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Japon

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Florent Chavouet : l’interview qui vous donne envie de partir au Japon

Florent ChavouetEt voilà une nouvelle interview, d’un artiste français cette fois-ci : Florent Chavouet. L’homme est drôle et il a cette passion communicative pour les voyages au Japon et une affection toute particulière pour les japonais. Je ne peux que vous conseiller ces deux carnet de voyage : Tokyo Sanpo et Manabe Shima, aux Éditions Philippe Picquier. Bonne lecture 😉

Lorsque l’on parle de Voyage au Japon, le nom de grandes villes telles que Tokyo ou Osaka sont sur toutes les lèvres. Il y a pourtant un autre Japon, celui de la campagne et de ses habitants, celui des îles et de ses pécheurs.

Florent Chavouet, dessinateur et passionné par ce pays, est allé à la rencontre de ces japonais moins connus sur l’une des minuscules îles de l’archipel nippon. Il a eu la bonne idée d’en faire un récit illustré, Manabé Shima et nous avons pu le rencontrer début novembre, juste avant une séance de dédicace parisienne.

Rencontre avec un Français qui vous donne envie d’aller au Japon...

Bonjour Florent. Pour commencer simplement, comment est né le projet de Manabé Shima ?

Tokyo-sanpoCe projet est né peu de temps après la sortie de Tokyo Sanpo. Je faisais plusieurs dédicaces et on me posait à chaque fois pas mal de questions « comment c’était ? », « qu’est-ce que vous préférez là bas ? », etc. Mais ce qui m’embêtait c’est que je parlais que de la ville alors que ce que je préfère au Japon, c’est la campagne. Donc j’avais envie de parler de cette partie que j’aime davantage.

J’en ai parlé à mon éditeur (NDR : Les Éditions Philippe Picquier), qui n’était pas très chaud au départ parce que le premier venait tout juste de sortir, on ne savait pas vraiment l’accueil qu’il allait recevoir et c’était peut-être un peu tôt pour lancer ça.

J’ai continué d’y réfléchir de mon côté, d’affiner le projet. Je me suis dit qu’il faudrait le faire à l’inverse de Tokyo Sanpo, en passant d’un milieu urbain très vaste, sans limite ni frontière, à un milieu rural, petit, délimité où l’on croise les mêmes gens tous les jours.

L’idée d’une île s’est donc rapidement imposée, surtout que j’avais déjà fait quelques voyages au Japon, dans des coins comme la mer intérieure, qui avaient aiguisé ma curiosité. J’ai donc monté mon projet puis j’ai harcelé mon éditeur (rires). Il a finit par dire oui 2-3 semaines avant que je parte. Il a participé financièrement et m’a surtout dit « Bon ok, à ton retour on fait le bouquin ». Donc je suis parti bien motivé !

Tokyo Sanpo t’a beaucoup apporté et  t’as même révélé sur le plan professionnel. En comparaison qu’est-ce que t’a apporté Manabé Shima ?

A titre personnel beaucoup de choses. C’est la première fois que j’allais tout seul au Japon et je n’ai jamais été aussi proche des Japonais, même si je suis incapable de tenir une discussion en japonais. C’est la première fois que je me sentais proche des japonais, dans une ambiance de village. On se voyait tout le temps, ils m’invitaient chez eux, me posaient des questions. Je bricolais ma petite vie là bas et c’est très enrichissant, je n’avais pas envie que ça s’arrête. Ça donne envie d’aller essayer les autres îles.

Professionnellement, c’est peut-être encore un peu tôt pour le dire, même si mon éditeur a l’air d’être content des résultats du livre pour l’instant (NDR : Manabé Shima a depuis été nominé au Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême pour l’édition 2011).

Y-a-t-il eu de grandes différences dans la conception ?

Manabé ShimaOui plusieurs. Déjà le fait que ce soit prémédité, avec vrai un projet de bouquin. Une autre différence c’est que je n’ai pas pu faire tout sur place, certains dessins ont été faits de mémoire, d’après photos ou d’après notes. Par exemple l’histoire de la pêche aux crabes sur le bateau, je n’ai évidemment pas pu dessiner en direct.

J’essayais d’en dessiner un peu en avance sur place, le soir ou avant de repartir en France quand j’étais à Tokyo. Une grande partie, environ la moitié, a été dessinée en France, à la différence de Tokyo Sanpo.

Parlons maintenant de ce « Japon profond » … A quel rythme vit la campagne japonaise ?

Un rythme lent, très lent ! (rires) Nan en fait, plutôt calme que lent, parce qu’ils sont toujours occupés les p’tits vieux, à arracher des trucs, arroser, planter, boire, pécher, etc.  Je pense que dans ce type d’endroit on cherche toujours à s’occuper de toute façon, sinon on peut finir par un peu déprimer, même si l’été ça reste quand même un coin paradisiaque.

