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[Critique] Moyasimon : boire & manger, lire & fermenter !

Moyasimon banner

En voilà un manga compliqué à défendre, Moyasimon, et qui s’avère unique en son genre. On pourrait presque l’appeler « Encyclopédie de la vie microbienne en manga », mais ces personnages sont finalement trop attachants pour réduire ce seinen à la simple somme d’informations qu’il délivre (pourtant colossale). C’est en tout cas ce mélange unique entre savoir, humour et vie étudiante que je voulais vous détailler aujourdhui car ce manga, signé par Masayuki ISHIKAWA, est méconnu et surtout un peu difficile d’approche : publié aux éditions Glénat Manga (éditeur courageux pour le coup), il ne se lit pas en deux minutes, pour un petit moment de détente… finir un tome vous prendra généralement une bonne heure.

Voilà donc une série en 13 tomes, dont la publication en France va s’achever en cette fin 2016, et qui mérite donc quelques efforts. Mais on ressort toujours ravi. Amusé, toujours plus cultivé, et ravi… À moi de vous convaincre, maintenant, que la lecture en vaut la peine, à quelques semaines de la sortie du tome 12, le 21 septembre prochain. En route pour la critique !

 Moyasimon tome 1  moyasimon-12-glenat

Cette histoire est une fiction… enfin presque

Notre récit débute avec le pouvoir étrange de Tadayasu Soemon Sawaki : il a la capacité de voir les microbes à l’œil nu… et même de leur parler (y compris au téléphone, le truc pratique). Destiné à reprendre l’exploitation familiale de saké, Tadayasu fait logiquement son entrée dans une université agricole, et c’est là que commence son histoire…

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La rencontre ! MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Avec son ami d’enfance, Kei, ils font la connaissance du professeur Itsuki, spécialiste des microbes en tout genre avec un goût assez unique pour les choses fermentées : il affectionne les oiseaux de mers décomposés, les raies fermentées, et toutes les choses faisandées très riches en goût… Des moments puants et assez hilarants en perspective à l’image de cette tirade : « vous voyez le coin pissotière des vieilles toilettes pour hommes toutes crades, qu’on trouve dans le camping par exemple ? J’ai l’impression d’avoir mis dans ma bouche un bout de papier toilette imbibé de pisse tombée par terre là-dedans, un jour d’été.»

Vous vous en doutez, Itsuki voit le don de Sawaki avec intérêt et notre jeune homme rejoint rapidement le département de micro-biologie. Sawaki et Kei font la connaissance de toute l’équipe : la redoutable et intransigeante Hasegawa, le duo d’étudiants-truands Misato et Kawahama, la belle miss fac Muto, puante (au début du récit) ou alcoolique (plus tard) et enfin une autre nouvelle, obsédée de la propreté, du nom d’Hazuki… Sawaki fera ensuite de nombreux voyages et rencontres : le collègue étrange du professeur Sawaki, la jeune Marie (française et  héritière d’une exploitation viticole) mais aussi des artisans en tout genre et spécialistes de saké, de bière ou d’agriculture en général.

Mais dans cette liste j’oublie les autres personnages principaux de cette histoire : les microbes ! On le sait tous, les microbes sont invisibles à l’œil nu (on n’aurait pas attendu le 19e siècle pour les découvrir sinon), mais Tadayasu les voit sous la forme de petits êtres de la taille d’un petit pois. Ils différent par la forme, la taille et surtout par leur étrange et proéminente tête : des rondes, des carrées, des avec ou sans moustache, avec des chignons ou autres protubérances originales.

Par moment, ils n’ont pas besoin de Tadayasu pour exister et ils se font plaisir en devenant les stars de l’histoire, pendant quelques pages voir pendant tout un chapitre… et les bonus de chaque tome leur appartiennent ! Cela dit ils sont là pour une bonne raison et vont vous parler directement à vous, chers lecteurs, pour vous apprendre que, sans eux, la vie et les plaisirs de l’existence seraient impossibles : découvrez le rôle des microbes dans la digestion, dans la protection de notre peau contre les agressions extérieures, le rôle des microbes dans la fabrication de la sauce soja, du mirin, du saké, du vin, de la bière…

Moyashimon_micro-organisms

Ces microbes, en alternance avec le professeur Itsuki ou quelques personnages spécialistes de leur domaine (barmaid, responsable d’une micro-basserie ou d’une exploitation viticole, etc…) vont venir noircir les pages de Moyasimon dans des explications simples à comprendre mais toujours extrêmement riches en détails, regroupant toutes les notions de base que vous connaissiez (ou pas) et rajoutant plusieurs couches par-dessus… Si bien qu’il ne s’agit finalement pas que de microbes mais aussi de procédés de fabrications, d’histoire, de marché de consommateur potentiel au Japon et ailleurs, de comportement de masse, etc.

