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Adachi, Yukimura, Inoué, Morita et les autres, le dernier Bones ou un opening fandard, c'est ici !

Bilan Manga 2010 : ça se corse !

Patchwork manga 2010Depuis le début des années 2000, le marché du manga était la locomotive incontestée de celui de la Bande Dessinée. Mais depuis quelques années la tendance s’est progressivement inversée au niveau des ventes. Après deux décennies de croissance l’année 2010 semble avoir sonné la fin des heures glorieuses, avec un recul global de 5% des ventes.

Alors que le nombre de publication est reparti, lui, à la hausse, la saturation du marché est une problématique désormais sur toutes les lèvres. Si la catastrophisme n’est pas encore à l’ordre du jour, quelques problèmes se font sentir, comme la visibilité des bons titres ou l’absence de relève en terme de Best-Seller, qui inquiète aussi bien les éditeurs nippons que francophones.

Afin de faire le point sur l’année écoulée et vous permettre d’y voir plus clair dans les avalanches de chiffre, je vous propose aujourd’hui un bilan 2010 complet … bonne lecture, et n’hésitez pas à réagir !


Sources : Bilan ACBD 2010, Gfk Retail and Technology, éditeurs


Publication : le rythme de croisière

Manga : une belle décennie

Évolution de publication1522, tel est le nombre de nouveaux mangas qui ont été publiés en 2010. Pour comprendre ce que ce chiffre signifie, effectuons un petit bon dans le temps, d’une décennie. Nous voilà donc en l’an 2000 et 227 nouveaux mangas paraissent. Ce secteur représente alors 20 % de la publication de bande-dessinée en France, deux fois plus que le Comics et loin derrière la sacrosainte-sainte BD Franco-Belge.

Cependant tout change en 2002 et le marché du manga explose, pour devenir petit à petit le leader en nombre de nouveautés parus. Le pic est atteint en 2006, où nos libraires reçoivent 1418 nouveautés, soit 44,4 % des titres de l’année, pendant le Comics stagne aux alentours des 8 %. C’est durant cette période que de nombreux éditeurs se lancent dans l’aventure, à raison semble-t-il puisqu’une grande majorité de ces derniers sont toujours là à l’heure actuelle.

C’est aussi l’époque des best-sellers, où les éditeurs continuent de puiser dans 40 ans de succès nippon. Plusieurs têtes d’affiches actuelles ont fait leur début durant cette période : One Piece (2000), Naruto (2002), Nana (2002), Bleach (2003), Fullmetal Alchemist (2005), etc.

Part de publicationNéanmoins, le public manga a beau être grand, il n’est pas extensible à l’infini et l’année 2007 freine brutalement la croissance des publications : 1428 nouveautés arrivent sur les étals, seulement 10 de plus qu’en 2006. La ralentissement se confirme en 2008 et pendant que la bande-dessinée voit augmenter son nombre global de titres, le manga fait du surplace, et sa part de nouveautés redescend à 40 %.

Nous voilà revenu en 2010, où le nombre de nouveautés manga est donc de 1522 nouveautés. Une hausse légèrement plus importante que ses dernières années mais qui suit globalement la progression de la bande dessinée. Il semble donc que, en terme de publication, le manga ait trouvé son rythme de croisière.

Publication : le partage des présentoirs

Ces nouveaux mangas se répartissent sur un ensemble de 34 éditeurs, plus ou moins prolifiques, comme on peut le voir ci-dessous.

Nouveautés

En tête du classement établit selon le bilan officiel de l’ACBD,on retrouve Pika, avec 187 nouveautés soit 12,3 % du total, suivi de près par Kazé Manga, ex-Asuka (162 titres, 10,6 %), Tonkam (138 titres, 9,1 %), et en quatrième, Kana et Glénat ex-aequo (130 titres, 8,5 %). Les cinq premiers éditeurs produisent donc la moitié des nouveautés, comme toujours. Mais cela n’empêche pas quelques évolutions…

évolution nouveautésLe rachat de Kazé par Shueisha & Shôgakukan a fait de Kazé Manga, un éditeur très présent en terme de publication même s’il est encore loin d’être leader en terme de ventes, comme nous le verrons plus tard dans ce dossier.

