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La mélodie de Jenny : un chef d’oeuvre de Tsukasa Hôjô

La melodie de Jenny

Tout a commencé il y a 15 ans, en 1998.

A l’époque en première année de fac, j’étais déjà lecteur de manga depuis quelques années. Dans cette seconde moitié des années 90, la lecture de BD nippone était peu populaire et montrée du doigt par une partie de la presse bien pensante qui parlait de japoniaiseries et de péril pour les jeunes têtes blondes. J’étais justement une jeune tête blonde mais c’était plutôt eux, le péril. Pour défendre cette passion du manga pendant les débuts balbutiants d’Internet il n’y avait, alors, que le bouche à oreille. Mais au vu de la méfiance – voir de la défiance – du grand public, il fallait bien choisir ses ambassadeurs, en évitant à tout prix toutes les œuvres qui évoquaient le sexe ou une violence facile.

Tsukasa Hôjô était alors un mangaka en plein essor, connu pour Cat’s Eyes et City Hunter / Nicky Larson. Mais c’est une autre de ses œuvres qui a marqué un moment décisif dans mon militantisme de mangaphile. C’était La Mélodie de Jenny, publié par Tonkam le 20 décembre 1998. Il y avait déjà des mangas de valeur sur le marché français mais celui là fut l’un des premiers à prouver, et de manière incontestable, que les mangas pouvaient faire réfléchir, émouvoir et donner un regard différent sur un des moments clés de l’histoire contemporaine : La Seconde Guerre Mondiale…. mais vue du Japon.

Je sais que, depuis, beaucoup de titres ont évoqué cette période et de nombreux sont en cours de publication, comme L’île des Téméraires ou Zéro pour l’éternité, mais La mélodie de Jenny a été l’un des pionniers en France avec Gen d’Hiroshima et reste à ce jour l’un des plus marquants. Comme l’est Tsukasa Hôjô d’ailleurs.

Malheureusement en arrêt de commercialisation depuis plusieurs années, ce recueil de 3 nouvelles était devenu introuvable et oublié de tous, ou presque. Mais, alléluia, le voilà à nouveau disponible aux Éditions Ki-oon depuis le mois de juillet. Une acquisition assez inattendue, comme nous l’avions évoqué avec l’éditeur lui-même, en début d’année.

Bref, voilà un manga qui vous ait désormais accessible et, avant que 2013 ne s’achève, je voulais à tout prix partager mon ressenti sur ce chef d’œuvre qui a marqué ma vie de lecteur et pourrait également vous aller droit au cœur. En route donc, et bonne lecture !

Il fut un temps où la jeunesse n’avait pas le droit de rêver…

Aux confins du cielAux confins du ciel – dans la tourmente de la guerre est la première histoire de ce recueil et débute à l’automne 1943. Le jeune Junpei Shirakawa a rejoint l’école militaire pour suivre les traces de son frère aîné. Il veut devenir un pilote de chasse de premier ordre et se battre pour sa patrie, pour faire du ciel le théâtre de ses glorieux exploits. Mais pendant que Junpei s’entraîne durement et fait ses preuves avec brio, le Japon perd du terrain. Réputé invincible au début du conflit, l’armée nippone lâche petit à petit sa suprématie sur les mers et dans les airs. En octobre 1944, la nation a perdu presque toutes ses bases avancées mais aussi ses pilotes expérimentés : l’armée met alors en place les fameux bataillons kamikazes, qui se sacrifie en se faisant exploser sur les cibles ennemis, sans espoir de retour. Junpei sort de l’école avec un excellent classement et on l’affecte à une unité opérationnelle. Du haut de ses 17 ans, il se rapproche inexorablement d’un destin funeste.

C’est avec cette histoire que j’ai appris ce qui se cachait derrière les légendaires kamikazes. Voulant garder les rares pilotes chevronnés pour de grandes batailles ou la formation des recrues, ils envoyaient les plus jeunes à l’abattoir. Pour rien la plupart du temps, car le pilotage d’avions chargés de centaines de kilos d’explosif faisait de votre avion un bloc de métal peu manœuvrable et de vous une cible idéale pour l’ennemi.

Dans un entêtement sans égal, le Japon a envoyé ses enfants à la mort. Dans un pays où la fierté et l’honneur sont plus importantes que tout, on ne pouvait pas vraiment dire non, dans un esprit tellement nippon de soumission et d’acceptation de son destin. Scénarisé par Shingo Nihashi, cette histoire emprunte et narre plusieurs faits réels, distillés durant la trame principale pour nous présenter une tragédie familiale digne d’un film d’époque, très classique dans son schéma narratif mais implacable et révoltante, comme le sont toutes les histoires de guerre vécues de l’intérieur. « Pourquoi ? », « Tout ça pour rien ? », « quel incroyable gâchis »… Des mots qui ont longtemps trotté dans ma tête de jeune homme de 20 ans et qui font aussi que je suis toujours avide de cette histoire, où les faits découlent d’un sens de l’honneur excessif et absurde, mais inévitable. D’autant qu’on envoie toujours des enfants et des jeunes hommes se faire sauter pour des raisons absurdes, même 70 ans plus tard.

