent dans une forteresse ou qu’ils optent pour une fuite perpétuelle, ils évoluent tous dans un monde qui semble condamné, où les humains meurent ou mutent les uns après les autres.

Mais plus on en apprend sur cette malédiction, plus elle prend les traits d’une mutation, d’une évolution même… Certains, de rares élus, conservent une part de leur humanité et leur intelligence, tout en gagnant des capacités physiques décuplées dans la transformation. Et tous, des zombies lambdas aux créatures hybrides, sont reliés par une connexion psychique. Un réseau aussi vaste qu’étrange, quasi onirique, où ils ne sont jamais seuls, mais où certains semblent capables de prendre le pouvoir. Pour en faire quoi ? C’est toute la question !

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© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

NO FUTURE

Si la thématique zombie a resurgi des tréfonds du cinéma d’horreur où elle n’était qu’un sous genre pour film de série Z, c’est parce qu’une génération d’auteurs a su en décortiquer les codes, la philosophie et la rythmique pour la régénérer et la réintroduire dans son époque. Dans I am a Hero, la pandémie zombie est autant une fin de l’humanité et un retour à une bestialité animale pour la grande majorité, qu’un reset de notre civilisation pour les survivants. Les immeubles, les supermarchés, la nourriture, TOUS les biens matériels sont alors à portée de main pour quelques êtres humains. Les maisons sont vides, la survie a fait sauter tous les codes moraux, il peut s’écouler des semaines sans que vous croisiez un seul de vos congénères : une liberté totale, une richesse infinie…en apparence. Même si le manga de HANAZAWA ne pousse pas l’isolement au point d’un I am a Legend, il dévoile cette île sauvage et violente mais aussi déserte qu’est devenu le Japon. On entame ce voyage étrange vers l’inconnu, une nouvelle vie où toutes les cartes ont été redistribuées. Je survis donc je suis, ok, mais ensuite je fais ce que je veux… et tout ce qui reste est à moi !

Kurusu - © Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero ProjectMais cet idéal est une chimère et HANAZAWA ne veut pas laisser planer le fantasme trop longtemps, quitte à prendre du recul par rapport à son personnage principal, pour que le lecteur comprenne. Dans le 10e tome, le mangaka se lance dans un second récit, en parallèle. On découvre Takashi, un hikikomori  qui sort de sa prison et fait la connaissance d’une troupe de survivants, comme il en existe plusieurs. Néanmoins, leur leader Kurusu (ci-contre) est des plus singuliers : ce jeune homme facétieux et lunatique – toujours en slip, parce que c’est la classe – est d’une puissance et d’une vivacité peu commune. Intrigué puis séduit, notre cher Takashi intègre ce groupe hétéroclite composé d’une petite dizaine de personnes. De toute façon, il n’a pas le choix. La vérité est que survivre seul est une mission impossible, en tout cas sur le long terme. Les losers de l’ancien monde se retrouvent contraint de retourner à la vie en groupe, peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier car ils sont désormais poussés par le danger, la peur ou la faim.

Ce récit, inattendu, va se poursuivre sur quasiment quatre tomes, montrant les ravages du chacun pour soi, l’ironie du sort, la personnalité qui émerge de chacun de nous face au danger, du courage à la couardise en passant par le pragmatisme et la capacité d’analyse. Chaque membre du groupe a une personnalité assez distincte, bien travaillée, et on se dit que c’est un second récit qui démarre, un nouveau chemin pour une nouvelle bande, qui va venir fusionner avec celle d’Hideo. Mais, même si cette aventure finit par s’imbriquer dans la trame de fond, c’est surtout le récit d’une impasse, qui rappelle l’horreur et la réalité d’un monde de zombies : pour 99.9% des gens cela n’aura rien d’un renouveau du genre humain. Que vous soyez beau et jeune ou moche et vieux, sympathique ou antipathique, armé, attentif et entraîné… Ça finira tôt ou tard par partir en sucette et au moindre faux pas, c’est le bain de sang assuré.

Même si HANAZAWA aime jouer avec l’ironie d’un loser qui devient un héros, thématique déjà abordée auparavant dans Ressentiment, I am a Hero n’est donc pas une revanche idéalisée des mal-aimés. Etant au départ isolés de la société contaminée, les exclus mourront sans doute plus tard, certes, à coté des malins et des guerriers bien armés, mais ils mourront comme les autres…

Comme aime le rappeler ce seinen : mourir, il n’y a rien de plus facile.

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© Hanazawa Kengo/Shogakukan / I Am a Hero Project

La clôture de cette parenthèse se fait avec la découverte de cette nouvelle race, entre humain et zombie, et la genèse d’un nemesis pour Hideo. C’est aussi la fin de l’errance léthargique de la population zombie, qui semble se regrouper en divers endroits pour s’entre-absorber et devenir d’étranges créatures. Difficile de dire vers quelle dynamique va partir l’auteur après toutes ses révélations, mais quelle que soit l’ampleur du scénario, le désir de poser des ambiances hyper immersives et angoissantes reste constant. Les décors sont toujours aussi nombreux et hyper détaillés, avec une excellente gestion des tons de noirs et blancs employés, on s’y croirait :on respire la froideur d’une nuit, on entend le chuchotement des survivants. Je me dis donc que rien ne sera précipité, que le voyage va perdurer en gardant tout son sel, que les phases d’action pour la survie alterneront brillamment avec un étrange quotidien fait de peurs et d’accalmies.

Le manga de zombie est une aventure et, en plus du travail graphique et de la modernité apportés par un auteur foutrement doué, I am a Hero continuer de créer une dystopie immersive qui gère avec brio la composante humaine, sans jamais perdre l’équilibre entre crédibilité de la catastrophe et folie du chaos, se hissant à la hauteur des icônes américaines du genre. Aussi fou que soit le postulat zombie de départ, s’il devait en un jour funeste se réaliser, on se dit que c’est à ça qu’il pourrait ressembler. 

I am a Hero c’est un peu comme Le Guide de Survie en territoire Zombie de Max Brooks : on l’emporterait quand même, juste au cas où. Mais nous serions sans doute morts ou zombifiés avant de comprendre ce qui nous arrive. Damned !

I am a Hero

i-am-a-hero-tome-15Fiche descriptive

Titre : I am a Hero
Auteur : Kengo Hanazawa
Date de parution du dernier tome : 11 décembre 2015
Éditeurs fr/jp : Kana / Shôgakukan
Nombre de pages : 208 n&b
Prix de vente : 7.45 €
Nombre de volumes : 15/18 (en cours)

Visuels : © Hanazawa Kengo/Shogakukan/I Am a Hero Project

Pour en savoir plus vous pouvez suivre l’auteur sur son compte Twitter. Sachez également qu’un film sort au Japon cette année, le 23 avril prochain. Il sera réalisé par Shinsuke Sato (Gantz, Library Wars, Princess Blade), tandis que Akiko Nogi (Library War, Sayonara, Robinson Crusoe) se chargera du scénario et Makoto Kamiya(Gantz, Cutie Honey, Resident Evil: Degeneration, Resident Evil: Damnation) s’occupera du maquillage et des effets spéciaux. Le personnage principal, Hideo Suzuki, sera interprété par Yo Oizumi, et voici la bande annonce qui est plutôt alléchante :

 


janvier 8th, 2016
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Paoru.fr, la 600e : Chronique de manga, mon amour !!!

⊆ décembre 20th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Interview, Manga, Manga / Japanimation, Plumes | | ˜ 2 Commentaires »

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Pour cette nouvelle centaine je suis revenu à cet exercice qui m’éclate toujours autant : faire parler les autres ! Depuis la 500e du blog il y a 2 ans, j’ai pu croiser pas mal de nouvelles têtes sur Twitter qui appartiennent au monde du manga : je les ai donc invitées, eux et des plus anciennes connaissances, pour un échange sur un sujet universel… la chronique de manga !

Comment chroniquer, quoi chroniquer, à quel rythme chroniquer, que mettre ou ne pas mettre dans une chronique (that is the question), chroniquer d’amour et d’eau fraîche ou de rage et de désespoir mais aussi observer, décortiquer, goûter, savourer ou vomir avec les cinq sens du lecteur, de l’éditeur, du traducteur ou de l’attaché de presse en mi majeur !

J’ai donc frappé à de multiples portes et ils ont tous ou presque répondus présents et je les en remer … Ah NON les gars on avait dit pas de tomates pourries sur Rémi, il a dit qu’il avait piscine, faut le comprendre ! Et en plus vous allez me saloper le parkweeeeeeh !

Je disais quoi moi… Je ne sais plus là… Bon on s’en moque finalement : allez hop en route pour cette 600e !

Préambule : qui est-ce qui vient dîner ce soir chéri ?

Et oui, les présentations s’imposent. Je vous livre donc les invités de cette aventure, par ordre d’apparition à l’écran :

600e Paoru Guest list

Gérome aka l’Otaku Poitevin : J’ouvre le bal ! : Salut, moi c’est Gérome (L’Otaku Poitevin) 35 ans, je vis en couple avec deux enfants au foyer (ma belle-fille 16 ans et demi et Charlie 5 ans). De retour aux études pour devenir infirmier je me remets la tête dans les bouquins, j’ai donc un peu moins de temps en ce moment pour les animes du coup je me concentre plus sur le format papier. Mon lien avec le manga est simple, je suis un consommateur infecté par une collectionnite aiguë. Je ne suis pas un gros lecteur de chronique, j’en lis peut être 3 ou 4 par semaine et encore ça m’arrive de ne pas en lire pendant plusieurs semaines. Est-ce utile de préciser que je suis un passionné de l’univers manga depuis les années 90 ?


Fabien :
Je m’appelle Fabien Vautrin, je travaille pour les éditions Kurokawa depuis bientôt onze ans. J’y porte la double casquette de directeur artistique et conseil en stratégie, j’ai aussi la chance de m’occuper avec ma femme de l’adaptation française de certains titres (actuellement les œuvres de Hiromu Arakawa, Ultraman et Pokémon). Avant de bosser pour Kurokawa, j’ai tenu pendant quelques années un site nommé Sugoi! consacré aux jeux vidéo japonais et j’ai collaboré au magazine GameFan.


Meloku
: Joan (alias Meloku), 24 ans. Mon lien avec le manga a débuté très tôt, vers 5-6 ans, avec l’inévitable Dragon Ball. J’ai quasiment appris à lire avec, du coup je suis naturellement resté attaché au média. Aujourd’hui je lis une dizaine (voire une quinzaine) (bon ok, souvent beaucoup plus) de mangas par semaine. J’ai la chance d’à peu près comprendre plusieurs langues, ainsi je ne me contente pas que du marché français. Je donne mon avis sur Nostroblog (que j’ai créé avec des copains) et dans Animeland (que je n’ai pas eu la chance de fonder mais qui a débuté quelques mois après ma naissance. Coïncidence ?).


Guillaume :
Je m’appelle Guillaume Kapp, je travaille pour les éditions Ototo / Taifu Comics et Ofelbe depuis un peu plus de 3 ans maintenant. Je m’occupe de toute la partie communication et relations presse pour ces éditeurs. Il s’agit de mon premier poste dans le secteur de l’édition. Avant ça, j’étais étudiant et je travaillais parfois pour la librairie Manga Café à Paris. Outre les mangas et séries animées, je suis également passionné par la musique japonaise, notamment le JRock.


Ours256 :
Yo. Je m’appelle Salomon IFRAH. Prof de français et d’espagnol le jour, chroniqueur la nuit, j’ai fait mes armes il y a plus de 4 ans sur Krinein (j’ai commencé en tant que rédacteur avant de devenir Rédacteur en Chef). J’écris depuis quelques années pour Nostroblog et depuis septembre, je travaille, avec Kubo (Mangacast) sur mon nouveau bébé qu’on a nommé Manga Mag. Je passe tellement de temps aux toilettes que forcément, j’ai le temps de lire pas mal de trucs. Depuis le début de l’année, je me suis auto-proclamé gourou de la Secte des Adorateurs de Masato Hisa.


Wladimir Labaere
: Moi, à la base, j’adore les dim-sum (les bouchées à la vapeur, quoi). Et longtemps, j’ai cru que les mangas, c’était chinois. Alors je peux dire que je suis venu aux mangas sur un malentendu géographico-culinaire.


Victoire
:
Moi j’aime beaucoup les Kinder ou encore la Marmite (et aujourd’hui c’est le jour du Panettone que j’aime très fort aussi) mais ça n’a rien à voir avec le manga. Sinon je suis tombée dedans à cause de mon mémoire de fin d’étude. Je trouvais que c’était une manière “intelligente” de rentrer dans cet univers que je zieutais depuis longtemps, tout en ayant peur de tomber dedans… Je ne voulais pas devenir une vieille nana coincée chez elle avec ses chats et ses mangas.

 

A ces joyeux drilles est venue s’ajouter une attachée de presse mystère qui a glissé quelques réponses directement par téléphone à l’oreille du chocobo. Sauras-tu retrouver de quelle maison d’édition elle s’occupe jeune lecteur ? Ludique et mystérieux ce papier, quelle chance pour toi petit scarabée !

Il était une fois… la première fois !

Et donc la question se pose : comment tout ça a commencé et quels souvenirs gardent-on de nos mains, autrefois fébriles et excitées, qui ont caressé les touches du clavier for the very first time, qui se sont laissées à l’extase de l’expression passionnée et des langues déliées ?

Pfiouuuu… Il fait chaud d’un coup, vous ne trouvez pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Je fais des chroniques manga depuis moins de deux ans, je suis donc un jeune chroniqueur comparé à certains. La chose qui m’a donné envie d’en faire c’était un concours sur Otaku Attitude, du coup je me suis pris au jeu et ai continué en faisant une page Facebook puis sur Mangalerie . J’aime bien donner mon avis c’est peut-être ça qui m’a aidé à commencer aussi. J’ai relu mes premières chroniques récemment, j’ai trouvé que mon écriture était bancale, tordue plutôt, elle l’est encore régulièrement, c’est que je dois l’être un peu aussi !

Mangalerie

Fabien : J’ai déménagé l’été dernier et je suis retombé sur de vieux magazines du début des années 2000 dans lesquels j’écrivais quelques pages (principalement des titres du groupe FJM sous la direction d’Iker Bilbao). C’est une expérience assez étrange de se relire 10-15 ans plus tard, le plus perturbant étant que je ne me souvenais absolument pas avoir écrit la plupart de ces articles. Il s’est passé tellement de choses depuis, aucun regret, il faut aller de l’avant.

SolaninMeloku : Je suis longtemps resté muet sur Internet, me contenant de lire les avis des autres (sur Mangaverse puis Manga-News principalement). Un jour, un manga m’a mis une claque monumentale, un peu comme s’il avait été écrit pour me parler. C’était Solanin d’Inio Asano. C’est ainsi que je me suis dit que s’il m’a touché à ce point, il a le potentiel de faire le même effet sur d’autres. Je suis donc devenu actif sur quelques forums de mangas. De fil en aiguille j’ai créé un premier blog, puis j’ai été recruté par Manga-News. Après quelques années sympas j’ai quitté le site pour parler plus librement de ce que j’aime, le tout entouré de copains du net qui partagent la même passion, mais pas forcément de la même manière.

A part ça oui, je relis parfois de vieilles chroniques. Et non seulement j’apprends des infos que j’avais zappé mais je suis également surpris par le vocabulaire que j’employais : j’écrivais bien mieux avant ! Du coup je ne sais pas ce qui me déprime le plus : être conscient que mon écriture se détériore ou réaliser que je perds la mémoire. Merci pour ta question Paoru, vraiment ! (note du chocobo : oh tu sais, moi, si je peux aider !)

Ours256 : Pour ma part, je suis l’exemple type du mec arrivé totalement totalement par hasard. Un jour, Plax (un ex-membre de Krinein qui a, depuis, fondé une chaîne appelée Memory Card) a débarqué sur Manga Sanctuary et mis une annonce de recrutement. J’étais étudiant à l’époque, ce qui me donnait pas mal de temps libre. J’ai tenté et j’ai été pris. Après tout, j’avais déjà lu pas mal de trucs et j’avais l’impression de savoir de quoi je parlais donc… Avec le temps, l’équipe s’est réduite et le responsable est parti. J’ai repris les rennes et il faut avouer que j’ai beaucoup fait évoluer la ligne éditoriale du site (je suis super indécis :D).

Lorsqu’on a décidé de lancer Manga Mag avec Kubo, il fallait du contenu de base. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas une mauvaise idée de reprendre de vieilles chroniques. En me relisant, je me suis dit que c’était quand même pas top. Que ce soit au niveau de la structure de mes chroniques trop variable ou même du rythme, il y avait encore pas mal de boulot. Par contre, je n’irais pas jusqu’à dire que je ne les aime pas. J’ai pris un petit plaisir à les relire mais surtout à les éditer, à essayer de les moderniser, preuve que tout n’était pas à jeter.

