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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 4

Ozawa - TimeComme notre cher Ichirō Ozawa a enfin accepté de comparaître devant un comité d’éthique parlementaire concernant des financements occultes, il est temps  de poursuivre la saga politique nippone sur son parcours, qui résume assez bien l’histoire de la politique japonaise des 3 dernières décennies.

Après les trahisons et les scandales de l’épisode 3, voici la crise dans le numéro 4, avec l’année 96 et à la folie spéculative immobilière qu’a connu le Japon dans les années 80 à 90. Mais que fait Ozawa ? Pour le savoir, lisez la suite…

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre…

Résumé des épisodes précédents : Né le 24 juin 1942 à Tokyo, Ichirō Ozawa (ci-contre) entre en politique en 1968 et devient pendant de longues années l’élève attentif et assidu du célèbre politicien Kakuei Tanaka. Il se fraye petit à petit un chemin jusqu’au sommet du Parti Libéral Démocrate (PLD) mais il échoue à en prendre le pouvoir et décide en 1992 de faire dissidence avec plusieurs parlementaires.

Avec son collaborateur de longue date, Tsutomu Hata, il parvient à renverser le PLD pour la première fois en 40 ans, grâce à l’établissement d’une grande coalition. Cependant cette dernière est fragile est lorsque le premier ministre Morihiro Hosokawa doit démissionner pour soupçon de corruption, l’entente éclate et Ozawa retourne, avec Hata, dans l’opposition.

Apprenant de ses erreurs, Ozawa participe à la genèse d’un nouveau parti, le Parti de la nouvelle frontière ou Shinshintō. Pour en prendre la tête il éjecte son ancien allié Hata et devient le 27 décembre 1995 le leader de l’opposition. Mais maintenant qu’il est sorti de l’ombre, comment le shōgun va-t-il s’acclimater à la lumière ?

L’affaire des jusen et l’immobilier à la Japonaise…

Ryūtarō Hashimoto en septembre 2001Tout juste élu, Ozawa participe le 11 janvier 1996 à l’élection du nouveau Premier ministre japonais. N’ayant pas la majorité, son parti laisse logiquement la place à Ryūtarō Hashimoto (ci-contre), un ancien adversaire du PLD qui lui avait déjà ravi la place de secrétaire général en 1989 (cf épisode 1). Mais le véritable enjeu est ailleurs : les élections législatives prochaines seront le premier véritable test pour Ozawa, contre-qui une faction s’est déjà formé sous l’égide d’un Hata revanchard.

Ozawa va donc devoir frapper  fort, et il décide pour cela d’abandonner la tradition japonaise des compromis et autre  coalition discrète. A la manière des politiciens occidentaux, il décide d’attaquer frontalement le Naikaku (le Cabinet, c’est à dire le gouvernement japonais). Ce premier semestre 1996 sera donc son champ de bataille et le budget annuel du gouvernement l’adversaire à abattre.

Le 5 mars le gouvernement annonce justement un plan d’environ 500 milliards de yen (4.5 milliard d’euros)  pour venir en aide aux jusen, des organismes spécialisés dans les financements immobilier. L’État, et donc le contribuable, se retrouve à payer des dettes pharaoniques que ces établissements ont contracté depuis plusieurs années. Le montant total des créances donnent en effet le vertige : 13 000 milliards de yens (117 milliard d’euros) dont la moitié ont déjà été jugées irrécouvrables.

Mais comment le Japon, qui constitue à l’époque 17 % du produit intérieur brut mondial et 65 % de celui de la région Asie-Pacifique peut en arriver au bord de faillite virtuelle ? Pour mieux comprendre la crise que traverse à l’époque la deuxième économie mondiale, il faut s’arrêter quelques instants sur une obsession hors-norme du Japon : l’immobilier.

Yen, la monnaie japonaiseEn 1965, le Japon cherche à financer sa dette et choisit pour cela de miser sur des « bons de construction« . Il co-finance des  projets immobiliers et profite des prix toujours en croissance dans le domaine pour que ses nouveaux acquis gagnent en valeur. Persuadés que  cette augmentation sera éternelle, les gouvernements successifs emboîtent le pas durant les années 70, durant lesquelles les banquent créent les fameux jusen,  pour mettre la main sur ce marché juteux. Ajouter à cela le fait le BTP deviennent le domaine de prédilection des yakuzas pour blanchir leur argent sale et vous obtenez un cocktail euphorisant. Le Japon devient alors un gigantesque marché du béton armé et du casque de chantier.