Cette mélodie qui restera toujours dans mon cœur…

Le 30 juin 1944, le gouvernement japonais décrète l’évacuation générale des écoles primaires face à l’intensification des bombardements américains sur les zones urbaines. Tous les enfants doivent quitter les grandes villes et aussi leurs parents, pour vivre à la campagne. Des médias nippons totalement contrôlés et une correspondance des bambins censurée dressent un tableau positif et quasi-enchanteur de cet « exil nécessaire pour la sauvegarde du peuple nippon« . Les Japonais avaient comme toujours foi en leur gouvernement (ça n’a pas vraiment changé) mais le futur du Japon, encore en culottes courtes, était tout sauf des vacances dorées : maladie, maltraitance, esclavagisme dans les champs… Un véritable enfer. Comme nous le décrira le manga Rainbow situé quelques années plupart, cette guerre d’adultes a quand même fait beaucoup d’enfants comme victimes.

C’est donc ainsi que Takasahi, Udo, Kazu et Shoichi décident de s’enfuir du centre où ils sont placés : ils sont prêt à parcourir les 100 kilomètres qui les séparent de Tokyo pour survivre, retrouver leurs parents et les alerter du traitement que les enfants comme eux subissent !

La melodie de JennySeulement, ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est de tomber nez à nez avec un monstre aux yeux bleus : un américain. Comme eux l’homme se planque mais, contrairement à ce que les enfants craignent, il ne leur veut aucun mal. Dave, c’est son nom, vit depuis 10 ans au Japon où il a déjà une épouse et une fille, Jenny. Le gouvernement lui a conseillé de quitter le pays mais il s’y est refusé. Accusé à tort d’espionnage et enfermé dans un camp, il s’est évadé et il est depuis un fugitif. Il tente lui aussi de retourner à la capitale pour revoir sa famille. Les enfants sont méfiants, mais l’homme va les émouvoir avec une mélodie, une musique à la flute composée pour sa fille, et une amitié nait petit à petit sur le chemin vers Tokyo… Malheureusement, en temps de guerre, rien ne finit jamais bien. Même une belle histoire en musique.

J’écourte là ce résumé pour ne pas vous spoiler la suite du récit. La mélodie de Jenny est la meilleure histoire du recueil, écrite et dessinée par un Hôjô qui, en 1995, commence à vraiment maitriser son art et nous propose des personnages tout de suite attachants et plein de vie. C’est ainsi qu’il confronte l’espoir, l’innocence et la tolérance de 4 enfants et d’un adulte à la réalité de la guerre et surtout à la cruauté du Japon et des Japonais durant ces années sombres. Après le sacrifice des plus jeunes soldats dans le premier récit, on découvre encore pire : la maltraitance et l’abandon des tous jeunes et un oubli complet du respect envers les prisonniers : tout ce qui peut ressembler de prêt ou de loin à un américain est traité moins bien qu’un animal. Il n’y a pas de « grand peuple » ou de « grande nation » quand celui-ci est en guerre, tout ceci n’est qu’une pommade de propagande.

On plonge donc dans une réalité encore plus méconnue pour nous occidentaux : on suit les aventures de jeunes Japonais qui cherchent à survivre et trouver un peu de chaleur humaine. Complétement lobotomisé par leurs dirigeants, la population est encore persuadée que le Japon va remporter le conflit alors que les américains sont arrivés dans leur propre ciel. Les adultes ont alors développé une haine envers l’ennemi – classique – qui fait fi de toute capacité de jugement : comettre les pires atrocités et se voiler la face est une seconde nature, sous la bannière d’une certaine justice. Ces enfants auront beau crier qu’on les maltraite ou que cet homme aux yeux bleus n’est pas un ennemi, qui écoute des enfants en temps de guerre ?

Cette aventure poignante laisse place à un épilogue déchirant, 50 ans plus tard, sous la forme d’un hommage à tous ceux qui ne voulaient que vivre, qui se moquait bien de « gagner » ou de « perdre« . La mélodie de Jenny, je l’entend à chaque fois que je relis ce récit, qui m’arrache toujours quelques larmes, même après des années et des dizaines de lectures plus tard. Je ne suis pas Japonais, je n’ai pas participé à cette guerre mais j’ai à chaque fois envie de retrouver ses enfants et cet homme et de leur demander pardon pour la bêtise du genre humain et pour la folie qui gagne les peuples lorsqu’ils ont les armes à la main.