L’autre bond spectaculaire est celui des éditions Ki-oon qui passe de 52 à 77 volumes pour 2010, soit une progression de conséquente de 42 %, comme on peut le voir sur le graphique ci-contre.

D’autres éditeurs suivent bien sur le chemin inverse. Soit en décidant de réduire la voilure comme Panini (77 titres contre 97 en 2009, soit 24 % de moins) ou la section manga de 12 bis, à la pérennité plus qu’incertaine (15 titres contre 22 en 2009, soit -34,6 %). Quelques autres ont finalement jetés l’éponge, de manière plus ou moins officielle : Gekkô, Toki ou encore Drakosia.

Enfin 2010 est aussi l’arrivée d’un autre éditeur Japonais dans la langue de Molière. La maison d’édition Square Enix a lancé depuis l’automne une plate forme de lecture en ligne de certains de leurs titres Fullmetal Alchemist, Soul Eater ou encore Jackals, et d’autres déjà présent sur le marché français sont à venir. L’année 2011 nous en dira sans doute davantage sur la réussite de ce projet.

Production : rien de nouveau sous le pays du soleil levant

Un enjeu majeur : la visibilité

Si on effectue un rapide calcul, les 1522 nouveautés correspondent à une publication moyenne de 30 titres par semaine. Les années n’étant pas prêtes de rallonger, le choix de la mise en place devient le casse-tête récurrent du libraire, qui doit choisir les titres à mettre en avant sur son présentoir.

Le lecteur se retrouve donc face à une présentation variable, originale ou commerciale, selon la qualité de son revendeur. C’est alors à son tour de faire ses choix mais 2010 fut, une fois de plus, l’année d’une offre titanesque où il s’avère complexe de sélectionner le titre qui le mérite ou, plus simplement, qui vous convient.

Dès lors, que la qualité soit présente ou non, difficile pour une œuvre de se retrouver du coté de la partie visible de l’iceberg. Face aux phares bien installés que sont les best-sellers du manga, les chances de voir un bateau remplit de lecteurs venir dans sa direction n’ont guère évoluées cette année.

Néanmoins, à défaut d’avoir dynamisé ce marché, de nouvelles séries ont fait leur apparition et quelques unes ont connus un succès honorable, que ce soit grâce à une récompense critique ou grâce des auteurs de renoms comme ce fut le cas pour Pluto et Bakuman.

Pluto D’autres ont également bénéficié d’une mise en avant bien ciblée ou de la venue de leur auteur : Hiro Mashima a dopé les ventes de Monster Hunter et la rencontre de Jun Mochizuki avec son public français a fait de Pandora Hearts l’une des 4 nouvelles séries de l’éditeur Ki-oon a avoir « réussi » son lancement.

Voici d’ailleurs la liste des 10 nouvelles licences les plus populaires de 2010 sur l’hexagone :

  1. Pluto
  2. Bakuman
  3. Monster Hunter
  4. Pandora Hearts
  5. Twilight
  6. Blazer Drive
  7. L’île de Hôzuki
  8. Maid-sama
  9. Alice au Royaume du Cœur
  10. Artelier Collection

Si cette liste permet de départager entre-elles ces nouveautés, elle est bien loin de représenter les tendances du marché du manga, détenu par quelques leaders.

Un marché de stars vieillissantes

Bien que premier au classement des nouvelles œuvres, chaque volume de Pluto est tiré en 2010 à 40 000 exemplaires, soit la 11e place au classement des tirages moyens de l’année. Voici les 20 premiers, selon les chiffres du bilan annuel de l’ACBD :

