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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 3

Ichirō OzawaAprès une semaine très occupée, le blog fait sa rentrée et revient à l’un de ses amours : la politique nippone ! Après les débuts en politique d’Ichirō Ozawa et son affrontement avec le PLD, voici le troisième volet de cette saga, à l’heure où Ozawa se présente pour le poste de dirigeant du PDJ donc de premier ministre. Bonne lecture !

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Résumé des épisodes précédents : Né le 24 juin 1942 à Tokyo, Ichirō Ozawa (ci-contre) entre en politique en 1968 et devient pendant de longues années l’élève attentif et assidu du célèbre politicien Kakuei Tanaka. Il se fraye petit à petit un chemin jusqu’au sommet du Parti Libéral Démocrate (PLD) mais il échoue à en prendre le pouvoir et décide en 1992 de faire dissidence avec plusieurs parlementaires.

Chefs de file d’une alliance anti-PLD regroupant 7 partis politiques, Ichirō Ozawa et Tsutomu Hata parviennent, pour la première fois en 40 ans, à supprimer l’hégémonie du PLD, qui perd sa majorité lors des élections sénatoriales. Manœuvrant en coulisse, celui qu’on appelle désormais le shōgun de l’ombre, ne fait cependant pas l’unanimité, et des voix divergentes s’élèvent au sein et en dehors de la nouvelle et très fragile coalition. Arriver au pouvoir est une chose, y rester en est une autre !

Morihiro Hosokawa : le renouveau a du plomb dans l’aile.

Morihiro_HosokawaA l’issu de ce basculement du pouvoir politique, un homme sort de l’ombre et devient le premier ministre du Japon le 9 août 1993 : Morihiro Hosokawa (à droite). Cet homme de 55 ans est l’héritier de l’une des plus grandes familles japonaises, le clan Hosokawa, ancienne dynastie samurai descendant de l’empereur Seiwa (850-880) et branche du clan Minamoto.

Ce petit-fils de l’ancien premier ministre Fumimaro Konoe est, comme Ozawa, un ancien député du PLD, qu’il rejoint en 1971 comme représentant de la préfecture de Kumamoto. Après vingt ans au sein de la majorité, il finit par annoncer son départ, ne pouvant plus supporter la corruption qui ronge le parti. En 1992, il forme le parti réformiste NPJ ou Nouveau Parti Japonais, qui finit par intègrer la nouvelle entente anti-PLD.

Cet homme populaire devient donc, un an plus tard, le 50e premier ministre. Tout comme Yukio Hatoyama a tenté de le faire l’année dernière, Morihiro Hosokawa incarne à l’époque le changement. Pour la première fois, il reconnait que la seconde guerre mondiale fut une agression, et une lourde erreur du Japon. Admettant publiquement la responsabilité de son pays, il enfonce le clou en se rendant le 6 novembre 1993 en Corée du Sud, puis en Chine le 19 mars 1994.

Malgré une réforme réussie du système électoral, l’homme qui était parti en guerre contre la corruption politique japonaise va être mis à terre, précisément par le type de scandale qu’il est le premier à combattre. Ce politicien réputé des plus vertueux éprouve de grandes difficultés à expliquer ses liens financiers avec la société automobile Tokyo Sagawa Kyubin, qui a passé une bonne partie des années 80 à monnayer son influence auprès des leaders politiques… sans parler des liens indirects de cette compagnie avec certains yakuzas.

Hosokawa a reconnu avoir souscrit un prêt d’un million de dollars à cette compagnie en 1982. Même s’il insiste sur le fait que ce prêt a été remboursé, le premier ministre avoue n’avoir jamais payé d’intérêt, allouant ces fonds « à ses activités politiques ». Au cœur du scandale, il décide finalement de démissionner après avoir reçu des renseignements sur des profits douteux fait par un « ami très proche » via son cabinet, lorsqu’il était gouverneur de la préfecture de Kumamoto. L’ami en question reste mystérieux et il est difficile  de connaître les délits et responsabilités exactes de cette affaire, mais le dirigeant du NPJ laisse sa place le 8 avril 1994. Déçu une fois de plus par un scandale de corruption, le peuple japonais observe donc avec un désarroi croissant la Diète organiser de nouvelle élection… et le parti au pouvoir s’entre-déchirer.

