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Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 1

Episode 1 : Ichirō Ozawa – Entre ombre et lumière

Pendant que la Japon tente de laver le déshonneur infligé par Toyota tout en voulant empêcher le moratoire sur le thon rouge, il doit également faire face à un grand classique gouvernemental nippon : le scandale de corruption. L’affaire des pots-de-vin entourant Ichiro Ozawa, exposé en place publique en Janvier dernier, a laissé des traces. Dans l’espoir de remporter les élections sénatoriales de l’été prochain, le parti au pouvoir, le Parti Démocrate Japonais ou PDJ, va devoir prendre des décisions. Entre un premier ministre et son encombrant mentor, entre le troisième homme le plus influent au monde juste derrière Barack Obama et une magistrature étrangement sur-motivée, et enfin entre la politique japonaise et son électorat une fois de plus déçu… il y a toute une histoire. Une histoire si représentative que cela méritait d’être raconté. En voici le premier épisode.

Au commencement, il y avait Ichirō Ozawa

En ce dimanche 30 Août 2009, un vent de changement souffle sur le Japon. Après 54 ans d’un règne quasi-ininterrompu, le Parti Libéral Démocrate (PLD), la droite conservatrice, perd la Chambre des députés au profit du Parti Démocrate Japonais (PDJ), une union centriste qui avait déjà la majorité au sénat. Les Japonais ont ainsi voulu sanctionner les excès de la politique libérale menée par le PLD au cours des dernières années, responsable selon eux de l’aggravation des disparités sociales, du chômage et de la précarité.

Le président du PDJ, Yukio Hatoyama, 62 ans, devient alors le premier ministre, et promet de nombreuses réformes, ainsi qu’une politique plus sociale. Mais Hatoyama n’est pas arrivé à ce poste seul, ou par hasard. Il a certes profité de l’impopularité de Taro Aso et de son parti, mais aussi – et surtout – des talents de tacticien d’un maître de la politique japonaise, Ichirō Ozawa, qui a bien failli être élu à sa place.

Ichirō Ozawa est né le 24 juin 1942, à Tokyo, et il est le fils d’un avocat et responsable politique de premier plan de l’après guerre, Saeki Ozawa, qui fut à plusieurs reprises ministre entre 1948 et 1954. C’est donc assez naturellement que le jeune Ozawa, à la mort de son père en 1968, entame sa carrière politique. Il connait son premier succès un an plus tard, en étant élu, à seulement 27 ans, à la Chambre des représentants pour le district sud d’Iwate (une préfecture de l’est du Japon). Pour tout ceux qui n’ont pas, comme moi, une licence en politique nippone, cette chambre détient une partie du pouvoir législatif au Japon. Ozawa est donc devenu, en raccourci, un député.

Il est réélu chaque année, quasiment toujours en tête de liste. Il croise alors le chemin de Kakuei Tanaka, une figure emblématique de la politique japonaise, décédé en 1993, mais encore extrêmement populaire à l’heure actuelle (photo ci-contre, où il est accueilli par Nixon à la Maison Blanche en 1973). Ichirō Ozawa dit même de lui, à titre posthume, « qu’il ne lui a pas seulement appris l’ABC de la politique, mais qu’il prit également soin de moi comme un réel père ».

Pendant les années 80, Ozawa monte une à une les marches du PLD et devient un jeune et populaire leader. Il devient ministre de l’intérieur et président de la Commission nationale de sécurité publique de 1985 à 1986. Ozawa se révéle durant les années 80 un redoutable négociateur. Il réussit à convaincre dans l’ombre l’opposition de voter une réforme fiscale mis en place par son gouvernement Il s’agit pourtant de lois des plus impopulaires qui aboutissent, entre autres, à la création d’une TVA sur certains bien et services en 1989. Ozawa traite également avec les américains pour obtenir différents contrats dans le domaine du bâtiment, des travaux publics et des télécommunications. Son succès provient de sa rupture avec l’attitude toujours réservée et, il faut le dire, un peu coincée, des hommes de pouvoir nippons de l’époque (enfin je dis « de l’époque » mais est-ce que ça a vraiment changé, rien n’est moins sur…). Ozawa n’attend pas de savoir si un accord est envisageable ou non ou de défendre bec et ongles ses positions, il part du postulat que le consensus est le but de toute négociation, et refuse toute discussion tant que ses interlocuteurs n’ont pas fait la preuve de leur désir de collaboration.

L’élève tente de remplacer le maître…

La diète, où siège la fameuse Chambre des représentants

Ozawa fait donc bien plus que ses preuves, sous la coupe bienveillante de Tanaka. Malheureusement, en 1983, ce dernier est contraint de se retirer progressivement de la scène politique à cause des accusations à son encontre dans l’affaire Lockheed, un scandale politico-financier de corruption des élites nippones, mêlant organisation criminelle, milieu des affaires japonais et la CIA. Un joyeux bazar qui mériterait quelques explications, mais disons plus simplement qu’il a conduit l’un des plus grands yakuzas de l’histoire, Yoshio Kodoma devant les tribunaux, et qu’il ne s’en ai jamais vraiment remis. Ce fut également la fin de la politique pour Tanaka.