Manga Tirage moyen 2010 Progression
Naruto 250 000 Inchangé
Twilight 250 000 Nouvelle parution
One Piece 90 000 + 13 %
Fairy Tail 80 000 + 13 %
Fullmetal Alchemist 72 500 – 5 %
Bleach 60 000 + 16 %
Soul Eater 51 000 – 29 %
Dofus 50 000 – 20 %
Les années douces 50 000 Nouvelle parution
Hunter X Hunter 50 000 Inchangé
Pluto 40 000 Nouvelle parution
Bakuman 40 000 Nouvelle parution
Monster Hunter Orage 40 000 Nouvelle parution
D.Gray-Man 40 000 – 13 %
Doubt 40 000 Inchangé
Black Butler 35 000
Saint Seya Hadès 34 333 – 17 %
Negima 31 667 – 11 %
Dragon Ball 31 455 – 21 %
Les Gouttes de Dieu 30 000
Pandora Hearts 30 000 Nouvelle parution

Ce classement est mené depuis plusieurs années par les mêmes séries, avec en tête l’indétrônable Naruto, dont chaque volume est produit à 250 000 exemplaires. Avec cinq volumes pour l’année, le ninja de Konoha comptabilise donc 1 500 000 tomes, inondant le marché aussi bien dans les boutiques spécialisées que dans les rayonnages des grandes surfaces.

NarutoTwilight a également bénéficié d’un énorme tirage mais il semble que son éditeur Pika ait quelque peu surestimé son potentiel, comme nous le verrons dans la troisième partie de ce dossier.

« Loin derrière », aux environs de 90 000 exemplaires, on retrouve One Piece, pourtant numéro 1 au Japon, et Fairy Tail, au coude à coude. Kurokawa devra faire face à la fin de sa série phare Fullmetal Alchemist en 2011, une série qui continue de bien se comporter. Espérons pour eux que Soul Eater, bien classé mais en perte de vitesse, finisse par prendre la relève.

Ce classement permet aussi de nous remémorer les grands absents de l’année : la fin de Death Note dont le volume 13 a été tiré à 65 000 exemplaires en 2009, l’absence de la star du shôjo, Nana, tiré d’habitude à 60 000 exemplaires, de Gunnm Last Order (60 000) ou de Übel Blatt (40 000).

Même s’il ne faut pas confondre tirages et ventes, ces chiffres confirment que le marché du manga est celui d’un seul genre : le shônen. Parmi les gros tirages de l’année, ce dernier représente 85 % des exemplaires publiés en France, le seinen et le shôjo se partageant le reste.

Et au sein du shônen, quelques grandes stars font vivre leur éditeur, comme on peut le voir ci-contre. Mais même s’ils s’en réjouissent, ils sont bien loin de s’en satisfaire, car la relève tarde. Un chiffre permet de comprendre leurs craintes : en 2010 les 9 séries les plus vendues détiennent à elles seules plus de 50 % du marché.

Tirages

La problématique est donc posée : et après ?

Cette question, les éditeurs nippons se la posent eux aussi et ils œuvrent depuis quelques années afin de découvrir une nouvelle terre promise, une nouvelle licence manga-anime-jeux vidéo-musique-porte-clés et autres gadgets.

Le résultat se fait encore attendre, mais une éventuelle traversée du désert à la fin de Naruto ,One Piece et Bleach ne serait pas une première pour le Japon, qui l’a déjà connu dans les années 90 après la fin de Dragon Ball et de Slam Dunk, deux ex-locomotives. La situation serait par contre plus inédite pour le marché tricolore.

Après avoir pioché dans 40 ans de succès nippon et avoir tenté sans grande réussite les mangas des années 60 et 70, les éditeurs français sont désormais obligés de naviguer en eaux troubles, sans pouvoir profiter de l’appréciable test sur le marché nippon.

Découvrir de nouveau talent fait parti du métier d’éditeur, mais la prise de risque n’est pas chose facile, surtout quand les ventes globales ont décidé de régresser…

Ventes : à la recherche d’un nouveau public

Vente de manga : ça se corse !

évolution ventesAprès des taux de croissance  impressionnants dans la première moitié de la décennie 2000, les ventes de manga se stabilisent progressivement depuis maintenant 4 ans (cf graphique ci-contre).

En 2009 on a pu entendre des éditeurs plutôt confiants, expliquant que le marché arrivait à maturité après 20 ans de croissance. Un bilan stable (-0.5 % en volume de ventes) a d’ailleurs confirmé leurs propos.

