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Shingo Araki, avant de partir…

Shingo ArakiLa semaine dernière je plaçais avec plaisir la biographie-interview de Shingo Araki (Cherry Miel, Goldorak, Lady Oscar, Ulysse 31, Saint Seiya) au planning de ce blog. Après avoir eu la chance de le rencontrer à Paris Manga en octobre je vous avais promis de lui rendre hommage, mais je ne pensais pas un instant que ce dernier serait posthume… Car jeudi 1 décembre, à 1h21 du matin, Shingo Araki est décédé, un mois avant son 73e anniversaire, d’une rupture de circulation sanguine au niveau du cœur suite à un bête accident dans la piscine où il faisait ses exercices réguliers. Oui je sais, ça fait chier…

Nous le savions tous malade mais, honnêtement, comme tout les témoins de la flamme de passionné qui l’habitait et de la force intérieure dont il pouvait faire preuve malgré sa maladie, je le pensais encore avec nous pour un bon moment. Difficile de penser le contraire quand je me souviens de ce monsieur qui m’a accueilli avec humour…

Nous sommes en effet le  dimanche 02 octobre, en fin d’après-midi. Shingo Araki a enchaîné les dédicaces et interviews. Je le rejoins au stand Blue Air Rights, son agent pour l’occasion, et je tombe sur quelqu’un qui ne cesse de dessiner. Parce qu’il adore ça, dessiner, et qu’il a encore plein de choses à dire. Avec le recul on comprend cet empressement, même s’il n’est pas facile de savoir s’il savait lui-même ses derniers instants proches.

Bref, je passe donc derrière le stand et j’ai à peine le temps de m’installer qu’Araki-sensei se lance dans une boutade : « Tiens, on ne s’est pas déjà vu quelque part ?« . Son interprète éclate littéralement de rire, dis à Araki-sensei qu’il est décidément farceur, et m’explique : « Il a vu tellement de journalistes et de fans qu’il rigole et se dit qu’il a du forcément déjà vous croiser, que vous venez forcément plusieurs fois chacun pour être si nombreux !« 

Il a beau avoir un statut de monstre sacré, Shingo Araki est donc plein d’humour. Il me le confirme quand je lui demande comment il va : « Je suis à mon paroxysme là ! Je suis au top du top, je pète la forme !« . Physiquement épuisé le Shingo ? Il s’en contre-fiche, il a une banane d’enfer qu’il vous dit !

Comment voulez-vous que je ne reste pas bouche béante et sans mot jeudi dernier en apprenant la nouvelle de sa disparition. Je le pensais immortel. Mais après tout, avec tout ce qu’il a transmis, avec toutes les personnes que ses travaux ont touché… Il l’est, immortel.

Cependant, je n’ai aucun talent pour les oraisons funèbres. Je vais donc me contenter de ce que je sais faire, c’est à dire vous raconter une histoire. Celle d’une vie : la sienne. Un récit biographique et autobiographique, grâce au témoignage du maître lui-même, récolté par votre serviteur.

Bonne lecture !

Shingo Araki : les débuts d’un touche à tout…

Le 1er janvier 1939, Shingo Araki nait à Nagoya, dans la préfecture d’Aichi. Il voue une grande admiration pour Osamu Tezuka et espère un jour devenir mangaka. En attendant son père meurt durant son enfance et, à la sortie du collège, il travaille dans une usine sidérurgique pour aider sa famille.

Néanmoins, en 1958, son rêve devient réalité : il commence sa carrière à l’âge de 17 ans. Son premier titre, Arashi to Kyogin, est un manga à suspens. Dans celui-ci et les suivants il met beaucoup de lui-même pendant qu’il les réalise tard le soir, après son travail à l’usine. Il est publié dans une maison d’édition de Gekiga (manga pour adulte), dans sa région natale. Son style évolue et grandit, devenant plus original et tourné vers les sentiments de ses protagonistes. En 9 années il réalise plus de 40 œuvres.