Wladimir Labaere : Après des études, entre autres, de japonais (le malentendu cité plus haut était alors dissipé), et une année passée au Japon, j’ai décidé de travailler « dans le manga » (C’était quand même une passion depuis une vingtaine d’années !). J’ai tapé à pas mal de portes. On était en 2006, il était sans doute moins compliqué de trouver du boulot dans ce secteur à l’époque qu’aujourd’hui. J’ai alors mené une carrière très brève dans la presse manga. Animeland et dBD ont été les deux principaux magazines pour lesquels j’ai écrit pendant quelques mois. En parallèle de mes études de japonais aux Langues’O, j’avais suivi à l’Institut d’Études Politiques de Paris un cursus de sociologie politique appliquée à l’Asie. Mon mémoire de Master 2 portait sur les représentations de la fin du monde dans les mangas.

Les chroniques et articles de fond que j’ai rédigés ont ainsi été guidés, en plus d’une analyse littéraire, par la volonté de chercher ce que disaient les mangas et anime sur la société japonaise contemporaine. Très vite, j’ai commencé à traduire des mangas et anime, activité qui a rapidement pris le pas sur mes activités de chroniqueur. J’ai donc arrêté d’écrire au bout de quelques mois, faute de temps. (Pour l’anecdote, l’un de mes premiers boulots de traduction, je le dois à Animeland : je devais en être à mon troisième ou quatrième article, principalement pour la rubrique « transversale », quand la rédaction a reçu un coup de fil un peu paniqué de Kana Home Vidéo, qui s’était fait planter par un traducteur sur la série animée Sergent Keroro et cherchait donc quelqu’un pour reprendre la trad en toute urgence.) Aujourd’hui, mon rapport à la presse manga, papier et web, est celui d’un éditeur. J’aime beaucoup discuter avec les gens qui écrivent. Pour leur « vendre » mes mangas, bien sûr, en expliquant ce qui fait les qualités des titres, les raisons pour lesquelles je les publie, de quelle manière ils peuvent enrichir l’offre présente sur le marché francophone… Mais je prise tout autant ces échanges pour le regard différent qu’ils m’apportent sur mes titres.

3rue_mysteresJ’ai exhumé très récemment une chronique écrite en 2006, pour @ours256 qui a concocté un dossier hommage à Shigeru Mizuki pour @MangaMag. C’était une courte chronique sur 3, Rue des mystères. J’angoissais pas mal, et je m’étais promis d’enterrer ce texte si, presque dix ans après, je le trouvais honteux, mais à ma grande surprise, je ne l’ai pas trouvé si nul. J’ai également pu me rendre compte que je n’aurais pas du tout écrit ce texte de la même manière aujourd’hui. En troquant ma casquette de chroniqueur pour celle de traducteur et d’éditeur, j’ai vraiment adopté une autre manière d’appréhender et d’apprécier le manga.

Victoire : De mon côté, je ne chronique pas trop de mangas en fait… j’ai bien fait un ou deux articles (plus sur les anime que sur les mangas d’ailleurs) sur mon blog à l’époque mais sinon pas trop… Enfin si, je chronique MES mangas ! 😀

C’est tout un art de présenter ses mangas aux journalistes, pour sûr ! Et oui, j’ai relu mes chroniques, et je les trouve carrément top : elles sont écrites comme je parle, avec des citations des films Disney un peu partout, c’est un bonheur à lire… En tout cas pour moi, je m’y fais rire moi-même… ahahah !! Par contre, si on ne me connaît pas je pense qu’on doit me prendre pour une folle ! ( Note du chocobo : parce que lorsqu’on la connait c’est différent ? 😉 )

L’instant TOP CHEF : les ingrédients de la chronique !

Les personnages, le scénario, la narration, le graphisme ou le thème c’est comme le sucré, le salé, l’acide, l’amer et le mystérieux umami en cuisine : il y a une infinité de recettes possibles dans une chronique de manga. Même si l’on aime souvent aborder tous ces sujets, il y a toujours des saveurs qui sont plus appréciées par le palais et des aliments que l’on préfère cuisiner à d’autres. On a donc refilé des toques à nos invités et on a causé d’ingrédients et d’amour du bon pavé… Sans oublier d’évoquer des petites sauces plus spécifiques au format manga : la traduction et l’impression !

Noirs et mangaGérome/l’Otaku Poitevin : J’aime bien parler de l’impression générale que me laisse un manga, j’évoque ces notions de narration, des scénarios etc mais n’étant pas un spécialiste je ne m’attarde pas trop la dessus. Quand je lis des chroniques j’aime bien avoir une sensation de maîtrise de la part de l’auteur, que je n’ai pas l’impression qu’il dise des conneries quoi ! Quand je lis quelqu’un qui s’y connaît dans un domaine, on a des précisions qu’on n’a nulle part ailleurs. De même les chroniques pleines de références sont super intéressantes car derrière tu découvres plein de titres cools ! C’est là que Meloku est fort, en une page tu te trouves avec 4 nouveaux titres dans ta wichlist !

Pareil quand les thématiques abordées sont pertinentes et originales, j’ai en exemple cet article que je viens de lire sur la place des noirs dans les manga, c’est simple, l’auteur ne met pas les blacks en victime mais rationalise sur les stéréotypes fréquemment utilisés par les mangaka, bref je l’ai trouvé cool.

Meloku : Au départ j’aime bien analyser la structure narrative et la mise en scène graphique (mais moins le dessin, car je ne m’y connais pas suffisamment). Mais j’ai évolué. Aujourd’hui j’aime mettre en exergue l’impact social que peut avoir un manga, ce qu’il peut représenter pour celui qui le lit. Je me plais également à chercher ce qu’un auteur a voulu transmettre à travers son œuvre. Mais c’est dur et ça demande des efforts importants pour quelqu’un d’aussi peu futé que moi. Bon je vais essayer de pas trop me rabaisser quand même, mais je galère très souvent à écrire, alors quand je reçois les encouragements de quelqu’un comme Ours256, que j’ai des retours positifs sur un billet ou même que je reçois des prix, bah je suis soulagé, je me dis qu’en fin de compte je ne suis pas si nul que ça. C’était quoi la question déjà ?

Ours256 : Pour ma part, j’adore parler narration, encrage, imagerie. Mon amour pour la littérature est en cause pour le dernier bien évidemment et il y a de nombreux auteurs qui savent exprimer les émotions avec un talent certain. Pour utiliser un exemple récent, je vais prendre ARAI dans Les Misérables qui représente les états d’âme de Jean Valjean avec un lion d’une férocité folle. Pour l’encrage, impossible de ne pas citer FUJITA et Moonlight Act qui me donnent des frissons à chaque fois que j’en lis un tome. Le trait de cet auteur est tellement explosif qu’il ne peut laisser de marbre aucun lecteur. Qu’on aime ou qu’on aime pas, on aura un avis sur la chose. J’ai gardé le meilleur pour la fin mais niveau narration, c’est bien évidemment à Masato HISA que je tire mon chapeau. Il me fait rêver avec Area 51 mais aussi avec Jabberwocky. Avec lui, un seul mot d’ordre : le dynamisme. Si je commence à en parler, je vais plus m’arrêter donc je dirais juste qu’il fait partie de ceux qui parvient le mieux à allier le fond et la forme.

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Wladimir Labaere : Au risque de me répéter, j’aime qu’une chronique prenne un peu de hauteur et/ou des chemins de traverse. Je me rends compte que j’apprécie aussi de pouvoir trouver, à un moment ou un autre d’un papier, une contextualisation de l’œuvre chroniquée : qui est l’auteur, qu’a-t-il fait d’autre ou que fait-il d’autre que le manga en question, que ce soit en manga ou dans d’autres domaines. J’aime aussi lire en quoi, selon le chroniqueur, le titre en question s’inscrit dans son temps (fait-il écho à quelque chose de réel ?). J’apprécie aussi pas mal le jeu des références, c’est-à-dire quand le chroniqueur replace une œuvre dans une famille (fût-elle graphique, scénaristique ou thématique). Le mieux étant que le chroniqueur trouve des résonances avec des romans, des films, des tableaux, telle ou telle musique (et surtout, pas uniquement en provenance du Japon)…

En fait, je me fous pas mal qu’on me raconte l’histoire en plus de deux lignes. Ça me donne généralement l’impression de perdre mon temps. Ce que j’attends d’une chronique, c’est une vision construite, argumentée, et surtout personnelle, d’un titre. Tout ça pour dire que les titres Sakka, on l’aura compris, c’est du pain bénit pour les chroniqueurs qui veulent s’amuser.

Victoire : J’aime bien qu’une chronique se déroule sans accroc ! Sinon, j’aime bien qu’elle évoque un peu de tout ça, et comme dit Wladimir d’une très belle manière, qu’il y ait une certaine réflexion (perso forcement) sur l’histoire, l’auteur, le message de l’œuvre, etc.

Les vacances de Jésus & Bouddha 10Comme je le disais plus haut :  la traduction c’est très rare qu’on en parle dans les chroniques ou articles, excepté pour des débats sur les adaptations au contexte, comme l’humour dans Jésus et Bouddha par exemple qui est parfois écrit avec des références françaises… Donc si un chroniqueur non bilingue veut savoir s’il a un bon travail de traduction entre les mains pour l’évoquer dans sa chronique… il fait comment ? Réponses des concernés :

 

Fabien : Si la traduction n’est pas mentionnée, c’est qu’elle a rempli son rôle à la perfection. Le but ultime d’une traduction est d’être totalement transparente aux yeux du lecteur. Pour le sujet qui nous intéresse, elle doit aussi s’intégrer avec fluidité dans le découpage imaginé par l’auteur, retranscrire de manière cohérente les caractères des personnages ou même attraper le lecteur par la main dans les passages un peu compliqués afin qu’il puisse souffler et prendre du recul sur l’action. De mon point de vue, si tout ceci s’effectue sans même que le lecteur ne s’en rende compte, le pari est gagné.

Ours256 : Je ne suis pas éditeur mais je suis traducteur à mes heures perdues, d’anglais et d’espagnol soit, mais les problématiques sont les mêmes que pour le japonais. Ce que @Fab a dit est complètement vrai même si j’aimerais y ajouter une petite nuance. Une bonne traduction peut être considéré comme telle si le lecteur lambda ne se rend pas compte qu’il y a eu un petit remaniement (les structures des langues ne sont jamais les mêmes). Un lecteur spécialisé aura probablement déjà découvert sa série préférée dans une autre langue ou même dans la langue originale du titre. A partir du moment où il s’est fait sa propre idée, impossible (ou très difficile) de lui faire changer d’avis ou d’essayer de négocier sur un nom ou une transcription. Autre point : il faut que ça reste fluide et cohérent. Voir un jeune garçon parler comme un livre du XVIIe siècle ou des morceaux de phrases qui ne s’emboîtent pas vraiment… bof bof… Un dialogue reste un dialogue.

Wladimir Labaere : je suis très partagé sur la question du traitement de la traduction dans les critiques de manga. Je me dis que pour avoir la légitimité de parler de la traduction d’un titre qu’il chronique, un chroniqueur doit avoir lu le titre dans sa version originale. Il n’y a qu’ainsi qu’il pourra produire un discours pertinent sur ce point. Mais est-ce que ça intéresse les lecteurs ? Et est-ce que ça doit les intéresser ?

Je suis tout à fait d’accord avec Fabien sur la « transparence » d’une traduction. Si le lecteur ne se dit pas qu’il a affaire à une traduction, c’est souvent gage de qualité (sauf dans le cas où un traducteur réécrit talentueusement toute l’histoire, mais ça, j’ose espérer que ça n’existe pas). Mais une traduction ne doit pas être « neutre » pour autant. Par sa qualité, elle doit immerger le lecteur dans l’univers d’un auteur. Et je ne connais peu d’auteurs de manga qui se disent : « tiens, j’ai une idée : tous mes dialogues vont avoir un électro-encéphalogramme complètement plat. »

En tant que traducteur et éditeur, je sais qu’une mauvaise trad peut massacrer une œuvre, quand une bonne peut la sublimer (pour prendre les deux extrêmes du spectre des traductions). Et quand je dis « mauvaise trad », je ne parle pas uniquement du sens (là, c’est la responsabilité des éditeurs de trouver des traducteurs compétents), mais plutôt de l’adaptation. Je lis encore pas mal de mangas en français sans les avoir lus en japonais, et il m’arrive souvent de « voir » le texte japonais derrière le texte français. Je reconnais des structures grammaticales, des tournures calquées sur le japonais, ce qui est tout sauf naturel et me fait donc « sortir » de l’œuvre. Et pas seulement parce que je parle japonais, loin de là. C’est surtout que je considère la situation et que je me rends compte (à tort ou à raison), que là, en français, personne ne dirait ça comme ça. Le français et le japonais sont des langues d’une richesse immense, mais pas de la même manière.

Quand on considère que le manga, c’est avant tout des dialogues, il y a un « truc » très simple : je conseille fortement à tous les traducteurs auxquels je confie des titres de mettre leur travail à l’épreuve de l’oral. « Lis ta trad à voix haute, tu verras tout de suite si, en français, dans la vraie vie, dans cette situation donnée, on dit ça comme ça. » Il faut que ça coule ! Qu’on entende une musique ! (Je ne demande pas le gueuloir de Flaubert, mais presque.) Le tout en respectant l’alliance image/texte, le découpage des planches, la taille des bulles. C’est là que je me dis que parfois, une excellente maîtrise du français est sans doute plus importante qu’un niveau de brute en japonais. La pratique du sous-titrage de films ou d’anime oblige, du fait de la contrainte du nombre de signes, à une gymnastique intellectuelle permanente qui peut s’avérer très utile quand on traduit un manga. (Digression : désolé les fansubbbers qui balancent des sous-titres de 8 lignes et des « notes » sur l’écran, mais en sous-titrage, il y a des règles, la première étant qu’un sous-titre doit être lisible par l’œil humain dans le temps où il apparaît à l’écran, tout en laissant le possibilité de suivre l’action.)

Même question sur la fabrication : qu’est-ce qui nous dit que l’éditeur a mis les moyens sur la qualité de son bouquin ou au contraire qu’on a du caca d’éditeur entre les mains ?

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A cette question Gérome rajoute d’ailleurs la sienne : « Je me demandais si le “fabrication française” pouvait être un argument de vente, je parle du choix d’une imprimerie française ou italienne par exemple, vu que c’est un peu tendance en ce moment. Ou peut-être que la différence de prix/savoir faire est vraiment significative ? »

 

Fabien : Pour ce qui est de la qualité de fabrication du livre, il y a des critères objectifs et subjectifs. La souplesse et la blancheur du papier par exemple sont des éléments où chacun a sa préférence personnelle. Pour avoir eu des mangas venant de nombreux pays entre les mains, je peux affirmer sans trop de risque que le niveau moyen français est parmi les plus élevés et fait presque jeu égal avec le Japon. Il y a aussi l’aspect culturel qui entre en compte car en France, on aime les beaux livres. Les jaquettes, la création graphique, les pages couleur, les effets de couverture, toutes ces petites attentions qualitatives sont rares dans les autres pays. Je pense que les lecteurs de mangas en version française ne se rendent pas compte à quel point ils sont gâtés.

>> @ Gêrome : Ça tombe bien, en ce qui concerne Kurokawa, tous nos mangas sont imprimés dans la banlieue de Poitiers ! Je doute que l’argument « fabriqué en France » fasse autant d’effet sur les mangas que sur les produits frais mais il a le mérite d’exister. On parle des avantages financiers à délocaliser mais on oublie souvent les deux très gros avantages à imprimer en France : la confiance et les délais. La confiance car nous travaillons depuis des années avec le même imprimeur et il possède une expertise suffisamment grande pour nous alerter en cas de problème. Il est au moins aussi exigeant que nous car il a la fierté du travail bien fait. On peut même s’y rendre en cas de besoin, c’est à moins de deux heures en TGV. Les délais ensuite car imprimer à l’étranger rend dépendant de la logistique et des aléas des transports. Imprimer en France nous autorise aussi à être plus réactif et à peaufiner nos titres jusqu’au dernier moment.

Manga - Photo ©Paoru.frGuillaume : Je ne m’occupe pas vraiment de la partie Fabrication, mais j’ai la chance de pouvoir donner mon avis et je suis aussi consommateur !