Cependant en 2010, certaines mines se sont grisées, et plusieurs discours sont devenus moins optimistes, au fur et à mesure de la confirmation d’une baisse des ventes. L’institut GfK Retail Technology a annoncé à la mi-janvier une évolution de – 5.3 % du volume des ventes pour 2010, avec 14 223 260 d’exemplaires vendus, en parlant de « recul important ».

Les causes évoquées sont multiples. Certains parlent des conséquences de la crise financière, une hypothèse qui n’est cependant pas validée par les ventes de livre stables (+0.2%) et un marché des albums BD en progression (+ 1.8 %).

Fairy-tail-tome-15Si Naruto et One Piece sont les BD les plus vendues de l’année toutes catégories confondues et que Fairy Tail n’est pas loin, aucune nouveauté 2010 n’est réellement venu dynamiser le secteur. Sachant que 98 % des ventes de mangas se rattachent à une série, un successeur est attendu de pied ferme.

Autre argument : la déception affichée de certains éditeurs pour les ventes de seinen. Après le shôjo il y a quelques années, plusieurs maisons d’éditions espéraient réitérer l’explosion des ventes avec le troisième genre de la BD japonaise.

Malheureusement le manga pour les 20 ans et plus peinent face à la concurrence des séries TV live comme Heroes, Lost & 24 pour ne citer qu’eux, spécialement dédiées à cette tranche d’âge. Une fois lassée du shônen, une part du lectorat manga passeraient donc à autre chose.

Conséquence : certains titres se vendent désormais en dessous du millier d’exemplaire, une mauvaise surprise qui n’encourage pas la prise de risque.

Enfin Pascal Laffine, directeur éditorial de l’un des éditeurs les plus touchés, Tonkam, met en avant la problématique des « retours« . Il explique que si les librairies « pouvaient garder pendant un an les livres commandés et se les faire ensuite rembourser, elles doivent désormais payer comptant. Du coup si un titre ne marche pas, il est renvoyé au bout de deux semaines, ce qui pénalise les nouveaux titres, notamment les seinen« .(Source :  Animeland 167).

Face à ces problèmes, chaque éditeur a essayé de trouver une solution en 2010, avec plus ou moins de réussite…

Les mystérieuses voix du succès

La réussite commerciale d’un manga s’accompagne souvent de nombreux mystères, tout comme son échec. Dans un marché français encore jeune par rapport à son aîné franco-belge, les théories marketing sont loin d’être à toute épreuves. Si l’année 2010 a donc connu quelques revers, les leaders du marché sont restés les mêmes, comme l’indique le graphique ci-contre.

part-de-marche-en-volume-en-2010

Citons l’exemple du lancement de Twilight, surfant sur la mode à succès des vampires (Vampire Knight, Rosario Vampire ou encore Trinity Blood) et adapté du roman à succès de Stephenie Meyer. Édité à 250 000 exemplaires et bénéficiant d’une campagne de communication poussée, le titre n’a pas satisfait les attentes de Pika, avec des ventes inférieures à 60 000 unités. Mais ça n’empêche pas ce dernier de progresser de 4 % dans sur ses ventes de l’année.

Cependant l’année 2010 n’a pas été morose pour tout le monde et l’évolution des ventes varie d’un éditeur à un autre, comme le montre le graphique ci-contre.

évolution part de marché

Les leaders du marché que sont KanaGlénat conservent leurs places de leader mais perdent du terrain au profit de Pika, Kazé Manga, Ki-oon ou d’autres petits éditeurs comme Doki-Doki qui signe la plus forte progression de l’année*.

Publication-ventesA l’opposée, Panini, Delcourt et Tonkam enregistrent les plus sévères régressions de l’année, aux alentours de 20 %.

Ces chiffres permettent également de constater que les ventes ou les chiffres d’affaires ne sont pas dictés par le nombre de titres sortis (voir comparatif ci-contre). Si le nombre de nouveautés et de publications est à la hausse mais que le nombre de ventes diminue, cela signifie donc que le nombre d’exemplaire moyen vendu par un manga est à la baisse.