American lies

American DreamAmerican Dream boucle ce recueil de manière logique : après l’armée puis le peuple nippon, quid du destin des Japonais qui vivaient aux États-Unis ? Retour de Shingo Nihashi au scénario et voyage quelques années en arrière, en 1935, pour suivre les exploits de l’équipe japonaise de baseball, venue faire une tournée de plusieurs mois aux USA. Hideo Murakawa, le lanceur vedette de l’équipe, est fasciné par ce pays où tout est possible, où les gens sont exaltés et osent croire en leurs rêves, sans s’en cacher. Ses lancers et son talent font sensation. Celui qui pratiquait  le baseball uniquement pour aider aux finances de sa famille se prend aussi à rêver d’une carrière sur le sol américain. Seulement, à cette époque, le sentiment anti-japonais se renforce au même rythme que les relations diplomatiques s’aggravent entre Japon et États-Unis, menant les deux pays droit dans le mur et vers un conflit armé. L’American Dream n’est malheureusement pas pour tout le monde…

Dans ce dernier récit, on mixe une fois de plus faits réels et les histoires personnelles, en passant des espoirs galvanisants à un retour brutal à la réalité. Le schéma narratif de Nihashi est assez classique avec des personnages parfois un peu clichés mais voici une occasion de comprendre que si une guerre est un moment d’histoire très sombre, elle ne nait pas du jour au lendemain : elle est l’aboutissement de désirs politiques, militaires mais aussi humains. Une fois de plus c’est l’injustice qui domine, cette histoire est celle de vies brisées car elles n’ont pas été à la bonne place et au bon moment, totalement impuissantes face aux rouages de l’Histoire. L’épilogue laisse un profond sentiment de gâchis, celui de destins extraordinaires sur le papier mais qui partent en confettis…

Voilà, je pourrais continuer à en parler pendant des heures, mais j’espère que ce témoignage vous aura donné envie de vous procurer La mélodie de Jenny, un trésor de Tsukasa Hôjô, comme le dit à juste titre Ki-oon, qui est un trésor du manga tout court. Comme le dirait modestement Hôjô lui-même, ce n’est qu’une pierre de plus à l’édifice du manga et un récit de plus pour ouvrir les yeux sur les réalités japonaises de la Seconde Guerre Mondiale, mais le coup de crayon déjà magnifique du mangaka allié à des histoires bouleversantes en font un moment de lecture à ne pas rater, aussi émouvant qu’édifiant.

Toute une génération de lecteur de manga a eu la chance de pouvoir grandir avec ce titre dans ses étagères, apprenant à avoir un regard plus honnête sur ce pays qui nous fascine… Que les générations qui suivent en fassent de même !

Fiche descriptive

melodie-de-jenny-ki-oonTitre : La mélodie de Jenny
Auteur : Tsukasa Hôjô / Shingo Nihashi
Date de parution du dernier tome : 4 juillet 2013
Éditeurs fr/jp : Ki-oon / Shueisha
Nombre de pages : 208 n&b
Prix de vente : 7.90 €
Nombre de volumes : 1/1

Visuels : SHONENTACHI NO ITA NATSU – Melody of Jenny – © 1995 by TSUKASA HOJO / NSP Approved No.
WA-31F All Rights Reserved. French translation rights arranged with North Stars Pictures. Inc. Tokyo through Tuttle-Mori Agency, Inc, Tokyo

Sachez également que La mélodie de Jenny n’est que le premier one-shot d’une longue série d’histoires courtes de Tsukasa Hôjô. Ki-oon a également publié Sous un Rayon de Soleil, en 3 tomes tous disponibles depuis peu, et d’autres sont encore à venir !

 

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Un commentaire pour “La mélodie de Jenny : un chef d’oeuvre de Tsukasa Hôjô”

  1. Bidib a dit :

    J’ai beaucoup aimé ce manga, et j’ai beaucoup pleuré aussi.
    Mais honnêtement je le trouve beaucoup trop simpliste. Je ne trouve pas qu’il fasse spécialement réfléchir. Que la guerre c’est mal on le sait déjà. Hojo nous propose ici une vision trop manichéenne. Il n’y a que « le mal de la guerre », aucun recul sur le pourquoi du comment. Aucune réflexion, justement. Juste des histoires mélodramatique à vous arracher le cœur. Et ça marche. Le tout servi par un très beau dessin. C’est très touchant, mais ça n’est reste pas moins un peu trop simpliste

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