Tout d’abord, pour le grand public, je ne pense pas (malheureusement) que l’argument “Fabrication Française” soit très important, mais pour nous, éditeurs, cela représente plusieurs avantages comme les délais, la flexibilité et la confiance. Ces critères sont très importants, car s’il y a un problème, c’est tout notre planning de publications qui peut être bouleversé. L’impact sur la partie communication est donc direct… et devoir décaler une campagne de communication prévue depuis longtemps est très compliqué…

Après, il y a des critères plus personnels comme la blancheur du papier, son épaisseur qui sont importants pour les lecteurs, car ils rendent leur lecture plus agréable.

Comme a pu le dire Victoire, le choix du papier également très important pour les éditeurs car il jouera sur la qualité d’impression. Le choix de l’imprimeur se fera donc également en fonction des différents papiers qu’il propose. Dans la partie Fabrication, il faut aussi parler de la partie création graphique avec les jaquettes, les couvertures, et la présence de pages couleur. Ces points sont très importants car ils participent à la mise en avant du livre. Comme dirait Fabien, il s’agit “d’attentions qualitatives” qui valorise le livre, l’édition.

Ours256 : Je rejoins Guillaume sur la partie fabrication. Je suis tout de suite plus attiré par un bel habillage graphique et par un vernis qui “en jette”. Les gros livres ne me font pas non plus trop envie, quand c’est trop lourd, ce n’est pas agréable. Je pense surtout aux intégrales de plus de 500 pages, c’est pas le top niveau plaisir de lecture.

Gérome/l’Otaku poitevin : >> @Ours256 les gros volumes ne me dérangent pas, au contraire même, j’aime bien le côté “bel objet” (quand l’édition fait bien son boulot). Mais j’admets que les belles couvertures sont un plus.

Wladimir Labaere : Du point de vue de l’éditeur, un « bon » imprimeur, c’est celui qui concrétise la volonté d’un éditeur pour ce qui concerne l’objet, volonté traduite par son service production en un cahier des charges. Peu importe la « nationalité » de l’imprimeur.

Cela dit, il est vrai qu’il y a des avantages pratiques (évoqués par Guillaume) à travailler avec un imprimeur français. Mais pour ma part, je pense d’abord à l’objet que les lecteurs prendront en main, à leur première impression, qui va conditionner leur expérience de lecture. De ce point de vue-là, ça ne me dérange absolument pas que, lorsque des lecteurs parlent d’Area 51, ils évoquent d’abord le « toucher » si particulier de la jaquette, ses couleurs ultra-pétantes… Parce que c’est complètement raccord avec l’intérieur, que ça forme un tout.

Victoire : Je rejoins Wladimir, un bon imprimeur va être celui qui suit l’idée de l’éditeur, l’écoute et travaille avec lui à la bonne réalisation d’un ouvrage, et ce, quelque soit sa “nationalité”. Pour être allée poser la question à notre chef de fabrication, elle dit qu’elle n’a pas forcement plus confiance en un imprimeur français qu’en un autre. Elle a, par exemple, une relation de confiance bien plus forte avec notre imprimeur italien… (NDLR : L.E.G.O., cf visuel ci-dessous). C’est une question humaine et pas forcement une question de “nationalité”. En ce qui concerne les questions de délais, effectivement elle a 3 jours de moins si elle prend un imprimeur français, ce n’est pas non plus énorme selon ses dires. 🙂

Cependant, question prix, les français ont plus de mal à s’aligner avec les autres, notamment à cause du coût d’un employé en France… Enfin, la qualité d’un ouvrage ne dépendra pas seulement de l’imprimeur lui-même, mais aussi des choix de l’éditeur au niveau du matériel (papier, vernis, etc.)

LEGO

 

Pour finir, impossible de ne pas parler du 6e ingrédient essentiel, ce 7e sens qui fait brûler le cosmos du rédacteur et transforme sa plume en aile-dorée-façon-saiyajin-god : l’inspiration… et son fidèle nemesis : le manque d’inspiration !

La question est donc : Y a-t-il des auteurs ou un style/genre ou thématique de manga que vous aimez chroniquer plus particulièrement ou d’autres que vous aimez bien mais avec qui vous rencontrez un mal fou dès qu’il faut écrire dessus ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Il y a quelques sujets qui me font dépenser pas mal d’encre, c’est tout ce qui est impact psychologique sur les personnages lors d’événements ou selon leurs interactions, ou j’aime bien faire un rapprochement avec une discipline que j’étudie c’est la santé mentale. Les personnages ont souvent, comme dans la vraie vie, des personnalités diverses et sont souvent troublés par différentes choses. J’ai pris le parti d’en faire un article une fois. Je ne sais pas si les ça intéresse les gens mais moi si. L’aspect social est aussi très présent dans mes chroniques. Du coup j’adore des auteurs comme Usamaru Furuya ou Takehiko Inoue, ce dernier rajoute le côté sportif (basket) que j’adore.

Meloku : Kazuo Kamimura et Suehiro Maruo sont sans doute mes chouchous pour l’écriture, je ne me lasserai jamais d’écrire sur eux. En revanche, j’ai un mal fou à écrire sur Inio Asano, et principalement sur Solanin. Sans doute parce que je suis trop perfectionniste tellement cet auteur m’a marqué. Mais j’ai trouvé la solution avec cet article , j’ai comparé Inio Asano à Kazuo Kamimura et ça m’a permis non seulement de prendre du plaisir à l’écriture mais aussi d’être fier du résultat. Malin non ?

Ours256 : Pour les auteurs, c’est pas très dur quand on me connaît : Hirohiko ARAKI parce que Jojo, Masato HISA parce qu’il est tout simplement génial et Naoki URASAWA parce qu’il y a toujours un truc à dire ce qu’il fait ou ce qu’il décrit. Niveau thématiques, j’aime beaucoup parler d’adaptations d’œuvres littéraires, pas parce j’ai lu l’oeuvre de base mais parce qu’on sent que l’auteur doit faire un effort très particulier au niveau du rythme. En temps que lecteur vorace de roman, on le sent très bien. Que ce soit dans un titre comme Ascension ou même Battle Royale tiens ! Difficile de ne pas citer non plus les manga où les références foisonnent comme Genshiken, Bobobo-Bobobo ou plus récemment Bimbogami Ga qui est un petit bijou que tout le monde snobe.

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La question du bon et du mauvais chasseur… mais sans la galinette cendrée.

Vous l’aurez compris, la suite nous permet d’aborder cette épineuse question : c’est quoi une bonne chronique… ou une mauvaise ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : Pour moi une bonne chronique, c’est quelque chose d’assez simple, il faut que le lecteur ait compris ce que tu voulais dire dans ton article (des fois je m’emballe ça doit pas être simple de piger le sens ^^). Pas besoin d’argumenter sur 50 pages pour convaincre le lecteur de lire tel ou tel manga. Mais le message doit passer, que ce soit une analyse de la narration, de la situation sociale, du dessin, ou autre. Pour la chronique « news » je pense que c’est différent, elle est là pour faire une courte présentation d’un titre. La mauvaise chronique serait un écrit sans véritable fond, qui serait écrit pour être écrit. Si on y ajoute des fautes à tous les mots (je suis assez tolérant car pas infaillible sur le sujet mais des fois c’est trop). En gros il faut aussi que l’on ait envie de continuer la lecture, si on trouve ça mauvais dès le début on s’arrête directement faut pas être maso .

Fabien : Une bonne chronique, c’est une chronique qui dit du bien de nos titres ou du mal de ceux des autres ! Plus sérieusement, j’élude en général toute la partie scénaristique pour m’attarder aux critiques générales émises sur le livre ou sur le travail de l’éditeur. On a la chance en France d’avoir une émulation positive entre éditeurs pour proposer de belles éditions de nos mangas. Du coup, c’est toujours appréciable quand ce travail est reconnu ou mentionné. Mais il faut aussi savoir appuyer là où ça fait mal. Contrairement aux simples commentaires, les points négatifs abordés dans une chronique sont souvent argumentés et constituent un retour précieux pour les éditeurs.

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Meloku : Pour moi une bonne chronique, c’est une chronique accessible. Ne pas perdre le lecteur avec des noms d’auteurs ou de personnages qui sortent de nulle part quand bien même c’est évident pour toi. Accentuer les points que tu veux mettre en avant par une tournure de phrase forte, qui rentrera dans la tête de celui qui lit. Structurer la critique de manière à ce qu’elle suive un plan limpide. En tout cas c’est ce que je me fixe, c’est sans doute pour ça que je passe des dizaines et des dizaines d’heures sur un seul texte (d’accord je suis lent aussi, et je n’arrive pas à me concentrer). Après il s’agit d’un but personnel auquel j’aspire mais que j’ai beaucoup de mal à atteindre. Les articles dont je suis satisfait se comptent sur les doigts des mains, et quand on sait que je gravite aux alentours de 500 textes…

Sinon une mauvaise chronique, c’est un texte qui reprend point par point un dossier de presse (d’autant plus quand celui-ci est erroné) (Oups).

Guillaume : Une bonne chronique est une chronique construite et argumentée, c’est-à-dire qu’elle ne fait pas “5 lignes” (Ah ah) ! C’est aussi une chronique qui s’attarde, bien évidemment, sur le fond, mais aussi sur le forme ! Parler de “l’objet livre” est aussi très important car notre travail est d’offrir un livre agréable à lire, qu’on a envie de garder, d’exposer. Bien évidemment, en tant qu’éditeur, on a envie de voir nos titres recevoir les éloges de tous les chroniqueurs, mais ce n’est pas toujours le cas, et il faut aussi se dire que même une chronique négative a ses points positifs (si elle est argumentée).

Les chroniques négatives nous permettent de cerner les attentes des lecteurs, de comprendre ce qui ne va pas dans notre politique éditoriale et de l’affiner. Si les critiques concerne le livre en lui-même, cela nous permet de réfléchir sur les améliorations à apporter (l’impression, le papier, etc.). Il en est de même pour la correction, la traduction, l’adaptation.

Ours256 : Je dois avouer que je suis assez d’accord avec @Gêrome dans l’idée. Pour qu’une critique me plaise, il faut qu’elle me motive à la lire. En temps que prof, je dois dire que ce n’est pas évident. Quand je vois des phrases commencer par des conjonctions de coordination ou même certaines utilisations du subjonctif qui n’ont pas lieu d’être, ça me donne des envies de suicide. Attention, je ne dis pas que l’erreur n’est pas humaine et qu’une ou deux fautes d’orthographe, c’est la mort… Cependant, si l’accroc est grammatical, la structure de la phrase est brisée et ça… ça ne pardonne pas !

En ce qui concerne l’argumentation, je ne la considère valide que que quand elle n’est pas de mauvaise foi et se base sur autre chose que du pinaillage d’otaku élitiste. Comme l’a dit @Meloku, une critique se doit d’être accessible, surtout si elle est publiée sur un site qui se veut grand public. Le lecteur lambda ne cherche pas à ce qu’on compare un manga avec un film muet de Kraczinoswki datant du 13e siècle… Il y a des sites spécialisés sur Sword Art Online, les séries d’URASAWA ou même Gantz qui font des critiques bien plus détaillées (et souvent plus pertinentes) que celles des sites généralistes et leur travail ne doit pas être délaissé.

SAO

Wladimir Labaere : À mon humble avis, une bonne chronique est signée par quelqu’un qui a su extraire ce qui fait à son sens le sel (bon ou mauvais) d’un titre et a su l’exprimer. J’aime les chroniques dont l’auteur adopte un angle qui lui est propre. Pour le dire autrement, j’aime bien quand un auteur vient avec sa sensibilité et met en lumière des choses que d’autres ressentiront autrement, n’estimeront pas essentielles ou ne verront même pas.

La mauvaise chronique, logiquement, c’est celle qu’on va lire dix fois sous dix plumes différentes. Je dirais que c’est celle du paresseux qui n’a pas donné sa chance à un titre, qui ne fait que survoler un manga et, pour une raison qui m’échappe, décide d’écrire quelque chose dessus (en mal ou en bien). Il faut gratter la surface !

Victoire : Une bonne chronique est écrite par quelqu’un qui va poser un regard intelligent sur l’histoire qu’il lit, le livre qu’il ouvre et qui prendra le recul nécessaire s’il n’est pas la cible (par exemple). Il fera son travail d’investigation si besoin et parlera du fond comme de la forme. Car, comme il est dit plus haut, l’ouvrage en lui-même compte aussi pour un éditeur mais comme pour tout vrai amateur de BD en fait ! Il n’est pas nécessaire qu’elle soit trop longue mais claire, simple à lire, intéressante et intelligente.

Notre invité mystère se souvient d’une anecdote à ce sujet qui illustre bien le papier inutile et le temps perdu : une bloggeuse avec qui elle travaillait lui demandait avec insistance de recevoir l’un de ses ouvrages, un comics relativement onéreux qui devait avoisiner la vingtaine d’euros et que nombre de chroniqueurs eurent aimé avoir entre les mains. La bloggeuse prétextant un papier important et continuant d’insister, elle le reçoit donc et l’article tombe : un copier coller de résumé éditeur, deux lignes d’analyse à tout casser et fin de l’histoire. Le genre de chose qui donne envide de décrocher son téléphone pour expliquer ce qu’est un travail honnête d’écriture…

 

Chronique manga : utile ou futile, c’est selon !

Quelque soit le contenu, chroniques et critiques manga ont aussi une spécificité : celle de pouvoir revenir plusieurs fois l’année sur le même titre… Mais qu’est-ce qui est mieux pour une série de plusieurs tomes ? Plusieurs chroniques ou un seul et long article ? Nan parce que chroniquer systématiquement des shônens qui ont dépassé les 30 tomes ça devient un peu compliqué… n’est-il pas ?

Gérome/l’Otaku Poitevin : C’est une question compliquée, personnellement j’ai du mal à m’attaquer à des œuvres dépassant les trente tomes trop de choses à dire et je ne m’en sens pas le courage car j’aime bien relire le manga en entier avant de faire une chronique dessus et ça prend du temps, des fois beaucoup de temps de tout relire.


Meloku :
Le tome par tome c’est marrant 5 minutes, mais franchement ça m’a fait chier. Lire pour chroniquer et non pour le plaisir est devenu un véritable enfer, à tel point que j’ai abandonné durant quelques mois les mangas (je ne lisais que Bonne nuit Punpun). Bon, j’y suis vite revenu et en créant Nostroblog je suis retourné à ce que j’aimais : une longue critique sur un titre. J’évite les shonen fleuves et ce genre de trucs, non pas par snobisme mais parce que je n’ai rien à dire dessus de plus que ce que tout le monde dit. Des milliers de personnes en parlent mieux que moi, alors qu’écrire ? “ C’est cool, lisez-le “ ? Bah oui, mais tout le monde le lit déjà. Bref, du coup je me concentre sur ce que je préfère, ce que je trouve intéressant et cetera. Soit je fais une critique complète banale, soit je tente de trouver des angles un peu différents (avec plus ou moins de succès hein).

One Piece 77Ours256 : Le tome par tome… Qu’on aime ou pas, il faut en faire, ça fait vivre un site en termes de visites et de pages vues, ça aide à créer une base de lecteurs mais c’est quand même super chiant, même si on adore la série. Même si arriver au tome 77 de One Piece, j’ai toujours des trucs à dire sur la série, je ne suis pas sûr que ça soit vraiment pertinent.  Même si d’autres en ont parlé, je ne vois pas pourquoi je me priverais de le faire. Après tout, si j’ai envie…

Quand j’ai démarré sur Krinein, on tournait quand même à 3 ou 4 critiques de tomes par mois. Ensuite, on s’est tourné vers “les sorties du mois de chaque éditeur” et là, depuis quelques temps, c’est freestyle, je vais plutôt rester sur des critiques de séries complètes ou des avant-premières.

Faire un seul long article, c’est sympa mais ça peut vite s’avérer casse gueule. Il y a tellement de choses à dire, tellement de thématiques à aborder que ça devient très vite consumant. Après, j’aime bien faire comme @Meloku et aborder des angles un peu différent mais pour ça… il faut avoir le temps.

Wladimir Labaere : Les deux mon capitaine. En tant qu’éditeur, oui, je pense que des chroniques à chaque tome permettent à un titre de se rappeler au bon souvenir des lecteurs, et que c’est donc une bonne chose. Encore une fois, charge au chroniqueur de déterminer s’il a quelque chose à apporter au débat.

Victoire : Wladimir, mon maître à penser apparemment, a raison, les deux mon ami ! Après ça peut être aussi, un point tous les X tomes si le chroniqueur estime qu’il n’y a pas assez à dire tome par tome à chaque fois. Mais les journalistes qui me disent qu’après le tome 1 ils s’arrêtent… C’est aberrant. C’est comme ceux qui refusent de me chroniquer un titre parce qu’il est sorti y’a trois mois et que c’est plus d’actu… Sérieusement, depuis quand une BD devient obsolète, encore plus au bout de trois mois ?

