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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 5

Ichirō OzawaAlors que Naoto Kan et son gouvernement subissent de plus en plus de critiques vis à vis de la crise du nucléaire et de la gestion globale des sinistres subis par le Japon, laissons nous le temps d’y voir plus clair et, en attendant, revenons à notre saga politique, en pause depuis quelques temps. Repartons à l’automne 1996, lorsque le PLD naissant vient marcher sur les plates bandes d’ Ozawa, alors leader de l’opposition. Bonne lecture !

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun !

Résumé des épisodes précédents : Né le 24 juin 1942 à Tokyo, Ichirō Ozawa (ci-contre) entre en politique en 1968 et devient pendant de longues années l’élève attentif et assidu du célèbre politicien Kakuei Tanaka. Il se fraye petit à petit un chemin jusqu’au sommet du Parti Libéral Démocrate (PLD) mais il échoue à en prendre le pouvoir et décide en 1992 de faire dissidence avec plusieurs parlementaires.

Il parvient à renverser le PLD pour la première fois en 40 ans, grâce à l’établissement d’une grande coalition. Mais l’alliance est trop fragile et, rapidement, elle éclate et renvoie Ozawa dans l’opposition. Plutôt qu’une nouvelle alliance, Ozawa créé alors un nouveau parti, le Parti de la nouvelle frontière ou Shinshintō et devient le 27 décembre 1995 le leader de l’opposition. Il monte au front et critique véhément le gouvernement dans l’affaire du financement des junsen et arrive sûr de lui aux élections législatives de fin d’année. Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu…

Résultats mitigées aux législatives…

Ces législatives sont les premières à inclure une part de proportionnelle, suite à la coalition anti-PLD de 1994 dont je vous parlais dans un précédent épisode. Mais comment fonctionne les législatives nippones ? Bonne question, qui me donne l’occasion de vous faire un petit topo en marge de notre histoire, après celui de l’immobilier dans notre précédent numéro :

Parlement japonaisEntre 1300 et 1400 candidats sont en lice pour environ 500 sièges au parlement. Pour les élire, on utilise un système électoral double. 3/5 des députés, ceux des circonscriptions locales, sont élus par un scrutin uninominal majoritaire à un tour : c’est alors celui qui possède le plus de voix qui l’emporte, qu’il ait ou non la majorité. Les 2/5 restants sont élus au scrutin proportionnel (comme chez nous) dans les 11 grandes zones électorales nippones.

Il faut avoir au moins 20 ans pour voter et 25 pour se présenter. Chaque député est élu pour 4 ans. En ce qui concerne le vote lui même, l’électeur possède deux bulletins, un pour le scrutin uninominal, pour choisir son candidat, et un autre pour le scrutin proportionnel où il choisit son parti dans sa région.

Les sièges sont attribués aux candidats élus à l’uninominal puis à ceux présents sur les listes des partis inscrits à la proportionnelle (sachant que pour se présenter à la proportionnelle, un parti doit déjà avoir au moins 5 sièges et avoir fait au moins 2% au précédent scrutin).

Voilà pour les explications, revenons maintenant à notre campagne de l’année 1996…

Ozawa en campagneOzawa et le Shinshitō font campagne sur le domaine économique : baisses d’impôts généralisées et économie budgétaires par des réformes structurelles. En annonçant des baisses d’impôts sur le revenu et locaux de 50 %, l’abolition de l’impôt sur la propriété, moins d’impôts sur le bénéfice des entreprises et le tout sans toucher à la TVA, Ozawa passe pour un fabulateur et son programme est annoncé comme irréaliste par le Nihon Keizai Shinbun, plus connu sous le nom de Nikkei, un des plus grand quotidien économique du monde (1 300 journalistes et 90 bureaux tout de même).

Mais peu importe, car Ozawa sait comment faire mouche : le gouvernement a prévu d’augmenter la TVA dès avril 1997 et la réforme est très impopulaire. En se positionnant contre, Ozawa s’attire les faveurs de la population.

Seulement il n’avait pas tout prévu. La moitié des parlementaires socialistes et plusieurs dissidents du Nouveau Parti Pionnier ou NPP vont suivre deux hommes populaires : Naoto Kan et Yukio Hatoyama. Leurs noms ne vous sont pas inconnus ? Normal il s’agit de l’actuel Premier ministre nippon et de son prédécesseur. Le 11 septembre 1996 ces parlementaires montent un nouveau mouvement d’opposition libéral : le Parti Démocrate du Japon ou PDJ. Le parti fait campagne pour la diminution du poids de l’état et de ses dépenses comme Ozawa et prône également la dérégulation, c’est à dire moins de régulation de l’économie pour encourager l’innovation et la concurrence (parfois au détriment du rôle social des régulateurs mais bon, nous sommes au Japon !).

Ryutaro HashimotoRésultat : Le Shinshitō ne parvient pas à prendre le pouvoir, même s’il confirme son rôle de leader de l’opposition. Avec 28 % des voix au scrutin uninominal et autant sur la proportionnelle, le parti n’obtient donc que 156 sièges sur 511, soit quatre de moins par rapport à l’assemblée sortante. Le PDJ obtient quand à lui 52 places.

Conséquence directe : le 7 novembre le nouveau premier ministre élu est celui du PLD, Ryūtarō Hashimoto (ci-contre), qui renouvelle son mandat est devient le 83e Premier ministre du Japon. Cet échec, avec 262 voix contre les 152 d’Ozawa et 52 de Naoto Kan, signe le début de la crise pour le Shinshitō.

La fin du Shinshitō

Ozawa avait promis la victoire et son échec attise les dissensions. Tsutomu Hata, l’ancien ami trahi, prend sa revanche le 16 décembre 1996 et quitte, avec 12 autres parlementaires, le Shinshitō. Le style trop autoritaire d’Ozawa est de plus en plus critiqué et les dissidents se multiplient : entre octobre 1996 et août 1997 ce sont 33 parlementaires qui claquent la porte.

Ozawa tente alors un coup de poker… Qui va lui revenir dans les dents. Plusieurs membres libéraux du Shinshitō sont favorables à un retour au devant de la scène, en réalisant une alliance avec le tout puissant PLD. Les membres de ce dernier et quelques élus du gouvernement proposent une coalition. Le shōgun finit par défendre cette idée au sein de son parti mais aussitôt dit, aussitôt regretté :  les 45 centristes du Kōmeitō et les 24 parlementaires socialistes du PDS qui apportaient jusqu’ici leur soutient à Ozawa le critiquent vivement. L’explosion est alors imminente.

Le 18 décembre 1997 Ozawa est certes réélu à 230 voix contre 182 à Michihiko Kano mais lorsqu’il propose aux anciens du Kōmeitō (qui le soutenaient jusqu’ici) de faire alliance pour les élections à la chambre haute de l’année suivante, ces derniers refusent. Les membres du parti votent sa dissolution et l’histoire du Shinshitō s’achève le 27 décembre 1998, 3 ans tout juste après sa création.

L’année 1998 ne s’annonce donc pas sous les meilleures auspices mais elle signe les 30 ans en politique d’Ozawa, et le vieux renard n’a pas dit son dernier mot… Bien au contraire !

Rendez-vous au prochain épisode !

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun

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