Il est difficile de tout retenir : j’ai par exemple du relire l’arc sur la bière une seconde fois (dans le tome 8, ci-dessous au centre) pour mieux en comprendre les subtilités… et ce tome est devenu l’un de mes préférés depuis, une quasi-référence en la matière. Les explications ne manquent pas d’humour, surtout quand les microbes humanisés et souvent caractériels nous racontent leur quotidien et se moquent des humains, mais on fait face à une présentation des plus sérieuses, entre vulgarisation et discours universitaire, qui fait à chaque foi un tour assez complet de la question… au moins pour ce qui concerne le Japon. Cela dit quand je vois la tête qu’ont les fromages français quand ils commencent à avoir un certain âge, je pense que l’on peut tout à fait apprécier les différentes formes d’alimentation fermentée du Japon.

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En plus, comme je l’évoquais plus haut avec Marie, la française de Moyasimon (en couverture du tome 9 ci-dessus)le manga de Masayuki ISHIKAWA n’a pas peur de sortir de l’université voir de ses frontières, en allant en France (un tome 6 aux couleurs de notre drapeau, c’est fun) ou en traversant les Etats-Unis d’un bout à l’autre histoire d’aller au-delà de certains clichés. Le manga en détruit aussi (des clichés) concernant le Japon, et soulèvent quelques questions intéressantes : action des pouvoirs publics et jeux d’influences des lobbys, comportement grégaire des consommateurs et pouvoir des campagnes de pub… les recherches effectuées par l’auteur lui permettent bien souvent d’apporter une argumentation des plus solides, qui fait réfléchir.

En résumé, Moyasimon vous parle donc de microbes, de leur utilité à la façon dont les gens les perçoivent, mais aussi de tout ce qui fermentent ou qui a ou a eu besoin un jour des microbes pour exister. Autant vous dire qu’en seulement treize volumes, cela fait un paquet d’informations, et le mangaka les distille sous toutes les formes : il y a les speechs que je viens d’évoquer, qui s’insèrent logiquement dans l’histoire ou qui en font un hold up complet (ce qui est souvent revendiqué par les microbes avec une petite touche d’humour). Ces longs discours sont aussi la spécialité du professeur Itsuki, et c’est une capacité crainte par ses élèves !

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Itsuki et ses monologues ! MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Mais ISHIKAWA va plus loin que les simples explications dans le texte et les notes ou commentaires pullulent partout dans le manga. Rares sont les doubles pages qui ne possèdent pas un, deux ou trois petits dessins de microbes dans la marge avec son nom et son rôle en quelques mots, ou alors la tête d’un personnage qui laisse une occasion au mangaka de faire un commentaire : « ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu« , « vous êtes nombreux à me dire que vous aimez sa nouvelle coupe de cheveux« , « j’ai acheté des fringues SM comme celle qu’elle porte au fait« … Beaucoup – vraiment beaucoup –  de délires sont partagés et forment, en quelque sortes un making-of in situ de l’ouvrage, assez amusant à suivre. L’auteur prend de toute façon son temps pour sortir chaque volume, donc rien d’étonnant à qu’il soit ainsi décoré : il lui aura fallu 10 ans pour 13 tomes, publiés dans le magazine Evening de la Kodansha de 2004 à 2014. Il aime d’ailleurs faire quelques références à ce magazine parfois, voir à évoquer / parodier d’autres manga célèbres qui y paraissent, le temps d’une planche.

En tout cas, pour en finir sur cette richesse du texte, j’ai une petite pensée pour Anne-Sophie Thévenon, la traductrice, que vous connaissez déjà si vous lisez Bersek, Bastard, Noragami ou Bleach : Moyasimon est certainement le manga publié en France qui possède le plus de monologues interminables et d’annotations à toutes les sauces. Un sacré défi et du beau travail en tout cas !