Est-ce que c’est un rythme sur lequel on se cale facilement ?

Oui, assez facilement (rires). Comme je viens de province, ce n’est pas un rythme qui me dérange, je suis habitué. Je m’imagine bien, honnêtement, vivre une année complète sur une île… C’est une expérience que j’aimerais bien tenter.

Toi qui a fait les deux campagnes, quels sont les grosses différences entre la française et la japonaise ?

Manabé Shima est un cas un peu particulier, parce que c’est une petite île, donc la comparaison n’est pas évidente car il n’y a pas trop d’équivalent français. Comme c’est une petite île, il n’y a pas de voitures, pas besoin. Alors qu’à la campagne française, si tu n’a pas de voiture, t’es mort. Les notions de temps de distance ne sont pas les mêmes.

Et puis la population est encore plus âgée que chez nous, et pourtant dans nos campagnes la moyenne d’âge est assez élevée. Donc il n’y a pas d’horaires de travail, pas de 8h-20h comme à Tokyo. Leur métier c’est le jardin, la pêche, etc…

A la lecture de Manabé Shima, il y a cependant un point commun : « le lever de coude » semble assez répandu…

Ikkyu-san, roi du Shochu(rires) Ça j’ai pu m’en apercevoir aussi durant mes autres voyages au Japon. Ce fut l’un de mes premiers chocs d’ailleurs : il y a toute une partie de la population, encore plus dans les campagnes, qui est très éloignée de l’image du salaryman. On retrouve des japonais rustiques, des piliers de comptoir qui valent bien les nôtres.

Je me souviens lors d’un voyage précédent au Japon, nous avons été hébergés par un couple de p’tits vieux qui avait visité la France dans les années 50 et qui parlait un peu la langue. Ils avaient invité le voisin qui était bucheron et qui s’est enfilé une bouteille de saké à lui tout seul, mais il est reparti droit comme un I alors que nous, au bout de deux verres, on était bourré (rires). Il y a tout un aspect bon vivant chez les nippons qui est effectivement notable.

Pour Manabé Shima tu es parti avec peu d’argent en poche, environ 2 000 euros. Ça a conditionné ton voyage ?

Au départ j’étais parti pour camper. Je ne savais pas trop combien de temps j’allais rester… J’avais un visa touristique de 3 mois mais je ne savais pas si je resterai tout ce temps. Le camping était donc une question d’économie.

Je l’avais déjà fait plein de fois au Japon, sans problème. Mais en fait je me suis aperçu que sur Manabé c’était assez compliqué. Il m’aurait fallu un point d’eau comme des toilettes publiques, qu’on retrouve partout au Japon, mais sur l’île il n’y en avait que deux et la seule que je pouvais utiliser étais au beau milieu du village, pile devant chez Ikkyu-san (NDR : l’un des personnages phares de Mannabé Shima, qui tient le bar de l’île), loin d’être l’idéal pour une insertion discrète.

Donc j’ai continué à chercher un coin et je suis tombé sur un hôtel où j’ai fini par habiter, dans une famille qui connait bien l’île et ses habitants et je ne le regrette absolument pas.

Est-ce qu’il y a une grosse différence entre le coup de la vie à Manabé et à Tokyo ?

Une grosse différence effectivement… Mais on pourrait parler longtemps de notion de richesse.

Dans l’absolu, à Manabé ils sont plus pauvres que les gens de Tokyo. Mais au final si tu compares leurs propriétés avec ce que peut avoir le tokyoïte moyen, ils sont plus riches. Ils ont tous un jardin, alors que pour avoir un jardin à Tokyo il faut être milliardaire, idem pour le bateau, quoique le bateau remplace la voiture qu’ils n’ont pas.

Les locataires ne payent pas grand choses non plus, l’une des familles m’expliquait qu’elle payait l’équivalent de 80 euros par mois pour une maison complète… À Tokyo c’est le prix d’un diner au restaurant. Ils mangent des pastèques comme ils veulent alors que normalement ça coûte aux alentours de 25 euros, idem pour la Daurade qui passe en 5 minutes de l’eau à ton assiette.

Donc c’est une notion très relative, même si c’est vrai qu’ils ont parfois du mal à se payer le train où d’autres choses. Mais bon de toute façon ils ne s’en plaignent pas, ce sont des japonais (rires).

Pour un futur voyage au Japon, tu n’envisages pas d’apprendre la langue ?

Florent Chavouet en pleine dédicace à Komikkurires) Il faudrait …

Mais est-ce que cette méconnaissance n’est pas utile finalement ?

J’ai souvent pris cette excuse de ne pas connaître la langue ou le pays et du coup les japonais prennent le temps de t’expliquer plein de choses, te payer des coups à boire etc. J’ai d’ailleurs souvent dis que c’était mon premier voyage dans le pays, alors que j’en avais réalisé plusieurs auparavant.