Certains compensent ces faibles ventes par une augmentation du nombre de titres. Cette technique permet de couvrir l’ensemble du lectorat shônen, seinen et shôjo en diversifiant l’offre. Cependant plusieurs éditeurs s’inquiètent de cette croissance artificielle qui diminue la visibilité globale de chaque titre, et pousse les lecteurs vers les standards du marché.

Quelque soit la solution choisie, l’année 2011 démarre avec de nombreuses questions et tout autant d’attentes. Si on ajoute à ces débats Internet et le livre numérique, une chose est sure : en 2011, le manga aura des choses à dire !

*Précision sur les valeurs : Les pourcentages de progression relatifs aux publications ou au parts de marché sont à prendre avec du recul. Un éditeur qui passerait de 10 à 50 mangas progresserait de 400 % alors qu’une progression de 10 000 à 11 000 exemplaires, bien plus importante, n’est que de 10 %.

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21 Commentaires pour “Bilan Manga 2010 : ça se corse !”

  1. Guu a dit :

    En même temps… il y a un facteur que les éditeurs refusent de voir depuis un moment:
    Quand on diversifie l’offre, et que donc forcément on met sur le marché des titres moins percutants, moins intéressants que les best-sellers… mais qu’acheter un volume coute toujours aussi cher.. Et bien on y réfléchit à deux fois.. surtout si c’est pour s’embarquer dans un collection composée de dizaines de volumes !

  2. ramza a dit :

    Complétement, car au même titre que les éditeurs qui prennent parfois des risques éditoriaux, il y a tout autant de risque pour le lecteur d’acheter une série qui ne lui conviendra pas, voir tout simplement une bouse. A titre personnel, je préférerais qu’on ait un marché de spécialistes plutôt que de généralistes, mais vivre d’une niche dans un marché concurrentiel n’est pas chose aisée !

  3. Gemini a dit :

    J’annonce une forte baisse des ventes cette année ; rien que le fait que la publication de Naruto en France ralentisse, cela va peser dans le nombre final de tomes de manga vendus. Cela ajouté à la fin de FMA et Eye Shield 21 (qui reste une bonne vente), cela va faire mal.

    De l’autre côté, pas de nouveaux monstres en vue, et des éditeurs qui attendent tous que leurs concurrents prennent des risques à leur place, afin de pouvoir copier ce qui marche (il suffit d’écouter les podcasts mangavore pour s’en persuader). La « copie », justement, parlons-en, puisque c’est devenu au fil des années la spécialité de la plupart des éditeurs : sortir des copies des titres qui marchent, laissant au passage les manga « qui ne rentrent pas dans les cases » de côté ; pour le shôjo, par exemple, s’il ne s’agit pas d’une romance lycéenne, cela a peu de change de sortir en France, et encore moins de marcher (alors qu’il s’agit d’un secteur bien plus vaste que cela).

    La grande question que se posent probablement tous les éditeurs : un lecteur de Naruto est-il un lecteur de manga ? En d’autres termes, l’arrêt ou le ralentissement des mastodontes va-t-il provoquer le report des lecteurs vers d’autres titres, ou bien ces lecteurs vont-ils passer à autre chose ?

    Toujours est-il que les éditeurs, d’une façon ou d’une autre, vont devoir innover ; ce n’est plus dans leurs habitudes depuis bien une dizaine d’années, pour certains… Comme tu le dis, il existe plusieurs décennies dans lesquelles piocher, mais ces vieilles séries ne marchent pas auprès du lectorat habituel des manga, et plus sur les amateurs de franco-belge ; surtout, ce sont des licences qui coutent parfois bien plus cher qu’un titre médiocre actuel (qui lui accusera peut-être de meilleures ventes), car il est hors de question pour les Japonais de brader leur patrimoine, même en ayant conscience de leur faible potentiel commercial à l’étranger.

    Oui, les prochaines années vont être amusantes. Je sens bien venir un gros badaboum ^^

  4. ramza a dit :

    Merci pour le commentaire, point de vue intéressant (et construit !). Assez pessimiste, mais pas infondé, loin de là.

    Question : tu parles éditeurs japs, français, les 2 ?