Malheureusement les Gekiga sont sur le déclin et Araki doit changer son fusil d’épaule pour continuer à s’exprimer. Il suit alors les conseils d’un ami dessinateur et entre en juin 1965 chez Mushi Production, le studio d’Osamu Tezuka pour y entamer une carrière d’animateur. De cette époque, Shingo Araki se souvient surtout de débuts très difficiles, comme il le dit lui-même  : « Le premier gros souvenir que j’ai, c’est d’avoir travaillé là-bas trois mois à Mushi Prod sans avoir pu faire un seul dessin ! (Rires) « 

Shingo Araki Animateur  Illustrateur

Mais la patience paye et la reconnaissance arrive : « La première reconnaissance a été de faire les dougas (ndr : les layouts, des dessins ou plans dans une anime) de Jungle Taitei (Le roi Léo)« . Un an après son arrivée à Mushi Prod il fonde les studios Jugar avec ses collègues Saito Hiroshi et Yamamoto Eiichi, entre autres.

À 26 ans, Shingo Araki va petit à petit faire preuve de tout son potentiel à travers ses premiers animes : Kyôjin no Hoshi (l’étoile des géants) et Ashita no Joe. Il travaille ensuite pour la célèbre Toei production en tant que directeur de l’animation sur Kick no Oni, Mahô no Mako-chan, Apache Yakyuugun, etc. En 1971, il forme avec ses amis les studios Z au premier étage de sa propre maison. Il travaille alors sur Gekko Kamén (dessins originaux), Mahô tsukai Chappy (directeur d’animation), Akado Suzunosuke (dessins originaux), etc.

En 1973, il s’occupe du chara-design de Babel 2 et son style fait de plus en plus parler de lui. C’est d’ailleurs Babel Nisei, le héros de cet anime , qui reste son personnage préféré de cette époque. Il travaille également sur les dessins de  Kôya no shonen Isamu, plus connu chez nous sous le nom de Willy Boy !

Babel 2

Il dirige ensuite l’animation et s’occupe du chara-design de Cherry Miel. Lorsqu’on lui demande quelle est sa méthode pour créer ses personnages, il nous explique que l’histoire est la clé : «Il y avant tout un scénario. J’essaye de créer mon personnage et son univers à travers ce scénario. Je le présente ensuite au producteur et il peut ainsi naître. Mais tout commence par le scénario et la vision que je peux en avoir.»

Des personnages mythiques il va en créer plus d’un. Cependant quant on lui demande pourquoi ses personnages sont sont encore si célèbres 30 ou 40 ans après, l’intéressé répond : « moi aussi je me le demande ! » (Rires)

Araki production : une génération conquise et transformée…

En 1975 il créé sa propre maison de production : Araki Production. Himeno Michi y entre par l’intermédiaire de Toei animation et forme rapidement un tandem avec Araki. C’est à cette époque que tout s’emballe : arrive Goldorak et le boom de l’animation japonaise, qui propulsent Araki et sa société sur le devant de la scène. Directeur de l’animation sur Shin kyôjin no Hoshi, Shin kyôjin no Hoshi 2, Uchû Senkan Yamato Ai no Senshi Tachi (alias Le Cuirassé de l’Espace Yamato) et bien d’autres. Il travaille en même temps sur la mise en scène et les dessins de  Manga Kodomo Bunko et Nihon Meisaku Dôwa Series Akai Tori no Kokoro.

À partir de 1979, la quasi-totalité des productions estampillées Araki vont connaître un succès immense, y compris en France, comme le prouve Lady Oscar, puis une collaboration avec l’hexagone qui accouche du mythique Ulysse 31.

Seiya de Saint SeiyaLa consécration arrive en 1986 avec Saint Seiya,  les Chevaliers du Zodiaque… Un anime qui l’accompagne jusqu’en 2002 et la sortie de la saga Hadès où il dirige l’animation et se charge du chara-design. Lorsqu’on lui demande ce que représente pour lui la série, il s’explique : « J’ai créé des personnages tout au long de ma vie, et on peut dire qu’ils se retrouvent tous dans Saint Seiya, qu’ils sont tous regroupés dans cette série.«  Une sorte de panthéon …