Entre deux microbes, sous les microscopes, la vie universitaire s’écoule…

Heureusement, comme je le disais en introduction, Moyasimon n’est pas qu’une simple encyclopédie en bande-dessinée. L’humanisation des microbes amène une bonne dose d’humour, mais il y a aussi la vie de personnages hauts en couleur qui vous attend. Bon, évidemment, avec tout le blabla autour des microbes, leur vie avance parfois au ralenti, et les 13 tomes de cette série balaie seulement une année à l’université agricole. Avec 7 ou 8 personnages au premier plan, on pourrait craindre l’ennui… mais pas du tout : c’est ce qu’ils racontent qui fait une partie de l’intérêt du livre. D’autres protagonistes vont venir compléter l’histoire à partir des tomes 7 et 8 mais l’équipe de départ se suffit déjà à elle-même, au point de nous faire régulièrement oublier Sawaki et son don pour voir les microbes.

Les personnages principaux de Moyasimon

Les personnages principaux de Moyasimon

Il y a Kei, le travesti en gothique lolita qui se passionne pour la fabrication de Saké, Misato et Kawahama étudiants passionnés mais qui montent des arnaques ou des commerces foireux sans arrêt, Hasegawa qui est une super-riche héritière et qui ne sait pas trop quelle vie choisir, Muto qui a parcouru le monde à la découverte des microbes mais qui se trompe, pourtant, en pensant avoir tout vu, tout entendu… et le prof Itsuki beauuuucoup moins sage qu’on pourrait le penser derrière ses petites lunettes… Avec ces personnages Moyasimon présente donc une seconde facette, celle de la vie étudiante, pleine de doutes et de quêtes d’identités, une découverte du Monde qui les attend… et de leur avenir. La vie étudiante est faite de recherches scientifiques poussées, d’excès et de coups de folie, mais aussi d’inquiétudes sur la future la vie active, qu’on ne pourra pas repousser éternellement. En tout cas, tous ces esprits plutôt bien construits sont capables d’idées saugrenues mais aussi d’initiatives brillantes… et de fêtes bien arrosées évidemment, car l’alcool ne se résume pas à de la fermentation : ça se consomme aussi pardi !

L'oktoberfest qui a inspiré celle de l'université dans le tome 8

L’oktoberfest qui a inspiré celle de l’université dans le tome 8 – MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Moyasimon est donc un étrange mélange. Même si j’aimerai qu’il ait le succès le plus large possible en France, je mentirai en disant qu’il pourrait vous plaire à toutes et tous, ou en vous incitant à courir pour acheter aveuglément les 11 volumes parus. Moyasimon est un manga pour les plus curieux d’entre-vous, les esprits avides qui aiment autant apprendre que s’amuser, des nostalgiques des années de fac aussi, peut-être, des amateurs d’alcool et de la façon dont on le fabrique, sûrement.

Mais la meilleure façon pour savoir si ce manga est – ou n’est pas – pour vous, c’est encore de l’essayer, non ?

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Moyasimon tome 1Fiche descriptive

Titre : Moyasimon
Auteur : Masayuki ISHIKAWA
Date de parution du dernier tome : 21 septembre 2016
Éditeurs fr/jp : Glénat Manga / Kôdansha
Nombre de pages : –
Prix de vente : 9.15 €
Nombre de volumes : 12 / 13 (terminé)

Visuels : © MOYASIMON © Masayuki Ishikawa / Kodansha Ltd.

Pour en savoir plus vous pouvez jeter un œil sur la preview et sachez également qu’il existe un anime (inédit chez nous je crois) et un drama sur ADN !

moyashimon-drama-illust

 

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2 Commentaires pour “[Critique] Moyasimon : boire & manger, lire & fermenter !”

  1. Gemini a dit :

    Je confirme que la traductrice doit s’arracher les cheveux devant la masse de texte à traduire et certainement de recherches à effectuer pour s’assurer que tout soit exact. L’éditeur fait un gros boulot, pour un manga qui est apparemment loin de bien se vendre. Cela mérite d’être salué !

    J’ai quelques tomes de retard, la principale raison étant que, comme l’explique bien l’article, ce n’est pas un manga à lire entre deux volumes d’autre chose, juste pour un petit moment de détente. C’est passionnant et les personnages sont excellents, il règne dans ce manga une folie douce des plus attachante, mais chaque tome demande du temps pour être apprécié, pour parcourir chaque monologue d’Itsuki ou toutes les annotations et explications dans la marge.

  2. ramza a dit :

    Hello Gemini !

    Oui j’ai eu du retard aussi pendant quelques mois, je me suis décidé à rattraper ça en voyant que ça se terminait ce semestre et que je voulais faire un papier dessus avant. Ca n’a pas été indigeste pour autant mais c’est vrai que j’ai n’ai lu que les 4 tomes de Moyasimon pendant une semaine. C’était une semaine bien sympa riche en apprentissage et bonne rigolade !

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