Puisque l’on parle de quantité, voici l’occasion de poser une question à nos spécialistes de l’édition :  lisent-ils beaucoup de chroniques ? Car si ce sont les chroniqueurs qui en parlent le plus ce sont les éditeurs qui en mangent encore bien davantage, forcément. Notre invité cachée nous explique qu’il y a deux types de « lectures » : d’un côté le contenu à proprement parler, les chroniques qu’on lit donc, parfois en entier ou parfois la seule conclusion faute de temps, et il y a la recherche de la visibilité d’une œuvre de l’autre côté, selon le nombre de chroniques publiées sur la toile et qui les a publiées. Nos autres invités nous dévoilent ensuite les détails sur leur façon de procéder et les multiples utilités des chroniques…

KurokawaFabien : A minima, je survole tout ce qui est porté à ma connaissance et qui concerne Kurokawa. Je lis plus en détail les titres dont j’ai la charge pour comparer mon avis avec ceux d’autres lecteurs ou découvrir d’autres points de vue sur ces œuvres. Quand on parle du travail d’adaptation sur un livre, il s’agit de le rendre accessible à son public cible. Du coup, c’est toujours bon d’en savoir un maximum sur les gens qui vous lisent. Je lis aussi les critiques des premiers tomes qui sortent chez les autres éditeurs, surtout les titres dont on avait discuté en interne qui nous ont échappé ou sur lesquels nous n’avions pas donné suite.

Guillaume : J’essaye d’avoir un œil sur tout ce qui peut être publié sur nos titres. J’apporte forcément plus d’importance aux tomes 1, mais il est important de faire un suivi des titres pour continuer à communiquer dessus et lire ce que pensent les lecteurs. Encore une fois, lire les chroniques est importants pour moi, car cela me permet de mieux comprendre nos lecteurs, de savoir ce qu’ils recherchent.

Je prends souvent des notes, car ça me permet aussi de mettre en avant nos titres lors d’argumentaires de vente. Ces notes me permettent également de faire des retours aux infographistes, correcteurs / adaptateurs, traducteurs et à mon directeur.

SakkaWladimir Labaere : Tout pareil que Fabien (mais vraiment) ! Avec, également, un accent mis sur les titres que j’aurais peut-être voulu publier chez Sakka. Tout comme je regarde de près le travail réalisé sur ce titre par l’éditeur qui le publie en français, je suis aussi attentif à ce que les chroniqueurs et le public en disent. Et comme le souligne Guillaume (c’est cool de passer en dernier ou presque !), j’aime bien moi aussi informer les éditeurs japonais, les auteurs et l’équipe Casterman du contenu des chroniques des titres Sakka. D’un point de vue pragmatique, on peut trouver au détour de certaines chroniques des arguments ou des points de vue qui vont nous servir en interne, lorsqu’on présente les tomes suivants à nos équipes commerciales.

Victoire : Tout comme Fabien et Wladimir mon maître à penser. Pour le retour de chroniques aux japonais c’est mon éditeur qui fait remonter l’info ou Mai, son assistante donc je vais juste mettre en avant dans mes dossiers les chroniques les plus “belles” (= intéressantes, bien présentées, originales, celles des grands média notamment en presse – aaaaah les japonais et le papier…)

Sur ce sujet je pose une dernière question, à l’ensemble des intervenants cette fois-ci : quand j’ai débuté dans la chronique (en 2001-2002 de souvenir) tous les sites ou presque disaient “nous, on chronique tout”. Avec 1600 tomes à l’année vous trouvez que ça a encore du sens ?

ChiisakobeMeloku : Je trouve que ça n’a aucun intérêt. Déjà car ceux qui prétendent tout chroniquer aujourd’hui, le font via des sp et du coup ne s’intéressent pas à de très bons mangas d’éditeurs comme Cornélius ou Lézard noir qui n’en envoient pas (ou peu). Alors au final, je vois beaucoup de ce genre de blogs parler encore et toujours de ces mêmes éditeurs, je trouve ça lassant à force. Les italiens de Hollow press sortent un bouquin de Shintaro Kago muet et donc accessible à tout le monde mais personne n’en parle, aussi génial soit-il. Les éditions Ki-oon lancent leur nouveau titre, tout le monde en parle (même si c’est un énième survival game qu’on en a marre bon sang de bois). Alors moi, au lieu de parler de tout, je préfère mettre en avant ce que je découvre et qui m’interpelle, car je trouve que la découverte est un plaisir au moins aussi important que la lecture. Si ce n’était pas clair, je suis pour moins de chroniques et plus de qualité dans la sélection.

Ours256 : En fait, je crois qu’aujourd’hui, dire on chronique tout n’est qu’une ellipse pour dire “on chronique tout… ce qui nous intéresse, qu’on donne ou qui a piqué notre curiosité en bien ou en mal”.

Chroniquer absolument “tout” ? Après tout, pourquoi pas ? S’il y a une structure qui possède les ressources pour, en quoi ça serait un mal ? Que l’objet culturel soit obtenu de la poche du rédacteur ou d’un SP, quelle différence si celui qui écrit sait faire la part des choses et rester objectif ? Que les éditeurs envoient leurs produits pour qu’un certains nombres de médias les teste relève de leur choix marketing (qu’ils envoient en physique ou en digital). En 2015, c’est un aspect non négligeable du commerce international et même si c’est une méthode qui vient cristalliser certains abus, elle n’en reste pas moins efficace.

Pour ma part, j’essaye vraiment de parler de tout ce que je veux. Comme j’aime pas mal de trucs, ce n’est pas si facile mais bon j’estime offrir un panorama assez vaste de ce qui sort, que ce soit au niveau des gros hits mais aussi des titres plus confidentiels.

En ce qui concerne la visibilité, c’est aux sites spécialisés et aux médias généralistes grand public de faire leur travail et de parler de ce qui en a besoin. Chaque site à sa façon de mettre en valeur une œuvre (un concours, un bandeau sur la page, un harcèlement via Twitter…). A mon avis, c’est plutôt sur cet aspect qu’il faudrait travailler, pas seulement sur l’idée de quantité.

Wladimir Labaere : Tant que le discours produit apporte quelque chose au débat… Il revient à chaque lecteur qui souhaite se tenir au courant d’identifier les supports qui correspondent à ce qu’il attend ! Entre la simple info pure sur une date de sortie, l’article de fond sur une série, et le papier transversal sur un thème, il est vrai qu’il y a un gros tri à réaliser pour se constituer son faisceau de sources.

Victoire : En fait, ça va dépendre de ce qu’ils en font. Si les chroniques / papiers sont bien, qu’ils prennent le temps, que le tout est fait de manière intelligente et que les gars n’y perdent pas la santé ou leur intérêt pour le manga pourquoi pas ! Oui, ça ne court pas forcement les rues… mais ceci est une autre histoire. Après, à part pour de vrais coups de gueule construits qui aident généralement au débat, je vois pas vraiment l’intérêt d’aller chroniquer un titre qu’on n’a pas aimé par exemple… Déjà parce que les journalistes confondent trop souvent un mauvais titre avec un titre dont ils ne sont pas le cœur de cible.

La chronique et le web 2.0 : amis ou ennemis ?

Au sein de ces questions sur la construction d’une chronique, quid du média employé, de la forme après le fond ? J’ai donc profité de ce papier pour aborder les nouveaux médias d’expression : les réseaux sociaux. Est-ce que les chroniqueurs ou les types de media qui font de la chronique manga ont évolué ces dernières années ?

Fabien : Pour avoir tenu un site web pendant près de cinq ans, j’ai bien conscience de la charge que cela représente. Les réseaux sociaux permettent à tout le monde de donner son avis mais rarement de le développer. On perd l’aspect analytique et argumenté d’un article au profit de phrases à l’emporte-pièce. C’est d’autant plus dommageable que les chroniques sont un marqueur pérenne du travail d’un éditeur mais aussi un garde-fou le forçant à un certain degré de qualité. Même si l’écrit reste prépondérant, des chroniques vidéo ou des podcasts intéressants commencent à faire leur apparition. Je regrette juste qu’il n’y ait pas plus de débat, par exemple une émission où plusieurs personnes auraient lu un même titre et discuteraient de ses forces et de ses faiblesses (en se mettant dessus au passage). On garderait l’aspect critique tout en renouvelant un peu la formule.

Guillaume : Les réseaux sociaux permettent à plus de lecteurs de s’exprimer, mais cela reste très léger. On trouve peu de chroniques développés sur ces réseaux. Ceux-ci viennent surtout apporter plus de visibilité aux médias qui publient sa chronique.

Un réseau qui est de plus en plus utilisé pour partager son avis sur ses lectures est Youtube. C’est une bonne chose, car si ce format est bien utilisé, on peut tomber sur de très belle mises en avant ! Jusqu’à maintenant, Youtube était surtout utilisé par les lecteurs de romans et c’est un réseau très puissant. Il est plus interactif et “attractif” pour les nouvelles générations.

Je n’oublie pas les Podcasts qui permettent également d’avoir des chroniques développées tout en gardant ce côté plus “attractif” en captant plus facilement l’attention des lecteurs. Tout comme Fabien, je pense que ça serait bien d’avoir un peu plus de débats dans ces vidéos Youtube et Podcasts, car c’est l’un des avantages de ces nouveaux formats !

Ours256 : Je n’utilise que Twitter qui, je trouve, est un formidable vecteur d’information. Bien utilisé, il permet de booster énormément la fréquentation d’un site assez rapidement et avec très peu de moyens, juste du contenu. L’idée de partage renvoie à celle du bouche à oreille, celle-là même qui a fait le succès de la petite boutique de mon père et qui m’est donc très chère. Dans le même temps, j’ai du mal à comprendre pourquoi les lecteurs considèrent Twitter comme un “cahier de doléances “live” qui ne leur permet que de se plaindre aux éditeurs. Là… Je passe…

Les podcasts intéressants, pour moi, il n’y en a qu’un niveau manga et c’est Mangacast (non je vous jure, Kubo ne m’a pas payé :x). Il est structuré, bien documenté, souvent drôle et pertinent. J’ai essayé d’en écouter pas mal d’autres et force est de constater que c’est de l’amateurisme pur et simple.

Mangacast

Youtube pourrait devenir un très bon outil et un excellent moyen de diffuser la culture manga mais il est (malheureusement) surtout utilisé comme une plateforme de “vlogging” ou “video blogging”, à savoir un guignol qui montre un objet, donne son avis sans trop élaborer (et généralement en disant que c’est trop bien) et voilà… C’est mou, “sensass”, “dans la culture buzz”… Bref, c’est sans intérêt. En fait, c’est… tellement XXIe siècle dans l’attitude que ça m’énerve.

Gérome/l’Otaku poitevin : @Ours256, dans l’ensemble tu as raison, mais on arrive quand même à trouver des choses sympa sur youtube, les “lives” de certains tels que Jefferinne sont vraiment bien, le concept est simple , c’est du question/réponse basic mais quand la personne a une maturité dans ses propos et ses points de vue ça élève le niveau. De plus ça permet quelques échanges alors que les vidéos classiques ne le peuvent pas.

Wladimir Labaere : Pour le meilleur et pour le pire, le web 2.0 permet à tout le monde d’exprimer un avis. Un de mes chantiers chez Sakka (quand j’ai le temps), en marge de mes relations avec les chroniqueurs plus « installés », est de repérer des « électrons libres », parfois débutants en matière de manga, dont la démarche est sincère (ça va du youtubeur au journaliste « culture » qui se met à la bande dessinée japonaise). C’est-à-dire des personnes mues par l’envie de produire un discours construit sur les mangas qu’ils lisent, avec lesquels j’aime développer des échanges que je considère « profitables » aux deux parties. « Tu me dis que tu as aimé tel ou tel titre pour telle raison, ben tiens, lis ce titre Sakka, ça devrait peut-être te parler. » Au-delà de voir mes titres chroniqués, je me dis que plus il y aura de gens qui parlent *intelligemment* de mangas (et pas seulement les miens) que j’estime bons, mieux le marché se portera en termes de richesse de l’offre. (Peut-être que je pisse dans un violon, mais je n’en ai pas l’impression à ce stade.)

Victoire : Pour avoir des retours de fans oui, mais pour ce qui est des chroniques, comme dans tout, il y a du bon et du moins bon sur le web ! On y trouve donc des chroniques très intéressantes comme des articles qui le sont un peu moins… Cependant, toute publication web donne un peu plus d’existence à un ouvrage sur Internet, et aujourd’hui, il est dur de mettre un titre en avant et de vouloir toucher le plus grand nombre de lecteurs, sans une présence sur le net !

 

Clin d’œil final…

On finit sur une note positive : la plus belle chronique que vous ayez jamais lue ou celle qui vous a paru le plus convaincante et pourquoi ?

Meloku : Bon, on va se contenter de cette année, parce que sinon c’est trop compliqué. C’est donc la critique d’Ashita no Joe de Madame Fujoshi. Elle a saisi la force du manga et l’exprime à la perfection. Ses mots ont un poids et impossible de ne pas avoir le cœur serré à la lecture. On connaissait les mangas qui prennent aux tripes, et bien voilà une critique capable d’avoir le même effet. Et forcément, ça m’a donné envie de relire Ashita no Joe.

lifeOurs256 : Pour moi, c’est pas vraiment un truc que j’ai lu puisque, comme je l’ai dit, je n’en lis que très peu mais celle qui m’a paru le plus convaincante et qui m’a fait faire un instant buy, c’est la chronique de Life, un titre paru chez Kurokawa il y a plusieurs années déjà, par Marcy dans un Mangacast (Omake Hors Série 2 de mémoire). Depuis, je l’ai lu et c’est un titre poignant que je recommande chaudement à tout le monde. Pourtant, je n’ai jamais osé en faire une critique, ne sachant pas comment je pourrais dire les choses mieux que Marcy, l’exercice serait sûrement casse gueule.

Et ce cher Wladimir de nous faire un coup de teasing dont il a le secret pour la fin de cet article :

Wladimir Labaere : Ce qui me vient à l’esprit là tout de suite, je ne peux pas en parler : c’est une présentation super chouette d’un titre que Sakka va publier dans quelque temps. Je suis tombé dessus alors que je planchais sur les « éléments de langage » dont j’aurai bientôt besoin pour prêcher la bonne parole, en interne d’abord (prod, presse, marketing, diffusion), puis, plus proche de la sortie, auprès de certains chroniqueurs et des lecteurs (pour le coup, merci le web 2.0).

C’est aussi pour ça que j’aime bien avoir du temps entre le moment où j’acquiers les droits français d’un titre et le moment où il sort en librairie : ça me laisse le loisir de développer un argumentaire construit, fouillé, et assortis de références. Je le « teste » en interne chez Casterman et je le travaille jusqu’à ce que toute la maison soit surmotivée pour donner à ce titre le succès qu’il mérite.

Pour revenir à ce long article, il est rédigé en français sur un blog par une personne qui a lu le titre en japonais, l’a aimé pour tout un tas de raison (dont la plupart sont les mêmes que les miennes) et propose un discours super intéressant. D’une, ça m’a rassuré : quelqu’un a trouvé à ce titre les qualités que j’avais décelées de mon côté. De deux, l’auteur du papier mis le doigt sur des choses que je formulais différemment, ce qui m’a permis d’affiner mon discours !

C’est sur cette mystérieuse chronique que nous avons achevé nos échanges et aussi cette 600e qui a pu démontrer que nous avons vraiment tous une façon de faire assez subjective à l’écriture ou d’apprécier les chroniques à la lecture, mais que l’on rejette finalement les avis en post-it où qu’ils soient, qu’on est loin d’avoir tous le même avis sur la quantité ou le rythme de publication, qu’il existe des médias qui favorisent l’opinion et ceux qui veulent aussi ou avant tout informer, qu’il y a plus qu’une simple utilité financière ou publicitaire à faire une chronique, qu’on n’est surtout pas obligé d’être exhaustif et que les qualités d’une œuvre peuvent aussi se lire en creux et « entre les lignes » d’un bon article… On se révèle, en partie ou totalement, dans nos choix d’œuvres, nos angles et nos écrits et c’est cette touche unique qui intéresse tout un chacun, des lecteurs aux éditeurs en passant même par les autres chroniqueurs.

En définitive, alors que ce blog entame son voyage vers les 700 articles je terminerai ainsi : écrivez jeunes gens, écrivez assidûment et passionnément, objectivement et subjectivement, en analysant ou en vous enflammant, avec un angle précis ou au gré du vent… Le manga c’est bien meilleur en le partageant !