Sur le travail d’animation de cette série, on retient bien sur les armures des chevaliers que je n’ai pu m’empêcher de mentionner  au maître. « La création de ces personnages et de leur armure s’est faite en collaboration avec Michi Himeno«  explique-t-il humblement. Parmi toutes ces armures, une l’a particulièrement marquée, celle de Seiya / Seyar : « Il y a une armure qui nous a posé beaucoup de problème, celle de Seiya. En fait l’armure du manga ne pouvait pas être transposée tel quelle en anime. Donc j’ai du retravailler et réfléchir beaucoup pour l’adapter…« 

L’emploi du temps d’Araki est surchargé et en plus de Saint Seya, il est également designer des personnages et directeur de l’animation de Fûma no Kojirô (1988), Aoki Densetsu Shoot (1993), Gegege no Kitarô (1996), Kindaichi Shonen no Jikenbo (1996), Yu-Gi-Oh(1998), etc. Tout en créant de multiple dessins-animés, il espère revenir à ses premiers amours et « dessiner encore un jour un manga pour lui-même« .

Il faudra pour cela que la fatigue et la maladie le rattrape, pour qu’il se lance dans sa dernière œuvre, Sourire d’enfance.

Se séparer avec un sourire…

Son état de santé se dégrade sérieusement en 2008. Travailler dans l’animation ou le manga épuise, nous le savons tous, et Shingo Araki en est une preuve de plus. Diminué physiquement mais avec un mental inébranlable, il décide de continuer l’aventure en revenant à son premier amour : le manga. En effet, durant sa convalescence, il regarde de nouveau les cahiers qu’il avait griffonné  pendant 15 années et se rend compte qu’il y retrouve beaucoup d’éléments autobiographiques.

En 2010 il tente donc cette nouvelle aventure, tout d’abord sans réel structure. Ne songeant pas à la présentation il commence par dessiner passionnément les images de son for intérieur. Sans réel manuscrit ni choix de couleur propice à l’impression, il dessine, encore et toujours, et dévoile ses dessins à travers son site web, encouragé par sa famille et son entourage.

C’est ainsi qu’il retrouve ses fans européens à Paris Manga pour leur présenter son titre hohoémi ou Sourire d’enfance chez nous- dont les premiers chapitres ont été publiés en France dans le magazine Akiba Manga - et partager avec eux quelques souvenirs, le temps d’une dédicace.

Sourire d'enfance - Shingo Araki  Sourire d'enfance - Shingo Araki

Ce titre a pour point de départ les plus durs moments d’Araki. Alors que son état de santé se dégrade et que sa faiblesse physique fait qu’il a presque peur des autres, ces moniteurs de gymnastique chargés de sa rééducation ne cessent de lui sourire et lui redonne courage. Sa santé s’améliore petit à petit et il souhaite partager ces sourires. Il en fait même sa philosophie.

S’il compare le mangaka de ses débuts et celui qu’il est aujourd’hui, Araki avoue en effet sa préférence : « Si je compare les deux époques je dirais qu’à mes débuts j’étais un mangaka très passionné. Mais depuis j’ai vécu de nombreuses aventures en tant qu’animateur, j’ai pu expérimenter beaucoup de choses. Donc je préfère le mangaka de maintenant, celui qui a traversé aussi bien les bonheurs que les malheurs de cette vie.« 

Puisque nous parlons de regarder dans le rétroviseur, je lui demande son avis sur l’animation moderne : « Je ne suis pas un nostalgique du passé mais je trouve que les animes actuels ont perdu en originalité. Il y a beaucoup de clonage, de succès qui se répètent. On se contente de recopier les succès et les productions manquent parfois d’originalité et de caractère.« 

Quand à l’éventualité de s’essayer aux nouvelles techniques d’animation, il explique que ce qu’il a fait et essayé durant de nombreuses années lui a suffit : « Non, je ne regrette rien. Cela m’a toujours plus amusé de créer moi-même les différentes animations plutôt que d’être assisté par des ordinateurs.« 

Sourire d'enfance - Shingo Araki  Sourire d'enfance - Shingo Araki  Sourire d'enfance - Shingo Araki