    Moi je pense que le manque de locomotive est à mettre sur le compte des éditeurs nippons qui recherche de + en + de licence plutôt que de bons titres, à défaut de laisser le temps a des séries de se développer. Dernier exemple, l’adaptation hyper rapide de Bue Exorcist en anime avec à peine 3 mangas au compteur (dont le volume 3 pue la Shueisha au passage, mais autre débat^^) . La starification du métier sur place, les mangakas qu’on porte au statut de divinités, pétés de thunes au passage, ça laisse pas beaucoup de place au sang frais…(même si on peut pas dire que ce soit nouveau, ça semble s’intensifier)

    Et du coté français certains pensent à long terme, en essayant de se développer de manière cohérente et d’autres noient le tout pour bouffer les parts de marché. J’ai rien contre Kazé Manga, mais qd on voit le nombre de titres qu’ils balancent, même les autres éditeurs les mettent en garde sur le marché artificiel qu’ils créent. C’est vrai qu’avec les fonds nippons qu’il y a derrière ils peuvent le faire, mais ça déstructure complétement le panorama. Donc comme tu dis va falloir faire autrement… je pense qu’une des clés est le public seinen et josei encore en latence.

    Pour ce qui est des copies c’est tout à fait vrai, l’exemple Twilight est hurlant de vérité. Et mine de rien il est aussi porteur d’espoir, car malgré une com « de ouf » (le gros budget promo de l’année pour Pika), ça n’a pas vraiment fonctionné, comme quoi tout passe pas non plus. Après les vampires quel sera la mode de 2011, mystère ! Des pronostics ?

    Et tu m’y fais penser, mais je tiens à remercier Al et Seb-kun de mangavore et leur podcast depuis septembre, qui donne toujours envie de mettre le nez dans ce genre de débats et de réflexion !

  5. Gemini a dit :

    Je parlais des éditeurs français. Après, les nippons ne sont pas tout blanc non plus, notamment car ils ont souvent une vision désastreuse du marché extérieur. Un exemple concret : Worst cartonne au Japon, mais appartient à un genre ultra-populaire dans ce pays alors que la France aurait plus tendance à le bouder, le manga de « furyo ». Panini Comics réalisait des ventes moyennes sur ce titre, mais comme la série fonctionne bien mieux dans leur pays, les éditeurs japonais décident d’augmenter le coût de licence. Ce à quoi Panini Comics répond (et je peux les comprendre) : « ok, vous pouvez vous garder votre série, elle n’est plus rentable pour nous donc on arrête ».

    Le statut des mangaka, c’est un autre problème. Un des rares manga à parler du métier de mangaka – Family Compo, écrit alors que Tsukasa Hojo bossait encore pour la Shueisha – décrit des conditions parfois horribles où le tantô (l’envoyé de l’éditeur) a un pouvoir presque absolu sur l’artiste qu’il chaperonne. Aujourd’hui, les auteurs sont bien plus reconnus, gagnent bien mieux leur vie, et n’hésitent plus à quitter leur éditeur en cas de litige, impensable il y a encore quelques années ; entre les deux, il y a un monde, et peut-être un juste équilibre à trouver).
    Les salaires des principaux mangaka attirent désormais une nouvelle « race » de jeunes auteurs, intéressés par la gloire et l’argent, pour qui le manga est plus un moyen qu’une vocation, bref très éloignés de nombreux artistes plus âgés, qui disent souvent : « j’ai eu envie de devenir mangaka en lisant un manga de Osamu Tezuka ».
    Enfin, tout ça, c’est un autre débat…

    Pour en revenir au phénomène de copie, je pense surtout que cela pousse de nombreux lecteurs à rester dans des genres très spécifiques ; comme ils ne peuvent pas tout acheter et découvrir, ils se cantonnent à des titres ciblés, et ne peuvent pas forcément aller essayer autre chose. Les éditeurs expliquent qu’il y a de plus en plus de lecteurs, mais qu’ils ont tendance à toujours lire le même type d’œuvre ; la vérité, c’est que les éditeurs les encouragent à rester dans ces créneaux, en leur fournissant leur dose de séries médiocres. Et aucun n’arrête de suivre cette voie vouée à l’auto-destruction (poussez les lecteurs à varier leurs lectures est probablement le meilleur moyen de les conserver le jour où ils n’auront plus de copies à leur proposer) par peur de perdre des parts de marché dans un futur très proche.