De 1983 à 1987, il va donc progressivement laisser sa place et c’est une bataille enragée qui va s’en suivre, entre ses lieutenants. Ozawa manque de peu une place de secrétaire général du PLD en 1989, mais un scandale sexuel forcera son principal adversaire à la démission, et voici Ozawa, 47 ans, au sommet de sa gloire et de sa rapide ascension, et le voilà l’un des plus jeunes secrétaire général du parti au pouvoir.

Toujours aussi doué pour négocier, Ozawa réussi à convaincre l’actuel premier ministre, Toshiki Taifu, de dissoudre la Chambre des représentants pour des élections anticipées…alors que ce dernier y était au départ opposé. Dissoudre une chambre alors que son parti y est majoritaire peut paraître étrange, mais il faut bien comprendre qu’à l’époque, la domination du Parti Libéral Démocrate est telle que l’enjeu n’est pas de savoir qui de la gauche ou de la droite arrivera au pouvoir, mais qui, au sein des multiples factions du PLD, prendra les commandes.

Avec ses élections anticipées, Ozawa renforce sa réputation de fin négociateur, et prouve qu’il est un redoutable adversaire lorsqu’il s’agit de campagne électorale. Il parvient à renouveler le paysage politique et de nombreux libéraux-démocrates vont faire leur première apparition sur le devant de la scène. Le surnom d’« Enfants d’Ozawa » est inventé à cette occasion pour désigner cette nouvelle génération de parlementaires.

Réflexion, dissidence, et opposition

Ozawa, le tombeur du PLD et Hatoyama, l’actuel premier ministre

Malheureusement tous les poulains d’Ozawa ne réussissent pas à prendre le pouvoir, et l’entraîne parfois avec lui lors de leur défaite. Ainsi, il doit démissionner du secrétariat général du parti le 8 avril 1991, au lendemain de l’élection du gouverneur de Tōkyō qui a vu la défaite du candidat personnellement soutenu par Ozawa, Hisanori Isomura. C’est à cette époque qu’Ozawa commence à réfléchir sérieusement au renouvellement idéologique et structurel de son parti.

Il se déclare favorable à plusieurs réformes libérales, dans le style de celles que Margaret Tatcher avait mis en place dans les années 80, désire transformer l’image de sa faction politique, le Heiseikai, entachée par les scandales politico-financiers à répétitions. De plus, il milite activement pour que son pays pèse davantage sur la scène internationale, en désirant, notamment, une participation du Japon dans la première guerre du golfe. Enfin, pour son pays, il souhaite réduire la bureaucratie et renforcer le pouvoir du premier ministre. Mais les idées ne font pas tout, encore faut-il pouvoir réformer son propre camp avant de voir plus grand. Aussi lorsque son partenaire politique et dirigeant de l’Heiseikai, Shin Kanemaru, tombe pour corruption en 1992, sa faction est décapitée, et Ozawa échouera à en prendre le contrôle.

Ozawa et une quarantaine de parlementaire vont alors créer, en décembre 1992, leur propre groupe : le « Forum Réforme 21« , qui réserve une drôle de surprise à son ancien parti, le PLD, et lui vaudra bientôt le nom de « Tombeur du PLD »… mais ceci est une autre histoire, rendez-vous dans le prochain épisode !

Retrouvez les autres épisodes de cette première saga politique :

Épisode 1 : Ichirō Ozawa, entre ombre et lumière

Épisode 2 : Ozawa, le tombeur du PLD

Épisode 3 : Entre majorité et opposition

Épisode 4 : Le shōgun sort de l’ombre

Épisode 5 : Sale temps pour le shōgun

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6 Commentaires pour “Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 1”

  1. Henery Schaffer a dit :

    I must say this is a great article i enjoyed reading it keep the good work 🙂

  2. ramza a dit :

    Thanks, there’s so many stars in japanese politics i don’t know were to start in the beginning. But with the recent event, it gives me an easy start !

  3. Kaïl a dit :

    Voilà un portrait qui tranche avec le profil extrêment polissé majorité qu’affichent les hommes politiques japonais, du moins en apparence.
    Ton billet est très intéressant ; j’attends l’épisode 2 de pied ferme.

  4. Les japonais vont-ils disparaître ? | Paoru.fr: PLUME, KWEEH & ROCK'N ROLL ! a dit :

    […] attendant de poursuivre notre petite histoire des scandales politiques nippons, intéressons nous aux japonais…tant qu’il en […]

  5. Scandales et trahisons : petites histoires de la politique japonaise – Épisode 3 | Paoru.fr: PLUME, KWEEH & ROCK'N ROLL ! a dit :

    […] le blog fait sa rentrée et revient à l’un de ses amours : la politique nippone ! Après les débuts en politique d’Ichirō Ozawa et son affrontement avec le PLD, voici le troisième volet de cette saga politique, à […]

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