Lorsque nous discutons justement de Sourire d’enfance, je lui demande quel message il veut laisser aux générations futures, le mangaka dit simplement que « lors des séparations et des grands malheurs de la vie, il vaut mieux se séparer avec un sourire…« 

Le salaud, il avait déjà prévu le coup… Nous voilà obligé de sourire dorénavant, vieux renard ;)

Avant de nous quitter, je lui pose une dernière question, qui est d’ailleurs celle de ma chère Gally, grande fan d’Araki : « Si on imaginait votre vie comme un album photo, quelle image aimeriez-vous mettre en couverture de cet album ?« 

Araki donne presqu’ aussitôt sa réponse : « Il s’agit d’une photo qui existe réellement, prise lorsque j’étais encore un enfant. Je venais de m’amuser avec deux de mes amis dans des combats au sabre. Nous nous étions bien défoulés puis nous avons tous les trois pris la pose avec nos sabres et fait la photo… C’est celle-ci que j’aimerais mettre en couverture.« 

Les vingt minutes sont écoulées et l’interview se termine mais je profite de ma chance pour dire à Shingo Araki que, comme de nombreux journalistes du milieu manga-japanime, c’est un peu « à cause de lui » si je suis là aujourd’hui, à vouloir partager cette passion… Qu’il ma refilé le virus. L’hommage rendu je m’apprête alors à partir. Mais Araki me demande d’attendre quelques minutes. Et il retourne vers ses crayons.

Je comprends tout d’abord qu’il veut me faire une dédicace mais, en réalité, je suis encore plus chanceux que ça…. Car ce qu’ Araki dessine sous les yeux médusés de votre serviteur et de son interprète, c’est la fameuse photo qu’il vient d’évoquer, cette image de son enfance. J’avais les joues rouges mais rouges >___<

Dédicace de Shingo Araki

C’est ainsi, avec mille remerciements, que je laisse Araki se diriger vers une nouvelle séance de dédicaces. Il y a des jours où je kiffe ce job. Ce dimanche était l’un de ceux-là.

 Bien sur cet article n’est qu’une goutte dans un océan d’hommages mais je le dédie aux proches d’Araki et à tous ses fans qui n’ont qu’un mot à la bouche depuis jeudi dernier : Merci.

Alors j’ajoute moi aussi le mien : Merci pour tout Araki-sensei, et bon voyage vers l’olympe ;)

Shingo Araki

Merci également à Paris Manga pour l’organisation de cette interview et à Motoharu Onishi pour son rôle d’interprète et sa biographie détaillée de l’auteur.

PS : Sa fille vient de publier une lettre pour les fans, traduite en anglais grâce au staff de Blue Air Rights, ici. Vous pouvez aussi retrouver l’interview dans sa forme initiale, pour Total Manga, ici.

Visuels © Shingo Araki et Araki Production – Photos © Total Manga & Paoru.fr


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7 Commentaires pour “Shingo Araki, avant de partir…”

  1. Hommage de Fan pour Shingo Araki « Manga Air a dit :

    [...] LIRE : Hommage d’un fan pour Shingo Araki : Shingo Araki, Avant de Partir Share [...]

  2. Afloplouf a dit :

    Sublime hommage. Je pense qu’on est nombreux (je me range dans le lot) à avoir pris le virus en partie grâce à lui. Merci pour avoir partagé ce moment et oui un grand merci monsieur Araki.

  3. sundvold a dit :

    tres bel hommage

  4. Le tour des blogs en 7 jours #2 | Vies Nippones a dit :

    [...]   Paoru – Shingo Araki, avant de partir… [...]

  5. 7plumes, le collectif blogueur » Blog Archive » Shingo Araki, avant de partir… a dit :

    [...] Shingo Araki, avant de partir… By Ramzadmin • Blablater, Les blogs, Les posts, Paoru • 7 jan 2012 [...]

  6. marie-pierre launay a dit :

    merci pour se bel hommage il m’a donné par « saint seiya »tout mon amour pour le dessin !
    Qu’il repose en paix !

  7. delcourt a dit :

    Merci sensei d’avoir fait naître les plus beaux chefs d’oeuvre de l’animation, saint seiya restera une belle trace de votre passage.. reposez en paix. Merci pour tout.

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