Remerciements à tous les intervenants d’avoir pris le temps de répondre et d’échanger, et d’avoir fait tout ça dans une bonne humeur collective ! Pour en savoir plus sur eux, cliquez sur leur nom lors de leur présentation en début d’article !


décembre 20th, 2015
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Ventes de manga au Japon 2015 : vers la stabilisation ?

⊆ décembre 8th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga / Japanimation, Top Ventes Japon | | ˜ 7 Commentaires »

Ventes Manga Oricon 2015

Comme chaque année depuis 2011, je vous propose les chiffres de ventes de manga au Japon issus de l’Oricon et surtout leur analyse dans le détail. Grâce à des chiffres collectés du 17 novembre 2014 au 22 novembre 2015, l’institut de sondage nippon a établi ses classements de ventes par série et celui de ventes par tome, et nos confrères d’Animeland ont eu la bonne idée de les étoffer pour nous délivrer le top 30 par série et le top 100 par tome.

Cela fait maintenant 4 ans que le top 10 se renouvelle, depuis l’ascension de Kuroko no Basket devant Naruto en 2012. La fin de ce shônen sportif va de paire avec une année de pause dans tout ce remue-ménage. C’est l’occasion de faire le point : où en est le phénomène One Piece ? Son règne peut-il être remis en question et par qui ? Qui s’est installé de manière durable dans le top 10 et quels sont les challengers qui attendent en embuscade ? Qui a bénéficié de son adaptation en anime ou en film et qui, sans cette cartouche, s’enfonce dans les classements ?

Comme chaque année les questions sont nombreuses alors, hop, en voiture m’ssieurs dames : passons à ce bilan nippon 2015 !

Who rule the world ?

Pirates, chevaliers, titans, assassins, goules,  volleyeurs… Une multitude de créatures, de personnages et d’univers différents occupent cette année le classement des ventes par série. Pour comprendre qui danse avec qui dans cette valse, commençons par jeter un œil aux résultats 2015 compilés par série :

Ventes manga au Japon : Top par séries 2015

Ventes manga au Japon : Top par série 2015

Et donc, même question comme chaque année : One Piece est-il toujours numéro un des ventes ? Oui, pour la septième année consécutive avec 14.1 millions de mangas vendus. Pourtant l’abordage a été évité de peu l’an dernier, à 1% près, face à L’attaque des titans. Cette année les ventes progressent de quasiment 20% mais il faut ajouter un tome de plus au compteur par rapport à 2014. Comme expliqué l’an dernier, One Piece a fini son cycle de recrutement et ses ventes sont désormais stables entre 10 et 15 millions d’exemplaires vendus chaque année, après avoir explosé tous les records depuis 2010 :

Graphique One Piece copie

Ce graphique montre bien l’ampleur des différents phénomènes mangas de ces dernières années : One Piece devance L’attaque des Titans qui domine Haikyu et Tokyo Ghoul.

one-piece-jp-79Néanmoins, quelque soit l’ampleur des courbes, elles ont toutes la même allure, un pic est atteint suite à une adaptation animée en série ou en film puis le tout s’érode doucement mais surement avant de trouver un rythme plus ou moins stable, selon la qualité de la série, la présence de seconde saison ou de film, etc. Là où le phénomène One Piece est unique est qu’il parvient à tenir la dragée haute aux titres en pleine explosion alors que son propre boom est derrière lui. En effet sur les 14.1 millions d’exemplaires vendus, Luffy et ses compagnons vendent surtout leurs nouveaux tomes… et ils se vendent bien : environ 12 millions; soit 85%, sont dus aux sorties des nouveaux opus 76 à 79 et les 2 millions restants sont partagés sur les 75 tomes précédents. One Piece a donc su engranger un nombre colossal de lecteurs et tant que le nombre de nouveaux tomes reste stable, ce shônen ne sera inquiété que temporairement si une autre sortie connait un essor record grâce à un anime.

La preuve avec  Seven Deadly Sins qui tente de défier le leader du marché cette année : même en vendant 10.3 millions d’exemplaires, il échoue. Ce n’est pas tellement l’écart qui compte, même si 3.8 millions les séparent, mais surtout l’évolution des ventes du manga de Nakaba Suzuki sur l’année : cette préquelle arthurienne était passée devant One Piece au premier semestre d’un minuscule cheveu, mais c’est uniquement par le recrutement de nouveaux lecteurs et la vente de tous ses anciens tomes. L’effet s’estompant, notre cher Meliodas n’a vendu « que » 3 millions d’exemplaires au second semestre là où le manga de Eiichiro Oda doublait le nombre de livres écoulés, de 7 à 14 millions. Cette année Seven Deadly Sins a vendu environ autant de nouveaux tomes que d’ancien, et le premier tome se paie même le luxe d’être dans le top 100 des ventes par tome avec environ 450 000 exemplaires écoulés.

Pour vraiment saisir la différence et les possibilités des challengers, il faut donc dépasser ce classement par série et regarder les ventes par tome. Voici les 100 mangas les plus vendus de l’année au Japon selon l’Oricon :

Top 100 tomes 2015 copie

Comme vous le voyez le classement n’est plus du tout le même : 3 millions d’exemplaires vendus pour chaque One Piece contre 900 000 pour Seven Deadly Sins. Avec 3.2 millions d’exemplaires le tome 76 fait même 5% de mieux que le tome 73 en 2014 et se rapproche de son niveau record de 2012 à 3.3 millions. Tout ça pour dire que la série réussit à se maintenir sur la vente des nouveautés même si le recrutement de nouveaux lecteurs diminuent. En même temps après avoir lu plus de 70 tomes on n’a pas envie de s’arrêter en si bon chemin, donc la lassitude n’est pas encore un problème pour One Piece cette année.

Au classement par série la médaille de bronze 2015 est pour L’attaque des Titans, avec 8.8 millions d’exemplaires vendus. Le recrutement du à la saison 1 de l’anime est fini même si Shingeki No Kyojin a grappillé encore quelques nouveaux lecteurs et dépasse le cap des 2 millions d’exemplaires avec le tome 15. Les 3 films (un live en 2 parties et un d’animation) n’ont finalement eu que de faibles retombées sur le manga et c’est sur une seconde saison animée qu’il faudra compter en 2016 pour voir si un rebond est possible.

Autant il est probable que Seven Deadly Sins perde quelques places pour arriver autour de la 5e place ou pire, autant L’attaque des Titans semble bien vissé sur le podium. A moins que la seconde saison soit un raté mais on voit mal comment la Kodansha pourrait ne pas mettre les moyens pour en faire une réussite.

 seven-deadly-sins,-tome-15   L'attaque des Titans 17

Toujours est-il qu’il existe bien deux gaps énormes dans le nombre de lecteurs en haut des classements :  3 millions pour One Piece, 2 millions pour L’attaque des Titans et avec la fin de Naruto on descend maintenant à 1 million d’exemplaires pour Tokyo Ghoul et Assassination Clasroom. Les deux séries sont au coude à coude au nombre de lecteurs mais l’adaptation animée du second lui permet de dépasser plus nettement le premier au classement général : 8.6 millions pour AC et 7.3 millions pour TG.

Précision technique : j’ai cumulé les ventes de TG et TG : re alors que l’Oricon les compte séparément, ce qui n’a pas vraiment de sens… La même « erreur » est faite dans le compte des ventes des éditions normales et des éditions limitées d’un même tome mais nous n’avons pas là les chiffres pour corriger ça, donc gardez en tête qu’à 50 – 100 000 exemplaires près, ce n’est pas un compte rigoureusement exact, c’est plus une tendance. Fin de l’aparté.

Assassination Clasroom a quasiment doublé son nombre d’exemplaires écoulés de 2014 à 2015 et ses 5 tomes sortis dans l’année représentent près de 5 millions d’exemplaires sur les 8.6 : une majorité des ventes s’est donc fait à la nouveauté et l’effet de l’adaptation animée est donc en train de s’essouffler. Cependant AC et Seven Deadly Sins auront le droit à des nouvelles saisons en 2016 donc la  bataille pour la 3e place s’annonce acharnée, surtout si de nouveaux challengers actuellement planqués hors du top 10 font leur sortie du bois !

assassination-classroom-manga-volume-16  Tokyo Ghoul re 4

Au sein de cette bataille on notera Kingdom, qui se fait remarquer pour plusieurs raisons. Il se positionne en 5e place dans le top par série avec 8.57 millions d’exemplaires vendus juste derrière AC, soit 4 fois plus que l’an dernier et sans adaptation anime. Comment alors ? Grâce à sa mise en avant dans une émission télé très suivie (selon un rédacteur d’Animeland dans les commentaires de cet article). Pour autant les nouveaux tomes se vendent à un peu plus de 600 000 exemplaires cette année et c’est surtout un recrutement sur 40 tomes qui lui a permis de se hisser si haut dans le classement (40 tomes à chaque nouveau lecteur, forcément, ça aide). Enfin on remarque son absence des catalogues français mais une histoire de la Chine et de ses guerres Moyen Âgeuses en 40 tomes refroidit plus d’un éditeur français, évidemment.

La dernière série au-dessus des 5 millions est Haikyuu !! dont la saison 2 a débuté en octobre dernier, mais c’est pour le moment insuffisant pour la maintenir à flot : la série recule de 8.3 à 6.5 millions d’exemplaires vendus. On compte presque autant de mangas vendus sur les 2 semestres 2015, donc le recrutement sur la saison 2 n’est pas encore flagrant, mais les ventes au tome sont quand même en hausse : avec  991 094 exemplaires écoulés du tome 14 la série fait un joli +19% par rapport au tome 10 en 2014, et nos volleyeurs devraient rentrer dans le club fermé des millionnaires en 2016. Enfin, petit clin d’œil à Silver Spoon qui a ralenti la cadence, mais le seul tome paru cette année montre que la série se porte bien quand même : 952 338 exemplaires écoulés pour le volume 13.

 Haikyu 18  Kingdom 40

Si on conclut sur ces duels au sommet… Face à One Piece, les scores des challengers comme L’attaque des titans, Seven Deadly Sins, Assassination Classroom, Tokyo Ghoul, Haikyuu !! posent une question de taille : dureront-ils assez longtemps pour arriver premier et marquer l’histoire du classement Oricon ? Kuroko no Basket a été la première série à emprunter le chemin du renouveau en dépassant les 8 millions d’exemplaires écoulés deux années de suite et en poussant Naruto à la 3e place, mais le 30e volume de la série a marqué sa conclusion en décembre dernier.

Afin de confirmer ce renouveau des ventes, est-ce que ces nouveaux blockbusters reprendront le modèle de leurs prédécesseurs comme Naruto, Bleach ou même Fairy Tail qui ont dépassé les 50 tomes ? One Piece semble bien parti pour avoisiner les 100 volumes et fait office d’exception comme Ippo, Jojo et quelques rares autres mais est-ce qu’auteurs et éditeurs ont l’intention de nous refaire de séries à plus de 50 tomes avec cette nouvelle génération aussi ? L’attaque des titans fera office de test en la matière puisque Hajime Isayama avait initialement envisagé une série en 25 tomes avant de changer d’avis face au succès, mais sans préciser jusqu’où il irait. Autant pousser jusqu’à la trentaine d’itérations ne ferait pas crier à l’hérésie, autant dépasser les 40 pousserait au moins à la réflexion…

En attendant, il n’est pas dit que de nouveaux venus ne viennent sur les hauteurs du classement pour les chasser du top 10… Enfin ça c’est s’il reste encore des nouveaux d’envergure, et c’est toute la question… En route pour la seconde partie !

Des discrets, des fatigués… et quelques ambitieux !

Sous la barre des 5 millions d’exemplaires on retrouve plus que jamais des amateurs de yo-yo dans le classement. Parmi ces éphémères il y a Food Wars et Prison School en 8e et 10 position. Le premier ne figurait même pas au top 10 du premier semestre mais après une adaptation animée d’avril à septembre, le voilà qui gagne 11 place au classement et augmente ses ventes de 63% par rapport à 2014. Néanmoins il reste hors du top 50 des ventes par tome et atterrit en 64e position avec son volume 13, le mieux placé, à 575 877 exemplaires vendus. Une adaptation animée permettant souvent de multiplier les ventes par 2 ou 3, il faut croire que celle-ci n’a pas fait de miracles. Pour Prison School l’anime lui a permis de faire un bond nettement plus conséquent puisque la série passe directement de « hors des radars » à cette 10e position avec 4.06 millions d’exemplaires vendus mais aucun des 18 tomes sortis ne se hisse dans le top 100. Rechute en perspective pour 2016, donc.

 Food Wars 15  Prison School 18

A l’inverse on retrouve d’autres séries qui tiennent bien la barre et conservent leur nombre de lecteurs sans support marketing notable, comme Terra Formars et Blue Spring Ride. Le premier, ce seinen de SF que l’on connait bien, gravite autour de la 10e position du classement par série depuis 3 ans et a réussi à maintenir ses 4.2 millions d’exemplaires vendus en 2015 sans adaptation animée. Or l’an prochain c’est une nouvelle adaptation en anime et un film de Takashi Miike qui sont attendus, donc il y a de bonnes raisons pour que la série soit toujours dans les 10 premiers du classement… Peut-être plus, qui sait ? Quand à Blue Spring Ride il s’est achevé cette année au bout de 13 tomes et le dernier a frôlé le million d’exemplaire vendu, ce qui est rarissime pour un shôjo : il n’y avait que Sawako qui avait réussi à le faire depuis que je compile ces chiffres, en 2011. L’occasion de noter que Sawako a perdu un peu de terrain, se classant entre la 30e et la 40e place du top par séries et se vend désormais à 850 000 exemplaires environ pour chaque nouveau tome.

 blue-spring-ride,-tome-13  Terra-Formars-15

Contrairement aux années précédentes, la suite du classement ne réserve que très peu de surprises car nombre de séries aspirant aux premières places y sont désormais, et on retrouve plutôt des anciens leaders. Premier exemple : Naruto quitte ce classement Oricon 13e après l’avoir mené pendant plusieurs années au début des années 2 000 puis avoir cédé sa place à One Piece. Plus de 10 ans dans le top ten reste un exploit que très peu ont déjà réussi. Pour faire aussi bien L’attaque des Titans doit tenir jusqu’en 2023 par exemple… Oui, quand même !

D’autres anciennes têtes de listes suivent : Fairy Tail est 14e avec 3.47 millions d’exemplaires vendus (+6 %) et 500 000 lecteurs sur les nouveaux tomes comme l’année dernière. Yowamushi Pedal, le seul titre de l’éditeur Akita Shoten dans le top 30 par série, n’arrive pas à confirmer sa bonne performance de 2014 : il passe de 4.1 à 3.4 millions d’exemplaires vendus, se classe 15e, et aucun volume ne se glisse dans le top 100 par tome. Puisqu’on parle de vélo : coté shônen sportif, en plus de la fin de Kuroko no Basket, c’est aussi celle de Ace of Diamond / Daiya no Ace qui s’achève avec son 47e tome.

 Fairy Tail 51  Naruto 72

Pour finir sur les titres qui ont leur gloire à priori derrière eux… Nisekoi conserve sa 16e place grâce à une seconde saison animée mais ses ventes globales reculent de 16% à 3.2 millions d’exemplaires et 450 000 exemplaires vendus sur le tome 13. Chute nettement plus sévère pour Magi, qui passe de la 8e à la 19e place au classement général, avec 2.8 millions d’exemplaires vendus soit une baisse de 39% ! Sans saison 3 cette année la série perd environ 100 000 lecteurs et le tome 25 se place 55e du top 100 (601 190 ex. vendus).

C’est à la 20e place que l’on croise ce bon vieux Bleach, qui s’accroche avec 2.8 millions d’exemplaires vendus contre 3 l’an passé, mais la série continue de perdre des lecteurs : 624 403 pour le tome 61 en 2014, 565 451 pour le 66 en 2015. En parlant de série qui s’accroche : Gintama gagne 10 % en ventes globales cette année et se retrouve 22e avec 2.64 millions d’exemplaires écoulés, mais toujours pas de tome dans le top 100. Detective Conan aussi continue d’avoir ses 2.3 millions de lecteurs et de se balader dans ce top depuis de nombreuses années. C’est même la série la plus vieille du top 30 vu qu’elle date de 1994 et qu’elle compte désormais 87 tomes et pas loin de 600 000 lecteurs réguliers cette année.

 Detective conan Volume_87  Magi 27

Bon c’est bien beau tout ça mais les nouveaux challengers, ils sont où ? 