  6. ramza a dit :

    Aaaahhh le furyo, ss doute mon sous-genre préféré (Morita-sensei tu viens qd en France ? Jamais ? T_T). Mais effectivement des excellentes séries comme Clover (nannn pas celui de Clamp bande de geeks ^^) ou des sympathiques comme gangking ont du mal à se vendre, y a une « fan-base » mais ça ne va pas vraiment au delà, excepté sur Rookies qui avait bien fonctionné et poussé les éditeurs à s’y mettre. On retrouve un peu le même phénomène sur Adachi dont Tonkam et Glénat se désespère de voir un jour les ventes décoller à la hauteur du succès nippon du monsieur.

    Sur ton analyse du métier de mangaka je ne dirais qu’une chose : Grégoire Hellot sors de ce corps 😉 !! (cf podcast mangavore )

    Enfin, je compare depuis des années le manga au cinéma, ne serait-ce que pour pousser des gens à en lire : « donne moi tes films préférés et je te trouverai un bon manga ». Cependant le marché du film a tout un pan qui privilégie l’artistique au rentable, les blockbuster finançant cette catégorie. Malheureusement en dehors de quelques kiffs que les éditeurs se font de temps à autre, comme Kaze chez Glénat, Yotsuba chez Kurokawa, on ne semble pas encore avec ce genre de politique clairement établie.

    Mais pourtant je continue de penser, contrairement à beaucoup (mais c’est peut-être parce que je bavarde avec quelques-uns de temps à autre), que quelques éditeurs ont l’amour du bon manga…après entre amour et raison c’est pas forcément la philanthropie qui l’emporte 😉

  7. Gemini a dit :

    Bien sûr que certains éditeurs ont l’amour du bon manga. Les fans se cachent partout, y compris – et surtout – chez les éditeurs, ce qui explique que nous retrouvions parfois des séries « coup de cœur ». En parlant de coup de cœur, j’aimerais que Gregoire Hellot arrête une bonne fois pour toute de faire de la propagande pour Yotsuba s’il n’a pas l’intention de rééditer certains volumes ; j’ai voulu acheter la série, je me suis retrouvé face à un mur où plusieurs tomes se négocient à plus de 50 euros (cela va se finir par un achat de la version US).

    Le problème des fans de manga planqués chez les éditeurs, c’est qu’ils doivent malgré tout rendre des comptes à leurs supérieurs. Et s’ils font perdre de l’argent à leur entreprise, ils se vont virer. Donc se faire plaisir de temps en temps, oui, mais pas trop souvent. De ce côté, j’ai surtout l’impression que ce sont les responsables éditoriaux de Glénat et de Akata qui essayent le plus de se faire plaisir ; tant mieux, cela apporte des titres comme Urusei Yatsura, manga génial mais à faible potentiel commercial. Par opposition aux politiques d’un Panini Comics ou même d’un Soleil Manga, dont la politique de leur patron est claire comme de l’eau de roche : tant que ça rapporte, on reste, et sinon, on ferme.

    En parlant de rendre des comptes, cela explique aussi la faible prise de risque de chacun. Ils ont tous une peur monstre de se planter, et comme une prise de risque implique des sommes importantes – ne serait-ce qu’imprimer suffisamment d’exemplaires pour inonder les boutiques et gagner de la visibilité – ils évitent d’en prendre, attendant passivement que de nouvelles tendances se dessinent.
    Leur nouveau créneau : viser les enfants et le grands publics. Tu parles d’une politique courageuse ! Ils jalousent tous le succès des Gouttes de Dieu, mais personne n’arrive à trouver un manga potentiellement aussi vendeur. Kurokawa parie sur Les Vacances de Jesus et Bouddha, mais je ne pense pas que ce titre dépassera le cercle des lecteurs habituels de manga.