Mais dans l’absolu ce n’est pas vraiment une excuse et si on veut aller plus loin, au fond des choses, il faut apprendre la langue.

Est-ce que tu pourrais imaginer faire ce carnet de voyage dans un autre pays ?

J’aimerais bien en fait…

Dans des pays asiatiques ?

Oui plutôt. Je ne sais pas ce qui m’attire, mais j’aimerai bien faire la Corée, la Chine… L’Amérique du Sud pourquoi pas ? Mais le vrai problème c’est d’avoir du temps pour le faire. Même 2 mois pour Manabé c’était trop court pour que je fasse tout sur place. J’aimerais bien partir 6 mois mais ça suppose du temps et de l’argent.

Tu es reparti au Japon il y a peu pour un autre genre de trip, sans vocation professionnelle mais avec un vélo. Est-ce que tu pourrais nous en toucher deux mots ?

Je venais de finir Manabé Shima et la fameuse carte à la fin du livre – une vraie souffrance au passage – et j’avais envie de m’aérer, de me dépenser. Je l’avais déjà fait en 2004 avec un ami et j’étais resté sur de très bons souvenirs. J’ai fini par persuader un autre ami, qui n’y avait jamais mis les pieds et nous sommes partis du 15 juillet au 10 septembre.

Deux mois et combien de kilomètres ?

2 600 environ, avec une moyenne de 60 kilomètres par jour en gros. Ça a été un super voyage, des paysages comme je n’en ai jamais vu… De toute façon le Japon est un pays magnifique, il faut le dire encore. Kyushu ou le Mont Aso, que je n’avais pas encore vu jusqu’ici, sont à découvrir.

Et pour ceux qui voudraient partir au Japon justement, à vélo par exemple, tu as des conseils ?

Manabe shimaJ’aimerais bien faire un manuel là-dessus… comme plein de trucs que j’aimerais faire donc ça se fera sans doute jamais (rires). Le Japon est un pays qui se prête bien à un voyage en vélo en plus, sachant que nous on fait ça « à la cool »,  pas dans l’optique d’une performance physique.

Les conseils c’est de partir l’été… bon tout le monde nous a dit « vous allez mourir de chaud » et effectivement on a eu l’été le plus chaud depuis 113 ans, donc on a brulé et cru qu’on allait mourir d’un cancer de la peau à 40 ans.

Mais ce n’était pas grave ça valait vraiment le coup. En fait l’été c’est quand même là où tu évites le plus la pluie… Parce que la pluie au Japon c’est chiant, faut bien le dire. Et puis même s’il fait chaud on s’y fait.

Sinon en autre conseil…(il réfléchit) Partir très léger. J’ai un copain qui fait des remorques à vélos très légères qui sont bien pratiques.

Partir à combien ensuite… On peut le faire seul mais moi je l’ai toujours fait à deux par peur de m’ennuyer. On peut le faire à trois mais pas plus, sinon ça fait un peu colonie qui débarque. En comité réduit c’est plus facile de nouer le contact, comme les soirs où on va dans les bouibouis, les plus pétés et les plus pourris, il y a toujours des gens qui te payent des coups et qui sont curieux de voir des gens d’ailleurs, alors qu’à Tokyo ou Osaka c’est plus du tout le cas par exemple.

Ils sont contents de te faire découvrir des choses, et  à deux ça ne pose pas de problème. Autre exemple on campait souvent à coté d’un point d’eau et le matin on voyait pas mal de p’tits vieux qui faisaient leur jogging. Ils nous saluaient une première fois puis ils partaient et revenaient plus tard avec un petit déjeuner pour toi, gratuitement…

Pour finir, si tu ne devais donner qu’une seul de raison pour partir au Japon…

Ce n’est pas un pays touristique… Ça le devient, mais doucement, il y a de la marge encore.

Pour Tokyo Sanpo j’ai passé 6 mois au Japon puis j’ai continué mon périple, pour suivre ma copine, en allant en Thaïlande et j’ai vu une vraie différence. A Bangkok et dans les grands spots touristiques, ça parle allemand dans les rues, c’est plein d’américain avec deux Thaïlandaises à chaque bras… ça me déprime un peu de voir des Suédois partout (rires).

J’aime bien passer pour une curiosité, même pour le pire. On reste un peu des gens d’exceptions même si on leur casse les pieds. Au Japon les touristes qu’on voit le plus ce sont encore les touristes Japonais ! (rires)

Merci !

Merci à Florent Chavouet pour son temps, son amour communicatif pour le Japon… Et ses anecdotes !

Merci également à Isabelle Lacroze, des Editions Philippe Picquier.

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Un commentaire pour “Florent Chavouet : l’interview qui vous donne envie de partir au Japon”

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