One Punch Man 9 JpJe les gardais de côté pour la fin de cet article, justement. Le challenger tant attendu c’est évidemment One-Punch Man publié en janvier chez Kurokawa. La série passe de 2 tomes en 2014 à 3 cette année et l’anime a débuté en octobre donc le résultat est encore léger mais il déjà là : la série de ONE et Yusuke MURATA se classe 11e et s’écoule à 3.7 millions d’exemplaires soit 70% de plus que l’an dernier. Les ventes au volume ont montré un accroissement du nombre de lecteurs à 771 009 acheteurs du tome 7, ce qui le place 36e du Top par tome alors qu’aucun volume n’avait réussi à atteindre au moins la 50e place ou à dépasser les 600 000 exemplaires l’an dernier. Néanmoins il n’y a pas encore de tome 1 de la série dans le top 100, ce qui indique que le recrutement de masse n’a pas encore commencé. On en saura plus à la fin du premier semestre 2016 : habituellement il s’écoule 500 000 exemplaires du tome sorti au mois de décembre précédent, il suffira de comparer.

C’est plus difficile en revanche pour Seraph of the End et World Trigger. Le premier n’a pas connu une mais deux saisons anime cette année, la seconde ayant commencé en octobre. Mais l’effet reste faible : 2.85 millions d’exemplaires vendus globalement et le tome 8 finit 91e du top 100 (460 659 ex.). Pour le second il s’en est écoulé 2.73 millions d’exemplaires et l’anime a duré d’octobre 2014 à septembre 2015 et aucun tome n’est dans le tome 100, donc cela tout aussi problématique.

Du côté des romances Mon Histoire et Orange se distinguent en troisième partie de tableau avec 2.3 millions d’exemplaires écoulés chacun mais Orange vient de s’achever et Mon Histoire n’a que peu profité de son adaptation anime et en se classant 90e en vente au tome (465 897 ex.) donc ils vont probablement disparaître des classements l’an prochain. La relève se fait attendre mais une auteure de shôjos pourrait bien tirer son épingle du jeu… Avec un seinen qui date de 2007. C’est en effet Sangatsu no Lion, par l’auteure de Honey and Clover, qui creuse son chemin et qui se hisse maintenant dans les tops : 51e avec son tome 11 (618 350 ex.) et la 28e place au classement par série avec 2 millions d’exemplaires vendus. Un anime et un film live ont été annoncés même si la date reste inconnue : sans doute en reparlera-t-on au second semestre l’an prochain… Avec une sortie française aussi, ce serait logique.

On finit avec un autre challenger des plus sérieux : My Hero Academia. A prendre au sérieux parce qu’il est annoncé comme le remplaçant de Naruto, parce qu’il est situé 26e du classement par série avec 2.2 millions d’exemplaires vendus, et parce qu’une adaptation animée par le studio Bones est actuellement en production. Il y a donc de bonnes chances que ça envoie du pâté en 2016 et un petit *2 ou *3 suffirait pour propulser la série dans le top 10 voir dans le top 5 de 2016. A surveiller de très près, donc !

 My Hero Academia  san-gatsu-no-lion-11-hakusensha

Voilà qui clôt donc cette partie challenger et cet article, pour des classements relativement calme si on les compare aux années précédentes. One Piece semble indéboulonnable pour encore quelques temps mais en dehors de ce phénomène le renouveau a bien eu lieu. Beaucoup d’anciennes stars squattent désormais la seconde moitié de tableau et ne sont pas encore prête à tirer pour de bond leur révérence…

Y a-t-il pour le moment de nouvelles séries inconnues pour les pousser définitivement à la retraite ? Certes je n’ai pas cité Arslan dont le tome 3 fait un bon score (675 838 ex.) ou encore de l’intriguant Dungeon Meshi du magazine Harta chez Enterbrain, dont le tome 1 se vend plus de 400 000 exemplaires… Mais il semble que l’heure est pour l’instant à l’installation des nouveaux blockbusters et la longévité de leur prédécesseurs fait qu’une seconde lame de fond ne semble pas encore à l’ordre du jour.

Encore quelques adaptations animés en 2016 et le premier turn over de ces séries des années 2010 touchera donc à sa fin, avec une grosse dizaine de prétendant pour la saint graal, et évidemment quelques pépites inattendues qui trouveront toujours le moyen de venir jouer les troubles-fêtes.

La grande différence avec la génération précédente est que, finalement on pourra suivre ces duels en quasi-instantané en France vu que 80 % de ces séries sont où vont être publiées chez nous dans les mois à venir. De quoi avoir des débats encore plus enflammés dans les années qui suivent… Chouette !

Retrouvez les autres bilans des ventes de manga au Japon :

2015 : vers la stabilisation ?

2015 (1er semestre) : le turn over continue ?

2014 : il va y avoir du sport !

2014 (1er semestre) : Le pirate et le ninja sont-ils morts ?

2013 : confirmation du renouveau ?

2013 (premier semestre) : une nouvelle génération en marche ?

2012 : Il y a One Piece… Et les autres ?

2011 : Shueishaaaa, ton univers impitoyaaableu !

Sources : Oricon, Animeland, Wikipedia et Manga-news

Edit, le 8/12 : erreurs corrigées concernant les animes présent ou à venir de TG et World Trigger.


décembre 8th, 2015
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Devils Line : les mangas de vampires ont encore de l’avenir !

⊆ novembre 21st, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 1 Commentaire »

Bannière Devils Line

L’amour et les vampires : c’est le genre de combo qui, a force d’être lu à toutes les sauces, bonnes et moins bonnes, aurait plus tendance à me faire déguerpir qu’à capter mon attention. Ainsi, quand fin septembre j’ouvre l’épreuve du premier tome de Devils Line, je finis le premier chapitre avec un a priori plutôt négatif : en plus de quelques écueils graphiques se profile un amour impossible entre un vampire et une jeune femme fragile, un topo mille fois rencontré. Néanmoins… l’héroïne pas trop cruche, l’humour, les personnages secondaires, l’ambiance assez sombre et la relation amoureuse franche et directe fait que je finis le tome 1 avec un point d’interrogation, avec le bénéfice du doute. Or Kana a eu l’excellente idée de sortir les deux premiers tomes pour lancer sa série. C’est ainsi que, le 16 octobre dernier, le second tome finissait sur le bureau du chocobo. Et là… On en vient à cette chronique parce qu’il y a beaucoup plus à dire !

Avant de vous plonger dans le cœur du sujet, finissons les présentations  : Devils Line est un seinen signé par Ryo HANADA, un inconnu au bataillon. Au dessin et scénario, le mangaka publie ce qui ressemble assez à une première oeuvre dans un magazine qui a toujours toute mon attention : le Gekkan Morning 2 de Kodansha (image ci-dessous), qui contient Kokkoku, Les vacances de Jésus & Bouddha et Moyasimon. De quoi y jeter un œil, rien que pour ça. A ce jour cinq tomes sont parus et la série est toujours en cours.

Devils Line Morning

Mais quelque soit sa jeunesse Devils Line, avec sa phrase d’accroche ambiguë et mystérieuse, « Le démon est humain, L’homme est démon« , serait-il plus complexe et mature que ce à quoi il ressemble, au premier feuilletage ? Le manga de vampire a encore des choses à dire ? Mais tant mieux mon bon monsieur, regardons ça de plus près !!!

L’amour ne connait pas le sang froid…

Tsukasa, jeune femme sans soucis à la vie banale découvre du jour au lendemain que les pages à sensation de certains magazines ne racontent pas que des âneries : les vampires existent bel et bien, se cachant parmi nous et vivant une double-vie, mais ne pouvant pas réprimer leur envie de sang. Pour Tsukasa c’est une découverte qui aurait pu lui coûter cher, car l’un de ses amis de fac s’apprêtait à faire d’elle son prochain repas. Heureusement un jeune homme en charge de surveiller les vampires, Anzai, intervient in extremis pour neutraliser son camarade… en réalité un tueur en série qui se défoulait sur autrui pour pouvoir se contenir face à Tsukasa.

Devils-Line-sang

Le soucis est que Anzai, lui aussi, n’est pas vraiment un adulte ordinaire : mi-humain, mi-vampire, il fait partie d’une unité spéciale de la police, l’unité 5, chargée de veiller sur les vampires et leurs… « débordements ». Ces créatures ont beau s’être intégrées dans notre société, allant jusqu’à épouser des humains, elles restent malheureusement incapables de se contenir à la vue de la moindre goutte de sang : leurs yeux changent alors de couleur et elles dévorent tout ce qui bouge. Seul l’injection d’un tranquillisant semble capable de les refréner pendant un petit moment. Et Anzai a beau être semi-humain, la blessure de Tsukasa à la commissure des lèvres lui fait perdre à lui aussi la raison, un court instant : le temps d’embrasser passionnément la jeune fille… puis de la quitter précipitamment, totalement embarrassé.

Mais Tsukasa ne semble pas le moins du monde embêtée par l’animal qu’elle a entraperçu et elle est davantage touchée et préoccupée par la solitude d’Anzai que par les risques qu’elle prend en fréquentant ce semi-vampire. Leur histoire compliquée semble donc sur le point de commencer, mais les vampires, tout comme l’unité spéciale, vont avoir d’autres chats à fouetter. Une organisation secrète, au courant pour les vampires et pleine de haine à leur égard, prépare depuis longtemps un coup d’éclat… qui pourrait bien tout changer.

Love at first bite…

devils-line-2-kanaTout commence donc avec une romance, jeune femme d’un coté, homme vampire ou presque de l’autre. Je vous avais prévenu, sur le papier rien ne semble bien nouveau ni forcément attractif. Heureusement l’approche seinen sauve rapidement le tout, même la love story. Comme je l’évoquais en intro, l’ambiance est davantage sombre que glamour, donc pas de beau vampire semi-nu et aguicheur qui se joue de l’innocence d’une jeune lycéenne « en quête d’un amour extraordinaire et de nouvelles sensations – oh mais non, il ne faut pas, voyons ! – dans son corps qui change« . On prend un postulat fantastico-romantique assez différent ici. Les vampires sont des gens assez lambda, tant qu’on ne discute pas hémoglobine comparée bien sûr, et leur allure est assez commune. Ils ont même une durée de vie plutôt courte, aux alentours de 39 ans, et sont voués à des histoires d’amour qui se finissent mal, revenant à eux après avoir vidé leur bien-aimé(e) de leur sang. Pas vraiment de super-pouvoirs – ils plus costauds et agiles que la moyenne mais c’est tout – donc pas de fantasme twilightien : la vie de vampire tient vraiment plus du cauchemar.

Seinen toujours, la folie sanguine a tendance à éveiller la libido en même temps que la soif, donc dans Devils Line le sexe est très rapidement mis sur le tapis (sans regorger de scènes X pour autant). Même si ce n’est qu’en rêve pour le moment, Tsukasa et Anzai ont bien envie de s’adonner à la passion des corps, comme dans toutes relations adultes normales vous me direz. Pas besoin de 10 tomes avant de se rouler une pelle, problème réglé dès le premier chapitre, et on peut penser que le reste suivra. La relation entre nos deux personnages principaux est intense dès le départ, grâce à une certaine honnêteté dans les sentiments, loin de la dramaturgie collégienne du « je-t’aime-moi-non-plus » ou des quiproquos improbables. Si tout ça avance donc à une vitesse des plus sympathique c’est aussi parce que le récit a d’autres choses sur le feu, et la romance peut aisément passer au second plan.

Who’s bad ?

devils-line-3-kanaC’est sur ces premières rencontres qu’arrive le second volume. Le premier tome s’achève en plein combat entre une tueuse de vampire et Anzai, mal en point, qui est sauvé in extremis par un dénommé Hans Ri (qui fait la couverture du tome 3, ci-contre). Aussi désinvolte que puissant et très bien informé sur la condition vampire ce dernier est, comme Anzai, un autre hybride humain-vampire. Le combat avec la tueuse de vampire dégénère et Tsukasa passe à un cheveu de se faire découper par un Anzai possédé et fou, mais le fameux Hans Ri parvient à calmer le jeu. Néanmoins la relation entre nos deux amoureux est clairement mise sur pause car Anzai refuse de mettre son étudiante bien aimée en péril une fois de plus. Une occasion en or pour découvrir le fameux Hans Ri puis de savoir ce qui se trame derrière l’humaine qui a voulu les tuer tous les deux. Car elle n’est qu’un pion au service de gens bien plus dangereux.

On apprend d’abord pas mal de choses sur la morphologie des vampires et leur lien si particulier avec le sang humain, puis sur les protagonistes de la section 5 que nous avions découvert en surface dans le premier volume. D’une redoutable intelligence qui va de pair avec une moralité pragmatique, Hans Ri nous explique tout ceci – à Tsukasa en réalité, mais à nous aussi, donc – tout en s’amusant et en nous amusant de la relation amoureuse entre elle et notre gardien de la paix vampirique. Pendant ce temps ce dernier est mis de côté, en congé en quelque sorte. On passe, en fait, d’un protagoniste à l’autre dans ces deux premiers volumes, en changeant régulièrement de point de vue et d’ambiance : la romance, les enquêtes autour des meurtres, les affrontements entre les vampires ou avec leurs ennemis humains… Une histoire riche mais qui s’équilibre à merveille et garde très bien sa cohérence.

Après cette pause qui étoffe donc l’univers de Devils Line, la phase suivante est encore plus passionnante car elle dévoile les vrais salauds de l’histoire, du côté des humains, ainsi que leur plan fort bien ficelé pour partir en guerre contre les buveurs de sang. Ils font preuve d’une cruauté digne des plus beaux psychopathes et mettent en exergue la problématique posée par Hans Ri au début du tome 2 : qu’est-ce qui nous dit que quelqu’un est un monstre à cause de sa condition de vampire… il y a des malades partout donc pourquoi cette nature en serait de facto la cause ?

Devils-Line-boire-555x899   Devils Line 5

Entre des vampires qui tentent de vivre avec leur instinct et de se surveiller les uns les autres et des humains qui veulent les éradiquer quelques soient les moyens employés, qui est vraiment le démon au final ?

Voilà donc comment se pose l’intrigue assez riche de The Devils Line, qui pose pas mal de bonnes choses dans ses deux premiers volumes. L’écueil, car il y en a bien un, reste le graphisme : du chara-design balbutiant aux décors presque absents, on sent que Ryo HANADA débute, clairement, et c’est une des raisons qui m’avait fait faire la moue sur le premier chapitre : « c’est pas très original ni très joli dis donc !« 

Heureusement, l’auteur y travaille et progresse – les doubles pages du tome 2 sont assez chouettes d’ailleurs – et il montre quelques aptitudes intéressantes dans toutes les phases d’actions : bonne chorégraphie, ampleurs et puissance des mouvements ou des impacts sont bien suggérés. Les regards et les expressions passent également bien les messages et les émotions, quitte à forcer le trait parfois mais on s’y habitue, et les moments complices et humoristiques sont très bien rendus avec quelques bonnes bouilles et des têtes en SD qui font sourire.

Devils Line 3  Devils Line 1

C’est donc loin d’être parfait, mais on a l’impression de voir un jeune mangaka éclore grâce à une chouette histoire, riche et bien narrée. On a finalement envie de le suivre, de voir où il nous emmène. Un coup de cœur en somme !

Devils line tome 1Fiche descriptive

Titre : Devils Line
Auteur : Ryo HANADA
Date de parution du dernier tome : 16 octobre 2015
Éditeurs fr/jp : Kana / Kodansha
Nombre de pages : 224 n&b
Prix de vente : 7.45 €
Nombre de volumes : 2/5 (en cours)

Visuels : DEVILSLINE © Ryo Hanada / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus vous pouvez suivre l’auteur sur son compte Twitter ou vous rendre sur son site internet ou vous trouverez notamment un diagramme des relations entre personnage, qui montre bien la toile complexe que HANADA est en train de tisser :

Relations Devils Line


novembre 21st, 2015
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Chroniques of the week : oh la vache… Mais ce ne serait pas ARAKAWA ?

⊆ novembre 1st, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ 2 Commentaires »

Chroniques Manga Paoru.fr-001

Après quelques semaines focalisées sur la déferlante de la rentrée, j’ai enfin eu l’occasion de rattraper mon retard sur les sorties de l’éditeur Kurokawa, qui fête ses 10 ans avec de bien belles choses au catalogue présent et à venir (ONE PUNCH MAAAAAAAN !). De mi-août à mi-octobre c’est plus d’une vingtaine de mangas qui nous ont été proposés et on y retrouve une bonne partie des auteurs ou titres  phares de la maison d’édition : du Arakawa sous toutes ses formes (humour, aventure, tranches de vie agricoles, deeeeemandez l’programme !) du Kodama, du Nozokiana, du Jésus et Boudhaaaaaa (ouai les rimes en a c’est claaaaasse) et le troisième tome des Miséraaaa…bles (damnit, j’y étais presque !). Bon le soucis c’est qu’il y a teeeeellement de chose à dire que si je met tout ici, vous en avez pour votre semaine à tout lire. L’occasion est donc parfaite (again…) pour un spécial Hiromu ARAKAWA, histoire de rendre hommage à la Holstein du manga !