  8. Gemini a dit :

    (désolé pour le double poste)

    Pour Clover, le problème, c’est que c’est du 12bis, éditeur qui arrête de publier des manga. Donc encore une série de furyo qui n’arrivera pas à son terme, à défaut de devenir introuvable au bout de quelques temps (je désespère d’acquérir un jour Racaille Blues).
    Chez 12bis, j’avais commencé Arakure Princesse Yakuza uniquement car, lors de l’annonce de la fin de leur activité manga, les responsables avaient expliqué que Arakure et DMC seraient leurs seules séries qui arriveraient à leur terme. Depuis, aucune sortie de Arakure, et aucune trace sur leur planning, je l’ai sacrément dans l’os.

  9. shinjisanji a dit :

    mmm vous etes assé pessimistes moi qui ai fait une étude de marché pour voir ce que les lecteurs en pense je peux vous dire que ce n’ai pas qu’une vision de maison d’édition mais aussi de vendeurs soit en magasin spécialisé soit a cause des grandes surfaces puis a cela vient s’ajouter les petits francais qui mettent leurs grins de sels en faisant quoi ba en ajoutant leurs créations dans le manga ce qui pour les jeunes lecteurs leurs donnent pas une très bonne image du manga voir la dénaturise.

    Puis le manque de professionalisme des vendeurs qui ne savent pas ce qu’ils vendent n’ajoute rien de bon, ce n’est pas que le choix de la maison d’édition les vendeurs je pense on le pouvoir de faire d’un manga un best seller ou une bouse comme quelqu’un a cité plus haut.

    Peut êter aussi serait il bien de promouvoir autre chose que les shojos ou les shonens par exemple les seinens doivent se répendre un peu car encore assé inconnue pourtant ce n’est pas le publique adulte qui va « cracher » dessus.

    Pour les plus jeunes il est vrai que la pub faite autour du manga fait trop miroiter de belles choses je dis ca car dans mon étude beaucoup on dit qu’il manquais de choix en magasin soit les mangas proposés sont trop souvent du même style ce qui finalement ne donne pas assé de choix soit encore il y a une mauvaise descision des vendeurs peut être est il difficile pour eux de s’y retrouver aussi et un vendeur qui ne s’y retrouve pas ce sont ces clients qu’il perd. Alors peut être deja faudrait il revoir le type de client comme j’ai pu lire pour voir leurs attentes et faire laisser les vendeurs créer les best sellers ou que les maisons d’editions soient plus proches de ces vendeurs qui eux a longueure de journée voient leurs clients leurs parlent et son je pense de bons connaiseurs de mangas et peut être de meilleurs analyste d’un titre puisque moin concentre sur la concurence des editeurs.

    Enfin bon on peut toujours rêver ^^ mais il serait bien de faire quelque chose avant de gâcher bêtement un marché qui peut três bien fonctionner car moi je connais un vendeur quia son magasin spécialisé qui ne rencontre pas ces problemes car il sait ce qu’il vend il sait analyse ce qu’il vend et connait bien ces clients 🙂 .

  10. duval a dit :

    bonjour, je suis fan de manga et j’ai quelques collection en ma possession et je vous contact car j’ai une question, j’ai dans l’idée de monter mon propre magasin de manga (livre, DVD, figurine, jeu etc), je ne sais pas trop si c’est le bon moment ou pas et comment m’y prendre, auriez vous des conseil a me donner ?

  11. ramza a dit :

    Bonjour Yann,

    Projet ambitieux et difficile mais rien d’impossible ! Déjà pour en savoir un peu plus sur ce métier je te conseille de lire l’interview de Sam Souibgui, libraire spécialisé dans l’univers du manga : http://www.paoru.fr/2012/03/11/itw-s-souibgui-patron-de-komikku-le-metier-du-libraire-manga/

    Ensuite avant de devenir libraire je te conseille d’y aller faire des stages, puis de travailler dans une librairie en tant que vendeur avant de te lancer. Au niveau des cursus scolaires tu as le choix, même si les plus courants sont la filière ES ou la filière STG. Le tout peux être suivi d’un BTS relatif à ces métiers par exemple. Après ce sont encore les professionnels du milieu qui t’en parleront mieux que moi 😉

    Bon courage pour ton projet !

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