Seulement l’euphorie vire progressivement à la folie… Dans les années 80 les jusen se lancent dans une frénésie spéculative. Les terrains de golfs ou centre de loisirs douteusement financés sont un terrain de jeux à la mode, et le reste de l’immobilier suit la cadence.   Résultat : sur le papier la valeur immobilière de Tokyo est alors trois fois supérieure à celle des terrains et des constructions de l’ensemble des États-Unis. Tout aussi loufoque : le Palais Impérial vaut à lui tout seul davantage que la Californie.

Et ce qui doit arriver, arrive. En 1991 la bulle immobilière éclate et tout le système s’effondre. Cependant les plans de financement continuent malgré la déflation, que les pouvoirs publics semblent s’entêter à ignorer. Ayant fourni un tiers des capitaux immobiliers de 1960 à 1991,  il faut dire qu’il est désormais le leader d’un domaine d’activité employant 6 millions de personnes et dont le chiffre d’activité global avoisine le sien. Le dokken kokka ou l’Etat-constructeur est enlisé jusqu’au cou mais le système continue de  bénéficier à tout un réseau de politiques, fonctionnaires et hommes d’affaires.

Prix de l'immobilier japonais et indice NikkeiLorsque Kobé s’effondre en 1995 à la suite du séisme, on ne pointe pas du doigt les constructions et les pouvoirs public, on reconstruit, massivement qui plus est, avec au passage un nouvel aéroport sur une île artificielle. Le sujet de transférer, comme tous les 400 ans, la capitale pour résoudre le problème d’une éruption du Mont Fuji revient même sur le tapis. Selon les experts de la commission qui se réunissent à l’époque une date est même planifiée : cette année, en 2010.

En plus de ses conséquences écologiques (le barrage et le bétonnage des rives étant un sport national à l’époque),  cette frénésie a des conséquences plus que dramatiques en cette année 1996. Même si tout ceci est difficilement chiffrable, les experts internationaux statuent sur des pertes d’un million de milliards de yen… Au minimum.

Donc lorsque le Naikaku décide d’éponger les jusen avec les deniers publics, Ozawa décide d’utiliser ce dossier explosif pour sortir de l’ombre.

Le shōgun en pleine lumière

Par un beau soir de mars 1996, Ryūtarō Hashimoto se fait ainsi voler la vedette par les membres de l’opposition, qui boycottent les séances de la Commission du Budget et empêchent le Premier ministre et ses confrères,d’accéder à la salle de réunion.

Les jusen étant parmi les principaux payeurs des campagnes électorales du PLD, quoi de plus facile que de crier au scandale et de dresser un portrait sombre du gouvernement en place. C’est ce à quoi s’attelle Ozawa, désormais invité régulier des plateaux télévisuels politiques et récemment à la tête d’une marche de protestation dans la capitale, chose extrêmement rare… un japonais qui manifeste c’est un peu comme l’homme qui marche sur la lune : c’est peu fréquent et forcément ça fait du bruit.

Kato KoichiLe travail de sape fonctionne et Hashimoto voit sa côte de popularité fondre comme neige au soleil, de 61 à 36 % d’opinion favorable en ce début de printemps. Et pour arranger le tout, le secrétaire général du PLD, Koichi Kato (ci-contre), est soupçonné d’avoir accepté une enveloppe frauduleuse de 10 000 millions de yen (90 000 euros) de la part d’une société liée à un jusen.

Derrière un boycott de 3 semaines, Ozawa cherche davantage à discréditer le gouvernement puis monnayer le retour au calme. Un budget de 750 milliards de yen  (7 milliards d’euros) sera finalement voté le 10 mai mais six jusen seront mis en liquidation le 18 juin. La vrai réussite est donc politique, puisqu’ Ozawa obtiendra des élections législatives anticipées pour le moi d’octobre, lui permettant de surfer sur la vague de défiance envers le Cabinet.

Seulement une surprise attend le fin tacticien. Le lendemain de la dissolution  par Hashimoto de la chambre des représentants, le jeune Yukio Hatoyama annonce la fondation du Parti Démocrate du Japon, qui décide de faire campagne sur les thèmes de la dérégulation et de la diminution du poids de l’administration d’État, comme le Shinshitō d’Ozawa. Après un semestre d’opposition flamboyante, voilà que  les ennuis commencent… mais ceci est une autre histoire !

Rendez-vous dans quelques semaines pour le prochain épisode !

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun

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3 Commentaires pour “Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 4”

  1. Guu a dit :

    Tooookyoooooo.. ton univers impitoyaaaâaaaahaaaableuuuh !

    En tt cas joli travail d’investigation!

  2. Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 4 | Finance Planet a dit :

    […] Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 4 […]

  3. ramza a dit :

    C’est Détective Conan qui m’a tout appris… Sauf que là y a que un homme en noir, et qu’il apparait dans tous les tomes XD

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