En route pour les chroniques donc, et bonnes lectures !


Nobles Paysans 3Nobles Paysans
 #3 de Hiromu ARAKAWA :
 On commence par une bonne tranche de rigolade et de la vie de campagne. Troisième volume de cette autobiographie de la mangaka à succès (Fullmetal Alchemist pour les béotiens) qui continue de narrer ses septs années de vie dans la province très agricole d’Hokkaïdo.

Déjà, c’est un chouette bouquin : nombreuses pages couleurs, grand format et des bonus de partout (j’adore la mini-bd en bas de page qui s’anime quand on feuillette l’ouvrage), une traduction et une édition nickel : même avec « seulement » 120 pages on ne rechigne pas à débourser les 9.1 euros nécessaires, surtout une seule fois par an.

Pour cet opus 2015 on continue d’apprendre plein de choses sur la famille Arakawa, notamment sur la mère et feu la grand-mère, des personnages hauts en couleurs, jamais dénués de ressources et qui prennent la vie avec un entrain inoxydable. Ils sont assez touchants en plus, il faut bien avouer. Le livre est aussi un défilé d’anecdotes, issues des discussions entre l’auteur et son éditeur, laquelle faisant partie intégrante du récit et jouant le rôle du spectateur lambda, tout aussi surpris que nous par la vie rocambolesque des agriculteurs… Une façon d’apprécier à quel point ils sont tous bien barrés… Néanmoins nous sommes les seuls surpris car, du coté des fameux paysans, tout ça est pris avec naturel et désinvolture ce qui participe énormément au comique des différentes situations.

Dans ce volume Arakawa évoque pas mal d’histoires entourant les animaux, indissociables de la vie de campagne : la capacité des chiens à se pointer – à la seconde près – à l’heure du repas, les chats qui dorment vraiment n’importe où, les grues, les poissons et bien évidemment les vaches… les fameuses Holstein n’auront plus aucun secret pour nous !

Blagues mises à part la mangaka est aussi là pour partager et faire réfléchir : elle ancre toutes ses histoires dans une réalité sociale ET économique tout en dévoilant quelques aspects de son existence, comme l’époque charnière où elle a lancé sa carrière tout en continuant à travailler à la ferme. Le résultat est dense, drôle et passionnant. Nobles paysans devient un cadeau qu’on se fait chaque année avec plaisir !

silver-spoon-11-kurokawaSilver Spoon #11 de Hiromu ARAKAWA : d’humour aussi il est question dans cette autre série d’ARAKAWA, tout comme d’agriculture, mais pas seulement. Avec la fin de sa première année de lycée agricole qui approche, Yugo doit commencer à se confronter à son avenir. Ce jeune homme qui allie une profonde gentillesse, de l’intelligence et un attachement toujours cornélien à ses idéaux est décidément très charismatique, même s’il reste assez empoté dans sa relation amoureuse… Mais Aki n’est guère mieux et la communication entre ces deux là vaut vraiment le détour dès qu’il s’agit de parler de sentiment : « oh Yugo des chocolats, merci ! Hum oui le 14 février et alors ?« 

Si on creuse un peu le récit depuis ses débuts, on voit que tout le parcours de Yugo est jalonné d’antagonisme entre rêves, souvent ceux des autres d’ailleurs, et réalité : on a eu l’élevage du petit cochon, le camarade qui rêvait de baseball et Aki qui rêve d’équitation… Des batailles où Yugo refuse toujours de s’avouer vaincu. Mais cette fois-ci il va falloir qu’il commence à s’occuper de lui et une mission des plus périlleuses s’annonce : convaincre son père, cet iceberg intransigeant. On a appris à détester l’homme lors des volumes précédents, mais ce 11e opus vaut de l’or car, après échecs et humiliations, il semble que tout n’est pas perdu entre ces deux-là. En tout cas la visite du père au lycée agricole, au delà de cette confrontation père-fils, est aussi un moment hilarant… Avec une baston de regard épique !

Bref, depuis le temps que je vous le dit, Silver Spoon est vraiment un manga pas comme les autres, dont les personnages nous touchent de manière surprenante. L’un des rares titres que je pourrais me mettre à relire, d’autant plus avec le ralentissement sec que connait la publication au Japon, puisqu’un seul tome (le 13e) est paru en 2015.

the-heroic-legend-of-arslan-manga-volume-3The Heroic Legend of Arslân #3 de Hiromu ARAKAWA & Yoshiki TANAKA : C’est amusant de voir que, pour ces récits épiques autres que FMA, ARAKAWA choisit pour la seconde fois une adaptation. Je suppose que ça lui simplifie la vie niveau écriture mais pas seulement, on sent qu’elle aime ces grandes fresques inspirées de légendes qui font l’histoire des peuples. Si je n’ai pas été totalement emballé par Héro Tales, Arslân se montre beaucoup plus finement élaboré, et de plus en plus prenant. C’est en tout cas une nouvelle occasion pour l’auteur de se laisser aller à de grands combats héroïques et une soif de justice qu’elle sait faire germer chez ses héros comme dans le cœur du lecteur, en faisant défiler les pires crimes qui soient : trahisons funestes, massacres au nom de la religion, esclavage, vengeances assoiffées. On dispose donc de tous les ingrédients pour se faire emporter par cette aventure aux parfums d’Orient. Religion – Orient – Massacre : voilà d’ailleurs qui fait un sinistre écho contemporain aux dérives religieuses de cette région, même si ça n’a rien de nouveau. Mais bref…

Au centre de ce récit on retrouve le fameux Arslân, Prince dont le Roi de père a été vaincu et déchu. Le jeune homme est encore naïf mais on a envie de lui laisser le bénéfice du doute, d’autant que son enfance dorée ne l’a pas vraiment bien préparé à la barbarie humaine. En plus, il est accompagné par une garde rapprochée de haute tenue, qui vient s’étoffer dans ce volume. Il y avait déjà ce symbole de force et de justice, le ténébreux Daryûn – qui a conquis toutes mes connaissances féminines en deux planches, il est fort – puis Narsus, cet artiste lamentable et pourtant convaincu de sa vocation, qui s’avère heureusement un stratège de génie et qui prend la pose pour la couverture du tome. Bon ok, il est pas moche non plus mais, ô joie, il y a désormais une magnifique inconnue, la redoutable prêtresse Faranghîs qui vient rejoindre la troupe de rebelles amenant avec elle le rusé, flatteur et redoutable combattant du nom de Ghîb.

Après le chara-design parfois très carré et anguleux d’un Silver Spoon, les protagonistes d’Arslân montre qu’ARAKAWA sait aussi faire dans une grande finesse et qu’elle ne se contente pas de savoir dessiner des gueules austères et massives débordantes de virilité et de rigueur. La féminité, tout en battement de cil, en regards pénétrants et en petites pointes de sensualité, elle sait aussi le faire. Arslân mélange en tout cas les deux styles à la perfection et, en bonus, nous apporte une bonne dose d’action sous la forme de duels intenses et vifs ou d’affrontements militaires de plus grande ampleur. Un manga des plus complets donc et j’avoue que le jeu vidéo prévu en 2016 façon Dynasty Warriors, me fait un peu de l’œil, mais j’attends d’en savoir plus.

Et voilà pour ces lectures… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. La semaine prochaine on continuera avec du Kurokawa et peut-être aussi un peu de Kana, Ki-oon et/ou de Glénat et Komikku, car j’ai des choses très alléchantes qui m’attendent, la preuve avec la pile à lire :

Chroniques Manga Paoru.fr-002


novembre 1st, 2015
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Unlucky young men : une virée désabusée à travers le « mai 68 » japonais

⊆ octobre 10th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Manga / Japanimation | | ˜ 3 Commentaires »

UnluckyYoungMen titre

Mai 68, une date chargée de symboles pour plusieurs générations d’entre-nous, qui s’est drapée d’un voile romantico-idéaliste à travers les années. Synonyme de rébellion cool, d’espoir et manifestation d’une volonté de faire voler en éclat un pouvoir dépassé, sclérosé et un brin oligarchique. Plusieurs générations d’adolescents et de jeunes adultes en rêvent encore…

Parmi ces derniers plusieurs lisent des mangas, bien sûr, mais combien en France savent que le Japon, ce pays bien sous tous rapports et à la société uniforme, a connu de telles révoltes lui aussi, la même année qui plus est ? Toute la génération nippone paumée des années 2 000 que l’on voit dans les mangas d’Inio Asano (Solanin, La fille de la plage) n’a pas été la première à la recherche de repères.

Ainsi, avec le premier tome de Unlucky Young Men qui sort cette semaine dans la collection Latitudes des éditions Ki-oon (Emma, Goggles, Coffee Time) je vous propose de plonger un demi-siècle en arrière, grâce aux talents combinés de Eiji OTSUKA au scénario et Kamui FUJIWARA au dessin. Ce premier tome sur les deux à venir est l’occasion d’une captivante découverte, dans une virée mouvementée qui mélange polar et chronique sociale, en allant du célèbre vol des 300 millions de yen au baroud d’honneur d’une génération désabusée qui formera pourtant des cohortes de salarymen dociles dans les décennies qui vont suivre. Un Japon à la croisée des chemins qui, comme les héros de cette fable remuante, ne sera plus jamais le même…

Une génération profondément malheureuse…

Avant d’en venir à l’ouvrage lui-même, plantons le décor de cette année et de cette époque méconnue qu’Unlucky Youn Men sort totalement de l’oubli.

Parce que vois-tu, cher lecteur, dans les années 60 les jeunes Japonais, en tout cas la jeunesse Tokyoïte, elle est rebelle et révolté à 100% contre ses aînés. En même temps, on le serait à moins : elle a grandi dans le Japon vaincu d’après guerre, sous juridiction américaine, et son enfance des années 50 a été synonyme de grande pauvreté (lisez Rainbow de KAKIZAKI et ABE pour vous faire une idée). Quantité d’orphelins et d’enfants abandonnés ont erré dans les rues, leur quotidien se résumant à la survie. Ils étaient seuls car leurs parents étaient partis ou morts à cause de cette guerre, ils étaient pauvres et sans honneur car leurs prédécesseurs l’avaient perdue. Et pour tout ça, un ressentiment et un grande désaffection était née envers la génération qui les a précédés. Ils ne validaient pas cet affrontement jusqu’au-boutiste et sentaient monter en eux un sentiment d’injustice, contraints de vivre dans le bourbier de ses conséquences, malgré leur innocence.

Yoko, 17 ans, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

Yoko, 17 ans, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

C’est sur ce terreau de tristesse, de désamour et de colère latente que grandit le Japon de cette époque. Avec l’embellie économique des années 60, le Japon a fini par sortir la tête de l’eau. Mais l’image que l’on veut donner de cette renaissance passe par une propagande lisse et brillante à souhait pour le reste du monde. En 1964, un correspondant du magazine Life dépêché sur place pour faire un portrait de cette génération décrit avec humour cette jeunesse de façade : « aussi saine et heureuse qu’une coupe glacée au caramel » mais fait un bilan beaucoup, beaucoup plus sombre : « Un large segment des jeunes Japonais est, en profondeur, désespérément malheureux et perdu. Et ils parlent librement de leurs frustrations. Beaucoup ont perdu le respect pour leurs aînés, ces clefs de voûte de la vie japonaise, et dans certains cas dénoncent les personnes plus âgées pour  les “avoir plongé dans une guerre insensée”».

Ayant tranché les liens qui les unissaient avec le cocon familial, ils ont reformé, dans la désespérance, leur propre mini société, régie par leurs propres règles. Les jeunes gens de ces groupes sont reliés les uns aux autres non pas par de l’affection mutuelle – dans de nombreux cas, ces êtres “perdus” sont incapables de toute affection – mais plutôt par ce besoin d’appartenir, de faire partie de quelque chose. »

La jeunesse japonaise, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

La jeunesse japonaise, Tokyo, 1964 © Michael Rougier

C’est ainsi que naisse les héros d’Unlucky Young Men et tout particulièrement Yoko. Yoko incarne un personnage réel du nom de Hiroko NAGATA (photo ci-dessous), jeune fille de bonne famille venant d’une école tout ce qu’il y a de plus huppée mais qui va devenir la présidente de l’Armée rouge unie, groupe d’extrême gauche et l’une des entités terroristes les plus craintes dans le monde à l’époque… Dans ce premier volume on y découvre une jeune femme froide, instable et qui recherche ni plus ni moins que la destruction du Japon actuel, où de tout ceux qui pourraient y trouver le bonheur. Tel un miroir, une autre jeune femme porte aussi le nom de Yoko dans cette histoire, une anonyme fictive pour le coup, qui va toucher du bout des doigts l’amour et le bonheur avant de subir les foudres de son homonyme, qui lui refuse une vie heureuse et la plénitude de sentiments qu’elle semble incapable, elle, d’éprouver.

hiroko-nagata

Moins extrême mais lui aussi malheureux, on retrouve un autre rebelle du nom Kaoru, fils d’un policier haut placé qui voue une certaine haine au système et à son père, car tous les deux le méprisent, lui, ce jeune homosexuel qui se cherche. Kaoru est le symbole de cette absence de barrière de la jeunesse japonaise et d’une certaine escalade : quelles que soient les exactions, elles semblent sans conséquences car elles sont toutes dissimulées, par peur du scandale et de l’opprobre. Mais tout est fait sans explications, sans véritable notion du bien ou du mal, dans une voie du silence totalement étouffante, dans le rejet de l’autre sans comprendre que derrière les erreurs de jeunesse il y a une souffrance, une recherche d’identité et de reconnaissance… Mais le dialogue est impossible entre ces deux générations et chaque discussion n’a pour conséquence que de pousser à davantage de transgression.

Beaucoup vont aller loin, très loin dans cette recherche de limites mais quelques-uns vont tenter, ensuite, d’en revenir. C’est ainsi que l’on peut dépeindre N, héros de l’histoire inspiré d’un autre personnage réel : Norio NAGAYAMA, un meurtrier en série mais aussi écrivain durant ses années d’emprisonnement. Il va contre toute attente trouver l’amour et aspirer alors à une vie plus sereine, après ses 4 meurtres. Il posera son pistolet et tentera de reprendre des études pour se dessiner un avenir simple mais radieux, aux bras de sa chère et tendre. Mais voilà, repasser de meurtrier à gentil mari bien comme il faut est, là encore, vécu comme une trahison par ceux qui veulent faire tomber ce modèle de la famille heureuse japonaise. Sous le couvert de la rébellion, les futurs terroristes refusent le droit au bonheur et forcent ceux qui les croisent à les suivre dans les chemins de l’anarchie et du désespoir…

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N le meurtrier, dans Unlucky Young Men

Tous ces portraits et d’autres, très réussis, sont réunis dans Unlucky Young Men pour montrer de manière troublante cette génération tiraillée entre des revendications – du besoin viscéral de justice ou d’équité à de la vengeance pure et simple – et le désir de goûter à un bonheur banal,  d’accomplir ses rêves, de laisser le passé derrière soi. Malheureusement ces deux souhaits semblent incompatibles, et vont mener le Japon dans l’une année des plus contestataires de son histoire contemporaine.

Soixante-huit, année chaotique

En 1968, le Japon est en pleine croissance : il a quadruplé son PIB en huit ans (on est content avec notre + 1.5% cette année, ça laisse rêveur) et il est à l’aube d’une croissance encore plus grande qui va durer jusqu’au milieu des années 90. Cet essor, comme toujours, ne peut se faire sans la jeunesse, et celle-ci, autonome et sans barrière, est bien décidée à se faire entendre…

Tout commence en janvier. Pour mener à bien la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont installés à Okinawa, une vraie base arrière d’où partent leurs bombardiers pour aller raser les ennemis vietnamiens. Les Zengaruken vont s’y opposer. Ce sont des associations d’étudiants auto-gérées qui défendent la démocratie et l’université pour tous, dirigées en coulisse par le partie communiste, et qui luttent donc pour empêcher l’arrivée de nombreux navires de guerre en janvier et février. Un combat qui exprime le refus et le raz-le-bol global du colonialisme américain : les Etats-Unis ont eu la mainmise sur de nombreuses sphères politiques et économiques au Japon, pendant plus d’une décennie. Même si le Traité de coopération mutuelle, dans sa nouvelle mouture signé en 1960, a « officiellement » équilibré le rapport de force, les Etats-Unis continuent de faire un peu ce qu’ils veulent sur le sol nippon pour ce qui est du domaine militaire. Ce manque cruel de souveraineté est une frustration de plus, de trop, pour la jeunesse nippone et elle entame ainsi son combat.