Tsutomu HataPetites trahisons entre amis et plus si affinités

Si la démission de Kumamoto porte un coup sévère à la coalition, des voix dissidentes n’ont pas attendu ce revers pour s’élever contre le shōgun de l’ombre. Craint pour son talent de manipulateur et son influence, les idées d’Ozawa sont elles aussi critiquées au sein de l’alliance. Son libéralisme économique et sa faveur pour l’interventionnisme diplomatique (notamment la renaissance d’une armée japonaise) deviennent des facteurs de division avec certaines branches du PSJ et du NPP. Il n’en faut pas plus pour que l’élection d’un nouveau premier ministre sonne l’heure de la scission.

Soutenu par sa faction, le Shinseitō, mais également par le NPJ et le Kōmeitō, Ichirō Ozawa souhaite remplacer le chef du gouvernement par son principal allié Tsutomu Hata. Cependant ce dernier est considéré par le PSJ et le NPP comme sa marionnette personnelle et la lutte s’engage. Ozawa réussit à convaincre quelques membres du PLD de le rejoindre et marginalise ses opposants, permettant à Hata d’être élu premier ministre le 28 avril.

Néanmoins la victoire est de courte durée : le PSJ et le NPP quittent la coalition. Le PLD a compris que c’était pour lui l’occasion de revenir au pouvoir et dépose le 25 juin une motion de censure à l’encontre du gouvernement. Lorsque ses anciens alliés du PSJ et du NPP annoncent tous deux qu’ils voteront cette dernière, Hata n’a plus d’autre choix que de démissionner et de laisser sa place à la nouvelle association entre socialistes et libéraux démocrates, qui élit le socialiste Tomiichi Murayama au poste de premier ministre, le 30 juin. Ichirō Ozawa et le Shinseitō repassent donc dans l’opposition.

Néanmoins, le shōgun continue de fédérer. Après la coalition fragile de 1992 c’est un nouveau parti, plus solide, qui va naître le 10 décembre 1994 : le Shinshintō, ou Parti de la nouvelle frontière. S’y rejoignent les membres de la majorité sortante qui ont suivi Ozawa (Shinseitō, Kōmeitō, NPJ et PDS), mais aussi les membres du PLD qui jugent l’union entre socialiste et démocrates « contre- nature ».

Toshiki KaifuLe Shinshintō devient le leader de l’opposition, avec 178 députés sur 571 à la chambre basse et 36 conseillers sur 252 à la haute. Pour diriger l’ensemble, Ozawa choisit une fois de plus de soutenir un candidat plutôt que de tenter lui-même l’aventure. Mais entre Tsutomu Hata, son allié fondateur du Shinseitō et Toshiki Kaifu, Ozawa choisit le second. Surnommé « Monsieur Propre » pour sa carrière sans scandale, Toshiki Kaifu fut premier ministre à la fin des années 80 et fait parti des anciens du PLD à avoir rejoint Ozawa. Il l’emporte sur Hata et nomme Ozawa secrétaire général.

En décembre 1995, lorsque Kaifu démissionne, il soutient la candidature d’Ozawa qui sort finalement de l’ombre, pour affronter Hata (soutenu par l’ancien premier ministre Hosokawa). Le 27 décembre Ozawa est élu à une large majorité de 66,4% et devient le leader de l’opposition.

Mais son ancien camarade et nouveau rival est patient et autour de lui se créé une faction anti-Ozawa, qui attend les législatives de 1996 pour contre-attaquer, au premier faux pas du nouveau dirigeant. Ce dernier y a promis la victoire, mais il ne s’attendait sans doute pas à l’arrivée d’un tout nouveau parti dirigé par deux futurs premiers ministres, Yukio Hatoyama et Naoto Kan : le Parti Démocrate du Japon, le fameux PDJ. Comment Ozawa va-t-il se retrouver à emmener ce parti au pouvoir 13 ans plus tard ? Bonne question, mais c’est une autre histoire…

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun

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