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En avril, les choses s’accélèrent :  au Japon comme en France et partout dans le monde, le baby-boom a amené de plus en plus d’étudiants sur les bancs de l’Université qui se voulait encore une décennie auparavant un pré carré pour l’élite de la population. En France, par exemple, on passait de 250 000 universitaires en 1963 à 500 000 en 1968. Inutile de dire que cette nouvelle population lettrée a elle aussi des choses à dire au Japon : refus de l’augmentation des taxes scolaires, de la sélection à l’entrée de l’université, d’une pédagogie vieillissante et symbole de « la génération d’avant ». 200 universités sont occupées à partir du mois d’avril, l’étincelle venant d’une réforme qui voulait obliger les étudiants en médecine à travailler gratuitement pendant deux ans à l’hôpital.

Cette bataille pour la démocratisation de l’enseignement supérieur affole évidemment le gouvernement mais il n’est pas le seul à réagir. Dans Unlucky Young Men, on croise par exemple Yukio MISHIMA, écrivain et prix Nobel mais également nationaliste et à l’origine de la milice privée Tatenokai (Société du bouclier), destinée à assurer la protection de l’Empereur.

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Plusieurs de ses mouvements d’extrême droite iront lutter aux côtés des forces de l’ordre contre l’extrême gauche et les cohortes d’étudiants. C’est sans doute là que les choses commencent à s’envenimer sérieusement : on peut prêter plein de bonnes intentions à cette révolution japonaise, comme leur combat écologique contre le progrès industriel aveugle que je n’ai pas encore cité (pollution au métaux lourds, expropriations expéditives d’agriculteurs), mais il ne faut aussi pas oublier comment ce combat a fini, de manière beaucoup moins romantique et glorieuse…

La manipulation de cette génération par des mouvances extrémistes, gauche comme droite a entraîné une escalade qui s’est finie dans un bain de sang où nombre de jeunes japonais se sont entre-déchirés et sont morts ou ont été salement blessés. Ce mai 68 nippon a été le plus long et le plus violent mouvement de contestation étudiante qu’a connu le monde à cette époque. Sur la fin, en janvier 1969, les forces d’autodéfense ont affronté pendant de longues journées des étudiants retranchés dans les facultés et la violence était des deux cotés, puisque les étudiants utilisaient aussi cocktails molotov, bombes d’acides, etc.  Pendant que les Etats-Unis poussaient le gouvernement à une véritable purge rouge, le mouvement s’est divisé en factions qui ont commencé à se quereller voir s’affronter, chacun voulant imposer son idéologie et sa mouvance. Une énorme confusion naîtra de la fin de ce mouvement et le soutien de la population s’effritera pour se transformer en méfiance vis à vis de l’appareil politique, accouchant d’un total désintérêt de la population japonaise pour la politique, d’ailleurs.

A tout ceci s’ajoute, dans Unlucky Young Men, l’affaire des 300 millions de yen, déjà sujet de plusieurs mangas comme Montage ou Inspecteur Kurokochi, car les deux mangakas décident d’incorporer cette affaire irrésolue en suivant une piste inédite, triste et injuste mais réaliste, et des plus intéressantes.

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Il y a aurait encore pas mal de choses à dire d’ailleurs, sur ce premier tome, comme l’hommage rendu au cinéma des années 60-70 à travers la construction narrative et graphique de l’oeuvre mais je laisse les plus curieux faire comme moi, et fouiller un peu, ou en apprendre plus à la lecture de ce premier tome que, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement.

En fait, ce manga a d’abord piqué ma curiosité mais il a ensuite entraîné, par sa lecture puis via la genèse de cet article, tout un flot de questions qui restent encore sans réponse, sur la capacité du Japon à se révolter et à prendre à bras le corps des sujets de premier ordre sans en arriver à de tels extrêmes…  Lorsque l’on voit l’inquiétante actualité du Japon des années 2010, on se demande forcément ce que veulent faire les générations qui arrivent du cas TEPCO-FUKUSHIMA, comment appréhendent-elles les restrictions dans la liberté d’expression qu’évoquent sombrement Tetsuya TSUTSUI dans Poison City, et que feront-elles de la remilitarisation en marche de leur pays, 70 ans après Hiroshima ?

Unlucky Young Men coverFiche descriptive

Titre : Unlucky Young Men
Auteur : Kamui Fujiwara / Eiji Otsuka
Date de parution du dernier tome : 08 octobre 2015
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Kadokawa
Nombre de pages : 360 n&b
Prix de vente : 19.90 €
Nombre de volumes : 1/2 (terminé)

Visuels : © Kamui FUJIWARA 2007 © OTSUKA Eiji Jimusyo 2007 / KADOKAWA CORPORATION, Tokyo.

Pour vous faire un avis plus personnels sur le titre, je vous mets une preview ci-dessous. Pour vous faire un avis sur cette époque il y a assez peu d’information non orientée sur internet, donc il faut faire le tri mais je peux vous conseiller ce site d’un prof d’histoire-géographie ici comme bon point de départ et je vous partage le très bon dossier de presse des éditions Ki-oon.


octobre 10th, 2015
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Chroniques of ze week : autour du tome 7, quatre mangas qui en ont dans la tête

⊆ octobre 4th, 2015 | ≡ Topic: Articles, Chroniques, Chroniques of the week, Manga, Manga / Japanimation | | ˜ Pas de commentaires »

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J’aime bien les tomes 7. Enfin… pas uniquement les tomes 7, plutôt cette période entre les tomes 5 et 10 où une série dévoile son potentiel, puis confirme volume après volume que vous avez un bon manga entre les mains. Finies les présentations et les hésitations, on passe la seconde en terme de narration, on assiste aux premiers plotwists d’ampleur… et on reste pour un temps épargné par la dilution ou l’étirement du récit, cette habitude irritante pour faire durer un succès tout juste acquis. Qui plus est c’est aussi une fierté pour le lecteur qui a su se montrer patient, et que le jeu en valait la chandelle.

Ces dernières semaines j’en ai lu quatre comme ça, trois tomes 7 justement et un tome 9, qui ont comme point commun de dérouler un excellent scénario et, hasard le plus total, basés sur quatre conflits armés historiques, fictifs ou carrément surnaturels. Certains font parler d’eux et sont déjà connus et reconnus – et maintiennent leur niveau avec brio tome après tome – mais d’autres sont plus proches de la déception commerciale, à tort. Mais nous allons tenter d’y remédier…

Bonne lecture et, comme d’habitude, plus d’infos en cliquant sur le lien en en-tête de chaque chronique !

Il était une fois… LA GUERRE !

Ad Astra 7Ad Astra VII de Mihachi KAGANO chez Ki-oon : On démarre par le titre le plus « réel » des quatre, un récit historique qui traite des Guerres Puniques, la seconde plus précisément. Tout se déroule donc au IIIe siècle avant JC entre une civilisation romaine en plein essor et les civilisations carthaginoises (aka civilisations puniques, d’où le nom) qui refusent de se voir dépossédées de leurs terres méditerranéennes après avoir perdu la première guerre. Sous l’égide du général de génie Hannibal Barca, ils sont bien décidés à prendre leur revanche. J’avais évoqué la série au second tome à la rentrée 2014, car ce manga historique mettait en lumière une période méconnue et passionnante de l’histoire romaine.

En France, avec Astérix et la capitulation de Vercingétorix à Alésia, on connait plutôt L’Empire Romain, la superpuissance établie qui a accolé son fameux tampon Senatus Populus Que Romanus du Portugal à la Turquie. Dans Ad Astra, aux alentours de -220 avant JC donc,  les Romains sont déjà bouffis d’orgueil mais ils ne règnent « que » sur la moitié de la Méditerranée, des côtes espagnoles aux côtes grecques. C’est de cet orgueil que Barca va tirer toutes ses ruses, en plus de manier à la perfection les particularités des champs de batailles. Durant les six premiers tomes, on assiste donc à toute la bêtise d’une armée trop sûre d’elle-même : elle traite l’ennemi avec arrogance, chaque général romain se précipite sans réfléchir, persuadé de vaincre l’ennemi rapidement, que le surnombre et la grandeur de Rome suffisent. Au contraire, Hannibal monte des plans minutieux et de plus en plus échafaudés au fil des batailles, ne laissant aucun détail au hasard. De la présence d’une rivière à la météo du jour, le carthaginois mise toujours sur l’effet de surprise et l’avantage psychologique qu’il procure, en laissant croire à son adversaire qu’il a été mis à jour ou qu’il attaque de manière insensée, tel le barbare bourrin qu’on attend qu’il soit dans le camp romain. Cette humilité est sa meilleure arme, tout comme son image de libérateur qui lui vaut le renfort des peuples, jusqu’ici opprimés par nos hommes en jupettes.

Cependant, comme le dit l’adage, Rome ne s’est pas faite en un jour et il a fallu des hommes de talents pour la mener sur la voie de l’Empire. Hannibal a donc des ennemis d’envergure, depuis le tome 3. Mais faces aux certitudes des dirigeants brisées, les plus grands noms de Rome se rejettent la faute les uns sur les autres et pendant ce temps Hannibal progresse jusque dans l’Italie elle-même, pour la légendaire bataille de Cannes : l’un des plus grand massacres de l’Antiquité avec environ 50 000 romains tués contre 10 fois moins dans les rangs carthaginois, un chef d’oeuvre de tactique que je ne vous spoile pas mais qui, sachez-le, est encore étudiée de nos jours dans les écoles militaires. Bref, vous l’aurez compris, tout ceci est passionnant mais la bataille à sens unique pourrait finir par lasser. C’est donc avec joie que ce tome 7 propulse en avant, et au commandement, un duo romain du tonnerre : le monstre de guerre Marcellus et le jeune prodige Scipion, admirateur d’Hannibal mais qui en connait désormais les failles. Les forces s’équilibrent et la terrible tornade de défaite prend fin. C’est au tour des Carthaginois de douter… et de remettre en question leur chef. Voilà qui est prometteur !



Altair 7Altaïr 7 
de Kotono KATO chez Glénat : Enfin je vous parle d’Altaïr sur ce blog ! Je l’ai déjà évoqué sur les réseaux sociaux ou dans les colonnes de Journal du Japon, mais la série passait toujours à un cheveu des sélections précédentes. D’ailleurs, ici comme ailleurs, elle a beaucoup souffert de son graphisme initial perfectible, de ses couvertures assez classiques sur les premiers volumes, de son démarrage en douceur. Pourtant ce récit nous présente une région et une période inhabituelle dans les mangas, celle de l’Empire Ottoman du XIV – XVe siècle. Inspirée par des personnages historiques réels et quelques noms de pays bien connus, la diplômée d’Histoire sur ce sujet, Kotono KATO, nous raconte la vie passionnée de Tugrul Mahmud qui va tenter de défendre la Türkiye et son peuple face aux complots, aux trahisons, aux folies et aux luttes de pouvoir des dirigeants de toute la région.

Talentueux et premier de la classe, notre jeune homme va connaître l’échec face aux félonies politiciennes. Ce jeune général inexpérimenté et idéaliste va devoir renaître en tant qu’espion et émissaire, et observer impuissant la défaite des justes face aux corrompus… mais il va apprendre, petit à petit, à déjouer et à vaincre ses adversaires, tout en essayant de respecter ses principes et quelques uns de ses idéaux. Voilà donc une belle histoire, toujours très romancée, telle une fable sanglante avec des ennemis cruels à souhait. La passion pour l’orient de la mangaka transpire dans chaque page à travers des dessins de plus en plus réussis, pleins de détails dans les costumes, les villes ou les places fortes. Depuis le tome 4 le manichéisme s’amenuise, les personnages conservent leurs idéaux mais deviennent aussi plus malins et plus réalistes. On reste en présence d’un shônen avec un héroïsme marqué mais les protagonistes deviennent attachants et leur quête entraînante car, en plus des intrigues politiques, on découvre l’art de la guerre en terrain ottoman : terres arides et montagnes escarpées, premiers fusils et batailles à cheval… Un goût d’Orient inédit dans le palais du lecteur.

Altaïr est finalement une alternative shônen intéressante à des seinens très travaillés comme Cesare ou Ad Astra avec des couvertures de plus en plus belles dont le travail sur les dorures par les éditions Glénat est du plus bel effet. Une chouette aventure à essayer !

Des batailles épiques et qui piquent

magical-girl-end-07Magical Girl of the End #7 de Kentarô SATÔ chez Akata : lorsqu’on commence fort, ce n’est pas toujours facile de durer et un article enthousiaste basée sur les premiers volumes est tout sauf parole d’évangile pour un manga qui dure. Heureusement, Magical Girl of the End n’est pas de ceux là, et fait honneur à l’enthousiasme qu’il avait suscité dès son premier opus. Pour ceux qui ne connaissent pas ce premier titre de la collection WTF d’Akata, je vous encourage à lire l’article de votre serviteur à la sortie de la série. Pour vous faire la version courte, disons qu’il s’agit du jour où des magical girls débarquent dans notre monde pour nous réduire en charpie sanguinolente de toutes les façons qui soient. S’en suit une course effrénée de quelques personnes pour leur survie, face à ces poupées aux pouvoirs démentiels, dans une course poursuite 100% adrénaline.

Après un rush horrifique et totalement déjanté pendant 2-3 tomes, la série a su dévoiler un vrai scénario à base de bonds dans le temps, de sorcellerie, de drames personnels et de sauvetage de l’humanité. Si beaucoup de protagonistes ont été découpés / troués / éparpillés / vaporisés voir zombifiés durant les premières heures du récit, c’est désormais une véritable bande que l’on suit de près, des gens qui ont survécu à l’horreur et qui sont prêt à en découdre. D’autant que les derniers tomes, dont ce septième, révèlent toute la mécanique de cette lutte pour la domination du monde. Mais, sitôt les premiers mystères levés, l’action reprend de plus belle : un nouveau round qui est des plus prometteurs car les magical girls qui ont décimé tant d’humains sont passés du cotés des good guys, dans une nouvelle version qui devrait broyer du tibia et découper de la cervelle. Kentarô SATÔ continue donc de tenir ses promesses, excelle à renouveler son intrigue et à maintenir le charisme des ses personnages, tous plus fous et séduisants les uns que les autres. Un titre toujours aussi jouissif !


FateZero-9-JaqFate/Zero #9 de SHINJIRÔ & Gen UROBUCHI / Type-Moon chez Ototo : Décidément tous les tomes de Fate Zero sont des petits caviars depuis quelques temps. Après un volume 8 focalisé sur l’action retour aux coups bas, aux trahisons et aux alliances dans cette nouvelle itération. Il faut dire que l’étau se resserre autour du Saint Graal puisque l’on va passer de 5 à 4 prétendants cette fois-ci, et pas de la plus belle des manières qui soit. Comme le dit le 4e de couverture : « Neuvième volume de la saga Fate/Zero, entaché de hurlements maudits« …

La mort dans le déshonneur est le lot de tous ceux qui échouent dans la quête de la coupe sacrée mais certains n’attendent pas leur défaite pour jeter leur propre nom dans la boue, si cela leur permet de gagner. C’est d’ailleurs de ça que naît le principal et diablement intéressant débat de ce tome : vouloir gagner à tout prix est-il un mal lorsque cela met fin à une guerre le plus rapidement possible ? Et si on pousse ce raisonnement plus loin, pour reprendre les idées de Kiritsugu, « c’est parce que des prétendus héros viennent jeter de la poudre aux yeux avec leurs rêves d’honneur » que l’homme ferme les yeux sur l’enfer vivant qu’est la guerre et que s’ouvrent, encore et encore, les portes de la barbarie, de la terreur et de la souffrance. Voilà donc un tome où les gens se salissent les mains, mettent leur fierté de coté pour monter des alliances, trahissent leurs compagnons, leurs maîtres… Ou gagnent une force nouvelle au prix d’une déchéance physique et psychique difficilement supportable.

Une fois de plus ce seinen replonge dans la noirceur et le fait avec un talent remarquable, apportant une vraie réflexion sur le peu de lumière de notre monde. Cerise sur le charnier, cet opus s’achève bel et bien avec une descente aux enfers au sens propre, un finish des plus mystérieux… Vivement le tome 10 !

Et voilà pour ces lectures… Comme d’habitude je ne parle pas de tout, on dissertera du retour de The Arms Peddler plus tard, par exemple, et on évitera d’aborder Übel Blatt en espérant que ça s’améliore pour le finish… De tous ces titres et d’autres, il en est plus questions sur les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook ou Twitter pour des sessions de lecture en live. Je termine par l’habituelle photo de la pile de tomes à lire et à chroniquer, et vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour de nouveaux titres  !

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